‹ Dictionnaire d'archéologie sacréeChapitre 190 sur 195 · EV.X · texte numérisé non relu

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los et des antiques sont catalogués comme byzantins, ceux do la collection de Berlin le sont comme œuvres de Limoges; aucune \illc de la Grande-Bretagne ni de la Germanie ne réclame l'honneur d'avoir produit des artistes en ce genre de travail.

No're tAche serait immense, au contraire, s'il nous fallait énumérer tons les objets en émail chami»levé qui subsistent encore en France. Malgré les causes si graves qui, h plusieurs reprises, pendant le cours de cinq siècles, ont amené la destruction ou le'détournemenl d'un noujbre considérable d'objets émaillés que renfermaient les trésors des églises, il y a encore anjourdliui peu de paroisses des anciennes provinces du Poitou, du Limousin et de la Marche, qui ne possèdent quelques précieux restes de cette orfèvrerie. M. l'abbé Toxier a signalé plus de 250 reliquaires existant encore dans différentes églises de la Vienne, de la Haute-Vienne, de la Creuse et de la C.orrèze. (M. J. Labarte, Introd. hist., pag. 14i et suiv.)

Tout en reconnaissant qu'il fallait restituer à Limo.:,es le plus grand nombre de ces émaux champlevés dont le style affecte un caractère byzantin , plusieurs antiquaires croient cependant qu'à côté de ces productions, dont la provenance limousine est démontrée, on doit reconnaître des œuvres évidemment grecques traitées par le môme procédé. M. l'abbé Texier a pensé que les différences caractéristiques qui existent dans la liturgie des Grecs doivent se retrouver dans les arts des deux Eglises, et faire reconnaître les productions d'une origine directement byzantine. Ainsi, dit-il, la bénédiction ne se donne pas dans l'Eglise grecque comme dans l'Eglise latine, avec le pouce et les deux premiers doigts ouverts; la crosse des évêques grecs ne se termine pas en pcdum comme celle des évoques latins ; sur le nimbe des personnes divines, les Grecs inscrivent ordinairement trois lettres formant les mots ô wv; enfin, les inscriptions qui accompagnent les sujets sont en caractères grecs. Tout cela est très-juste, mais M. Texier ne cite aucun monument exécuté par le procédé du champlevé, où l'on puisse repcontrer ces caractères, empreints d'une origine grecque incontestable.

Emaux translucides sur relief. — Au xiv' siècle, l'or et l'argent furent h peu près exclusivement employés ponr les instruments du culte et pour la vaisselle des grands. Les vases sacrés, les ostensoirs, les reliqua'res, ne furent plus fabiiqués qu'avec ces riches matières ; les autels furent revêtus de basrelit-fs finement ciselés en or et en argent. Les dressoirs et les tables des nobles se couvrirent de vases de toutes sortes. L'é- U-iaillerio par incrustation , qui nécessitait des feuilles de métal assez épaisses, ne se prêtait donc pas aux exigences de cette nouvelle orfèvrerie qui, en raulti[)liant ses productions, dut en diminuer le poids. Telle fut, sans doute, la principale cause qui amena,

tant en Italie qu en France, un changement de manière dans l'application des émaux. Les incrustations d'émail furent remplacées, sur les vases d'or et d'argent, par de fines ciselures, qui rendaient les ornements ou les sujets que l'artiste voulait représenter; des émaux translucides en teignaient ensuite la surface de leurs brilhntes couleurs, et s'identitiaient tellement avec la ciselure, cpie le travail prena't l'aspect d'une fine peinture à lustre métallique.

Sur une jjlaque d'or ou d'argent, souvent de très-peu d'éiiaisseur, l'artiste déterminait, par une intaille destinée à retenir r(''mail, le contour du champ que la partie à émail 1er devait occuper; après quoi, avec des outils très-délicats, il y gravait la figure ou le sujet qu'il voulait reprotluire; les parties les plus saillantes dos carnations et des vêtements présentaient alors un très-léger relief; les traifs du visage n'étaient souvent rendus que par une intaille.

Les émaux employés dans ce genre d'émaillerie présentent une gamme de couleurs assez étendue. On en rencontre de verts, de rosés, de rouges, de violet';, de gris, de noirs, de plusieurs sortes de bruns et de bleu clair.

