livre en feuille non encore broché
Blanc. Partisan de la monarchie héréditaire. Allusion à la couleur du drapeau des anciens rois de France.
« Dans les trois jours de baccanal!
» Les blancs n'étaient pas à la noce » Tandis que moi j'étais t'au bal. »
(L. Festeau, Le Tapageur.)
Blanc, Blanche. Eau-de-vie de marc, u Le blanc est une affreuse eau-de-vie composée de je ne sais trop quoi. » (Imbert.)
Blanc (Verre de, Un de). Verre de vin blanc.
Blanc (N'être pas). Etre compromis, craindre d'être réprimandé.
Blancsale. Chiffon commun,—
dans le jargon des chiffonniers.
Blanc d'Afrique. Les six et les cinq d'un jeu de dominos,
— dans le jargon des joueurs de dominos.
Blanc (Jeter du). Interligner, intercaler entre les lignes composées à l'imprimerie de petites lames de plomb, afin de donner du jour et de favoriser le coup d'œil typographique.
Blanc (Faire du). Faire le joli cœur, l'empressé auprès d'une femme. C'estmot àmot: « faire les yeux blancs, les yeux amoureux », — dans le jargon des voyous. — Quand t'auras fini de faire du blanc, faudra le dire.
— On dit aussi faire le blanc, pour le blanc de l'œil.
Blanc (Envoyer au). Envoyer promener, — dans le jargon des voyous ; par altération pour « envoyer au banc », c'est-à-
dire envoyer s'asseoir. Adressée à une femme, l'expressionprend le sens de « envoyer raccrocher », et fait partie du vocabulaire des souteneurs. L'étymologie est la même que dans mangeur de blanc.
Blanche (Dame). Bouteille de vin blanc, — dans le jargon des ivrognes, à qui le chef-d'œuvre de Boïeldieu a laissé des souvenirs.
Blanchisseuse de tuyaux de pipes. Femme qui crée des refuges insolites à la dépravation.
Blanquette. Argenterie , — dans le jargon des voleurs.
Blasé. Enflé, boursouflé, — dans le jargon des voleurs ; de l'allemand blasen, souftler.
Blavin. Mouchoir, — - dans
Blavin. Pistolet de poche, — dans le jargon des voleurs.
Blaviniste. Voleur de mouchoirs; et, par extension, voleur qui s'attaque à des objets de peu d'importance.
Blèche. Laid, désagréable. — Faire blèche, amener un coup nul. (L. Larchey.)
Bleu. « C'est le conscrit qui a reçu la clarinette de six pieds; les plus malins (au régiment) ne le nomment plus recrue ; il devient un bleu. Le bleu est une espérance qui se réahse au bruit du canon. » (A. Camus.) En souvenir des habits bleus qui, sous la Révolution, remplacèrent les habits blancs des soldats. (L. Larchey.)
Bleu. Manteau; à l'époque où l'homme au petit manteau-bleu était populaire
Bleu, Petit bleu. Mauvais vin qui tache la nappe en bleu. — Mettre le piton dans le bleu, boire du vin au litre. — Voué au bleu, ami de la bouteille.
Bleu (Gros). Gros vin du midi, vin dont on se sert pour les coupages.
Bleu (Etre). Eprouver une grande surprise. — Elle est bleue celle-là! cette nouvelle est difficile à croire. — Faire des bleus, pincer de manière à laisser la signature des doigts sur la chair.
— Passer au bleu, avoir perdu un objet, se consoler d'une perte. — En faire voir des bleues, causer des contrariét6s. — Colère bleue, violente colère.
Blézimarder. Se couper muluellement la réplique, empocher le voisin de dire sa phrase, émonder le dialogue comme un jardinier émonde un arbre à grands coups de serpe, — dans le jargon des acteurs. {Uigaro du 31 juillet 1876, cité par Littré.) C'est sans doute une altération toute moderne de blésinarder, qui voulait dire flâner, musarder. « Ce verbe, dit M. Dullot, vient de Blésinard, un des types de Grasset, personnage flâneur, débraillé et sans soucis, dans la Vénus à la fraise, *
Blindé. Ivre au superlatif, — dans le jargon des ouvriers. — blindé! pour avoir étouffé cinq ou six perruches! fes donc pas un homme?
Blindé. C'est un des noms que le peuple a donnes aux nouveaux urinoirs successeurs des rambuteaux. Les variantes sont :
Les cuirassés, les tourne- autour , les introuvables.
Blindocher (Se). Se griser légèrement. C'est le diminutif d'être blindé, — dans le jargon du peuple. — Je me blindoche le dimanche et je suis blindé le lundi.
Bloc. Prison, salle de police, — dans le jargon des troupiers.
« Encore deux jours de bloc pour cette chienne de théorie. »
(Randon, Croquis militaires.) — « Pourquoi es-tu au bloc, mon pauvre vieux? » (Vto Richard, Les Femmes des autres.) — Mettre, fourrer au bloc, consigner.
Blonde Vin blanc, bouteille de vin blanc. Etre porté sur la blonde, peloter la blonde, aimer le vin blanc. Se coller une ou deux blondes dans le fanal pour tasser les imbéciles, boire une ou deux bouteilles de vin blanc pour arroser les huîtres. — Courtiser la brune et la blonde, boire alternativement, au cours d'un repas, du vin blanc et du vin rouge.
Blonde. Maîtresse, amante. Se dit surtout en parlant de la maîtresse d'un homme marié.
C'est Vautre, le numéro deux, quelle que soit d'ailleurs la nuance de ses cheveux. Le blond est une couleur tendre et la blonde représente la tendresse en ville. — Etre chez sa blonde, Aller voir sa blonde.
u — Si j'vas dîner aveu ma blonde, » Je n'sais pourquoi, je fuis tout l'monde ; » Avec sa femm' pas tant d'façon, ! » On est très bien, mêm' dans l'salon. » (Meinfred, Le Garçon converti., clians.)
Bloquer. Mettre en prison, au bloc, — dans le jargon des troupiers.
Bloquer. Abandonner, — dans le jargon des voleurs.
Bloquer. Faire défaut, faillir,
— dans le jargon des typographes; allusion au terme d'imprimerie bloquer qui a le sens de mettre provisoirement un caractère au lieu et place d'un autre. (L. Larcliey.) Bloquer le mastroquet, ne pas payer le marchand de vin.
Bloquir. Vendre. — Bloquisseur, bloquisseuse , marchand, marchande, — dans le jargon des voleurs.
Blot. Chose, affaire qui convient. « Ça fait mon blot », ça fait mon affaire. C'est simplement le mot lot augmenté d'un B. « L'as-tu enfin le sénat de tes rêves?.. Voyons, cette fois-ci, ça fait-il ton blot? » {Le Titi, 1879.)
Bloiim. Chapeau haute forme,
— dans le jargon dev voyous.
Allusion au bruit pr^jduit par un coup de poing appliqué sur un chapeau haute forme; le renfoncement est un genre de plaisanterie très goûté dans le monde des voyous.
Blouse blanche. Faux ouvrier vêtu d'une blouse blanche et fortement soupçonné d'appartenir à la police On a reproché au dernier gouvernement impérial d'avoir, en 1870, favorisé la bruyante manifestation des blouses blanches en faveur de la guerre. On les a vues parcourir Je boulevard aux cris de : « A Berlin! à Berlin ! »
Blousier. Individu vêtu d'une blouse; se prend, le plus souvent, en mauvaise part, pour désigner un voyou.
Bobèche, Bobe, Bobéchon.
Tête. Se monter le bobe, se monter
le bobéchon^ se passionner pour.
Bobelin. Botte, — dans le jargon des revendeurs.
Bobine. Tête, physionomie. —
Bobine dévidée, crâne chauve.
La variante est : Bille d'ivoire.
« Comme ta bille d'ivoire velmil disait à Murger une Aspasie au rabais. — Je crois bien, je fais venir le frotteur une fois par semaine. »
Bobine, Bogue. Montre, — dans le jargon des voleurs. — Bobine à la manque^ montre en cuivre.
Bobinskoff. Entreteneur sérieux, — celui qui tient la bobine de la destinée d'une femme, — dans le jargon des filles entretenues, chez qui la mode, pour le moment, est de russifier certains noms. C'est ainsi que Machinscoff signifie le premier venu, Machin, et Beguinskoff\ celui qui est l'objet d'un caprice, béguin.
Bobinette (Jeu de la). Jeu do
dés tenu dans les foires par les truqueurs. « Jeu franc et loyal »
comme ils disent. Lisez : « Un jeu de dupes ».
Bobonne. — Bonne, servante.
« Tout au plus si les petits garçons qui marchaient en tête risquèrent une observation sur la bobonne d'Emma. » (Ed. About, Trente et quarante j 18G5.)
Bobosse. Bosse. — Bossue.
(L. Larchey.) Elle est un peu bobosse. Avoir une bobosse dans Vestomac, être enceinte.
Bocal. Vitre, — dans le jargon des voleurs. — Camelotte en bO' cal, marchandise sous vitrine.
Bocal. Estomac. Bocal vide,
estomac à jeun. Emplir le bocal, manger. — Se rincer le bocal, boire.
Boche (Tête de). Tête dure, individu dont l'intelligence est obtuse, c'est-à-dire tête de bois, — dans le jargon du peuple.
Dans le patois de Marseille une boule à jouer est une boche.
Bock. Verre de bière, plus grand que la chope. De l'allemand bockbier, bière nouvelle, mot à mot : bière de bouc.
Bocker. Prendre des bocks.
« Ne pas bocker le soir! mais mon chat, pourquoi ne m'envoies-tu pas en province tout de suite? » (Darjou, Croquis parisiens.)
Bocotter. Grogner, ne pas être content.
Bocson. Maison de tolérance, lieu mal famé.
Bœuf. Enorme, colossal. — JJîi succès bœuf, un aplomb bœuf; n'est guère employé qu'avec ces deux mots.
Bœuf. Roi d'un jeu de cartes.
Bœuf. Second ouvrier cordonnier. — Ouvrier tailleur qui fait les grosses pièces. — Petit bœuf, ouvrier qui commence une pièce, qui l'ébauche.
Bœuf. — Mauvaise humeur, emportement, colère. Dans le jargon des typographes, ce mot est synonyme de chèvre. — Prendre un bœuf, gober son bœuf, avoir son bœuf, se mettre en colère, être en colère.
Bœuf (Faire un). — Remplacer momentanément à la besogne un compagnon qui est allé relever un factionnaire, par exem-
ple, — dans le jargon des typographes.
Bœuf (Etre le). Payer pour les autres, avoir tous les désagréments d'une affaire, supporter, seul, les conséquences d'une entreprise qui a mal tourné.
Bœuffer. Ramer, — dans le jargon des canotiers de la Seine.
C'est-à-dire se fatiguer autant qu'un bœuf.
Boguiste. Horloger, —. dans le jargon des voleurs. — Ma toquante a le trac, faudrait la mettre en pension chez le boguiste; ma montre est détraquée, if faudrait la confier à l'horloger.
Bohême. « Une société composée de toutes les sociétés, bizarre, monstrueux assemblage de talent et de bêtise, d'ivresse et de poésie, d'avenir et de néant, et qu'on nomme la bohème. » (H. Maret, Le Tour du monde parisien.) — « C'est un vice de nature qui fait le bohème. Il naît de la paresse et de la vanité combinées. Tant qu'il y aura des paresseux et des vaniteux, il y aura des bohèmes. »
(G. Guillemot, Le Bohême, 1868.)
Boire de l'encre. — Arriver lorsqu'une tournée a été déjà absorbée ou qu'il ne reste plus rien dans un litre. {Argot des typographes.)
Boire du lait. Etre content par suite d'un succès, par suite de louanges; éprouver de la satisfaction.
Boire une goutte. Etre sifflé.
— Payer une goutte, siffler, — dans le jargon des acteurs.
Boire dans la grande tasse.
Se noyer, être noyé. (L. Larchey.)
Bois blec. Toupie d'un sou, — dans le jargon des enfants.
Mot à mot : toupie en bois blec:
blec pour blanc.
Bois (Mettre du). En style de vaudevilliste, c'est envoyer des amis çà et là, un peu à toutes les places, pour réchauffer l'entlidusiasme du public engourdi par le froid de certaines pièces.
Le rôle des amis consiste à s'écrier : « Admirable! sublime!
comme c'est trouvé!... Quel talent!... C'est du Molière! » Goût à l'auteur : un souper à base de choucroute ou de volaille froide, selon que la pièce est en un acte ou en cinq actes.
Boisé (Etre). Etre trompé par sa femme.
Boisseau. Schako. — Chapeau haute forme.
Boisseau. Litre de vin. — Demi-boisseau, demi-litre.
Boite. Atelier, maison, magasin, établissement quelconque « Dans l'argot domestique, tout ce qui n'est pas une bonne mai- 1 son est une boîte. Une bonne maison est celle où les maîtres ne sont pas regardants et où l'on peut s'arrondir sans être inquiété. «(Bernadille, Esquisses et Croquis parisiens.)
Boîte au lait. Nourrice dans l'exercice de ses fonctions. — Sein de femme qui allaite.
Boîte aux ordures. Derrière.
Boîte à cailloux. Prison. Lé mot date du xvni*^ siècle. Aujourd'hui les soldats appellent simplement boite^ la salle de police. La variante est : boite aux réflexions.
Boîte à cornes. Chapeau d'homme.
Boîte à violon. Grand soulier, grand pied.
Boîte d'échantillons, boîte aux échantillons. Tonnjau de vidange, — dans le jargon des vidangeurs. Dans ce tonneau, il y a de la marchandise de toutes provenances et de toutes couleurs.
Boite à dominos, boîte à doche. Cercueil. Le corps y est serré comme des dominos dans leur boîte. La variante boîte à doche offre un jeu de mots sur à mère et amère. Doche en argot veut dire mère; c'est-à-dire la boîte à mère pour amère.
Boîte à asticots. Cercueil, — « Ah ! tu veux rire, satané pilier de beuglant! mais attends un peu que je sorte de ma boîte à asticots, et tu verras! » (Saint- Patrice, Aventure de Nabuchodonosor JSosebreaker.)
Boîte à Jouanne. — Ventre, — dans le jargon des voyous.
Jouanne est le nom d'un célèbre marchand de tripes à la mode de Caen, le Napoléon de la tripe.
Boite aux dégelés, Boîte aux refroidis. La Morgue.
Boîte à puces. Lit, — dans le jargon des voyous. — « Puis chacun songea à regagner sa boîte à puces. » [La Caricaturej 7 fév. 1880.)
Boîte à marquer. Sergent.
Ce sont les sergents qui ont la garde des boîtes à matricules.
Boîte (Faire sa). — Distribuer les caractèresd'imprimerie dans la casse. — {Jargon des types.)
Boîte (Fermer la). Fermer la Louche, se taire.
Bolduc. Faveur qui attache les sacs de bonhons, — dans l'argot des bonbonniers. C'est un grand art que de bien savoir faire les bolducs.
Bombe. Demi-setier, quart de litre de vin, — dans le jargon des ouvriers.
Bombe (Partir en). C'est l'expression dont se servent les militaires qui vont courir une bordée... de plaisirs, comme dit le peuple.
Bombé. Bossu, — dans le jargon du peuple. // est bossue — Non, il est bombé.
Bon. Agent des mœurs, — dans l'argot des filles et des voleurs. Le bon me fiole, l'agent des mœurs me dévisage.
Bon (C'est). En voilà assez, inutile d'en dire davantage.
Bon (C'est un). C'est un bon républicain, c'est un pur. L'expression était à la mode en i 848.
Bon là (Etre). Etre capable, être bon ouvrier, — dans le jargon des ateliers. — Etre des bons, être classé parmi les bons ouvriers, parmi les meilleurs. Au dix-huitième siècle, pour désigner quelqu'un de solide, on disait : Il est des bons.
Bon sort de bon sort (Sacré) !
Exclamation qui exprime le désappointement ou la colère. La variante est : Coquin de bon sort!
Bon sang de bon sang! Autre exclamation poussée en apprenant une nouvelle surprenante.
(L. Larchey.)
Bon motif Mariage, — dans
le jargon des bourgeois. Faire la cour pour le bon motif, viser au mariage « Ce ne peut pas être pour le bon motif. » (E.
Augier , Les FourchambauUf 1878.)
Bon endroit. Derrière. (L.
Larchev.) Attraper au bon endroit, donner du pied au derrière.
Bon (Avoir du). Avoir de la composition non portée sur son bordereau et qu'on garde, pour la compter à la prochaine banque. C'est le contraire du salé.
(Boutmy.)
Bon pour Bernard Imprimé, journal, papier quelconque qui ne finira pas dans la hotte du chiffonnier, c'est-à-dire : bon j^our les lieux d'aisances.
Bonaparteux. Bonapartiste, — dans le jargon des adversaires politiques des bonapartistes.
Bonbon à liqueur. Furoncle, bouton pustuleux. — Bonbon anglais, petit bouton sec, — dans le jargon des voyous.
Bonbonnière. Tinette à vidange, — dans le jargon des vidangeurs.
Bonbonnière. Elégante petite chambre, petit appartement meublé avec goût. — Elégante petite salle de spectacle où l'on croque des bonbons aux avantscènes et des sucres d'orge aux galeries
Bonbonnière à filous. Omnibus. (Cûlombey.)
Bondieusard. Marchand d'objets de dévotion. Le quartier St- Sulpice est peuplé de bondieusards. — Enlumineur d'images de
sainteté. — «Un bondieusard habile pouvait faire ses six douzaines en un jour. Un bondieusard passable, ni trop coloriste ni trop voltairien, pouvait gagner son salut dans l'autre monde et ses quarante sous dans celuici. » (J. NqWqs, LesRéfractaires.) — Le mot a été créé par Gustave Courbet, qui l'employait souvent pour désigner soit un peintre de sujets religieux, soit un de ces peintres qui semblent s'inspirer des enlumineurs d'estampes. Par extension les libres-penseurs donnent du « bondieusard » à quiconque croit en Dieu, à quiconque lait montre de sentiments religieux.
Bondieusarderie. Dévotion, pratique religieuse, hommage à la religion, — dans le jargon des libres-penseurs.
Bondieuserie. Métier du bondieusard.— Commerce d'objets de sainteté, — dans le jargon des peintres réalistes. — « C'étaient ces nombreuses boutiques, ces innombrables bondieuseries, dont la rue est pleine. » (Huysmans, Les sœurs Vatard, 1879.)
Bondieutisme. Pratique religieuse intermittente à l'usage des gens frileux. « J'en ai connu plusieurs qui, à l'époque des grands froids, se réfugiaient dans les bras de la religion, près du réfectoire, autour du poêle. Ils engraissaient là dans l'extase ! Quand ils avaient deux mentons, et qu'ils voyaient à travers les barreaux de la cellule revenir les hirondelles, ils sortaient et allaient prendre l'absinthe ancaboulot. » (J. Vallès, Les Ré/'ructaires.)
Bondy (Refouler à). Envoyer promener quelqu'un d'autant plus grossièrement que c'est k Bondy qu'on refoule l'engrais parisien.
Bonhomme. Personnage, statue de saint, en terme d'atelier.
— Votive bonhomme n'est pas d'aplomb.
Bonhomme (Entrer dans la peau du). Dans le jargon du théâtre, c'est s'identifier avec son rôle. — Dans le jargon des peintres, c'est se bien pénétrer de son sujet. — « L'autre (le peintre de sujets religieux) a besoin de s'entraîner pour se mettre à la hauteur d'une transfiguration, et l'on comprend qu'il lui soit interdit (i'e/i^rcr dans la peau du bonhomme. » (L. Lero}'', Artistes et rapins.) L'expression est de l'acteur Bignon.
Bonhomme (Creuser son).
Creuser son rôle, l'approfondir.
— « Pendant des années il a, comme on dit, creusé son bonhomme. » {Figaro, du 14 juillet 1880.)
Bonicard. Vieux. — Bonicarde, vieille, — dans le jargon des voleurs.
Boniment. Annonce que fait le pitre sur les tréteaux pour attirer la foule ; de bonir, raconter. — Discours débité par un charlatan, discours destiné à tenir le public en haleine, à le séduire, coup de grosse caisse moral. Depuis le député en tournée électorale, jusqu'à l'épicier qui fait valoir sa marchandise, tout le monde lance son petit boniment. — « C'était le prodige du discours sérieux appelé le boniment : boniment a passé
dans la langue politique où il est devenu indispensable. » (L.
Veuillot,Les Odeurs de Paiis.) — ,Lecoup du boniment, le moment, l'instant où le montreur de phénomènes, le banquiste, lance sa harangue au public. — Y aller de son boniment, lâcher son boniment, dégueuler, dégoiser, dégobiller son boniment.
Bonir. Parler, raconter, affirmer, avertir avec emphase, chercher à persuader. — Bonir au ratichon, se confesser.
— N'en bonir pas une, garder le silence ; mot à mot : ne pas prononcer une parole, ■ — dans le jargon des voyous.
Bonir. Se taire, — dans Tarot des marbriers de cimetière.
A. Delvau.)
Bonisse (Etre en). Etre très loquace, bavarder beaucoup, être très expansif. Vient de 60nir, raconter. — Veut dire encore se répandre en invectives.
Bonisseur. Pitre chargé du boniment. — Candidat à la députation en tournée électorale.
Bonisseur delà batte. Témoin à décharge. — Mot à mot : diseur, de bonnes choses.
Bonjour. — Sacrifice matinal à Vénus, — dans le jargon des bourgeois. — Dire bonjour à sa moitié. — Bonsoir, sacrifice nocturne à la môme Vénus. — Un bon mari doit le bonjour et le bonsoir à sa femme.
Bonjourier, voleur au bonjour. Voleur qui exerce dans les chambres dont on a négligé d'enlever les clés. Il est matinal et peubruyant parce qu'il sait qu'il ne faut pas réveiller le chat qui
dort. Si on lui demande où il va, ce qu'il veut, il en est quitte pour donner un prétexte; il s'excuse, souhaite le bonjour, s'esquive et va voir à l'étage audessus s'il sera plus heureux.
Bonjourière. La femelle du bonjourier. C'est une drôlesse qui, au bal, à la promenade, incendie une dupe de ses regards, se fait conduire au domicile de la dupe et la dévalise pendant la nuit. Combien de niais, croyant à une bonne fortune, se sont réveillés, le lendemain, allégés de leur montre, de leur argent et quelquefois de leurs vêtements!
Bonne, bien bonne (Une). Une
bonne histoire, une bien bonne plaisanterie. « Impossible de se lâcher, quand, après quelque farce de sa façon, il vous disait avec sa grosse voix : Elle est toujours bien bonne ! » (Vicomte Richard, ies Femmes des autres.) — • En dire une bonne, en raconter une bien bonne^ et, avec un déplorable jeu de mots : une bien bonne d'enfants.
Bonne (A la). — Franchement, sans tricher, — dans l'argot des grecs. — Flanchons-nous une manche à la bonne ?
Bonne pour un homme (Avoir été). S'être livrée à un homme, — dans le jargon des bourgeoises qui ne savent rien refuser.
Bonne (Avoir à la). Avoir en grande estime, faire grand cas de. — Etre dans ses bonnes, être de bonne humeur.
Bonne grâce. Toilette en lus- . trine à l'usage des tailleurs.
Bonnet. Coterie autoritaire dans un atelier typographique.
« Le bonnet est tyrannique, injuste et égoïste. » (Boutmy.)
Bonnet d'évêque. Loge des quatrièmes en forme de mitre, d'où le nom. — Train de derrière d'une volaille découpée de façon à ce qu'il ligure la mitre.
C'est un des morceaux les plus délicats, et, à table, chez d'honnêtes bourgeois, l'objet d'aimables plaisanteries.
Bonnet jaune. Pièce d'or, — dans le jargon des filles.
Bonneteau. Toute espèce de jeux de cartes tenus dans les foires, où le public est naturellement dupe. L'antique jeu de bonneteau consiste à faire deviner une carte parmi trois que manie avec une maladresse affectée le bonneieur. On ne dedne jamais, grâce à une substitution.
Bonneteur. Industriel, doublé i'un filou, tenant un jeu de bonleteaii.
dans
parlant des vieillards, le jargon des filles.
Bordée (Tirer une). Quitter son travail sans motif, sans permission, déserter la maison pour aller courir de mauvais lieux en mauvais lieux, avec stations obligatoires chez le marchand de vin.
Bordel. Bruit, vacarme. — Faire un bordel d'enfer, faire beaucoup de bruit.
Bordel. Petit fagot de deux sous, — dans le jargon des charbonniers. — Petit paquet de linge sale, — dans le jargon des blanchisseuses. — Faire un bordel^ laver un paquet de linge à soi appartenant.
Borgne. Le fondement.
tes
Borgne. As d'un jeu de car-
Bonneton. — Commis em- )loyéau rayon de-la bonneterie,
- dans le jargon de la noueauté.
Bonnichon. Bonnet.
Borda. — Ecole navale.
Bordeaux (Petit). Cigare d'un ou. Le plus petit de tous les ciares d'un sou, fabriqué à Boréaux et à Tonneins.
Bordé (Etre). Avoir renoncé ux plaisirs de l'amour. Mot à lût : être couché dans son t, les couvertures bordées.
- Ne pas être encore bordé, ne ^s avoir dit adieu à Vénus, en
Borgniat. — Borgne, — dans le jargon du peuple.
Bosco, Boscotte. Bossu, bossue.
Bossard. De travers, louche,
qui n'est pas droit; dérivé de
bosse. « Maintenant, comme tout
est bossard dans cette affaire
I là. » {La petite Lune, 1879.)
Bossoirs. Seins exagérés. Allusion au bossoir d'un navire.
Bosse (Se flanquer une)' Faire un excès quelconque. Manger et boire outre mesure, c'est-àdire : devenir bossu par devant et par derrière à force de boisson et do victuailles. — Se flanquer une bosse de rire. Rire énormément, rire comme un bossu.
Bosselard. Chapeau haute forme, — dans le jargon du collège; pour bosselé. Allusion
à l'état ordinaire des chapeaux des collégiens. (L. Larchey.)
Bossus (Il y a des). — On sitlle dans la salle. (Argot des comédiens de l'ancien boulevard du Crime. — V. Les secrets des coulisses de J. Dutlot, 1865.)
Botter. Donner un ou plu" sieurs coups de pied au derrière.
Botter. Convenir. Cette femme me botte. — Aller bien, en parlant d'un objet de toilette. — Ce chapeau me botte^ cette paire de gants le botte.
Bottes de neuf jours. Souliers dont les semelles se disjoignent.
Bottes (Graisser ses). S'apprêter à faire le grand voyage de l'autre monde.
Bouhouille. Cuisine sans prétention. La véritable boubouille se fait sur un fourneau en terre, placé, le plus souvent, sur le carré de l'escalier. C'est le dernier mot de la cuisine du pauvre et de la pauvre cuisine.
Bouc. Barbiche, impériale très fournie, — dans l'argot du régiment. Mot à mot : barbe de bouc.
Bouc. Mari trompé. Allusion aux cornes, emblème des maris malheureux.
Boucan. Tapage. Faire da boucan. — Donner un boucan, gronder en élevant très fort la voix, à grand bruit, c C'est un lieu de débauche, dans les petites rues, écarté du grand monde ; les chambres y sont obs^ cures et malpropres, parce que les jeunes gens qui y vont, et qui ont gagné quelques faveurs, c* est-à-dire du mal, y font souvent tapage, et jettent tous les
meubles par la fenêtre; c'es^ pourquoi les pourvoyeuses ont grand soin de ne garnir leur académie que de quelques chaises avec quelques paillasses. » (Le Roux, Dict. comique.) Tout se retrouve. Nos troupiers appellent, aujourd'hui, une maison de tolérance « un b.ouG » par abréviation de boucan.
Boucanade. Faux témoignage.
Action de corrompre, d'acheter un témoin. — Coquer la boucanade, corrompre un témoin, acheter un témoignage.
Boucaner. Sentir mauvais, faire concurrence au bouc comme odeur.
Boucaner. Faire du bruit.
Dérivé de boucan. Boucaner la pièce, siffler une pièce de théâtre, empêcher qu'on entende les acteurs, — dans le jargon du théâtre. « On m'assure que toutes vos pièces vont être désormais ôoucanées. » (L'£'^n7/É?,1879.)
Boucaneur. Pilier de lieux de débauche, celui qui se plaît au milieu du vacarme. Boucanier c, au féminin.
Boucard. Koutique. Les voleurs disent aussi boutogue.
Boucardier. Marchand. — BoucardiergambilleurfïnaiYchsLnd ambulant.
Boucardier. Voleur qui exploite les boutiques. Le boucardier opère la nuit avec le concours du pégriot. Le pégriot est un gamin ou un voleur de petite taille qui s'est primitivement introduit dans la boutique, et qui, à l'heure convenue, vieni ouvrir au boucardier.
Bouche l'œil. Gratification.
Promesse de gratification sous forme d'une pièce d'or ou d'arg-ent placée sur l'œil en guise de monocle, — dans le jargon des filles.
Bouche en cul de poule. Petite bouche à grosses lèvres relevées en bourrelets, et affectant la forme d'un 0.
Bouche-trou. Article de journal sans aucune valeur, mis en réserve pour les jours où la copie manque. —' Acteur jouant toutes sortes de rôles sans importance.
Boucher un trou. Payer une dette lorsqu'on en compte plusieurs.
Boucher. Chirurgien, — dans le jargon du peuple.
Boucherait le trou du cul avec un grain de sable (On lui). Se dit en parlant de quelqu'un que la peur paralyse, parce que, alors, selon l'expression vulgaire, il serre les fesses.
Bouchon. Bourse, — dans le jargon des voleurs.
Bouchon d'évier. Souillon de cuisine, laveuse de vaisselle.
Bouchonner. Donner des coups ae poing, — dans le jargon des cochers.
Bouclage. Cadenas. — Arrestation.
Boucler. Arrêter. — Boucler un poivrot, arrêter un ivrogne.
Boucler. Fermer. — Bouder la lourde, fermer la porte. — Boucler la position, fermer la malle.
Bouder aux dominos. Avoir des dents de moins. Les variantes sont : Bouder à la dent, être
chauve de la gueule, manquer de chaises dans la salle à manger.
Bouder au cheveu. Commencer à être chauve.
Bouder contre son ventre.
S'abstenir d'une chose dont on a envie.
Boudin. Verrou.
Boudin. Doigt épais et rouge.
Boudin (Faire du). One ancienne et très pittoresque expression qui avait le sens de répandre du sang.
Boudiner. Mal dessiner les extrémités, — dans le jargon des peintres.
Boudiner. Réveillonner le jour de Noël, manger du boudin. — Le repas de boudin s'appelle le boudinaqe.
Bouffarde. Pipe. « Un peintre dit volontiers ma bouffarde en parlant de sa pipe. » {Parisfumeur.)
Bouffarder. Fumer la pipe.
Bouffe. Soufflet. — Figure. — H avait ce dernier sens en IG49.
Bouffe la balle. Joufflu. — Gourmand.
Bouffer. Manger gloutonnement.
Bouffer. Bouder, dissimuler sa mauvaise humeur (xvni° siècle). Aujourd'hui, c'est piper.
Bouffer le nez (Se). Se disputer de très près, face à face, ^ comme si on voulait se manger j le nez.
Bouffeter. Bavarder. — Bouffeteur, bavard, bouffeteuse, bavarde.
Bouffeur de kilométras. So-
briquet du chasseur de VinceniiGs, le plus intrépide marcheur de l'infanterie française. Il bouffie, il avale les kilomètres.
