‹ Dictionnaire d'archéologie sacrée (volume 2)Chapitre 39 sur 276 · AL · texte numérisé non relu

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Les Romains usèrent de plusieurs systèmes de construction. Vopus incertain ou antiouum consistait à employer des pierres telles qu'on les tirait des carrières, et à les adapter les unes aux autres, sans ordre ni rang d'assises, mais de manière «à ce qu'elles lu>sent en contact par tous leurs bords.

Vopus rcticulatum, le dicthyolheton des Grecs, était formé de pierres taillées eflrrémcnt et disposées de manière que la ligne des jointures formât une diagonale, ce qui donnait au mur l'apparence d'un réseau.

Cette manière de bâtir est ce que nous appelons maçonnerie mouillée. Vitruve assure que de son temps, c'était celle dont on se servait le plus souvent.

A l'époque gallo-romaine, on bâtissait assez fréquemment des murs de briques. Ils sont formés de briques triangulaires, dont l'angle le plus aigu est tourné en dedans. Le vide compris entre les parements intérieur et extérieur, est garni d'un blocage de pierrailles et de tuiles jelées pêle-mêle a bains de mortier. Le mur est traversé de quatre pieds en quatre pieils , et dans toute son épaisseur, par de grandes briques qui rattachent le centre du mur aux deux parements. La surface extérieure des parements des murs de briques, ainsi que celle de Yopus incertum, recevait une couche de mortier. Cet appareil est analogue à Yemplecton des Grecs.

Vopus spicatum se compose de briques posées verticalement les unes à côté des autres, de manière à former un angle entre elles. L'ensemble de celle disposition peut être comparé à une arête de poisson ou à un épi de blé. Aux murs des édifices de la décadence, on observe des bandeaux de briques qui forment l'opus spicatum. On peut en voir un exemple à la façade de la curieuse église de Savenières, en Anjou, et à l'église de Saint-Jean, à Poitiers. Cet appareil, recouvert d'un enduit, servait aussi de pavé, pavimentum, dans les maisons.

Quant au grand appareil, nous dirons seulement qu'on le rencontre dans quelques monuments de l'époque gallo-romaine. Il est bien exécuté, composé de pierres d'un poids considérable; mais ce n'est pas dans cette espèce d'appareil que l'on trouvera les meilleuis caractères pour reconnaître les constructions gallo-romaines. Il n'en est pas de même du petit appareil. Les parements des murs du petit appareil sont formés de pierres symétriques , à peu près carrées, dont chaque face a de trois à quatre pouces, quelquefois même de cinq à six pouces. Il arrive aussi que la pierre a la forme d'une pyramide tronquée, dont le sommet est engagé dans l'épaisseur du mur. Le plus souvent ces murs présentent des chaînes horizontales de tuiles ou de briques qui sont employées autant comme ornement que pour maintenir le niveau des petites pierres de revêtement. Ces briques ont IV ou 10 pouces de long, sur 10 ou 12 de large; elles sont enchâssées, ainsi que les pierres, dans d'épaisses couches de mortier. Cet appareil

est celui, peut-être, qui a été le plus usité dans les Gaules. On le retrouve dans un très-grand nombro de constructions galloromaines.

Le pavé des appartements (pavimentum) se faisait à peu près de la même manière que la chaussée des voies, mais sur une échelle plus petite. Les différents lits qui le composaient ont varié beaucoup pour le nombre et la disposition. La surface du pavé était faite tantôt de briques, tantôt de pierres polies, tantôt de marbre, de jaspe, de porphyre, etc., de différentes formes. Si les pièces de rapport présentaient une configuration circulaire, on les appelait scutula, petits boucliers; les pierres triangulaires portaient le nom de trigona; les quadrangulaires, de quadrala ; enfin, si elles avaient six angles, on les comparait à des rayons de miel, favi. Ces pièces pouvaient être encore octogones, pentagones, heptagones, etc. On les colorait artificiellement. Celte espèce de pavé était la marqueterie, Yopus segmentât um, Yopus sectile.

