‹ Dictionnaire d'archéologie sacréeChapitre 189 sur 195 · EM.V · texte numérisé non relu

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lo Christ assis entre deux séraphins ardents, tels que les Grecs sont dans l'usage de les représenter. Les costumes des personnages se rapprochent de celui des empereurs du I{aS'Euipi''e, et bien que les itfscriptions qui accompagnent les ligures soient en ialni, tout indique là un travail grec. (Cette coui-oniie a été gravée par Willemin, Monum. français inéd., jjlanche XIX. On peut en lire la description dans le texte de M. Poltier, tom. I, pag. 13). Les ligures se di-taciiont sur le fond même du métal, qui a été fouillé pour recevoir lémail; mais tous les dt'l.iils intérieurs des traits du dessin sont exprimés par lo i)rocédé du cloisonnage mobile avec de fines bandelettes d'or rapportées sur le fond. Lr>s carnations sont en émail rosé; les couleurs employées dans les vêtements et les accessoires sont le bleu foncé, le bleu clair, le rouge et le blanc. 11 est constant que cette couronne a été remaniée à difi'ércntes époques, mais rien ne vient contredire la tradition qui fait remonter à Charlemagne ses parties "les plus anciennes. Les émaux doivent être de son époque.

2° L'épée de Charlemagne. Le fourreau, entièrement revêtu d'or, est enrichi dans toute sa longueur d'une suite de losanges ; celui du haut encadre une aigle éployée, les autres des ornements variés, exécutés, comme l'aigle, en émail cloisonné.

3^ L'épée diledesaintMaurice.iLefourreau, en or, représente des figures repoussées, séparées par des bandes d'ornements en émail cloisonné.

A Venise, la célèbre Palla d'oro de l'église de Saint-Marc. Ce devant d'autel est le plus magnifique et le plus considérable monument de l'art de l'émaillerie au moj'en âge. On peut voir une très-belle reproduction de ce monument dans l'ouvrage de M. du Somraerard, Album, pi. color. XXII, XXllI, de la 10' série.

A Cologne, la chAsse des trois rois mages. La face sur laquelle est placée la grille qui laisse apercevoir les trois chefs des mages, est bordée d'un listel décoré alternativement d'une plaque couverte de pierres cabochons et d'une plaque d'émail à ornements cloisonnés en or. On sait que ce magnifique reliquaire fut fait par les ordres de l'archevêque Philipi)e de Heinsbeng.

A Aix-la-Chapelle, la grande chasse de Notre-Dame, donnée à la cathédrale |)ar Frédéric Harberousse, ])résenle aussi des ém ux du même genre. Le soubassement, du monument, sa bor.lure d'encadrement et les arcades angulaires de l'étage inférieur sont formés par un listel composé alternativement de pierres fines cl de placpies d'émail. L'es[)ace que devait rcnqtlir l'émail a été fouillé s.ir des feuilles d'or, et K'S dessins ont été tracés, par le procédé du cloisoni.age mobile, dans ces petites cases ainsi |>r(''parées.

'J'ous les émaux dont il a éléipieslion jus- (;u'à présent sont des émaux sur or; il y a eu égalenicnt des émaux clo'sonnés sur cuivre.

Les émaux cloisonnés ont joui d'une grande faveur et ont concouru à'i'embellissement d'objets de toute sorte. Les épées, les couronnes, les vêtements même étaient enrichis d'émaux de ce genre; les gants qui font partie du costume imfiérial de Charlemagne, conservé dans le trésor de Vienne, sont bordés do perles et ornés de petites plaques d'émail cloisonnés.

L'auteur que nous avons cité déjà plusieurs fois, M. .1. Labarte, a fait des recherches pour savoir comment on appelait jadis les pièces émaillées par les procédés ducloisonnage mobile, et il a reconnu qu'on les ap[)elaif, jusqu'à la fin du xvi- siècle, émaux de pliquc et par corruption émaux de plite. Voici ce qu'on lit dans l'inventaire des joyaux de Charles V, en 1.379. « Ung calice d'or qui a la tigeesmaillée de France et le pommeau semé d'émaux de plite. — Couppe d'or sur ung hault pié... semée d'émaux de plite, garnie de gren.;ts et de saphires. — Couppe d'or toute esmaillée d"esmaux de plite, et a une Annonciation Notre-Dame au fons dedans. » Dans l'invf^ntafre fait après la mort de Henri II, en 1560, on lit: «Ung coffre d'argent doré enrichy d'émail de plicque. — Ung bonnet de veloùx noir gamy de perles et de boutons d'émail de plicque. — Epée à l'antique ayant la garde, la poignée et le bout d'émail de plicque. »

Il est une remarque à faire, c'est que les émaux cloisonnés, qui étaient fort en usage au XII" siècle, commencèrent à être moins employés au xin% et furent remplacés au XIV" par les émaux translucides sur relief.