Bougie. Bâton d'aveug-le. 11 lui sert de bougie, il guide sa marche. — Bougie grasse, chandelle, — dans le jargon des chiffonniers.
Bougre à poils. Homme déterminé, solide, courageux. — C'est un bougre à poilSy qui n'a pas froid aux yeux.
Bouif. Faiseur d'embarras, orgueilleux. — Mauvais ouvrier, celui qui connaît mal son métier. — Faire du bouif, faire des embarras, prendre de grands airs.
Bouillon. Exemplaires non vendus d'un journal. Dans certains journaux on reprend le bouillon ; dans d'autres il reste au compte du marchand. Rendre le bouillon, rendre les exemplaires non vendus.
Bouillon. Restaurant où les portions semblent taillées par un disciple d'Hahnemann, oh Ton paye la serviette, où la nappe brille par son absence, mais où les prix ne sont pas plus élevés qu'ailleurs.
Bouillon d'onze heures. Empoisonnement; par allusion aux fameux bouillons administrés par la Brinvilliers et qu'elle appelait « un pistolet dans du bouillon. ^) — Faire boire un bouillon d'onze heures à quelqu'un, empoisonner quelqu'un.
Bouillon de canard. Eau.
Bouillon pointu. Glystère.
Bouillon (Boire un). Subir une perte d'argent, prmcipale-
ment à la suite d'une opération financière. — « Ce trafic de loges ne se fait pas sans quelque danger pour les marchands de billets. Un orage qui éclate, un caprice de public ou de danseuse... il n'en faut pas davantage pour leur coûter, en une seule soirée, mille ou quinze cents francs... c'est ce qu'ils appellent boire un bouillon, »
(Ch. de Boigne.)
Bouillonner. Rester pour compte; ne pas vendre, eri parlant de livres, de journaux. — On tire à 40,000, on bouillonne de 2,000 bien souvent.
Bouillonner. Manger dans un bouillon-restaurant.
Bonis. Maison de tolérance, — dans l'ancien argot.
Bouis-bouis. Café-concert, petit théâtre à femmes, petit restaurant, où ces dames, aux jours d'épreuves, vont prendre leur nourriture. Dans le jargon des voleurs, un bouis est une maison de tolérance, et le nom vulgaire de la maison de tolérance a également la signification de bruit, tapage; d'où bouis-bouis, pour désigner un endroit à femmes, un endroit où régnent le vacarme et les mauvaises mœurs.
Bouis-bouis. Marionnette.
« Ensecréter un bouis-bouis, consiste à lui attacher tous les fils qui doivent servir à le faire mouvoir. » (Privât d'Anglemont.)
Boulage. — Mauv 'se humeur, refus. — Boidci , refuser, envoyer promener, gronder, — dans le jargon des ouvriers, qui disent encore : envoyer bouler,
envoyer à la boule, c'est-à-dire envoyer rouler comme une boule.
Boulange. Boulangerie. — Faire dans la boulange, exercer le métier de boulanger.
Boulange aux faffes. Banque de France, — dans le jargon des voleurs. Mot à mot : boulangerie aux papiers.
Boulanger. Le diable. Il enfourne les âmes des damnés.
Boule. Chien boule-dogue, boule-terrier.
Boule. Foire, — dans le jargon des voleurs.
Boule. Tête, visage. — Boule de siam, visage grotesque. — Boule de singe, personne laide.
Boule de neige. Nègre, moricaiid, — dans le jargon du peuple. Il est rare qu'un voyou en belle humeur ne salue pas un nègre du sacramentel : a Ohé !
boule de neige! »
Boule de son. Pain de munition.
Boule-Miche. Boulevard Saint- Michel, — dans le jargon des étudiants.
Bouleau, Bîiche. Batterie, — dans le jargon des voyous. Y va y avoir du bouleau, on va se battre. Dans certains bals de barrière, il n'y a pas de bonnes soirées sans bouleau, au moins à la sortie ; cela fait partie du programme.
Bouler. Tromper. — Du vieux mot boule : astuce. (L. Larchey.) Envoyer bouler. (V. Boulage.)
Boules de loto. Yeux à fleur
de tête.
Boulet à queue. Melon.
Boulette de poivrot. Raisin.
« — Je ne bois pas mon vin en pilules, répondit un ivrogne à qui l'on offrait du raisin. »
Bouleur, houleuse. Doublure des premiers rôles, — dans le jargon des acteurs.
Boulevard du Crime. Boulevard du Temple, à l'époque oti les théâtres s'y épanouissaient en nombre.
Boulevardier. Fidèle habitué des boulevards, qui, pour lui, commencent sur le trottoir du grand café de la Paix et finissent à l'angle de la rue du Faubourg-Montmartre. Là est tout le Paris du boulevardier, avec ses cafés, ses restaurants et ses drôlesses. Il dédaigne le trottoir d'en face qu'il abandonne aux provinciaux et aux gens en course.
Boulevardier, boulevardière.
Qui a rapport aux boulevards de Paris, qui exhale le parfum, qui porte le cachet des boulevards. « Génie de la gargote boulevardière, qui sait faire avaler des bisques, des huîtres, des quenelles fantastiques à des gens qui n'ont pas encore digéré. » (Ed. Siebecker, Petit Parisien du iO août 1877.) Le mot est de M. L. Veuillot.
Boulevardière. Fille libre qui continue sur les boulevards le commerce que faisait sa mère sous les galeries du Palais- Royal.
Boulevetade. Comédie , — dans l'argot des anciens comédiens. « Combien refile-t-ou de loyagne pour allumer la bouleve^
tade? combien paie-t-ou pour entrer à la comédie ? » [Mémoires de Dumesnil.)
Bouline. — Quête simulée faite dans les foires entre truqueurs pour chauffer le zèle des badauds.
Bouliner.— Feindre une que te pour entraîner le public, — dans le jargon des saltimbanques.
Bouliner. Voler en pratiquant un trou à Taide du vilebrequin, bouiinoire, — dans le jarj^on des voleurs.
Bouliner, boulinguer. Déchirer, — dans le jargon des voleurs. — Diriger une affaire. — Se boulinguer , savoir se conduire.
Boulonnaise. Voiture qui dessert le Bois de Boulogne. ;
Boulonnaise. Nymphe publi- j que du Bois de Boulogne, elle attend la fortune, sous les traits | du premier venu, le long des contre-allées du bois, tout près des taillis, tout près des mystérieux ombrages. La boulonnaise, une variété de la marneuse, est vêtue comme une ouvrière misérable, et porte ordinairement un panier, à l'instar des femmes de ménage.
Boulotter. Manger. — liouvotter de l'argent, manger de l'argent.
Boulotter. N'aller ni bien ni mal, marcher doucement, en parlant de la santé, des affaires. — Ça boulotte.
Bouquet. La fin d'un événement important, d'une conversation. — Cest le bouquet, c'est le plus beau, le plus surprenant 5
de l'affaire ; par allusion au bouquet final d'un feu d'artifice.
Bouquet. Gratification de voleur à voleur.
Bouquin. Tout hvre que l'on vend après l'avoir lu ou même sans l'avoir lu est un bouquin, dans le jargon des hommes de lettres. — Livre de peu d'importance au point de vue de la vente, — dans le jargon des libraires.
Bouquin (Sentir le). Sentir fort des ai.sselles, sentir le bouc.
L'expression date de la plus haute antiquité et elle est du plus pur classique; on trouve déjà dans ïérence : « Apage te a me, hircum oies, éloignez-vous, vous sentez le bouquin. ^>
Bourbe (La). L'hospice de l'Accouchement, — dans le jargon du peuple. Ainsi nommé en souvenir de la rue de la Bourbe où cet hospice était primitivement situé. — Aller pondre à la Bourbe. — Aller faire dégonfler son ballon à la Bourbe, aller accouchera la Bourbe.
Bourdon. Fille de joie, -~ dans le jargon des voleurs.
Bourdonniste. Ouvrier typographe s uj et aux 6owrcions, c'està-dire aux omissions de mots ou de phrases.
Bourgeois. Imbécile, homme sans goût, — dans le jargon des peintres qui sont restés des rapins, — Voyageur, — dans le jargon des cochers. — Individu dans la maison duquel un ouvrier travaiffe. — Maître de la maison dans laquelle est placé un domestique.
Bourgeois. Anti-artistique, —
dans le jargon des artistes.
Ameublement bourgeois.
Bourgeois (Faire son). Faire de la dépense, — dans le jargon des ouvriers.
Bourgeoise. Femme légitime, — dans le jargon des ouvriers qui ont du respect pour leurs femmes.
Bourgeron. Petit verre d'eaude-vie, ration accordée aux marins.
Bourlingue. Congé donné à un ouvrier.
Bourlinguer. Renvo^/^er , — dans le jargon des ouvriers.
Bourlingueur. Patron, contre-maître, qui met sans cesse le marché en main à l'ouvrier.
Bourrache. Cour d'assises.
Comme la plante de ce nom, la Cour d'assises est pour le voleur un puissant sudoritique; elle lui procure une de ces émotions qui trempent des chemises. En outre, par quasi-homonymie, le mot rappelle celui de bouiYade et offre à l'oreille une corrélation avec ceux de bourtique et de bourrcur de pègres, sous lesquels le voleur désigne les agents de la sûreté et le code pénal. — Marguillier de bourrache. Juré. Le banc du jury présente une analogie avec le banc des marguilliers.
Bourre-boyaux, Bourboyaux.
Gargote.
Bourre-coquins. Haricots.
Bourrer le canon. Manger vite, beaucoup et longtemps.
Bourreur de pègres (Le). Le code pénal. 11 ne ménage pas les voleurs.
Bourreur de lignes. Ouvrier typographe qui compose particulièrement des lignes pleines ou courantes, telles que celles des journaux, des labeurs, des brochures, etc. (Boutmy.)
Bourriche. Sorte d'ollapodr Ida bibhographique. « Un feuilleton, un article aux quatre-vingtcinq compartiments, dans lequel on fait entrer bon gré, mal gré, toutes sortes de livres, comme des harengs dans une caque. On octroie à chacun de ces livres deux ou trois lignes de critique. » (Paris-Journaliste, 1854.)
Bourrichon. Tête. — Se monter le bourrichon, se monter la tête.
Bourrique. Agent de police, — dans le jargon des voleurs.
L'agent de police bourre le voleur, d'où le surnom de bourrique. « Nous sommes tous les victimes des bourriques. » (La France, du 13 mars 1879.)
Bourrique a tourné le foiron
(La). La mauvaise chance a tourné ; c'est-à-dire : a tourné le derrière.
Bourser (Se). Se coucher.
Boursicot. Argent mis de côté.
Boursicoter. Faire des économies.
Boursicoter. Tripoter sur les fonds publics.
Boursicotier. Individu qui tripote à la Bourse sur les fonds publics.
Boursier. Celui qui travaille à la Bourse, depuis le plus gros agent de change jusqu'au plus mince coulissiei-.
DICTIONNAIRE t> ARGOT MODERNE.
Bouscailleur. Balayeur.
Bousculeur de pékin. Ouvrier qui a horreur du bourgeois, qui cherche à le vexer. — Le maçon qui, en passant, racle son sac de plâtre sur la redingote du bourgeois, est un bousculeur de pékin; bousculeur de pékin, le cantonnier qui vous arrose avec intention ; bousculeur de pékin, le cocher qui fait piaffer ses chevaux dans le ruisseau quand vous passez ; bousculeur de pékin, le charlDonnier qui vous heurte de son sac de charbon, etc., etc.
Bouse de vache. Epinards.
Bousin. Tapage. C'est un dérivé de bouis.
Bousin, bousingot. Boutique, cale borgne, débit de vin.
Bousingot. Epithète injurieuse qu'on adressait aux républicains en 1830 et 1832. —Partisan des idées littéraires à la mode à cette époque. — Romantiques par opposition aux classiques, dont ils étaient les ennemis jurés. « Il (Pétrus Borel) passait, vêtu de son costume de bousingo: le gilet à la Robespierre, sur la tête le chapeau pointu et à large boucle des conventionnels, les cheveux ras à la Titus, la barbe entière et longue au moment où personne encore ne la portait ainsi. »
(J. Claretie, Pétrus Borel le Lycanthrope.) En un mot les bousingots comme les Jeunes- France étaient « des poseurs ». M. Ch.
Nisard fait venir bousingot de l'argot anglais Bowsingken, maison où. l'on boit. Pourquoi pas de l'ancien bouis, maison vouée à Vénus publique, qui a fait
bousin et bouis-bouis ? — Parce que c'était trop naturel et trop simple.
Boussole. Tête, cervelle. — Perdre la boussole, déraisonner, devenir fou. « Au moyen âge les médecins comparaient la tête de l'homme à un vaisseau dont le sinciput était la proue et l'occiput la poupe. La tête représentant un navire, la cervelle fut prise pour la boussole, pour guide. » (Ch. Nisard.)
Boussole de singe. Pain de fromage de Hollande. On dit aussi boussole de refroidi, tête de mort.
Boustifaille. Repas copieux composé de mets vulgaires. — Du lapin sauté, de l'oie aux marrons, du gigot aux haricots, de la dinde bourrée de chair à saucisse, des pommes de terre au lard, voilà de la boustifaille.
Bout coupé. Cigare d'un sou coupé aux deux bouts.
Bout coupé. Juif.
Bout (Recevoir son). Etre congédié. — Flanquer son bout, quitter un patron, — dans le jargon des tailleurs.
Bout-de-cul. — Gamin, homme de petite taille, — dans le jargon des voyous. — Nous verrons bien si un bout-de-cul comme toi me fera aller.
Boutange, boutroUe. Boutique. — Courteau de boutange, commis de magasin.
Bouteille. Nez, — dans le jargon des voleurs.
Bouteille. Latrines, — dans le jargon des marins.
Bouteille (Coup de). Ivrvjsse.
Mot à mot : coup que le contenu de la bouteille produit sur la tête. « 11 avait un coup de bouteille comme à l'ordinaire. »
(E. Zola.) — Ecraser une bouteille^ vider une bouteille.
Bouterne. Tablette , plateau sur lequel sont exposés les lots destinés à attirer les amateurs de porcelaine, autour des loteries foraines. La bouterne se joue au tourniquet. Il y a de gros lots en vue, que personne ne gagne jamais, naturellement,
Bouternier, bouternière. Celui, celle qui tient une bouterne.
Boutique (La). La préfecture de police, en termes d'agents de police et d'employés de la préfecture de police.
Boutique (Et toutela).Et tout
le reste, et tout le monde. Envoyer promener toute la boutique.
Boutique (Montrer toute sa).
Faire voir ce que fit voir la jeune Hébé en tombant dans la salle à manger de l'Olympe. — Se dit également d'un homme qui, pour un motif ou pour un autre, en montre autant et même davantage.
« II montre toute sa boutique. »
{Parnasse satirique'.)
Bouton. Passe-partout , — dans le jargon des voleurs.
Bouton. Pièce d'or, — dans le jargon des maquignons.
Bouton de guêtre. Pièce de cinq francs en or.
Bouton de pieu.. Punaise, ~
dans le jargon des voleurs.
C'est-à-dire : bouton de lit.
Bouture de putain. Enfant de
père inconnu, — dans le jargon des jardiniers.
Boy. Garçon de salle dans un collège. — Anglicisme familier aux collégiens qui suivent le cours d'anglais.
Boyaux en détresse, boyaux vides (Avoir les). Etre à jeun, avoir faim.
Bracelet. Menottes.
Brader. Vendre à vil prix, — dans le jargon des marchands de bric-à-brac. (A. Delvau.)
Braise. Argent qu'on vient de recevoir. — Il est tout chaud, chaud comme de la braise.
Brancard. Courtière en prostitution.
Brancard. Main, jambe. Serrer le brancard, serrer la main.
— Brancard de laine, boiteux.
Branche (Ma vieille). Terme d'amitié. L'amitié représente un arbre solide dont les amis forment les branches.
Brandillante , brandilleuse.
Sonnette. — Bi^andilleuse enrhumée, sonnette fêlée.
Branlante. Chaîne d'or.
Branleuse de Gendarme. Repasseuse. — La plupart des fers à repasser portent la marque de la maison « Gendarme. »
Bréchet. Estomac. C'est l'ancien brichet. — « Ce mot qui sert à désigner le creux gui est au haut de l'estomac dérive de l'allemand brechen, rompre, couper. » (Ménage.) « En glieu de pourpoint, de petites brassières, qui ne leu venont pas jusqu'au brichet. » (Molière, Le fcatin de Pierre, acte II, scène i.)
Bréchet mouche, mauvais estomac. — Avoir le bréchet dans les iiadins, avoir l'estomac dans les talons.
Breda-street. Le quartier Notre-Damc-de-Lorette chanté par Gavarni. Les dames de Breda-street déjeunent chez la crémière, dînent quelquefois, et soupent presque toujours dans les restaurants à la mode.
Breloque. Pendule.
Breloque (Battre la). Déraisonner, en parlant d'un malade en proie au délire.
Brème. Permis de prostitution. C'est la carte délivrée par la préfecture de police aux filles soumises. « Elles la portent le plus souvent dans leurs bas, afin d'éviter d'en révéler l'existence, si elles n'y sont pas absolument forcées. »" (Flévy d'Urville, Les Ordures de Paris.)
Brème. Carte à jouer. — Allusion à la brème, poisson très plat. — Maquiller les brèmes, jouer aux caries, — dans le jargon des tricheurs. — Tiranger la brème, tirer les cartes. Tira?îgeur de brèmes, tirangeuse de brèmes, tireur, tireuse de cartes.
Brème (Etre en). Etre sous la surveillance de la police, — dans le jargon des voleurs.
Bric-à-brac. Vieilleries artistiques, non artistiques, pseudoartistiques : vieux chandeliers, vieilles soupières, poteries, cuirs, cuivres, meubles des temps passés. — Commerce de vieux objets disparates. Les marchands de bric-à-brac sur une grande échelle s'instituent volontiers
marchands de curiosités, marchands d'antiquités.
Bricabracologie. Commerce de bric-à-brac. Passion des antiquailles qui pousse les bourgeois à encombrer leurs maisons de vieilles poteries et de vieux tessons de bo plupart sans valeur.
Bricage. Grand nettoyage d'un navire, — dans l'argot de la marine.
Bricheton. Pain, — dans le jargon des ouvriers. — Bricheton d'attaque, pain de quatre livres.
Bricole. Travail de peu d'importance ; travail mal rétribué, lait à temps perdu. « Le soir même, le zingueur amena des camarades, un maçon, un menuisier, unpeintre, de bons zigs, qui feraient cette bricole-Vd. après leur journée. » (E. Zola.) — Au xviiie siècle, ôncofe avait le sens de mauvaise excuse, menterie.
Bricoler. Accommoder, mettre en œuvre, d'où est dérivé la bricole de nos jours. « Comment!.. Est-ce donc que cela se bricole? » (Poisson, Les Foux divertissans.)
Bricul. Officier de paix, —
Bride. Chaîne de montre, — dans le jargon des voyous. — Si j'avais seulement une bride pour attacher mon oignon.
Briffe. Gras-double. (L. Larchey.) — Nourriture. Passer à briffe, manger.
Brigadier. Pour brigadierfourrier, gindre, premier garçon boulanger chargé du four. On a dit d'abord fournier puis four-
rier par corruption. Dès le xiii»
siècle, «Le droitpayé pour faire cuire à ces fours banaux s'appelait tournage et les ouvriers qui y étaient employés se nommaient fourniers. » (Pierre Vinçart, Les ouvriers de Paris, 1863.)
Brig-four. Brigadier-fourrier, par apocope, — dans l'argot des soldats de cavalerie.
Erigeante. Perruque, — dans le jargon des voleurs.
Brignolet. — Pain. « Pas de brignolet use coller entre les mandibules. » {Le sans-culotte.)
Briller. Allumer. La briller, allumer la lampe ou la chandelle, — dans le jargon des voleurs gui emploient beaucoup les articles « la et le « devant un verbe en sous-enlendant le substantif.
Brimade. Epreuve vexatoire, charge d'écoliers que les anciens infligeaient aux nouveaux venus dans les écoles militaires. Cet usage tend à disparaître tous les jours.
Brimer. Rire aux dépens d'autrui, vexer. « M*** honorait Perpignan de ses sarcasmes, et Perpignan se laissait brimer. »
(Ch. de Boigne.)
Brindezingues (Etre dans les, se mettre dans les). Etre, se mettre en état d'ivresse.
Bringue (Grande). Femme grande et maigre. « Rosine, dite la Vache, une grande bringue qui avait des ornières aux épaules et des dents en moins. »
(Huysmans, Les Sœurs Vatard.)
Briqueman. Briquet, sabre de cavalerie.
Brisque. Année, — dans le jargon des voleurs.
Brisque. Les dix et les as, au jeu de bezigue.
Brisque. Chevron. — « Est-ce que vous attendez un larbin, par hasard, pour ranger votre case '/grommela un vieux sergent àplusieurs brisques. » (R.Maizeroy, La Vie moderne, 2 août iSl 9.)
Brisquart. Sergent. C'est-àdire celui qui porte les brisques.
Briser (Se la). Se sauver, partir.
Briseurs. Mot à mot : voleurs qui se la brisent. Ce sont des faiseurs d'affaires qui disparaissent avec la marchandise que des négociants imprudents leur ont confiée.
Brisure. Suspension momentanée de travail accordée aux compositeurs des journaux vers le milieu de leur (Boutmy.)
Brocante. Vieux soulier encore bon pour la vente, — dans lejargon des chiffonniers, c'està-dire soulier qu'on peut brocanter.
Brocante. Bague, — dans le jargon des voieurs.
Brocante. Brocantage. — Marchandise sans valeur, — dans le jargon des revendeurs.
Toute sorte de petits travaux qui se rattachent plusoumoinsà l'art et que l'artiste exécute faute de mieux. Les brocantes des artistes sont les bricoles des ouvriers. — « Je vais faire des brocantes, une corbeille de mariage, des groupes en bronze.»
Balzac, La Cousine Batte.)
besogne.
Broches. Dents, — dans le jargon des voleurs. — Broches rouillées, dents gâtées.
Brodancher. Broder. — Ecrire.
Brodancheur en cage. Ecrivain public. — Brodancheur à la cymbale, brodancheur aux macarons, notaire, huissier, — dans le jargon des voleurs.
Brodeuse. Homme-femme, — dans le jargon des voleurs.
Bronque. Ministre, — dans le jargon des voleurs.
Broque. Centime. — Cinq broques font un rond ; vingt ronds font une balle; cinq balles font uueroue de derrière ou forte thune.
Broquillage,vol àlabroquille.
Vol à la substitution. Vol qui consiste à substituer un objet sans valeur à un objet de prix :
le cuivre à l'or, le stras au diamant.
Broquille. Minute.
Broquille. Boucle d'oreiiles.
Broquilleur , broquilleuse.
Celui, celle qui se livre au 6roquillage. Plus d'une femme du monde est broquilleuse. C'est celle qui, pour satisfaire une passion, la plupart du temps mavouable, vend, à l'insu de son mari , une parure en brillants qu'elle remplace par une parure de stras, exactement semblable.
D'autres fois c'est le mari qui procède à cette combinaison, et porte la parure en brillants chez sa maîtresse. — 11 y a encore les broquillcurs do tableaux qui substituent dès copies aux ori giaaux.
Brossée. Victoire remportée à coups de poing sur un ennemi intime. — Victoire remportée à coups de fusil sur des ennemis en bataille rangée. — Donner, recevoir une fameuse brossée.
Brosser. Battre, vaincre son adversaire.
Brosser le ventre (Se), Jeûner, contraint et forcé. On se brosse le ventre otl'on danse devant le buffet. — « Quand les cartes me font des mistouiles, il ne me reste plus qu'à me brosser le ventre. )> (Vast-Ricouard, Le Tripot.)
Brouillards (Etre dans les).
Etre en état d'ivres.se. — Chasser le brouillard, inaugurer la journée par un verre de n'importe quoi. — Au xviii^ siècle l'expression : Etre dans le brouillard équivalait, en style de gens de lettres, à être dans le malheur.
Broutiller. Mot parlementaire. Il signifie qu'on a liquidé une série de petits projets de loi, moins intéressants les uns que les autres. {Figaro du 22 janvier 1879.)
Bruge. Serrurier, — dans l'ancien argot.
Brûle-gueule. Pipe courte et noircie par l'usage.
Brûlé. Démasqué. Drôle dont les filouteries sont percées à jour, usées. — Par contre, un créancier brûlé e.st celui dont on ne peut plus rien tirer. On l'a trop fait fiamber.
Brûlée (Affaire). Affaire ratée, affaire qui n'a pas réussi.
M Larchey donne brùlê tout court dans le même sens.
Brûler. — Retirer de la main en les jetant au panier, après en avoir annoncé le nombre, une ou plusieurs cartes avant de commencer une partie de baccarat en banque. Ce droit du banquier ne s'exerce plus que dans les cercles de bas étage.
Brûler (Se). Etre connu, démasqué. « Aussi je commençais à me brûler. » (F. Mornand.)
Brûler le cul. Faire banqueroute. L'expression date de
Brûler le pégriot. Faire disparaître les traces d'un vol.
Brûler du sucre. Etre apjjaudi, — dans le jargon des acteurs.
Brûler à la rampe (Se). Jouer
f)Our soi, sans se préoccuper de a pièce, — dans le même jargon. (A. Delvau.)
Brûler les planches. — Jouer avec entrain, déployerbeaucoup de chaleur, — dans le jargon des comédiens. « Monvel est l'acteur pour lequel a été inventée cette expression de coulisses. » (V. Couailhac, La Vie de théâtre.)
Brûlot. Terme de joueur. — Baccarat à toute vapeur; on donne une seule carte et le tapis compte pour dix. Il y a des gens qui ne savent qu'imaginer pour perdre plus vite leur argent.
Brunir. Nettoyer à fond, — dans le jargon du régiment. — Brunir ïa chambre^ la cour du quartier. ^
Brutal. Canon, — dans le jargon des troupiers. « panel : Le canon 1 — d u r i v r a u , (a vec joie) :
Le brutal î... c'est donc vrai que l'Empereur marche sur Troyes? »
(Alph. Arnault et L . Judicis, Les
Cosaques, 1853.)
Bu (Etre). Etre dans un état absolu d'ivresse. — L'ancienne langue française avait le mot boite dans le même sens. « Croistu que je suis boite ! » (Hauteroche, Crispin musicien:)
Bûche. Les figures et les dix d'un jeu de cartes, — dans le jargon des joueurs de baccarat. — Tirer une bûche, tirer une figure ou un dix, carte qui assomme celui qui la reçoit. — « Il n'y a plus que des bûches au talon. »
{Figaro du 5 mars 1880.)
Bûche. Bois à graver, — dans le jargon des graveurs sur bois.
Bûche. Grande pièce de drap :
paletot, redingote ou habit fait par l'appiéceur. — Coller sa biiche au grêle, livrer une pièce au patron.
Bûches flambantes. Allumettes chimiques. — Bûches plombantes, anciennes allumettes qu'on trempait dans une composition chimique pour obtenir du feu.
Bûcher. Travailler avec ardeur. — Se bûcher, se battre.
Bûcherie. — Batterie, scène de pugilat.
Bûcheur. Travailleur assidu, celui qui se donne autant de mal qu'un homme qui fend des bûches.
Buffet. Ventre. ' — Buffet garni, ventre plein. — Avoir le buffet vide, être à jeun.
Buffet. Orgue. — Bémoulcur de buffet^ joueur d'orgue.
Bul. ChilFon bleu, — dans le jargon des chiffonniers et des marchands de chiffons.
Bull-parck. Jardin Bullier, — dans le jargon des étudiants à qui l'anglais est moins étranger que le Code.
Bnquer. Voler en changeant de l'argent.
Buquer. Frapper; pour 6mcher. « Vous avez dit dans votre interrogatoire devant M. le juge d'instruction : j'ai buqué avec mon marteau. » (Gazette des Tribunaux du 10 août d877.)
Burettes. Paire de pistolets d'arçon. Des burettes qui, à elles seules, chantent Ja messe... des morts.
Burelingue. Bureau. le hurlin- (5fMees^6oMc/e,ie bureau est fermé.
« Clicz r pèr' Jacob, pour le jour de sa [fête, • A son bur' lingue il voulait l'envoyer. » {La France, du 13 mars 1879.)
Bustingue. Chambre garnie,
— dans le jargon des saltimbanques,
Bute, bute à regret. Guillotine. Buter, guillotiner, tuer, assassiner; du vieux mot : buter ^ frapper, renverser; d'où culbuter, dans la langue officielle.
Butre. Plat, — dans le jargon des voleurs
Butteur, burlin. Bourreau.
— dans l'ancien argot.
Buvaillon. Apprenti buveur
qu'un verre de vin grise.
Buverie. Brasserie. — Endroit où l'on se réunit pourboire, du vieux mot beuverie.
Buveur d'encre. Comptable,
— dans le jargon des troupiere.
« L'expression de buveurs d'encre ne s'applique strictement qu'aux engagés volontaires qu'on emploie dans les bureaux, où ils échappent aux rigueurs du service, sous prétexte qu'ils ont une main superbe. » (Fréd.
de Reilfenberg, La Vie de garnison.)
Ça (Pas). Rien, pas le sou. — La locution se souligne en faisant claquer l'ongle du pouce sm* une des dents de devant. — C'est un peu ça! c'est très bien.
— Comme c'est ça! comme c'est vrai, comme c'est naturel! — Pas de ça ! pas de plaisanteries, ne nous émancipons pas ! — dans le jargon des Lucrèces de boutique.
Ça (Avoir de). Avoir de l'argent. — Avoir du courage, en
accompagnant l'expression d'un coup de poing à l'endroit du cœur. — Regorger de trésors cachés sous le corsage, en parlant d'une femme.
Cab, Cabot. Chien, vilain chien qui n'appartient à aucune race.
— Cabot vient declabaud, crieur, braillard, d'où ciabauder, dans la langue régulière. En hébreu clab veut dire chien ; ciabauder est formé de clab.
Cabanon. Salle de police in-
^» fligée aux convalescents, — ar- ■[[ got des soldats d'infanterie de ■T marine.
~ Cabande , Cabombe. Chandelle, — dans le jargon des ouvriers. — Estourbir la cabande, soufller la chandelle. — Tapeà-la mèche, honneur à la cabande, souflle la chandelle, — dans le jargon des chilTonniers. On disait autrefois : camoufle et camouflet, chandelier.
Cabasseur. Bavard. — Caboêser, bavarder, tromper.
Cabasson. Vieux chapeau de femme, chapeau démodé.
Cabermont, Cabermuche. Cabaret, — dans le jargon des voleurs.
Cabestan. Officier de paix.
Cabillot. Soldat de passage sur un navire, — dans le jargon des marins.
Cabinet. Atelier des dessinateurs et graveurs pour étoffes.
Cabinet des grimaces. Lieux
d'aisances.
Cabinet de lumière. « Le
sanctuaire du magasin (de nouveautés.) C'est une petite pièce carrée, sans aucune fenêtre :
comme meubles, un divan de velours vert ou grenat, souvent une psyché au lieu de glace ; au milieu, un guéridon où l'on fait chatoyer sous la lumière du lustre les nuances tendres ou vives qui feront fureur demain. » {Commis et demoiselles de magasin, 1868.) C'est dans ce cabinet que les élégantes jugent de l'effet que produiront aux lumières les robes d'apparat.