Les émaux translucides sur relief ne sont pas aussi rares que les émaux cloisonnés. On en rencontre assez fréquemment sur des vases sacrés ou d'^s reliquaires. Les monuments qu'ils enrichissent ont été faits dans la période renfermi''e entre les premières années du xiv^ siècle et la fin du xvi'. Ainsi, pour ne citer qu'un seul exemple, nous nommerons le trésor d'Aix-la-Chapelle : on y voit un reliquaire du xiv' siècle qui contient la ceinture de la sainte Vierge, un autre donné par Charles-Quint, et celui dont Philippe II a fait présent, qui tous sont rehaussés d'émaux translucides sur relief.

L'un des monuments les mieux conservés et les plus délicats de la ciselure émaillée des maîtres italiens est un petit triptyque ayant appartenu à Marie Stunrt, qui est aujourd'hui dans la riche chapelle du palais du roi de Bavière.

Le musée du Louvre possède huit pièces émaillées sur or, qui sont d'une grande beauté; elles ont sans doute été détachées de reliquaires détruits. L'une d'elles représente Jésus-Christ, la tête ceinte de la tiare à triple couronne, ayant à droite un saint couronné de la couronne royale, tenant le globe et l'épée, et à sa gauche saint Jean; une autre, qui paraît avoir fait pendant à celle-ci, représente la Vierge entre deux saintes. Dans ces deux plaques les figures, vues à mi-corps, sont placées sous des décorations architecturales. L'ensemble du travail indique une origine française et la fin du XIV" siècle.

Emaux peints. — Lorsque, vers la fin du xiv' siècle , les émailleurs limousins virent que le goût pour les matières d'or et d'argent et pour les émaux translucides sur re-

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liof ([ui K'S décoraient faisait aliaiiddiinor l'orfèvrerie de cuivre émailk'-, dont les [mo- Juclions étaient si recherchées pendant près de quatre siècles, ils durent s'elfnrcer de trouver un nouveau mode d'ap|>Ucalion de l'émail à la reproduction des sujets graphiques. De leurs recherches sortit la vérilahlo peinture en émail.

Le procédé (|u'on employait dans ce nouveau genre d'émaillerie ditférait essentiellement de ceux qui étaient précédemment usités. Les émailleurs n'eurent plus hesoin du secours du ciseleur pour exprimer les contours du dessin; le métal lut entièrement caché sous l'émail , et s'il resta encore la matière subjective de la peinture, ce fut au môme titre que le bois ou la toile pour la peinture à l'huile : l'émail étendu par le pinceau rendit tout à la fois le trait et le coloris.

Les premiers essais de la nouvelle peinture furent nécessairement fort imparfaits, et leur imperfection en a amené la destruction presque totale : il est très-rare de rencontrer des émaux peints de la première époque ; nos collections publiques n'en possèdent pas.

Au commencement du îvi' siècle , il s'opéra un grand changement dans le travail des peintres émailleurs. Avant toute peinture , ils revêtirent leur plaque de cuivre d'une couche, souvent assez épaisse, d'émail soit noir, soit fortement coloré. Sur ce fond ainsi préparé, ils établissaient leur dessin, à l'aide de ditlerenls procédés, avec do l'émail blanc opaque, de manière à produire une gris;nlle dont les ombres étaient obtenues soit en ménageant plus ou moins le fond d'émail noir, lors de l'ap; lication de l'émail blanc, soit en faisant reparaître le fond noir par un grattage de l'émail blanc superposé, grattage fait, bien entendu, avant la cuisson. Des rehauts de blanc et d'or donnaient au tableau une harmonie parfaite.

Les car. ations continuèrent, conune précédemment, à être légèrement modelées en relief, mais elles étaient pres(jue toujours ri'udues par de l'émail teinté couleur de chair.

Si la pièce, au lieu de rester en grisaille, devait Otre coloriée, les diverses couleurs d'émail S''mi-tr<9nsparenles étaient étendues sur la grisaille.

Ainsi, au moyen de l'addition d'un fond d'émail sur la plaque de cuivre, avant tout travail de peinture, les couleurs, pouvant s'établir librement et à plusieurs reprises, devini'ent susceiitibles de toutes sortes de combinaison et de toutes les dégrarlations de teintes (pii j)0uvaient résulter de leur fusion. Les retouches, devenant très-faciles aussi, permirent de conduire le dessin et le coloris à ujie grande perfection.

