I-cini-boutuille de vin de qualité supérieure, vin d'extra
Demi-stroc. Demi-setier.
Demi-vertu. Personne du sexe faible dont la vertu a subi, une fois au moins, le feu des enchères de l'amour.
Démoc-soc. Démocrate socialiste. En 1848, les démocssocs étaient ce que sont aujourd'hui les radicaux, l'épouvantail de la bourgeoisie.
Demoiselle. Bouteille. Foutre un soufflet à la demoiselle, qu'on lui en voit le derrière, vider une bouteille d'un coup en buvant à la régalade.
Demoiselles (Ces). Nom générique donné à toutes les femmes qui, de près ou de loin, touchent au métier ou à l'art de la prostitution. « Ces demoiselles ont été successivement appelées : Lorettes, Filles de marbre, Dames aux camélias, Biches, Cocottes, autant de mots que l'on chercherait en vain dans le dictionnaire de l'Académie. » (G. Claudin, Parais et V Exposition.) Le succès de la Dame aux camélias, pièce de M. A. Dumas fils, valut à ces demoiselles l'honneur d'un nouveau baptême. En souvenir de l'héroïne de la pièce — qui méritait mieux — elles furent sacrées : dames aux camélias. Le
prototype a existé sous le nom de Marie Duplessis tf Remarquablement jolie, grande, médiocrement faite, ignorante, sans esprit, mais riche d'instinct. Ex-paysanne normande, elle s'était composé une généalogie nobiliaire, et, de son autorité, rapprochait d'un nom historique son nom légèrement modifié. » (N. Roqueplan, Parisine.)
Démonétiser. Perdre quelqu'un de réputation. — Se dé~ monétiser, ne laisser à personne autre qu'à soi-même le soin de se perdre de réputation.
Démorfillage. Action de démarquer une carte, c'est-à-dire enlever les signes, traits d'ongles, points de repère que les grecs font aux cartes qu'ils veulent reconnaître. « Je vas leur z\j en coller du démorfillage. »
(A. de Gaston, Les Tricheurs,)
Démorfiller. Démarquer une carte, — dans le jargon des grecs.
Démurger. Sortir de prison.
— Démurger sans caserne, sortir de prison sans savoir où aller coucher.
Denaille "(Saint). Saint-Denis.
Dent creuse (Ne pas en avoir pour sa). Avoir très peu de chose à manger; avoir une très petite porV.on sur son assiette.
(Oudin.) li >. pilon de volaille, merci, fin .« /seulement pas pour ma dent creuse. N'a pas cessé d'être usité.
Dentelle (De la). Billets de banque. — C'est un girondin calé qu'a de la dentelle à faire péter son porte-mince,
Dents (Avoir toutes ses). Etre à l'âge de raison, à cet âge où l'on peut mordre son voisin et au besoin sa voisine.
Dents ne lui font plus mal
(Les). Il est mort depuis longtemps.
Déparler. Avoir le délire, — dans le jargon des garde-malades.
Département dubas-rein.Par-
tie de l'être humain qui a quelquefois besoin de ronds hygiéniques comme certains yeux ont besoin de lunettes. — La cible à tant de plaisanteries surannées.
Dépenser sa salive. Parler- On dit de quelqu'un de taciturne : En voilà un qui a peur de dépenser sa salive.
Dépiauter. Battre fortement.
Mot à mot : enlever la peau comme à un lapin; faute de mieux, se contenter d'enlever les vêtements.
Déplanquer. Retirer un objet caché, — dans le jargon des voleurs.
Déplanquer son faux centre.
Etre condamné sous un nom d'emprunt.
Déplumé. Sénateur. La cambuse aux déplumés, le sénat, — dans le jargon du peuple.
Déplumer (Se). Perdre ses cheveux. — Déplumé, chauve.
Déponner, Dépousser. Sacrifier à Domange, — dans l'ancien argot.
Déporter. Renvoyer, — dans le jargon des ouvi^ers. — Etre déporté j être renvoyé de l'ateher.
Déposer un kilo. Faire SCS né-
cessités, — dans le jargon des ouvriers qui disent encore, sans respect pour le suffrage universel : Déposer son bulletin^ déposer un bulletin dans l'urne.
Dépôt. Dépôt de la préfecture de police. « Dans le siècle dernier, ce dépôt (spécialement affecté aux prostituées) portait le nom de salle ou de maison Saint-Martin; il était situé rue du Verbois, au coin de la rue Saint-Martin. » (Parent-Duchatelet.) En 1785 les prostituées furent dirigées sur l'hôteJ de Brienne dit la Petite-Force. Depuis 1798 elles sont consignées au dépôt général de la préfecture de police. — On envoie au Dépôt les individus mis en état d'arrestation par ordre du commissaire de police. On les trahsporte du violon au Dépôt dans le panier à salade. Ils y restent jusqu'à ce que le juge d'instruction ait statué sur leur sort.
Dépôts & consignations (Caisse des). Lieux d'aisances, en style d'employés des grandes compagnies financières.
Dépotoir. Confessionnal, —
Dépotoir. Pot de chambre.
Dépuceleur de femmes enceintes. Fanfaron en fait de galanterie, don Juan grotesque.
De quoi (Avoir). Avoir de quoi vivre.
Dérailler. Sortir de son sujet, perdre le fil d'un discours — Dans le vocabulaire de l'amour, c'est... dame, c'est difficile à dire, quoique le sens soit le même.
Dérondiner. Payer, — dans l'ancien argot.
Déroyaliser. Renverser un souverain de son trône. Enlever à un roi la couronne de dessus la tête, et quelquefois la tête, avec la couronne.
Derrière (Enlever le). Donner
un coup de pied au derrière.
Derrière le premier (Se lever
le). Se lever de mauvaise humeur. — Etre de mauvaise humeur dès le matin.
Désargoter. Déniaiser, — s'ingénier, — dans le jargon des voleurs. — Désargoté, malin.
Descendre. Faire tomber; tuer d'un coup de fusil. — Descendre la garde, mourir.
Descendre son crayon sur la colonne. Administrer une volée de coups de canne, — dans le jargon des voyous.
Désenflaquer. Se tirer d'une situation difficile. Mot à mot : se tirer d'une flaque.
Désennuyeur. Terme réservé qu'emploient les souteneurs de filles pour se désigner. Ils désennuient ces dames.
Desentiflage. Séparation entre époux. — Etre désentifléj vivre séparé de sa femme.
Desfoux. Enorme casquette de soie, bouffante, casquette à triple étage, casquette àtroisponts, particulière aux Desgrieux de barrière. Vient du nom du fournisseur. On dit une desfoux, comme dans un autre monde, un gibus. Je viens de me fendre d'une desfoux un peu chouette, cinq tailles!
Desgenais en chambre. Mora-
liste qui entend la plaisanterie et la noce. Moraliste bon enfant.
— Allusion au type d'un des personnages des Filles de marbre. Expression un peu démodée comme la pièce. Faire son Desgênais, faire de la morale.
Desgrieux. Aimable et joli souteneur de filles, le frère aîné de M. Alphonse. En souvenir du nom du héros du roman de Manon Lescaut.
Désosse. Misère, ruine, — dans le jargon des barrières. — Jouer la désosse, être ruiné.
Désossé. Qui est sans argent,
— dans le jargon des voyous.
Os veut dire argent ; désossé, c'est donc celui qui n'a pas d'os.
Désosser. Tomber sur quelqu'un à grands coups de poing.
— Je f vas désosser.
Dessalée. Femme rusée, coquine délurée, femme sans moralité ni tenue. La dessalée était la gourgandine de nos pères. Ce n'était primitivement qu'une épithète accrochée au vocable « morue. » On disait sous Louis XV « morue dessalée » pour donner plus de force à l'injure. Aujourd'hui tout est si cher, même les mots du bas langage, que d'une injure on en a fait deux, et voilà pourquoi l'on dit iimorue » pour désigner une femme sale, repoussante, et pourquoi « dessalée » dans le sens de flUe de joie. — « Vous paraissez toutes deux assez dessalées. ii{Les Souffleurs.)
Dessaler. Noyer. Dessaler le client à la faux, noyer quelqu'un après l'avoir volé.
Dessaler (Se). Boire,— dansle
Viens -tu
jargon des voyous.
nous dessaler'?
Dessaler (Se). S'acquitter d'une avance faite, — dans le jargon des typographes. C'est mot à mot : restituer son salé.
Les avances d'argent ont reçu le nom de salé, par abréviation de salaire.
Dessaler (Se). Tomber malade, — dans le jargon des voleurs.
Allusion aux conserves qui s'amollissent lorsqu'elles perdent leur sel.
Dessinandier. Dessinateur.
Dessous (Tomber dans le troisième). Etre complètement ruiné, tomber dans la misère. — Au théâtre on entend par dessous les étages pratiqués sous la scènepour les besoins des décors. On dit d'une pièce qui a échoué qu'elle est tombée dans le troisième dessous.
Détacher un transfert, un transferrement. Détacher un solide coup de pied. « Je détache un transferrement au cab avec mon rigodon à clous. » [La Petite Lune, 1879.)
Détacher le bouchon. Aller à la selle. — Les anciens tireurs employaient cette expres.sion dans le sens de voler la bourse.
Détaffer. Remonter le moral ; donner du courage. Mot à mot:
enlever le taf, enlever la peur.
Détail (C'est un). Ce n'est rien.
Mot que le scepticisme moderne devait appliquer auxévénements les plus graves et qu'ordinairement on souligne par un .> .'/• rire. — Vous êtes en deuil? — Ma femme est morte. — C'est un détail. Un tel a fait faillite
et ruine plus de cent familles.
— C'est un détail, je n'avais pas un sou chez lui.
Détail (Faire le). Couper sa victime en morceaux d'après la méthode Billoir, — dans le jargon des voyous.
Détaroquer. Démarquer, — dans l'ancien argot des grecs; c'est, mot à mot : effacer les marques des tarots.
Dételer. Dételer le char de l'amour, pour parler la langue académique. — Se retirer des joies de ce monde, parce qu'on est vieux, infirme et désillusionné. — « A cette heure il avait dételé, mais il aimait encore la société des femmes folles de leur corps. » (E. de Concourt, La Fille Èlisa.)
Détente (Dur, dure à la). Celui, celle qui ne délie pas facilement les cordons de sa bourse.
« Leur famille est riche, mais elle est également dure à la détente, ce qui est l'expression consacrée . » ( Adrien Paul , Floueurs et Floués.)
Détourne (Vol à la). Vol qui se pratique dans l'intérieur des magasins.
Détourneur. Voleur à la détourne, (c II y a des voleurs à la détourne de trois classes : les aristos, les bourgeois et les voyous. Les premiers ne travaillent qu'en équipage et ne font que la pièce de soie, de velours, ou le cachemire des Indes ; ils ont des laquais avec des galons d'argent et des jambes torses comme les colonnes d'un lit Louis XIII. » (L. Paillet, Voleurs et Volés.)
Dette de cœur (Payer une).
Faire honneur à un engagement souscrit par le cœur au profit des sens, — dans l'argot des grandes dames. Dans le monde faubourien, où l'on n'enguirlande pas les expressions, les femmes disent: « S'exécuter à la bonne franquette. »
Deuil (Grand). Café avec cognac. — Demi-deuil, café sans cognac. (L. Larchey.)
Deuil (Il y a du). Ça marche
mal dans le ménage.
Deuil de sa blanchisseuse (Porter le). Porter du linge très sale.
Deux fois. Expression très usitée dans les régiments de cavalerie et qui équivaut à une négation. Le sous-off de garde dît : Tiens, tiens, tiens! vous avez des bretelles deux fois demi-tour sur les hanches. — J'ai planché non pas deux fois, mais une bonne. — Quelquefois cette expression s'emploie dans le sens de « plus souvent : » Veux-tu me prêter cinq ronds ? — Deux fois.
Dévidage. Promenade dans le préau d'une prison. (L. Larchey.)
Dévidage. Long discours.
Dévidage à l'estorgue. Mensonge. — Acte d'accusation.
Dévider. Parler. C'est dévider le iil d'un discours dans le langage métaphorique et précieux.
— Dévider le jars ^ parler argot.
Dévierger. Enlever la tleur de l'innocence à une jeune fille, ainsi qu'on s'exprime sous la coupole de l'Institut les jours où il n'y a pas de prix de vertu à
décerner. — C'est, en bon français, peut-être, faire une femme avant la lettre... de faire part du mariage
Dévisser. Estropier, casser un ou plusieurs membres. — « Tu veux donc te faire dévisser? » (L. Cladel, Ompdraillcs, le Tombeau des lutteurs.)
Dévisser son billard. Mourir, — dans le jargon des piliers de café. Et par abréviation : dévisser. — Que devient f Machin ? Il a dévissé.
Dévisser le coco. Tordre le cou, étrangler.
Dévisser la pétronille (Se.) Se
mettre en frais d'imagination, se creuser la cervelle, — dans le jargon des voyous.
Dévorant. Pour dévoirant, compagnon du devoir. « Terme du compagnonnage qui nous a légué une petite ménagerie assez intéressante ; il y avait le singe, le lapin, le renard de liberté, le loup, etc.. c'est assez logique d'avoir le dévorant, »
{Le Sublime.)
Dévoyé. Acquitté; renvoyé des fins de la plainte, — dans
Diable. Agent provocateur.
(Moreau-Christophe.)
Diable en prendrait les armes (Que le). Exorbitant. Dire, faire une chose étonnante, tenir un propos tellement extravagant, donner de telles preuves de courage... en paroles, que le diable, elfrayé, en prendrait les armes, s'il les entendait.
Diamant. Clou de soulier, — dans le jargon des troupiers.
Prends garde d'useï' les diamants
de tes godillots. Prends garde de trop marcher.
Diamant. Pavé. (L. Larchey.)
Dieu (Il n'y a pas de bon).
Mot à mot : il n'y a pas de bon Dieu qui puisse m'empêcher de faire ce que je veux faire.
Dieu (Manger le bon). Communier. — Mangeur, mangeuse de bon Dieu, celui, celle qui s'approche souvent de la Sainte Table.
Digue-Digue. Attaque d'épilepsie, — dans le jargon des voleurs.
Digue. Femme, dans l'ancien argot du Temple. « Vieux mot fort usité parmi les pitres et les queues rouges du xvii» siècle. »
(V. Hugo.)
Dinde. Femme sotte.
Dindonner. Duper. « Je lui ai démontré qu'il était dindonné, ce que nous appelons refait au môme. » (Balzac.)
Dindornier. Infirmier.
Dinguer. Lancer , frapper , laisser tomber, onomatopée du bruit d'un objet qui tombe à terre. — Envoyer dinguer, envoyer promener. — En terme de théâtre un objet qui dingue est un objet mal "équilibré, qui menace de tomber.
Dire quelque chose. Eveiller la sensualité, — dans le jargon des libertins. — Ne rien dire, laisser froid, indifférent. Cette femme ne me dit rien.
Dix-huit. Soulier remis à neuf avec de vieux cuirs provenant de vieux souliers. Jeu de mot sur deux fois neuf — Dans l'argot des tailleurs un dix-huit
est un vêtement retourné. — Dans le supplément à son diotionnaire français , M. Littré donne à « se mettre sur son dix-huit » le sens de « mettre ses plus beaux habits. » Je n'ai jamais entendu à Paris cette expression. M. Littré n'aurait-il pas confondu avec « ' se mettre sur son trente-et-un ? »
Doigt dans l'œil (Se fourrer
le). Se tromper. — Se fourrer le doigt dans V œil jusqu'au coude, se tromper grossièrement, s'abuser au dernier point. — Faire partie de la société du doigt dans l'œil, s'illusionner sur son propre compte.
Doigts de mort. Salsifis, -— dans le jargon du peuple. Allusion à la ressemblance entre des doigts de mort et des salsifis épluchés.
Dominos. Dents, — Jouer des dominos, manger.
Donner (S'en) . S'amuser beaucoup. — Donner du cambouis, railler, tromper.
Donner. Pour donner dans le piège; abonder, — dans le jargon des filles. — « Vous les retrouverez, si les hommes ne donnent pas , arpentant le terrain jusqu'à deux heures du matin. » (F. d'Urville, Les Ordures de Paris, 1874.)
Donner dans. Fréquenter :
Donner dans la canaille. — Avoir du goût pour : Elle donne dans le militaire.
Donner (Se la). Se battre.
Mot à mot : se donner la volée de coups.
Donner (La). Regarder, dans le jargon des voleurs. — Le
roublard la donne sur nos fioles, l'agent regarde nos physionomies.— La donne souffle mal, le regard d'un tel n'est pas franc, locution employée par les voleurs lorsqu'ils se sentent devinés soit par un agent, soit par n'importe qui. — La donner sur la croustille, n'avoir que du pain ■ à manger ; c'est-à-dire tomber sur le pain.
. Donner (La). Chanter , — dans l'argot des baiTières. C'està-dire : donner de la voix. — Entends-tu comme le yossier la donne? entends-tu comme le particulier chante ?
Donner sur le biffeton. Lire l'acte d'accusation et dévoiler les antécédents de l'accusé.
Donner de l'œil dans la perspective. Avoir l'œil au guet, — dans le jargon des truqueurs.
« En ce moment arrivent deux agents, que les associés de Michon n'avaient pas vus, bien que donnant de l'œil dans la perspective. » {Paris-Vivant , le Truqueur, 1858.)
Dormir en gendarme. Ne dormir que d'un œil.
Dos (Scier le). Ennuyer. — En avoir plein le dos, manière d'exprimer son mécontentement , lorsque quelqu'un ou quelque chose vous ennuie énormément.
Dos vert, Dos d'azur. Souteneur de filles. Allusion aux écailles vertes dun poisson sous le nom duquel les souteneurs sont généralement désignés. — « C'est aussi un dos vert de la plus belle espèce. »
(Vast-Ricouard, Le Tripot.)
Dossière. Poche assujétiedans toute la longueur du dos d'un paletot etparticulière aux voleurs à la détourne qui s'en servent comme d'une besace. — « Tous ces objets (un coupon de soie, un portefeuille, une tabatière en argent , une douzaine de mouchoirs) étaient dissimulés dans une poche pratiquée dans le dos du pardessus. » {Petit Journal du 30 juin 1880.)
Dossière. Prostituée qui gagne sa vie à genoux. Fellatrix.
Dossière de satte. Chaise.
Douanier. Absinthe. — Allusion à la couleur verte du costume des douaniers.
Doublage, Doublé. Vol; mensonge. — Monter un doublé, en imposer.
Double. Gardien-chef, — dans le jargon des prisons. Le mot est également en usage au régiment pour désigner un sergent-major. Allusion aux doubles galons.
Double-six. Poseur. Fat sans cesse occupé à étudier ses poses, à faire valoir ses avantages.
Au jeu de dominos la première pose est au joueur qui a le double-six ; d'où le surnom donné au poseur, au fat.
Doubler. Tromper; voler.
Doubler le cap. Faire un détour. On double le cap lorsqu'on prend le chemin le plus long afin d'éviter de passer devant la porte d'un créancier.
Doubleur, Doubleuse. Menteur , menteuse; voleur, voleuse.
Doublon. Répétition dumême mot ou de la mrme phrase, —
dans le jargon des typographes.
Douce. Soie, — dans le jargon des voleurs.
Douce (Aller à la). Aller doucement, se porter assez bien. — « Aline : Et mon oncle comment va-t-il? — L'homme : A la douce, à la douce. » (Jean Rousseau, Paris-Dansant.) Faire quelque chose à la douce, ne pas se presser.
Douceur (Le mettre en).
Tromper quelqu'un avec de douces paroles; voler quelqu'un en le flattant.
Douillard, Douillarde. Homme riche, femme riche.
Douille. Argent. — Bouille fraîche, argent qu'on vient de recevoir.
Douiller, Douiller du carme.
Donner de l'argent, payer, — dans le jargon des voleurs. Encore un qui ne douille pas souvent avec les aminches : faut toujours lui rincer le bec !
Douilles, Douillets. Cheveux.
La partie de la tête que recouvrent les cheveux est très sensible; d'où le mot douillet. « Y veut s' garantir les douillets. »
(Le Parfait catéchisme poissard.) — Douilles savonnés, cheveux blancs. Piger les douilles, prendre aux cheveux, tirer les cheveux.
MODERNE
Douillet, Douillette. Crin, — dans le jargon des voleurs.
Douillet, Douille-mince (Jamais). Innocent, — dans le jargon des voleurs.
Douillettes. Figues, en terme des halles.
Douleur (Papier à). Papier
timbré, protêt, congé par huissier, — dans le jargon du peuple.
Douloureuse. Dans le «pittoresque argot parisien de bas étage, la douloureuse est tout simplement la carte à payer, autrement dit Vaddition. )>(X. de Montépin, Le Fiacre n° 13.)
Dousse. Fièvre, — dans l'ancien argot.
Doussin. Plomb. Doussiner, plomber, — dans l'ancien argot.
Doux (Du). Liqaeur douce.
Un verre de doux.
Dragée. Nez, — dans lejargon des voyous. Se piquer la dragée, se griser. « Y li a foutu un va-telaver sur le mufle qui lui a escarbouillé la dragée et dévissé trois dominos. »
Dragée. Balle, — dans le jargon des troupiers. Des dragées qu'on distribue aux baptêmes de feu.
Dragiste. Ouvrier confiseur spécialement chargé de la fabrication des dragées.
Dragons (Aller voir défiler les). Jeûner forcément. A l'heure du déjeuner, les ouvriers qui n'ont ni argent ni crédit chez îe ..ifuchand de vin disent :
« Nous allons les voir défiler. »
Drague. Fonds de commerce de saltimbanque; le métier de banquiste lui-même. « Il avait pris des associés et monté une drague. » (J. Vallès.)
Dragueur. Saltimbanque.
Drapeau. Serviette, — dans le jargon des francs-maçons.
— Grand drapeau, nappe.
Drapeau. Drap de lit. Etre sous les drapeauXj être couché.
Drapeau (Etre de garde au).
« Dans le jargon pittoresque des garnisons, on a donné à cette expression une acception que les règlements militaires n'avaient point prévue. Un officier est de garde au drapeau quand il est aux arrêts. On dit aussi qu'un camarade est de garde au drapeau lorsqu'il ne paraît pas le soir à la pension, et qu'il y envoie clierclier par son ordonnance un dîner pour deux. » (Fr. de Reiiienberg, La Vie de garnison.) Dans le monde de la bourgeoisie, on dit du mari qui est obligé d'accompagner sa femme en soirée ou de rester à la maison auprès de madame, qu'il est de garde au drapeau.
Dringue. Pièce de cinq francs, — dans le jargon des voleurs.
Une dringue tarte refroidie sur le zinc du mastroc, une fausse pièce de cinq francs clouée sur ie comptoir du marchand de vin.
Drive (Etre en). Tirer une bordée, prolonger de son autorité une permission, — dans l'argot de la marine. Drive est par altération pour dérive.
Drogue. Coquine, méchante femme. — Petite drogue, petitecoureuse.
Droguer. Mendier. (1829.)
Droguer. Attendre depuis longtemps , faire le pied de grue. — Faire droguer, faire attendre.
Drogueur de la haute. Escroc qui exploite la crédulité I
publique au moyen de prétendues souscriptions financières ou patriotiques, de quêtes, de loteries, d'indulgences, de fausses eaux de Lourdes, etc., etc..
Droguiste. Escroc, filou qui exerce à domicile en cherchant à apitoyer les âmes aussi sensibles que crédules. C'est une forme nouvelle de drogueur.
Droite (Aller à, être à). Aller aux cabinets d'aisances, être aux cabinets d'aisances, — dans le jargon des employés de commerce.
Dromadaire. Femme de mauvaise vie , c'est une variante pour ne pas toujours dire : chameau.
Duce. Signes conventionnels et indicatifs que pratiquent au jeu les grecs entre eux. C'est ce qu'ils nomment encore la télégraphie. Vient de dux^ ducere conducteur, conduire. Le duce règle la conduite du grec au jeu. « Le dusse (sic) se varie à l'intlni, et les grecs qui, dans une partie, craignent d'avoir été remarqués , changent de système pour le lendemain. »
(A. Cavaillé, Les Filouteries du jeu.)
Duchêne (Passer à). Payer, — dans le jargon des barrières.
C'est-à-dire se faire arracher une dent. Duchêne est le nom d'un très populaire et très habile dentiste, le Calvin de la mâchoire. Maintenant que nous avons bouffé, faut passer à Duchêne] garçon! la craie.
Dur. Vente difficile d'un livre, — en terme de libraire. Ce n'est pas un mauvais ouvrage, mais c'est dur.
dans le jargon
Dur. Fer, —
des voleurs.