Câble. Mari, — dans le jargon
DICTIONxNAlRE d'aRGOT MODERNE.
des voyous ; par allusion au câble du ballon captif de la cour des Tuileries, une des curiosités de l'Exposition de 1878. Aujourd'hui une gloire crevée comme tant d'autres.
Cabo. Caporal, — dans l'argot du régiment.
Cabochard. Chapeau, — dans le jargon du peuple.
Caboche, Cabèce. Forte tête.
C'est la tête de l'homme intelligent. Une caboche à X, une tête à mathématiques.
« D'un petit tonnerre de poche » Lui frêle toute la caboche. »
(ScaiTon, Gigaiitomachie, chap. 5.)
Cabochon. Caractère d'imprimerie très usé; vignette etfacée, détériorée.
Cabochon. Taloche, choc, contusion. — Se cabochonner, se battre.
Cabot, Cabotin. Acteur sans talent et sans dignité. D'après M. Ed. Fournier, Cabotin était le nom d'un célèbre opérateur nomade, qui, en même temps que tous les gens de son métier, étai t, tout ensemble , imprésario et charlatan, vendait des drogues et jouait des farces.
{Chanson de Gauthier-Garg aille, préface.)
Cabotinage. Le ca6o^ma^6 consiste à savoir se passer de talent, à se montrer plus souvent au café que sur les planches, à préférer les petits verres sur le comptoir aux alexandrins des classiques et même à la prose de M. Anicet-Bourgeois. — « Le cabotinage est aussi la basse diplomatie des coulisses; cabotincr c'est faire des affaires théâtrales comme certains cour-
tiers font des affaires de bourse, écouter aux portes d'un comité pendant qu'un confrère lit son drame, et porter au théâtre voisin l'idée de l'ouvrage qu'on vient de surprendre, mendier ou acheter des tours de faveur, monter une cabale contre un ouvrage, tout cela est du cabotinage. » {Petit dict. des coulisses, 1835.)
Cabotine. Actrice qui, sans plus de talent que le cabotin, possède une corde de plus à son arc. Elle se sert du théâtre comme d'un bureau de placement pour ses charmes. — Terme de mépris pour désigner une actrice quelconque dont on a à se plaindre ou qu'on veut blesser. « IJ (le marquis de Caux) l'insultait (la marquise de Caux, la Patti)... Ainsi il a dit plusieurs fois : Maudit soit le jour où j'ai épousé une cabotine comme toi ! » [Liberté du 6 août 1877, Compte rendit du procès Caux-Patti.)
Cabotiner. Jouer comme un mauvais acteur; jouer partout, mal et sans succès.
Caboulot. Débit de liqueurs servies par des femmes aimables, trop aimables. Les fruits à l'eau-de-vie et l'absinthe y tiennent le preffiicr rang. — v Mot pittoresque du patois franccomtois, qui a obtenu di'oit de cité dans l'argot parisien. Il désigne un trou, un lieu de sordide et mesquine apparence, par extension petit bazar, petit café. Le caboulot de la rue des Cordiers, qui est le plus ancien de tous, s'ouvrit eu 1852. »
{Ces dames, 1860.) — « Le caboulot, c'est-à-dire le débit de
la prune et du cliinois, du citron confit à l'état de fœtus dans l'esprit-de-vin, le tout couronné par une femme à peu prè.s vêtue , belle comme la iDcauté diabolique d'Astarté...
et elle rit et elle chante et elle trinque, et elle passe ensuite derrière le rideau... et le caboulot a multiplié comme la race d'Abraham. « (Eug. Pelletan, La Nouvelk Babylone.)
, Caboulote. Hébé de caboulot.
La caboulote tient à la fois du garçon de café et de la fille de maison. Elle est chargée de verser à boire, de pousser à la consommation et le client à la porte, par les épaules, s'il fait trop de tapage. « Voici des actrices, des modèles, des caboulotes, des marchandes de bouquets et de plaisir. » (Ed. Robert, Petits mystères du quartier latin, 1860.)
Caboulottière. Même signification que ci-dessus. — « L'an dernier, ayant écrit un entrefilet des plus virulents contre les caboulo.ttières, nous avons reçu les cartes de 876 de ces demoiselles. » [Tam-Tam du 6 juin 1880.)
Cabrio. Chapeau de femme, à l'époque ofi les femmes portaient de larges chapeaux; c'est l'apocope de cabriolet. « Je n'ai pas moins changé mon cabrio contre une paire de bottines à talons de cuirassier. « (H. de Lynol, Encore une industrie inconnue.) Le cabrio semble vouloir revenir à la mode; juste retour des choses d'ici-bas.
Cabriole. Chambre , chambrée, — dans le jargon des vo-
leurs; c'est une déformation de cambrioUe. Choper une cabriole au rendéve des espagnols, louer une chambre dans un hôtel garni de dernier ordre ; c'qsL mot à mot : louer une chambre au rendez-vous de Ja vermine.
Cabriolet. Hotte de chiffonnier, — dans le jargon du peuple.
Cabriolet. Corde à nœuds, longue de vingt-cinq centimètres et munie, aux deux extrémités, de deux morceaux de bois.
C'est à l'aide de cette corde que les agents de police lient les mains des détenus. « Ainsi nommée parce qu'en la serrant on fait cabrioler le patient. »
(F. du Boisgobey.)
Caca. Double quatre d'un jeu de dominos. Les joueurs de dominos, pour varier et animer le jeu, disent encore « Bazaine », qu'ils alternent avec Caca.
Cacade, Cagade. Bêtise. — Faire une cagade, se tromper grossièrement.
Cachan (Aller à). Se cacher.
Jeu de mots sur le village de Cachan, près d'Arcueil. (L'expression date du xviii® siècle.)
Cachemire (Coup de). Coup de serviette, — dans le jargon des habitués de café. On réclame ordinairement un coup de cachemire pour approprier le marbre de la table, avant de se livrer aux émotions du domino.
Cachemire d'osier. Hotte de madame la chiffonnière, — dans le jargon du peuple.
Cache-folie. Postiche en cheveux. En terme de coiffeur, le cache- folie comprend tout ce
qui se rattache à l'art du pos' tiche en cheveux.
Cache-Misère. Vêtement ample et surtout très long, qui a la prétention de couvrir la détresse des guenilles et l'absence de linge. Le mac-farlane, pour les hommes , le waterproof , pour les femmes, sont des cache-misère par excellence. — Un bohème avait adopté pour cache-misère une vieille robe de chambre, dans laquelle il est mort sur un banc du Pont- Neuf.
Cachemite. Cachot; avec changement de la dernière syllabe.
Les lettrés de Mazas disent également cachemar , cachemuche, cachemince, selon qu'ils parlent en uche, mince ou mar.
Cachet de la mairie. Témoignage laissé à une chemise par une personne qui a, peut-être, manqué de papier. On dit aussi le cachet de M. le maire, la marque de fabrique.
Cadavre. Corps humain vivant. Promener son cadavre, se promener. — Aller se refaire le cadavre, aller manger. — Travailler le cadavre de quelqu'un, rouer quelqu'un de coups.
Cadavre (Jouer le). S'acharner après un banquier en déveine, en argot de joueurs. — « Ils jouaient le veinard, absolument c ïïime d'uuives jouaient le cada'-e, s'acharnant contre le banquier, qui était dans une période malheureuse. » (Vast- Ricouard, Le Tripot.)
Cadavre (Connaître le, Savoir où est le). Connaître une particularité de la vie de quelqu'un qu'il a intérêt à tenir
secrète. C'est grâce à la connaissance de certains cadavres, qu'il est donné à tant de chanteurs d'exploiter tant de monde.
— Il y a un cadavre : il y a complicité. Le cadavre est une intimité inexpliquée entre deux ou plusieurs personnes de position et de rang différents et qu'on soupçonne d'avoir trempé dans quelque mauvaise action.
Cadavre (Piétiner sur le).
Médire d'une personne récemment décédée, diffamer un mort de la veille, — dans le jargon des gens de lettres. — «Attendez au moins qu'il soit froid », dit-on, quand la médisance est par trop hâtive.
Gadène. Chaîne, — dans l'ancien argot; du latin catena.
Cadet. Pince à l'usage des voleurs, petite pince.
Cadet. Apprenti maçon.
Cadet. Demère. — Baiser cadet, se conduire ignoblement. — Baise cadet , apostrophe injurieuse à l'adresse d'un importun, d'un ennuyeux personnage ; locution autrefois très répandue dans le grand monde des halles où, pour un rien, Cadef était sur le tapis et quelquefois à l'air.
Cadichon. Montre, — dans le jargon des voleurs.
Cador. CJiien, — dans le jargon des voleurs.
Cador du quart. Secrétaire du commissaire de police. Mot à mot : ciiien du commissaire.
Cadran solaire. Derrière. — Endommager le cadran solaire, donner du pied dans le derrière.
Cadratin. Chapeau haute for-
me, — dans le jargon des typographes. Au propre, le cadratin est un petit morceau de fonte qui sert à maintenir les caractères d'imprimerie. Les ouvriers, pour se distraire, ont combiné un jeu avec les cadratins.
Cadre. « Le personnel du ballet et des comparses se classe par rang de taille. C'est ce qu'on appelle le cadre. » (A. Bouchard, La langue théâlrale.) Les vieux habitués de l'Opéra se plaisent assez à rompre la glace de ce cadre.
Cafard. Ecolier rapporteur, petit espion de collège, — dans le jargon des collégiens.
Cafarde. Lune, — dans le jargon des voleurs. — Cafarde ouatée, lune à demi cachée par les nuages.
Cafarder. Rapporter aux maîtres les fautes de ses condisciples, espionner ses camarades.
Cafarder. Protéger, patronner, — en terme d'Ecole militaire. Un ancien qui cafarde un melon, le prend sous sa protection. « Vous savez que je cafarde M. de Sartône ; je le recommande à vos bons soins. »
(Saint-Patrice , Mémoires d'an gommeux.)
Café (Prendre son). S'amuser aux dépens de quelqu'un. — Yort de café, très fort, peu supportable. Misérable jeu de mots comme on en commettait tant, ^ il y a quelques années ; de la ^ même famille que : « Elle est bonne d'enfants », pour dire qu'une chose est amusante. Fort de café est pour fort en café, trop chargé en café, expression
empruntée aux amateurs de café au lait.
Café d'abbé. Café très clair.
C'est-à-dire du café comme devraient en prendre les abbés pour ne pas être agités.
Cafetière. Tête, figure, — dans ]e jargon des charbonniers.
— ({ Ring! en plein sur la cafetière ! » (Tam-tamy du 23 mai 1880.)
Cage. Prison. — Oiseau en cagCf prisonnier. — Mettre en cage, mettre en prison. « Ce fut peut-être le maréchal de Matignon qui mit Philippe de Comines en cage. » (Du Puv, Thuana, 1G69.)
Cage. Atelier de composition ; des ouvriers typographes. j
Cage à lapins. Chambre pe- 1 lite, mais sale. j
Cage (Ne plus avoir de mouron sur la). Etre chauve, — dans le jargon du peuple, qui dit aussi : Ne plus avoir de a^esson sur la fontaine.
Cagne. Le comble de la paresse. Plus forte que la flemme , qui présente un état passager, la cagne est constitutionnelle ; c'est carogne, par suppression j de deu2 lettres. « Vénus, la bonne cagne, aux paillards ap- ' petits. )» (Saint- Amand, Le Me- ' Ion.) — Avoir la cagne, faire la cagne.
Cagne. Agent de police. C'est une variante de cogne.
Cagne. Cheval, — dans le jargon des voleurs. « Avec ça qu'il est chouette ton cagne l W a une guibolle cassée. » (Canler.)
Cagnotte en détresse. Prosti-
tuée qui exploite les abords des cercles, guettant la sortie des joueurs heureux, généreux et amoureux... de la première venue. Elle sait qu'il y a des joueurs qui ont le gain^tendre.
Cagou, cagoux. Dignitaire à la cour du grand Coësra; dignité disparue, dignitaire éclipsé aujourd'hui. Dans le royaume argotique, les cagoux étaient des professeurs d'argot au double point de vue de la théorie et de la pratique. Ils portaient le titre d'archi-suppôts. D'après Grandval, le cagou était un voleur qui opérait seul : misanthropie et escamotage.
Caillé. Poisson,
dans l'an-
cien argot. Il est couvert d'écailles, d'où le nom.
Caillou. Figure.
Se sucei' le caillou, s'embrasser. — Avezvous fini de vous sucer le caillou ?
Caillou. Nez, — dans le jargon des voyous. (A. Delvau.) — Avoir son caillou, être légèrement pris de vin.
Caisse d'épargne. Bouche. — Mettre à la caisse d'épargney manger.
Caisse (Sauver la). Se sauver avec la caisse, fuir en emportant un dépôt d'argent. Entre caissiers : — Encore un de nos confrères qui vient de se sauver. — Le pauvre homme!., et il a gagné la frontière? — Non, on l'a [lincé. — Pincé!., le Uoisième depuis cette semaine....
c'est à vousdégoi\ter du métier!
Caisse (Se taper sur la). Ne rien avoir à manger. Les ouvriers disent dans le même sens : Se taper sur la barat^ue.
Caisse (Battre la grosse).
Faire beaucoup de réclame pour quelque chose ou pour quelqu'un. — Allusion aux coups de grosse caisse de MM. les saltimbanques.
Caisson. Tête. ~ Se faire sauter le caisson, se faire sauter la cervelle avec une arme à feu.
Calabre. Teigne, — dans le jargon des voleurs.
Calancher. Mourir.
Calande. Promenade, — dans le jargon des voleurs. — Se pousser la calande, se promener.
Calandriner, caler le sable.
Traîner la misère, — dans le jargon des souteneurs.
Calé. Riche, cossu. Rien de tel que l'argent pour vous caler; c'est-à-dire pour vous mettre d'aplomb et vous donner de l'aplomb.
Calége. Fille richement entretenue, — dans le jargon des voleurs. C'est-à-dire fille calée, par altération.
Calence. Manque d'ouvrage, — dans le jargon des ouvriers.
Caler. Maltraiter, corriger à coups de poing, — dans le jargon des voyous.
Caler. JN'avoir rien à faire, se croiser les bras en attendant de l'ouvrage.
Caler des boulins. Faire des trous.
Caler sabiture. Sacrifier à la compagnie Lesage.
Caler les amygdales (Se).
Mançer. Et les variantes : 6'e
caler les soupapes, se caler les joues, se les caler.
Caleter. Décamper, — dans le jargon des truqueurs. Lorsque le bonneteur ou l'un de ses compères a aperçu de loin le képi d'un sergent de ville, tout ce monde de filous qui entoure les jeux de hasard se sauve à la débandade au mot d'ordre de :
Tronche à la manque, Plaine et Norvège, ciletez fort, caletez bien!
La police! Sauvez-vous vite, sauvez-vous bien de tous les côtés !
Caleur. Garçon, de l'allemand Kellner, — dans l'ancien argot.
Caleur. Ouvrier typographe qui attend de la copie, que le manque de copie force à se croiser les bras. Dans les ateliers de composition, ce mot n'a plus le sens, qu'il avait autrefois, de mauvais ouvrier, fainéant et ivrogne.
Caliborgne. Borgne.
Calinot. Type du naïf, pfititfils de La Palisse et frère de Jocrisse. Découvert par MM. Ed.
et J. de Concourt dans : Une Voiture de Masques, Calino a été mis en pièce par MM. Barrière et Fauchery. L'orthographe primitive de MM. de Concourt donne Calinot par un t', aujourd'hui l'on écrit Calino sans t, probablement par économie, puisque Calinot a fait calinotades.
Calinotade. Naïveté digne de Calino.
Calinte. Culotte, — dans le jargon des voyous. — Ta calinte bâille, ta culotte est déchirée.
Galique. Commis de magasin
de nouveautés. C'est une variante de calicot.
Calme et inodore (Etre). Se tenir tranquiJle. Les personnes qui ont une teinture de chimie ne manquent pas d'ajouter :
inattaquable par les acides.
Calot. Dé à coudre, parce qu'il a la forme d'une calotte microscopique.
Calot. Képi, — dans le jargon de Saint-Cyr. — « Récompense honnête à qui rapportera le calot 3H8. » {La Vie moderne, 30 août 1879.)
Calot. Vieillard, vieille femme ridicule, — dans l'ancien jargon des clercs de notaire. « Quant aux farces d'étude, c'est ordinairement sur de vieilles ganaches, sur ce que les clercs appellent des calots, qu'ils les exercent. » (Le Peintre des coulisses, 1822.) Dans le jargon moderne des commis de la nouveauté, un calot désigne un acheteur qui borne ses achats à un objet de peu d'importance, à une paire de gants à 29 sous par exemple.
Calot, callot. Sujet de la Cour des Miracles. Les calots étaient des mendiants chargés du rôle de teigneux.
Calots. Coquilles de noix. — Gros yeux à fleur de tête, — dans le jargon des voleurs.
Calots (Ribouler des). Regarder avidement, ouvrir de grands yeux étonnés, écarquil- 1er les yeux, — dans le jargon des voyous. « Riboulant des calots à chaque devanture de boulanger. » [Le sans-culotte, 1878.)
Calotin. Prêtre ; celui qui
porte la calotte. — « On a été prodigue avec eux : ils ont chacun un caiotin. » (H. Monnier, Scènes populaires.)
Calottée. Boîte en fer-blanc où les pêcheurs à la ligne renferment les asticots, leur espérance.
Calotte. Assiette à soupe, — dans le jargon des voleurs. — « Et il déposa sur la table un saladier de faïence écorné, balafré, rapiécé, une douzaine de morceaux de sucre dans une calotte. » (P. Mahalin, Les Monstres de Paris.)
Calouquet. Etudiant en médecine. A cause de l'ancien béret, nommé calouquet, qui servait de coiffure aux étudiants.
« Les grisettes du pays latin ne disent pas Carabin, c'est Calouquet. » (Les Voleurs et les volés, 1840.)
Calvin. Raisin. — Calvigne, vigne, — dans l'ancien argot.
Camarde (La). La mort. Epouser la camarde, trépasser.
« Une vieille vous dit : — Holà!
» Il faut épouser la camarde...
» N'parlons pas d'ça. »
{Dîners de Vanc. cercle dramatique )
Camaro, Camarluche. Camarade. — « Eh! Bourdeau, eh!
las-d'aller! lève-toi, c'est ton camarluche qui t'appelle ! »
(Huysmans, Marthe, 1879.) — « Les deux cents camaros se connaissaient, se tutoyaient. »
(R. Maizerov, La Vie moderne^ 6 sept. 1879!)
CambrioUe. Chambre. La variante est : Cambrouse.
CambrioUeur. Voleur qui opère d. ns les chambres, dans les appartements.
Cambrouse. Pensionnaire d'une maison de tolérance, — dans l'ancien argot.
Cambrouse. Campagne. Cambrousier, ' paysan, — dans le jargon des marchands forains.
Cambrousier. Voleur de campagne, — dans l'ancien argot.
Cambrousier. Ouvrier peintrevitrier attaché à un petit établissement de peinture-viti'erie,
— dans le jargon des peintres en bâtiment.
Cambrousier. Revendeur qui tenait un peu de tout, — dans l'ancien argot du Temple. Le cambrousier a été le précurseur du brocanteur.
Cambroux. Valet de chambre, garçon d'hôtel. — Cambrouse, femme de chambre. — Mastroc de cambrouse, aubergiste.
Cambrure. Savate, — dans le jargon des chiffonniers.
Cambuse. Petite chambre mal meublée.
Cambuse aux potins. Chambre des députés. — Cambuse des genoux. Sénat.
Cambuse à merde. Derrière,
— dans le jargon des marins.
Camelot. Marchand ambulant, porte-balle, étalagiste sur la voie publique. Le soir, le camelot ouvre les portières, ramasse les bouts de cigares, mendie des contre-marques, donne du feu, fait le mouchoir et môme la montre s'il a de la chance.
Camelotte. Mauvaise marchandise, objet sans valeur. Le camelot est une étoffe très mince et d'un mauvais usage,
faite de poils de chèvre, de , laine, de soie et de coton de re- \ but, d'où camelotte. — Tout l' article-Paris qui se fabrique vite, ma], à très bas prix, est de la camelotte. <( Ah! ce n'est pas de la camelotte, du colifichet, du papillotage, de la soie qui se ( déchire quand on la regarde. »
(Balzac, Vlllustre Gaudissard.)
Camelotte. Toute espèce de marchandise, — dans le jargon des voleurs. — Camelotte savonnée, marchandise volée. — Balancer la camelotte en se débinant, jeter un objet volé quand on est poursuivi. — Les revendeurs, les truqueurs, les petits étalagistes, désignent également leur marchandise sous le nom de camelotte. — J'ai de la bonne camelotte, j'ai de la bonne marchandise.
Camelotte. Le contenu en bloc de la hotte, — dans le jargon des chitibnniers. Au moment du triquage, du triage, chaque objet est classé sous sa dénomination. Ainsi, les os gras sont des chocottes ; les os destinés à la fabrication, des os de travail; le cuivre, du rouget; le plomb, du mastar; le gros papier jaune, du papier goudron; le papier imprimé, du bouquin ; la laine, du mérinos; les rognures de drap, les rognures de velours, des économies; les croûtes de pain, des roumies; les têtes de volaille, des têtes de titi; les cheveux, des douilles ou des plumes; les tissus laine et coton, des gros; les toiles à bâche et les toiles à torchon, des gros-durs; les rebuts de chiffons de laine, des gros de laine ou engrais.
Camelotte. Prostituée de bas
étage.
Camelotte en pogne. Flagrant délit de vol. Mot à mot : marchandise dans la main, la. pogne.
Camionner. Accompagner , promener. — Camionner une grue, promener une femme, — dans le jargon des voyous.
Camisard en bordée. Soldat des compagnies de discipline.
Camouflement. Déguisement.
— Se camoufler, se déguiser, — dans le jargon des voleurs. Vient de l'italien camuffare, se cacher la tête.
Camoufler. Falsifier. — Camoufler la bibine et le pive, falsifier la bière et le vin.
Camouflet. Chandelier.
Camuse. Carpe, — dans l'ancien argot. A cause de son museau aplati.
Camp des six bornes. Endroit d'un cimetière où les marbriers font la sieste aux jours de grande chaleur. (A. Delvau.) Piquer une romance au camp, dormir. — Lever le camp, se réveiller et retourner au travail.
Campage, Campe. Evasion, départ précipité, poudre d'escampette, — dans le jargon des voleurs. Déformation d'escampette. Camper, se sauver en toute hâte; pour décamper.
C'est le mot français camper, quitter, à peine détourné de son acception.
Campagne (Neuf de). « Le grec escamote des neuf sur le tapis ou en apporte dans ses poches (pour le triomphe du baccarat). Ces neuf dits de
campagne lui serviront à abattre contre le banquier. » (A. Cavaillé.)
Camphre. Eau-de-vie extracommune.
Camphrier. Débit de vins et liqueurs d'un ordre tout à fait inférieur. La variante est :
Alambic au camphre.
Canage. Agonie. — Peur.
Canapé. Lieu de promenade ordinaire, sorte de petite Bourse des émigrés de Gomorriie et des Ephestions de trottoir. — Sous la Restauration et sous le gouvernement de Juillet, les quais, depuis le Louvre jusqu'au Pont-Royal, la rue Saint-Fiacre, le boulevard entre les rues Neuve-du-Luxembouig et Duphot étaient, d'après Vidocq, des canapés très dangereux. Aujourd'hui le passage JoufFroy et les Champs-Elysées sont devenus les lieux de prédilection de ces misérables dévoyés.
Canard, Couac. Fausse note, — note qui ne sort pas du gosier du chanteur. Quand l'émission du son commande plus d'une note, le canard prend le nom d'oie. Uautruche est un canard considérable, tout ce qu'il y a de plus fort en couacs, — dans le jargon des chanteurs.
Canard. Mensonge, fausse nouvelle. — Au dix-septième siècle, donner des canards à quelqu'un avait le sens de lui enfaire accroire, lui enimposer.
(Ch. Nisard, Parisianismes.)
Canard. Méchant petit journal, imprimé sans valeur. «Ne s'avisa-t-il pas de rimer toutes ses opinions en vers libres, et
de les faire imprimer en façon de canard ? » (Ed. et J. de Concourt.)
Canard. Mauvaise gravure sur bois, — dans le jargon des graveurs sur bois.
Canard. Cheval, — dans le jarcron des cochers, fai un bon canard, bourgeois, nous marcherons vite. Ainsinomméparce que la plupart du' temps, à Paris, à l'exemple du canard, le cheval patauge dans la boue.
Canard . Morceau de sucre trempé dans du café. Comme le canard, il plonge pour reparaître aussitôt. Rien qu'un canard, un petit canard. On donne aussi ce nom à un morceau de sucre trempé dans du cognac.
Canarder. Tromper. — Plaisanter. (L. Larchey.)
Canardier. Ouvrier typographe attaché à la composition d'un journal ou canard. Pour les typographes, tous les journaux, depuis le Journal officiel jusqu'au Journal... des chiffonniers, sont des canards
Canasson. Mauvais cheval.
Chapeau de femme, coiffure démodée. On prononce can'son canasson est une forme dé canard. — Vieux canasson : Mot d'amitié. (L. Larchey.)
Cancan. La charge de la danse, une charge à fond de train... de derrière.
Cancaner. Danser le cancan.
Canelle. Chaîne de gilet, — dans le jargon desvoleuis. « Tu d'vrpjs bien m* donner ton pe« (il û?da qu' l'as au bout de la canelle de ton bogue. » (Canler.)
Caner . Agoniser , mourir , tomber. — Sacrifier à Richer.
— Reculer, avoir peur, par altération, du vieux mot ca/e^r qui avait la même signification. Dans le supplément à son dictionnaire, M. Littré donne caler pour reculer, comme ayant cours dans le langage populaire. Pour ma part, je ne l'ai jamais entendu prononcer dans aucun atelier. — « C'est un art que les canes posssèdent d'instinct... Cette expression se rencontre souvent dans les écrivains des seizième et dix-septième siècles, principalement dans les poètes comiques et burles- (|ues. » (Ch. N isard, Curiosités àe VEtymologie française.) Déjà dans Rabelais, nous relevons l'expression de : faire la cane, expression équivalente à notre caner : « Parbleu qui fera la cane de vous autres, je le fais moine en mon lieu. » (L. 1.)
Caner la pégrenne. Mourir
de faim.
Caneur. Poltron.
Caniche. Ballot carré dont la toile d'emballage figure, aux quatre coins, des oreilles de chien.
Canne. Démission donnée à un rédacteur de journal. Mot à mot: lui offrir sa canne pour le voir partir.
Canne. Surveillance de la haute police. « Il y a la canne majeure et la canne mineure. »
(L. Larchey.) — Etre en camie, résider dans une localité désignée ; se dit d'un libéré.
Canne à pêche. Individu très maigre.
Canon. Verre, de vin. Il y aie
canon du broc et le canon de la bouteille. Selon nous, c'est un mot du jargon des francs-maçons enlré dans le domaine de l'arj,^ol du peuple. — D'après M. Génin, canon qu'il faut écrire canno}i, est le diminutif de la ca?z/ie, mesure pour les liquides. C'est un mot saxon conservé dans l'anglais et dans l'allemand.
« Tant va la canne à l'eau qu'il li convient (briser. »
Vieux proverbe que nous avons rajeuni par le : « Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se brise. » — Siffler un canon sur le zinc, boire un verre de vin sur le comptoir.
Canonner. Boire des canons de vin — « A l'heure od Paris canonne, alors que la France ouvrière s'imbibe en lisant la feuille de la rue du Croissant. »
(Vaudin, Gazetiers et Gazettes.)
Canonner. Tirer le canon. Sacrifier à crepitus ventris. Canonnade, série d'oiïvandes à crepitus ventris.
Canonnière. Derrière. — Charger la canonnière, manger. — Gargousse de la canonnière, navets, choux, haricots. (A. Del- ?au.)
Canton. Prison, — dans l'ancien argot.
Cantonnier. Prisonnier,
Canulant. Tannant.
Canule. Personnage ennuyeux, celui qui obsède son semblable et ciierche à s'insinuer.
Canuler. Obséder, ennuyer, tanner.
Clant. Argot des voleurs anglais.
Caoudgi. Café, — dans l'argot de l'armée. Mot importé par nos soldats retour d'Afrique.
Caoutchouc. Mont-de-Piété, — dans le jargon des voyous. Jeu de mots sur les qualités du caoutchouc et du Mont-de-Piété qui prêtent également l'un et l'autre, chacun à sa manière.
L'immortel auteur des Pensées d'un emballeur avait déjà émis cette réflexion, empreinte d'une certaine mélancolie: « Le Montde-Piété prêterait davantage s'il était en caoutchouc. »
Caoutchouc. Clown qui semble en caoutchouc, tant il &si souple. (Littré.) — « Travail extraordinaire de M. Schlan , 1 homme serpent , premier caoutchouc et gymnaste du monde. » {Indépeniance belge, i i sept.
Capahuter. Assassiner son complice et l'alléger de sa part de butin. C'est, paraît-il, un nommé Capahut qui a mis, autrefois, ce procédé violent à la mode. A part quelques escarpes érudits, qui connaît aujourd'hui Capahut? La gloire n'est qu'un mot!
Cape. Ecriture, — dans l'ancien argot. — Capine. écritoire.
— Capir, écrire.
Capiston. Capitaine, — dans le jargon des troupiers, — Capiston bêcheur, capitaine adjudantmajor.
Capitaine de la soupe. Se dit
ironiquement pour désigner un capitaine qui n'a jamais vu le feu, et qui n'a gagné son grade' qu'au tour d'ancienneté. "
Capitole. — Nom donné par les écoliers au cachot, repré*
sente le plus souvent par un grenier, dans les écoles. On dit :
« monter au Capitole », par allusion classique. (L. Larchey.)
Capitulard. Pendant la guerre de 1870-71,le peuple, qui veut le succès à n'importe quel prix, avait décerné ce sobriquet à tout général qui capitulait. Au plus fort de nos revers, il vit des capitulards partout, et quand Bazaine livra Metz auxPrussiens, il fut salué : Roi des capitulards.
Caporal. Tabac à fumer. Ainsi désigné primitivement par les soldats pour le distinguer du tabac de cantine. Le caporal est, pour le soldat, du tabac supérieur, du tabac gradé, d'où le surnoni.
Caporal (Le petit). Surnom que les soldats de la garde avaient donné à Napoléon I".
Les invalides, qui ont fait les gueiTes du premier Empire, le désignent encore sous ce nom et aussi sous celui du Petit Tondu.
Capot. Trou du souffleur, pour capote; par allusion à la forme de cette boîte dont le couvercle rappelle la capote de cabriolet.
Capote anglaise. Pour les
voyageuses via Cythère, c'est un préservatif contre le mal de mer; pour les voyageurs, c'est une sorte de ceinture de sauvetage. — Les Italiens ont donné à ce petit appareil le nom d'un de leurs meilleur^ auteurs comiques; ils l'ont nommé goldoni.
Peut-être l'auteur du Bourru bienfaisant passait-il pour un homme de précaution?
Capouls. Coiffure d'bomme, à bandeaux en cœur, inaugurée en 1874 par le ténor Capoul,
placée sous son patronage et adoptée par les jeunes élégants, les garçons coiffeurs et les commis de magasin qui visent à l'élégance.
Câpre. Chèvre. — Câpres, crottes de chèvre.
Capsule .Chapeau haute forme , — dans le jargon du peuple. — Schako d'infanterie. (L. Larchey.)
Captif (Enlever le). Donner du pied au derrière ; variante de :
enlever le ballon ; mot à mot : enlever le ballon captif, par allusion à feu l'aérostat de l'ingénieur Giffard.