La mosaïque était appelée opus musivum, musaîcum, mosaïeum , opus tesscllatnm et opus vermiculatum, parce que les cubes de pierre dont se composait le pavé suivaient des lignes courbes et imitaient ainsi la marche des vers. Yoy. Mosaïque. Après la conquête des Gaules, les mosaïques devinrent très-communes dans notre pays, ainsi qu'il est facile d'en juger par le grand nombre de celles qu'on a découvertes à Lyon, à Nîmes, à Vienne, à Aix, à Orange, à Evreux, à Autun, à Reims, etc.

Pour déterminer l'âge relatif des différentes mosaïques, on doit avoir égard à la nature des matériaux employés : plus ils seront multipliés, et surtout s'ils sont factices, moins la mosaïque sera ancienne. La perfection du dessin, le plus ou moins de mérite de la composition du sujet, sont aussi d'excellentes indications.

Nous devons donner quelques détails sur la fabrication des tuiles romaines. On en trouve une si grande quantité, qu'elles peuvent fournir d'excellents renseignements sur la position des établissements gallo-ro mains. L'art de cuire la terre s'appelle en latin {itjlina ou fiyulina. Cet art comprenait deux sorles d'ouvrages : 1° ceux qui étaient faits à,, la roue étaient dits testa (Pline, llist. nat., lib. xv, cap. 12); c'e^t pourquoi Les poteries sont nommées vasa testacea, opéra testacea; 2° ceux ensuite qui se faisaient dans les moules avaient le nom de lateres [quod loti formentur, circumactis linéique quatuor labulis. (Isid. de Séviile, Oriyin. hb. xv, cap. 8.) Nous ne parlerons que de ces derniers.

Il y en a de trois espèces différentes: 1* le carreau pour paver, tissera, qui affecte diverses formes, et qui est tantôt un carré, tantôt un hexagone ; 2° les briques employées dans la maçonnerie, lateres ou laterculi (Vitruve, lib. u, cap. 3). Pline en distingue de trois grandeurs : 1 la lydienne, qui a une palme cl demie de long sur une de large;

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2" le tetradoron et le pentadoron. Gênera corum tria : lydion, quo utimur, longum sesquipcde, latum pcdc; alterum, tetradoron; tertium, pentadoron. (Plin. lib. xxxv, cap. 14). Ces deux espèces ont la môme largeur que la précédente; mais elles ont quatre et. cinq palmes de long. 3° Les tuiles pour rouvrir les toits des maisons. Si la tuile est plate elle s'appelle tegula, quod œdes tegat, dit Isidore de Séville; si elle est courbe, elle s'appelle imbrex ou festicre.

On combinait ces deux systèmes de tuiles pour former les toits des maisons. Les tuiles plates étaient munies de rebords sur deux de leurs côtés et s'adaptaient les unes au bout des autres par leur extrémité non bordée. Les courbes servaient à couvrir les jointures des précédentes deux à deux, pour prévenir l'infiltration des eaux.

Les briques employées dans la maçonnerie remontent à une haute antiquité. On ne peut cependant rien fixer de certain à cet égard, car il est constant qu'elles ont été employées de cette manière à partir de Gailien jusqu'aux ive et v* siècles, et même plus tard. Comme ornement mural, on en faisait des corniches et des moulures. Leur usage même s'est perpétué jusqu'au ixe siècle dans l'archivolte des cintres.

Nous possédons encore en France de beaux restes des monuments religieux bâtis à l'époque ga'lo-romaine. La Maison-Carrée de Nîmes est un temple que l'on croit avoir été consacré aux petits-lils d'Auguste, et qui doit remonter à la première année de l'ère chrétienne. Son ordonnance est corinthienne; il est pseudo-périplère, parce qu'il a sur les côtés des colonnes engagées; prostyle, parce qu'il n'a de portique que sur une face; hexastyle parce qu'il a six colonnes sur la façade ; son entre-colonnement est pyenostyle, parce qu'il a trois modules.