Dur. Eaii-de-vie.
Dur (Au). Travaux forcés.
Dur à cuire. Individu qui ne se laisse ni attendrir, ni intimider facilement. — Vieux dur à cuire; par allusion aux légumes secs qui ne cuisent pas facilement.
Dur (Etre dans son). Etre très assidu à l'ouvrage, être dans le feu du travail. {Argot des typographes.)
Dure. La terre. La grande
langue a l'expression « coucher sur la dure, » c'est le nuda huma cubât de Virgile.
Dure (La). Maison centrale de force et de correction.
Dure (Vol à la). Vol qui consiste à étourdir d'un coup de poing ou d'un coup de bâton celui qu'on veut dépouiller. La variante est : Vol à la rencontre. Faire le client à la dure, étourdir d'un coup de bâton un homme et le voler.
Durême. Fromage, — dans l'ancien argot.
Eau de moule. Absinthe très claire coupée avec beaucoup d'eau; elle arbore la couleur vert-clair de l'eau dans laquelle nagent les moules cuites.
Ebasir, Esbasir. Assommer.
Mot à mot : renver.-;er de la base. C'est sans doute une déformation d'aôassir, abattre, démolir, renverser.
Ecarbouiller (S'). Se sauver.
Ecarter du fusil. Lancer, en parlant une petite pluie de salive. Les brèche-dents, ceux qui zézaient, écartent ordinairement du fusil. Le synonyme est : postillonner. Jadis on disait : Ecarter la dragée.
Echalas, Echasses. Jambes longues et maigres.
Echappé de capote. Petit gommeux maigre et mal bâti, —
dans l'argot des voyous. — Au xviii^ siècle on désignait un bossu sous le sobriquet d'échappé d'Esope. — Eh! va donc, échappé de capote, avec ta gueule à chier dessus.
Echauder. Surfaire. — Etre échaudé, payer un objet au-dessus d3 sa valeur.
Echigner. Abîmer, éreinter.
— Critiquer à outrance, malmener en paroles. — « Quand un client ne tient pas à gagner sa cause, mais à echigner son adversaire, il choisit M'' Chaixd'Est Ange ou Me Léon Duval. »
{Paris- Avocat.) — S' echigner, s'excéder de fatigue.
Echigneur, Echineur. Critique acerbe. — « Comme avocat éreinteur et echigneur M'^ Hébert dame le pion h ces deux athlè-
tes du pugilat judiciaire. »
{Paris- Avocat, 1854.)
Echoppe. Atelier, — dans le jargon des ouvriers.
Eclairage. L'argent qu'on étale sur le tapis pour alimenter une partie s'appelle V éclairage.
— Les Joueurs appellent éclairage au gaz l'apparition devant un joueur d'unetrè.^ forte somme d'argent. Donnez-vous le coiq^?
Oui, mais où est l'éclairage.
Eclairer. Mettre l'argent sur le tapis, — dans le jargon des joueurs. — Payer d'avance, — dans le jargon des filles.
Eclaireur. Compère du gfrtc, chargé de dénicher des dupes.
On le nomme également pistcnr.
La première des conditions pour faire un bon éclair cur et pour gagner des appointements convenables, c'est d'avoir de belles connaissances dans le monde.
Eclaireurs. Seins fiers comme Artaban qui font saillie sur le corsage, — dans le jargon des voyous. En v'ià une paire d'éclaireurs solides au poste.
Ecluses (Lâcher les). Pleurer.
— Uriner.
Ecopage. Choc, coup léger.
Ecopage. Réprimande.
Ecopage. Petit profit. — Art d'arriver dans une maison à l'heure des repas et de s'y faire inviter.
Ecoper. Boire, — dans le jargon des typographes.
Ecoper. Recevoir. — Recevoir un coup, se heurter. — « On se rencontre dans la rue, on se saute dessus, on se tape,
il y en a un qui écope. » (A.
Bouvier, Mademoiselle Beau-Sourire, i880.)
Ecopeur. Fine mouche qui arrive chez les autres h l'heure du dîner. Le véritable écopear, sans jamais rien demander, ne sort jamais d'une maison sans avoir retiré un petit profit de sa visite. Il a un tlair particulier pour arriver aux bons moments.
Uécopeur porte un coup à ceux qu'il va voir et l'on n'ose pas reconduire.
Ecorcher. Faire payer un objet deux ou trois fois sa valeur; c'est la qualité dominante chez la plupart des boutiquiers de Paris dont les boutiques sont placées, sans doute, sous le patronage de saint Barthélémy.
Ecornage (Vol à 1'). Vol au
boulon. Ce vol consiste à s'approprier, au moyen d'un fil de fer passé par le trou du boulon, des objets renfermés dans une montre ou en étalage. (L. Paillet.) Le même résultat s'obtient encore en pratiquant, à l'aide d'un diamant, une ouverture dans l'angle inférieur d'une vitre de magasin. (L. Larchey.)
Ecorné. Accusé qui comparaît devant le tribunal. L'accusé semble déjà être en mauvais état.
Ecorner. Injurier; du vieux mot français escharnier, moquer, railler.
Ecorner. Fracturer. — Ecorner un boucard, fracturer une boutique.
Ecorneur. Avocat chargé de soutenir l'accusation.
Ecornifler, Ecornifler à la
passe. Tuer. « J'aperçois un garde royal qui ajustait d'une lenfîlre La Platine, j' le lorgne, pan ! à bas, il fait la culbute ; c'était le douzième depuis mardi que j'écorniflais. » [Les farces et les bamboches populaires de May eux, 1831.) — Lui, il a trouvé le moyen à'écornifler à la passe sept personnes. (Jean Richepin, Les Morts bizarres.)
Ecosseur. Employé chargé d'ouvrir les lettres dans une administration.
Ecot (Paysr son). « Dans un
pas de trois, la danseuse qui exécute son solo paye son écot. »
(J. Dutlot, Les Secrets des coulisses^ 1865.)
Ecoute (Je t'). Oui, — dans le jargon des troupiers.
Ecoute s'il pleut. Expression dont les ouvriers se servent à l'atelier pour essayer de faire taire un bavard. On espère qu'il ne pourra pas écouter et parler à la fois.
Ecraser un grain. Boire un verre de vin, quelquefois la bouteille. — « Viens-l'en plutôt écraser un grain avec moi. »
(Huysmans, Marthe, 1879.)
Ecraser des tomates. Avoir ses menstrues. Et la variante :
Faille la sauce tomate.
Ecrevisse. Cardinal, à ce que dit M. Fr. Michel, dans son dictionnaire de l'argot comparé.
C'est une aimable plaisanterie à laquelle il se sera laissé prendre, sans songer que ce cardinal-là descend en ligne directe du « cardinal des mers », dont a parlé Jules Janin et dont a tant ri Nestor Roqucplan.
Ecrevisse de boulanger. Cafard.
Ecrevisse de rempart. Fantassin, — dans le jargon des soldats de cavalerie.
Ecrevisse dans la tourte (Avoir une). Dire, faire des extravagances .
Ecume. Etain, — dans le jargon des voleurs.
Ecurer le chaudron. Faire des aveux ; se confesser.
Ecumoire. Visage ravagé par la petite vérole.
Ecureuil. Pauvre diable qui faisait tourner une roue dans un atelier de mécanicien, moyennant une haute paye de six sous par heure. — Les machines à vapem% en se propageant, ont porté le coup de la mort à l'écureuil, devenu aujourd'hui un objet de curiosité.
Edredon (Faire 1'). Dépouiller un étranger, — dans le jargon des filles.
Edredon de troispieds. Paille.
Effacer. Faire disparaître en absorbant. — On efface un plat, on efface une bouteille, en ne rien laissant du plat, en buvant la bouteille jusqu'à la dernière goutte.
Effaroucher. Chiper; par altération du vieux verlîe français frogier, frouger, profiter, gagner. — « Qu'est-ce qu'a effarouché ma veste? » (H. Monnier. Scènes populaires.)
Effets de poche. Faire sonner son argent, le compter en public, sortir deux cents francs en or pour acheter un cigare d'un
sou, tout cela : eîTcLs de poche.
— C'est un des plus sûrs moyens de se faire voler. — Les jours de paye les ouvriers font volontiers des effets de 'poche. Celui qui n'est pas habitué à avoir de l'argent se livre généralement k des effets de poche.
Effets de biceps. Exhibition de force musculaire. (L. Larchey.)
Egayer. Sifller, — dans le jargon des acteurs. — Egayer l'ours, siffler la pièce.
« De la rampe la lumière » Eclaire un drame inédit :
» On l'égaie, à la première ; » La claque seule applaudit. »
(E. de La BédoUière. Dîners de Vanc.
cercle.)
Egnaffer. Surprendre, éblouir, émerveiller. — Etreégnaffé, être émerveillé. C'e.st le successeur direct à' épater ^ — dans le jargon des ouvriers.
Egnolant. Ennuyant, — dans le jargon des voyous. Dans celui des ouvriers, il a plutôt le sens d'étonnant, d'extraordinaire.
Egnoler. Ennuyer, — dans le jargon des voyous ; mot à mot :
rendre gnole. YHà une heure que le client m'égnole, fen ai ma claque, je calète, voilà une heure que cet individu m'ennuie, j'en ai assez, je file.
Egout (Prima dona de 1').
Chanteuse de chansons orduriôres dans les cafés-concerts.
{Le Sublime.)
Egout (Tierce à 1'). Tierce basse, tierce au neuf, au jeu de piquet.
Egrugeoir. Chaire à prêcher,
— dans le jargon du peuple.
« Lorsque dans son egrugeoir, » Ce champion de l'éleignoir » Fait à la foule béante, » Des histoires de servante. »
(L. Fesicau, Les Anes.)
Egyptien. Mauvais acteur ;pai allusion à la troupe du Khédive.
Mot à mot : acteur retour d'Egypte, — dans le jargon du Ûiéâtre.
Elastique. Qui sait se prêter aux circonstances, qui sait faire des concessions à propos. « N'estce pas, cher directeur, que nous sommes plus élastiques que ça?»
(J. de Concourt.)
Eléments. Cartes préparées en vue d'une passe ; mot à mot:
éléments de gain, — dans l'argot des grecs. Dans le monde des joueurs le mot : « éléments »
désigne des ponteurs capables d'alimenter une partie. Faisonsnous un petit bac ? — Il n'y a pas d'éléments.
Elève-martyr. Elève-brigadier, — dans le jargon des régiments de cavarerie.
Elixir de hussard. Ëau-devie.
Emballer. Terminer promptemeht. — L'ouvrage est emballé.
Emballer. Mettre en prison.
— Emballez-moi ce particulier.
Emballer (S'). S'emporter, se fâcher. On dit d'un cheval qui s'emporte, qu'il « s'emballe » ; d'où s'emballer en parlant des personnes.
Emballeur. Agent de police.
Emballeur de refroidis. Porteur des pompes funèbres, vulgo « croque-mort ».
Embauder. Violenter, prendre de force, — dans le jargon des voleurs.
Emberlificoter. Entortiller , embrouiller, embarrasser. Avec
tous vos raisonnements, vous cherchez à m' emberlificoter y vous.
{Jargon des bourgeois.)
Embêter (Ne pas s'). Ne pas être g-auche, emprunté; savoir tirer parti de tout.
Embêter. (Ne pas se laisser).
Ne se laisser ni influencer, ni intimider.
Emblémer
Emblèmes
songes!
Emboîter.
de poing, —
barrières.
biner un vol. C'est la variante de nourrir un poupard.
Emmaillotteur. Tailleur.
Emmanché. C'est l'équivalent d'empoté, de maladroit, — dans le jargon du peuple. Une bouge pas plus qu'une lame emmanchée. C'est un emmanché. — Espèce d'emmanché, remue-toi doncl
Emmargouillis. Propos malhonnêtes , orduriers. « Aussi fallait voir comme on s'en payait des tartines et des potins, et des calomnies et des emmargouillis, contre cette loterie de malheur ! » [Le Titi, 1879.)
Emmener. Dénoncer. Des tronches à la manque à emmener le travailleur. De sales physionomies capables de dénoncer le voleur.
Tromper.
(Des)I Des
men-
Donner un coup dans le jargon des
Emboîter. Constituer le point de dix ou de vingt, au moyen d'une carte tirée, — dans le jargon des joueurs de baccarat.
— Exemple ; un sept sur un trois, un huit sur un dix et un deux. Etre emboîté, avoir pris au tirage une carte qui constitue le point de dix ou de vingt, c'est-à-dire baccarat , zéro, le plus mauvais point.
Emboîter. Gagner les bonnes grâces de quelqu'un, l'engager à faire quelque chose en votre faveur, — dans le jargon du régiment. Y a pas moyen de f emboîter pour t'en faire payer pour deux sous.
Emboucaner. Sentir mauvais.
Embrouillarder (S'). Sentir les premières vapeurs alcooliques monter au cerveau.
Eméché (Être). Eprouver les premiers eliéts de l'ivresse.
Emigré de Gomorrbe. Homme dépravé comme on l'était à Gomorrbe, aux temps bibliques.
Emmaillotter un môme. Com-
Emmerdement. Ennui extrême. C'est le spleen des Français. — Emmerdement sur toute la ligne, le nec plus ultra de l'ennui.
Emmerder. Ennuyer à l'excès. — Mépriser au dernier point. — Injure que le peuple a sans cesse à la bouche.
Emmieller. C'est le mot précédent adouci. Cela se prononce : Em... m... m... ieller, en appuyant fortement sur les m, afin qu'il n'y ait pas de doute possible sur le sentiment exprimé. La variante est : Em... mener à la campagne.
Emos. Emotion.
Empaffe. Drap de ht, — dans
l'ancien argot.
Empaffer. Griser; c'est un dérivé de paf.
Empaillé. Homme gauche.
Empêcheur de danser en rond .
Importun ; celui qui vient, mal à propos, se mêler à une conversation, troubler une réunion intime. — Allusion à la défense faite, — sous la Restauration, par les curés de campagne, — de danser en plein air.
Empereur. Vieux soulier. Les empereurs sont des souliers lamentables achetés chez un savetier, près des Halles, surnommé « le père l'Empereur » par MM. les chiffonniers, dont il est le fournisseur ordinaire. Chez le père l'Empereur, les sous valent des francs. Ainsi, quand un client demande le prix d'une paire de souliers et que le père l'Empereur répond : douze francs, le client donne douze sous sans hésiter.
Empétarder. En user comme Jupiter envers Ganymède, comme Phœbus contre Hyacinthe, Achille sur Briséïs , Pompée sur Julie.
Empiffrage. Gloutonnerie.
Empiffrer (S'). Mettre les bouchées doubles. C'est faire passer les bouchées sous le pif, avec autant de promptitude qu'un prestidigitateur fait passer la muscade.
Emplanquer. Arriver, — dans
le jargon des voleurs.
Emplâtre. Empreinte à lacire.
Emplâtre. Portée de cartes dont se servent les tricheurs.
Faire un emplâtre ou placard, placer une série de cartes dans un ordre déterminé. Les grecs cachent l'emplâtre dans une tabatière à double fond, sous l'aisselle. Aulansquenetet au baccarat, choisissant le moment pro-
pice, le tricheur place adroitement Vemplâtre sur le pacjuet de cartes qu'il tient ostensiblement à la main. Il faut se méfier d'un individu qui tire de sa poche. soit son mouchoir, soit sa tabatière ou tout autre objet en gardant les cartes à la main.
Il faut surveiller également celui qui, ayant posé les cartes sur le tapis, les couvre un instant avec une tabatière. Il y a cent à parier contre un que la tabatière est à double fond. Le double fond recèle un emplâtre que la pression du doigt fera descendre sur le paquet de cartes.
Emplâtre de Thapsia. Cravate à plastron ; cravate de cocher piquée avec l'épingle en fer à cheval et adoptée par les sportsmen, moins l'épingle.
Empoigner. Critiquer sans mesure. — Se moquer à haute voix d'un acteur en scène.
Empoigner. Charmer,séduire, émouvoir. — Une scène, un roman qui vous empoigne.
Empoisonneur. Nom d'amitié donné par les ivrognes au marchand de vin. — Débitant de vins et liqueurs de qualité très inférieure. — (?argotier dont la cuisine ne laisse rien à désirer sous le double rapport de la malpropreté et de l'exécrable.
Emporter le morceau. Dire une méchanceté d'une grande portée. Mot à mot : mordre si fort que le morceau reste après les dents. C'est le : emporter le nez à belles dents, du xvii« siècle,- Bien avant, Plante avait dit :
Os nu denasavit mordicus.
Emporter la gueule. Mettre la houche en feu. Un mets trop épicé ou une liqueur trop forte vous emporte la gueule.
Emporteur. Filou (jui vit au détriment des magasins. Après avoirfait un achat d'importance, V emporteur se fait accompagner par un garçon de magasin, qu'il doit payer à domicile. Une fois en route, sous un prétexte quelconque, il écarte le garçon en ayant eu la précaution de se faire remettre la marchandise.
Les hôtels garnis, les passages, les maisons à deux issues, favorisent beaucoup le jeu de l'emporteur.
Emporteur à la côtelette. Escroc qui fréquente les cafés pour y faire des dupes en proposant des parties de cartes. Il gagne d'abord une consommation, ensuite le déjeuner, et, de partie en partie, de revanche en revanche, il arrive au dépouillement complet de sa victime.
Empousteur. Autre variété de filou. Celui-là sait allécher les entrepositaires par des dépôts de marchandises, qu'achètent très avantageusement des compères. Lorsqu'il a gagné la confiance des entrepositaires, V empomteur fait de forts dépôts qui mi sont, en partie, payés comptant. Le tour est joué : la marchandise est invendable.
« Un empousteur poussa l'audace jusqu'à vendre à plusieurs marchands • de la rue Saint-Denis plus de mille douzaines de fauxcols en papier et de voilettes en papier dentelle. » (L. Paillet, Voleurs et volés.)
Emposeur. Pédéraste, — dans Tancien argot.
Emprunter un pain sur la fournée. Prendre un acompte sur le mariage. Expression très usitée au xvine siècle.» Qui peutêtre, comme l'on dit, avez emprunté quelques pains sur la fournée. » {Pièces comiques.)
Emu, légèrement ému. Celui que le vin rend tendre et larmoyant.
Enc... par corvée. Bête brute, conscrit stupide, -— dans le jargon du régiment, où cette expression ordurière se dit sans malice, sans comporter aucune idée obscène.
Encarade. Entrée. Lourde d'encarade, porte d'entrée, ou encarade tout court.
Encarrer. Entrer. Encarrer à la taule, entrer à la maison.
Enceintrer. Rendre une femme enceinte; forme moderne denceinturer, usité au xvme siècle.
Encible. Ensemble.
Encloué. Mou, sans énergie.
— Individu qui a des passions contre nature.
Encrotter. Enterrer, — dans le jargon des journaux ennemis de l'enterrement civil.
Endormeur. Voleur au narcotique. — L'endormeur attire sa victime chez un marchand de vin, la fait boire, lui verse un narcotique et la dépouille.
• Endormi. Juge. (F. Michel.)
Endormir du coup. Tuer, assommer.
Endosse. Epaule. — Raboter l'endosse, porter, des coups dans le dos.
Endroit. Restaurant, — dans le jargon des employés du commerce de la nouveauté en gros. Mot à mot : endroit où l'on va prendre ses repas, endroit d'où l'on fait venir un plat.
J'ai envoyé chercher à l'endroit une portion de tripes.
Endurer. Tenir la rame immobile, — dans le jargon des canotiers de la scène.
Enfant de chœur. Demi-setier de vin rouge; par allusion à la robe rouge des enfants de chœur.
« Un pauvre bougre qui pouvait à peine se mettre un enfant de chœur sur la conscience pourra boire, etc. » (Le Père Duchène.)
Enfant de chœur. Pain de sucre, — dans l'ancien argot.
Enfant de chœur de guillotine. Gendarme, — dans l'argot des voleurs.
Enfant de giberne. Enfant de troupe, — dans le jargon du régiment.
Enfant de la balle. Celui qui a appris et qui exerce le même métier que son père. L'expression est particulièrement répandue dans le monde des coulisses.
Enfant (Décrocher un, faire couler un). Déterminer un avortement , — dans le jargon du peuple. « Oui, oui, t'as décroché un enfant à la fruitière. » (E.
Zola, ï Assommoir.)
Enfer (D'). Enorme. Un appétit d'enfer, un courage d'enfer.
Enfer. Sous-sol d'une imprimerie. C'est l'endroit où se cliché et se tire le journal. Il y tait aussi chaud qu'il doit faire en eul'er.
Enfigneur. Emigré de Gomorrhe, — dans le jargon des voleurs.
Enfilage. Pertes successives au jeu. — Celui qui court après son argent risque Venfilage.
Enfilage. Arrestation en flagrant déUt. — Avoir écopé à l'enfilage. Enfilé, pris en flagrant délit de vol. Enfilé par les roublards au moment de dégraisser une bobine en jonc. Se faire enfler, être arrêté. Pas d' chance, vlà trois fois c'tte année que je m' fais enfiler.
Enfiler (S'). Perdre successivement plusieurs coups de cartes. — S'être enfilé, avoir beaucoup perdu dans une partie, dans une soirée. « Ce qui ne l'avait pas empêché quelques minutes auparavant, de jouer contre Servet, et de se faire enfiler. )) (Vast-Ricouard, Le Tripot.)
Enfiler des briques (S"). Jeûner, contraint et forcé, — dans le jargon du peuple. ^
Enfiler des perles. Travailler avec nonchalance.
Enfileur. Joueur qui profite de sa veine pour pousser son adversaire à jouer contre lui, pour Venfiler.
Enflacquer. Emprisonner.
Enflaneller (S'). Absorber une boisson chaude. Mot à mot :
une boisson qui remplace le gilet de flanelle. « Une nuit de mardi gras, je m'assis à une table, — dans la galerie en face de l'orchestre, — sur laquelle le Temps et Cybéle venaient de s' enflaneller de deux grogs amé-
ricains. »
masqué.)
(P. Mahalin, Au Bal
Enflée. Vessie, — dans le jargon des voleurs.
Enflé (Ohé ! L') ! Apostrophe voyoucrati(jue à l'usage des quidams qui prennent de grands airs, qui font les orgueilleux, que l'orgueil enfle.
Enfoncer. Tromper. « Papa vous a bien enfoncé dans l'affaire des suifs. » (Gavarni.) — Surpasser, être supérieur à. « Une telle imitation du vent enfonce cruellement les fameuses gammes chromatiques de la Pastorale de Beethoven. » (H. Berlioz, Les Grotesques de la musique.)
Enfonceur. Faiseur. (Vidocq.)
— Critique violent. — Enfonceur de portes ouvertes. Celui qui fait plus de bruit que ''ô besogne.
— Homme qui cherche à faire croire qu'il a inauguré les faveurs d'une femme, et qui, en réalité, n'a été admis que bien longtemps après l'inauguration.
Enfourailler. Arrêter, — dans le jargon des voleurs.
Enfrimer. Regarder quelqu'un de très près.
Enganter. Prendre, voler; du provençal aganter, attraper, saisir.
Engraissé à lécher les murs (Ne s'être pas). Se dit d'une personne qui étale un de ces visages rubiconds et prospères dénotant le bien-être et les douceurs de l'existence. — La variante est : N'être pas gras d'avoir léché les murs.
Engueulage, Engueulade. Série d'injures débitées en criant.
Quelque chose de plus fort que Venquriilrment, Dans Vengueulement, au milieu d'une ondée
d'invectives, il peut se rencontrer quelques saillies, quelques moLsheureux. BansV engueulo.ge, c'est la grossièreté pure qui fait tous les frais de la conversation criée.
Engueulement. Avalanche d'mjures. Langage particulier aux dames des halles du temps jadis. Les bals masqués sont des écoles à! engueulement.
Engueuler. Crier des injures.
— '^'engueuler, se battre à coups de gros mots. Sous prétexte de polémique, certains journalistes ne font que s'engueuler.
Engueuleur. Individu qui a un goût particulier pour Vengueulage. — Journaliste qui pratique la polémique à l'emportepièce et à l'eau-forte.
Enlevé. Réussi : Article de journal enlevé. — Vivement fait:
Ouvrage enlevé. — Vivement mené, — dit avec entrain : Une scène enlevée. — S'enlever, s'emporter. — S'enlever cher, être tourmenté par la faim, — dans le jargon des voleurs.
Enlevé (Etre). Plaire beaucoup au public, — dans le jargon du théâtre. — « (Les bravos redoublent.) Il paraît qu'il est enlevé. » {Musée Philipon, Théà' tre de Bourg-en-Bresse.)