Capucin. Lièvre, en terme de chasseurs. — « H y avait même quelques vieux capucins dont il voulait faire son profit à la barbe de ses compagnons de chasse. » [Musée Philipon.)
Capucine (Jusqu'à la troisième). Enormément, à fond. — S'ennuyer jusqu'à la troisième capucine.
Carabine. Demoiselle du quartier latin vouée aux étudiants en médecine, rM^ôfO «carabins».
Carabiné. Violent, très fort ; mot emprunté au vocabulaire des marins. Une déveine carabinée, une forte déveine.
Carabiner. Jouer de peur, jouer la carotte aux jeux de hasard.
Carafe. Gosier, — dans le jargon des voyous. Fouetter de la carafe, sentir mauvais de la bouche.
Carafes (Faire rire les). Dérider les personnes les plus graves, à force de dire des bêtises.
Caramboler. Sacrifier à Vénus, — dans le .jargon des voyous.
Garante. Table, — dans l'argot des voleurs.
Carapater (Se) . Se cacher. — Se sauver pour ne pas être vu ou reconnu, — «Surveillés de près, comme nous le serions certainement, nous n'aurions plus la chance de nous carapater. » (X.
de Montépin, Le Fiacre n° 13.)
Carbeluche galicé. Chapeau haute forme, — dans l'ancien argot.
Carcagne. Usurier, — dans l'ancien argot des bagnes.
Carcan. Cheval, — dans lejargon des soldats de cavalerie, qui se vengent par cette épithète des soins assidus qu'il leur faut donner à la plus noble conquête que l'homme ait faite. — Mauvais cheval, — dans le jargon du peuple. — Femme maigre.
C'est un vieux carcan.
Carcasse. Corps humain. Ne savoir que faire de sa carcasse, être désœuvré.
Carcasse (Etats de). Reins,— dans le jargon des voleurs.
Prends garde que je te fasse une descente à coups de salaire dans les environs des Etats.
Cardinale. Lune, — dans l'ancien argot. Allusion àl'intluence périodique qu'on lui attribuait sur certaine indisposition féminine, indisposition en faveur de laquelle Michelet a écrit un roman.
Care. Echange. — Vol à la care, vol à l'échange; vol au change de monnaie.
Careur. Voleur à la care.
Carge. Balle, ballot.
Caricature (Faire la). A l'école (des Beaux-Arts), une fois par semaine, les élèves s'assemblent, un d'eux sert de modèle, son camarade le pose et l'enveloppe ensuite d'une pièce d'étoile blanche, le drapant le mieux qu'il peut; et c'est ce qu'on appelle « faire la caricature ». (Didier, 1821, CEuvres complètes, cité par Littré.)
Carline. La mort, - dans l'ancien argot.
Carme. Argent. — Carmer^ donner de l'argent. — Carme à l'estoque, ou carme à Vestorgue, fausse monnaie.
Carne. Basse viande. — Italianisme. — Sale et méchante femme ; pour carogne. « Ah !
la carne! voilà pour ta crasse.
Débarbouille-toi une fois en ta vie. )) (E. Zola.)
Caron. Vieux papiers destinés aux fabricants de carton, — dans l'argot des chiffonniers.
Carotier. Individu qui vit d'expédients, qui tire des carottes. Dans le Jura ceux qui font la contrebande du tabac sont connus sous le nom de tabaticrs ou carotiers. « L'ivrognerie et la débauche sont leurs moindres vices; le vol leur est aussi familier que la fraude, et les incendiaires ne sont pas rares parmi eux. » (Ch. Toubin, Les Contrebandiers de Noirmont.) Au régiment, ou donne le nom de carotier à celui qui se fait porter malade, et qui n'est que malade imaginaire , à «celui qui cherche un prétexte pour évi-
ter une corvée. — Il y a une légère nuance entre le caroticr et le carotteur : le premier s'inspire plus particulièrement des circonstances pour arriver à ses iins ; ciiez l'autre c'est une habitude invétérée, un sacerdoce.
Carottage. Art de tirer des carottes, de soutirer de l'argent sous un faux prétexte.
Carotte. Mensonge fabriqué dans le but de soutirer de l'argent. — Cultiver la carotte. — Tirer une carotte de longueur. — Les premiers, les militaires se sont servis de cette expression.
C'est là, sans doute, une allusion aux carottes de tabac. Lorsque les militaires demandent de l'argent, c'est presque toujours pour acheter, soi-disant, du tabac, du tabac à chiquer, vulgo carotte.
Carotte. Roux ardent. Couleur de cheveux qui rappelle les tons de la carotte, couleur fort à la mode pendant les années 1868, 69 et 70. Les femmes se firent teindre les cheveux « blond ardent », avant de s'appliquer la teinture « beurre rance. »
Carotte dans le plomb (Avoir une). Chanter faux.
Carotter. Se contenter d'un léger bénéfice en cxposant'peu.
— Carotter à la Bourse, dans les affaires. — Jouer très serré, jouer petit jeu, — dans le jargon des joueurs.
Carottes cuites. (Avoir ses).
Etre près de mourir, — dans le jargon du peuple.
Carouble. Fausse clé, — dans l'ancien argot.
Carouble. Soir, nuit, ~ dans
le jargon des voleurs. — Etre vu à la carouble, être arrêté le
Caroubleur. Voleur qui opère à l'aide de fausses clés. — Caroubleur au fric- frac, voleur avec effraction au moyen d'un ciseau à froid, d'un clou, d'une pince.
Carre. Cachette. — Carre du paquelin , Banque de France.
Mot à mot : cachette du pays.
Les voleurs prononcent car7^e du patelin, par corruption.
Carre. Dans l'argot des tailleurs, la carre est la mesure entre les épaules, par abréviation pour carrure.
Carreau. Œil, — dans le jargon des voleurs. — Carreau brouillé, œil louche. — Carreau à la manque, borgne. — Affranchir le carreau, surveiller, ouvrir l'œil ; et par abréviation :
franchir le carreau.
Carreaux brouillés. Maison de tolérance. « De par le règlement, les volets doivent être fermés , les carreaux dépolis dans ces dépotoirs à gros numéros. » {Le Sublime.)
Carreau (Aller au). Aller pour se faire engager. C'est la place de Grève des inusiciens de barrière. « Chaque dimanche (ils) ont l'habitude de se réunir sur le trottoir de la rue du Petit- Carreau, oîi les chefs d'orchestre savent les rencontrer. » (A.
Delvau.)
Carré des petites gerbes. Police correctionnelle, — dans le jargon des voleurs. Mot à mot :
chambre des petits jugements.
Les clients du tribunal coitcctionnel qui ne sont pas forcés de savoir que « gerbe » est un
substantif féminin disent voluntiers : carrés des petits gerbes.
Carré du rebectage. Cour de cassation, Mot à mot : chambre de la médecine.
Carrée. Chambre, — dans le jargon des ouvriers.
Carrefour des écrasés. Carrefour formé par le boulevard ^Montmartre, la rue Montmartre et la rue du Faubourg-Montmartre. C'est un des endroits deParis les plus dangereux pour les piétons, à cause de la quantité de voitures qui s'y croisent et de la pente du boulevard Montmartre qui ne permet pas aux cochers d'arrêter leurs chevaux à temps. Le nombre des personne écrasées, chaque année, en cet endroit, lui a valu la lugubre dénomination de « Carrefour des écrasés. »
Garrelure du ventre. Repas copieux. — « Je croyais refaire mon ventre d'une bonne carrelure. » (Molière, Le médecin volant ^ scène m.)
Carrer (Se). Se garer de, se sauver. — Se carrer de la débine, sortir de la misère.
Cartaude. Imprimerie. — Car' taudé, imprimé. — Cartaudier, imprimeur. — Gartauder, imprimer, — dans l'ancien argot.
Carte (Être en). Être inscrite à la préfecture de police sur le livre des filles soumises. L'administration remet à toute fille soumise une carte où est inscrit son nom. A chaque visite, cette carte est frappée d'un timbre et la fille est tenue de la montrer à la première réquisition des agents; d'où le mot:
(( Etre en carte »,
Carte (Piquer la). Marquer d'un léger coup d'ongle, d'un signe microscopique les cartes dont on a besoin de se souvenir, et principalement les rois, à l'écarté... lorsqu'on veut corriger le sort et mériter le nom de grec. Ce système est bien démodé aujourd'hui, parce qu'il a été trop pratiqué jadis et qu'il est trop connu. Aux jeux de commerce, les grecs s'en tiennent au télégraphe, et, aux jeux de hasard, ils opèreift à l'aide de la portée.
Carte de géographie. Impressions... sur toile d'un voyage au pays des rêves.
Carton. Carte à jouer. Manier, patiner, tripoter le carton, jouer aux cartes.
Carton (De). Qui n'est pas sérieux, qui ne connaît pas son métier. Se place toujours, dans ce sens, immédiatement après un substantif. — Un michet de carton, un entreteneur pour rire. — Un avocat de carton, un mauvais avocat. — Un cuisinier de carton, un cuisinier sans aucune espèce de connaissances culinaires.
Cartonner. Jouer aux caries.
Passer sa vie à cartonner.
Cartonnier. Celui qui aime à jouer aux cartes, qui joue habituellement aux cartes.
Cartonnier. Ouvrier qui n'est pas bien au fait du métier qu'il exerce : pour ouvrier de carton.
Cartouche (Avaler sa). Mourir, — dans le jargon militaire.
(A. Camus. )
Gamche. Cachot, — dans le jargon des voleurs.
Casaqain (Travailler le). Mot à mot : travailler sur la casaque de quelqu'un à coups de poing. — Le vêtement est pris pour la personne elle-même. — Variante : Prendre mesure d'un casaquin. — « Tiens, v'ià Madeleine et Marie-Jeanne qui vont s' prendre mesure d'un casaquin. » (E. Bourget, La Reine des Halles, clians.)
Cascade. Bouffonnerie. — Fredaine.
Gascader. Faire des folies, se livrer à des bouffonneries. Dire de grosses plaisanteries. — En style de théâtre, charger un rôle, ajouter au rôle des facéties d'un goût souvent douteux ; improviser des bouffonneries.
Cascadeur. Farceur qui professe la cascade.
Cascadeuse. Femme qui court les lieux où l'on s'amuse. — Farceuse qui de la cascade n'a que la chute.
Casimir. Gilet.
Casin. Jeu de la poule au billard. — Jouer le casin.
Casoar. Plumet du shako des élèves de Saint-Cyr ; par extension, toute volaille servie sur la table de l'Ecole est saluée du nom de casoar.
Casque. Talent oratoire du saltimbanque. — Avoir du casque^ rappeler feu Mangin par les belles manières et la facilité d'élocution. — Il y a des hommes politiques qui ont du casque, presque autant que ce fameux marchand de crayons.
Casque (Avoir le). C^est ce que les filles traduisent par avoir un caprice pour un hom-
me. Mot à mot : être solidement coiffé de quelqu'un, avoir quelque chose comme un béguin d'acier.
Casque (Avoir le). Eprouver une douleur névralgique à la calotte de la tête, le lendemain d'un excès bachique. — Avoir son casque de pompier, avoir la tête très lourde par suite d'ivresse, comme si Ton portait un casque.
Casque-à-mèche. Apprenti commis dans un raagasm de bonneterie.
Casquer. Donner de l'argent de mauvaise grâce. — Allusion au casque de Bélisaire dans lequel les âmes sensibles de l'époque déposaient leurs aumônes. — Celui à qui Ton tire une carotte « casque ». — « C'est pas tout ça! Casques-tu, oui ou non? » (Vast-Ricouard, Le Tripot.)
Casquette. Ivre. Etre casquette.
« Un peu casquette, » Plus d'un buveur » Dehors rejette » La divine liqueur. »
(L. Festeau, Un jour de fête à la barrière.
Casse (la). Porcelaines ou cristaux cassés par maladresse dans un café ou dans un restaurant. Dans la plupart de ces établissements, les garçons sont responsables de la casse. Dans d'autres, elle est l'objet d'un forfait. On retient tant par mois à chacun des garçons pour la couvrir.
Casse-Gueule. Bal public fréquenté par des gentilshommes du ruisseau qui, à la moindre contestation, ponctuent le visage de leurs contradicteurs.
Casse-Gueule. Eau-de-vie tout à fait inférieure. « Elle regarda ce que buvaient les hommes, du casse- gueule^ qui luisait pareil à de l'or dans les verres. »
(E. Zola.) On dit aussi casse-poitrine.
Casse-Tête. Vin très capiteux.
Mot à mot : vin qui casse la
tête.
Cassé la patte à Coco (Ne pas avoir). Ne pas être malin, — dans le jargon des soldats de cavalerie. — Coco est pris dans le sens de cheval. Pour exprimer la môme idée, on dit dans le civil : IS'aooir pas inventé le fil à couper le beurre.
Casser. Manger. Le mot date du xviii® siècle. On dit, dans le langage courant : « Casser une croûte », pour manger un morceau. — Casser le cou à un lapin, manger un lapin.
Casser. — Chiffonner un sac de bonbons en le préparant, — dans le jargon des confiseurs.
Casser. Dire du mal, par abréviation de casser du sucre.
Casser. Frapper, battre. — Je te vas casser. — Casser la gueule^ casser la margoulette, casser la figure.
Casser sur. Dénoncer.
Casser du sucre. Dire du mal.
— Casser du sucre à la rousse, dénoncer un complice.
Casser la marmite. Etre ruiné, avoir fait de mauvaises affaires, — dans le jargon des souteneurs pour qui les femmes sont des marmites.
Casser la ficelle. S'évader.
(L. Larchey.) Se sauver des mains des agents.
Casser du grain. Désobéir, — dans le jargon des voleurs.
Casser le goulot à une bouteille. Vider une bouteille en un clin d'œil. — Lorsqu'ils sont pressés... de boire, et faute de tire-bouchon, les ivrognes cassent le goulot de la bouteille, c'est ce qu'ils appellent : « Guillotiner la négresse. »
Casser les os de la tête. Embrasser avec effusion, — dans le jargon du peuple.
Casser sa chaîne. Devancer l'heure de sortie de l'atelier.
Cassersacane. Dormir. Quand elle dort, le cou reployé sous l'aile, la cane paraît être cassée en deux.
Casser une canne. Se sauver,
— dans le jargon des voleurs.
Casser la pièce. Entamer, changer une pièce d'argent ou d'or. Casser la roue de derrière, entamer la pièce de cent sous,
— dans le jargon des ouvriers.
Casser le nez (Se). Ne trouver personne, trouver porte close.
Casser la gueule à son porteur d'eau. Avoir ses menstrues,
— dans le jargon des voyous, (A. Delvau.)
Casser (Se la). Quitter un endroit où Ton s'ennuie. — A tout casser, énorme, prodigieux, auquel rien ne résiste. — Un succès à tout casser. Ne s'emploie guère qu'en parlant d'un succès, par allusion à ceux de théâtre, où le pubHc manifeste son enthousiasme en frappant à coups de talons de bottes, à coups de petits bancs, au risque de tout casser.
Casserolage. Accusation nouvelle, — dans l'ancien argot des voleurs. — Dénonciation, — dans l'argot moderne.
Casserole. Tout dénonciateur auprès de la police, homme ou femme, est une « casserole », — dans le jargon des voleurs qui prononcent de préférence casterole. — C'est également le nom donné aux agents de police.
Passer à casserole, se voir dénoncer.
Casserole. Etudiant de dixième année, qui n'a jamais étudié que l'absinthe et la pipe, qui a pris ses inscriptions dans tous les caboulots, qui a soutenu des thèses d'amour avec toutes les filles du quartier latin, — dans le jargon des étudiantes de 1860.
Casserole (Passer à la). Traiter par des sudorifiques les blessures de l'amour.
Cassés (Des). Débris de marrons glacés, débris de pâtisserie. Les gamins font une grande consommation de cassés.
Cassin, Cassine. Boutique, magasin de dernier ordre. — Terme de mépris pour désigner un établissement quelconque.
— Dérivés du vieux mot français case. — « Finablement les mena banqueter dans une cassine hors la porte. » (Rabelais, L. IV.)
Cassine. Salle d'étude, quartier, — dans le jargon du collège. (Albanès.)
Cassolette (Ouvrir la). Parler avec la contre-partie de la bouche.
Castu. Hôpital, — dans l'ancien argot.
Castus. — Cachot, — dans l'ancien argot.
Cataplasme. Capitaine de place, — dans le jargon du régiment. Le mot se renverse ; c'est ainsi qu'on dit : Le cataplasme m'a donné deux jours de planche. Et : Le major m'a fait coller deux capitaines de place au ventre.
Cataplasme. Soupe très épaisse. — Homme lourd, épais au moral. — Cataplasme de Venise, soufflet.
Cato, Catiche. Catin. — Gerbe des catiches, bureau des mœars.
Cauchemar, Cauchemardant.
Personne ennuyeuse, importune.
Caucliemarder. Ennuyer, tanner. « Où vas-tu? D'où viens-tu?
Où as-tu été? Pour être sans cesse cauchemardée comme ça, ah! nom d'un chien, autant prendre un vrai mari tout de suite 1 » (Grévin.) — Se cauchemarder, s'inquiéter.
Cavale. Départ précipité, fuite, évasion, — dans le jargon des voleurs. Jouer la cavale, s'enfuir.
Cavaler (Se). Se sauver avec une vitesse qui rappelle celle du cheval.
Cavaler au rebectage. Se
pourvoir en cassation. Mot à mot : courir à la médecine. — Cavaler cher au rebectage, se pourvoir en grâce. Mot à mot :
courir très vite à la médecine.
Cave. Eglise, — dans l'ancien argot.
Cave. Dupé, mystifié, — dans
Cayenne. Atelier, usine, —
dans le jargon des ouvriers, pour qui le travail est un supplice.
Cayenne. Ancien cimetière de Saint-Ouen, au delà du boulevard Ornano. — Surnom du village qui avoisine ce cimetière; ainsi nommés parce que l'un et l'autre sont très éloignés.
Censure (Passer la). C'est la visite faite chaque jour au dépôt par les agents du service de sûreté pour s'assurer s'ils ne reconnaîtront pas quelques récidivistes. En style de police, cela s'appelle faire le dépôt.
(V. Mémoires de Canler.)
Central. Détenu faisant son temps dans une maison centrale de force et de correction.
Centrale. Ecole Centrale, — dans le jargon des collégiens. — Je peme entrer à Centrale si je suis reto^ué à VX, je pense entrer k l'Ecole Centrale, si je suis refusé à l'École Polytechnique.
Centre. Nom. — Centre à l'esiorgue, faux centre, faux nom, sobriquet, — dans le jargon
Centré (Etre). Avoir fait de mauvaises affaires, — dans le jargon des ouvriers du fer.
Cerbère. Sergent de ville, — dans le jargon des gamins. — Portier, en souvenir du portier dos enfers, ou parce que la plu-
Sart des maisons de Paris sont es enfers.
Cercle (Pincer au demi). Surprendre quelqu'un dans un moment psychologique. Un mari qui rentre de la chasse et qui trouve sa femme dans le feu d'une conversation avec son
cousin ou tout autre, la pince au demi-cercle. Repincer au demicercle, se revancher, rendre la réciproque.
Cerf (Se déguiser en). Se sauver avec la vitesse d'un cerf.
Cerf -Volant (Le). Vol pratiqué sur les petites filles, un genre de vol bien ancien et toujours nouveau. « Boulevard Picpus, une femme restée inconnue a abordé une petite fille de quatre ans, qui jouait devant la maison de ses parents, lui a donné dix centimes et lui a décroché ses boucles d'oreilles d'une valeur de quinze francs. » [Vêtit Journal du 14 août 1877.) — La virtuose de ce genre de vol se nomme la cerf-volant, parce qu'après le vol, elle file avec la vitesse du cerf.
Cerises (Marchand de). Ouvrier en bâtiment qui travaille extra muros, — dans le jargon des ouvriers en bâtiment de Paris.
Chabannais. Bruit, tapage, dispute. Faire un joli chabannais. — « Tout le monde, y compris N. savait qu'il y aurait le soir du chabannais. » {Figaro, du 14 juillet 1880.)
Chacal. « Est un petit nom d'amitié que le maréchal Bugeaud donnait aux zouaves dans ses moments de bonne humeur, et que nous avons gardé, entre nous, comme signe de ralliement. » (A. Arnault, Les Zouaves, acte 1.)
Chagrin (Noyer le). Boire.
« C'est à la cantine, en noyant le chagrin, que l'on attrape les buveurs d'encre. » (Fréd. de Reiffenberg,La Vie de garnison.)
DIGTIONiNAIRE D ARGOT MODERNE.
Chahut. Cancan poussé à ses dernières limites, l'hystérie de la danse. On dit également le ou la chahut. — « Un d'eux, tout à fait en goguette, se laissera peut-être aller jusqu'à la cliahuf. » [Physiologie du Carnaval.)
Chahut. Bruit, tapage. Faire du chahut.
Chahuter. — Bousculer, faire du vacarme. ■— Chahuteur, chahuteuse, danseur, danseuse de chahut, tapageur, tapageuse.
Chahuter. Danser la chahut.
« Chahuter, pincer le cancan, • Sur l'abdomen coller sa dame ; » Voilà le danseur à présent, »
(P. J. Charrin, Les Actualités.)
Chaillot (A). Mot à mot : allez vous promener à Chaillot. On envoie à Chaillot, pour s'en débarrasser, les imbéciles, les niais, les gêneurs, ceux qu'un rien étonne, les décrépits de l'intelligence. « Est-ce à cause des hôtes de Sainte-Perrine — ruines humaines pour la plupart — qu'il est de bon goût, depuis quelques années, de crier : A Chaillotl toutes les lois que dans la conversation quelqu'un dit une sottise ou émet une proposition extravagante?» (A. Delvau, Uist. anecdotique des barrières de Paris.)
Chaillot (Ahuri, abruti de).
Celui qu'un rien étonne, sorte d'idiot. — Une des nombreuses parodies de Taconnet, acteur et fournisseur ordinaire de Nicolet, porte pour titre : Les Ahuris de Chaillot ou Gros-Jean Bel-esprit.
Chaîne (Doubler la). Dans le jargOD des régiments de cava-
lerie a la signification de tenir serré, de couper les vivres; allusion aux chevaux auxquels on double la chaîne lorsqu'ils sont sujets à se détacher. — Le vieux me double la chaîne , mon père me tient serré. — Autrefois l'officier me donnait la permission de dix heures, mais depuis que je me suis si bien cuite, il a doublé la chaîne.
Châlier. Commis de magasin préposé à la vente des châles, — dans le jargon de la nouveauté.
Chaloupe (Faire la). Exécuter un pas de cancan à l'aide d'un tangage furieux du train de derrière. — « Vous faites la chaloupe, et c'est une variété du cancan. » {Physiologie du Carnaval, 1842.)
Chalouper. Marcher en balançant les épaules. « Quant à Henri de Car... tête de dogue aussi sur des épaules trapues et un corps chaloupant!...» (M. Rude, Tout Paris au café.)
Chambert, Chambertin. Indiscret, — dans l'argot des voleurs.
— Chambertage, indiscrétion. — Chamberter, commettre une indiscrétion. Allusion au bon vin, au vin de Chambertin, qui délie la langue et fait parler.
Chambre (La). C'est, dans le jargon des revendeurs, la salle qui leur est affectée à l'hôtel Drouot, la salle no 16 où se font les ventes des objets apportés par les brocanteurs. Peureux, c'est la Chambre par excellence, comme f/r6s était la ville, Rome pour les Romains. — Faire vendre à la chambre. — Acheter à la chambre.
Chambre (Etre en). Ne pas être dans ses meubles; mot à mot : être en chambre meublée, — dans le jargon des apprenties femmes galantes.
Chambre des comptes. Chambre conjugale, — dans le jargon des bourgeois.
Chambre des pairs. On appelait ainsi au bagne le côté des galériens condamnés à perpétuité. Les condamnés à temps formaient le côté désigné sous le nom de : Chambre des députés. (L. Larchey.)
Chambre à louer (Avoir une).
Avoir un grain de folie. Allusion à la tête dont les idées saines sont parties.
Chamberlan, Chambrelan. Ouvrier en chambre.
Chameau. Homme sans délicatesse. — Terme de mépris à l'adresse d'une femme. — Femme de mauvaise vie qui roule sa bosse comme le chameau la sienne. « La femme est un chameau qui nous aide à traverser le désert de la vie » a dit mi insolentdont le nom m'échappe.
Champ de navets. Cimetière des suppliciés, cimetière d'Ivry.
Champagnes (Les). Société de touristes parisiens, excursionnistes. (Imbert, A travers Paris inconnu.)
Champ. Vin de Champagne; par abréviation. — Voulez-vous un verre de champ'? — Je m'en sens Montebello à la bouche. . .
Chançard, Chançarde. Celui, celle qui a de la chance. — « On n'est pas chançard tous les jours. » (Hennique, La Dévouée.)
Chance au bâtonnet (Avoir
de la). Réussir. « La chance l'y tourne, comme si elle avait joué au bâtonnet avec moi. » {Amusements à la grecque^ 1764.)
Chandelier. Nez, — dans le jargon des voyous; un nez qui laisse couler beaucoup de chandelles.
Chandelière. Femme qui tient une table d'Iiôte et des tables de jeu à l'adresse des grecs, à la plus grande gloire du dessous du chandelier et au détriment des pigeons.
Chandelle. Mucosité nasale trop indépendante et brouillée avec le mouchoir. Souffler sa chandelle^ se moucher avec les doigts, après renillement.
Chandelle. Litre de vin, bouteille. Elle est chargée d'allumer l'ivrogne.
Chandelle. Baïonnette. — - Se ballader entre quatre chandelles^ marcher entre quatre soldats qui vous mènent au poste.
Change. Trousseau fourni par les maîtresses de maison de tolérance à leurs pensionnaires, — dans le jargon des filles.
Rendre son change, laisser ses nippes quand on passe d'une maison dans une autre.
Changer son poisson d'eau.
Uriner.
Changeur. Filou partisan du libre échange qui, dans les restaurants, les cafés, troque son affreux pardessus contre un pardessus tout tlambant neuf.
En été cet honnête industriel en est réduit à l'échange du chapeau.
Changeur. Loueur de costumes pour messieurs les voleurs.
Le changeur tenait une garderobe variée , grâce à laquelle sa clientèle pouvait se travestir selon les besoins du crime. Encore une industrie disparue , encore un industriel sur le pavé.
Chantage. Mise en demeure d'avoir à donner de l'argent sous peine de révélation. « Le chantage est un vol pratiqué non plus à l'aide du poignard ou du pistolet, mais d'une terreur morale, que l'on met sur la gorge de la victime qui se laisse ainsi dépouiller sans résistance. » (A. Karr, les Guêpes, 1845.) « L'inventeur du chantage est TArétin , un très grand homme d'Italie, qui imposait les rois, comme de nos jours tel journal impose tels acteurs. »
(Balzac, Un grand homme deprovince à Paris.)
Chanter. Payer pour obtenir le silence de quelqu'un.
Chanter (Faire). Battre monnaie à l'aide d'un secret. — Aux xvii^ et xviii^ siècles l'expression avait le sens de soumettre, faire entrer en composition.
« Porteront le fer et le feu au cœur de la France et la feront chanter. » (Lucien, trad. Per.
d'Ablancourt.) Les voleurs modernes emploient le verbe « charrier » dans le sens de faire chanter.
Chanteur. Misérable gredin qui exerce l'art du chantage. Le prototype du chanteur est celui qui exploite les passions honteuses des émigrés de Gomorrhe, qu'il sait faire financer sous menace de révéler leurs turpitudes. Quelquefois des compères interviennent sous les espèces de faux agents des mœurs.
— Le nombre des chanteurs est infini, et le chantage s'exerce sur toutes les classes de la .société.
Chanteur-recette. Artiste lyrique dont le nom sur l'afficiic attire le public dans un théâtre. « Et cependant Û 11 prez était toujours le chanteur-recette de l'Opéra. » (Ch. de Boigne.)
Chantier. Embarras, complication ; par allusion à l'encombrement des chantiers. (L. Larchey.)
Chapardage. Maraudage. En Afrique les soldats des compagnies de discipline pratiquent un chapardage bien entendu.
Chapardeur. Maraudeur. — Soldat en maraude. — Mari qui trompe sa femme.
Chapelle. Comptoir de marchand de vin. Une chapelle où les ivrognes vont faire leurs dévotions.
Chapelle (Préparer sa petite).
Ranger dans le sac tous les objets d'équipement, — dans le jargon des troupiers.
Chapelle (Faire). Se chauffer à un feu de cheminée ou devant un poêle, en relevant ses jupes de manière à montrer un peu plus que la couleur des jarretières. — Faire chapelle ardente, se chauffer comme il est dit cidessus, mais sans jupes.
Chapelle (Rester en). Se dit en terme d'équarrisseur, des chevaux qui attendent, attachés, le moment fatal. « Leurs crinières et leurs queues sont coupées ras. Autrefois un cheval restait ainsi quelquefois plusieurs jours en chapelle^ et peu-
dant ce temps-là on ne lui donnait pas à manger. » (Paris en omnibus, 1854.)
Charabia. Auvergnat, charbonnier, porteur d'eau. C'est le langage de l'Auvergnat pris pour l'Auvergnat lui-même.
D'autres fois on appelle l'Auvergnat un fouchtra^ par allusion à son juron favori.
Charbonnier (Faire comme le, faire). Observer les préceptes matrimoniaux de Malthus.
Charcuter. Faire une opération chirurgicale, — dans le jargon du peuple.
Charcutier, Charcuitier. Chirurgien, qui estropie le patient.
— Ouvrier qui estropie l'ouvrage.
Charenton. Absinthe. — Uii Charenton, un train direct pour Charenton^ un verre d'absinthe,
— dans le jargon du peuple qui sait que l'absinthe conduit à la folie, etquien boit quand même.
Chargé (Avoir). Etre enceinte,
— dans le jargon du peuple. La femme qui a chargé porte un voyageur de neuf mois. — Encore une qui a chargé. Hé! la p'tite mère, vous en avez chargé un de taille!
Charger. Enlever un décor,
— dans le jargon du théâtre.
« Chargez là-haut... les bandes d'air... Chargez encore... là...
bien. » (Ed. Brisebari'e et Eug.
Nus, la Route de Brest , 1857.)
Charger. Prendre un voyageur, — dans le jargon des cochers de fiacre. — Avoir trouvé acquéreur, — dans celui des filles.
Charger des petits produits.
Travailler, — dans le jargon des chiffonniers.
Charger la brème. Filouter au jeu, marquer une carte, substituer une carte à une autre, — en terme de grec. — C'est un fameux travailleur gui charge rudement la brème et qui a toujours l'air de flancher à la bonne.
Charger en ville. Une très pittoresque expression des régiments de dragons qui veut dire sortir en ville.
Chargez ! Versez et faites bonne mesure ! Commandement des ivrognes sous le feu des canpns.
Charlemagne. Sabre-baïonnette.
Charlemagne (Faire). Quitter une partie de cartes au moment où l'on vient de réaliser un bénéfice. — « La comtesse fait Charlemagne à la bouillotte. »
(Victor Ducange, Léonide ou la vieille de Suresnes, 1830.) — « Si je gagne par impossible, je ferai Charlemagne- sans pudeur, et je ne me reprocherai point d'emporter dans ma poche le pain d'une famille. » (Ed. About, Trente et quarante.) Les étymologisfes ont voulu faire remonter l'origine du mot jusqu'à l'empereur Charlemagne, parce que cet empereur a quitté la vie en laissant de grands biens.
