PROLOGUE
DU LIVRE TROISIEME
Le grand prophète David, que le Seigneur, dans sa prescience divine, prédestina avant tous les siècles, qu'il choisit selon son cœur, à cause de la simplicité et de l'humilité de son cœur, qu'il mit à la tète de son peuple chéri , qu'il fortifia de son esprit divin, pour soutenir noblement et prudemment une royauté si illustre, David, se recueillant de toutes les puissances de son âme dans l'amour de son Créateur, entre autres paroles, a prononcé celles-ci : Seigneur, j'ai aimé la beauté de votre maison. Quoiqu'un homme d'une si grande autorité, d'une intelligence si vaste, comprît que cette maison était la demeure, la cour céleste, où Dieu règne, au sein d'une lumière admirable, sur les chœurs harmonieux des anges, vers laquelle il soupirait de toute l'ardeur de son âme, quand il disait : J'ai demandé une seule chose au Seigneur; je la rechercherai : c'est d'habiter dans la maison du Seigneur tous les jours de ma vie; quoiqu'il comprit encore que Dieu habite vraiment dans le sanctuaire d'un cœur pieux et pur, hospitalité merveilleuse dont le désir ardent lui inspirait cette prière : Seigneur, renouvelez en moi l'esprit de droiture ; il est certain, néanmoins, qu'il désirait l'ornement de la maison matérielle du Seigneur, qui est le lieu de la prière.
David légua à Salomon son fils tout ce qu'il avait amassé â grands fiais, en or, argent et airain, pour le temple qu'il avait désiré vivement construire, mais qu'il ne mérita pas d'élever, à cause de la fréquente effusion de sang humain, quoique ce fût à la guerre. Il avait lu dans l'Exode, en etl'ct, que le Seigneur avait commandé à Moïse de construire un tabernacle, qu'il avait désigné lui-même par leur nom les maîtres de l'œu vre, et qu'il les avait remplis de l'Esprit de sagesse, d'intelligence et de science dans tout ce qu'ils devaient savoir pour concevoir et exécuter les travaux en or, argent, airain, en [lierres précieuses, en bois, et en toute espèee d'art. 11 savait, par une pieuse réflexion, que Dieu aime les embellissements de ce genre, qu'il inspirait et faisait exécuter sous la conduite et l'autorité de l'Esprit- Saint , et il était convaincu que, sans son secours , il ne pouvait rien entreprendre. C'est pourquoi, très-cher fils, n'hésitez pas, croyez d'une foi sincère que l'Esprit de Dieu a rempli votre cœur, lorsque vous avez orné sa maison avec tant d'éclat et par des œuvres si variées. Afin que vous en soyez convaincu, je vous montrerai par des raisons évidentes que tout ce que vous pouvez apprendre, concevoir ou imaginer en fait d'art, provient des sept dons de l'Esprit Saint.
Par l'esprit de sagesse, vous comprenez que toutes les choses créées procèdent de Dieu, et qu'il n'y a rien sans lui; par l'es-
(1) Nota confoi'inaiioneta seplem spirituuin eum sepleni operum arlibus. — L'.v }IS. Hurleio.
SoO TRADUCTION.
prit d'intelligence, vous avez reçu la l'acuité de discerner Tordre, la variété, la perfection que vous devez donner aux diverses œuvres : par l'esprit de conseil, vous n'enfouissez pas le talent que Dieu vous a confié , mais en travaillant ouvertement et en enseignant humblement , vous le découvrez fidèlement à tous ceux qui désirent apprendre ; par l'esprit de force , vous serouez toute espèce d'engourdissement de paresse, et tout ce que vous entreprenez avec courage, vous le menez à heureuse fin de toutes vos forces ; par l'esprit de science qui vous a été accordé, vous vous élevez par le génie qui déborde de votre âme, et plus il remplit votre esprit, plus vous vous en servez hardiment pour l'avantage de tous ; par l'esprit de piété, vous dirigez, par une religieuse appréciation, l'espèce, le but, le temps, la quantité ou la qualilé du travail, et même le taux du salaire, de peur de vous laisser surprendre par le vice de l'avarice ou de la cupidité; par l'esprit de crainte du Seigneur, vous considérez que vous ne pouvez rien de vous-même, vous pensez que vous ne possédez rien et que vous ne voulez rien qui ne soit accordé de Dieu, mais croyant, confessant, rendant grâces, vous attribuez à la miséricorde divine tout ce que vous savez, tout ce que vous êtes et tout ce que vous pouvez être.