Enquiller. Caser, pourvoir d'une place. — Cacher entre ses cuisses un objet volé. Enquiller une thune de camelotte, cacher sous ses jupons une pièce d'étoffe. — Arriver, entrer. « Faut espérer que le démoc enquillera. » {La Patrie, du 2 mars d852.)
Enquiquiner. Ennuyer, aga-
cer, porter sur le système nerveux.
Enrayer. Renoncer aux amours et même à l'amour.
Enrhumer. Ennuyer, — dans l'ancien argot.
Ensecreter. Introduire dans un joujou le mécanisme qui le fait mouvoir.
Enterrement. Bout de charcuterie, tranche de gras-double, rogaton quelconque interné diins un morceau de pain. C'est le déjeuner de bien des pauvres gens. On voit beaucoup d'enterrements dans le quartier des halles à l'heure de midi, alors que l'oreille de morue crépite dans la poêle et que la moule nage dans un bain gris-verdâtre.
Enterrement. Ouvrage abîmé par un apprenti ou par un ouvrier, — dans le jargon des cordonniers.
Enterrement. Petite supercherie pratiquée par les soldats de cavalerie, laquelle consiste à cacher le crottin sous la paille, au lieu de le ramasser dans la vanette et de le porter au fumier. Ça s*est-y bien tiréj ta garde d'écurie ? — Ma foi, tu sais, avec des enterrements.
Enterrement de première classe. Critique empreinte d'un faux attendrissement. Elle procure en moyenne cent cinquante lignes de copie à son auteur et le plaisir de conduire une œuvre — le plus souvent l'œuvre d'un ami — à sa dernière demeure, l'oubli éternel.
Entière. Lentille. — dans l'ancien argot.
Entonner. Boire. Entonner comme un chantre, boire énormément.
Entonnoir. Gosier de puissante envergure. Entonnoir en zinc, palais habitué aux liqueurs fortes.
Entortillé. Maladroit. (L. Lar-
chey.)
Entortillé. Polisson qui fait, comme il peut, concurrence aux femmes galantes.
Entraîner (S'). Faire de l'exercice pour combattre l'obésité naissante. Terme emprunté à l'argot du sport. — « Ah çà !
mais dis donc, mon gaillard, tu t'arrondis. — Oui... j'ai besoin de m'entraîner un peu. » (V.
Sardou, Daniel Rochat, ac. 1.
se. II.)
Entravage. Idée, intelligence, compréhension.
Entraver. Parler, comprendre, — dans le jargon des voleurs. — Entraver le jars, parler argot.
Entraverse. Aux travaux forcés à perpétuité.
Entrechater. Battre des entrechats, en terme de chorégraphie.
Entrecôte delingère. Morceau de fromage de Brie.
Entrée des artistes. Le derrière. — La porte des artistes a généralement son entrée sur les derrières du théâtre.
Entrée (Faire 1'). Applaudir un acteur à son entrée en scène.
Ce sont les claqueurs qui fout
l'entrée. « Auguste a fait pendant quinze ans Ventrée de mademoiselle Lise Noblet. » (Gh.
de Boigne.)
Entrelardé (Un). Un morceau de bœuf maigre avec un peu de gras. (L. Larchey.) On dit de même un maigre et un gras, — dans l'argot des bouillons et des crémeries. {Id.)
Entremetier. Celui qui fait les entremets froids, chauds ou sucrés, — dans le jargon des pâtissiers.
Entrer aux Quinze-Vingts.
Aller se coucher, fermer les yeux.
Entre-sort. « On appelle ainsi dans le monde des saltimbanques, le théâtre en toile ou en Slanche, voiture ou baraque, ans laquelle se tiennent les monstres, veaux ou hommes, brebis ou femmes; le mot est caractéristique, le public monte, le phénomène se lève, bêle ou parle, mugit ou râle. On entre, on sort, voilà. » (J. Vallès.)
Entripaillé. Homme doué d'un ventre poussé à la dernière puissance.
Envoyer. Pour envoyer le mot, la phrase à l'acteur. C'est le rôle du souffleur. Un souffleur qui envoie bien est précieux.
Envoyer. Dire, répondre, lancer la répli(jue. C'est rien envoyé 1 c'est bien répondu.
Epargneur. Celui qui pratique répargne d'une manière intelligente. — « Nous sommes un peuple de paysans, un peuple d'épargneurs. » (Gambetta. Bis-
cours prononcé au Cercle national, 24 mai 1878.)
Epatant. Etonnant. Chic épatant. — Chance épatante. — Nouvelle épatante. — Binette épatante.
Epate. Embarras, manières.
— Faire son épate, ses épates, des épates, se donner des airs importants. Les mots épater, épates et leurs dérivés viennent de épenter, qui, au xvin^ siècle, avait le sens de : intimider. L'epateur cherche à intimider son public en l'étonnant.
Epatement. Stupéfaction.
Etonnement prolongé.
Epater. Etonner profondément. La prétention des artistes en 1830 était d'épater les bourgeois.
Epateur, Epateuse. Faiseur d'embarras. Celui, celle qui cherche à produire de l'effet, soit par sa mise, soit par ses paroles, soit par ses actions.
Epée de savoyard. Coup de poing.
Epicemar. Epicier. C'était autrefois : épice-vinette.
Epicier. Nom que donnent leâ collégiens à ceux de leurs camarades qui se destinent au commerce. — « A l'élève bifurqué se rattache V épicier ou epicemar, élève de français. »
[Les Institutions de Paris, 1858.)
Epiler la pêche (Se faire). Se
faire raser, — dans le jargon des ouvriers.
Epinards (Aller aux). Recevoir ses émoluments en qualité de souteneur d'une fille publique
Epinards (Plat d'). Bouse de vache rencontrée en plein champ; c'est un beau sujet d'étude pour un peintre réaliste,
Epinards (Plat d'). Paysage d'uii vert trop cru, — dans le jargon des peintres.
Epinards (Graine d'). Epaulette d'officier supérieur.
Epitonner (S'). Avoir du chagrin. — Les variantes sont : Se faire viocque, se faire antique.
Eponge. Maîtresse d'un souteneur. — « Mais, pardon, tiens, que je te fasse voir mon éponge,
Î)oursuivit-il, en tirant à lui Céine. » (Huysmans, Les Sœurs Va tard.)
Eponge à mercure. Prostituée
malsaine. {Le nouveau Vadé.) Innombrables sont les variantes usitées au xvin« siècle et au •commencement du xix», dont rcertaines ont survécu. En voici quelques échantillons : Bouteille à poissoHy donneuse de nouvelles à la main^ matelas d'invalide, magneuse de tuyaux de pipe, voirie ambulante, coffre à graillon, remède d'amour, volaille ressucée, gibier à bistouri, pot cassé d'onguent gris, porteuse de viande pourrie , asticot d*équarrisseur, mangeuse d'étrons sans fourchette, reliquat de fistule gangrenée.
Epoques. Menstrues, — dans le jargon des bourgeoises.
Epouse. Lafemelle de l'époux.
Quand les femmes de ménage, les ouvrières et les fournisseurs parlent à l'amant de la femme avec laquelle il vit, ils disent :
« Votre épouse ». Entre eux,
c'est la chipie du quatrième ou du cinquième, la grue ou le crampon, suivant les qualités dominantes de l'épouse.
Epouser la fourcandière. Jeter un objet volé quand on est poursuivi, — dans l'ancien argot.
Epoux. Celui qui vit maritalement avec une femme à demientretenue. — Les maîtresses de piano à deux francs le cachet, les demoiselles de magasin qui ont été à l'école jusqu'à douze ans, les anciennes élèves de Saint-Denis, les petites bourgeoises séparées de leurs maris pour cause d'adultère, disent généralement « mon époux » en parlant de leurs amants.
Equerre. Jambe. « Numéro un, je vous réitère que votre équerre est trop ouvert. » (Randon. Croquis militaires.)
Ereintement. Critique à fond de train.
Ereinter. Critiquer fortement, maltraiter.
Ereinteur. Critique grincheux et sans aucune espèce de ménagements.
Ergot (Se fendre F). Prendre la fuite; et, par abréviation, se le fendre.
Ernest. Nom de baptême que les journalistes ont donné à l'émanation ministérielle dite « communiqué », cette seule et unique signature que l'administration juge à propos de mettre au bas des notes rectificatives qu'elle adresse aux journaux, dans l'intérêt de la vérité, et que les journaux sont tenus d'insé-
rer en tête de leur première
f)age, toujours dans l'intérêt de a vérité. Pour donner un peu de vitalité à ce nom de « communiqué » aussi sec que la prose officielle, on a imaginé de lui adjoindre le doux prénom d'Ernest.
Es. Escroc, — dans l'ancien argot; le mot sert aujourd'hui à désigner un tricheur, vulgo grec.
Esbalonner (S*). S'évader. (L.
Larchey.)
Esbattre dans la tigne (S').
Chercher à voler dans la foule.
(Fr. Michel.)
Esbigner (S'). Se sauver. Celui qui s'esbigne, se sauve pour ne pas rendre un service, ou pour ne pas être reconnu.
Esbigner, Esbignonner. Voler, faire disparaître un objet, — dans le jargon du peuple. C'està-dire faire partir un objet. — « Laronneux, n'crois pas m'esbignonner mon maquereau. »
{Le Nouveau Vadé.) — Esbigner un porte morningue dans la profonde d'un girondin.
Esblinder. Etonner, stupéfier,
— dans le jargon des ouvriers.
— « Inutile de faire le savant pour esblinder le prolétaire. » {L*art de se conduire dans la société des pauvres bougres.)
Esbroufe (Vol à 1'). Vol à la bousculade. — Dans la rue, quelqu'un vousheurte fortement et disparaît avec votre montre ou votre porte-monnaie; vous êtes volé à l'esbroufe. Le vol à V esbroufe est une variété du vol à la tire.
Esbroofenr. Voleur à l'es- voyous
broufe. L'esbroufeur exploite de préférence les abords de la Banque de France et des grandes compagnies financières.
Quand on vient de toucher de l'argent dans ces parages, il est prudent de se boutonner, de serrer les coudes et de tenir le milieu de la chaussée. Le garçon de recette est le rêve de Vesbroufeur.
Esbrouffe. Embarras, jactance. Faire de Vesbrouffe, des esbrouffeSj son esbrouffe, faire des es, faire des embarras. « Ce Prussien était donc là, le nez en l'air, lorgnant les bombes lumineuses et faisant son esbrouffe. » (E. de La Bédollière.)
Esbrouffer. Faire des embarras. -— Chercher à étonner, à éclipser. Esbrouffer son monde.
Esbrouffeur, Esbrouffeuse.
Faiseur, faiseuse d'embarras.
Escaffe. Coup de pied au derrière. — , Escaffer, donner du pied au derrière.
Escaffignon, Esclot. Soulier, — dans le jargon des chiffonniers, qui disent aussi gant, et gant de pied.
Escaner. Oter, — dans l'ancien argot.
Escanne (A 1'). Fuyons. (Fr.
Michel.)
Escarcher, Escracher. Regarder, — dans l'ancien argot.
Escare. Contre-temps. — ES' carer, empêcher.
Escargot. Vagabond. — Lampion, — dans l'ancien argot.
Escargo* de trottoir. Sergent idr» Aille, -- dans le jargon des
Escarpe. Voleur doublé d'un assassin qui travaille en plein air et va en ville. — Nom générique de tous ceux qui assassinent pour voler. Les variantes sont : Escape^ escapouche, escapouchon, mais escarpe est plus classique.
Escarper. Assassiner pour voler. D'escharpsTf mettre en pièces.
Escarpin de Limousin. Sabot.
Escarpin renifleur. Soulier qui prend l'eau; et la variante :
Qadins qui renâclent.
Escoffier. Tuer au moyen d'une arme à feu.
Escrache. Papiers; passe-port.
— Escrache tarte, escrache à Vestorgiie, faux passe-port. — Escracher, exhiber son passe-port ; montrer ses papiers.
Escrabouiller, Escarbouiller.
Ecraser; aplatir.
« Imbibé de petits verres » Je porte une botte aux grands ; M Quand je suis entre deux bières, » J'escaroouille les tyrans ! ! »
(L. Festeau, VEmeutier.)
Escrime. Employé aux écritures, — dans le jargon du régiment. C'est une déformation du mot scribe.
Escrimer du derrière (S').
Sacrifier avec ardeur à Vénus.
Esganacer. Rire; de l'italien sganasciare, rire à gorge déployée; dérivé de ganascia, mâchoire. En terme populaire, une mâchoire, une vieille mâchoire, veut dire une ganache.
Esgourde. Oreille. — Débrider Vesgourde, esgourder, écouter.
Espagnol. Pou, vermine. Est-
ce parce que la vermine abonde en Espagne, que les grands de première classe ont le privilège de rester couverts devant le roi?
Espalier. Figurant, figurante.
Celui, celle qui, dans un théâtre, contribue à l'aspect général de la mise en scène. Les chanteuses de cafés-concerts, assises en fer-à-cheval au fond de la scène, s'appellent « espaliers. » — C'était autrefois :
espalier d'opéra. « Elle était alors simple espalier d'opéra, c'est-à-dire chanteuse et danseuse de chœurs. » (La Gazette noire, 1789.) Par allusion aux arbres plantés en espalier.
Esquinte. Abîme, — dans le jargon des voleurs. En effet un abîme est un endroit qui vous esquinte (vous abîme) pour peu qu'on s'y laisse tomber.
Esquintement. Lassitude. — Effraction.
Esquinter. Harasser. — Abîmer. Enfoncer. ?]squinter une lourde, enfoncer une porte. — Battre, donner des coups de bâton. — Esquinter un pante, frapper un particulier. — S'esquinter le tempérament, travailler au delà de ses forces, se créer des. ennuis.
Esquinter les tripes (S').
Travailler ferme, — dans le jargon des voyous. C'est une variante de s'esquinter le tempérament.
« Les bourgeois, ce sont tous des types » Qui s'ièv'nt jamais avant midi, » Pendant que l'peup's'esquint' les tripes; » Pour eux tous les jours, c'est lundi, m {La petite Lune, 1879.)
Esquinteur. Voleur avec ef-
fraction. Un esquinteur chouette qui vous la met en dedans aux petits oignes. — Vol à l'esquinte, vol avec effraction.
Essence de parapluie. Eau, — dans le jargon du peuple.
De l'essence de parapluie j merci, n'en faut pas; c' enrhume le picton.
Esses (Faire des). Marcher en faisant des zigzags à la manière des ivrognes, comme si Ton traçait des S sur la chaussée.
Essuyer les plâtres. Habiter une maison nouvellement construite. Lorsqu'on eût bâti le quartier Saint-Georges.les loyers des maisons y furent cotés à très bas prix, pour attirer les locataires. Les filles plus ou moins entretenues s'y réfugièrent, furent baptisées lorettes et essuyèrent pas mal de plâtres. De cette époque date la locution. Aujourd'hui , l'essuyage des plâtres est plus cher : il s'opère rue Maubeuge avec le concours des lorettes du jour, nommées biches, cocottes, etc.. — Essuyer les plâtres signifie encore, en termes galants, obtenir les premières faveurs d'une belle.
Estaffion, Estaffier. Chat, — dans le jargon des voleurs.
Estafon. Chapon, — dans l'ancien argot.
Estampiller. Souffleter avec force, laisser la marque du souftlet sur la figure. Souffleter avec les poings. Autrefois on estampillait les criminels on les marquant d'un fer rouge à l'épaule. L'estampille, c'était la marque.
Estaphle, Estable. Poule, —
dans le jargon des voleurs.
Estasi. Ivre, — dans le jargon du peuple. C'est-à-dire extasié, qui est en extase, que le peuple prononce estase. L'homme estasi est celui qui a Tivresse contemplative, portée à la rêverie.
Estoc, Estoque. Malice, — dans le jargon des voleurs.
Estomac. Courage, intrépidité, — dans l'argot des joueurs.
— « Avoir de l'estomac au jeu, c'est poursuivre la veine sans se déconcerter, sans broncher, dans la bonne ou la mauvaise fortune. » {Les Joueuses, 1868.)
— « Peu de joueurs étaient aussi crânes, avaient un pareil estomac! » (Vast-Ricouard, Le Tripot, 1880.) — « Beau joueur, Grandjean, et quel estomac ! »
(Figaro du 5 mars 1880.) On dit d'un joueur très intrépide qu'il a un estomac d'enfer.
Estomaqué. Emu au point de ne pouvoir parler. Mot à mot :
étouffé par la contraction de l'estomac.
Estorgue. Fausseté, malice, méchanceté, — dans le jargon des voleurs.
Estourbir. Etourdir; assommer à coups de poing, à coups de bâton.
Estrangouillade. Etranglement. Mot importé par MM. les Auvergnats, porteurs d'eau.
Estrangouiller. Etrangler; du catalan estrangolar. — Estrangouiller un litre, boire un litre de vin. Mot à mot : étrangler un litre.
Estropier un anchois, un hareng. Manger un morceau sur le pouce.
Etalage (Vol à 1'). Il faut être deux pour opérer et choisir le moment où un marchand est seul dans sa boutique. L'un des voleurs s'empare de quelques ohjlts à l'étalag-e et se sauve; après quoi le compère entre, prévient le marchand et lui désigne un paisible promeneur.
Tandis que le boutiquier court après le promeneur,le compère, à son tour, fait son choix et se sauve. Ce genre de vol a reçu encore le nom de vol à la carambole, c'est-à-dire vol au carambolage.
Etaler (S'). Se laisser tomber de tout son long dans la rue.
Etalon (Royal). Le mari de la reine, le prince-époux dans les pays qui n'ont pas l'équivalent de notre loi sahquc, — dans l'argot des cours.
Etamer. Condamner pour récidive. — Etamé, récidiviste. — Etamage, récidive. Aller se faire éiamer aux petits gerbes.
Et cœtera de notaire et quiproquo d'apothicaire. Chose, événement funeste. Un vieux proverbe dit : « Dieu vous garde d'un et cœtera de notaire et d'un quiproquo d'apothicaire! »
Eteignoir. Préfecture de police; Palais de Justice; double allusion aux tours de la Conciergerie terminées en forme d'éteignoir, et à la situation de l'accusé qui est éteint, qui est enlevé à la clarté du jour.
Etcrnuer dans le sac, dans le son. Etre guillotiné. Allusion au sac de son destiné à étancher le 5ang du supplicié.
Etouifage. Action de cacher
de l'argent sur soi, d'empocher sans être vu une partie du gain,
— dans le jargon des joueurs.
Etouffage. Escamotage d'argent opéré, au jeu, soit par un garçon, soit par un joueur, lia fait plus de dix fois le coup de Vétouffage.
Etouffe, Etouffoir. Tripot, maison de jeu clandestine, table d'hôte où l'on joue l'écarlécomme d'autres jouent du couteau.
Etouffer, Etrangler. Avaler.
— Etouffer un perroquet, étraU' gler un perroquet^ avaler un verre d'absinthe.
Etouffer. Cacher de l'argent sur soi. En terme de joueur, on étouffe lorsqu'on met sournoisement en poche une partie de l'argent gagné et qu'on continue le jeu. — « On le soupçonnait même de se réserver, quand il avait été heureux, la plus grande partie du gain, de l'étouffer, au lieu d'en remettre, comme il eût été juste, la moitié à son associé. » (Vast-Ricouard, Le Tripot.)
Etouffeur. Libraire, éditeur, qui connaît mal son métier.
Celui qui lance mal, qui ne sait pas lancer un ouvrage. Faute de quelques réclames dans les journaux, V etouffeur voit moisir les éditions au fond de sa boutique.
Etouffeur, Etouffeuse. Celui, celle qui cache de l'argent sur soi. 11 y a beaucoup d'étouffeurs pai'mi les ouvriers, les jours de paye. On cache l'argent dans le collet de la redingote, dans les bas, dans la coitfe de la casquette, pour que la ménagère ne prenne pas tout.
Etourdir. Solliciter. Etourdisseur, solliciteur. — Etourdissement, demande de service.
Etrangère (Piquer 1'). Proies^ ter, les armes à la main, contre le livre du docteur Tissot, — dans le jargon des collég-iens.
Etrangler la chandelle. Renifler fortement pour finir par expectorer.
Etre à. Indique une disposition d'esprit ou de caractère quelconque. C'est ainsi qu'on dit : Etre à la cabcade, pour être d'humeur joviale ; être à V enterrement, pour être d'un caractère triste ; être à la roublardise^ pour avoir la réputation d'un homme rusé, etc., etc.
Etre (En). Etre de la police.
— L'expression sert aussi àsousentendre un vice, une turpitude quelconque.
Etre avec. Vivre maritalement avec. — Etre avec une femme.
Etre encore (L'). Etre encore vierge.
Etrenner. Mal commencer la journée; recevoir une réprimande en arrivant à l'atelier,
— dans le jargon des ouvriers.
— Recevoir une correction, — dans le jargon des mères de famille : Si tu n'es pas sage, tu vas etrenner.
Etroite (Faire 1'). Faire la prude, la mijaurée, se faire prier.
« Tu frais pas tant l'étroite à c't' heure » Si j't'aurais laissé t'fout* dans l'eau. » [La Muse àBlbi, Nocturne.)
Etron de mouche. Cire, — dans le jargon des voleurs.
Eudozie. C'est, en style de
troupier, le synonyme, pour le moment usité, du vieux Thowm et de Jules, aliàs pot de chambre, tinettes, latrines portatives.
Evanouir (S'). Quitter un lieu avec précipitation, décamper.
La variante est ; S'évaporer. Il paraît que le caissier s'est évaporé.
Evanouissement. — Départ précipité. — L'évanouissement d'un caissier.
Evaporer.
adroitement.
Filouter, voler
Eventail à bourrique. Bâton.
Evêque de campagne. Pendu.
— Allusion aux gigottements du pendu qui figurent la bénédiction épiscopale. L'expression n'est plus usitée depuis que les bienfaits de la guillotine se font sentir en France.
Exécuter. En terme de Bourse, c'est mettre en état de faillite platonique le spéculateur qui ne peut pas payer ses différences. L'entrée de la Bour.se lui est interdite, son nom est signalé chez les agents de change, tous les remisiers le connaissent, et, jusqu'au jour où il a payé, il ne peut spéculer ; c'est pourquoi il fait l'impossible pour arriver à payer.
Exécution. Mise en état de faillite platonique d'un spéculateur.
Exhiber. Regarder, — dans le jargon des voleurs.
Expédier. Tuer. C'est, mot à mot : expédier pour l'autre monde. — En terme de gastronomie, c'est ne rien laisser dans un plat, c'est nettoyer un plat.
( Ensuite il n'a aucun scrupule, même après qu'on a servi fromage et fruits, de garder sur la table un morceau de viande jusqu'à ce qu'il l'ait, comme on dit, expédié. » (L. Dépret, La Cuisinière poétique.)
Extinction de chaleur naturelle (Jusqu'à). Tant que les forces le permettront, jusqu'à ce qu'on n*en puisse plus. Faire la noce jusqu'à extinction de chaleur naturelle. Boire jusqu'à extinction de chaleur naturelle.
Extra, Garçon d'extra. Garçon que les restaurateurs, et, principalement, les restaurateurs de la banlieue, s'adjoignent le di-
manche. Les garçons d'extra n'ont que les pourboires. La plupart du temps ils doivent se contenter, pour nourriture, de la desserte de leurs clients et, pour boisson, d^s fonds de bouteille. Un extra qui connaît son métier, s'entend avec le chef afin de donner des portions copieuses. 11 y en a qui maquillent la carte à payer avec autant d'art que le plus habile des grecs les cartes à jouer.
Extrait de garni. Sale individu, sale femme, — dans le jargon des barrières. Allusion à la vermine des hôtels garnis de dernier ordre.
F (Etre de 1'). Etre perdu, ruiné. G'est-à-dire être flambé^ frit, fricassé, fichu^ foutu, fumé, au choix, FF étant la première lettre de chacun de ces mots qui expriment la même idée.
Fabricant de tabatières.
L'homme, lorsqu'il fait une restitution d'aliments par les voies légales. Allusion délicate aux tabatières en carton dont la vue fait pousser des cris d'horreur aux personnes qui ne croient pas que ça porte bonheur... en imitation. — Fabricant de moutarde, enfant qui opère la même restitution.
Fabrication (Passer àla).Etre arrêté. Variantes : Etre fabriqué, être ferré, — dans le jargon des voleurs. — Etre trompé, être exploité par un maître
chiffonnier, — dans le jargon
des ciiitibnniers.