Comme tous les noms propres familiers aux joueurs, le nom de Charlemagne a été , sans doute, celui d'un joueur appelé Charles. On a dit : faire comme Charles, faire Charles et ensuite faire Charlemagne. On appelle bien, dans les cercles de Paris, la dame de pique : « la veuve
Chapelle », du nom d'un joueur.
On a bien donné au second coup de la main au baccarat en banque, le nom de « coup Giraud », nom d'un officier ministériel , d'un notaire. Les joueurs ne connaissent rien que le jeu, rien que les joueurs et leurs procédés. La vie pour eux est toute autour du tapis vert.
S'ils ont appris quelque chose , ils l'ont bientôt oublié, et ils professent le plus grand mépris pour tout ce qui ne se rattache pas directement au jeu.
Ils se moquent bien de l'empereur Charlemagne et de tous les autres empereurs! En fait de monarque, ils ne connaissent que les monarques de carton.
Chariot. Nom anciennement donné au bourreau par le peuple de Paris.
Charmante. La gale, — dans le jargon des voleurs.
Charogneux (Article). Article sur la vente duquel un commis en nouveautés n'a pas de bénéfice à attendre, article d'affiche.
Une sale boîte où il n'y a que des articles charogneux.
Charriage. Le mot charriage, dans la langue des voleurs est un terme générique qui signifie voler un individu en le mystifiant. (Vidocq.)
Charrier. Servir de compère ; tricher au préjudice de ses associés pour faire gagner un compère, — dans le jargon des grecs, qui disent également mener en double.
Charrier (Se). Aller, venir d'un côté, de l'autre , sans but précis, — dans le jargon du régiment. — Qu'est-ce que Vas à
te charrier comme ça depuis une heure'i
Charrier droit. Obéir, marcher droit. « Il (Louis XI) estoit maistre avec lequel il falloit charrier droit. » {M.èmoires de Ph. de Gommynes.)
« Et qu'il fera bien s'il me croit » Désormais de charrier droit. »
(Scarron, Gigantomachie, ch. 1.)
La locution date de loin, mais elle n'en est pas moins très usitée de nos jours, et particulièrement parmi la classe ouvrière.
Charrier à la mécanique.
Avoir la précaution d'étiangler un peu et même tout à fait le patient, tandis qu'un camarade le dépouille.
Charrieur, Charron. Voleur qui est adonné au charriage. — Les charrieurs exploitent, presque toujours, la bêtise d'un fripon.
Charrieur. Compère, — dans le jargon des grecs.
Charrieur. Curieux, — dans
l'argot des voleurs. — Charriage, curiosité. — J'aime pas le charriage, moi.
Charrue complète. Quinte , quatorze et le point au jeu de piquet.
Chartron. Position des acteurs vers la fin de la pièce.
Former le chartron, ranger les acteurs en ligne courbe devant la rampe, au moment du couplet final. (A. Delvau.)
Chasse. Semonce. — Flanquer une chasse.
Chasse à courre. Verte réprimande qui se termine par un congé en bonne forme.
Châsse, Châssis. Œil. Y aller d'un coup de châsse, jeter un coup d'œil, — dans le jargon du peuple. — Se foutre tapôtre dans la châsse, se tromper, s'illusionner; mot à mot se mettre le doigt dans l'œil.— Fermer /es châssis j dormir.
Châsse d'occase. Œil louche.
— Châsse à Vestorgue, œil de verre.
Chasse-coquin. Bedeau, suisse ; vieux mot français ; c'était celui qui chassait les gueux de l'église.
Chasse-marais. Pour chassemar, c'est-à-dire chasseur avec la terminaison argotique mar; surnom du chasseur d'Afrique.
Chasse (Marquer de). Marquer d'une raie transversale les côtes d'un animal qu'on envoie à l'abattoir, — dans le jargon des bouchers.
Châsses, Châssis. Lunettes.
Chasublard. Prêtre, celui qui porte la chasuble. « Vit-on un seul royaliste, un seul cagot, un seul chasublard, prendre les armes pour la défense du trône et de l'autel? » (G. Guillemot, le Mot d'Ordre, du 6 septembre 1877.)
Chat. Pudenda mulierum.
Chat. Couvreur. Comme le chat, il passe la moitié de sa vie sur les toits.
Chat. Guichetier , — dans l'ancien argot.
Chat .Enrouement subit éprouvé par un chanteur.
Chat dans la gouttière. Enrouement persistant éprouvé par un chanteur.
Chat. Greffier, employé aux écritures, — dans le jargon du régiment. Et admirez les cbassez-croisez du langage argotique : les truands appelaient un chat un greffier et les troupiers appellent un greffier un chat.
Tout est dans tout, comme disait Jacotot.
Chateaubriand. Bifteck très épais, bifteck à triple étage, — dans le jargon des restaurants.
— Un Chateaubriand aux pommes.
Château-Campèche. Mauvais vin 'îoloré avec du bois de Gampèche ; par opposition ironique à Château-Laffite.
Chatouiller le public. Charger un rôle, ajouter à la prose de l'auteur des facéties dans l'espoir de faire rire le public.
{Jargon des coulisses.)
Chatouilleur marron. C'est le romain, le claqueur de fonds publics. Son rôle consiste à chauffer une émission, à stinm- 1er le zèle des souscripteurs, comme le rôle des chevaliers du lustre consiste à chauffer la pièce, à entretenir le feu sacré des acteurs. (Jargon de ■ la Bourse.)
Chaud! chaud I Vite! vite!
Chaud (Etre). Se tenir sur ses gardes.
Chaud de la pince. Luxurieux. On disait jadis : chaud de reins.
« Oùles centaures saouz,au bourg Af racien » Voulurent, chauds de reins, faire nopocs [de chien. »
(Régnier, satire x.)
Chaud (Avoir). Avoir peur,
— dans le jargon des voyous.
— Le saisissement causé par la
peur détermine souvent la tranpiration.
Chaud (Mettre le petit au).
Sacrifier à Vénus, — dans le jargon des troupiers.
Chaudière à boudins blancs,
Partner des émigrés de Gomorrhe.
Chaudron. Vieux ef mauvais piano.
Chauffer. Faire l'empressé auprès d'une femme. — Stimuler, pousser, jeter feu et flamme. Chauffer des enchères, chauffer une affaire. — Chauffer une entrée, saluer d'une salve d'applaudissements un acteur à son entrée en scène. La mission de la claque est de chauffer le entrées et les sorties des acteurs en vedette.
Chauffer. Battre ; arrêter, dans le jargon des voyous. Se faire chauffer y se faire arrêter.
— Se faire chauffer par un cerbère, se faire arrêter par un sergent de ville.
Chauffer la scène. « Se remuer, s'agiter, s'évertuer pour faire rendre à un rôle plus qu'il ne contient. De chauffer à brider les planches, il n'y a qu'un pas,, » (A. Bouchard, La Langue théâtrale.)
Chauffer le four. Boire beaucoup. — Ce n'est pas pour lui que le four chauffe, le profit, l'agrément ne sera pas pour lui.
Chaufournier. Garçon chargé de verser le café.
Chausser. Convenir. Vieux mot ; autrefois oa disait se
chausser au point, en parlant de deux amoureux.
« Toutes en fait d'amour se chaussent en
[un point.
(Régnier.)
Chaussettes de deux paroisses. Chaussettes dépai-eiliées.
Chaussettes. (Essence de).
Puanteur des pieds. Le pcuplo qui aime à plaisanter ne manque pas de dire que la meilleure essence de chaussettes doit sortir des bottes d'un gendarme ou des souliers d'un facteur rural. — La plaisanterie de l'essence de chaussettes, de l'excellent fromage recueilli dans les bottes d'un bon gendarme, et autres du même parfum, date de loin. On trouve dans les adages français du xvi« siècle : « Talons de gendarmes, talon de fromage. »
— Au xvni° siècle, on disait couramment : Sentir le pied de messager. (Hurtaud, Dict. des homonymes.)
Chauvin. Ultra-patriote. — Type de soldat en 1830.
Chauvinisme, Amour exagéré de la patrie. « Le chauvinisme a fait faire plus de grandes choses que l'amour de la patrie dont il est la charge. » (J. Noriac. Le iOi'^ régiment.) — Tout sentiment excessif peut tourner au chauvinisme.
Chef de cuisine. Contre-maître dans une brasserie.
Chef d'attaque. Chef d'une bande de voleurs. — Abadie était un chef d'attaque.
Chelinguer, Schelinguer.
Puer. — Schelinguer du goulot, schelinguer du couloir, sentir mauvais de la bouche — Sche-
linguer des arpions, puer des pieds.
Chemin de fer. Baccarat où chaque joueur tient à son tour les cartes, et fait office de banquier. Ainsi nommé parce qu'il va plus vite que le baccarat en banque. — « Le démon du baccarat du lansquenet et du chemin de fer exerçait partout ses ravages. » {Les Joueuses, i8H8.) — On nomme encore chemin de fer un jeu où chaque intéressé, peut à sa volonté, lorsqu'il aies cartes en main, jouer soit le baccarat, soit le lansquenet, soit le vingt-un.
Chemise. « Dans les tripots, la chemise est la carte que le banquier est tenu de mettre en sens inverse sous le paquet de cartes qu'il a en main, afin d'en cacher la dernière. Dans les cercles, on se sert à cet etîet d'une carte noire et épaisse. »
(A. Cavaillé, Les Filouteries du jeu.) Cette carte a reçu le nom de <c négresse » par allusion à sa couleur. C'est avec la négresse que l'on fait couper.
Chemises de conseiller. Linge volé.
Chemises (Compter ses). Vomir.
Chenapan. Eau-de-vie. C'est une déformation de schnap. — C'est ce geux de chenapan qui m'a tapé sur la coloquinte.
Chêne. Homme bien mis. Le chêne n'est pas le premier venu pour le voleur. — Faire suer un chêne, tuer un homme.
Chenu, Chenue. Bon, bonne, beau, belle. — Du temps de la bande à Cartouche, le mot chenu était déjà, depuis longtemps,
dans le courant argotique. On le trouve dans les Fourberies de ■Cartouche, pièce de Legvand. — Chenareluit, bonjour, chenu sorgue^ bonsoir, — dans l'ancien argot.
Cher. Beaucoup, énormément,
— dans le jargon des voleurs; se place après le verbe qu'il, modifie. Se cavaler cher, courir ventre à terre.
Chétif. Enfant de Limousin qui accompagne son père à Paris et l'aide dans ses travaux.
— [Jargon des maçons.)
Cheulard. Gourmand, ivrogne; par altération pour gueullard.
Cheval. Les figures et les dix au jeu de baccarat. — Il n'y a donc que des chevaux au tirage.
Cheval (Jouer à). « C'est risquer (au baccarat en banque) une somme moitié sur chaque tableau, de sorte que, si un tableau perd et que l'autre gagne, le coup est nul. » (A. Cavaillé.)
— Faire le reste de la banque à cheval. — On dit également jouer le cheval.
Cheval de retour. Ancien forçat. — Récidiviste, celui qui a la nostalgie de la prison.
Chevalier de la courte lance.
Savetier, par allusion au tianchet; le mot date de 1G49.
Chevalier de la grippe. Filou (1821) ; paur V agrippe.
Chevaux à double semelle.
Jambes.
Cheveu. Entrave, obstacle. — Lorsqu'une alfaire ne marche pas bien, l'on dit : » il y a un cheveu, » — Avoir un cheveu
dans S071 existence^ avoir un chagrin qu'on ne saurait oublier.
— Avoir un cheveu pour quelqu'un, ressentir un caprice pour quelqu'un. « Elle a un cheveu pour lui, voilà tout... comme cela se dit dans notre monde. »
(A. Delvau, Le Grand et le petit trottoir.)
Cheveux (Trouver des). Faire des observations pour la moindre chose ; trouver à reprendre sur tout. « Vous trouvez des cheveux à tout ce que je dis. »
(Grévin.)
Cheveux (Bouder aux). Commencer à être chauve.
Cheveux (Avoir mal aux).
Eprouver une douleur à la racine des cheveux. C'est l'état de bien des ivrognes le lendemain des fêtes bachiques. I^es cheveux font mal parce que la tête est très sensible par suite de l'excès de la veille.
Cheveux (Se faire des). S'impatienter, se morfondre, se faire de la bile. — Se faire des cheveux gris, même signification,
— dans le jargon du peuple.
« Mais pourquoi qu'a m'fait des ch'veux [gris?
» Faudrait qu j'y fout' l'argent d'mes [s'maiues.
» J'ai beau y coller des châtai'nes, » A r'pique au tas tous les samedis. » {La Muse à Bibi, nocturne, 1879.)
Chevillard. — Revendeur en gros et en demi-gros de viande dépecée, en terme de boucher; c'est celui qui vend à la cheville.
Chevilles. Pommes de terre frites, — dans le jargon des voleurs. Elles bouchent le trou qu'a fait la faim.
Chèvre (Prendre la, gober
la). Etre en colère. Vieille expression remise dans la circulation par les typographes et que l'on rencontre déjà dans Régnier.
« Et n'est Job, de despit, qui n'en eust [pris la chèvre. »
(Sat. X.)
Chevrotin. Ouvrier irascible, celui qui prend facilement la chèvre, — dans le jargon des typographes.
Chiade. Bousculade, — dans le jargon des écoles. (L. Lar-
chey.)
Chiailler. Pleurer ; pour piailler, — dans le jargon des voleurs.
Chiarder. Travailler, — dans le jargon des collégiens.
Chic, Chique. Le suprême de l'élégance, de la perfection. « Il absorbe à lui seul une foule de sens. Ce qu'on nommait le goût, la distinction, le comme il faut, la fashion, la mode, l'élégance, se fondent dans le chic. »
(N. Roqueplan, Parisine.) — Le mot avait au xvii« siècle à peu près le sens qu'il a aujourd'hui, comme on peut le voir par l'exemple suivant :
« J'use des mots de l'art, je mets en marge
[hic.
» J'espère avec le temps que j'entendrai
[le chic. »
{Les Satyres de Du Lorens.)
En terme d'atelier « le chic, mot affreux et bizarre et de moderne fabrique signifie : absence de modèle et de nature. Le chic est l'abus de la mémoire; encore le chic est-il plutôt une mémoire de la main qu'une mémoire du cerveau. » (Baudelaire, Salon de 1846.) — Faire de chic, c'est travailler sans le
secours du modèle. — Etre pourri de chic, être très bien mis, avoir beaucoup de distinction. — Femme chiquée, élégante mise à la dernière mode. — Dans le grand chic, dans le grand genre. — C'est du monde chic, c'est du monde très bien. Pour ces dames, une connaissance chic, c'est un homme généreux.
« Un vieux monsieur de la Bourse, ou ce qu'on appelle une connaissance chic. » (Bertall, Petite étude sur le chic parisien.)
Chicard. Costume carnavalesque mis à la mode, pendant la période de 1830 à 1850, par une célébrité chorégraphique qui lui donna son nom ou plutôt son surnom. Les chicards ont révolutionné les bals publics et, pendant vingt ans, ils ont imprimé une grande vogue à la descente de la Courtille. — La danse de Chicard, leur maître, n'a jamais été ni bruyante, ni extravagante.
11 procédait à pas serrés, mimant, grimaçant, roulant ses gros yeux en boule de loto.
Grande fut sa gloire. On a dit le « pas chicard » pour rappeler sa manière, chicarder, danser comme Chicard. On a créé les vocables chicandar, chicocandar, pour désigner quelque chose de très chic comme l'inventeur du fameux pas qui, luimême, a dû son sobriquet au chic qui le caractérisait. Chicard a passé, son pas n'est plus, seul le mot chic, le radical, a survécu.
Chicardot. PoH.
Chicorée. Réprimande.
Chie dessus. Chislehurst, — dans l'argot des voyous qui trou-
vent la prononciation anglaise trop difficile, sans doute.
Chie-tout-debout. Veston. C'était autrefois le : Ne te gêne pas dans le parc.
Chié (Tout). Parfait de ressemblance. — C'est son portrait tout chié.
Chié sa graisse (Avoir). Avoir considérablement maigri, — dans le jargon du peuple.
Chié dans le panier de quelqu'un jusqu'à l'anse (Avoir).
Avoir donné à quelqu'un de graves sujets de mécontentement; ne plus inspirer aucune espèce de confiance. C'est, mot à mot :
avoir rempli le panier de quelqu'un de l'ordure des mauvais procédés.
Chien, Sacré-Chien. Eau-devie aussi mauvaise que forte. — On disait et l'on dit encore. dur comme du chien, pour désigner soit un liquide qui x'acle la gorge au passage, soit une denrée comestible rebelle à la mastication. 11 n'est donc pas étonnant que l'eau-de-vie très forte ait été désignée sous le nom de sacré-chien et chien par abréviation.
Chien. Homme dur, exigeant; s'emploie principalement en parlant d'un supérieur, — dans le jargon des employés. — Sévère, — dans le jargon des collégiens. — «Notre pion est diablement chien. » (Albariè.s, Mystéres du collège, 1845.)
Chien. Avare. « Dis donc, petite sœur; il est rien chien ton m'sieur: y m' prend un cigare et du feu et y m' donne que deux ronds. » (A. Tauzin, Croquis parisiens.)
Chien. Compagnon du devoir, en terme de compagnonnage.
Chien. Lettre tombée sous la forme. — dans le jargon des typographes.
Chien (Du). Du soigné. — Du dur, des coups. « Voilà du chien, attends 1 apprête ton linge salel ^> (E. Zola.)
Chien (Du). Verve endiablée, élégance originale. — « Eh bien, ma chère, nous leurs ferons tourner la tête... toi avec ton insolente beauté, moi avec mes petites facultés, avec ce je ne sais quoi qui m'est propre, et qu'on appelle communément
— du « chien. » (Oct. Feuillet, Le journal d'une femme, i 878.)
Chien (De). Enorme, colossal, très fort. Une soif de chien, une faim de chien, une peur de chien.
Chien vert. Terme d'amitié à l'adresse de filles entretenues, Mon petit chien vert.
Chien du quartier. Adjudant sous- officier, — dans le jargon du régiment. La variante est :
Chien du régiment.
Chien du commissaire. Secrétaire du commissaire de police.
— « Chaque coup de sonnette lui semblait le coup de sonnette du chien du commissaire. »
(E. de Concourt, La fille Elisa.)
Chien (L'autre, cet autre).
L'autre individu, cet autre individu, celui dont, par mépris, on ne veut pas prononcer Je nom.
Chien de magasin. Sergent d'habillement, — dans le jargon du régiment.
Chien courant. Garde-frein, employé chargé de fermer les
portières et de crier les stations,
— dans le jargon des mécaniciens des chemins de fer.
Chien (Voilà le). Voilà la difficulté. La variante est : Voilà le chiendent.
Chien (Faire du). Faire un ouvrage payé d'avance. Parce qu'on ne le fait qu'au dernier moment et qu'on travaille dur quoique à contre cœur, l'argent étant mangé depuis longtemps.
Chien pour un homme (Avoir un). Etre éprise d'un homme,
— dans le jargon des filles.
Chien coiffé (S'éprendre du premier). S'éprendre de la première femme venue. On disait autrefois pour exprimer la même idée : Cet homme aimerait une chèvre coiffée. (Le Roux, Dict.
comique.)
Chiens crevés, Chiens écrassés. Faits divers qui sont en réserve sur le marbres d'une imprimerie et qui servent à justifier une page quand il manque de la copie, — dans le jargon des journalistes.
Chiens (Ce n'est pas pour les).
Ce n'est pas à dédaigner ; c'est fait pour le genre humain — « L'hôpital n'est pas fait pour les chiens, » disent les gens du peuple, qui pourtant ne redoutent rien tant que l'hôpital.
Chier dur. Travailler avec ardeur. — Prendre une prompte et énergique détermination.
Chier (Envoyer). Envoyer au
diable.
Chier (Faire). Horripiler quelqu'un à force de stupidités. iJot à mot : débiter des drogues par-
lées qui procure le dévoieinenL
Chier dans la main. Se montrer très familier.
Chier du poivre. Rester sourd à la demande d'un service ; quitter un ami lorsqu'il a besoin de vous.
Chier sur le mastic. Envoyer le travail au diable, — dans le jargon du peuple J'en ai assez du turbin, je chie sur le mastic, à la fin des fins. La variante :
Chier sur la besogne a en outre le sens de s'endormir sur le travail, travailler avec nonchalance.
Chier dessus. Renoncer par découragement. Abandonner après efi'orts infructueux.
Chier dans le cassetin aux apostrophes. Quitter le métier, avoir assez du métier, — dans le jargon des typographes.
Chier de grosses crottes (Ne pas). — En présence d'un triste repas, d'une maigre chère, on dit très vulgairement : Nous ne chierons pas de grosses crottes.
Chier des yeux. Pleurer.
« Mais patience passe science, il ne fautpas tant chier des yeux.»
{La Comédie des proverbes.)
Chierie. Grand ennui, dérangement. Quelle chierie \ quel ennui!
Chieur d'encre. Employé de bureau. — Homme de lettres.
Chiffarde, Chiffonnière. Pipe dont le tuyau est cassé presque à la naissance du fourneau.
Chiffarde. Papier timbré, assignation.
Chiffe (La). Le métier du
chiffonnier ; c'est chiffon par abréviation. — Zig de la chiffe, chifferton, chiffonnier.
Chiffe. Langue, — dans le jargon des voyous qui disaient autrefois chiffon rouge. — Faire crosscr la chiffe, parler. Mot à mot : faire sonner la langue ; c'était autrefois dans le même sens : Balancer le chiffon rouge,
— Avaler sa chiffe, mourir.
Chifferlinde. Eau-de-vie, — dans le jargon des chiffonniers qui disaient autrefois c/ii/fer<on.
— Boire une chifferlinde, boire la goutte.
Chiffon, Chiffornion, Mouchoir.
Chiffonner, Taquiner amoureusement une femme, la pincer amoureusement.
« Et lorsqu'ils sont pochards, ils chiffonnent les bonnes »
(L. Huart. Ulysse ou les porcs vengés)
Chiffonnier. Voleur de mouchoir, — dans l'ancien argot.
Chigner. Bouder ; gronder.
— Chignard,ho\iàQ\ïv, grognon.
Chigner, Chigner des yeux
Pleurer. « Ah ! ses largues doivent joliment chigner desyeux! »
(Balzac.)
Chimique. Allumette chimique. — Briller une chimique au f'alzar, allumer une allumette contre le pantalon.
Chiner. Critiquer, se moquer de.
Chiner. Crier dans les rues,
— dans le jargon des marchands d'habits ambulants. Quand ils parcourent la ville, au cri de :
« habits à vendre l » ils chinem, ils vont à la chine.
Chiner. Porter un paquet sur le dos ; trimballer de la marchandise, — dans le jargon des marchands ambulants : c'est une abréviation de s'échiner.
Chineur. Marchand d'habits ambulant qui va déverser ses achats sur le carreau du Temple.
— Marchand qui va otfrir à domicile des objets souvent volés.
— Filou qui vole en augmentant frauduleusement la valeur apparente des objets. « LeMontde-Piété n'a guère à se défendre que contre deux sortes de filous parfaitement catégorisés : les chineurs et les piqueurs d'once.
il ne faut pas croire que cette fraude s'arrête aux objets précieux ; on chine tout. « (Alaxime du Camp, "Revue des Deux-Mondes, 1873 ) Un des procédés du chineur consiste à forer les chaînes, les bracelets, pour en extraire l'or qu'il remplace par du cuivre. Les employés du Alont-de-Piété ont été, plus d'une fois, victimes de ce genre de vol. -- Dans le jargon des chiffonniers, un c^meitrest un marchand, un commerçant quelconque.
Chinoiser jaspin. Parler argot. (P. Mahalin, Les Monstres de Paris, 1880.)
Chipe (La). Vol d'un objet de peu de valeur.
Chiquage. Mensonge, bavardage. — Planche au chiquage, confessionnal.
Chique. Eglise, — dans l'ancien argot des voleurs ; vient de l'italien chiésa.
Chique (Couper la). Couper la parole ; svnonyme de couper le sifflet.
Chique (Ça ne vaut pas une).
Ça ne vaut rien. « Au xiv^ siècle, on appelait cMgwe en Dauphiné une pièce de monnaie de cette province qui était la plus petite et avait le moins de valeur . » (Gh. Nisard.) Il faut plutôt chercher l'étymologie dans la chique de tabac qui n'est pas d'une grande valeur.
Chique de pain.. Croûton de pain.
Chique (poser sa). Mourir. —
Se tairo. — Pose ta chique et fais le mort. Tais toi et ne bouge pas.
Chiqué. Fait avec chic. — S'emploie en parlant des choses :
un tableau chiqué.
Chiquer,Chiquer les légumes.
Manger, — dans le jargon du peuple.
Chiquer. Battre. — Se chiquer, s'invectiver, en venir aux mains.
— Chiquerie, rixe.
Chiquer, Chiquer comte. Mentir, simuler, — dans le jargon des voleurs. Com^eestpour comtois. — Les saltimbanques se servent aussi de cette expression.
Chiqueur, Chiqueur de blanc.
Fainéant ; souteneur de filles.
Chiqueur. Peintre sculpteur qui fait de chic, « Un tas de chiqueurs et de chiqueuses font de petites ordures. »(Le Triboulet, du 6 juin 1880.)'
Chirurgie (Etre en). Etre en traitement dans un hôpital pour une affection chirurgicale. — Etre enmédecine, être, en qualité de malade, dans le service de la médecine, — dans le jargon des hôpitaux.
Chirurgien envieux. Savetier.
(A. Delvau.)
Chislehurstienner. Fêter un anniversaire bonapartiste. Vient de Cliislehurst, résidence de l'ancienne famille impériale.
« Plusieurs centaines de personnes s'étaient réunies aux abords de l'église Saint-Augustin, les unes pour Chislehurstienner, les autres pour voir Chislehurstienner. » {Rappel du 18 août 1877.)
Chnic. Eau-de-vie.
Choléra. Zinc, zingueur, — dans le jargon des couvreurs.
Choléra. Viande malsaine, viande de qualité inférieure, — dans le jargon des bouchers.
(A. Delvau.)
Cholette. Ghopine, demi-liti'e.
Choper. Voler, prendre. — Chopin, vol. — Choper une boite, arrêter un logement, se loger, — dans le jargon des voleurs.
Chopin. Profit, réussite, bonne aubaine, — dans le jargon des voleurs.
Chopine en bois. Broo. de bois à l'usage des marchands de vin.
Chopper. Fauter, faire un premier faux-pas hors du sentier de l'honneur, trébucher, — en parlant d'une jeune fille. — « Ma sœur ne clioppera pas, je suis là. ï (Huysmans, Les sœurs Vatard.)
Choquotte (C'est delà). C'est
très bien, très agréable, d'un excellent rapport. Dans le jargon des chiffonniers chocotte signifie « os gras. » {V. Camelotte.)
« S' mett'e un p'tit brin en ribole n Et, dans l'coin d'un caboulot, » Genliment s'rincer le goulot » Sans o' pendant sortir soûlot, » C'est de la choquotte. »
[La Muse à Bibi.)
Chose de (Avoir la). Avoir la délicatesse de, avoir l'avantage de, faire montre d'un bon procédé. Et, en abrégeant : Avoir celui de. — Avoir quelque chose pour quelqu'un, ressentir de l'affection pour quelqu'un. — Tout chose, embarrassé, penaud.
Chose, Machin, Un tel. Terme
de mépris lorsqu'on ne veut pas désigner quelqu'un par son nom. — Celui dontle nom nous échappe s'appelle aussi Chose, Machin. « Comment, Nana, ce sont (tes amis, et tu ne sais seulement pas comment ils se nomment? — Ma foi, non; moi, je les appelle toujours: Ohé!
Machin!... ou bien : Dis donc, Chose ! et ils entendent très bien. » (Grévin.)
Chou. Résultat des fouilles nasales, — dans le jargon des collégiens.
Chou pour chou (Aller). Suivre exactement la copie imprimée.
(Boutmy, Les Typographes parisiens.) C'est une réminiscence du proverbe : Chou pour chou^ AuberviUiers vaut bien Paris.
« Autrefois le terrain du village d' AuberviUiers était presque entièrement planté de choux qui passaient pour meilleurs que ceux des autres endroits. De là ce proverbe dont on se sert pour égaler sous quelque rap- ' port deux choses dont l'une a été trop rabaissée, ou pour signifier que chaque chose a une qualité qui la rend recomman-
dable. » (Quitard, Dict. des Proverbes.)
Chouchouter. Choyer, dorloter. Le mot est de Balzac et n'a guère été employé que par lui. « Au lieu de vous chouchouter, elle vous a fait aller comme un valet. » (Balzac, Un Ménage de garçon )
Chouette. Beau, excellent.
Chouette, alors ! — très bien alors! Femme chouette, belle femme. Repas chouette, bon repas.
Chouette. Malin. (Le Sublime.) — Faire la chouette, jouer à l'écarté, à l'impériale, seul contre plusieurs adversaires qui prennent les cartes à tour de rôle et qui parient de concert.
Chouflik, Chouflique, Choumak, savetier. « Le chouflik a du sang gauloisdans les veines; il tient à son indépendance; il est né savetier, il mourra savetier... jamais cordonnier.»
[Petit Journal pour rire.)
Choufliquer. Faire mal un ouvrage. Mot à mot : travailler comme un chouflique, un savetier. — En terme de journaliste, c'est introduire beaucoup de blanc, de remplissage, de réjouissance dans le corps d'un article.
Chouia-Chouia. Comme ci, comme ça ; tout doucement, — Aller son bonhomme de chemin, chouia-chouia, — dans le jargon des soldats retour d'Afrique.
Choula. Synagogue, temple israélite.
Chourin. Couteau; pour surin.
Chouriner. Frapper à coups de couteau.
Chourineur. Tueur de chevaux — dans l'ancien argot. Celui qui se sert du chourin. Type d'un des principaux personnages des Mystères de Paris.
« Ainsi ce boucanier, ainsi ce chourineur )' A fait d'un jour d'orgueil un jour de [déshonneur. »
(V. Hugo, Châtiments.)
Choux (Etre daus les). Ne pas avoir accompli la tâche qu'un typographe est tenu de faire dans un temps donné, être en retard dans son travail.
Chuter. Pour une demoiselle, c'est tomber... dans les bras d'un amoureux.
Chyle (Se refaire le). Faire un bon dîner. « Quand il dîne au restaurant, l'ouvrier dit qu'il va se refaire le chyle. »(Léo Lespès, Paris dans un fauteuil.)
Cibiche. Cigarette, — dans le jargon des voyous. Mot dont on n'a conservé que la première syllabe.
Ciel, mon mari ! « Les actrices de cette dernière catégorie(celles que les entreteneurs mettent au théâtre) ont reçu une dénomination particulière. On les appelle, dans l'argot des coulisses, des «ciel, mon mari! » Leurrôle se borne généralement à prononcer cette phrase traditionnelle, avec un chapeau de satin et une robe de velours épingle, lorsqu'elles voient paraître par la porte du fond l'acteur qui est censé les prendre en flagrant délit d'infidélité. » (Paris-actrice, iS^^.)
Cierge. Sergent de ville en faction dans la rue, — dans le jargon des voyous.
Cierge est éteint à Saint- Jean de Belleville (Le). Les ouvriers
qui habitent Belleville se servent de cette expression lorsqu'en jouant aux cartes ils n'ont pas d'as dans leur jeu. — Pour en avoir, il faut faire brûler un cierge à saint Jean -Baptiste.