Los travaux, des peintres émailleurs du XVI' siècle ont été ap[)lif[ués à une foulo d'objets, et présenleiit une grande vai-iété. Jusque vers !a fin du premier fiers du XVI' siècle, la peinfin-e en émail fui em-

ployée presque exclusivement à la reproduction de sujets de piété, dont l'école allemande fournissait les modèles ; mais l'arrivée des artistes italiens 5 la cour de François V', et la publication des gravures des œuvres de Uaphai'l et des autres grands maîtres de l'Italie, donnèrent une nouvelle direction à l'école de Limoges, qui ado|»fa le style de la renaissance italienne. Le llosso et le Primatice peignirent des cartons pour les émailleurs limousins, et c'est ce (jui a fait penser (/u'ils avaient eux-mêmes i)enit en émail.

La ville de Limoges fut incontestablement la plus renommée au moyen t^ge et dans les temps modernes pour la fabrication des émaux : il y eut cependant, en France, d'autres centres de fabrication. Un titre du trésor des chartes fait mention, en 1317, de la manufacture d'émaux sur or cl sur argent établie à Montpellier. Ce document, cité par par dom Vaisselte [Hist. du Languedoc, tom. IV, pag. 167), ne fournit que des renseignements très-vagues.

Philippe le Bel ayant transféré dans une partie de Montpellier la monnaie roya'e qui était autrefois à Sommières, le roi de Majorque, seigneur de Montpellier, se plaignit au roi (1317j que cette monnaie faisait du tort à la manufacture d'émail sur or et sur argent établie dans la partie de Montpellier qui était (le son domaine. Le roi ordonna au sénéchal de lîeaucaire de laisser fabriquer l'émail, mais non pas l'or.

Un compte de la ville d'Arras (ms. cité par ]Monteil, xv"" siècle, t. II, p. 522] [larle d'un orfèvre de cette ville, ai)pelé Pierre Quincauld, qui fabriquait des vases émaillés en l'i-98.

Qu'il y ait eu des émailleries à Constantinoj'le, c est ce qui est hors de doute; mais au delà de celte aflîrmation rien n'est certain. Quand, comment et par qui ont été instituées ces fabriques? Quand ont-elles surtout fleuri? C'est ce qu'on ignore. Il est bien difhcile de déterminer avec précision quels sont los émaux qui ont été faits à B}zance, et de les distinguer de ceux (jui ont été faits à Limoges et en Italie à la même époque.

Lorsque Corisfantinople eut été prise par les Turcs, des émailleurs de cette ville s.; réfugièrent en Uus>ie, où ils |.ortèrent leur industrie. On fabrique, en ell'ct, à Mqscou, encore aujourd'hui, de petits triptyques en cuivre émaillé, d'un style gothique grossie;-, sur lesquels est peinte l'image de la sainte; ^'ierge. Ces émaux russes forment un véritable appendice aux émaux grecs, dont ils ont tous les caractères.

Nous terminrions en disant que jamais Byzancc n'eut la célébrité de Limoges, et (juc c'est à la confusion introduite par l'em- |i:oi du mot byznnlin fjue Constantinople a dû cette importance factice qui a fait presque nublier pendant un temps la célébrité l'éelle de Limoges.

OiCT^o.NN. k'Aiv tiK.o'. m;!k svr.:ii;i:. 1,

EXPLICATION DES PLANCHES

EXPLICATION DES PLANCHES

ABAQUE. Fig. l. Abaque dorique grec.

— 2. Abaque dorique romain.

— 5. Abaque toscan.

— 4. Abaque ; slyle romano-byzantin

primordial. Cathédrale de Norwich, en Angleterre.

— 5. Abaque de style romano-byzan-

tin secondaire ; chapiteau de l'église Saint-Sébald de Nuremberg.

— G. Abaque de style romano-byzantin

de transition, au xii'^ siècle.

ABBATLVLE. Fig. 1. Plan géomélral de l'église abbatiale de Cluny, \v et

xii« siècles.

— 2. Id. de réglise Saint-Julien de

Tours , xiii* siècle. — La tour est du \i= siècle; les deux chapelles latérales al>sidales sont du xvi" siècle.

ABSIDE. Voij. Add.vtule, fig. i.

ACCOLADE. Yoy. Arc, fig. 13. AMBON. Fig. 1. Ambon-Chaire, à réglise de Sainte- Marie, à Toscanella , monumenl en marbre, du xii" siècle.

AMICT. Fig. 1. Amict paré. — Le parement est formé d'une broderie en or et couleur, et entouré d'une bandelette de perles.

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