Façade. Figure, — dans le jaigon des voyous. Démolir la façade, porter des coups au visage. — Un coup de tampon à démolir la façade.
Façade (Faire sa). Se maquiller, — dans le jargon des filles.
— Quand f auras fini de faire ta façade.
Face du grand Turc. Derrière; par allusion au nez camus des petits chiens dits turqiiets ; on disait , autrefois : camus comme un turquet.
Faces. Argent monnayé et principalement pièces de cinq francs. Il paraît quil a des faces. Les faces sont les effigies des pièces d'argent.
Factionnaire (Relever un).
Courir de l'atelier chez le marchand de vin, boire à la hâte un verre de n'importe quoi qu'un camarade a fait verser à votre intention, et retourner au travail.
Factionnaires. File de tabatières naturelles alignées le long des murs de ronde, le long des fossés des fortifications. — Elles semblent monter la garde.
Fadage. Partage, — dans l'ancien argot.
Fade. Part ; paye, — dans le jargon des ouvriers. — Fader, partager, faire la paye, compter. — Toucher son fade, toucher sa paye. C'est un mot de l'ancien argot des voleurs, passé dans le vocabulaire des ouvriers. — M. Fr. Michel veut qu'il vienne indubitablement du fourbesque far de sei, quand il serait si simple et bien plus naturel de voir une apocope de fardeau ; /'ac^e, ipour farde, charge, part.
Fade (Etre). Etre soûl. Mot à mot : avoir son compte, sa charge de boisson.
Faffe à roulotter. Papier à cigarette. Mot à mot : papier à rouler. (A. Belot.)
Faffes. Faux papiers.
Fafiot. Papier. — Fafiot sec, passe-port en règle.
Fafiot. Soulier d'occasion.
(L. Larchey.)
Fafiot garaté. Billet de banque, — dans le jargon des voleurs. Mot à mot : papier de Garât, l'un des signataires des billets de banque. — Fafiot mâ-
le, billet de banque de mille francs. — Fafiot femelle, billet de banque de cinq cents francs.
— Fafiot en bas âge, billet de banque de cent francs.
Fafioteur. Papetier. — Nom d'amitié que les savetiers se donnent entre eux. En effet le cuir qui sort de leurs boutiques n'a guère plus de consistance que le fafiot.
Faflard. Passe-port, papiers.
— Faflard d'emballage, mandat d'amener, mot à mot : papier d'arrestation, — dans le jargon des voleurs.
Fagot. Vieillard. — Forçat.
(Vidocq, F. Michel, Colombey.)
— Ancien forçat. (V. Hugo , L. Larchey.) — Elève des eaux et forêts. — Femme habillée sans goût, comme est lié un fagot. Dans la langue régulière fagoter exprime la même idée.
Fagoter. Travailler sans goût.
Fagots. Niaiseries.
Faiblard. Faible, dans le sens de médiocre.
Faïence, Poterie. Tuile, — dans le jargon des couvreurs.
' Faignant. Fainéant, — dans le jargon du peuple. « Il existe dans la musique un poste fort envié, c'est celui de porteur de grosse caisse. Le faignant qui l'obtient espère, etc.» (J. Noriac, Le 101° régiment.)
Faire. Exploiter , duper. — Faire faire, trahir. Il m'a fait faire, — dans le jargon des voleurs.
Faire. Séduire. — « La puissante étreinte de la misère qui mordait au sang Vaicrie, le jour où, selon l'expression de Mar-
inetFe, elle avait fait Hulot. »
(Balzac, La Cousine Bette.) — t( L'artiste qui, la veille, avait voulu faire madame Marneffe. »
(Idem.) Faire une femme^ c'est mot à mot : faire la conquête d'une femme. — « Le temps de faire deux bébés que nous ramènerons souper ; j'ai le sac. »
(Jean Rousseau, Paris- Dansant.)
— Quand une femme dit qu'elle a fait un homme, cela veut dire qu'elle fonde des espérances pécuniaires sur celui qu'elle a séduit, qu'elle a fait une affaire avec un homme. — Les bals publics sont des lieux où les femmes vont faire des hommes, mot à mot : le commerce des hommes.
Faire. Parcourir un quartier au point de vue de la clientèle,
— dans l'argot des filles. Elles font le Boulevard, le Bois, les Champs-Elysées , comme les placières font la place.
Faire. Dérober. — Faire le mouchoir, fair". la montre. L'expression date de loin. M. Ch.
Nisard l'a relevée dans Apulée.
« Vous êtes de ces discrets voleurs, bons pour les filouteries domestiques, qui se glissent dans les taudis des vieilles femmes pour faire quelque méchante loque. (Scutariam facitis.) »
Faire. Distribuer les cartes,
— dans le jargon des joueurs de whist. — Jouer des consommations, soit aux cartes, soit au billard. Faire le café en vingt points, — dans le jargon des piliers de café.
Faire. Tuer, — dans le jargon des bouchers : faire un bœuf, tuer un bœuf et le dépecer.
Faire. Vaincre, terrasser, — dans l'argot des lutteurs. — « Il ajouta qu'en se glorifiant d'avoir fait le Crâne-des-Crânes, certains saltimbanques en avaient menti. » (Gladel, Ompdrailles, Le Tombeau des lutteurs.)
Faire. Guillotiner, — dans le langage de l'exécuteur des hautes-œuvres. « M. Roch (le bourreau de Paris) se sert d'une expression très pittoresque pour définir son opération. Les criminels qu'il exécute, il les fait. »
(Imbert.)
Faire. Faire le commerce de; être employé dans une branche quelconque du commerce. — Faire les huiles, les cafés, les cotons. Mot à mot :
faire le commerce des huiles, des cotons, etc.
Faire (Se). Sebonifîer, en parlant du vin, de l'eau-de-vie. Le vin se fait en bouteille, l'eaude-vie se fait en fût.
Faire (La). S'applique à une infinité de choses, dans le sens de chercher à en imposer par une attitude , un sentiment , vouloir faire croire à tel sentiment. Ainsi, on la fait à la dignité, à Vinsolence, à la vertu, à la modestie, à la tendresse, etc.
Faire au même. Tromper. — Se faire baiser, se laisser tromper, se faire remettre à sa place.
Faire de la musique. Se gratter au point de se faire saigner, ce qui rend la chair assez semblable à une page de musique.
[Argot des hôpitaux.)
Faire dessous (Se). Tomber
en enfance, radoter. — Faire sous soi, même signification.
Faire Godard. Creverdefaim, — dans le jargon des voleurs.
C'est la variante de s'enlever cher. Allusion au ballon Godard qui s'enlève dans l'air.
Faire belle (La). Etre heureux; avoir une bonne situation, à n'importe quel degré de l'échelle sociale on appartienne. D'un grec heureux, les gi^ecs disent : Il la fait belle ; d'un souteneur qui nage dans de hautes eaux, les souteneurs disent : Il la fait belle. D'un ouvrier qui gagne de bonnes journées, ses camarades disent : Il la fait belle. C'est une dés locutions les plus répandues pour le moment, et qui s'applique à n'importe qui réussit dans n'importe quoi.
Faire du suif. Tricher, — dans le jargon des grecs.
Faire aller. Se moquer, mystifier.
Faire une scène, un air. Faire réussir, souligner par des applaudissements un air, une scène, — en terme de théâtre.
« On peut faire tous les airs et presque tous les duos des Huguenots. » (Ch. de Boigne.)
Faire la souris. Dévaliser un client dans le feu de la conversation, — dans le jargon des filles.
Faire la tortue. Jeûner; imiter, contraint et forcé, la sobriété de la tortue.
aire une maison entière.
Assassiner tous les habitants d'une maison, et faire main basse sur tout ce qui s'y trouve,
— dans le jargon des voleurs.
Faire la grande soûlasse. Assassiner par profession.
Faire cbibis. Se sauver de prison.
Faire Jacques Déloge. S'enfuir. — Déménager en oubliant de payer son propriétaire. L'expression est démodée.
Faire un peigne , faire le peigne. Prendre la clef des champs, — dans l'ancien jargon du peuple. Peigne ou pigne, signifie clef.
Faire au cold-cream (Le).
Tromper, séduire quelqu'un en le flattant. {Jargon des files.) Le mot a un autre sens trop intime pour que nous puissions le préciser.
Faire des fonctions. Aider à la mise en pages, — dans le jargon des typographes.
Faire des poivrots, des gavés.
Dévaliser des ivrognes. La variante est : La faire au père François. Les voleurs secouent l'ivrogne endormi sur un banc.
Ils l'appellent « père François. »
— « Hé! père François, réveillez-vous. )) Et tout en lui parlant, ils le dépouillent.
Faire des yeux de hareng.
Crever les yeux à quelqu'un, — dans le jargon des voleurs.
Faire à la fenêtre (La). Appeler les hommes par la fenêtre, — dans le monde des filles.
Faire la barbe. Railler; tromper.
Faire des yeux de carpe frite. Contourner les yeux à la manière des gens qui se pâment.
Faire nonne. Etre complice d'un vol, faciliter un vol.
Faire le bon fourrier. Faire les portions égales, dans un repas.
Faire la vie. Faire de la vie une noce perpétuelle. Racine a dit pour exprimer la même idée :
« De fleurs en fleurs, de plaisirs en plaisirs, » Promenons nos désirs. »
Faire du foin. — Faire du bruit; danser, — dans le jargon des voyous, qui ne sont pas précisément silencieux durant cet exercice.
Faire le plongeon. Faire faillite. — Renier ses principes, se parjurer.
Faire femme. Au régiment, le troupier qui a l'habitude de sortir avec la même femme , celui qui, dans une maison de tolérance, consomme habituellement avec la même Dulcinée, « fait femme ». La variante est :
Avoir une femme en consigne.
Faire le balancier. Aller et venir sur un trottoir en attendant quelqu'un.
Faire un revers. Tricher entre grecs, faute de mieux. La lutte s'engage, ordinairement, dans les villes d'eaux entre grecs du Midi et grecs du Nord qui se détestent et se font une grande concurrence. Naturellement l'un d'eux, le plus souvent un grec de première année, ignore à qui il a affaire. Au lieu d'une dupe facile à plumer, il trouve son maître, un vieux professeur aussi rompu aux tricheries que Mithridate aux poisons.
Faire pleurer son aveugle.
Uriner.
Faire une heure. Dormir une heure, — dans le jargon du régiment. Mot à mot : faire une heure de sommeil. — Faire une sacrée heure, dormir longtemps.
Faire la chambre. Faire le compte-rendu des débats de la Chambre dans un journal. « Je fais la Chambre comme adjoint à un vieux rédacteur sténographe nommé Millot. » {Figaro du 8 janvier 1879.)
Faire à l'oseille (La). Faire une plaisanterie de mauvais goût, une mauvaise charge, se moquer de quelqu'un. « D'abord les pions sont en vacance, et s'ils ne sont pas contents, on la leur fait à l'oseille, » (Bertall, Les Courses de la saison.) D'après M. Jules Richard {Journal l' Epoque yiS%6, cité par M. L. Larchey), cette expression aurait vu le jour dans un gargot du boulevard du Temple, à la suite d'une contestation culinaire entre la patronne et un client.
Ce dernier ne trouvant pas assez verte une omelette aux fines herbes, la nymplje du gargot s'écria : « Fallait-il pas vous la faire à Voseille? » Sans compter qu'il faut accueillir avec beaucoup de réserve les étymologies anecdotiques, l'expression « la faire à l'oseille » ne ferait-elle pas plutôt allusion à l'acidité de l'oseille qui, pour beaucoup de personnes, n'a rien d'agréable au goût.
Faire des petits pains. Courtiser avec attouchements, genre TartulFe. — Qu'est-ce que tu faisais avec la bonne du capiston^ tu faisais des petits pains? — Probable.
Faire les cours. Etre par-
quées par catégories dans des quartiers séparés avec défense de communiquer, — dans le
t' argon des détenues de Saintjazare.
Faire de la toile. Perdre la mémoire, oublier le texte et improviser, en attendant le secours du souffleur, — dans le jargon des coulisses. Frederick Lemaître faisait souvent de la toile, et il faut avouer que, presque toujours, sa version était préférable à celle de l'auteur.
Un jour, à la répétition générale d'une pièce de Barrière, comme il faisait de la toile :
« Faites attention, lui dit le collaborateur de madame de Prébois, vous marchez dans ma prose. » Frederick s'arrête, le toise, et avec cette ampleur de geste qui le caractérisait : « On prétend, répond-il, que ça porte iDonheur. »
Faire faux-col. Laisser passer un bout du col de la chemise, — en terme de régiment.
Faire l'esque, l'esgard. S'approprier la part de vol d'un complice. C'est manquer de délicatesse entre voleurs. « On disait autrefois escarter, dans le sens de s'approprier le bien d'autrui. » (F. Michel.)
Faire le mouchoir. Voler l'idée d'une pièce de théâtre, d'une œuvre littéraire, sorte de vol trop pratiqué par les gens de lettres sans aucune espèce de scrupule.
Faire à la main. Pratiquer l'onanisme. Terme de métier des filles de joie.
Faire papa, maman. Apprendre à battre du tambour, —
dans le jargon des élèves-tambours. Onomatopée des baguettes frappant à tour de rôle la caisse.
Faire le gros. Faire ses nécessités. — Faire le petit, urinor.
Faire le Jacques. Faire l'imbécile , faire quelque chose d'humiliant, de pénible, — dans le jargon du régiment. Jacques exprime la même idée que l'ancien Jeannot. As-tu fini de faire le Jacques ? Pendant trois heures nous avons fait les Jacques dans la cour, nous avons fait l'exercice; expression surtout employée par les cavaliers pour les classes à pied.
Faire le garçon, faire la fille (Pour). Avoir de l'argent mignon pour s'amuser.
Faire le monôme. Marcher dans les rues à la queue-leu-leu et aller prendre des prunes chez la mère Moreau, à l'issue d'un des examens d'admission à l'Ecole polytechnique, — dans le jargon des candidats à cette école. « Hier, à une heure de l'après-midi, a eu lieu la promenade annuelle, le monôme traditionnel, des candidats de l'Ecole polytechnique. » (Petit Journal du 2 juillet 1880.) La variante est ; File indienne.
Faire la salle. Chercher, un soir de première représentation, à se rendre le public favorable en semant des billets de faveur au ban et à l' arrière-ban de ses amis et connaissances, de ses fournisseurs, de ses créanciers; chercher à composer une salle d'amis et de gens bienveillants.
Il y a encore des auteurs assez naïfs pour compter sur l'enthousiasme des camarades, 11 n'y a
encore rien de tel que le zèle et la conviction et l'enthousiasme des créanciers. L'auteur qui pourrait en bouder une salle obtiendrait un rude succès... le premier soir.
Faire feu des dents. Manger gloutonnement. (xvii« siècle.) Une très pittoresque image dont on ne se sert plus aujourd'hui.
Faire comptoir. C'est, dans le jargon des saltimbanques, une forme nouvelle de : faire comfQls^ « Le soir ensuite vous avez « fait comptoir, » c'est-àdire que vous entriez dans la loge foraine et en ressortiez encore pour « allumer » les spectateurs récalcitrants. » [Cours d'assises de la Seine, aud. du 29 août 1879, interrog, de M. le Prés, de Vienne.)
Faire sa dame. L'expression
était fort en usage parmi le
peuple au commencement du
xviii^ siècle, et signifiait comme
• aujourd'hui : prendre du bon
temps, se prélasser, s'amuser.
Faire les cabinets. Aller de
cabinet en cabinet particulier à
la recherche du client, — dans
le jargon des soupeuses. « Ça
m'amuse ensuite de faire les
cabinets. » (Ces Petites dames,
Faire aux cabinets (La). Certaines habituées des bals publics, dans le but de réaliser une petite recette en dehors de celle que pourront leur procurer leurs charmes, vont de l'un à l'autre en demandant 50 centimes pour un besoin urgent.
C'est ce qu'on appelle « la faire aux cabinets. » Il y en a qui récoltent ainsi leur pièce de cinq francs par soirée.
Faire un poulain. Tomber de cheval, — dans le jargon des régiments de cavalerie; jeu de mot hippique; c'est-à-dire :
mettre bas son cavalier.
Faire la paire. Se sauver, — dans l'argot du peuple. Mot à mot : faire la paire de jambes.
— Faire la paire en fringue, se sauver d'une maison de tolérance en emportant les bardes prêtées par la matrone.
Faire du genou, faire du pied.
Frotter son genou, frotter son pied, contre le genou, contre le pied d'une femme. Petite polissonnerie innocente, quelque chose comme les bagatelles de la porte en espérant le lever du rideau.
Faire sa nouveauté. C'est, dans le jargon des filles, se produire sur un nouveau trottoir, montrer un nouveau visage aux dilettanti de la prostitution.
Faire boum. Sacrifier à Vénus, — dans le jargon des ouvrières.
(( Il n'ignorait certainement
pas comment se pratique cette agréable chose que les petites ouvrières appellent : « faire boum. » (Huysmans, Les Sœurs Vatard.)
Faire (Celle-là il ne faut pas me la). C'est-à-dire mot à mot :
cette plaisanterie il ne faut pas me la Taire.
Faire le sert, le serre. Faire le guet. En argot de voleur, sert veut dire « signal. » C'est une abréviation, sans doute, de service. Faire le sert ou le serre, c'est donc faire le service, surveiller.
Fais (J'y). Je le veux bien, — ■ dans le jargon du peuple.
Fais mal (Comme tu me) !
Gomme tu me lais pitié avec tes raisonnements, comme tu m'agaces !
Faiseur. Terme générique servant à qualifier tout commerçant qui brasse toutes sortes d'alîaires, qui se jette à tort et à travers dans toutes sortes d'entreprises. — Exploiteur, banquiste raffiné. Le vrai faiseur trompe en général tout le monde ; il fait argent de tout ; un jour il est à la tête du pavage en gutta 'percha, le lende • main il a obtenu la concession des chemins de fer sous-marins ou celles des mines de pains à cacheter. Les gogos sont les vaches laitières des faiseurs.
Dans la finance, ils sont les saltimbanques de la banque. Ils font des affaires comme au besoin ils feraient le mouchoir. Il existe des faiseurs dans tous les métiers qui touchent au commerce, à i'art, à l'industrie, à la finance. « Il a été dernièrement commandé à Lélioux un roman par un faiseur; j'y travaille avec lui. » (H. Miirger, Lettres.) On a l'exemple de faiseurs parvenu? à la fortune, à une très grande fortune : décorés, administrateurs de chemin de fer, députés, plusieurs fois millionnaires. Féroce alors pour ses anciens confrères, le faiseur les traite comme le sous-officier qui a obtenu l'épaulette traite le soldat, comme traite ses servantes la domestique qui a épousé son maître.
Faiseuse d'anges. Femme qui Fane (Le verre se). Le verre détermine des avortements. — j est vide; et, par abréviation, il Elle fait des anges pour le j se fane, en désignant un verre ciel. ' vide. Les ivrognes poétiques
Fait pas (Ça uy). Ça n'y fait rien, — dans le jargon du' peuple. — Ça n'y fait pas, nous sommes amis tout de même.
Faites -la passer, qu'on la voie ! Locution particulière aux gommeux. — Dans un dîner, au bal, lorsqu'une femme fait sa tête, lorsqu'une femme vient de dire une grosse bêtise, ces mes.sieurs ne manquent pas de s'écrier : Faites-la passer qu'on la voie ! comme s'il s'agissait d'un objet mi^ en vente sur la table des enchères à l'hôtel Drouot.
Faitré (Etre). Etre perdu, — dans le jargon des voleurs.
Falot. Képi d'ordonnance.
Falourde. Double six d'un jeu
de dominos.
Falourde. Repris de justice, malfaiteur. — Falourde engourdie, cadavre d'un malfaiteur.
Falzar. Cotte, pantalon de travail. Le falzar est le pantalon de toile que l'ouvrier met par-dessus son autre pantalon.
Ce dernier est plus ordinairement désigné sous le nom de dalzar.
Fameux. Excellent, supérieur.
— Fameux vin, fameuse soupe.
Fanandel. Camarade, collègue en vol, — dans l'ancien argot. — Entre eux les voleurs se donnaient du fanandel, comme les hommes de lettres, les no^ taires, les avocats se traitent de « cher confrère, d'illustre et cher confrère. »
DICTIONNAIRE d'aRQOT MODERNE.
comparent le verre à une tleur que Ja sécheresse fane.
Fanfe, Fonfière. Tabatière.
— Fanfouiner, priser, fanfouincur, priseur; f an f ouineus e, priseuse.
Fantabosse. Dans les régiments, on ne désigne pas autrement les troupiers n'ayant pas d'éperons. Fantabosse ou fente à bosse est un aimable jeu de mots pour dire fantassin :
fente à sein, un jeu de mots de lu force de quatre hommes et d'un caporal.
Fantaisie (Faire). N'être pas babillé suivant l'ordonnance, — dans le jai'gon des troupiers.
Fantaisien. Commis en nouveautés chargé de la vente de l'article fantaisie.
Fantassin. Traversin, — dans le jargon des soldats de cavalerie; par allusion à la petite taille des fantassins.
Faraud. Monsieur, — dans l'ancien argot. — En patois provençal, faraud désigne un homme bien mis. — Faraude, faraudesse, madame. — Faraudette, mademoiselle.
Farcher, Faucher dans le pont. Tomber dans un piège.
Mot à mot : couper dans le pont.
Farfouiller dans les buissons.
Invoquer Vénus polyglotte.
Farfouiller dans le tympan (Se le). Se communiquer quelque chose. — Qu'on se le farfouille dans le tympan, qu'on se le communique.
Fargue. Charge contre un accusé. — Farguement, témoi-
gnage à charge. — Rougeur causée par la honte.
Farguer. Rougir. — Charger devant la justice. Fargueur, témoin à charge.
Faridon. Misère. — Etre à la faridon, être sans le sou, — dans le jargon des voyous. — « J'peux pas t'camionner à la Reine-Blanche, j'suis c'soir à la faridon. » {Journal des Abrutis, du 10 oct. 1878.)
Faste-en-poil. Jardin du Luxembourg. Jeu de mots par synonymie. — Faire son petit ourson au faste-en-poil, faire son ourson au faste- en-poil, faire son petit tour, faire son tour au Luxembourg, — dans l'argot des Ecoles.
Faubert. Epaulette, — dans le jargon des soldats d'infanterie de marine. Allusion aux fauberts, paquets de ficelles qui servent à éponger les navires.
Faubourg (Le). Le faubourg Saint-Antoine, et, plus démocratiquement, le faubourg Antoine, le faubourg par excellence. — Le noble faubourg, le faubourg Saint-Germain.
Faubourg. Derrière, dans le jargon du peuple. — Détruire le faubourg, donner des coups de pieds au derrière. — « Si vous ne me payez pas, je vous ficherai une couleur sur la figure, je vous détruirai le faubourg à coups de botte. » (Huysmans, Les Sœurs Vatard.)
Faubourg souffrant. Arrondissement où réside la population indigente de Paris. Le douzième arrondissement avait
primitivement reçu ce surnom.
Fauchants, Faucheux. Ciseaux, — dans l'ancien argot.
Fauche-ardant. Mouchettes, — dans l'ancien argot.
Faucher. Guillotiner. — Couper. — Faucher le grand pré, être aux galères, — dans l'ancien aj'got. -
Faucher. Tromper; voler, — dans l'argot des camelots et des truqueurs. Le mec est fauché^ l'individu est dépouillé.
Faucheur. Bourreau. — Coupe-bourse, — dans l'ancien argot. — La faucheuse, la guillotine, — dans l'argot moderne.
Fausse-mauche. Sorte de blouse en grosse toile bleue que portent à l'étude les élèves de l'école de Saint-Cyr. (Saint- Patrice.)
Fausse-couche. Avorton, individu débile, — dans le jargon du peuple.
Fauter. Faire une faute. Le peuple dit d'une fille qui a pris un amant qu'elle « a fauté ».
Fauvette â tête noire. Gendarme, — dans l'argot moderne; allusion aux tricornes noirs des gendarmes. — Etre filé par les fauvettes à tête noire, être conduit par les gendarmes.
Faux-col. Mousse qui se produit au-dessus d'un verre de bière, lorsque le garçon n'a pas eu la précaution de le remplir doucement. Le faux-col est un trompe-l'œil, moins sale que le soulier de l'Auvergnat, mais qui tient, lui aussi, de la place.
Le faux-col fait le désespoir des amateurs de bière. Aussi, dans
toutes les brasseries, entend-oi cette recommandation plus dé cent fois répétée par jour : « ui bock et sans faux-col! »
Fayots (Avoir bouffé des)
Etre enceinte, — dans l'argc des marins. C'est une locutioi provençale répandue parmi 1( matelots. Mot à mot : avoi mangé des haricots. Allusion la réputation qu'ont les haricot de gonfler celui qui en mange]
Fée. Jeunq fille, demoiselle!