{Le Sublime.)
Cig. Apocope de cigale qui, dans le jargon des voleurs, a la signification de pièce d'or, pièce de vingt francs. « Entends-tu 6abiller les cig chez le balanceur de braise ? entends-tu sonneries pièces de vingt francs chez le changeur?
Cigale. Chanteuse ambulante.
Cigogne. — Palais de justice.
Ainsi nommé par les voleurs par allusion à la flèche de la Sainte-Chapelle.
Cinq centimados, Cinq centimadorès. Cigare de cinq centimes. « Un cinq centimados ! c'est bien la peine de le suivre une demi-heure !... Filou, va... et ça fait le gentilhomme!» (Dénoue et Damourette, Croquis -parisiens.)
Cinq et trois font huit. Boiteux.
Cinquième. Cinquième partie du litre, l'équivalent d'un canon. Par altération, cintiême est beaucoup plus usité. — « On étoutfe tranquillement un cintiême. » (L'art de se conduire daiis la soc. des pauvres bougres.)
Cinquième rêne. Crinière de cheval. — Attraper la cinquième rêne, attraper la crinière de peur de tomber quand un cheval se cabre ou trotte trop dur, — dans le jargon des soldats de cavalerie.
Cintrer. Tenir. Etre cintréy
être maintenu, être dans l'impossibilité de bouger.
Cipal. Municipal, soldat do la garde municipale, aujourd'hui garde républicaine.
Cire (Vol à la). Ce vol était cultivé avec un certain succès dans les restaurants de premier ordre, avant l'invention du ruolz.
Un voleur s'attablait, escamotait un ou deux couverts d'argent, les collait sous la table au moyen d'un emplâtre de poix ou de cire, et un compère était chargé de verdir les recueillir. Depuis, le même procédé s'est renouvelé, avec une variante, dans les établissements où le ruolz n'avait pas encore remplacé l'argenterie. Les filous se chargeaient de la substitution. Aujourd'hui que tous les restaurants emploient le ruolz, ces aimables industriels ont dû chercher autre chose. Ils n'ont pas été loin. Ils emportent le ruolz.
Cire aux yeux (Avoir de la).
Ne pas être clairvoyant, perspicace. — « Mais n'ayant pas de la cire aux yeux, il continua simplement à voir clair » (ClaàaX.Ompdr ailles, Le Tombeaudes lutteurs, 1879.)
Ciré Nègre, — dans le jargon du peuple.
Cirer en fourrier (Se). Frotter ses souliers entre les planches de son lit et sa paillasse, afin de leur donner une apparence de propreté, — dans l'argot du régiment. (Bernadille, Le Français.)
Ciseaux (Rédacteur aux) .
Journaliste chargé du découpage des journaux. C'est celui qui prend aux auti'es feuilles,
en les citant ou ne les citant pas, ce qu'il y trouve de plus saillant, de plus en rapport avec la nuance de son journal. — «Messieurs, disait un rédacteur en chef à ses collaborateurs, vous êtes tous les mêmes, vous ne lisez du journal que ce que vous faites. — Pas toujours, réponditun des interpellés, quand nous coupons, nous ne lisons jamais. »
Citron. Tête, — dans le jargon des voleurs.
Citrouillard. Dragon, par allusion à la couleur de la tunique.
Civade. Avoine, — dans le jargon des maquignons; vient du provençal civade.
Clafot. Jeu de Colin-Maillard,
— dans le jargon des enfants.
Clair. Œilj — dans le jargon des voleurs. — Souffler ses clairs, dormir.
Clapoter. Chavirer, — dans le jargon des canotiers de la Seine; et par altération crapauter.
Clapoter. Manger, — dans le jargon des voyous.
Claque (Mecdela). Claqueur,
— dans le jargon des voyous.
Claque, Claquedent. Maison de tolérance, — dans le jargon des voleurs. — Dans le jargoa des voyous, claque s'entend par extension d'une fille de maison publique ; ils disent également :
les gonzesscs de la claque. «Quand les gonzcsses de la claque vont à Montretout^ily a toujours du rabiot pourSaint-Lago. Quand les filles de maison passent à la vi-
site, il y a toujours du profit pour St-Lazare. » — Claquedent se prend encore dans le sens de mauvais lieu quelconque, cabaret borgne ou tripot. « Si parmi les joueurs, quelques honnêtes gens s'étaient fourvoyés, tous, du moins, fréquentaient le claquedent pour des motifs plus ou moins avouables.»
(Vast-Ricouard, Le Tripot.)
Claque (En [avoir sa). En avoir sa charge; en avoir assez.
Claquer. Mourir.
Claquer. Manger; et claquer des bajouettes, — dans le jargon des blanchisseuses.
Claquer. Dépenser. — ^voir tout claqué^ avoir tout dépensé.
Claquette. Bavard.
Clarinette, Clarinette de six pieds. Fusil d'infanterie. — Jouer de la clarinette, se battre à coups de fusil, — dans le jargon des troupiers. « Nous allons être obligés de jouer un trio de clarinette. » (A. Camus.)
Classe dirigeant (Un). C'està-dire une personne appartenant aux classes qui ont la prétention de diriger les autres, l'opposé du prolétariat.
« V'ià r carêm' : le class' dirigeant, » Qu'est él'védans les « bons principes», » Va fair' pénitence en n' mangeant » Plus d' pieds d' cochon truffés ni d' tri- [pes. »
aa Petite Lune, i^9.)
Classe (Etre de la). N'avoir plus qu'une année de service à faire, — dans le jargon des troupiers. (Bernadille.) — Ohé!
la classe, viens-tupayer un dur?
Claude. Imbécile, — dans le Jargon des voyous.
Clémentine. Petite calotte de
velours ou de drap qui ne couvre que le sommet de la tête.
Cliabeau. Médecin, — dans le jargon des filles en traitement à Saint-Lazare. C'est-à-direbeau client, par corruption et par ironie.
Cliclie. Diarrhée. — Avoir la cliché. Le petit viu d'Argenteuil donne la cliché.
Cliché (Sortir son). Se répéter sans cesse , rabâcher la même histoire, donner toujours le même prétexte lorsque le prote fait une observation, — dans le jargon des typographes.
Clichy (Aller à). Avoir le dévoiement. — Jeu de mots sur cliché et le village de Clichy.
Client. Individu ; individu volé ou exploité. — Dans le jargon des voleurs, des filles et des souteneurs, le mot client a remplacé le mot « pante. »
Clignette. Jeu de cligne-musette, — dans le jargon des enfants. — Jouer à la clignette.
Cliquettes. Yeux, — dans le jargon des bouchers.
Cloche de bois (Déménagement à la). Déménagement furtif. — Déménager à la cloche de bois, déménager sans bruit et sans payer. — « Pendant ces vingt ans, il a déménagé à la cloche de bois, c'est-à-dire qu'il est sorti de ses diverses résidences sans acquitter le prix de son terme. » (Maxime Parr.)
Cloporte. Portier. Jeu de mots : celui qui clôt la porte.
Cloque. Crcpitus ventris. Cloquer, sacrifier au petit crepitus, — dans l'argot des barrières.
— Lâcher une cloque renversante.
Clou. Mont-de-Piété. —Mot emprunté par le peuple au jargon du régiment où clou signifie prison. Le Mont-de-Piété est la prison aux bardes. — Hospice des Enfants-Trouvés.
Clou. Prison, — dans le jargon des troupiers. — « Vous y êtes pour deux jours de clou. »
(Randon, Croquis militaires.)
Clou. Ouvrier qui travaille mal.
Clou. Baïonnette, — dans le jargon des soldats.
Clou. Objet détérioré ou de peu de valeur, — dans le jargon des marchands de bric-à-brac.
Pousser des clous, mettre des enchères sur des objets sans valeur.
Clou. Scène à effet, scène capitale, scène où les auteurs comptent accrocher le succès, - dans le jargon du théâtre.
« Je lui ai donné la réplique et nous avons répété* sa grande scène du deux!... c'est le clou de la pièce. » (Figaro du 6 juillet 1878.)
Clous. Outils de graveur sur bois.
Clous (Petits). Caractères d'imprimerie. Lever les petits clous, c'est être typographe-paquetier. (Boutmy.)
Clous, Têtes de clou. Caractères d'imprimerie très vieux, hors d'usage. — En terme de typographie , on dit d'un ouvrage mal imprimé : c'est imprimé avec des tètes de clou. — (' Ce ]<apier, jauni parle temps, était de ceux dits à chandelle, dont eu se sert pour imprimer
— à renfort de têtes de clou
— ces canards qui...» (P. Mahalin , Les Monstres de Paris , 1880.)
Clubbable. « L'Anglais est le seul peuple véritablement clubbahle, c'est-à-dire fait pour la vie du club. » (Ed. ïexier, Les Choses du temps présent.)
Coaguler (Se). Se griser, bredouiller par suite d'ivresse.
« M. Lebon, à force de boire, parvint à se coaguler. » [La Mystification, 1838.)
Cocarde. Tête. — Excès de boisson. Avoir sa cocarde, être ivre. L'homme qui a sa cocarde en est à la gaieté bachique. Se pousser une cocarde soignée.
Cocarder (Se). Se griser.
Cocardier. « Le commandant du bataillon était ce que les troupiers appellent un coca7'dier, c'est-à-dire qu'il mettait une importance extrême à ce que ses hommes brillassent par leur tenue soignée et sévère. »
(Louis Noir-, Souvenirs d'un zouave.) Le maréchal de (iastellane, qui prenait son bain, ayant, sur une chaise à côté de lui, le grand cordon de la légion d'honneur, est resté comme le type le plus réussi du cocardier.
Cochemar. Cocher ; formation argotique par la terminaison mar.
Cochon. Avare. — « C'est un cochon )), dit une femme en parlant d'un homme dont elle a à se plaindre sous le rapport de la générosité.
Cochon. Libre dans ses propos, raffiné en lubricité. — Elle n'est pas jolie, jolie, mais elle est ti cochonne.
Cochon (Gros). Homme gros et bouffi de graisse, bien rente et sans souci. « A bas les Bourbons, et ce gros cochon de Louis XVIII ! » (V. Hugo, Les Misérables.)
Cochon (Costume). Costume dont l'indécence voulue doit exciter les désirs des amateurs.
Les costumes des féeries sont d'autant plus réussis qu'ils sont plus cochons.
Cochon malade. Personne malpropre et malsaine.
Cochon (Soigner son). Soigner son corps sous le rapport de la nourriture.
Cochonnaille, Cochonnaillerie. Charcuterie, la base de la cuisine des pauvres gens
Cochonnerie. Ratatouille. Aliments de mauvaise qualité, salement préparés et mal servis.
— Dire des cochonneries, tenir des propos très libres. — Faire des cochonneries, passer des paroles à l'action.
Coco. Tête; allusion déforme. Se monter le coco, s'illusionner, se monter la tête.
Coco. Individu , particulier.
Ne s'emploie guère qu'accolé au mot joli, dans un sens ironique : C'est un joli coco.
Coco. Pour eau-de-vie, avait déjà cours au siècle dernier.
« Elle lui fit payer du coco, o (Cabinet satirique.) — Aujourd'hui on entend par coco, de la mauvaise eau-de-vie, de l'eaude-vie fortement additionnée d'eau. — Marchand de coco , marchand de vin. Allusion à l'eau que le débitant met dans le vin et lés liqueurs.
Coco. Gosier. — Se passer quelque chose par le coco, manger, boire.
Cocons. Camarade de première année à l'Ecole polytechnique. Mot à mot : co-conscrit. (L. Larcliey.)
Cocodès. Variété du Petit- Crevé et variante de Coco.
Cocodète. Femelle du Cocodès.
Les cocodètes sont, en général, des femmes du monde de la bourgeoisie, affectant une toilette et des goûts incompatibles avec leur modeste position. Une véritable grande dame, si excentrique qu'elle soit dans sa toilette, ne sera jamais une cocodète. Il y a des cocodètes parfaitement honnêtes. Ne pas le paraître, voilà leur rêve.
Cocotte. Dans le monde galant, la cocotte tient sa place entre la femme entretenue et la prostituée. Elle forme en quelque sorte le parti juste-milieu, le centre de ce monde.
La cocotte aime à singer les allures de la femme honnête, mariée , malheureuse en ménage, ou veuve, ou séparée de son mari, ou à la veille de plaider en séparation. Toute cette petite comédie, elle la joue jusqu'au dernier acte, pourvu que le dénouement y gagne ou, plutôt, pourvu qu'elle gagne au dénouement. — Le mot cocotte n'est pas nouveau, il est renouvelé de i789. {Cahier de plaintes et doléances.)
Cocottes (Faiie des). Se livrer en chantant k des lîoritures improvisées.
Cocu. Mari trompé ; source 4j4'é.tern elles plaisanteries. Bien
que le mot soit absolument français , puisqu'on le trouve dans tous les bons auteurs du xvii« siècle, chez madame de Sévigné comme chez Molière et chez La Fontaine, quile tenaient de leurs devanciers, nous n'avons pas hésité à lui donner l'hospitalité dans le but de relever une erreur d'étymologie.
Sur l'autorité de Pline, on prétend que le mot cocu répond à une allusion au coucou, lequel est réputé pour toujours pondre dans le nid d'autrui. C'est une erreur. Cocu, qui devrait s'écrire co-cu,est formé de deux syllabes co pour cum. Le cocu est un homme qui a un ou plusieurs coadjuteurs à l'œuvre matrimoniale, un ou plusieurs confrères qui travaillentle môme champ, champ désigné par la dernière syllabe du mot. De là cocu. L'art de faire des cocus remonte à l'origine du monde, si loin que le premier homme a été cocu par un serpent. Pourquoi par un serpent? Parce (|u'à ce moment il n'y avait pas un second homme dans l'univers, s'il faut s'en rapporter à la Bible. — M. H. de Kock a écrit l'histoire des Cocus célèbres.
Gocuage. « Le cocuage poursuivi par les lois, réprouvé par la morale, toléré par la bonne compagnie, est si profondément entré dans nos mœurs qu'il est devenu presque une institution. » (Paris un de plus.) Des maris indignes de ce nom n'ont pas craint de dire du cocuage, dans un accès de cynisme, qu'il est comme les dents, qui commencent à vous faire souffrir quand elles poussent, et qui, par
la suite, vous aident à manger.
Cocufier. — Tromper son mari, tromper un mari. « On est tellement trompé dans la vie, disait une dame, qu'on ne sait plus à qui se cocufier. n
Cœur d'amadou. « Prompt à prendre feu au moindre contact, cœur impressionnable que la plus légère étincelle embrase. » (J. Duflot, Dict. d'amour, 1846.)
Cœur d'artichaut. Se dit d'un homme qui aime indistinctement toutes les femmes. {Idem, ibid.) On dit proverbialement :
cet homme a un cœur d'artichaut, il en offre une feuille à chaque femme.
Cœur sur du carreau (Mettre du). Vomir. — Jeu de mots :
c'est rendre à force d'efforts son cœur sur le parquet (carreau.)
Coffin. Table volante pour le travail, — dans le jargon des élèves de l'école polytechnique ; nom donné en souvenir du général C-offinières.
Coffre. Estomac. — Se garnir, se remplir le coffre, manger.
Coffre à beurre. Tête.
Coffre-fort. Voiture cellulaire, — dans le jargon des voleurs; autrefois pâmer à salade. En fer comme un coffre-fort, elle coffre fortement les voleurs dirigés sur le dépôt de la préfecture de police.
Cogne, Cognac. Agent de police, — dans le jargon des voleurs ; et Cognard, gendarme.
Cogne. Cognac. — Prendre un petit cogne, histoire de se rincer
la dent, prendre un petit verre de cognac, pour se rafraîchir la bouche. « Viens pitancher un verre de cogne! » (Huysmans, Marthe.)
Cogner. Donner des coups.
— Tais-toi ou je cogne. — Coyner dur, frapper fort.
Coin sans i. Imbécile. — D'autres ne prononcent mcme pas Yi. — « Espèce de c... bête comme un c. »
Col (Se pousser du). Porter un col de chemise haut, bien blanc et bien empesé. — Au figuré, c'est énumérer les qualités qu'on croit avoir, c'est les faire ressortir comme si on les exhibait du col de la chemise que la main tire en haut.
Colabre, Colas. Cou. Hafraîchir colas, guillotiner. — Aller faire rafraîchir colas, sortir de prison pour monter sur l'échafaud.
Collage. Union illégitime de vieille date.
Collant, Collante. Homme, femme dont on ne peut se débarrasser facilement, qui s'attache à vous comme de la colle.
— Dans l'antiquité, Phèdre a été un beau modèle de femme collante.
Collant. Pantalon collant. Le collant a contribué au succès de bien des acteurs auprès des femmes sensibles qui jugent du fond sur la forme. — « Est-ce là, oui ou non, le triomphe du fascinateur des femmes, la véritable ovation de l'homme qui a su exploiter à son profit le fanatisme du beau sexe pour le collant? » (Paris-Faublas.)
Gollardé. Prisonnier ; c'est une variante de collé. Mastroque des collardéSj cantine de prison.
Collationner les textes. Sacrifier à Vénus, — dans le jargon des savants.
Colle. Mensonge. Au xvii® siècle, on disait ficher la colle pour conter des mensonges. On dit aujourd'hui fiche?' une colle. •
Colle. Examen préparatoire, — dans le jargon des écoles.
Collé un gosse (Avoir). — Dans le jargon des voyous, — c'est avoir rendu une femme enceinte.
Collège. L'ancien bagne, — dans l'ancien argot.
Coller. Dans une controverse, c'est embarrasser son interlocuteur jusqu'au mutisme. — Dans un examen scolaire, c'est convaincre un élève d'ignorance. — Coller sous bande, mettre dans un grand embarras; expression empruntée aux joueurs de billard.
Coller. Donner; coller une danse, donner des coups. Coller du carme, donner de l'argent. Collerunpaing, donner un soufflet.
Coller. Mettre; coller au 6/oc, mettre en prison. Coller son ognon au clou, mettre sa montre au Mont-de-Piété.
Coller. Raconter; coller des blagues, raconter des mensonges.
Coller. Confisquer, — dans le jargon des collégiens. « Le pion m'a collé ma traduction d'Homère. » (Albanès.) — Mettre en retenue, — dans le même
jargon. — Je suis collé pour dimanche.
Coller (Se). Arriver à vivre en état de concubinage.
Coller (Se). Absorber, avaler.
« J'ai pris du Tokai... à six francs la bouteille : je m'en suis collé deux. » (E. Labiche et Ph.
Gille , Les Trente millions de Gladiator.) — a Colle-toi ça dans le fusil. » (V. Hugo.)
Coller un rassis (Se). Faire de la peine au docteur Tissot, — dans le jargon des collégiens.
Colleur. Examinateur dans une institution.
Collier. Cravate. Le collier de chanvre désignait autrefois la corde de justice.
Colo. Colonel; par apocope.
Colombe. Dame d'un jeu de
cartes. Quatorze de colombes, quatorze de dames.
Colombes- les- Mouches. Le
village de Colombes ; ainsi surnommé à cause du grand nombre de mouches qui l'assiègent.
Colonne (Faire sa). Faire le fier, se redresser avec orgueil.
Mot à mot : faire sa colonne Vendôme. — « T'as pas bientôt fini de faire ta colonne Vendôme! » (P.MahaUn, Les Monstres de Paris.)
Colonne (Avoir chié la). Etre très malin, très adroit dans son métier, — jargon des ouvriers du fer. — C'est pas toi qu'a chié la colonne, gros malin. — ISon, c'est ta sœur!
Colonne (Se polir la). Se livrer au culte d'Onan.
Coloquinte . Tête. — Coloquinte défraîchie, tête de vieux.
Coltiger. Arrêter, — dans l'ancien argot.
Coltin. Vigueur corporelle. — Fort de la halle.
Coltiner. Faire un métier de cheval en tirant sur la bricole d'une charrette à bras; et, par extension, faire de gros ouvrages.
Coltineur, Coltineuse. Celui, celle qui s'attelle à une charrette. — Marchand des quatresaisons. — Ouvrier qu'on emploie à de gros ouvrages.
Combergeante. Confession. — Comberge, confessionnal.
Comberger. Compter, — dans le jargon des voleurs.
Combre. Chapeau. C'est le sombrero espagnol avec changement de la première lettre et l'apocope si fréquente en argot.
Et par corruption, combe.
Combrier. ChapeUer.
Comédie (Etre à la). Chômer, — dans le jargon des ouvriers.
Comestaux. Comestibles. Tout ce qui se vend à la cantine des prisons est connu sous le nom de comestaux, le fromage aussi bien que le saucisson. Se pousser deux ou trois comestaux, manger deux ou trois objets de consommation. Il y a des comestaux depuis un jusqu'à trois pétards.
Comète. Individu réputé pour porter la déveine au joueur derrière lequel ou à côté duquel il se place pendant une partie. La comète ne joue pas, elle regarde. Il y a des joueurs qui, voyant à leurs côtés une comète, quittent illico la table.
Commander à cuire. Envoyer à l'échafaud. (A. Delvau.)
Commandite. « Association d'ouvriers pour la composition d'un travail quelconque. Los grands journaux de Paris sont, à peu d'exception près, tous faits en commandite. Les ouvriers élisent leur metteur en pages et se partagent chaque semaine la somme qui leur revient d'après le tarif, en faisant toutefois un léger avantage au metteur. » (Boutmy.)
Comme if. Comme il faut, distingué, — dans le jargon des ouvriers. Tas rien l'air comme if'
Comme s'il en pleuvait. Beaucoup, à foison. — Verser du Champagne comme s'il en pleuvait. La variante est : Gomme si ça ne coûtait rien.
Commettre le péché. Mot à
mot commettre le péché de la chair. « Il était naturel que le voisinage du Val d'Amour de Glatigny fût envahi de préférence (xui® siècle) par les ribaudes, qui y allaient commettre le péché, suivant les termes des anciens édits. » (Pierre Dufour, Hist. de la prostitution, 1852.)
Commissaire. Petit broc de vin. S'arrêter pour dire deux mots au commissaire, entrer chez le marchand de vin.
Commissaire du quartier. Adjudant sous-officier, — dans le jargon des troupiers.
Commode. Cheminée, — dans l'argot des voleurs qui se servent de l'âtre comme d'une commode.
Commode (Remuer la). Chanter. — dans le jargon du peuple. Pourrappelerironiquement le bruit désagréable produit par un meuble qu'ion change de plate. En v'ià un qui vous bassine, à remuer la commode ses dix heures par jour !
Communard, Communarde.
Affihé, affiliée à la Commune.
Partisan de la Commune en 1871. «Donc M. Viollet-Le-Duc, l'architecte devenu communard, a été chargé de faire un plan d'amusement. » (Paul de Cassagnac, Pays du 21 mai 1878.)
Commune (Faire une). Es-
sayer d'atténuer l'effet d'une ■ mauvaise opération. Ex. : acheter 100 obligations turques à 60 | francs, quand on en a 200, qui j vous reviennent à 150 francs, j — dans le jargon de la Bourse.
Compas dans l'œil (Avoir le).
Avoir le coup d'oeil juste.
Compas (Ouvrir le). Faire de grandes enjambées. — Fermer le compas, s'arrêter. Un des types d'avare de ce siècle ouvrait toujours démesurément le compas. Cet esprit observateur avait remarqué que les grandes enjambées usent moins les culottes.
Complet. Vêtement complet, c'est-à-dire veston, gilet et pantalon levés sur la môme pièce.
« 11 se sent plus à l'aise sous sa veste blanche que sous les complets que lui expédient les bons faiseurs de Londres. » {Figaro, d" 11 déc. 1878.)
comprendre (La). Voler. Mot à mot : comprendre la vie de voleur.
Compte. Comptoir de mar-
chand de vin. Prendre un canon sur le compte.
Comte de caruche. -eôlier.
— Comte de castu, infirmier, — dans l'ancien argot.
Comtoi, Batteur de comtois.
Compère ; et par abréviation comte, com. Sous ce nom « sont désignés les compères que chaque baraque entretient au pied de l'escalier pour animer le leu et entretenir la partie. On lc3 reconnaît à la carrure de leurs poitrines, au balancement des épaules, à l'éraillure de la voix. » (J. Vallès.)
Gonasse. Femme stupide. — Les filles de maison appliquent cette épithète aux femmes honnêtes aussi bien qu'aux filles insoumises qui, d'après ces cloîtrées de la prostitution, ne comprennent pas mieux leurs intérêts les unes que les autres.
Pour elles, hors de la maison»
pas de salut, pas d'esprit de conduite. « Devant les étrangers et surtout devant des jeunes gens ou des hommes à conversation libre et plaisante, elles (les filles publiques) vantent leur savoir-faire, elles reprochent à leurs camarades leur impéritie, et leur donnent ains' le nom de conasse, expression par laquelle elles désignent ordinairement une femme honnête. » (Parent-Duchatelet, De la Prostitution.)
Concierge. Nom que donne à son passe-partout Touvrier qui loge dans une maison où il a la chance de ne pas avoir de portier.
Concubin. Celui qui vit avec une femme sans être marié avec elle.
Concubiner. Vivre en état de concubinage. « Lui qui concubinait avec une servante dans sa propre maison. » (J. Barbey d'Aurevilly, Les Diaboliques, 1874.)
Condé. Jeu autorisé sur la voie publique. — L'autorisation ellemôme. C'est une déformation de congé, permission. Par extension se dit de ceux qui octroient les permis de stationnement sur la voie publique, tels que maires, adjoints, préfets.
Condé. Maire. — Demi-condé, adjoint. — Grand-condé, préfet de police.
Condition. Maison, — dans le jargon des voleurs. Faire une co?idi<zon, voler dansunemaison.
Mot emprunté au jargon des domestiques qui disent être en conrf^ï^on,pour être placé dans une maison.
Conditions (Dans les). C'està-dire, dans de bonnes conditions, comme il convient. Ce qui semble bon ou bien fait est dajîs les conditions. {Jargon du peuple).
Conduite de Grenoble. Ce fut
primitivement un terme de compagnonnage. — Cette conduite se fait dans une société à un de ses membres qui a volé ou escroqué. — « J'ai vu au milieu d'une grande salle peuplée de compagnons un des leurs à genoux; tous les autres compagnons buvaient du vin à l'exécration des voleurs ; celui-là buvait de l'eau ; et quand son estomac n'en pouvait plus recevoir, on la lui jetait sur le visage. Puis on brisa le verre dans lequel il avaitbu, on brûla ses couleurs
à ses yeux; le rcMeur lefitlever, le prit par la main et le promena autour de la salle; chaque membre de la société lui donna un léger soufflet ; enfin la porte fut ouverte, il fut renvoyé, et quand il sortit, il y eut un pied qui le toucha au derrière. Cet homme avait volé. » (Agricol PerdigLiier, Du Compagnonnage).
Conduite de Grenoble (Faire la). Econduire. Accompagner un orateur, un personnage politique en le couvrant de huées.
Réminiscence du terme de compagnonnage expliqué plus haut.
Conduite en règle. « Quand un compagnon aimé quitte une ville, on lui fait la conduite en règle, c'est-à-dire que tous les membres de la société l'accompagnent avec un certain ordre.»
{Almanach des métiers, 1852.) C'est l'opposé de la conduite de Grenoble.
Conduite (Acheter une). Mener une conduiteplus régulière.
Conférencier. Individu qui parle sur un sujet quelconque, devant un pubHc quelconque, dans une salle quelconque. Lorsque le conférencier est une dame, alors c'est une conférencière. Ordinairement elle parle en faveur de la revendication des droits de lafemmeet s'étend longuement sur le chapitre des mœurs publiques : La Rochefoucauld en jupon. Vulgairement on appelle le mâle et la femelle « des endormeurs en boite. »
Conférencier. Faire des conférences. Parler devant un public plus ou moins nombreux de ce qu'on n'a eu ni le temps,
DlCTiONNAïaE D ARGOT MODERNE.
ni la patience, ni la force d'é
crire pour un journal.
Confessionnal à deux roues de Chaiiût Casse-Bras. Surnom que le peuple de Paris avait donné à la charrette du bourreau (1750).
Confirmer Souftleter.
Confiture d'abricot. Sécrétion des oreilles, — dans le jargon des collégiens qui ne rêvent que confiture.
Confortable. Maillot rembourré. « Décidément, pas plus tard que demain, je m'oil're un petit confortable. » (Grévin, Au Théâtre.)
Confrère de la lune. Mari trompé avant, pendant et après.
Coniller. Chercher des prétextes pour se soustraire à un danger, ou pour éviter la société des gens ennuyeux.
Conjungo. Mariage. « A cela près, hâtez le covjimgo. (Poisson.)
Connais (Je la). Mot à mot :
je connais ce que vous me racontez. Cherche-t-on à en imposer à quelqu'un qui est au courant des manœuvres parisiennes, il ne manquera pas de répondre : Celle-là je la connais^ il ne faut pas me la faire, c'est moi qui l'ai inventée.
Connaissance. Amant, maîtresse; fiancé, fiancée, — dans le jargon des ouvriers, des militaires et des bonnes d'enfants.
« T'nez M'sieu, j'aime mieux vous r dire tout d' suite, j'ai z'une connaissance. » (Grévin.)
Connaître (La). Etre au courant de, au l'ait de. Les anciens
durégiment disent proverbialement : « Il ne suffit pas de la connaître, il faut la pratiquer. »
Primitivement l'expression signifiait : connaître la théorie ; par la suite on a abrégé et on a dit : la comiaître. Le mot a pris de l'extension et s'applique à beaucoup d'autres choses.
Connaître le menu. Pour les gourmets, c'est se réserver pour les meilleurs plats; pour les vieux libertins, c'est avoir pris au moins une collation servie par l'amour chez madame ou mademoiselle une telle.
Connobre. Connaître, reconnaître, — dans le jargon des voleurs.
Conquête. Triomphe de l'amour, d'homme à femme. — Triomphe de l'argent, de femme à homme. Faire des conquêtes ^ séduire un certain nombre de femmes, être aimé du beau sexe, lui plaire.
Conscience. Ventre, estomac.
Se mettre un verre de vin sur la conscience, ingurgiter un verre de vin.
« Puis quand il eut mis sur sa conscience » Broc de vin blanc. »
(Le Roux, Dict. comique.)
Conscience. Travail à la journée, en terme de typographe.
— L'atelier des typographes payés à la journée. Homme de conscience, typographe payé à la journée.
Conseiller (Vaiselle de). Argenterie volée, — dans l'ancien argot.
Conserves, légumes conservés. Répertoire classique. — Dans l'argot des romantiques, les soirs où le Théâtre-Français
exhibait les conserves, étaient les soirs réservés à l'ancien répertoire.
Conservatoire. Mont-de-Piété.
Le conservatoire des bardes et autres.
Conservatoire de la Villette (Elève du). Expression dont se sert le peuple pour désigner un mauvais chanteur.
Consigne. Tringle de fer qui sert à attiser le feu d'un poêle ; tisonnier, — dans le jargon des troupiers.
Consolation.Débit de liqueurs.
— L'eau-de-vie est la consolation des ivrognes.
Consomme. Consommation.
Conspiration du silence. Entente tacite de la presse, — la seule peut-être qui existe — dans le but d'étoulïer un nouveau journal sous le poids du silence, un silence plus préjudiciable que les critiques les plus acerbes. En vain pour le faire rompre, le nouveau venu passe-t-il de la flatterie aux invectives et des invectives à la provocation : Nouvelles à sensation, premiers-Paris remarquables, articles originaux, autant d'encre perdue. Les vétérans du journalisme demeurent muets ; puis, un beau jour, la feuille infortunée rend le dernier soupir sans que le public se soit seulement douté de son existence; et un autre beau jour, les articles originaux morts-nés, légèrement démar(jués,obtiennentun succès prodigieux dans la feuille d'un des conspirateurs sans déUcatesse.