Passons maintenant aux émaux champlevés.

Comme dans les émaux cloisonnés , un trait de métal vient former à la surface de l'émail les linéaments principaux du dessin; mais ce trait de métal, au lieu d'être disposé à part et rapporté ensuite sur le fond de la plaque qui doit recevoir la matière vitreuse, est pris aux dé[)ens mêmes de cette plaque. Ainsi, a{)rès avoir dressé et poli une iiièce de métal dont l'épaisseur varie de 1 à 5 millimètres , l'artiste y indiquait toutes les parties de métal qui devaient aillcurer à la surface de l'émail pour rendre le dessin du trait de la figure ou du sujet qu'il voulait représenter; puis, avec des burins et des échoppes , il fouillait profondément tout l'espace que les dilférents émaux devaient recouvrir. Dans les fonds ainsi champlevés il introduisait la matière vitriliable , soit sèche et pulvérisée, soit à l'état p.itrux, auquel elle était amenée au moyen de l'eau ou d'un liquide glutineux. La fusion s'opérait par des procédés semblables à ceux que nous avons indiqués [)Our les émaux cloisonnés.

Souvent les carnations et même les figures entières sont exjjrimées i)ar le métal : dans ce cas l'artiste gravait f)réalab'ement en creux tous les traiis de détails sur les parties réservées.

L irsque la pièce émaillée était refroidie, on la polissait par des moyens analogues à ceux que Théophile indique dans son cha-

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pitre \n[\{n\é De poUendo electro. Ensuite, si l'excipient métallique était de cuivre, on appliquait la dorure sur toutes les parties de métal réservées à la surface de l'émail, et la pièce était de nouveau présentée au feu. La température nécessaire pour fixer la dorure, composée d'an amalgame de mercure et d'or moulu, étant très-modérée, les incrustations d"émail n'avaient à soutl'rir en rien de cette nouvelle exposition au feu. (Voy. à ce sujet Y Essai sur les émni Heurs de Limoges de M. l'abbé Texier, Poitiers, 18'j-3, pag. 160 et suiv.)

Ces émaux sont beaucoup moins rares que les émaux à cloisonnage mobile. Nous en signalerons quelques-uns seulement. On voit à Paris, à la Bibliothèque nationale, quelques pièces émaillées de l'époque gallo-romaine , trouvées dans le nord de la France depuis Evreux jusqu'à Bavav : ce sont des fibules et des boutons chargés d'émaux opaques rouges, blancs et bleus; ces deux dernières couleurs parfois disposées en échiquier. Au Louvre, la belle coupe provenant de l'abbaye de Montmajour près d'Arles, et portant, chose bien rare, le nom d'Alpais qui l'a faite, et la désignation de Limoges, oij travaillait cet habile ouvrier. Magiter (sic) : G.:AIpais; me fecit : Limovicarum. Elle est du xm' siècle.

Au musée de l'hôtel de Cluny, les deux plaques du xii' siècle représentant, l'une, le moine Etienne de JMuret , fondateur de l'ordre de Grandmont, conversant avec saint Nicolas; l'autre, qui faisait pendant à la première, l'adoration des Rois. Suivant M. l'abbé Texier, elles faisaient partie de l'autel émaillé de Grandmont, vendu en 1790, comme vieux cuivre, à un chaudronnier ; elles datent donc de l'érection de ce monument exécuté en 1165. Ce qui est certain , c'est que saint Etienne de Muret a fondé, en 1073, l'ordre de Grandmont et qu'il a été canonisé en 1188. Comme il est représenté sans le nimbe qui désigne les saints, il faut que l'émail ait été fait avant sa canonisation; Ja date de la confection de ces pièces est donc renfermée entre les années 1073 et 1088.

Au musée de Saint-Omer on voit le pied de croix du xi' au xir siècle, provenant de l'abbaye de Saint-Bertin.

Au Mans, on voit au musée le portrait en pied de Geoffroy Plantagenet, comte d'Anjou, mort en 1151. Celte belle plaque, de 63 centimètres de haut sur 33 de large , ornait autrefois le tombeau de ce prince dans la cathédrale de la Ville du Mans, el doit être d'une époque rapprochée de sa mort. Elle a été publiée dans l'Album de M. du Sommerard, 10' série, planche XIL

A Vienne en Autriche, dans le cabinet impérial des médailles et des antiques, parmi plusieurs belles pièces romanes, on voit deux grandes plaques. L'une a dû servir à l'ornementation de la couverture d'un livre; le Christ y est représenté bénissant: sa tête est accostée d'un alpha et d'un oméga défigurés par une espèce d'appendice qui les surmonte. L'autre représente la crucifixion : au-dessus

de la croix, la main de Dieu le Père sort d'un nuage pour bénir son Fils en croix.