— dans le jargon des voleura]
— Ma fée, ma fille.
Fêlé (Avoir le coco). Avoir 1^ cerveau dérangé.
Femme. Fusil, — dans l'argol des soldats d'infanterie de ma] rine. « Le temps de donner ui coup d'astiqué à ma femme ».
Femme sérieuse. Femme ga^ lante qui pense à l'avenir, qi la pensée de l'hôpital elîraye e^ qui thésaurise.
Femme de Régiment. Gross caisse, — dans le jargon d( troupiers.
Femme à la mendicité Femme dont les faveurs sont cotéeg à bas prix, — dans le jargoi des élégantes de la prostitution;
Femme de terrain. Prostituée :
de dernier ordre. « Les piei reuses ou femmes de terraii sont des créatures repoussantes' de laideur ; elles ne sortent que la nuit et rôdent dans les lieux sombres et retirés... Elles pratiquent l'onanisme. » {Parisvivant, Tm Fille.)
Femme de l'adjudant. Salle de police, — dans le jargon des soldats de cavalerie. — Coucher
avec la femme de l'adjudant, coucher à la salle de police.
Les soldats désignent aussi la salle de police sous le sobriquet de la jument de V adjudant, et ils trouvent qu'elle trotte sec, cette jument.
Fendante. Porte, — dans le jargon des voleurs. « Entrez ou n'entrez pas, mais refermez la fendante. >> (P. Mahalin, Les Monstres de Paris, 1880.)
Fendre (Se). Faire de la dépense en dehors de ses habitudes ; se livrer à une prodigalité inusitée. Les avares se fendent lorsqu'ils offrent quelque chose.
« Je vous paye un exemplaire de ce groupe^ mille écus. Ohl oui, sapristi! mille écus, je me fends. » (Balzac.)
Fendre l'oreille. Mettre à la retraite dans le jargon des troupiers. « Dire qu'ils vont lui fendre l'oreille! un crâne soldat, qui vous vernit un meuble comme un garçon ébéniste. »
(Fr. de Reifi'enberg, La Vie de garnison, 1863.) Allusion aux chevaux réformés aux(juels on fend l'oreille. — On dit également couper Voreille.
Fendre le cul. Primer une
carte, — dans l'argot desjoueurs d'écarté. Quand une carte est supérieure à celle de l'adversaire, au lieu de dire : Je la prends, quelquesjoueurs disent, dans l'intimité, je lui fends le cul.
Fenêtre. (Eil, — dans le jargon des voyous. Boucher une fenêtre, crever un œil.
Fenêtre (Mettre la tête à la).
Monter à l'échafaud.
Fenin. Centime, — dans l'ancien argot.
Fenouse. Prairie, — dans le jargon des voleurs.
Ferlampier. Pauvre diable; misérable à perpétuité. — Voleur du plus bas étage. Le ferlampier est au voleur de la haute pègre ce que la pierreuse est à la cocotte. C'est une altération de frélampier ou frère lampier. « Autrefois, celui qui avait la charge d'entretenir et d'allumer les lampes dans les églises s'appelait frère lampier ; et comme cette charge était dévolue à des hommes dti bas étage, quand on voulait parler d'un homme de peu, on disait :
C'est un frélampier ou un frère lampier. » (Le Roux de Lincy, Le Livre des Proverbes français.)
Ferlingante. Objet en verre; objet fragile.
Ferloque. Loque dans toute sa dégradation, — dans le jai'gon des brocanteurs. « Ah ! je ne m'étonne plus à présent que vous m'apportiez des ferloques. »
(Champtleury, La Mascarade de la vie parisienne.)
Ferme. Décor de fond, avec portes, — en terme de théâtre.
Fermer son parapluie. Mourir, — dans le jargon des chiffonniers, qui disent encore « ployer son jonc. »
Fermer Maillard. Dormir ; avoir envie de dui...ir.
Fermeture Maillard. Sommeil. — Etre terrassé par Maillard, tomber de sommeil; par allusion au nom de l'inventeur des fermetures en fer à coulisses.
iO
Ferraille. Monnaie de cuivre.
— Faire crossersa ferraille^ faire sonner un régiment de gros sous. — Le peuple désigne encore sous ce nom quelques petites pièces d'argent perdues au milieu d'un tas de sous.
Fertillante. Plume, — dans
l'ancien argot.
Fertille, Fertanche. Paille. — Fertanche appartient à l'ancien argot.
Fesse. Femme, — dans le jargon des voyous.
Fessier. Derrière, — dans le jargon du peuple. — « Celui-là lui gaula le fessier à coups de botte. » (Huysmans, Les Sœurs Vatard,)
Festillante. Queue. Allusion à la queue du chien qui fait fête à son maître.
Festonnage. Manière de marcher particuhère aux ivrognes.
Festonner. Marcher en faisant des zigzags, à la manière des ivrognes. — Voir tout tourner autour de soi.
Fête (Etre de la). Etre en belle humeur. — Fête du boudin, La Noël.
Fêteur, Fêteuse. Celui, celle qui fête un anniversaire, qui souhaite une fête. « Et quel spectacle joyeux que tout ce monde de fêtews pressés, sillonnant le boulevard avec des bouquets éclatants, des joujoux enluminés et des paquets soigneusement ficelés. » {Fetit Parisien du 17 août 1877.)
Feu (Faire). Terme de la vieille école du mélodrame et de la tragédie, signifiant et ex-
primant le geste de l'acteur qui marque la fin de chaque phrase d'un coup de talon vigoureusement frappé sur les planches ; l'acteur qui faisait feu à la plus grande satisfaction du public, fut sans contredit le célèbre Tautin. {Petit dict. des coulisses.)
Feu à la cheminée (Avoir mis le). S'être mis le gosier en feu pour avoir mangé des viandes trop épicées, pour avoir bu des liqueurs trop fortes.
Feuille de chou. Méchant petit journal, journal sans importance.
Feuille de chou, Feuille de platane. Mauvais cigare, cigare d'un sou.
Feuille de chou. Guêtre, — dans le jargon des troupiers.
Feuille de chou. Oreille, — dans l'argot des rôdeurs de barrière. — Je l'ai pris par ses feuilles de chou et je l'ai sonné.
Feuille de chou. Surnom donné au marin, par les soldats des autres armes. Allusion aux grands cols des marins.
Feuille de rose. « On voit bien que vous n'avez pas accoutumé de parler à des visages. » (Molière, Le Malade imaginaire.)
Feuille à l'envers (Voir la).
S'asseoir avec une dame, à la campagne, au pied d'un arbre, et deviser des choses les plus tendres à la manière de Jusion et de Cérès. — « Attendez-moi, n'avez-vous jamais vu les feuilles à l'envers?» {Aiic. Théâtre Italien.)
Feuilleton. Supplément écrit à la main que quelques restau-
rateurs ajoutent à la liste des plats indiqués sur la carte imprimée. Ce supplément s'appelle on ne sait pourquoi : Feuilleton. (Ch. Monselet, La Cuisinière poétique.)
Feux de file (Ne pas s'embrouiller dans les). Conserver son sang-froid.
Fiacre. Train de chemin de fer, — dans le jargon des mécaniciens.
Fiacre (Jouer comme un).
Aux xvii« et xvni® siècles, fiacre désignait un cocher de carrosse public. Jouer comme un fiacre était donc jouer comme un cocher. « Et les fiacres qui mènent ces carrosses sontla plupart des maquereaux, qui connaissent tous les lieux de débauche de Pans. » (Le Roux, Blet, comique, 1750.) L'expression jouer comme un fiacre s'est conservée jusqu'à ce jour.
Fiacre (Remiser son). Se ranger ; mener une vie plus régulière.
Ficelé. Habillé. Bien ficelé, mal ficelé, bien mis, mal mis; par allusion à la ficelle qui habille les saucissons.
Ficeler (Se). S'habiller avec soin, se vêtir de ses plus beaux habits. — Suis-je assez proprement ficelé ?
Ficeler. Suivre, — dans le jargon des voleurs; c'est une variante de filer.
Ficelle. Filou prudent. Un homme ficelle se prête à toutes les malhonnêtetés qui échappent à l'action de la loi.
Ficelle. Mensonge transparent, petite ruse. — Ruses d'un
métier. « A la ville, ficelle signifie une ruse combinée maladroitement. — Au théâtre, /iC6?//e exprime un moyen déjà employé, connu, usé, qui sert à amener une situation ou un dénoiiment quelconque mais prévu. » (J. Noriac, Un Paquet de ficelles.) — Tous les métiers ont leurs ficelles. Connaître toutes les ficelles d'un métier, c'est le connaître à fond, en connaître toutes les ruses, tous les fils qui le font mouvoir.
Fichant. Extrêmement contrariant. (L. Larchey.) — Très fâcheux.
Fichard (Va-t'en au). Va te
faire fiche.
Ficher une colle. Débiter un mensonge. — Ficher s'emploie honnêtement à la place du verbe qui commence par la même lettre et dont a tant abusé le père Duchêne.
Ficher comme de coller un tampon (S'en). S'en moquer complètement ; c'est la variante de « s'en ficher comme de colin tampon. »
Fièvre cérébrale. Accusation capitale, — dans l'ancien argot.
— Aujourd'hui dans le monde des voleurs, fièvre typhoïde et vérole noire ont le même sens.
— Redoublement de fièvre cérébrale, nouveau témoignage très grave à la charge de l'accusé.
Fiferlin. Soldat, •— dans le jargon des voyous. — Faire la paire au fiferlin, être tombé au sort.
Fiferlin. Canotier novice, — dans le jargon des canotiers.
Fifi. Vidangeur. Le mot a
plus d'un siècle de circulation dans la bouche du peuple.
Figariste. Rédacteur du journal le Figaro, celui qui appartient à la rédaction de ce journal, — dans le jargon des petits journaux que le succès du Figaro empêche de dormir.
Figer (Se). Faire une station prolongée n'importe où, soit chez le marchand de vin, soit sur l'autel de Uomange, — dans le jargon des voyous.
Fignard. Le fondement; c'est troufignard, par abréviation.
Fignoleur, Fignoleuse. Celui, celle qui cherche à se distinguer par sa mise, par ses manières.
Figure. Tête de veau dans le baquet du boucher.
Figure. Personne, individu.
— Ce n'est pas pour ta figure, ce n'est pas pour toi. — Cest pour ma figure, c'est pour moi.
Figure de vesse. Figure pâle et boursouflée; physionomie de chloro tique.
Figure de culotte. Visage ^os et rouge. — DèHcate allusion au visage que cache la culotte.
Figure à hommes. Figure qui plaît aux hommes. C'est pour ces dames un excellent capital qui rapporte de bonnes rentes dans le monde de la galanterie.
Figure comme le cul d'un pauvre homme (Avoir une).
Montrer un visage rouge, animé, pétillant de graisse et de santé. Des physionomistes ont, paraît-il, été jusqu'à observer que c'était au derrière des pau-
vres gens que se réfugiait la santé.
Fil. — Au théâtre, toutes les cordes ont reçu le nom de fils.
— Descendre un fil, descendre une corde qui supporte les amours dans les féeries.
Fil (Avoir le). Etre adroit, finaud, rusé, — dans le jargon des voyous; allusion au fil d'un couteau, d'un rasoir. — « Je suis nabot, mais j'ai le fil. » (P. Mahalin, Les Monstres de Paris.)
Fil (Prendre un). Prendre un verre d'eau-de-vie. Mot à mot :
un verre de fil-en-quatre.
Fil sur la bobine (Ne plus avoir de). Ne plus avoir de cheveux sur la tête.
Fil à couper le beurre (N'avoir pas inventé le). Etre naïf, être niais. Les amis d'une douce plaisanterie disent également :
N'avoir pas découvert la mine de pains à cacheter.
Filage, File, Filature. Action de suivre quelqu'un, — en terme de police. — Lâcher de la filature, suivre. — Les voleurs disent : Ces messes nous lâchent de la filature, ces messieurs nous suivent.
Filage. Action, art de filer la carte, de ne pas engager le jeu, à la bouillotte.
Filard. Terme de joueur de  bouillotte. Celui qui file ciiaque T fois qu'il n'a pas un très beau jeu, comme trente-un en main, ou quarante de face ou vingtun et as premier.
Filasse. Morceau de bœuf bouilli. — La variante est :
Balle élastique.
Filateur, Fileur. Tricheur qui opère au moyen du /liage de la carte, c'est-à-dire en distribuant une carte pour une autre.
Fil-en-quatre. Apprenti commis mercier.
Fil-en-quatre. Eau-de-vie.
Filer. Sacrifier à la compagnie Lesage.
Filer Suivre à la piste. La police file à pied, en voiture et en chemin de fer.
Filer. Ne pas engager le jeu, — dans le jargon des joueurs de bouillotte. Faire filer ^ intimider son adversaire qui, alors, n'engage pas le jeu, ou qui paye son premier engagement.
Filer. Faire l'école buissonnière, — dans le jargon des collégiens. « Les élèves de Louisle-Grand filent, soit aux Ours, (le jardin des Plantes) soit au Luxembourg. » (Aibanès, Mystères du collège.)
Filer raide. — Marcher très vite.
Filer doux. — Se montrer soumis, obéissant.
Filer (Faire). Dérober. Mot à mot : faire filer un objet de la poche de quelqu'un.
Filer la comète. Coucher en piein air, coucher à la belle étoile, — dans le jargon des voleurs.
Filer la carte. « Changer la première carte qui est dessus le jeu, celle qu'on doit donner à son adversaire, contre la deuxième carte. Le filage de carie est une opération très délicate et difficile à exécuter. » (A. de Gaston.) Les joueurs honnêtes
du baccarat se servent de l'expression filer la carte, filer pour désigner l'action de découvrir par degrés, très lentement, une des deux cartes qu'ils ont en main; c'est un moyen comme un autre de se procurer une émotion, et l'on sait que le joueur vit d'émotions.
Filer une pousse. Repousser, culbuter, — dans le jargon des voyous. — Y veut m' coller un coup de sorlot dans les accessoires y je Vy file une pousse et f fl envoie dinguer sur le trime où.
il prend un potage à la julienne.
Filet bien coupé (Avoir le).
Parler beaucoup. On dit proverbialement, en parlant de quelqu'un qui parle beaucoup :
« Celle qui lui a coupé le filet a bien gagné ses cinq sous. »
Filets (Tendre les). « Cette besogne consiste à étaler sur les comptoirs les pièces (d'étolfe) qui ont de lœil et qui doivent attirer l'attention, forcer le regard des clientes passant d'un rayon à la caisse. » (L. Noir, Le Favé de Paris.)
Fileur. « On nomme fileur^ un homme qui, du matin au soir, un pinceau à la main, fait, au moyen d'un tour lancé avec rapidité, ces filets d'or, azur ou chocolat, qui entourent les assiettes, les tasses ou les bols. »
(J. Noriac.)
Fileur. Elève qui a l'habitude de suivre ses classes en jouant aux billes ou en allant faire de petites excursions extra-muros.
Fileur de plato. Second et troisième amoureux, — dans le jargon des coulisses. Mot à
fileur d'amour platoni
mot :
que.
Pileuse. Exploiteur de filous.
La flleuse fait chanter le voleur qu'elle a suivi et vu à Tœuvre.
Sous menace de révélations, elle se fait remettre soit une petite part du vol, soit une somme correspondante en argent, probablement en vertu de l'axiome qu'il faut que tout le monde vive.
Pillasse. Femme qui a vieilli dans la prostitution ; c'est le superlatif de fille de joie.
Pille, Grande fille. Bouteille de vin. « Allons étrangler une grande fille, ce qui signifie :
Allons boire une bouteille. »
{Petit Parisien, du 16 août 1877.)
Pille. Dans le jargon des joueurs de rams, ce sont les cartes du talon qui restent sur le tapis à la disposition du premier en cartes. — Quand un ramseur échange son jeu contre celui qui est sur le tapis, il a coutume de dire : « Voyons le cul de la fille ou voyons le derrière de la fille. »
Pille insoumise. Fille qui exerce la prostitution sans privilège ni estampille de la police. — On dit, par abréviation :
Insoumise.
Pille remisée. Fille retirée de la prostitution. Ancienne fille qui a acheté un fonds de commerce.
Pillette. Petite bouteille de vin cacheté, demi-bouteille.
Piloche. Bourse. — Filoche à jeun, bourse vide. — Filoche du trèpe, la Bourse de Paris. Mot à mot : bourse de la foule.
Pilou. Rusé, malin.
Pilsange. Filoselle, — dans le
Pils-de-fer. Jambes longues
et maigres.
Pin de la soupe. Guillotine.
Pin (Paire une). Se marier, en parlant d'un homme. C'est souvent une triste fin.
Pinancer. Payer, payer pour un autre. — L' entreteneur finance.
Pine. Fine Champagne, par abréviation. — Un verre de fine.
Pine-galette. Elève sans galons, — dans le jargon des Saint-Cyriens.
Pine pégrenne (Etre en). Etre au plus mal, — être perdu sans ressources, dans le jargon des voleurs.
Pini (Homme). Homme ruiné, perdu moralement ou matériellement. — « Moi fini et pleuré de vos beaux yeux, l'ermite, mon père, pourrait bien vous réclamer. » (Maynard de Queilhe, Outre-Mer, 1835.)
Pinition. Achèvement. — Finition du Louvre. (Balzac.)
Piole. Tête, figure, — dans le jargon des voleurs. Fiole à ciibêbe, à copahu, physionomie malsaine, figure de syphilitique.
Pioler. Envisager. — Qu'estce qu'il a ce pante^ à me fioler?
Pioler. Boire.
Pion. Elégance. — Coup de fion, dernier coup de main donné à un ouvrage.
Pionner. Faire le fat; être coquet, — dans le jargon du
collège. — « Depuis qu'Ernest a une paire de bottes, regarde un peu comme il fîonne ! » ( Albanès, Mystères du collège, { 845.)
Fionneur. Ouvrier, collégien endimanché.
Fiquer. Frapper à coups de poignard, à coups de couteau, — dans le jargon des voleurs.
Fish. Souteneur. — Un mot qui a passé la Manche et qui veut dire poisson en anglais.
Fiston. Pour fils ; terme d'amitié. « Tu t'es laissé embobeliner, voilà tout... tu es jeune, mon fiston. » (A. Theuriet, La Revanche du mari.)
Fixé. Assez, — dans le jargon des voyous qui disent aussi :
Bliurô, par abréviation d'amarré.
Fia. Une des notes du tambour. Il y a le fla^ le ra et le roulement, a Votre fia est si moelleux, si séduisant, si doux!
c'est du miel! » (H. Berlioz, Les Grotesques de la musique.) « Et il n'y en a pas un pour pincer un roulement comme moi. Ce n'est pas moi qui prendrai un /^a pour un 7T?*a. » (Scribe et Poirson, Une Nuit de la Garde nationale, se. m, 1815.)
Flac, Flacul. Sac. — Lit. — Argent, — dans le jargon des voleurs.
Flacon. Botte, et particulièrement botte de vidangeur ou de cureur d'égouts. Des flacons qui renferment « l'essence de chaussette ». — Déboucher ses flacons, ôter ses bottes. — « Ça doit rien schelwguer quand il débouche ses flacons. » (Réflexion d'un voyou à la vue d'un cureur d'égouts.)
Flafla. Embarras, manières.
— Faire du flafla, faire des embarras. — Un objet qui a du flafla, c'est du clinquant.
Flageolets. Jambes maigres.
(L. Larchey.) Allusion au cliétif instrument de musique de ce nom.
Flairer au foyer. Se dit indistinctement d'un auteur ou d'un acteur. « L'acteur vient le soir au foyer pour regarder si le tableau d'annonces porte son nom sur une distribution de rôles. L'auteur vient savoir si on joue le lendemain ou si on répète. >> (J. Duflot, Les Secrets des coulisses, 1865.) Par extension, signifie faire de la diplomatie auprès des directeurs et des artistes pour obtenir des représentations fréquentes ou nouvelles d'un ouvrage. (Petit Dict. des couHsses.)
Flambant. Artilleur à cheval.
Flambant. Neuf, luisant de propreté.
Flambard. Poignard ; couteaupoignard.
Flambarde. Lampe ; chandelle.
Flambarde. « La flambarde est la pipe du canotier. » (Paris- Fumeur.)
Flambe, Flamberge. Epée, sabre de cavalerie.
Flamber, Fluber. Jouer la comédie, — dans le jargon des saltimbanques. « De quoi pouvais-tu avoir peur, lui dis-je...
tu n'avais jamais mieux flambé. »
(E. Sue, Les Misères des Enfants trouvés.) — Briller. « Ces créatures aiment à flamber. » (Bal-
et Misères des
zac, Splendeurs courtisanes.)
Flan (Du)! Non, jamais. — Exclamation particulière aux gamins qui ajoutent souvent et de la galette. Du flanl et de la galette l sans doute en souvenir des pâtisseries populaires mais indigestes de ce nom.
Flanche. Jeu; ruse; plaisanterie. — Atï'aire. — Reculade.
— Grande flanche, jeu de la roulette, jeu du trente et quarante.
Flancher. Jouer aux cartes.
« Est'ce que des pantes à la manque ont flanché au bègue avec ces brèmes ? Est-ce que de faux honnêtes joueurs ont joué au bezigue avec ces cartes? » (A. de Gaston, Les Tricheurs.)
Flancher. Plaisanter.— Par Ze^iu sérieusement ou flanches-tu ?
Flancher. Faiblir , reculer , avoir peur. — « Tu flanches, pitchou ! » (L. Cladel, Ompdrailles.)
Flanchet. Part, participation,
— dans le jargon des voleurs.
Flancheur, Flanchard.
Joueur. — Flancheuse^fiancharde, joueuse.
Flâne. V\^ne\if.C*estune flâne.
— Flânerie. Faire flâne^ flâner.
Flanelle. Flâneur, — dans le jargon des lilles de maison.
Faire flanelle, perdre son temps à flâner.
Flànocher. Flâner un peu, diminutif de flâner. Flânocheur, celui qui flâne un moment, par instant.
Flanquage à la porte. Congé.
Flaque. Sac de femme, — dans l'ancien argot.
Flaquer, Flasquer. Faire ses nécessités. — Accoucher, dans l'ancien argot. — Flaquer des châsses, pleurer. — Faire flasquer. Synonyme de faire ch...r; c'est-à-dire ennuyer, horripiler.
Flaquet. Gousset.
Flèche. Sou, dans le jargon des ouvriers. — Deux flèches de semper, deux sous de tabac.
Flémard. Paresseux, mou, lâche. — Flémer, paresser; dérivés de flemme, mot du patois d'Auvergne acclimaté à Paris.
— « Ce flémard ne viendra pas aujourd'hui, parce qu'il a peur de moi ; c'est un lâche ! >> (L. Cladel, Ompdr ailles.)
Flemme. Paresse. •— Paresseux. « Tas de flemmes! val pas même 1' courage d' s' déranger pour venir boire un coup ! »
(Grévin.)
Fleur de mari. Virginité. Mot à mot ; fleur dont on fait prosent au mari. — v Elle gardait sa fleur de mari, très décidée à ne la laisser prendre que pour le bon motif. » Huysmans, Les Sœurs Vatard.)
Fleurs rouges. Menstracs.
Flihocheuse. Variété de fille publique, fille prjhJique du genre rapace. « Les fllbocheuses, êtres hybrides, moitié femmes, moitié éponges, qui sont de tous les dîners, de tous les soupers et de tous les réveillons , chipant tout, rinçant tout, lavant tout. » {Paris à vol de canard.) C'est un dérive de flibustier.
Flic flac (Faire le). Forcer une serrure.
Flic-flaquer. Marcher en savates.
Flique, Flique à dard. Commissaire de police, agent de police, — dans le jargon des filles.
Flingart. Soldat d'infanterie de ligne. Il porte le flingot, fusil. Les flingarts sont de bons zigs.
Flingot. Fusil de boucher.
Flingot. Fusil, — dans le jargon des troupiers. — « On lui mettait un tlingot entre les doigts et là, au soleil, à la pluie, au vent, il devait s'évertuer à jongler avec. » (Huysmans, Les Sœurs Vatard.) — « Ricornot, navré, faisait l'exercice dans la cour, ayant le sac au dos et le ilingot sur l'épaule. » (Vicomte Richard, Les Femmes des autres.)
Flingot (Cinq ans de forcés au). Cinq ans de service militaire, — dans le jargon du peuple. Et par abréviation : cinq ans de flingot, c'est-à-dire cinq ans de fusil.