Contre-Basse. Derrière, ~ dans le jnrgon des voyous. —
Travailler la contre-basse^ porter des coups de pied au derrière.
Sauter sur la contre- basse, même signification.
Contre-coup. Contre-maître.
— Contre-coup de la boite, contre-maître de l'usine, de l'atelier.
Contre-marque du Père-Lachaise. Médaille de Sainte-Hélène. Cette médaille a été accordée sous Napoléon III à tous les anciens soldats du premier Empire. Elle a été saluée également du sobriquet de médaille en chocolat, par allusion à sa couleur.
Convalescence. Surveillance de la haute police. Sortir de convalescence, ne plus être sous la surveillance de la police.
Copain. Camarade de collège.
— « Le vrai mot est compaiîi ou compaing, qui, du temps de nos bons aïeux, signifiait compagnon, qui lui-même vient de cum et panis, qui mange le même pain. » (Albanès, Mystères du collège.)
Copeau. Langue, — dans le jargon des filles et de leurs chevaliers.
Copie (Pisseur de). Journaliste qui fait de l'abondance avec sa plume. — Un bon pisseur de copie écrit d'abondance et avec abondance sur n'importe quel sujet.
Copie sur quelqu'un (Faire delà). Diredu mal de quelqu'un,
— dans le jargon des typographes qui savent mieux que personne que la copie des journalistes est, souvent, loin d'être à l'eau de rose.
Coquage. Dénonciation, — dans le jargon des voleurs.
Coquard. Œil; et les variantes : Cocarde, coquillard. S'en tamponner le coquillard, s'en moquer. Mot à mot : s'en battre Vœil, comme dit encore le peuple.
Coquer. Dénoncer. C'est le mot croquer moins l'R. En argot manger le morceau aie même sens.
Coquer. Donner. Coquer le poivre, donner du poison.
Coquer. Mettre. Coquer le ri' fie, mettre le feu.
Coqueur. Dénonciateur qui, à chaque dénonciation, touche une prime à la préfecture de police. — Le coqueur qui est compagnon de prison d'un accusé s'appelle mouton ou musicien. Son rôle consiste à capter la contiance des accusés dont la justice attend des révélations.
Les variantes sont : Coq et coquin.
Coqueur de billes. Banquier, changeur, bailleur de fonds. Et la variante : Coqueur de braise.
Coquine. Ephestion de trottoir, — dans le jargon des voleurs. Mot ti'ès usité pour le moment.
Corbeau. Prêtre. — Allusion à la couleur noire de la robe.
Corbeau, a On appelait, autrefois, de ce nom ceux qui, en temps de peste, cherchaient les corps morts pour les enterrer, qui ensuite nettoyaient les maisonsinfectées de cette maladie. »
(Le Roux, Dict. comique.) Aujourd'hui les porteurs des pom-
pes funèbres ont hé .té de ce sobriquet.
Corbillard à deux roues. Personne triste. « Dis donc, ma fille, quitte donc ce corbillard à deux roues et viens avec nous, qui sommes de francs loupeurs!»
(Philibert Audebrant.)
Corbillard à nœuds. Prostituée ignoble et malsaine, — dans le jargon des voyous.
Corbuche. Plaie, ulcère, — dans l'ancien argot.
Corde de pendu (Avoir de la).
Réussir dans tout ce que l'on entreprend. — Le peuple dit, en parlant de quelqu'un qui a beaucoup de chance, qu'il a de la corde de pendu. Une très vieille superstition populaire attache à la corde de pendu la propriété de porter bonheur à ceux qui en possèdent un fragment. Pour que son efficacité soit réelle, il faut qu'elle provienne d'un pendu par autorité de justice. L'autre, celle des pendus par conviction, ne vaut rien. Faute de mieux, pourtant bien des vieilles femmes s'en contentent, et lorsqu'il y a un pendu dans une maison, c'est à qui s'arrachera un bout- de la corde. Tout le monde ne peut pas être en relation avec le bourreau de Londres.
Corder. S'accorder ; par abréviation.
Cordes, Câbles (Faire des).
Faire un séjour prolongé aux lieux d'aisances.
Cornant. Bœuf. — Cornante, vache. — Cornichon, veau.
Cornard. Mari infortuné qui est coiffé d'une paire de cornes.
Pour donner une idée de la hauteur de certaines cornes, on dit de celui qui en est orné : Il ne passerait pas sous la porte Saint-Denis. « Sans pitié, sans regret me ferais-tu cornard ? »
(Belle-Isle. Mariage de la reine de Monôme.) Cornard fait allusion aux cornes du bouc, animal qui ne se formalise jamais des assiduités d'un autre bouc auprès d'une chèvre commune. Les Grecs désignaient sous le nom de fils de chèvre les enfants illégitimes. Le Vidcanus corneus des Latins n'était autre que notre cornard.
Cornard (Faire). Faire bande à part, en terme d'école militaire.
Cornemuse (Se rincer la).
Boire. La cornemuse a le sens de gosier.
Corner. Puer, —dans le jargon du peuple. — Cornage, puanteur.
Corniche. Ecole de Saint-Cyr.
Cornichon. Aspirant à l'Ecole militaire de Saint-Cyr.
Corridor. Gosier. — Astiquer le corridor, manger et boire. Le peuple prononce généralement colidor.
Corset. Nojrt que le peuple avait donné aux assignats pendant la Révolution ; du nom d'un des signataires des assignats.
Corvée (Aller à la). Se livrer au travail professionnel, — dans le jargon des filles de maison.
Cosaque. Poêle à chauffer. En souvenir des bonnets à poils des Cosaques.
Cesser. Dépenser. Cosser son carme, dépenser son argent, — dans l'argot des voyous.
Costières. Rainures destinées à faire glisser les portants sur le plancher d'un théâtre. (A.
Delvau.)
Costières. Poches de côté dont les grecs se servent pour placer des portées, afin de pouvoir les saisir facilement.
Costume. Ensemble de toilette de femme dont les tons semblables vont en se dégradant depuis le chapeau jusqu'aux bottines. — Costumes bleus, verts, mauveSy etc.
Côte (Etre à la). Avoir échoué sur le rivage de la misère.
Cote (Frère de la). Commis d'agent de change ; par allusion à la cote de la Bourse.
Côté cour, Côté jardin. Côté cow\ les coulisses à la droite du spectateur, côté jardin^ les coulisses de gauche. « Autrefois, et jusqu'à Louis XVIIl, on désignait ces mêmes côtés par les noms de côté de la Reine et côtéduRoi.Leducd'Angoulême, traversant la scène pour se rendre k sa loge, entendit un ordre que donnait, à ses hommes d'équipe, le chef machiniste : Chargez le Roi, disait celui-ci : Appuyez sur la Reine.
Le lendemain, sur l'ordre du duc, on baptisa côté cour le côté qui donnait sur la cour des Tuileries et côté jardin celui qui donnait sur le jardin. » (E.
Montagne, Le Manteau d'Arlequin).
Côte-nature. Côtelette de mouton au naturel. — dans le jargon des garçons de restaurant.
Côté des caissiers. CôLc de la
gare du Nord où Ton délivre les billets pour la Belgique.
Côté qui n'est pas vrai. Mauvais côté, — dans le jargon du régiment. « Mariés du côté qui n'est pas vrai. — Honnête du côté qui n'est pas vrai. » On dit également dans le même sens :
côté hors montoir. C'est le côté opposé à celui où l'on monte à cheval. Mariage du côté hors montoir. »
Cotelard. Melon; allusion à ses côtes. C'est un mot d'ancien argot. Aujourd'hui, quand un voyou voit passer un quidam avec un melon sous le bras, il s'écrie : « M'sieu est en famille, »
ou encore: «Env'làunqui vient de chercher sa photographie »
ou autres plaisanteries du môme genre.
Côtelette (Avoir sa). Obtenir un succès, — en terme de théâtre.
Côtelette polonaise. [Crotte
du nez.
Côtelette de menuisier. Morceau de fromage de Brie.
Coterie. Assemblée d'ouvriers.
— Les tailleurs de pierres et les charpentiers se disent co^ene; tous les compagnons des autres états se disent pays. — Les compagnons remplacent le mot monsieur par celui de coterie.
(Agr. Perdigmerj Du Compagnonnage.)
Côtes en long (Avoir les). Ne pas aimer le travail. Celui qui aurait les côtes en long ne pourrait ni se baisser ni faire aucun ouvrage fatigant. Autrefois, on disait avoir les bras rompus; c était le adineros pagados brancos quebrantados des Espagnols.
Cotillon (Aimer le). Aimer les femmes.
Coton. Rixe. — Besogne difficile. — Donner du coton, donner du mal à faire, en oarlant d'un ouvrage.
Coton (Avaler du). Etre pris pour dupe. « Je veux par mes propres yeux vérifier si oui ou non on m'a fait avaler du coton. » (Saint-Patrice, Aten^wres de ^^abuGhodonosor Nosebreaker.)
Cotret. Forçatlibéré. Variante de fagot. Les forçats étaient accouplés comme des cotrets.
Cotret (Jus de). Coups de bâton.
Couac. Prêtre, — dans le jargon des voyous, par allusion au cri du corbeau, un des sobriquets du prêtre.
Couche (Il y). Se dit de quelqu'un qui reste longtemps dans un endroit, de quelqu'un qui passe ses journée dans un endroit. — Encore au café ? — Il y couche.
Couché (Etre). En terme de commis de magasin, c'est se voir — pour cause de retard — couché sur le carnet du surveillant avec une amende de vingtcinq centimes.
Coucou à répétition. Gonorrhée — dans le jargon des voleurs; allusion à la persistance de la maladie.
Coude (Lâcher le). Quitter. — Vous m'ennuyez, lâchez-moi le coude. — Lever le coude, boire.
— Huile de coude, vigueur du bras, travail manuel fatigant.
Couenne. Niais. « Est-il couenne^ cepetitN... dcD... là..,
ça lui fait de la peine quand on bat les autres. » (Eug. Sue. Misères des enfants trouvés.)
Couenne. Peau. — Se racler la couenne, se raser.
Couette de cheveux. Petites mèches de cheveux au bord des tempes et derrière le cou.
C... es au cul (Avoir des). Etre brave, ne pas se laisser intimider, — dans le jargon du peuple.
Couillon. Poltron. Vient de Coilly ou Gouilly, petit village de la Brie Champenoise, aujourd'hui dans le département de Seine-et-Marne, arrondissement de Meaux. Un vieux quatrain recueilli dans les adages français donne une haute idée du courage des gens de Couilly, les Couillyons.
« Mil cinq cent vingt et quatre » Coilli fut pris sans combattre ; » Et les blés furent engelés » Et maints gens déshonorés. »
Couiner. Parler en larmoyant.
Coulage, coule. Gaspillage par suite de mauvaise administration, — en terme de commerce.
Coule (Etre à la). Ne pas avoir de préjugés, tout savoir et tout connaître en fait de ruses. — Etre au courant d'un métier, d'une chose. Mettre à la coule, mettre au courant.
Coulé. Perdu, ruiné, — en terme de commerce.— Etre coulé dans l'opinion de quelqu'un, avoir perdu la confiance de quelqu'un. — Commercialement parlant : n'avoir plus ni crédit, ni rr -sources.
Couler quelqu'un. Faire perdre de l'argent à quelqu'un. —
Ruiner un commanditaire. — Perdre quelqu'un de réputation.
Couler douce (La). Mot à mot :
couler la vie doucement, mener une existence heureuse.
Couleur. Ruse, mensonge.
« Laissez donc, ça fait comme ça la sainte n'y touche, pour s' faire r'garder ; on connaît ces couleurs-là. » (Mars et Raban, Les Cuisinières). — Etre à la couleur, ne pas se laisser tromper ; deviner un mensonge. C'està-dire savoir quelle est la couleur qui retourne.
Couleur. Soufflet, coup de poing sur le visage, appliquer une couleur, donner un souftlet.
— Passer à la couleur, se faire administrer des claques.
Coulissier. Courtier spéculateur en vieilles nippes, — dans le jargon du Temple.
Couloir. Gosier, bouche. — Repousser du couloir, sentir mauvais de la bouche.
Couloir à airs. Chanteuse, — dans le jargon des voyous. — Gosier. — Ferme ton couloir à airs.
Coup. Manœuvre faite dans le but de tromper. On dit : il m'a fait le coup, il m'a trompé; c'est le coup du suicide, c'est un faux suicide annoncé pour attendrir la dupe. (L. Larchey.)
Coup du tablier (Le). Quand une domestique est, depuis quelque temps, dans une maison où elle sait qu'elle fait l'affaire des maîtres, elle donne de temps à autre le coup du tablier, c'est-à-dire qu'elle demande son compte soit pour se faire apprécier davantage, soit
pour avoir de l'augmentation.
Coup (Bon). Dans le vocabulaire de la galanterie, c'est le plus bel éloge qu'un homme puisse faire d'une femme pour la manière dont elle tient les cartes au jeu de l'amour. — Par contre, mauvais coup sert à désigner la femme qui n'entend rien à ce jeu, ou que ce jeu laisse froide.
Coup (Montage de). Mensonge préparé de longue main. — Monter le coup, en imposer, conter un mensonge. — Se monter Ze coup, s'illusionner. — Monter un coup, combiner un vol. — Monteur de .coups, celui qui ment, par iiabitude, dans un but intéressé.
Coup de soleil. Ivresse; illumination faciale causée par un excès de boisson.
Coup de bouteille. Rougeur du visage, coup de sang occasionné par l'ivrognerie. (A. Delvau.)
Coup de feu de société. Le
pinacle de la soulographie, — dans le jargon des typographes.
Coup de télégraphe. Dépêche électrique. — Donner un coup de télégraphe, expédier une dépêche télégraphique, — en terme d'employés du télégraphe.
Coup de rifle. Ivresse. Mot à mot : coup de feu.
Coup de vague. Vol d'inspiration, vol à l'aventure; c'est le contraire du poupon oupoupart.
Pousser un coup de vague, commettre un vol à l'aventure.
Coup dur. Evénement imprévu et fâcheux. — Carambolage <i revenir lorsqu'une des billes à
toucher est collée sous bande.
Coup du médecin. Deux doigts de vin pur après la soupe.
Coup de sirop. Légère ivresse, après avoir bu du vin aussi écœurant que du sirop; après avoir trop siroté.
Coup d'encensoir. Coup de poing sur le nez, — dans le jargon des voyous qui ont servi la messe.
Coup de marteau. Grain de fohe. Mot à mot : coup de marteau qui a fendu le crâne. Autrefois on disait dans le même sens « coup de hache. » Celui qui avait reçu un coup de hache étaitréputéaux trois quarts fou.
« Oui, il aime à bouffonner; et l'on dirait parfois, ne v's en déplaise, qu'il a quelque petit coup de hache à la tête. » (Molière, Le Médecin malgré lui, acte II. se. 1.)
Coup de fourchette. Coup de doigts dans les yeux. Ce coup très dangereux est particulier aux voyous. Il consiste à porter dans les yeux de l'adversaire le médius et l'index de l'une ou de l'autre main écartés en forme de V.
Coup de pied. Avance d'argent, — dans le jargon des tailleurs. Donner un coup de pied au grêle, demander une avance au patron.
Coup de casserole. Dénonciation. (L. Larchey.)
Coup du lapin. Coup mortel.
— Premières atteintes de la vieillesse. — Recevoir le coup du lapin, commencer à vieillir.
« Un commencement de calvitie et d'obésité indiquait qu'il
avait reçu ou qu'il était bien près de recevoir Je coup du lapin. » (A. Delvau, Le Grand et le petit trottoir.)
Coup de torchon. Duel au
sabre, en terme de régiment.
Se flanquer un coup de torchon.
Coup de figure. Repas soigné.
— Se Jlanqmr un coup de figure^ faire un bon repas.
Coup d'acre. Extrême-onction, — dans le jargon des voleurs. Mot à mot : coup de Sacrement.
Coup de la Chancellerie. Une
des passes de la lutte à main plate. C'est tenir, sous le bras, la tête de son adversaire. Si celui qui le porte est habile, le coup de la chancellerie amène la chute de l'adversaire et doit le tomber sur les deux épaules. — « On trembla pour lui, qui, la tête prise sous l'une dos aisselles et froissée aux coudes anguleux du faraud, un retors aussi!
résistait assez mal au rude coup de la chancellerie. » (Gladel, Ompdrailles, le Tombeau des lutteurs.)
Coup de pouce. Faux poids obtenu au moyen d'une légère et vive application du pouce sur celui des plateaux de la balance où repose la marchandise.
— Etre fort sur le coup de pouce, avoir l'habitude de vendre à faux poids.
Coup de pouce. Effraction, — dans le jargon des voleurs.
Coup de pistolet. Pièce, acte ou scène d'un caractère très hardi, — en terme de théâtre.
— Œuvre d'art dont l'originalité voisine de l'extravagance
n'a d'autre but que de forcer l'attention publique.
Coup de pistolet. Engagement à coups irréguliers d'une forte somme d'argent, — en terme de joueur.
Coup du (Le). L'heure, le moment, l'instant. — Le coup de l'absinthe, le coup de l'emprunt, le coup de l'attendrissement.
Coup de pied de Vénus. Maladie que l'on traite comme on traite les glaces de Saint-Gobain. Ce qui a fait dire à un de nos plus célèbres spécialistes, en estropiant un hémistiche bien connu de Virgile : Mercurium ayitat molcm.
Coup de peigne. Batterie. — Se donner un coup de peigne, se battre, en venir aux mains.
« Ça ne peut pas marcher, c'est impossible, on se donnera un coup de peigne. » (L^s farces et les bamboches populaires de May eux, 1831.)
Coup Giraud. Dans le jargon des joueurs, c'est le second coup d'une main au baccarat en banque, coup, paraît-il, très défavorable au banquier. Un notaire de Marseille qui ne jouait jamais que ce coup-là lui a légué son nom. Il a laissé quelques imitateurs.
Coup de manche. Mendicité à domicile avec lettres fabriquées pour émouvoir les âmes charitables.
Coup de vieux (Recevoir un).
Toucher à la quarantaine, en parlant d'une femme, — dans le jargon des hommes de lettres et des artistes.
Coupe. Action d'allonger les
bras en nageant, de couper l'eau. « Voyons, de la grâce, Balochet, du moelleux dans la coupe, songe que du haut de ce pont quarante Parisiens nous contemplent. » (Daumier.)
Coupe-sifflet. Couteau, —
Coupe-ficelle. Artificier militaire.
Coupe-lard. Couteau.
Coupe-cul (A). Sans revantlie, — dans le jargon des joueurs.
Coupe (Saut de). Action mécanique, exécutée avec les doigts, laquelle a pour résultat de replacer un jeu comme il était avant la coupe de l'adversaire.
— <( L'on parle de l'adresse des g7-ecs à faire sauter la coupe, mais il n'y en a pas un sur cent qui sache et surtout qui ose la faire sauter. » (A. de Caston, Les Tricheurs.)
Coupe tout ce qu'il voit. Se
dit d'un mauvais couteau, d'un couteau qui ne coupe pas du tout. On dit encore : il coupe comme le genou à ma grand' c'est-à-dire comme le genou à ma grand'mère.
Coupe (Tirer sa). Nager. — Signifie encore dans le langage du peuple, parëir, se sauver.
« Pignouf, tu ferais mieux de me donner ma paperasse, pour que ic tire ma coupe au galop. »
[Le Petit Badinguet.)
Coupé (Etre). Etre sans argent, — dans le jargon des typographes.
Couper (Y). Ne pas savoir faire une chose, n'y rien connaître, ou ne pas vouloir la
faire. Etes-vous fort sur le calcul? — J'?/ coupe. A au régiment à peu près la môme signification. C'est éluder une corvée ou une punition. Je coupe à aller prendre Jules par les oreilles. A quelqu'un qui veut éviter une corvée, les camarades disent :
Tu n'y couperas pas plus qu'un vieux renard. — Dans le même jargon, équivaut au célèbre: Tu peux te fouiller. « Tu voudrais bien te rincer la trente- deuxième^ mais tu y coupes. «Réminiscence du jeu d'écarté.
Couper à la marche. Se faire exempter d'une corvée, — dans le jargon des troupiers.
Couper le sifflet. Interloquer.
— Ça te la coupe. Mot à mot : ça te coupe la parole. — Ça vous coupe la gueule à quinze pas^ ça sent mauvais de loin. Lorsque quelqu'un vous parle, qui a mangé de l'ail, du fromage de Gruyère, bu quelques verres de vin et fumé une ou deux pipes par là-dessus, ça vous coupe la gueule à quinze pas.
Couper dans le pont. Tomber dans un piège. « En terme de gi^ec, le pont c'est le bombage de la partie supérieure du jeu destiné à amener l'adversaire à couper les cartes de façon à aider le tricheur. Mais personne ne coupe plus dans le pont. »
(A. de Caston.)
Couper dans la pommade.
Tomber dans le panneau, — er terme populaire.
Couper le trottoir. Marcher comme si l'on était seul sur un trottoir, bousculer tout le monde en marcJiant.
Couplet. Tout ce qu'un acteur
a à dire, prose ou vers, se nomme littérairement couplet. (A.
Bouchard.)
Coupolard. Membre de l'Institut; allusion à la coupole du Palais-Mazarin. « On n'est pas plus athénien que le bon vieux coupolard N. » [Tam-Tam du 2 juin 1878)
Coups d'encensoir. Mouvements réitérés par lesquels un cheval fait aller sa tête de bas >sn haut.
Coups de pied (Ne pas se donner de). Se faire valoir. — Et encore : Ne pas se donner de coups de pied au derrière. — « Tu ne te donnes pas de coups de pied au derrière. » (Hennique, La Dévouée.)
Courageux. Qui ne boude pas à l'ouvrage. « C'est un zigue rien courageux et d'attaque. »
Courant d'air dans l'œil (Se fourrer un). S'illusionner, se tromper grossièrement. C'est une forme nouvelle de : Se fourrer le doigt dans Vœil.
Courante. Diarrhée. — Se payer une courante, % ^ sauver au galop.
CoTiirbe. Epaule, — dans le jargon des voleurs.
Courer (Se). Se garer; prendre des précautions, — dans le jargon des voleurs.
Courer (La). Ennuyer. — Tu me la coures, tu m'ennuies.
Coureuse. Machine à coudre, — dans le jargon des voleurs.
Courir (Se la). Se sauver.
Court-bouillon (Le grand).
1,11 mer, — dans le jargon des ,oleurs. C'est-à-dire, sans in-
version, le grand bouillon qui court.
Courtange. La Courtille.
Courte. Alias cauda; et ssepe dicitur in caudd venenum.
Courte et bonne. Devise des Epicuriens modernes qui prétendent dire par là que la vie doit être courte et semée de plaisirs.
Cousin. Nom d'amitié que les clowns se donnent entre eux devant le public. — Nom d'amitié que se donnent les grecs qui ont formé une association.
Couturasse. Couturière. Le
mot date du xviii® siècle et
avait aussi le sens de femme grêlée.
Couture de ses bas (Montrer la). Quitter un lieu, s'en aller.
Couvrante. Casquette, — dans le jargon des ouvriers.
Couvre -amour. Chapeau d'homme.
Couvreur. Chapelier, — dans le jargon des voyous. Couvreur delà haute, chapelier di primo cartelo.
Couyon comme la lune. Enormément stupide; hébété par la stupéfaction. La lune jouit d'une réputation de bêtise qu'elle doit, peut-être, à sa rotondité.
Couyonnade en bâton. Bêtise, propos stupide, niaiserie.
Couyonner. Plaisanter. — Couyonner le service, ne pas faire sa besogne, ne pas faire un service commandé. Un bon troupier ne doit jamais couyonner le service.
Crac. Gagne-pain d'une fdle de joie, — dans le jargon des souteneurs.
Cracher. Faire des aveux en justice.
Cracher sur (Ne pas). Aimer, faire cas de. — Au xvi® siècle on disait, d'un ivrogne, il ne crache pas le vin^ et ne pas cracher le vin avait le sens d'aimer à boire; aujourd'hui on dit : il ne crache pas sur le vin.
Cracher dans le sac. Etre guillotiné.
Cracher sur les quinquets.
Se donner en scène, un mal énorme et ne produire aucun effet, — dans le jargon des coulisses.
Cracher blanc. Avoir soif.
« Ils ne faisaient que cracher blanc comme cotton de Malthe. » (Rabelais, 1. IL) — Cracher des pièces de dix sous, ressentir une soif ardente, ne plus avoir de salive, tant la soif est forte. C'est mot à mot : cracher des crachats petits comme des pièces de dix sous.
Crachoir. Revolver, — dans le jargon du régiment. Il crache la mort. Tenir le crachoir, être armé d'un revolver.
Crachoir (Tenir le). Pérorer.
Bien jouer da crachoir, bien parler.
Crachoter sur quelqu'un.Trai-
ter avec mépris. « Dans ses rapports a\ec le soldat, la fille se sent presque toujours sa maîtresse ; avec les autres, elle n'est qu'une mécanique d'amour, sur laquelle c'est souvent plaisir de crachoter. « (E. de Concourt.)
Cracovie. Craque, mensonge.
— Avoir des lettres de Cracovie, signifiait autrefois, débiter des mensonges ; et venir de Cracovie,
mentir. Expressions du xvin« siècle; démodées aujourd'hui.
Cramer une sèche. Fumer une cigarette, — dans le jargon des rhétoriciens, qui devraient dire avec plus de raison : crémer; mot à mot : opérer la crémation d'une cigarette.
Crampe. Fuite, évasion. — Tirer sa crampe, fuir. — Sacrifier à Vénus, — dans le jargon des voyous.
Cramper. Synonyme de tirer sa crampe, — dans le jargon des voyous.
Cramper avec la veuve. Etre guillotiné. C'est une variante d'épouser la veuve. Mot à mot :
faire l'amour avec la guillotine.
Cramper en cerceau. Figurer un cerceau avec le corps. Cet exercice de haute dislocation consiste à s'arc-bouter sur les pieds et à projeter peu à peu la tête en arrière jusqu'à ce qu'elle vienne toucher les talons, de manière à ce que le corps forme un cercle ou cerceau. {Jargon des saltimbanques.)
Crampon. Maîtresse trop fidèle, amant trop assidu, qui se cramponne à votre existence, et dont vous ne pouvez vous débarrasser. Par extension tout individu tenace.
Cramser. Mourir — dans le jargon des employés des pompes funèbres.
Cran (Avoir son). Etre en colère, — dans le jargon des typographes.
Cran (Lâcher d'un). Quitter.
On lâche d'un cran, les gens qui ennuient ou déplaisent.
Crâner. Faire le rodomont.
Crapaud. Cadenas, — dans le
jargon des voleurs. — Entant, — dans celui des ouvriers, qui disent aussi : crapoussin. — Bourse, — dans celui des troupiers : — « Mon crapaud est percé, i) aura filé dans mes guêtres. » (A. Arnault, Les Zouaves, actl. 1856.)
Crapaud (Faire). Boire seul, se régaler en sournois, — dans le jargon des troupiers. C'est le synonyme de faire suisse.
Crapules, crapuladorès. Cigare d'un sou ; cigare de la crapule. Crapuladorès esila. parodie de cazadorès, une des meilleures marques de cigares de la Havane. L'un est Valpha, et l'autre V oméga, du tabac à fumer.
Crasse. Mauvais procédé. — Crasse de collège, pédantisme, bégueulerie pédantesque.
Cravate de chanvre. Corde de pendu.
Créature. Femme de rien.
Pour une bourgeoise, la maîtresse de son mari est une créature. Pour la grande dame dont le mari est l'amant d'une bourgeoise, la bourgeoise est une créature.
Credo. Crédit, avec changement de finale. — « Prêtez-moi donc vingt sous, cette vieille ficelle-là m'a coupé mon credo. »
(Le Sublime.)
Créer un juif. Sacrifier à Domange, — dans le jargon des troupiers.
Crémerie. « Un de ces établissements singuliers où l'on vend du café, du bouillon, du vin et de la viande. » (Pierre
Mazerolle, la Misère de Paris, 1875.)
Crêpage de chignon. Batterie entre femmes. Elles se prennent ordinairement aux cheveux.
Crêper le chignon (Se). Se
battre entre femmes. « T'es-Ui crêpé le chignon avec une camarade? » (Huysmans, Marthe.)
Crépine. Bourse, — dans le jargon des voleurs.
Crépons. Petits paquets de faux-cheveux roulés. Les crépons se fabriquent avec les résidus des cheveux détachés du peigne, jetésàlarue et collectionnés par les chiifonniers. Les cheveux ainsi recueillis se vendent cinq francs la livre.
Creuser son rôle. Souligner chaque phrase, — dans le jargon des comédiens, comme si le public n'était pas jugé capable de saisir les beautés du rôle.
Creux. Maison. — Voix. — Jvoirunboncreux,iiyo'ir\ineyo\x bien timbrée, sonore.
Crevaison (Faire sa). Mourir.
Crevant. Triste, navrant.
Crevard. Enfant mort-né.
Crevé, petit-crevé. —
Jeune elieminé d'une maigre élégance. « A plusieurs époques on a observé qu'une certaine partie de la jeunesse afiectait des airs d'épuisement, s'eiieminait dans le langage et se livrait à la folie en toussant...
],espetits-crevés n'atfectent rien.
Ils sont bien réellement crevés... Leur voix est nasillarde, leurs muqueuses sont pâles, signes de constitution épuisée et refaite par l'iode. » (Nestor Roqueplan.)
DlGTIONNAmE U ARGOT MODERNE. 121
cer à un confrère en vol l'arrivée de la police.
Cribleur de verdouze. Marchand des quatre saisons. — Cribleur de frusques, marchand d'hahits ambulant. — Cribleur de malades, employé chargé d'appeler les détenus au parloir.
— Cribleur de r)iachabées, gardien de cimetière qui sonne la cloche pour annoncer l'arrivée d'un convoi funèbre. — Cribleur
Creve-faim. Engagé militaire.
On dit communément au régiment en parlant d'un engagé volontaire : La planche à pain était trop haute.
Crever. Congédier, renvoyer, — dans le jargon des typogra- |ihes. — Le prote vient de me
crever.
Crever, crever à la ligne.
Dans certains journaux où l'on
f>aie tant la ligne, les quarts de ignés et les demi-lignes ne comptent pas. C'est ce que les journalistes appellent crever à la ligne. Dans certains recueils périodiques on crève après deux feuillets.
Crever la paillasse. Assommer de coups, donner des coups de
fùed au ventre. Lapaillasse, c'est e ventre.
Crever la pièce de dix sous
Sacrifier au dieu deSodome,— dans l'argot des marins.
Crever (Tu t'en ferais). Formule négative et voyoucralique équivalente à : jamais.
Crevette. Femelle du petitcrevé. Le peuple appelle crevettes les demoiselles qui portent des robes courtes et de couleur voyante (1868-09). — Femme galante. Viens-tu souper, il y mira de la crevette. 11 y aura des femmes.
Criarde. Lime, scie. — Sonnette. — Tirer la criarde, sonner.
Criblage. Cri; appel désespéré.
Cribler. Crier. — Cribler au charron, crier au voleur. — Cribler à la grive, crier d'une certaine manière pour aunon-
de beurre, agent de change.
Cric, crik, crique. Eau-de-vie.
