AUX ATELIERS CATHOLIQUES, RUE D'AMBOISE, 20, AU PETIT-MONTROUGE
AUTREFOIS BARRIÈRE u'iCNFER DE PARIS, MAINTENANT DANS PARIS.
THElNSTlTl'ir r S1UL:ÎS
Paris. — Imprimorie J.-P. MIGNE.
PBÉFACE.
Jamais la science archéologique n'a été cultivée, dans ses diverses branches, avec autant d'ardeur que de nos jours. Jamais on ne vit, en Europe, une telle émulation parmi les savants pour rechercher les faits anciens, compulser et publier les documents inédits de l'histoire du moyen âge, étudier et décrire les monuments de tout genre appartenant à l'antiquité ecclésiastique.
Dans le cours du siècle dernier et au commencement du siècle présent, l'antiquité classique fut l'objet de travaux admirables, où brillent les trésors de l'érudition, de la critique et du savoir littéraire. Les beaux ouvrages de cette époque, en passant à la postérité, témoigneront de la grandeur des efforts et des résultats de la science philologique, historique et archéologique d'un temps auquel nous touchons, de la part d'hommes dont nous avons connu plusieurs des plus célèbres, et auxquels nous avons la prétention de succéder. Il faut l'avouer, cependant , si l'on excepte l'Italie, le reste de l'Europe lettrée semblait avoir oublié les origines chrétiennes, pour s'occuper à peu près exclusivement de l'histoire et des monuments des principaux peuples anciens, avant l'ère nouvelle. Ajoutons que trop souvent, par suite d'injustes préjugi's,on enveloppait dans un commun mépris les monuments gothiques et toutes les œuvres artistiques, historiques et littéraires du moyen âge. C'était un etfet des idées trop exclusives qui prévalurent au siècle dit de la Renaissance et qui eurent un trop fidèle écho dans 'a philosophie sceptique du xvnr siècle, dont les doctrines seiont jugées un jour tiès-sévèreraent.
Le retour vers des idées plus saines et une appréciation pi i:s juste du passé devait commencer d'une manière éclatante chez des savants exem[»ts de la funeste influence de la philosophie moderne, qui naquit au xvi* siècle dans la révolte des prétendus réformateurs contre la vérité religieuse, et qui continue aujourd'hui son œuvre de destruction dans la négation de toutes les vérités morales et sociales. Les lîénédictins de l'illustro congrégation de Saint-Maur et les Jésuites, connus sous le nom de Bollandistes, se livrèrent k des travaux dont l'étendue et l'importance exciteront toujours l'admiration et la reconnaissance des vrais savants. Qui ne regrette de voir leurs ouvrages interrompus par suite d'une révolution désastreuse, dont les conséquences effraient aujourd'hui les hommes graves et réfléchis? II est probable que les recherches historiques les eussent amenés à jeter les véritables fondements de l'archéologie du moyen âge. Il faut en convenir, personne n'était mieux préparé que les lîénédictii-.s à bâtir un solide édifice <i l'honneur des grandes œuvres inspirées par l'art chrétien. Déjà l'abb • Lebœuf, chanoine d'Auxerre, avait annoncé le projet de réunir en un corps d'ouvrage les nombreuses observations qu'il avait faites sur les monumerits
DlCTIONN. D'\RCilÉOLOGlIi: SACRÉE. 1. 1
MII^FACE.
irarchUecTurp tle la France, et do les classer suivant leur st.vie propre et lYpoque de Ic-.sr construction. Ce dessein ne se réalisa point; mais l'attention des savants était éveillée, et l'on ne saurait douter que ces laborieux ecclésiastiques, qui parcouraient, avec une patience infatipVibîe et un succès extraordinaire, tous les chemins de la science religieuse, ne 50 fussent lancés, avec uno égale supériorité, dans cette voie nouvelle.
L'exploration des monuments arcli'ologiciues du moyen Age était réservée à notre temps. On s'est mis à l'œuvre avec tant d'enthousiasme, et les premières découvertes ont été goûtées si universellement, que les connaissances, au moins élémentaires, de l'archéologie chrétienne, sont regardées maintenant comme indispensables à tout homme instruit. Il n'e^t pas jusqu'aux productions les plus éphémères de la littérature qui ne portent l'empreinte de cette science devenue à la mode. Ce n'est pas nous, assurément, qui nous plaindrons do la dillusion des connaissances archéologiques ; et (juand bien même la plupart de ceux qui parlent ou écrivent sur l'archéologie n'en posséderaient qu'une notion superficielle, nous y venons toujours une garantie de conservation pour nos chefs-d'œuvre chrétiens, et ce 58ra la première fois, peut-être, que la mode capricieuse aura rendu quelque service.
Depuis un certain nombre d'années, on a beaucoup parlé d'écrire l'histoire des classes inférieures durant le moyen âge. On a déjà tenté divers essais, où l'on remarque surtout un esprit systématique qui, sous prétexte d'expliquer les faits, les dénature et fausse entièrement l'histoire. L^s éléments de la véritable histoire du peuple, depuis le vr siècle jusqu'à l'époque de la révolte du protestantisme, sont liés intimement à ceux de l'histoire de nos monuments sacrés. Le peuple au moyen âge était chrétien ; ses mœurs étaient réglées paria religion ; sa vie était en rapport avec ses croyances. N'est-ce pas s'abuser volontairement que déjuger les populations chrétiennes du moyen âge avec l'esprit moderne, si rempli de préventions, si vain et si présomptueux ? Les peuples chrétiens de ces siècles si décriés ne connaissaient pas, sans doute, nos institutions politiques et noU-e prétendu régime do liberté ; mais ils étaient plus tranquilles et plus heureux que nous. Serait-il convenable de nous montrer si fiers? N'avons-nous pas souvent aujourd'hui à envier leur sort?
Quoi qu'il en soit, ce n'est i)as sans un dessein de la Providence que l'on s'est mis à étudier le moyen clge et que l'on manifeste tant de sympathie pour les œuvres d'une époque qui ne fut grande que par la foi chrétienne. On y trouve de graves enseignements. C'est un grand spectacle qui parle éloquemment à l'esprit et au cœur. Espérons que cette étude, propre h faire naître de séiieuscs réflexions, contribuera à hâter le retour aux croyances et aux pratiques de la religion !
La science des antiquités sacrées serait obscure si elle n'était éclairée du flambeau de l'appréciation chrétienne. Chaque science doit être considérée à son point de vue particulier. Quels seraient les résultats philosophiques de l'histoire et de l'archéologie si on les étudiait en dch^irs des idées religieuses? Ce serait un travail stérile, et l'on ne saurait mieux le comparer qu'à celui de l'anatomisîo qui voudrait expliquer les mystères de la vie, en se bornant à disséquer les organes d'un cadavre. Il y a dans nos monuments sacrés un esprit particulier qui les anime : Mens agitai molem. On ne les connaît bien qu'en découvrant quel fsi cet esprit. L'archéologie ne méritera justement le titre de chrétienne, que lorsqu'elle nura rencontré un homme savant, religieux et dévoué, à la foi ardente, à l'œil d'aigle, qui réunira, dans une môme pensée, tous les éléments de la vaste science des antiquités, comme Bossuet, dans son immortel Discours sl'r l'Histoire universelle, a su montrer l'enciiaînçmenl des temps anciens et modernes.