Flingue. Fusil. Cette dernière forme est particulière aux marins.
Flirtation. Action de filer, ou mieux de filtrer le sentiment, de raffiner l'art de faire la cour.
« Dans les affaires de cœur, les Françaises ne connaissent pas de milieu entre l'amour et l'indifférence; elles peuvent avoir des hommes pour amis, mais la flirtation leur est inconnue. »
(Lady Morgan, La France, 4817.) Le mot n'est guère répandu que depuis d 875. C'est M. Sardou qui l'a lancé dans la circulation parisienne :
«Robert : — Ah!... je la connais maintenant leur flirtation; mc.is pour la pratiquer sans s'^ brûler... juste Dieul ces Améri-
caines... en quoi sont-elles? >»
{V Oncle Sam, acte m, se. vu.)
Flirter. Filtrer le sentiment; courtiser avec raffinement; mot d'importation américaine. « On commence par flirter avec une jolie fille. » (E. Augier, Les Fourchambault.)
Flopée, Flou. Foule. •— Grêle de coups.
Floquot. Tiroir, — dans le jargon des voleurs.
Flottant. Poisson.
Flottant. Bal de souteneurs.
Flottard. Aspirant à l'école navale. (L. Larchey.)
Flotte. Provision d'argent du mois, du semestre, arrérages.
— « La fiotte est arrivée, pour dire qu'on a reçu de l'argent, après avoir attendu quelque temps. Par allusion aux hottes des Indes. » (Le Roux, Dict. go~ mique.) Le mot n'est plus guère usité depuis une vingtaine d'années.
Flotte. Nombreuse société.
Flotter. Nager. — Faire flotter, noyer.
Flou, Flotiére. Rien, — dans
Flou-chipe. Floueur-chipeur.
On dit flou-chipe, comme on dit : démoc-soc.
Flouer. Jouer, en terme de grecs. — Filouter au jeu.
Flouerie. Vol adroit; espièglerie doublée de vol.
Floueur. Terme générique servant à désigner tout escroc, tout voleur qui exerce adroitement et sans employer la violence.
— Dans le jargon des filles,
c'est l'individu qui, après avoir promisbeaucoup, ne donne rien.
Flûte! Je m'en moque.
Fliite (Jouer de la). Prendre un clystère. — Joueur de flûte, flûtiste, infirmier. C'était autrelois jîw/Jewcw/, qui avait également le sens d'apothicaire. — « Peste du courtaud de boutique et du Uûtencul! » [Pièces comiques.)
Flûter (Envoyer). Envoyer promener. — « Ah! elle envoyaitjoliment/ïîifer le monde. »
vE. Zola.)
Flûtes. Jambes et principalement jambes maigres. — Se tirer des flûtes, se sauver. — « Faut s' tirer des flûtes. » (G. Marot, L'Enfant de la Morgue, 1880.)
Flûtiez (C'est comme si vous).
C'est comme si vous ne disiez rien. C'est la variante de : C'est comme si vous chantiez.
Flux (Avoir le). Avoir peur.
Fluxion. Peur, — dans le jargon des voleurs. — Pincer une fluxion, avoir peur.
Fœtus. Elève de première année à l'école de chirurgie militaire. (L. Larchey.)
Foirade, Foire. Peur. — Foirer, avoir peur. — Foireux, foireuse, poltron, poltronne.
Foire d'empoigne (Acheter à la). Voler. Revenir de la foire d'empoigne, rentrer les poches pleines d'objets volés.
Foisonner. Répandre une odeur iafecte soit personnellement, soit impersonnellement, — dans le jargon des voyous.
Ce doit être quelque fioriture du mot foiré, fuire, ou encore une déformation du mot « em-
MODERNE
poisonner » par le retranche ment des deux premières lettres et la substitution de i'F au P.
Folle du logis. Imagination; caprice. Le mot est de sainte Thérèse.
Foncer. Payer, compter. On disait autrefois pour exprimer la même idée : Foncer à l'appointement. « C'est une coutume fort établie à Paris, où la plupart des femmes coquettes font foncer leurs maris vieux et goutteux à l'appointement, pour entretenir de jeunes godelureaux qui leur repassent le bulle. » (Le Roux, Dict. comique, 1750.)
Fond de cale (Etre à). Ne plus avoir le sou.
Fondant. Beurre, — dans l'ancien argot.
Fondre. Disparaître, se sauver,— dansle jargon des voyous.
Fondre la cloche. Vendre un objet dont on partage le prix entre camarades ; avait aux xvn^ et xvm*' siècles le sens de terminer une affaire en train.
Fondrelatrappe (Faire). C'est,
en terme de coulisses, ouvrir et baisser une ti'appe.
Fondrière. Poche, — dans le jargon des voleurs.
Fonts de baptême (Se mettre sur les). Etre eugagé dans une affaire dont on voudrait bien sortir.
Forage (Vol au). Vol qui consiste à enlever une certaine quantité d'or aux bijoux et à la remplacer par du plomb ou du cuivre, en laissant intactos l'enveloppe et les marques du poin-
çon. — Ce genre de vol est particulier aux chineurs qui lui ont donné le nom de vol à la graisse.
Forcir. Grandir, se renforcer, — en parlant d'un enfant, — dans le jargon du peuple. Il forcit à vue d'œil.
Foresque. Marchand forain, dans le jargon des voleurs; changement de la dernière syllabe. (
Forêt noire. Nom d'un des anciens carrés du Temple. On désignait ainsi le quatrième carré aifecté aux marchands de savates et aux fripiers. — Les trois autres se nommaient : Le Carré du Palais-Royal, et comprenait les objets de toilette à l'usage des femmes; le Pavillon de Flore : literie et hardes; enfin le Pou-Volatit: chiifons, vieille ferraille et friperies sans nom.
Forfante. Charlatan, fourbe, hâbleur. (F. Michel.) C'est un dérivé de forfanterie. Le mot appartient à l'ancien argot.
Forger. Terme de maréchalferrant; se dit d'un cheval qui, en marchant, frappe les extrémités du fer de devant avec la pointe des pieds de derrière.
Forgerie. Mensonge. — Faux; faux document; c'est-à-dire pièce forgée.
Formiste. Peintre ou sculpteur qui soigne la forme, — dans le jargon des artistes.
Fort. Pour fort de la halle.
C'est ainsi qu'on dit par abréviation encore : fort aux poissons , fort aux blés , fort au beurre.
« Je descends les barqu's, j'vends des [contre-marques] » Et je suis fort au beurre. »
(A. Remy, L'homme incomparable, chaus.)
Fort que de jouer au bouchon (C'est plus). Se dit ironiquement d'une chose dont l'exécution ne demande ni force ni adresse.
Fortanche. Fortune, — dans le jargon des voleurs. — Bonne fortanche^ bonne fortune.
Fortification. Bande de billard; allusion de forme. — Etre protégé par les fortifications, être collé sous bande.
Fortin. Poivre. — Fortinière, poivrière, — dans l'ancien argot.
Fosse à Bidel. C'est un endroit assez obscur (à la préfecture de police) où il y a des prisonniers. [Lanterne du 26 janvier 1879.) Allusion aux fauves du dompteur Bidel.
Fosse commune. Table d'hôte à bon marché, Yarchc de Noé du XIX® siècle. — « Il sort de la table d'hôte à quarante sous.
En gastronomie on appelle cela, en terme de métier, la commune. » (L. Lespès.)
Fou (Etre). Etre perdu, — dans le jargon des voleurs qui ne se donnent pas la peine de prononcer le tu final.
Fouailler. Manquer d'énergie, craindre, manquer son effet.
Fouataison. Canne, — dans le jars"on des voleurs. — Fouataison lingrée, canne à épée. — Fouataison mastarée ^canne plombée.
Fouatter. Puer. — Fouatter du goulot, sentir mauvais de la bouche.
Foucade. Caprice amoureux.
Fouiller (Tu peux te). Tu
n'obtiendras rien, il n'y a rien pour toi. — « Veux-tu me rendre un service ? — Tu peux te fouiller. » Mot à mot : tu peux regarder dans tes poches pour voir si tu peux te le rendre. — Cette expression est encore prise dans le sens de : tu te trompes; s'il croit que je Vaime, il peut se fouiller. « Et Giianiptleury, Sarcey, Scholl, Zola, etc.. etc. peuvent se fouiller. » {L'Etrille, janvier 1879.) Fouilles (Des). Des bêtises!
— Non; jamais.
Fouillouse. Poche. — Bourse.
— Vieux mot en usage au xiv« siècle. La poche est l'endroit où l'on fouille.
Fouinard, Fouine. Poltron ; fuyard.
Fouiner. Avoir peur; décamper. — Espionner.
Fouineur, Fouinard. Rapporteur; petit espion de collège.
Foulage. Travail pressé. — Foulage de la rate, ardeur au travail. — Il y a du foulage, la besogne marche.
Fouler (Ne pas se la). En prendre à son aise. C'est mot à mot : ne pas se fouler la rate.
Foultitude. Multitude; foule.
— Foultitude de monde.
Four. Avant-scène des quatrièmes à l'Opéra. Elle est exclusivement réservée aux figurantes et il y fait chaud comme dans un four.
Four. Gosier. — Chauffer le four, boire.
Four. Omnibus; parce qu'on y enfourne les gens comme des pains.
Four. Insuccès ; chute d'une pièce de théâtre. — M. J. Duflot écrit fourre, du verbe se fourrer dedans. — Faire four, ne pas réussir, en être pour ses frais.
Au théâtre une pièce fait four lorsqu'elle ne réussit pas. — Un homme fait four auprès d'une femme, lorsqu'il en est pour ses frais d'amabilité et même pour ses frais d'argent. Celui qui s'est flatté de raconter une histoire bien amusante et qui ne fait rire personne, fait four
Fourbi. Petite filouterie ; peccadille; maraudage; pour fourberie. — Connaître le fourbi, connaître une foule de petites ficelles, de trucs à l'usage des militaires peu scrupuleux, — en terme de troupiers.
Fourbis. Métier. — Jeu.
« A c'fourbis-là, mon vieux garçon, » — Qu'vous m'direz — on n'fait pas for- [tune, » Faut un' marmite, — et n'en faut qu'une; » Y a pas d'fix' pour un paillasson. » {La Muse à Bibi, Le Paillasson.)
Fourche à faner. Soldat de cavalerie ; ainsi nommé dans le jargon des voleurs, parce que les soldats de cavalerie marchent ordinairement les jambes écartées par suite de l'habitude du cheval.
Fourchette. Voleur à la tire.
Fourchette. Baïonnette, — dans le jargon des troupiers. — Fourchette du père Adam, les doigts. — Se servir de la fourchette du père Adam, manger avec les doigts.
Fourchette (Belle). Convive de bel appétit. — « Belle fourchette!... Mes compliments! »
(Sardou. Daniel Rachat, acte m, se. 1.)
'^rchette (Avaler sa). Mourir, — dans le jargon du peuple.
« Et comme on dit vulgairement, » L'pauvre homme avala sa fourchette. » (A. Dalès, Les trois maris de madame Gobillard, chans.)
Fourchette (Marquer à la).
Entier un compte, comme si on l'inscrivait avec les quatre dents d'une fourchette.
Fourchu. Bœuf, — dans le jargon des voleurs.
Fourgat, Fourgue. Receleur.
Fourgature. Objet volé dont on fait de l'argent.
Fourguer. Vendre à un receleur.
Fourline. Voleur habile. — Association de malfaiteurs.
Fourliner. Voler avec adresse.
Fourlineur. Voleur à la tire.
Ce sont les successeurs des anciens tirelaines. (Canler, 1862.)
Fourlourd. Malade, — dans le jargon des forçats. — Ces messieurs appelaient fourlourde l'infirmerie du bagne.
Fourlourer. Assassiner. — Fourluureur, assassin, — dans le jargon des voleurs.
Fourmillante. Foule. — Fourmiller, marcher dans la foule.
Fourmilion. Marché. — Fourmilion à gayetSj marché aux chevaux, fourmilion à cabots, marché aux chiens, fourmilion au beurre, la Bourse.
Fournaliste. Ouvrierconfiseur qui travaille au fourneau et fabrique pralines, sucres d'orge et sirops.
Fourneau. Imbécile, — dans le jargon des voyous.
Fourneau, Fourneau philanthropique. Misérable, — dans le jargon des voyous, qui ont remarqué que ce n'étaient pas précisément les millionnaires, qui faisaient la queue devant la porte des fourneaux économiques.
Fournil. Lit, — dans le jargon des voleurs.
Fournier. Chef de cuisine dans un café. « Il faut savoir bien manipuler le café et faire la cuisine. On est chargé de préparer les déjeuners, d'apprêter et servir le café aux consommateurs. )> (Le Livre des métiers faciles^ 1855.)
Fournir Martin. Porter une grande pèlerine de fourrure à l'usage des cochers et des valets de pied de grandes maisons. — Quand les voyous rencontrent un de ces domestiques ainsi couverls, ils disent : Encore un qui fournit Martin, c'est-à-dire, qui fournit à l'ours Martin sa fourrure.
Fourrager. Chiffonner... la
collerette.
Fourrageur. Particulier qui aime à chiffonner... la collerette.
Fourrer (S'en). Se bourrer de nourriture. — S'en fourrer jusqu'au coude, manger outre mesure. — Se fourrer de bons morceaux par le bec, faire bonne chère.
Fourrier. Elève reçu dans les premiers numéros à l'Ecole polytechnique.
Fourrier. Garçon de café préposé aux demi-tasses; ganymède en tablier blanc.
Foutaises. Niaiseries, propos en l'air, objets sans valeur.
Foutimacer. Dire des niaiseries; ne rien faire qui vaille.
Foutimacier, Foutimasseur.
Diseur de niaiseries. Mauvais ouvrier. — Et foutimacière au féminin.
Foutre du peuple (Se). Se moquer du monde. Quand quelqu'un dit une grosse bêtise avec assurance, ou débite un gros mensonge, quand quelqu'un livre un ouvrage par trop mal fait, il court le risque de s'entendre dire : « Est-ce que vous vous foutez du peuple ? »
Foutre un coup (N'en pas).
Fainéanter, ne pas faire œuvre de ses dix doigts, — dans le jargon des ouvriers. Il n'en fout pas un coup depuis deux jours.
Foutriquet. Homme nul ; homme de très petite taille.
« Petit foutriquet «, sobriquet donné par le maréchal Soult en pleine Chambre, à un de nos plus petits hommes d'Etat, sous le rapport de la taille.
Foutu. Perdu, ruiné. Mauvais.
— Mal foutu, mal fait, mal habillé.
Frac. Paletot, redingote, — dans le jargon des voleurs. Tout ce qui n'est pas une blouse est un frac pour eux.
Fracassé. Vêtu d'un paletot,
— dans le même jargon.
Fraîche. Gave, — dans le jargon des voleurs.
Fraiche (Aller à la). Avoir froid, subir une température très froide. — Nous avons été bien à la fraîche Vhiver dernier.
Frais (Etre). Etre dans une mauvaise situation ; craindre un danger.
Frais (Arrêter les). Ne pas aller plus loin dans une entreprise, arrêter, réduire ses dépenses. Allusion au terme « d'arrêter les frais » emprunté au langage des huissiers.
Frais (Mettre au). Emprisonner.
Franc. Complice. — Endroit fréquenté par des voleurs. Tapis /ranc, cabaret fréquenté par des voleurs. — Franc de campagne, affilié à une bande de voleurs et chargé d'aller aux renseignements, à la découverte des affaires.
Franc de maison. Logeur de voleurs. C'est un receleur qui tient une sorte de bureau de placement à l'usage des filous et des escarpes. Dans les grandes occasions, il met la main à la pâte et va travailler avec ses pensionnaires.
Franc-bourgeois. Voleur qui exploite les hautes classes de la société.
Franc-fileur. Nom donné à celui qui, pour échapper au siège, avait quitté Paris pendant la guerre de 1870. Par opposition à franc-tireur.
France qui pleure (Cheveux
à la). Coitture adoptée par les femmes après la guerre de 1 870- 71 : cheveux coupés de manière à couvrir presque entièrement le front, en figurant la calotte.
Francilien. Français jp-anciTlonne, française.
Frangin, Frangine. Frère, sœur. — Frangine, sœur de cha-
rite, — ■ dans le jargon des détenues qui les appellent encore :
« Nonnes ». — Frangin da6, oncle; frangine dahesse, dabusche, tante.
Frappart (Père). Marteau.
Frappe-devant. Marteau de forgeron, (c Bras nus et le frappedevant à la main, des ouvriers forgent des vélocipèdes. » (Maxime du Camp, Paris, t. III, 1875.)
Fraternellados, Inséparables.
Cigares à trois sous les deux.
La régie les appelle des esquichados parce qu'ils sont aplatis.
Frégate. Emigré de Gomorrhe, — dans le jargon des voleurs.
Frémion. Violon, — dans l'ancien argot.
Frêne. Toupie de deux sous, •^ dans le jargon des enfants.
Fréquenter (Se). Se livrer à l'onanisme.
Frère. Typographe qui fait pai Lie de la société typographique.
Frère et ami. Coreligionnaire en démocratie. — Faubourien, — dans le jargon des bourgeois réactionnaires. — « Quelquefois un frère et ami, possédant déjà un plumet bien senti, s'égare dans un de ces cafés. » (F. d'Urville, Les Ordures de Paris.) — « Aussi les frères et amis veulent essayer, le soir, d'y opposer la leur (leur manifestation). » (L'UniverSy 1*' juillet 1880.)
Frérot de la cuque. Frère en vol; terme d'amitié de voleur à voleur; frérot est pour petit frère.
Friauche. Condamné à mort qui s'est pourvu en cassation.
Fric-Frac. Effraction.
Fricassé. Ruiné, perdu.
Fricassée, Fricassée de museaux. Embrassade, — dans le jargon des paysans de la banlieue de Paris."
Fricasser. Dépenser. — Fricasser tout son argent.
Fricasseur. Celui qui mange sa fortune, son patrimoine.
Celui qui fricassé sa fortune dans la casserole des plaisirs parisiens.
Frichti. Repas de famille. — Ragoût de ménage. Les gens qui n'ont pas d'argot emploient à tort frichti dans le sens de grand dîner.
Fricoter. S'amuser; tripoter à la Bourse, dans le commerce.
— Dans le jargon des typographes, c'est le synonyme de chiquer des sortes. — Fricoter de l'argent, dépenser de l'argent.
Fricoteur. Typographe qui prend des lettres dans la casse des autres.
Fricoteur. Soldat qui aime à faire bombance aux dépens des autres, à manger et à boire avec l'argent des camarades, — dans le jargon des troupiers.
Frigousse. Fricot ; cuisine ; repas. -- Frigousser, faire la cuisine; manger.
Frileux, Frileuse. Poltron, poltronne.
Frimage. Confrontation
Frime, Frimousse. Figure, physionomie. — Frime à la manque^ borgne, défiguré.
Frimer. Regarder. — Faire figure. (L. Larchey.) Faire frimer, confronter, — dans le jargon des voleurs,
Frimousseur. Tricheur. — Frimousser, tricher. C'est mot à mot : se donner les figures, « frimousses, » du jeu.
Fringue. Toilette, vêtement dé luxe, — dans le jargon des voleurs.
Fringuer. Habiller. — Se fringuer, s'habiller. — Bien fringvé, bien mis. — Lésebombe bien fringuée, fille publique bien mise, — dans le jargon des voleurs.
Fripe. Cuisine. — Pique-nique. — JFnpe sauce, marmiton.
— Faire la fripe, faire la cuisine; c'est cuisiner dans une poêle ou dans un poêlon.
Friper. Manger. — Dépenser mal à propos.
Friperie. L'ensemble des vêtements qui couvrent une personne et, par extension, le corps lui-même. « Gare une irruption sur notre friperie ! » (Molière, Dépit amoureux.) — Se jeter sur la friperie de quelqu'un, battre, maltraiter quelqu'un; particulièrement usité au xvn® siècle.
Fripier. Verre. (Fr. Michel.)
Fripouille. Vaurien. — C'est de la fripouille, se dit d'un objet sans valeur. — Dérivé de fripe, friperie.
Friques. Vieilles hardes, — dans l'ancien argot, pour frusques.
Friquet. Mouchard.
Frire. Manger. — Bien à frire, rien à manger.
Frire des œufs. Préparer un méchant tour. (L. Larchey.)
Frire un rigolo. Voler à l'accolade, voler à la méprise. — « Eh ! ce cher ami, comment va-t-il, que je l'embrasse... Ah!
pardon, monsieur, je vous prenais pour un tel. » A la faveur d'une étreinte bien sentie, la dupe est volée, le rigolo est frit.
Frisé. Juif, — dans l'ancien argot. Allusion aux cheveux de la race hébraïque qui frisent naturellement.
Friser à plat. Ne pas friser du tout; porter les cheveux longs et plats.
Frises (Toucher les) . Déployer un très grand talent dans une scène. C'est le sic itiir ad astra.
Les frises sont les bandes de toile qui figurent soit des nuages, soit un plafond. Frederick!
Lemaître touchait souvent les] frises.
Frit (Etre). Etre condamné.
— Etre perdu, ruiné. — Allu-J sion aux flammes éternelles dont lesprédicateurs efFrayaienI le peuple. « Vecy deux dyablcs qui portent une poëlle, afin qu( je sois frit dedans en pardura* bleté. » {La Fleur des comman-* déments de Dieu, extrait d'un ser-^ mon de Pierre de Cluny, cité par Ch. Nisard.)
Frites. Pommes de terre fri-1 tes. — Pour deux ronds de frites.,
Frocard. Congréganiste. — « Quatre gendarmes pour mettre lesfrocards dehors et fermer la porte, cela suffit. » [Lanterne du 5 mai 1880.)
Froid aux yeux (Ne pas avoir). Avoir du courage.
Froisseux, FroUand. Médisant, traître.
Froller, FroUer sur la balle.
Médire; maltraiter.
Fromage (Manger du). Bisquer, rager. Les enfants disent entre eux en ratissant un de leurs doigts sur l'autre : Tu bisques, tu rages, tu manges du fromage. — « Victoire! foutre !
victoire! aristocrates, que vous allez manger du fromage! » (Le père Duciiêne.)
Fromage (Il nous fera manger du). Il est à toute extrémité ; nous irons à son enterrement.
Allusion à lacollation que prend, chez le marchand de vin, le peuple, au sortir du cimetière, collation composée de pain et de fromage arrosés de quelques litres.
Fromgi. Fromage, — dans le jargon du peuple.
Front dans le cou (Avoir le).
Ne pas avoir de cheveux.
Fretin. Billard. — Coup de frotin, partie de billard.
Frotte (La). Traitement de la gale à l'hôpital Saint-Louis où les galeux se frottent mutuellement avec de la pommade soufrée, suivant le précepte de la maison : « Frottez-vous les uns les autres ». Passer à la frotte, suivre le traitement antigaleux.
Frou-Frou. Passe-partout, — dans le jargon des voleurs.
Frousse. Peur, — dans l'ancien argot.
Fruges. Bénéfices, prélèvements sur la vente, — dans le jargon des employés de commerce.
Fruit sec. Elève d'une école spéciale qui n'a pas réussi à ses derniers examens. — Sortir fruit sec de l'Ecole Polytechnique. — Fruit sec se dit par extension pour désigner celui qui, n'ayant pas réussi dans une profession libérale, en a embrassé une autre, ou qui est allé grossir le bataillon des déclassés.
Frusque, Frusquin. Vêtement. — Frusques boulinées, vêtements usés, déchirés. — Planquer ses frusques j engager ses effets au Mont-de-Piété.
Frusquiner (Se). S'habiller.
— Frusquincur, tailleur.
Fume et qui ne crache pas (Un qui). Tabatière humaine sortant du four.
Fumé (Etre). Ne plus rien posséder; être volé. « Faut pas accorder ta confiance au premier venu ! le second serait fumé. » (Gavarni.)
Fumé une pipe neuve (Avoir).
Etre malade par suite d'ivres.se.
Fumelle, Fume. Femme; par altération pour femelle.
Fumer sans tabac. Etre en colère; s'impatienter.
Fumer à froid. Aspirer, souffler dans une pipe culottée dont le tabac est absent. — Faire le simulacre de fumer, quand on n'a pas de quoi acheter du tabac.
Fumeron. Hypocrite.
Fumerons. Jambes.
Fumier. Sale femme; horrible créature. Va donc, fumier!
Fimiiste. Mauvais plaisant. — Farce de fumiste, plaisanterie de mauvais goût.