Cric-croc. A ta santé, — dans l'ancien argot.
Crier à la garde. Se plaindre à propos de rien. — Crier au vinaigre, crier au secours. Crier aux petits pâtés, faire entendre les cris qui accompagnent l'accouchement. — (' Notre voisine a crié aux petits pâtés. » {Parnasse satirique.) — Oudin [Curiosités françaises) donne : Crier des petitspâiés avec le sens d'accoucher.
Crigne. Viande, — dans l'ancien argot.
Crin (Etre comme un). Etre
de très mauvaise humeur. A tous crins, exagéré dans ses opinions, dans ses paroles, dans sa mise.
Crinoline. Dame d'un jeu de cartes.
CrinoUier, crioUier, Boucher, — dans le jargon des voleurs.
Crins. Cheveux.
Cris de merluche. Cris formidables poussés dans le but d'ameuter le monde ; cris comme en font entendre les femmes corrigées à tour de bras par leurs maris.
Cristalliser (Se). Ne rien faire, —dans le jargon des troupiers.
Croche. Main. Apocope de « accroche. » Les mains du voleur accrochent tout ce qu'elles peuvent.
Crocher, crosser. Sonner. — Faire crosser sa braise, faire sonner son argent. — Se crocher, se hattre, pour se crocheter.
Crocomolle. Eau-de-vie, — 1771 de crocomolle y un verre d'eaude-vie, — dans le jargon des voleurs.
Croix. Pièce de cinq francs, — dans l'argot des fripiers.
Cromper. Sauver. — Cromper sa bille du glaive, sauver sa tête de l'échafaud.
Crompir. Pomme de terre.
Cronée. Plat ; assiette, — dans le jargon des voleurs.
Croquenot. Soulier neuf ; pour craqueneuf, les souliers neufs craquent lorsqu'on marche. — Croquenots vernos, souliers vernis,
Croquaillon. Mauvais croquis.
Crosse, crossin. Receleur.
Crosse, Grosseur. Ministère public. — Sonneur de cloches.
Crotte. Misère, dégradation morale. — Rouler, tomber, se carrer dans la crotte.
Crotté (Etre). Manquer d'étoffe pour une pièce à façon. — Ne pas avoir assez d'étoile pour prélever la gratte, — en terme de tailleur. — Etre misérable.
Croume. Crédit, — dans le jargon des voleurs.
Croupier. Associé d'agent de
change, — dans le jargon de la Bourse.
Croupière (Allonger la). Augmenter une punition, — dans le jargon des soldats de cavalerie. Le cayiston allongera la croupière de quatre jours et ça fera le compte.
Croupir dans le battant. Stationner sur l'estomac, se refuser à circuler, préluder à une indigestion. Ces coquins dégonflebougres croupissent dans le battant.
Croustiller. Manger du pain sec. Avaitjadis le sens de manger.
« J'étais occupé » A croustiller là-bas le reste du soupe. » (Le Grand.)
Croûton de pain derrière une malle (3 ennuyer comir.o un).
S'ennin r énormément. Les
adages iraiiçais (xvi*
icle)
donnent dans le môme sens S'ennuyer comme un brocket dans le tiroir d'une commode.
Crucifix, crucifix à ressort.
Pistolet. — Crucifix à l'esbroufe^ revolver, — dans le jargon des voleurs.
Cueillir. Arrêter sans bruit, lestement sur la voie publique.
— C'est rien, c'estun poivrot que les sergots viennent de cueillir. — « J'irai les cueillir au point du jour. » (X. de Montépin.)
Cuiller à pot. Grand composteur, — dans le jargon des typographes.
Cuiller à pot. — Poing. Un coup de cuiller à pot, un coup de poing, — dans le jargon des voyous. — Trois coups de cuiller àpot et sa soupe est trempée, trois coups de poing et il en a assez
Cuir. Peau. — Se racler, seratisser le cuir, se raser.
Cuir de poule (Gants en).
Gants de qualité inférieure, gants fabriqués avec des peaux trop lînes ou de mauvaise qualité.
Cuir de brouette (Escarpin en). Sabot.
Cuirassé. Urinoir blindé dont les premiers modèles ont paru sur les grands boulevards en
Cuirassier. Celui qui, en parlant, applique mal les liaisons, fait des cuirs, c'est-à-dire se livre à des liaisons dangereuses pour la grammaire.
Cuire dans son jus. Avoir très chaud, fournir une transpiration abondante. Si l'on veut cuire dans son jus, l'on n'a qu'à aller un dimanche soir, dans un théâtre de Paris, aux troisièmes galeries.
Cuire dans son jus. Concentrer sa douleur et retenir son élan naturel, — dans le jargon des comédiens. L'expression, qui estde mademoiselle Contât, est restée dans le dictionnaire du théâtre. (V. Couailhac, La Vie de théâtre.)
Cuisine. Préfecture de police.
— Vesto de la cuisine, agent de la sûreté, — dans le jargon des voleurs.
Cuisine, cuisine de Journal.
Classement des articles, surveillance de la mise en page, en un mot tout ce qui com{)rend l'art d'accommoder un journal L .it au point de vue littéraire qu'au point de vue typographique. — Cuisine d'ari,explications précises d'un art. « Rapin aussi
celui qui parle sans cesse cuisine d'art, qui explique comme quoi il obtient tel ton, en appliquant telle couleur, en frottant, en grattant, en étalant, en empâtant, etc. » {Paris-Rapin.)
Cuisiner. Espionner un détenu, — dans le jargon des prisons.
Cuisinier. Espion, agent de la police secrète. — Rédacteur chargé de la cuisine d'un journal.
Cuite. Forte ivresse. — « Ces bonnes cuites sans façon qu'elle se donnait avec Anatole. » (Huysmans, Les Sœurs Vatard.) — Cuite sénatoriale, très forte ivresse, cuite présidentielle, le nec plus ultra de l'ivresse, tout ce qu'il y a de mieux dans le genre. — Attraper une cuite, se soûler.
Cuver une cuite, chercher dans un sommeil réparateur à dissiper les fumées de l'alcool et les ressentiments d'une nourriture trop copieuse.
Cuiter (Se). Se soûler à fond, c'est-à-dire prendre une cuite.
Le besoin d'ajouter un nouveau verbe à la liste des vingt-cinq ou trente qui existaient déjà pour exprimer cette idée, se faisait, paraît-il, vivement sentir.
« Vous redescendrez avec les coteries finir la soirée chez notre troquet afin de vous cuiter carrément. (Le Sans-Culotte ^ ^879.)
Cuites. Pommes cuites que l'on vend dans les rues et sous les portes. — Herbes cuites que débitent les fruitières.
Cuivres (Les). Instruments de musique en cuivre. — Travailler dans le cuivre, jouer d'un ins-
truraent de musique en cuivre.
Cul. Homme stupide. Tournure de femme au dix-huitième siècle. Aujourd'hui on dit /"aî^a?rM/.« En entrant dans la première salle, chaque femme était obligée de quitter son cul, sa bouffante, ses soutiens, soncorps.son faux chignon, et de vêtir une lévite blanche avec une ceinture de couleur. » {Lettre d'un garde du roi, pour servir de suite aux Mémoires de Cagliostro, 1786.)
Cul et chemise (Etre). Etre très intime. Le cul et la chemise sont, pour ainsi dire, inséparables et vivent en bonne intelligence.
Cul (Montrer son). Faire faillite. Le banqueroutier qui se sauve ne présente pas son visage à ses créanciers.
Cul (Etre à). Etre ruiné. C'està-dire être à cul nu. L'expression est vieille. Signifiait primitivement être à bout d'arguments. D'après La Monnoye, l'expression dérive d'acculer, coller contre lemur, le cul contre le mur. « Il tint contre tous les régents et orateurs et les mit de cul. » (Rabelais, Livre, 11.)
Cul (Avoir quelqu'un dans
le). Etre ennuyé par quelqu'un au point de ne plus pouvoir le soulfrir. — Se moquer absolument des observations de quelqu'un. — Mépriser profondément. Les joyeuses commères de la rue Mouffetard accompagnent l'expression d'une forte claque sur les fesses dans la crainte que leurs paroles n'aient pas assez d'éloquence.
Cul (Enlever le). Administrer
un coup de pied au derrière.
Cul levé (Jouer à). Céder sa place à un autre chaque fois qu'on a perdu une partie d'écarté ou d'impériale.
Cul de plomb. Bureaucrate sans activité, sans intelligence.
— Couturière.
Cul (Rire comme un). Rire sans desserrer les dents. On dit
notre âne.
Culbute. Culotte, — en terme de tailleur.
Culbute. Faillite. Faire la culbute, suspendre ses paiements.
Culottage. Action de culotter une pipe. — Se livrer avec passion au culottage. — Obtenir de beaux effets de culottage.
Cîulotte. Perte sérieuse à la Bourse, au jeu. — « Levardet raillait sans pitié ces triples niais de pontes qui venaient de setlanquerunesi jolie culotte.»
(Vast-Ricouard, Le Tripot.) — Se flanquer une culotte à pont, perdre beaucoup d'argent. Allusion à l'ancienne culotte de nos pères qui montait très haut.
— Attraper, se flanquer une culotte, veut dire encore se griser à fond. Mot à mot: se culotter de vin.
Culotte (Grosse). Ouvrier qu'on rencontre plus souvent chez le marchand de vin qu'à l'atelier.
Culotte (Jouer la). Les joueurs de dominos jouent la culotte, quand ils cherchent à fermer le jeu dans l'espoir de marquer un grand nombre de points.
Le domino qui opère ce tour de
force a reçu le surnom de domino-culotte.
Culotté (Nez). Nez d'ivrogne, nez qui arlDore les tons chauds d'une pipe culottée.
Culottée (Pipe). Pipe noircie par l'usage du tabac.
Culotter. Noircir le fourneau d'une pipe selon les règles de l'art du fumeur.
« ... Sans vider le brûlot
Chargez, chargez toujours sur le même
[culot.
Fumez-le lentement, sans brutale secousse,
Vous le verrez bientôtprendre une teinte
[rousse,
Assombrir par degrés son cordon régulier,
Jusqu'à ce que, formant un superbe collier.
Il étale à la fois sa couleur blanche et
noire,
La culotte d'ébène et le lurban d'ivoire.
{Paris-Fumeur.)
Culottée (Toile) En terme d'atelier, une toile culottée est une toile aux tons sombres. Les Rembrandt, les Ribeira sont des modèles de culottés.
Culotter (Se). Perdre beaucoup d'argent au jeu. — Commencer à connaître la vie, le monde. — S'enivrer.
Culotteur de pipes. Client fidèle d'un estaminet.
Cure-dents. Sabre-baïonnette de l'infanterie, — dans le jargon du régiment. Ton cure-dent qui f... le camp.
Curé. Sac de charbon. Allusion à la forme de la robe du prêtre et à la couleur du vêtement. — (Jargon des voyous.)
Curés (Il va tomber des). Le ciel est tout noir, il va pleuvoir à torrents.
Curieux. Commissaire de police. — Juge d'instruction.
Cyclope. Derrière. — Faire trimer, faire travailler le cyclope, aller à la selle. — Se prend aussi pour l'etiet, la chose ellemême. Vroduire son cyclope dans le monde.
Cyclope. Chapeau haute forme, — dans le jargon des voleurs.
Cylindre (Aliser son). Etre très malade, — dans le jargon des ouvriers du fer.
Cymbale. Pleine lune.
Cymbales. Panonceaux, — dans le jargon du peuple.
Cygne. Pièce de vingt francs.
Ces tune forme nouvelle de l'ancien ciguë, cigale.
Dab, Dabe. Dieu, père, maître, roi. — Frangin dab, oncle.
Dab de la cigogne. Procureur général, procuieur de la République. D'après M. L. Larchey le mot dab et ses composés viennent de l'ancien damp, seigneur.
Dabe. Maîtresse, amante, —
dans le jargon des souteneurs.
« Ma dabe vient m'assister et me voir deux fois par semaine. )) (Max. Du Camp, Paris, la Prostitution, t. m, 1875.)
Dabe d'argent. Spéculum, — dans le jargon des filles. — Cramper avec le dab d'argent, passer à la visite; mot à mot faire l'amour avec le spéculum.
Dabérage. Bavardage, commérage. — Babérer, bavarder, raconter, — dans le jargon des marchands juifs.
Dabesse. Reine.
Dabicule, Dabmuche. Petit patron, fils de patron.
Dabot. Préfet de police.
Dabuche. Patronne, maîtresse, mère. — Dabuchette, bellemère, jeune mère. — Dabuge, dame, lîourgeoise. — Frangine dabuche, tante.
Dache. Diable. — Envoyer à dache, envoyer au diable.
Daim. Personnage dont le rôle, dans la comédie humaine, consiste à jouer les grandes premières dupes auprès des femmes. Le daim est généralement riche, bien mis et stupide.
Daim hupé. Homme riche et d'une exploitation facile.
Dalle. Gosier, bouche. — Se rincer la dalle, boire.
Dalle en pente. Solide appétit. Mot à mot : gosier en pente. — « Que ceux qui ont un vaste estomac, de gros boyaux, la dalle en pente, engloutissent des platées énormes et vident des brocs, rien de plus juste. »
{La Petite Lune, janvier 1879.) La variante est : Gargouenne en pente.
Dalzar. Pantalon, — dans le jargon des ouvriers; par abréviation de pantalzar.
Danaïdes (Faire jouer les).
Battre une femme, — dans le jargon des voleurs. (L. Paillet.) Dandiller. Sonner. — Le carme dandille dans la fouilleuse, l'argent sonne dans la poche.
Dandillon. Sonnette. Taquiner le dandillon, pincer le dandillon, tirer la sonnette.
Dandinage. Raclée soignée ,
— dans le jargon des voleurs.
Il va y avoir du dandinage.
Dandiner uu pànte. Battre, maltraiter quelqu'un qui vous déplaît, — dans le jargon des voleurs.
Dandines (Coller des). Porter des coups. — Encaisser des dandines, recevoir des coups. — Une grêle de coups de poing fait dandiner celui qui les reçoit; d'où le mot dandines.
Danse. Batterie, bataille. — Etape militaire, marche forcée,
— dans le jargon des troupiers.
Danser. Sentir mauvais; principalement en parlant du fromage.
Danser de. Payer; généralement employé dans le sens de payer pour un autre. — Danser d'une demi- douzaine de consommes au cafemar , payer une demi-douzaine de consommations au café.
Danser (Faire). Donner des coups. — La danser, recevoir des coups. — Etre congédié, perdre sa place. — Payer pour un autre.
Danser devant le buffet. N'avoir rien à se mettre sous la dent. — Pour égayer la situation on danse devant le bulfet, comme David dansait devant l'arche.
Danseur. Dindon. — Par allusion, sans doute, à la danse des dindons, danse obtenue à l'aide d'une plaque de tôle qu'on chauffe par degrés et sur
laquelle un imprésario a préalablement posé les Taglioni à plumes.
Dard. — Glaive qui ne donne pas la mort, au contraire.
Dardant, le petit dardant.
L'amour, — dans le jargon des voleurs.
Dar délie. Pièce de deux sous.
Dare-Dare. Vite, tout de suite. — Décaniller dare-dare.
Partir au plus vite.
Dar on, Daronne. Maître, maîtresse. — Père, mère. — Daron de la raille, de la rousse, préfet de police. — Baronne du Mec des Mecs, daronne du grand Avre ou Havre, la mère de Dieu, — dans l'ancien argot.
Dariole. Coup, contusion.
Daube. Cuisinière , souillon de cuisine, par allusion au ragoût désigné sous le nom de
daube.
Daubeur. Forgeron qui bat le fer,
Daucbe, Doche. — Père, mère. Mon doche, mon père. Ma doche, ma mère, — dans le jargon des voyous. C'est le mot moderne.
Dauffe, Dauffin. Pince, ciseau à froid, fausse clé, — dans l'ancien argot.
Dauphin. Souteneur; le dos vert d'autrefois, — dans l'ancien argot.
De (Se pousser du). Faire sonner avec ostentation la particule nobiliaire qu'on tient de ses aïeux ou qu'on s'est octroyée à soi-même.
Dé. Oui, — dans l'argot des
MODERNE. 127
de cimetière. (A*
marbriers Delvau.)
Dé, Dé à coudre. Verre à boire. — Locution employée par les ivrognes pour désigner un verre de petite capacité.
Est-ce que vous vous fichez de nous, que vous nous donnez des dés à coudre ?
Débàcleuse de mômes. Sagefemme.
Débâcle. Accouchement, — dans le jargon des voleurs.
Débâcler, accoucher.
Débâcler. Ouvrir. — Débàcler la guimbarde, ouvrir la porte.
Débagouliner. Raconter avec volubilité tout ce qu'on a sur le cœur. — Se répandre en injures, injurier avec bagou. C'est une variante de débagouler.
Déballage. Opération qui , pour une femme, con.siste à s'aifranchir de ses appas d'emprunt et à se montrer sous un jour plus naturel. — Perdre au déballage, perdre à être vue dans le simple appareil. — Gagner au déballage, tenir plus qu'on ne promet. — Etre volé au déballage, c'est mettre la main sur un Ary Scheffer alors qu'on croyait trouver un Rubens.
Déhallage. Linge de femme.
« Tout ce coin où traînait le déballage des dames du quartier. (E. Zola.)
Déballer. Déshabiller, enlever l'arsenal des faux-chignons, tournures, soutien des faibles, faux râteliers, et tous les trompe-l'œil de la toilette féminine.
Déballer. Sacrifier à Domange, — dans le jargon des voleurs.
Débarbouiller (Se). Se tirer d'alfaire. — Se sauver, quitter une société à la hâte.
Débarbouiller à la potasse.
Frapper au visage. — Avoir l'avantage sur son adversaire, soit dans une scène de pugilat, soit à un jeu quelconque.
Débardeur. Personnage carnavalesque à la mode en 1840.
Le costume dn débardeur mâle, comme celui du débardeur femelle, consistait en un large pantalon de toile ou de velours, serré à la taille par une ceinture, chemise bouffante, perruque et chapeau gris haute forme. Le débardeur femelle remplaçait le chapeau par le bonnet de police, et naturellement la chemise était aussi échancrce que le permettait l'indécence.
Débarquer (Se). Renoncer à.
Débaucher. Congédier. Par opposition à embaucher , — dans le jargon des typographes.
— Se débaucher, s'octroyer son congé.
Débinage. Propos malveillant.
— Fuite.
Débinance. Médisance. C'est une forme nouvelle de débinage.
Mince de débinance.
Débine. Grande misère, misère noire.
Débiner. Dire du mal. — Déprécier. Mot à mot : mettre quelqu'un ou quelque chose dans la débine, l'appauvrir moralement.
Débiner (Se). Se sauver.
Débiner (Se). S'affaiblir, se sentir malade, perdre ses for-
ces, — dans le jargon du peuple. — Se débiner des fumerons^ ne pas être solide sur ses jambes. (L. Larchey.)
Débineur. Celui qui débine.
Les amis sont des débineurs par excellence.
Débonder (Se). Sacrifier à la compagnie Lesage.
Déboucher une rue. Payer les dettes qu'on a dans une rue.
Les dettes bouchent la rue et empêchent le débiteur timide d'y passer.
Déboucler. Rendre un prisonnier à la liberté. — Ouvrir.
— Déboucler une guimbarde à coups de sorlotSf ouvrir une porte à coups de pied.
Déboulonnage. Action de déboulonner.
Déboulonner. Enlever les plaques de métal qui recouvrent la maçonnerie de certains monuments. — Le peintre Courbet voulait seulement déboulonner la colonne Vendôme. Sa pensée, paraît-il, fut mal interprétée, et la colonne fut renversée.
Déboulonner. Vendre, écouler, — dans le jargon des libraires. — Déboulonner dix mille exemplaires d'un ouvrage.
Déboulonneur. Amateur du déboulonnage, individu qui .i pris part au renversement de la Colonne. — Longtemps, sur les murs de Paris, le nom de « Courbet » fut accolé à l'épithète de « déboulonneur. »
Débourrer sa pipe. Faire ses nécessités, — dans le jargon des ouvriers.
Débouscailler. Décrotter. — Bébouscailleur, décrotteur.
Débrider. Crocheter une serrure, ouvrir. — Débrider la margoulette, manger. — Débrider les chasses, ouvrir l'œil, faire attention.
< Débridoir. Clé, — dans le jargon des voleurs.
Débris (Vieux). Homme vieux, cassé, femme vieille, cassée.
Débrouillard. Celui que rien n'embarrasse, qui sait toujours se tirer d'affaire. « Un grand garçon, ancien militaire, excuirassier de Reiscliolfen, très honnête et très débrouillard, comme on dit au régiment. »
{Figaro du 17. juillet 1877.) « Ils étaient jeunes , bien tournés, débrouillards. » (Vicomte Richard, Les Femmes des autres.)
Décadener. Retirer les menottes à un voleur.
Décalitre.
forme.
Décaniller. Partir. — <( Dé-
canillons et presto! (G. Marot, l'Enfant de la Morgue 1880.)
Décapité parlant. Imposteur.
— Petit homme à grosse tête.— Le décapité parlant est un tour d'escamotage qui consiste à présenter au public une tête numaine sur une table recouverte d'une draperie. La tête répond aux questions qu'on lui adresse. Le tour s'exécute au moyen d'un système de miroirs combinés.
Décarcassé. Sans charpente, sans solidité, en parlant d'une pièce dramatique. (L. Larchey.)
Décarcasser (Se). Se donner
Chapeau haute
beaucoup de mal; se démener.
— Se décarcasser le boisseau, se tourmenter,
Décarrade. Fuite précipitée, fuite du voleur qui a la police à ses trousses. — La grande décarradej la décarrade de la fin^ la mort.
Décarre. Acquittement.
Décarrer. Acquitter en justice. — Se sauver. — Décarrer à la batSf s'évader. — Décarrer cher, avoir fait son temps de prison.
Décartonner (Se). Vieillir; se dit principalement des femmes.
Bien des femmes sont comme certains livres qui, à force d'avoir passé de main en main, finissent par perdre le cartonnage.
Décati. Usé, vieilli, flétri, en parlant des personnes. Allusion aux étoffes décaties, c'est-à-dire qui ont perdu leur apprêt.
Décavage. Misère, ruine.
Décavé. Ruiné. Allusion aux joueurs de bouillotte décavés.
Décembraillard. Partisan du coup d'Etat du 2 décembre 1851.
Nom donné aux partisans de la dynastie napoléonienne par leurs adversaires politiques.
Déchanter. Etre désenchanté, par abréviation.
Déchard. Pauvre, misérable; celui qui est en proie à la dèche^
— dans le jargon du peuple, (c Eh bien, ces déchards-là, s'ils ne payent pas leur terme... on les fout sur le pavé sans pitié. »
(le Père Duchéne, 1879.)
Dèche. Misère momentanée. La dèche est moins forte, moins
soutenue que la débine, et surtout que la panne. — Dans une pièce militaire de Ferdinand Laloue, l'acteur chargé de donner la réplique à l'Empereur et de répondre : k Hélas! quel échec, mon Empereur! >> se troubla. Destiné aux rôles muets, il parlait pour la première fois ; son émotion fut si grande que, bredouillant, ilrépondit: « Quelle déche,mon Empereur ! » Le mot fit fortune, la presse s'en empara, et, lors de l'impression de sa pièce, Ferdinand Laloue le substitua au mot primitif.
(Rapporté par Privat-d' Anglemont, Fans-Inco7inu.)
Déchiré (Pas trop). Pas trop mal, assez gentil. — Se dit du physique d'une personne. Cette femme n'est pas trop déchirée.
Déchirer de la toile. Faire du bruit avec l'antipode de la bouche. — Tirer un feu de peloton.
Déchirer la cartouche. Manger, — dans le jargon des troupiers.
Déclaquer. Dire ce qu'on a sur le cœur.
Déclouer, Décrocher. Dégager un objet du Mont-de-Piété.
Décognoir. Nez de forte taille, — dans le jargon des typographes. Au propre, en terme de métier,on nomme « décognoir »
le morceau de bois dont on fait usage pour chasser les coins avec lesquels on serre les formes.
Décoller. Quitter un endroit où l'on se trouve depuis longtemps.
Découdre (En). Se battre à
l'arme blanche. Mot à mot : découdre la peau. Il faudra en découdre.
Découvrir saint Pierre pour couvrir saint Paul. Contracfor une dette pour en payer une autre. (Oudin, Curiosités françaises.) L'expression est encore fort de mise.
Décroche-moi ça. Fripier. — Terme générique donné à toutes les friperies dont des spécimens sont accrochés au-dessus de la porte du revendeur à la toilette :
chapeaux pour les deux sexes, souliers, bottines, habits, vestes, culottes et robes, autant de décroche-moi ça, de décrochez-moi ça.
Décrocherses cymbales. Mourir dans l'exercice des fonctions notariales, — dans le jargon des ouvriers. Les clercs de notaires et les clercs d'huissiers disent, dans une langue plus rel .vée, pour exprimer la même idée : Décrocher ses panonceaux.
Décrocher les tableaux. Pratiquer des fouilles dans l'édifice nasal.
Dedans (Mettre). Tromper.
— Emprisonner.
Dédire cher (Se). Etre à l'agonie, — dans le jargon des voleurs.
Défaits. Ce sont, en terme de libraire, les feuilles d'un livre qui ne sont pas suivies et qui servent à compléter celles qui peuvent manquer.
Défalquer. Faire ses nécessités, — dans l'ancien argot.
Défiler la parade Mourir, —
dans le jargon des troupiers.
Défourailler. Courir. — Tomber. — Sortir de prison.
Défrusquer , Défrusquiner.
Déshabiller. — Voler des vêtements.
Dégazonner (Se). Perdre ses cheveux.
Dégel. Mort. — Dégelé, cadavre. — Dégeler, mourir. — Se dégeler, se suicider.
Dégelée. Série de coups. — Flanquer une dégelée soignée.
Dégobillage. Matières rejetées hors de l'estomac. — Dégobiller, vomir. — Pratiquer sa cambrure dans un fort dégobillage escrahouillé sur le trot. Mettre le pied dans un fort dégobillage aplati sur le trottoir.
Dégommage. Perte d'emploi.
— Misère. Allusion aux timbresposte qui, faute de gomme, ne tiennent pas.
Dégommé. Usé, vieilli, flétri.
— Comme elle est dégommée. — Infortuné qui a perdu sa place.
— Préfet dégommé.
« C'est moi qui du coin d' la rue, » J'ta 1' premier trognon de laitue » A c' pouvoir qu'est dégommé. »
(L. Festeau, Le Gamin 1834.)
Dégommer. Surpasser. — Destituer.
Dégorger. Avouer. — « Il devait en jauger plus c[u'il n'avait voulu certainement en dégorger. » (L. Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau des lutteurs.)
Dégottage. Supériorité morale ou physique.
Dégottage. Trouvaille.
Dégotter. Surpasser. — Prendre la place d'un autre — Trouver. Dégotter une roue de der-
rière, trouver une pièce de cinq francs. — « D'ailleurs, l'affaire est à moi. Je l'ai dégottée et, de plus, j'ai donné le coup. »
(G. Marot, V Enfant de la Morgue.)
Dégotter (La). Faire figure, représenter. Il la dégotte mal, il a mauvaise tournure, argot du peuple.
Dégouler. Baisser, diminuer, ralentir, s'en aller. « Le travail dégoule, n — dans le jargon des ouvriers. C'est l'opposé d'abouler.
Dégoulinage. Larmes silencieuses; eau qui tombe goutte à goutte.
Dégouliner. Couler doucement goutte à goutte. Les larmes dégoulinent le long des joues. — .Dégouliner ce qu'on a sur le cœur, dire sa façon de penser, se soulager par l'aveu d'un secret. Le mot date de la fin du xviii« siècle. — (( Céline baissa la tête, alors l'autre baissa aussi la tête et une grosse larme lui dégoulina des cils. » (Huysmans, Les Sœurs Vatard.)
Dégoutation. Personnification dégoûtante. (L. Larchey.) Une dégoutation d'homme.
Dégoûté (N'être pas). Savoir apprécier, montrer du goût. — Yous aimez les jolies femmes, vous n'êtes pas dégoûté.
Dégraisser. Faire perdre de l'argent. — Dégraisser le bausse, faire perdre de l'argent au patron.
Dégraisseur. Filou, usurier,
— dans le jargon des voyous.
— Envoyer une bobine chez le dégraisscur voler une montre.
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Dégrimonner. S'agiter, se tourmenter, — dans l'argot des bourgeois. (L. Larchey.)
Dégringolade. Vol. — Dégringolade à la /lùtey vol commis par une fille publique sur la personne d'un client.
Dégringoler. Voler. Dégringoler un aminche, voler un camarade.
Dégringolé du c. de Marie la salope. Enfant de père inconnu.
Dégrouper (Se). Se retirer d'un endroit, quitter une société, — dans le jargon du peuple. Dégroupons, faut aller pioncer. — J"' vas te faif dégrouper et p'us vite que ça, vadrouilleux.
Dégueulas. Dégoûtant.
Dégueulatif. Etre, objet dégoûtant, dont la vue fait vomir., — « Vos pareils ont l'habitude vraiment dégueulative d'attendre les fdles du peuple à la sortie des ateliers. » {L'art de se conduire dans la société des pauvres bougres, 1879.)
Dégueulbite, Dégueulboche.
Dégoûtant, — dans le jargon des voyous. Dérivés de dégueulis.
Dégueulis. Matières rejetées hors de l'estomac. Mot à mot :
au delà de la gueule.
Déguismar. Déguisement. Variantes : Déguis, déguisemuche, déguisemince.
Déjeté. Homme courbé par le malheur ou la maladie, affaissé moralement ou physiquement.
Femme déjetée, femme sur le retour.
Déjeuner de soleil. Objet de peu ae durée: s'emploie surtout en parlant d'une étoile mauvais
teint. « Cest un déjeuner de soleil. »
Délirant. Charmant. « Je ne vous connaissais pas ce bracelet, Cydalise; il est délirant. » (Al. Karr, Les Femmes.)
Déluber. Commencer, débuter. C'est la dislocation de ce dernier mot.
Démantibuler (Se). Se battre, chercher à se casser un ou plusieurs membres.
Démaquiller. Décommander, défaire, renoncer à, — dans le jargon des voleurs.
Démarquage de linge. » 11
s'est adonné tout bonnement à un genre d'exercice qu'en argot du métier (de journaliste) nous appelons un démarquage delinge.
Il a taillé, coupé, rogné dans notre article sans nous citer. »
(H. de Villemessant, Figaro du 6 août 1877.)
Démarquer le linge. Se parer des plumes, non, de la plume d'un confrère en journalisme.
Démarqueur de linge. Journaliste qui s'approprie l'article d'un confrère en changeant quelquefois un peu la rédaction.
Par laconisme on dit démarqueur. « M. de P. est ce qu'on peut appeler un de nos bons démarqueurs. » (H. de Villemessant, Figaro du 6 août 1877.) — Dans une autre acception, démarqueur sert à désigner celui qui ôte les marques d'un objet dans un but de tromperie ou de vol. (Littré, Supplément au Dict.
franc.)
Démtrrer. Quitter un lieu
après une longue station. Les soiilo'iS démarrent péniblement de
chez le mastroc, les ivrognes s'en vont avec peine de chez le marciiand de vin.
Déménager. Déraisonner. « Je craignais que dans le changement de domicile sa tête n'eût ('^ménagé la première. » (E.
l'elletan, La Nouvelle Babylone.)
Demi-snpe, demi-supérieure.