En Angleterre, on possède le beau vase découvert, en 183i, dans une sépulture romaine du comté d'Essex, décrit parM. Gage, dans le XXVP volume de VArchœoIogia; ainsi que l'anneau d'or d'Ethelwulf, roi de Vessex, de 836 à 857, conservé dans le British Muséum, il a été gravé dans le n° de juin 18V5 de VArchœological journal.

La succession des couleurs employées dans les émaux champlevés est ainsi indiquée par M. l'abbé Texier dans son Essai sur les émailleurs de Limoges. Au xi' siècle, les émaux sont le bleu, qui se subdivise en trois nuances, le bleu noir, le bleu de ciel, le bleu clair; le rouge purpurin semi-translucide, le rouge vif opaque ; le vert tirant sur le bleu , le vert tendre. Chaque émail employé entre deux filets de métal est toujours d'une seule nuance.

Au XII' siècle, l'émail a un grain plus fin; le violet et le gris de fer s'ajoutent aux couleurs du siècle précédent. Pour peu que le champ d'émail, entre deux filets de métal, ait de l'étendue, l'émailleur cherche à imiter, par des teintes juxtaposées, la dégradation de tons qui forme le modelé dans les autres peintures. Le vert sépare toujours le bleu du jaune; les tons clairs des draperies vertes sont formés par de l'émail jaune, les demiteintes par le vert franc et cru; dans les draperies bleues, la dégradation des couleurs se fnit du bleu foncé au bleu clair et au blanc.

Aux XIII' et XIV' siècles, les mêmes couleurs d'émail sont employées; mais comme la plupart du temps les figures sont gravées en intaille sur le métal ou exécutées en demirelief et que l'émail ne fait plus que teindre les fonds, le bleu devient la couleur dominante.

Les incrustations d'émail par le procédé du champlevé furent appliquées avec profusion pendant quatre siècles, du xi' au xiv% sur une foule d'objets et d'ustensiles en cuivre, dont on rehaussait la valeur par ce genre d'ornementation peu coûteux. Elles embellirent surtout les instruments du culte et principalement les châsses qui renfermaient les ossements vénérés des saints. Des monuments d'une plus grande proportion, tels que des tombeaux, des autels, en furent même revêtus. Il n'est pas douteux que beaucoup d'objets à l'usage de la vie privée n'aient été décorés de cette manière.

C'est ici le lieu de parler de Limoges, qui doit être considéré comme le centre principal de la fabrication des émaux au moyen âge. Les produits en furent recherchés nonseulement en France, mais en Angleterre, en Allemagne et en Italie, où les ouvrages des Grecs étaient le plus répandus.

Limoges était une colonie romaine; sa réputaliondans les travaux d'orfèvrerie remonte à une haute antiquité, et il est à orésumer qu'elle était de ces cités industrieuses de l'ouest des Gaules qui fibriquaient des émaux au temps de Philostrate. Quoi qu'il

en soit de cetto supposition, que lY'V(''ncmcnt a rendue probable, il est constant qu'elli> ('•tait dnjà cùlèbre sous le roi Dagoiiert pour les travaux d'orfèvrerie. M. l'abbé Tcxicr a établi par une foule do documents, fruit des recherches les plus laborieuses, ([ue les orfèvres s'étaient succédé sans interru[)tion h Limoges, et que, môme au x' siècle , cette ville avait produit des pièces (Torfèvreric remarquables. (^lùsai sur les émailleurs et les argentiers de Limoges.)

Le premier monument èmaillé cité par ce savant archéologue est le tombeau de saint Front à Périgueux. Un texte de la bibliot' èque de Labbe fait connaître qu'au lemf)s de (luillaume de Montbron, en 1077, le moine (luinamundus, de l'abbaye de la Chaise-'Diou, sculpta admirablement le tombeau de saint Front (Labbe, Biblioth. nov. mss. Aquit.) ; et le livre rouge de la commune de Périgueux décrit ce tombeau comme étant enrichi de lames de enivre dorées et éra.îillées. Ces documents écrits sont appuyés d'un monument bien précieux de la collection de M. l'abbé Texier : c'est un débris dechclsse, orné d'incrustations bleues et de rosaces de diverses couleurs, qui servent de fond à une figure de saint, ménagée sur le plat du cuivre et niellée d'émail. A sa gauche et dans une ligne perpendiculaire, on lit ces mots : Fr. Guina- MuxDus ME FECiT. Lcs caractères appartiennent par leur forme au xr siècle, et la tlgure, comme les ornements, au style byzantin.