Fumiste. Tout individu qui ne
Forte pas un uniforme, — dans argot des polytechniciens. — Etre en fumiste, être habillé en civil, avoir endossé des habits de ville.
Fumisterie. Mauvaise farce, plaisanterie de fumiste. Les fumistes n'étant pas en général parfaitement éduqués, il s'ensuit que leurs plaisanteries ne sont pas toujours d'un goût très délicat.
Fuseaux. Jambes de femme, minces du bas et fines du haut.
Fusée. Résultat de l'indigestion. Violente projection de la nourriture congédiée par l'estomac ; elle part au loin comme une fusée.
Fuser. Restituer un purgatif.
Fusil d'épaule (Changer son).
Changer d'opinion pohtique. —
Tenir un langage opposé à celui qu'on avait tenu.
Fusil. Gosier. — Se rincer le fusil, boire. N'avoir rien à se mettre dans le fusil^ n'avoir rien à manger.
Fusil de toile. Sac à argent.
— Aller à la chasse avec un fusil de toile, aller à l'encaissement.
Fusiller. Dépenser. Fusiller le fade, dépenser le produit d'un vol, — dans le jargon des voleurs. Fusiller son pèse, dépenser son argent, — dans le jargon des ouvriers.
Fusiller. Faire pleuvoir de petits jets de salive en parlant.
— Donner un mauvais dîner. Il a fusillé ses invités.
Fusiller le pavé. Se moucher en comprimant alternativement l'une et l'autre narine avec l'index.
G (La cote). Objets insignifiants qu'un clerc de notaire s'approprie pendant les inventaires. (Littré.) — G pour j'aj, — dans le jargon de MM. les clercs, amis du calembour.
Gabari (Passer au). Perdre, perdre aujeujêtre vaincu, —dans le jargon des ouvriers du fer.
Avoir passé un camaro au gabari, avoir gagné une partie de cartes à un camarade.
Gabatine. Raillerie, plaisanterie, tromperie; vieux mot français.
« La gabatine est franche et la ruse sub- [tile. ..] {Le Docteur amoureux, comédie.) « Il est vrai, notre nation » Donne souvent la gabatine. »
(Scarron, Poésies.) « Galans fiéfés, donneurs de gabatine. » (Deshouiières.)
Gabegie. Fraude; cachotterie.
Gâchage. Désordre, gaspillage. — Gâcheuse, gaspilleuse.
Gâcher serré. Travailler avec ardeur; terme emprunté aux maçons.
Gâcher du gros. Sacrifier à la compagnie Lesage.
Gadin. Bouchon, — dans l'ancien argot.
Gadin. Chapeau délai)ré, chapeau qui arbore des tons roux.
Gadin. Soulier; abréviation
de riijadin.
Gadoue. Sale femme. Mot à mot : femme qui se traîne dans la yadoue, la boue.
Gaffe. Balourdise. Faire gaffe sur gaffe.
Gaffe. Patrouille; gardien, guichetier. — Gaffe des mâchabées, gardien de cimetière. — Gaffe à gayet, garde municipal à cheval. — Gaffe de sorgue, gardien de nuit dans un marché.
— Etre en gaffe, être en faction.
Gaffe. « Cette main est terrible, c'est-à-dire dans l'argot significatif du jeu, une vraie gaffe! » (A. Cavaillé.) Elle tire tout l'argent des pontes vers le banquier comme ferait une gaffe.
Gaffer, Faire gaffe. Surveiller. — Gaffer la mirette, ouvrir l'œil.
Gaffeur, Gaffeur de braise.
Caissier, — dans le jargon des voleurs. Mot à mot : celui qui garde l'argent.
Gaffier. Voleur qui rôde aux halles centrales pour faire récolte de porte-monnaie dans la poche des ménagères et des bonnes.
Gaga. Pour gâteux, crétin.-— Tiens! Amanda et son gaga.
Gahisto. Diable, — dans l'ancien argot, du basque gaiztoa, mauvais.
Gai. Légèrement gris. Mot à mot : mis en gaieté par la boisson.
Gail, Gayet. Cheval, -^ dans l'ancien argot. Remis en circulation depuis quelque temps, principalement par les maquignons.
Gaillon. Cheval. C'est une forme nouvelle de gail, gaye.
Les cochers de fiacre appellent leurs chevaux tantôt d es gai7/o/2S, tantôt des canards.
Galapiat, Galapiau. Galopin, mauvais drôle, — dans le jargon du peuple.
Gaïbeux. Qui a du galbe, de l'élégance, — dans le jargon des
f)eintres. « Rien ne vaut encore e bon gommeux disant, avec son accent à lui, du vaudeville qu'on vient déjouer: « C'est excessivement galbeux, tout ce qu'il y a de plus galbeux! »
{Figaro du 5 nov. 1878.) — Le mot galbeux, parti des ateliers d'artistes, est un mot qui a fait son chemin. Il est très fréquemment employé, non seulement par les gommeux, mais encore par les ouvriers.
Gale (Mauvaise). Femme acariâtre, mauvaise langue.
Galérienne. « Sous les sombres galeries qui bordent, au rez-de-chaussée , la salle de danse du Casino, se tiennent volontiers des femmes grasses et maquillées... On les appelle Galériennes, parce qu'elles font galerie. » [Ces Dames du Casino, 1862.)
Galette. Grand, complet, — dans le jargon des Saint-Gyriens.
Galette. Argent. Boulotter sa galette, manger son argent, — dans le jargon des voyous.
Galette. Individu sans intelligence.
Galette. Mauvais petit matelas aplati comme une galette.
Galettes. Souliers ramassés dans la rue par les chiffonniers et vendus deux sous la paire aux ribouiseurs.
Galfatre. Glouton.
Galifard. Cordonnier.
Galifard, Galifarde. Apprenti, apprentie, — dans le jargon des marchands du Temple.
Galiotte (Faire une). Tricher au détriment de ses associés et au profit d'un compère. — On fait généralement la galiotte à l'écarté : deux grecs tiennent les cartes; l'un met cinq louis devant lui, ses associés le renforcent d'une cinquantaine ou d'une centaine de louis. Le compère tient tout et gagne tout, grâce au soin qu'a pris le premier grec de lui donner un jeu magnifique.
Galoche. Jeu de bouchon.
Galons d'imbécile. Chevrons au-dessus du coude servant à marquer le nombre d'années de service dans un régiment.
Galopin. Apprenti, terme d'amitié dont se servent les ouvriers pour stimuler le zèle de l'apprenti.
Galopin (Petit). Petite chope de bière. Le galopin se vend quinze ou vingt centimes.
Galoubet. Voix. — Avoir un bon galoubet, avoir une belle voix. — Galoubet fêléj voix fausse, éraillée.
Galtos. Gamelle, — dans l'argot des marins. Passer à galtos, manger à la gamelle.
Galtron. Petit cheval, — dans l'ancien argot.
Galuche. Galon. — Galucher, galonner.
Galuchet. Valet d'un jeu de cartes. « Je donnais jusqu'à cinq heures du soir et je voyais flotter sur mon traversin la grande ombre de Galuchet. « (Ed. About, Trente et Quarante.)
Galupe. Femme, — dans le jargon des voyous; c'est-à-dire peau à gale.
Galure. Chapeau haute forme, par abréviation de galurin, — dans le jargon des ouvriers. — Qui s'est assis sur mon galur'e'?
Qui s'est trouvé mal sur mon galure ?
Galurin. Chapeau. « Vous mettez votre galurin? » (Huysmans. Les Sœurs Vatard.)
Galvaudage. Flânerie crapuleuse, dégradation morale. — Mauvaise fréquentation. Se livrer au galvaudage, s'encanailler de parti pris.
Galvauder (Se). S'encanailler à plaisir, se traîner moralement dans la boue.
Galvaudeux. Vagabond. — Mauvais sujet. — Homme de peine qu'on emploie tantôt à une besogne, tantôt à une autre.
Galvaudeux. Individu qui se plaît dans la fréquentation de la crapule, celui qui s'encanaille par goût.
Galvaudeuse. Coureuse; femme adonnée à la prostitu-
tion subalterne. — « A côté de ce groupe bruyant de galcaudeuses, s'en forme un plus sérieux. » (F. d'Urville, Les Ordures de Paris.)
Gambettiste. Partisan de la politique de M. Gambetta; admirateur de M. Gambetta. — Fonctionnaire nommé par M.
Gambetta, à l'époque de la guerre de 1870-71. — Préfet, général gambettiste.
Gambillard. Bon marcheur.
Gambille. Jambe.
Gambiller. Danser; sauter. — GambiUeur, gambilleuse, danseur, danseuse. — GambiUeur, gambilleuse de tourtouse, danseur, danseuse de corde.
GambiUeur. Bourreau. « L'même gambilleur qui t'a marqué sur J'épaule gauche t'a bien marqué. » [Le nouveau Vadé, 1824.)
Gambilleur. Homme politique qui saute en l'honneur de tous les régimes, pourvu qu'il y trouve quelque avantage.
Gambriade. Danse échevelée.
Gamelage. Dénonciation, — dans le jargon des voleurs. — Gamelcr, dénoncer. C'est une forme nouvelle de l'ancien et classique manger le morceau: gameler, c'est-à-dire manger dans la gamelle.
Gamelle. Auge de maçon.
Gamelle (Tremper une). Synonyme de ti'cmper une soupe, — dans le jargon des ouvriers; c'est-à-dire porter des coups, assommer de coups. — Dans le jargon des vo ours, l'expression n'est qu'une variante de yameler
et a également le sens de dénoncer.
Gamet. Raisin des environs de Paris, raisin qui sert à faire le ginglard.
Gamme (Monter une). Administrer une correction à un enfant jusqu'à ce qu'il crie. — Les gosses gueulent à la tortore. — Monte-z'y leur une gamme et qu'ils nous f... la paix: — Les enfants demandent à manger. — Batsles et qu'ils nous laissent tranquilles. (Fragment d'une conversation faubourienne prise sur le vif.) Gamme signifiait, au xvii»
siècle, réprimande, récrimination, comme le prouvent les exemples suivants :
« Je m'en vais le trouver et lui chanter [sa gamme. »
(Molière.) « Avec dame Junon, sa femme, » Qui souvent lui chante la gamme. »
(Scarrou.)
Gance. Société nombreuse et mal choisie.
Gandille. Epée, — dans l'ancien argot.
Gandin. Duperie, attrape-nigaud. Hisser un gandin à un go7ise, tromper un individu. — Monter un gandin, — dans le jargon des revendeurs du Temple, signifie chauffer l'article, harceler le client pour lui faire acheter quelque chose.
Gandin. Dandy dégénéré.
Homme à la mise recherchée, prétentieuse et ridicule. D'où vient-il? Est-ce de gant? Est-ce de l'ancien boulevard de Gand?
Est-ce du nom d'un des personnages — Paul Gandin — des Parisiens de la Décadence, de Th. Barrière? Est-ce de gandin, attrape-nigaud, en retournant
la signification : nigaud attrapé?
Est-ce de dandy, avec changement du D en G, addition d'un N et réintégration de l'Y en I?
Je ne sais. — Le gandin s'éteignit en 1867, en laissant sa succession au petit-crevé qui creva en 1873, en léguant son héritage au gornmeux, qui le léguera à un autre, et ainsi de suite jusqu'à la consommation des siècles.
Gandin. Fort, — dans le jargon des barrières. // est rien gandin.
Gandin d'altèque. Décoration honorifique; ruban de décoration. Gandin pour gaudin, jeu de mots argotiques, par à peu près. Gaudin veut dire peinture décorative, décoration d'appartements.
Gandisme, Gandinisme. Manière d'être du gandin. Art d'élever la toilette à la hauteur d'une institution. Qt'esidandisme avec changement de la première lettre. Dandysme pourrait bien être la véritable étymologie.
Gandouse. Pour gadoue. Boue et môme excréments humains.
« Tous les gêneurs qui f... de la gandouse sur la route de Marianne. » {Le Titi, 1879.)
Gant jaune. Fashionable de
Ganter. S'adapter à, en parlant d'un vêtement. Cette robe la gante. — Convenir : Cette femme le gante. — Ganter juste, être avare; ganter large, être généreux, — dans le Jargon des demoiselles entretenues.
Gants. Pourboire donné à ces dames; le pourboire de la prostitution. — « On donne ce qu'on
veut à la femme pour ses gants. »
(F. d'Urville, Les Ordures de Paris, 1874.)
Garçon, Garçon de Cambrouse.
Voleur, — dans le jargon des paysans des environs de Paris.
— Garçon de campagne, voleur de grand chemin. — Brave garçon, bon voleur. •
Garçon à deux mains. Garçon boucher qui travaille tantôt à l'abattoir, tantôt à Fétal. (Vinçard.)
Garde nationale (Etre de la).
Faire partie du régiment de Sapho, avoir un goût prononcé pour les plaisirs saphiques, — dans le jargon des filles. — Encore une qui est de la garde nationale.
Garde-manger. Postérieur. — Lieux d'aisances.
Gardes nationaux. « C'est ainsi qu'à Mazas, on a baptisé les haricots. » (^'igfaro du 1 5 sept. 1880.)
Garé des voitures. Rangé; retiré du tourbillon des plaisirs.
Gargamelle, Gargouenne, Gargouille. Gosier. « Le froid humide du dernier voyage m' ayant enroué la gargamelle comme une charrette mal graissée. » [Epître aux curieux , frontispice des chansons de Gaultier-Garguille.)
Gargariser (Se). Boire la goutte.
Gargariser (Se). En terme de théâtre, c'est, pour un artiste dramatique, faire ronfler les R; pour un artiste lyrique, c'est faire rouler les notes. Le mot est du chanteur Martin.
Gargariser (Se). Se livrer, au piano, à une débauche d'arpé-
ges. — « Les joues enluminées, Ségurola, au piano, déchaînait une tempête de gammes vertigineuses. Aristide lui cria : Dis donc, auras-tu bientôt fini de te gargariser? » (Hennique, La Dévouée.)
Gargariser le fusil (Se). Boire lar goutte, — dans le jargon des soldats d'infanterie. C'est une variante du « gargariser » de Rabelais : « Bâille que je gargarise. »
Gargarisme. Petit verre.
Gargarisme, Gargouillade.
Borborygmes; le cri des boyaux en détresse.
Gargarismes. Débauche d'arpèges.
Gargot. Restaurant de bas étage.
Gargot. Entrepreneur d'abalage pour bouchers et charcutiers. Celui qui débite de la viande aux bouchers et aux charcutiers.
Gargoter. Faire de la mauvaise cuisine, de la cuisine qui rappelle celle des gargots.
Gargouiller. Crever la faim; avoir des borborygmes, faire de la musique avec ses boyaux.
Gargue. Bouche, — dans le jargon des voleurs. — Ivoires en gargue, dents blanches.
Garibaldi. Biscuits secs farcis de raisins de Corinthe. Ce sont les petits-fours des petits bourgeois qui donnent de petits thés.
Garibaldi (Coup de). Coup de tête porté par un malfaiteur dans le creux de l'estomac de celui qu'il veut dépouiller. (L.
Larchey.) Ce coup se nomme
encore : « Coup de bélier, coup de la rencontre », et le vol aui le suit : « Vol à la dure ».
Garnafe. Fermier, — dans l'ancien argot.
Garnison. Réunion de poux sur une seule et même tête. — Collection de vermine dans un logement.
Garno. Garni, par antiphrase, sans doute. — Misérable chambre, misérable cabinet dégarni de meubles; un lit, une chaise et, quelquefois, une commode, voilà l'ameublement du garno.
Garno. Hôtel garni. Les garnos de dernier ordre fréquentés par la crapule de Paris ont reçu des noms typiques; en voici quelques-uns : le Pou volant, le Grand Collecteur, le Chien mort, la Gouape, la Retape, la Carne, la Camarde, la Boîte à Domange, la Débine, le Corbillard, la Loupe, la Gadoue, V Auberge des Claque- Dents, la Charmante, la Punaise enragée, la Ruine, l'Abattoir, la Pégrotte, la Bérésina, le Choléra, le Grand-Pré, tous noms qui présentent une signification sui generis, qui dégagent une odeur de crime et de vermine.
Gaspard. Chat, rat, — dans le jargon des chiffonniers. C'est le nom du chat et du rat dans leurs rapports avec la hotte.
Gat. Chat, — dans l'ancien argot; mot emprunté au provençal gat, de l'espagnol gato.
Gâteau feuilleté. Soulier dont la semelle se divise.
Gâteaux. Fragments de nuages apportant dans leurs flancs des amours de six ans ou des talismans envoyés du royaume
des fées, — dans le jargon des coulisses. (J. Dutlot.)
Gàte-pâte. Lutteur redoutable. (L. CUidel.)
Gâteuse Long pardessus avec patte derrière formant ceinture, sorte de robe de chambre à l'usage des hommes et des femmes depuis 1873. « Que nous fait, je vous le demande, que le maréchal Canrobert ait fait son entrée dans Rome avec une redingote poudreuse et M. Patrice de Mac-Mahon avec une gâteuse ? » (John Lemoinne, Journal des Débats^dn \ 8 janvier i 878.)
Gâteux. Très sot, énormément bête.
Gauche (A la). A la queue, — dans le jargon des soldats de cavalerie. Vous arrivez en retard, mettez-vous à la gauche. La gauche est tout ce qui n'est pas bon. — Jusqu'à la gauche signifie, dans le même jargon, jusqu'à ce que vous n'en puissiez plus, jusqu'à la mort. Vous trotterez jusqu'à la gauche, sHl le faut.
Gauche (Aller à). Aller prendre ses repas, — dans le jargon des employés de magasins de nouveautés. — Dans presque tous ces magasins, la salle à manger est à gauche, les lieux d'aisances sont à droite. De là :
aller à gauche, être à gauche, aller à droite, être à droite, pour établir la différence des fonctions.
Gaudineur. Peintre en décors.
— Du vieux mot gaudine, bosquet.
Gaules de schtard. Barreaux de fer d'une prison.
Ganz. Poux, vermine. — Es-
tourbir des gaux, tuer des poux.
Gavache. Auvergnat, habitant d'un pays de montagnes.
Gavache. Poltron. « Et moi plus qu'un enfant, capon, flasque, gavache. » (Petrus Borel, Rhapsodies, 1831.)
Gaviot. Gosier; d'où gavé. — Avoir le gaviot à sec, être altéré.
Gavot. Compagnon indépendant. — Les Gavots et les Décorants étaient ennemis et se battaient toutes les fois qu'ils se rencontraient. « Ils se nomment compagnons du Devoir de Liberté, afin précisément qu'on ne les confonde pas avec vous autres Dévorants, qui n'êtes partisans d'aucune liberté. » (George Sand, le Compagnon du tour de France.) Le mot gavot, dans la bouche d'un Dévorant, était une injure à l'adresse du compagnon indépendant.
Gavroche. Gamin de Paris.
Le voyou sublime, type créé par M. V. Hugo dans les Misérables.
Gaz. Eau-de-vie. Prendre un gaz, prendre un verre d'eau-devie. Le gaz allume l'ivrogne.
Gaz. Yeux. — Allumer son gaz, regarder avec attention. — Fermer le gaz, dormir.
Gaz dans l'estomac (Avoir une fuite de). Sentir mauvais de la bouche.
Gaz (Lâcher le). Faire à voix basse l'éloge du haricot de Soissons.
Gazier. Celui qui a l'habitude de lâcher le gaz; le panégyriste du haricot.
Gazon. Chevelure authentique, — dans le jargon du peu-
pic. — Ne plus avoir de gazon sur la pelouse, être chauve.
Gazon. Chevelure apocryphe, perruque « jouant la nature », comme s'expriment les prospectus et les traités de littérature de pissotière. — « Je mets mon gazon, mes favoris, mon tuyau de poêle en toile cirée et me voilà cocher. » (X. deMontépin, Le Fiacre n° 13.)
Gazouiller. Sentir mauvais.
Le gaz répand une odeur insupportable; d'où gazouiller dans le sens de puer. « Oh! là, là, ça gazouille, dit Clémence, en se bouchant le nez. » (E. Zola.)
Geffrard. Double cinq d'un jeu de dominos; par allusion à la couleur du président Geffrard.
Geigneur. Pleurnicheur sempiternel qui passe sa vie à geindre.
Gendarme. Hareng-saur.
Gendarme. Cigare d'un sou à bout coupé.
Gendarme. Breuvage composé de vin blanc, de sirop de gomme et d'eau; très apprécié des ivrognes les lendemains des jours de fêtes bachiques. Dans leur reconnaissance, ils ont nommé le même mélange : un « protecteur ».
Gendarme. Gaillarde qui vaut un et quelquefois deux hommes.
L'ouvrier parisien appelle volontiers sa femme « mon gendarme, le gendarme », quand elle est criarde, ou quand elle est maîtresse au logis, ou quand elle vient en gesticulant l'arracher aux douceurs du cabaret.
Gendarme^ déguisé en bourgeois. Canne à épée. « Ah! lit-il,
en repoussant viyement le poignard, ton gendarme déguisé en bourgeois. » (V. Hugo.)
Gendarmes. Moisissures qui attaquent le vin, lorsqu'une barrique tire à sa fin.
Gêneur. Importun personnage qui fait de la morale à des gens qui ne demandent qu'à s'amuser. Le peuple les envoie à Chaillot rejoindre tous ceux qui l'ennuient. A Chaillot les gêneurs!
Géniteur. Père. « Trois ans se sont écoulés depuis que mon géniteur a cessé d'exister et de gouverner la France. » (Armand Charlemagne, Les trois B, 1809.)
Genou. Crâne dénudé. — Homme chauve. — Onvoitbeaucoup de genoux à l'orchestre de la Comédie-Française.
Genre (Se donner un). Vouloir paraître ce qu'on n'est pas.
— Se donner un genre artiste, militaire. — Se donner du genre, singer les grandes manières.
« Ne pas dîner pour s'acheter des gants. »
Genreux. Elégant, celui qui fait du genre, — dans le jargon du peuple. « Une histoire scandaleuse, dont potine à cette heure tout le Paris genreux. »
[Petite Lune, 1879.)
Gens de lettres (Société des).
Chantage par lettre. — Faire partie de la Société des gens de lettres, adresser une lettre à quelqu'un en le menaçant de mort, s'il ne dépose pas une certaine somme à un endroit désigné. En pareil cas, la marche à suivre est de porter immédiatement l'épître au commissaire de police.
Gerbable. ]\^nacé d'une condamnation . — Gerbe, condamné.
Gerbement, Gerbe. Jugement.
' — Gerber, juger; condamner.
— Gerber à la passe, yerber à la faux, condamner à mort. La passe, pour le passage de la vie à la mort. — Gerbier, juge, juré.
— Gerberie, tribunal. — Planque du gerbe, cour d'assises.
Gerbierres. Fausses clés.
Gerce. Maîtresse,
dans le
jargon des voleurs. C'est garce, avec changement d'une lettre.
Gérontocratie. Rabâchage , routine, idées surannées. M. Ed.
About s'est souvent servi de ce mot.
Gésier. Gosier. — Se laver le gésier, boire un coup.
Get, Geti. Jonc, — dans l'ancien argot.
Gibus. Chapeau, chapeau à claque, du nom du fabricant.
Gicler, Gigler, Giscler, Jicler.
Jaillir, rejaillir, couler en jet.
— Le sang giscle d'une blessure.
— JjCs gens qui chiquent gisaient en crachant. — Manière de cracher particulière aux gens qui mâchent du tabac.
« Puis, v'ian, par je ne sais quels cribles, •> Par mille pertuis invisibles, » Une eau nous jicle sur les pieds. » (A. Pommier, Paris.)
Gigolette. Apprentie ouvrière doublée d'une danseuse de bals publics. Comme son mâle, le gigolo, type éteint, la. gigolette est venue "à l'époque du succès des Mystères de Paris. C'est Rigolette encanaillée, bastringueuse, avec niiangement de la première lettre.
Gigolo. Petit commis de ma-
gasin doublé d'un petit amant de cœur dont le métier, le soir, était de faire danser la gigolette.
« Si tu veux être ma gigolette, moi je serai ton gigolo. » {Chanson jadis populaire.)
Gigon. A l'Ecole Polytechnique toute espèce de supplément a reçu le nom de gigon, en souvenir d'un certain Gigon, le premier admis dans une liste supplémentaire. Ainsi on dit indistinctement : un gigon de frites et un gigon d'argent. {Gaulois du 23 mars 1881.)
Gigot. Jambe humaine. « Elle n'allait plus que d'un' gigot. »
(Scarron, Gigantomanie.)
Gigots. Cuisses. — Mains larges, épaisses et rouges. On dit également pour désigner ce genre de mains : « Des épaules de mouton ».