Animé par l'espérance de ces vertus, trèscher fils, vous êtes entré dans la maison de Dieu, vous l'avez décorée avec magnificence ; en ornant les plafonds et les murailles d'œuvres variées et de couleurs diverses vous avez , en quelque sorte , exposé le paradis de Dieu aux yeux des fidèles, paré de lleurs innombrables, comme au printemps, verdoyant de gazons et de feuillages, ainsi que lésâmes des saints, qui sont tous couronnés avec des mérites ditférents. Vous avez réussi à faire louer le Créateur dans la création et à montrer Dieu admirable dans ses œuvres. L'œil humain ne sait d'abord sur quelle chose s'arrêter ; s'il regarde les plalonds ils sont fleuris, comme de brillantes draperies ; s'il considère les murailles, c'est une espèce de jardin délicieux ; s'il est frappé des flots de lumière qui se précipitent par les fenêtres, il admire l'inappréciable beauté du verre et la variété du travail le plus précieux. Si l'âme fidèle aperçoit le
THLOIMIILI LIB. III.
minaris ingenio, et quo perfecte abundas plenœ mentis audaeia uteris in publico; per spiritum pietatis,quid, cui, quando, quantum vel qualiter operis, et ne subrepat avaritiœ seu cupidilatis vitium, mercedis pretiumpia considerationc moderaris; per spiritum timoris Domini te nihil ex le posse considéras, nihil inconcessum a Deo te habere seu velle cogitas, sed ciedcndo, contitendo , gratias agendo, quicquid nosti, vel es, aut esse potes, divinœ misericordiœ reputas.
His virtutum stipulalionibus animatus, charissimefili,domumDei,fiducialiteraggrcssus, tanto lepore decorasti, et laquearia seu parietes diverso opère, diversisque coloribus distinguens paradisi Dei speciem floribus variis vernantem, gramine foliisque virentem, et sanctorum animas diversi merïti coronis foventem, quodammodo aspicientibus ostendisti, quodque creatorem Deum in ereatura lâudant, et mirabilem in suis operibus prœdicant, effecisti. Nec enim perpei:deie valet humanus oculus, cui operi primum aciem infigat ; si respicit laquearia, vernant quasi pallia; si considérât parietes, est paradisi species ; si luminis abundanliam ex fenestris intuetur, inœstimabilem vitridecorem et operis pretiosissimi varietatem miratur. Quod si forte Dominicœ Passionis effigiem liniamentis expressam conspicatur fidelis anima, compungitur ; si quanta sancti pertulerint in suis corporibus cruciamina, quantaque vitœ œternœ perceperint prœmia conspicit, vitœ meliorisobservantiamarripit ; si quanta sunl in cœlis grudia, quantaque in tartareis flammis cruciamenta intuetur, spe de bonis suis (!) aniraatur, et de peccatorum consideratione formidine concutitur.
Age ergonunc, vir bone,felix apud Deur.i et homines in hac vita,felicior in futura, cujus labore et studio Deo tôt exhibentur holocausta, ampliori deinceps accendere solertia, et quœ adhuc desunt in ulensiliis domus Domini, ad explendum aggredere tolo mentis conamine, sine quibus divina inysteria et officiorum ministena non valent consistere. Sunt autemhœc : Calices, Candelabra , Thuribula, Ampullœ, Urcei, sanctorum pignorum Scrinia, Cruces, Plenaria et cœtera, quœ in usum ecclesiastici ordinis poscit ulilitas necessaria.