En 1822, quand on restaura la Maison-Carrée sous l'influence et la direction de M. de Villiers du Terrage, préfet du Gard, on pratiqua des fouilles qui permirent de voir de longues murailles parallèles au monument et une suite de bases de colonnes encore en place, des fûts renversés et des débris de chapiteaux; cette découverte a prouvé que le temple était entouré d'une enceinte sacrée. Enfin, il a été démontré que cette colonnade s'étendait assez loin, de manière à circonscrire un forum. Tout cet édifice est d'un goût très-pur et doit passer pour un des plus beaux de toute la période galloromaine. On doit de jusles éloges à la science et au zèle de M. le vicomte de Villiers du Terrage, qui a rendu à l'observation des savants et des amateurs cet édifice remarquable, dans toute la pureté de sa disposition architecturale primitive.

Nous ne nous étendrons pas davantage sur les édifices de l'époque gallo-romaine. Nous ajouterons que ces éditices nous ont procuré la connaissance d'une très-grande quantité d'inscriptions latines. Ces inscriptions sont d'un haut intérêt pour l'histoire.

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Elles nous fournissent des renseignements précieux sur la hiérarchie des pouvoirs, la généalogie des hommes illustres, la chronologie des événements fameux , sur les croyances et les usages des peuples qui ont vécu aux premiers siècles de l'ère chrétienne.

On a proposé plusieurs classifications méthodiques des inscriptions. La plus simple et la plus rationnelle est sans contredit celle qu'on trouve dans l'ouvrage d'Orelli sur l'épigraphie : Jnscriptionum lalinarum sclectarum amplissima collectio. Non-seulement il a adopté les grandes divisions : religion, histoire, géographie, etc., mais il a établi, en outre, plusieurs subdivisions essentielles, sous le titre de Historia litteraria, studia, ludi, res scenica, magistrat us et honores veteris reipublicœ, opéra publica, res municipales, vita conimunis, matrimonium, sententiœ sépulcrales, etc., etc. Ce qui rend les inscriptions latines difficiles à interpréter, ce sont les abréviations. Pour en faciliter l'étude, M. Champollion-Figeac a dressé un tableau succinct des principales abréviations que l'on trouve dans les inscriptions gallo-romaines. Ce petit tableau nous a semblé si utile que nous n'avons pas hésité aie placer ici. [Archéol. encyclop. portât, tom. II, pag. 193 et suiv.) :

A.,ager; annis; augustales; aiigustalis.

A. A., apud agrum.

AB. AC. SEN., ab actis senatus.

M. CVR., œdilis curulis.

A. FRVM., a fr ument o.

A. H. D. M., amico hoc dédit monument um.

A. K., ante kalendas.

A. O. F. C, amico optimo faciendum airain t.

A. P., œdilitia potestate; amico posuit.

A. S. L., animo solvit libens; a signis legionis.

A. T. V., aram iestamento vovit.

A. XX. H. EST., annorum viginli hic est.

B. A., bixit (pro vixit) annis.

B. DE. SE. M., bene de se merito, vel meritœ.

B. M. D. S., bene merenti, vel bene merito de se.

B. P. D., bono publico datum.

B. Q., bene quiescat.

B. V., bene vale.

BX. ANOS. VIL ME. VI. DL XVII. , vixit annos septem, menses sex, dies septem et decem.

7, centuria, centurio.

C, centurio.

C. B. M., conjugi bene merenti; et F., conjuqi bene merenti fecit.

CENS. PERP. P. P., vc/CENS. PERP. p. r., vel CENS. P. P. P., censor perpctuus, pater patriœ.

COH. I. AFR. C. R., cohors prima Africanorum civium romanorum; FL. BF., flavia beneficiariorum.

C. I. O.N. B. M. F., civium illius omnium no mine bene merenti fecit.

C. K. L. C. S. L. F. C, conjugi carissimo loco concesso sibi libenter fieri CUravit.

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