A partir du xir siècle, l'école dris émailleurs de Limoges acquiert une grande réputation. Des monuments remarquables, dont la date est certaine et des textes nombreux en établissent une preuve irrécusable. On rencontre souvent dans les inventaires de mobiliers d'églises et dans des chartes anciennes l'indication de coffrets, de chasses, de crosses et d'autres objets émaillés de Limoges, qui sont ainsi désignés en latin incorrect : de opère Limovicense, opus de Limogia , de opère Lemovitico. Du Cange fournit plusieurs citations de ce genre, tirées de chartes des années 1197, 1231 et lâVO.

En 1218, l'évêque de Paris, Pierre de Nemours, donne à l'élise de la Chapelle en Brie coffras Limovicenses. (Gallia Christ. I, Vt2.)

Dans l'inventaire de Foulques, évêque de Toulouse, qui mourut en 1231, on trouve l'article suivant : Item in alio confmio, sunt duo baccini qui sunt de opère Lemovitico. [Cale], Ilist. du Languedoc, pag. 901.)

Carpentier {Glossarium novum, y° Limogia), rapporte le testament de Guillaume de Haric, de l'année 1327, dans lequel on lit : « Item je lais 800 livres pour faire deux tombes hautes esl vées de l'œuvre de Limoges, l'une pour moi, l'autre pour Blanche d'Avanger , ma chère compaigne. »

Ce n'est pas seulement en France que les œuvres de Limoges jouissaient d'une grande faveur, elles étaient fort recherchées en pays étranger. Un acte de donation fait, en 1197, à l'église de Sainte-Marie de Vcgiia, en Apulic, mentionne duas tabulas œncas supcrau-

ratas de lahore Limogiœ. (Italia sacra, Vil, 127-V.)

M.'AII)ert Way, dans le numéro que nous avons déjà cité de VArchœologicat journal^ rapporte jihisieurs documents importants^ extraits d'anciennes chartes que l'on couserve dans les bildiothèques d'Angleterre. Ainsi, parmi les dons d(ï (iilbert de Granville, évèfiue de Rochester (an 12L'i.) figurent des coffres de Limoges; dans le livre de la visite de Guillaume, doyen de Salisbury en 1220, on trouve mentionnées comme existantes à Wolkingham et à Berkshire cruces processionales de opère Limovicensi. AValler de Bleys, évoque de Worcester, et Walterde Cantilupe, dans leurs règlements, datés de 1219 et 12V0, sur les vases et ornements qui devaient être employés au service des églises paroissiales, ordonnent que la sainte hostie sera renfermée dans un ciboire soit d'argent, soit divoire, soit d'œuvre de Limoges, de opère Limovitico. Le plus curieux des documents cités par M. Albert Way est extrait de la bibliothèque d'Antony Wbod, où l'on apprend qu'en 1267 un artiste de Limoges, maître Joha?«nes Limovicensis , fut chargé d'exécuter le tombeau et l'efTigie couchée de Walter Merton, évêque de Rochester. On trouve relaté dans ce manuscrit le compte des dépenses fcutes par l'exécuteur testamentaire pour l'envoi d'un messager à Limoges, pour le prix de la tombe et pour le voyage de maître Je; n, qui accompagna son œuvre en Angleterre.

Ce curieux monument fut dégradé à l'époque de la réformation, mais il existe encore en Angleterre un témoignage de la haute estime dont jouissaient dans ce pays les émailleurs de Limoges ; c'est l'effigie de Guillaume de Valence (an 1296), conservée dans l'abbaye de Westminster, et l'on suppose naturellement qu'elle est de maître Jean, qui, par l'habileté dont il avait fait preuve dans le monument de Rochester, avait dû acquérir en Angleterre une grande réputation.

En présence des monuments qui subsistent encore et des textes nombreux qui les appuient, comment pourrait-on méconnaître que Limoges a été, du xr" au xnr siècle, le foyer d'où sont sortis tous les beaux objets de cuivre émaillé que nous admirons tant aujourd'hui et qu'on s'empresse de recueillir dans les musées et dans les collections? 11 y a plus , et lorsqu'on voit les œuvres de Limoges portées au loin , répandues dans toute l'Europe, et les émailleurs limousins appelés à grands frais liors de France pour élever des monuments de leur art, ne .semble-t-il j)as démontré que c'est de Limoges que sont sortis les émailleurs qui, au xiii' siècle ou plus tard, auraient établi à l'étranger des fabriques d'orfèvrerie de cuivre émaillé ?

Les monuments de celte sorte d'ailleurs ne se rencontrent au'en petit nombre en Angleterre et en Allemagne; l'Italie ep est tout à fait dépourvue. Ceux qu'on voit à Vienne dans le cabinet impérial des métlail-

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