Quœ si vis componere, hoc incipias ordine.
spectacle de la passion du Sauveur, représentée par le dessin, elle est pénétrée de componction. Si elle considère les tourments que les saints ont endurés dans leur corps, et les récompenses de la vie éternelle qu'ils ont obtenues, elle revient aux pratiques d'une vie meilleure. Qu'elle contemple les joies ineffables du ciel, ou les tourments horribles de l'enfer, elle s'anime par l'espérance de ses bonnes œuvres, ou elle est frappée de crainte par la vue de ses péchés.
Courage donc 1 homme de bien, heureux en celte vie devant Dieu et devant les hommes, plus heureux dans l'autre vie, qui offrez à Dieu tant de sacrifices par votre travail et votre application; soyez animé pour l'avenir d'une activité [dus grande encore, et de toutes les forces de votre esprit travaillez à compléter les instruments de la maison du Seigneur, sans lesquels on ne peut accomplir ni les divins mystères, ni les saints offices. Ce sont: les calices, les chandeliers, les encensoirs, les ampoules, les burettes, les châsses des saints, les croix, les livres d'Evangiles, et les autres choses qui sont d'un usage indispensable dans les fonctions ecclésiastiques.
Si vous voulez exécuter ces choses, vous commencerez de la manière suivante.
(1) Aclibus interponhar in Codicc GuelpherbtftaM.
m TIILOPUILI LIK. III.
INCIPIT LIBER TERTiUS.
G IPOT I.
De constructionc fabricœ.
JSdifica tibidomiim spatiosara etaltam, cujus loogitudo ad orientem tendatur, in cujus parie te meridiano faciès fenestras guot vol.ieris et possis, ita ut inler dnas fenestras quiuque pedes sint. Divide autem medietatem (îoïiuis ad opus fusiie faciendum, et cujiiiim ac stagnum et plumbum operandum, uno pariete usque ad sumrailatera altitudinis et rursum divide quod rcliquum est in duo in uno pariete, ad operandum in una parte aurum, in altéra argentum. Fenestrœ vero Don emineant altius a terra quain uno pede, quarura altitudo sit trium pedum, latitmlo duorum.
caplt ir.
De sede opcrantium,
Deinde fode fossam ante fenestram, a pariete fenestras pede et dimidio, quae stabit iu transverso, habens longitudinis trium pedum, latitudinis duorum, quam texes in circuitu lignis, quorum lignorum duo in medio contra fenestram procédant a fossa altitudine dimidii pedis, super quœ jungaîur discus unus qui cooperiat genua sedentium in fossa, latitudine duorum pedum, longitudine trium, in transverso super fossam, ita œqualis, ut quicquid minutim auri vel argenti desuper ceciderit, possit diligenter scopari.
CAPUT III
De fornace operis.
Juxta parietem vero prope fenestram in sinistra parte scdentis, figatur lignum in terrain fi), latitudine duorum, spissitudine pêne duorum digitorum, quod cum tirmiter steterit, habeat forainen grossitudine unius digili in medio, a terra altitudine quatuor digitorum. Habeat quoque in anteriorc parte lignum strictum sibi conjunctum, et clavis ligneis affixum, latitudine quatuor digitorum, cujus iongitudo œquetur majori ligno. Ante quod stabiliesaliud lignum aequœ latitudinis et longitudinis, ita ut inter haec duo ligna sit amplitudo quatuor digitorum, et aftige illud exterius duobus aut tribus paxillis, et accepta argilla non macerata nec aqua mixta, sed noviter etfossa, mittein illud spatium in primis modicum, et compinge cum ligno rotundo fortiler, deinde ampiius, et iterum percute, sicque faciès douce duœ partes ipsius spatii im[)leantur, et tertiam dimitte vacuam. Tune aufer anterius lignum, et cum cultello longo incide argillam requaliter ante et sursum, deinde cum gracili ligno percute fortiter. Post haec accipe argillam maceratam et tînio equi mixlam, et compone fornacem et larem ejus legens pa-
TRADUCTION