Gigue. Jambe. — Femme grande et maigre, femme toute en jambes. Grande gigue.
Gilboque. Billard, — dans l'ancien argot.
Gilet en cœur. Elégant. Le surnom a été donné aux élégants qui portaient, vers 1865- 66, des gilets très échancrés dits « gilets en cœur », boutonnés à deux boutons et qui montraient la chemise en grand étalage sur la poitrine. Le mot a passé, mais non la mode. Aujourd'hui les gilets en cœur bâillent sur la poitrine des gommeux.
Gilmont. Gilet, — dans l'ancien argot.
Gilquin. Coup de poing.
Ginginer. Cligner des yeux.
— Regarder quelqu'un amoureusement.
Ginglet, Ginglard, Ginguet.
Par altération de guinguet qu'on appelait vulgairement au xvii° siècle « chasse-cousin ». — « En avalant du vin délicieux, tandis que vous ne buvez que du ginguet. » (P. d'Ablancourt, Dialogues de Lucien, 1637.) Guinguette est un dérivé de guinguet — Les vins de Suresnes et d'Ai genteuil sont les types du ginglard. Au xvi^ siècle, on disait ginguet j pour désigner un vi vert; le dictionnaire de l'Académie donne à ginguet la signification de petit vin faible.
Giries. Manières, embarras.
— Faire des giries.
Girofle. Beau, belle, joli, aimable. — Largue girofle, belle femme, — dans le jargon des voleurs.
Girofle (Clous de). Chicots; dents noires et cassées. « Eii bien! qu'as-tu donc à me regarder si j'ai dans la bouche des clous de girofle B.n lieu de dents?»
(Balzac, Splendeurs et Misères des courtisanes.)
Giroflée à cinq feuilles. Soufflet. « Oui, qu'on le peut, à preuve que v'ià une giroflée à cinq feuilles que j'applique sur ta joue gauche !»(Jacqu es Arago, Comme on dine à Paris.) « J'ai appliqué une giroflée à cinq feuilles sur le bec da singe , » sur la figure du patron. (Le Sublime.) Vers la fin du xviii« siècle, l'expression n'était pas moins usitée que de nos jours, parmi le peuple.
Giroflerie. Amabilité, galanterie, — dans l'ancien argot.
Girofletter. Souffleter; mot créé par Balzac. Je ne l'ai relevé que dans la Cousine Bette.
Girole, Gy. Oui, — dans l'ancien argot; revenu depuis peu dans le courant argotique.
Girond. Bien mis. - FAre girond, faire son girond, faire le beau, poser. C'est un diminutif de girondin, dans le sens de beau. {Jargon des voyous.)
Gironde. Jolie femme, belle temme.
Girondin. Dupe, imbécile, — dans le jargon des camelots et des truqueurs. — Le girondin a donné, l'imbécile s'est laissé plumer.
Gîto (Dans le). Dans le soigné.
— Ouvrage fait dans te gîte, ouvrage très bien fait, — dans le jargon des ouvriers qui savent "que le morceau du gîte-à-la-noix est le morceau le plus délicat du bœuf.
Gitrer. Avoir, posséder, —
Giverner. Vagabonder pendant la nuit.
Giverneur. Rôdeur de barrière, vagabond nocturne.
Giverneur de refroidis. Cocher de corbillard, — dans le jargon des voleurs.
Glace (Passer devant la).
Perdre au jeu des consommations dans un café. Autrefois on annonçait les consommations et on payait soi-même au comptoir. Allusion à la glace qui est derrière la dame de comptoir, et devant laqucfle le consommateur était forcé de passer. — C'est il tort, je crois, que dans la Fille Elisa, M. E. de Concourt a donné à l'expression le sens contraire. D'après lui, passer devant la glace, c'est « une ex-
pression qui désigne l'entrée de faveur accordée, par la maîtresse d'une maison, à l'amant d'une fille. » Personne n'ignore que ces demoiselles corrompent bien des choses, mais cette expression n'a pas été corrompue jusqu'ici, môme en passant par leur bouche.
Glacière pendue. Réverbère,
— dans l'ancien argot. Les voleurs disent également glacis refroidi.
Glacis, Glassis. Verre à boire,
— dans l'ancien argot.
Glaçon. Personne à l'aspect froid et sévère.
Glaive. Guillotine, — dans le jargon des voleurs. — Passer sa bille au glaive, être guillotiné.
La variante est : Etre glaive ; en souvenir du fameux et vieux cliché : « Le glaive de la justice », si prodigué sous les voûtes de la Cour d'assises.
Glaviot. Crachat très épais.
Glavioter. Se livrer à une longue et pénible expectoration matinale.
Glier, Glinet. Diable, — dans l'ancien argot.
Glissade. Faute que commet une demoiselle en glissant dans les bras d'un amoureux. Faire des glissades, se laisser tomber dans une foule de bras tout prêts à vous recevoir simultanément ou les uns après les autres.
Glissant. Savon, — dans le jargon des voleurs.
Glisser (Se laisser). Mourir.
Mot à mot : se laisser glisser de ce monde dans l'autre.
Glissoire. Patinage dans le ruisseau. — Ruisseau gelé sur lequel le voyou se livre au patinage. C'est son lac du Bois do Boulogne.
Globe (S'être fait arrondir le).
Etre enceinte, — dans le jargon des voyous.
« On s'a fait arrondir el'gîobe, » On a sa p'tit' butte, à ce que je vois... » Eh! ben, ça prouv' qu'on est pas de [bois. »
{La Muse à Bibi, Nocturne.)
Gluant. Enfant à la mamelle.
(A. Delvau.) Il est attaché au sein de la mère comme de la glu.
Gluau (Lâcher son). Expectorer bruyamment.
Gluau (Poser un). Tendre un piège à un malfaiteur. Se faire poser un gluau, se faire arrêter.
— « Mes anciens compagnons de vol s'étaient fait poser un gluau. » [Mémoires de Lacenaire, 1836.)
Gnaf, Gniaf . Savetier. La corporation des portiers fournit un nombreux contingent de gnafs.
— Gnaf du drap, tailleur à façon, tailleur qui fait les raccommodages, autre industrie à la mode parmi MM. les portiers.
Gnangnan , Gnagne. Mou , molle, sans énergie. Gnangnan est pour fainéant, que le peuple prononce feignant, avec suppression de la première syllabe et redoublement de la dernière.
Gnare, Guenard. Porte-carnier, rabatteur, en terme de chasseur.
GnioUe, GnoUe. Taloche. — Propre à rien.
Gnognotte (De la). Pas grand' chose, rien de bon.
Gnon. Contusion; coup qui marque.
Gobage. Amour. Fort gobage, amour passionné.
Gobbe, Gobelet. Calice, — dans le jargon des voleurs.
Gobe-mouche. Espion, — dans l'ancien argot.
Gobe-prune. Tailleur.
Gobelin. Gobelet d'escamoteur. — Petit gobelet dont se servent les robignoleurs pour escamoter la muscade et faire des dupes.
Gobelius (Le docteur). Recruteur de dupes, pour les maisons de jeu, — dans l'argot des joueurs du xvin^ siècle. (Fr. Micliel.)
Gobelottage. Plaisir, amusement.
Gobelotter. S'amuser, rire, boire et chanter. — Le dictionnaire de l'Académie le donne dans le sens de boire à plusieurs petits coups.
Gobelotteur. Celui (jui aime à s'amuser, ami du plaisir.
Gober. Trouver bien; trouver à son goût. Se dit principalement des personnes. Gober quelqu'un. — Us se gobent, ils s'aiment, ils se plaisent mutuellement. — Se gober, avoir une haute opinion de sa personne, etreinfatué desoi-môme.
Gober (La). Etre dupe; être victime, ne pas avoir de chance dans une aftaire, perdre de l'argent dans une entreprise.
Gober son bœuf. Etre furieux d'une chose ou contre quelqu'un.
(A. Delvau.)
Gobeson , Gobette. Verre à boire, — dans l'ancien argot.
Gobeur, Gobeuse. Naïf, naïve, crédule. Mot à mot : celui qui go6e,avale tout ce qu'on lui dit.
Gobet. Quartier de viande, — dans le jargon des bouchers.
Gobet. Vaurien. C'est-à-dire individu qui gobe, qui trouve bon... à prendre tout ce qu'il voit.
Gobichonnage. Amusement, plaisirs variés. — Gobichonner, s'amuser, faire un bon repas. — Gobichonneur, gobichonneuse, celui, celle qui aime à rire; plaisant, plaisante, gourmand, gourmande.
Gobilleur. Juge d'instruction, — dans l'ancien argot.
Gob, Gobin. Bossu. Vieux mot emprunté au patois picard.
Gobseck. Usurier, avare. Nom d'un des personnages de La Comédie humaine de Balzac. Le nom seul est une trouvaille, surtout venant après l'Harpagon de Molière.
Godaille, Godaillerie. Badi-
nage, badinerie. — Godailler^ rire, faire des farces, aimer à plaisanter. — Godailleur, celui qui aime la plaisanterie. — Flâneur. — Godailler, gobelotter, et gobichonner sont de la même famille et ont à peu près la même signification.
Godan. Piège; mensonge, mensonge inventé pour faire patienter un créancier. — Monteur de godans, menteur. Mercadet de Balzac, est un monteur de godans. C'est un dérivé de goder, se réjouir, gaudcrc, en
latin. Le débiteur qui trompe son créancier se donne la comédie à lui-même, il se réjouit des bonnes plaisanteries qu'il débite sérieusement.
Godard. Mari d'une femme qui accouche. (L. Larchey.)
Godiller. Donner des preuves de virilité.
Godillot. Conscrit, — dans le jargon des troupiers.
Godillot. Soulier. Allusion au nom du fabricant d'habillements militaires. « C'est pas moi qui userais les clous de mes godillots pour une poupée pareille. »
[p. Beyle.)
Goffeur. Serrurier, — dans l'ancien argot, du celte goff, forgeron.
Gogo. Niais, nigaud; ajjréviation et redoublement de la dernière syllabe de nigaud. Gogo pour gaudgaud. — Quelques écrivains l'ont , par raillerie, employé comme synonyme d'actionnaire. C'est le nom d'un actionnaire récalcitrant dans la pièce de Robert-Macaire.
Gogoter. Puer, — dans le jargon des barrières. — Qu'estce qui gogotv comme ça?
Goguenaud Récipient en ferblanc remplissant, au régiment, l'office de tinette; latrines portatives. — Par ironie, les troupiers appellent aussi « goguenaux » leurs gobelets en fer-blanc et leurs marmite:» de campagne.
Par extension, sorte de valet de chambre dans une prison. « Le goguenau est un homme nommé par le concierge pour maintenir la propreté dans le corridor... et porter en certain lieu les objets odorants de la nuit. »
(Em. Debraux, Voyage à Sainte' Pélagie, 1823.)
Goguette. Cabaret où l'on, cultive la chanson inter pocula, en dînant et après dîner.
Goguetier. Ami de la goguette, ami de la chanson bachique.
Goinfre. Chantre. 11 ouvre la bouche comme s'il allait avaler tout le monde.
Goitreux. Imbécile.
Gomme (La). Manière d'être, état, genre du gommeux. Classification des élégants surnommés gommeux. Il y a la haute et la petite gomme. Les commis de magasin, les seconds clercs de notaires, les collégiens en rupture de bancs... de collège, qui veulent singer les gommeux du High-Life, font partie de la petite gomme.
Gomme (Faire de la). Faire dugenre, faire l'élégant. — «Si vous allez faire, quand même, de la gomme chez l'ouvrier, au moins ne grognez pas si on vous calotte. » {L'art de se conduire dans la société des pauvres bougres.)
Gommeux. Fashionable qui se trouve charmant, et que le bon gros public avec son gros bon sens trouve ridicule. Le Figaro a beaucoup contribué à mettre le mot à la mode. — « Le gommeux succède au petitcrevé, qui avait succédé au gandin, qui avait succédé au fashionable, qui avait succédé au lion.
qui avait succédé au dandy, qui avait succédé au freluquet, qui avait succédé au merveilleux, à Vincroyable, au muscadin, qui avait succédé au petit-maitre. »
(Bcrnadille, Esquisses et Croquis
parisiens.) « J'ai rencontré tout à l'heure un gommeux de la plus belle pâte, ridiculement prétentieux de ton, de manières, d'allures. » (Maxime Rude.) Quant à l'étymologie, les opinions sont partagées. Pour les uns, ils sont empesés, gommés dans leur toilette, dans leurs cols, d'où leur surnom. — D'autres veulent que Fétat misérable de leur santé, à la suite d'une série d'orgies, en les réduisant à l'usage du sirop de gomme, soit la source du sobriquet. Déjà, avant que le mot eût fait fortune, les étudiants appelaient « amis de la gomme, gommeux », ceux de leurs camarades qui mettaient du sirop de gomme dans leur absinthe.
Gommeux. Pris adjectivement a le sens de joli, agréable. (L.
Larchey.)
Gonce, Gonsse. Individu, le premier venu, homme, passant.
Avait primitivement le sens d'entreteneur. « Une femme entretenue appelle son entreteneur un gonsse. » [Les Voleurs et les volés, 1840.) Cette acception de gonsse donnerait à penser que ce mot a été également pris dans le sens d'imbécile.
Gondolé (Air). Mauvaise mine.
yÉvoir l'air gondolé, avoir le visage boursouflé; allusion au bois gondolé.
Gonfle- bougres. Haricots blancs.
Gonzesse. Femme, la première venue. — Amante.
Goret. Coupeur de chaussures; premier ouvrier cordonnier.
Gorge. Etui, — dans le jargon
Gorgniat. Homme malpropre, mal élevé.
Gose. Gosier, par apocope.
Gosse. Enfant, — dans le jargon du peuple, qui dit tantôt le gosse, tantôt la gosse , selon le sexe. — Dans le jargon des voyous, une gosse, une gosseline, c'est une fillette de quinze à seize ans ; sert encore à désigner uno amante. 11 est à remarquer que mion de gonesse signifiait, autrefois, petit jeune homme. (V. Oudin, Cur. franc.) Gosse pourrait bien être un diminutif de mion de gonesse.
Gosse. Mensonge, plaisanterie, mauvaise farce.
Gosselin, Gosseline. Nouveauné, petite-fille au maillot, — dans le jargon du peuple.
Gosser. Mentir, — dans le jargon des collégiens.
Gosseur. Menteur, hâbleur,
Gossier, Gonssier. Homme, individu. C'est une forme nouvelle de gonsse^ — dans l'argot des barrières.
Goteur. Libertin qui se plaît avec des souillons de cuisine et des souillons de tous genres, vulgo : Gothons.
Gouache. Figure, — dans l'argot des barrières; les voyous prononcent couache, mais ce doit être une allusion aux portraits à la gouache.
Goualante. Chanson. Goualer, chanter. Goualeur, goualeuse^ chanteur, chanteuse. Vient de gueuler. Goualer à la chienlit, crier au voleur.
200 DICTIONNAIRE D*ARGOT MODERNB
Gouape (La). Vagabondage, paresse, débauche et filouterie mêlés. -— Vagabond, vaurien :
Une gouape.
Gouapeur. Vaurien ; gouapeuse, vaurienne.
Gouge. Femme de mauvaise vie, mal élevée. C'est la femelle du goujat.
Gougnottage. Honteux commerce, honteuse cohabitation d'une femme avec une autre femme.
Gougnotte, Gougne. Tribade; femme qui joue les travesties à huis clos.
Gougnotter. Se livrer au dévergondage entre femmes.
Gouille (Envoyer à la). Envoyer promener.
Gouine. Guenon. Méchante femme.
Goujon. Jeune voyou qui vit aux crochets d'une pierreuse ou de toute autre prostituée ignoble,
« Petit poisson deviendra grand » Pourvu que Dieu lui prête vie. »
Goujon. Petit morceau de fil de zinc dont les marbriers se servent, en guise de clou, pour ajuster les plaques de marbre.
Goujon d'hôpital. Sangsue, — dans le jargon des voyous.
Goujon (Lâcher son). Vomir.
« T'as lâché ton goujon » Sur mon baluchon. »
{Chans. pop.)
Goulot. Bouche, gosier. Repousser du goulot, sentir mauvais de la bouche.
Goulu. Puits, fer.
-Poêle à chauf-
Goupine. Tête, allure de voleur; mise dans le goût de celle de Robert-Macaire.
Goupiner. Voler, s'ingénier à faire le mal. « En goupinant seul et dans un pays étranger, on n'a à craindre ni les moutons ni les reluqueurs. » (J. Hichepin, V Assassin nu.) — Goupiner les poivriers, voler les ivrognes.
Goupillon. Commis au pair, — dans le jargon des employés de la nouveauté. C'est, sans doute, une altération de gouspillon, gouspin.
Goupline. Litre de vin, — dans le jargon des voleurs.
Gourd. Tromperie, mensonge, filouterie. D'où l'ancien verbe gourrer.
« Pour gourrer les pauvres gens » Qui leur babil veulent croirn. »
{Parnasse des Muses.)
Gourdement. Beaucoup, très bien, — dans l'ancien argot.
Gourer. Duper, filouter.
Gourer (Se). Ne pas observer la couleur locale, commettre un anachronisme, — dans le jargon des comédiens. — « Les actrices de mélodrame se gourent quand elles courent à travers la montagne avec de petits souliers de satin blanc. A Chartres, j'ai vu Abraham mettre le feu au bûcher avec un briquet de M. Fumade. » [Fetit I)ict. des coulisses.)
Goureur. Escroc qui exploite la crédulité ou la bêtise de quelqu'un pour lui vendre fort cher un objet de peu de valeur. — Goureur de la haute, celui qui fait des dupes en émettant des
actions d'une entreprise imaginaire, comme, par exemple, les actions de mines de pains à cacheter.
Gourgandinage. Débauche,
plaisirs crapuleux.
Gourgandine. Femme de mauvaise vie; coureuse. Au xv^ siècle le mot avait le sens qu'il a aujourd'hui. On disait encore gourdinc et gourclane. Les gourgandines habitaient l'île de la Gourdaine dans la Cité, anciennement (au xiii° siècle) l'île aux Vaches. C'est dans l'île aux Vaches que furent brûlés les Templiers. (P. Dufour. Hist. de la prostitution, 1852.)
« S'il pouvait devenir cocu
» Epousant une gourgandine. »
(Scarron, Poésies.) « Et sans sourdines, » Mener joyeuse vie avec des gourgan- [dines. X <V. Hugo, Châtiments.)
Gourgandiner. Courir lesbals, les soupers et les hommes. — Des drôlesses qui ne font que gourgandiner.
Gourgousser. Se plaindre sans cesse, se répandre en jérémiades, — dans le jargon des typographes.
Gourgousseur. Celui qui se
plaint sans cesse et à propos de rien. C'est une allusion au bruit produit par les borborygmcs, ces plaintes que font entendre les boyaux incommodés ou en détresse.
Gouspin. Petit polisson; pauvre diable.
Gouspiner. Vagabonder.
Gousse, Gaupe. Fille pubUque, — dans le jargon des voyous.
Gousset, Gouffier. Manger,
— dans le jargon des voleurs.
Gousset percé (Avoir le). Etre prodigue, ne pas savoir garder un sou en poche. — Ne pas avoir d'argent dans sa poche.
Gousset. Aisselle. — B.ifler du gousset, transpirer de dessous les bras.
Goût du pain (Faire passer
le). Tuer.
Goutte. Mesure d'eau-dc-vie de la capacité d'un décilitre.
Prendre la goutte, boire un verre d'eau-de-vie. — Bonne goutte, bonne eau-de-vie. — Pour le peuple tout bon cognac, fût-il à vingt francs la bouteille, est de la bonne goutte.
Goutte (Donner la). Donner à téter. — Demander la goutte, demander à téter en piaillant ou à haute et intelligible voix, comme font les enfants qui ne sont pas encore sevrés à deux ans. La mère dont les mamelles sont presque taries, ne peut plus donner qu'une pauvre goutte à son nourrisson.
Goutte militaire. Souvenir persistant d'un coup de pied de Vénus.
Gouttière à merde. Derrière,
— dans le jargon des voyous.
Va donc te laver! ta gouttière à merde aura crevé, tu foisonnes trop. — Faudra faire mettre un
i béquet à ta gouttière à merde.
Gouttière (Lapin de). Chat,
— dans le jargon du peuple qui, chaque fois qu'on lui sert du lapin à la gargote, renouvelle Ja plaisanterie, parce qu'il faut bien rire un peu.
Gouvernement. Dans la bouche de l'ouvrier, ce mot est synonyme de « ma bourgeoise, mon gendarme. » Quand un ouvrier parle de sa femme, il dit volontiers « mon gouvernement». — Hier, j'ai pris un fameux bain avec des camaros, je me suis cuite dans le gîte, reusement que mon gouvernement m'a pas entendu rentrer.
Gouvernement. Epée d'ordonnance des polytechniciens.
Mot à mot : épée fournie par le gouvernement.
Goy, Goym. Chrétien, — dans le patois des marchands juifs.
Râler le goye, tromper le chrétien. — Les marchands forains, mais principalement ceux du Midi, ont donné le nom de goye à l'acheteur doté d'une bonne tête d'imbécile.
Goye. — Boiteux, — dans le jargon des méridionaux de Paris.
Graffagnade. Commerce de mauvais tableaux. — Tableau • de commerce, — dans le jargon des marchands de bric-à-brac.
Grafin. Chiffonnier; par allusion au crochet qui agrafe les épaves échouées le long des trottoirs.
Grain. Pièce de dix sous, — dans l'argot du Temple.
Grain, petit grain. Animation causée par un commencement d'ivresse.
Grain (Avoir un). Avoir l'esprit un peu dérangé. Mot à mot :
un grain de folie.
Graillonner. Converser à haute voix, d'une cour de pri-
son à l'autre, du dortoir à la cour.
Graillonner. Cracher avec effort, tousser gi^as.
Graillonneur, Graillonneuse.
Celui, celle qui graillonne.
« Comme c'est ragoûtant d'avoir affaire avant son déjeuner à un graillonneur pareil ! >> (H. Monnier, Scènes populaires.)
Graillonneuse. Blanchisseuse par occasion. C'est le nom que donnent les blanchisseuses de profession aux ménagères qui vont au lavoir laver le linge de leur famille, parce que, ne possédant pas très bien le maniement du battoir, elles éclaboussenttoutle monde autour d'elles.
Graisse. Argent. L'huile et le beurre ont également eu la même signification ; aujourd'hui ces mots ne sont plus employés que par quelques vieux débris des anciens bagnes.
Graisse (Se plaindre de trop
de). Se plaindre mal à propos, se plaindre quand on ne manque de rien. Encore un qui se plaint de trop de graisse.
Graisser les roues. Boire, — dans le jargon du peuple. Quand on graisse les roues, ça accélèiie le mouvement... des ivrognes.
Graisser ses bottes. Etre à l'article de la mort. Mot à mot :
graisser ses bottes pour accomplir le grand voyage.
Graisser la marmite. Payer sa bienvenue, — dans le jargon des troupiers. — Battre sa maîtresse, — dans le jargon des souteneurs.
Graisser le train. Battre, donner des coups de pied au
derrière. Mot à mot : graisser le train de demère, — dans le jargon des voyous
Grand chef. Préfet de police,
— dans le jargon des agents de police. — « Allons! allons! le grand chef a parlé; filez et plus vite que ça! » {L'Univers du l" juillet 1880.)
Grand-papa. Surnom donné par les élèves de l'Ecole Polytechnique au général commandant l'Ecole.
Graoudjem. Charcutier, — C'est gras-doubïe estropié et doté de la terminaison jem. — Faire un graoudjem à la dure, voler un charcutier, voler du saucisson.
Gras. Semonce, réprimande,
— dans le jargon des ouvriers.
C'est un frère qu'on a donné au suif et au savon pris dans le même sens. Attraper un gras du contre-coup en aboulant à la boîte, recevoir des réprimandes du contre-maître en arrivant à l'atelier.
Gras (Avoir son). Etre tué.
(L. Larchey.)
Gras (Il y a). Il y a de l'argent. « M. Vervelle présentait un diamant de mille écus à sa chemise. Fougères regarda Magus et dit : — Il y a gras! »
(Balzac.)
Gras-bœuf. La soupe et le bœuf, V ordinaire de l'École Polytechnique, — dans le jargon des élèves de cette école.
Gras-double. Feuille de plomb,
— dans le jargon des voleurs.
Gras-double. Seins aussi vastes que fugitifs, — dans le jargon des voyous.
Gras-double (Déjeuner du).
Déjeuner de charcuterie institué le vendredi-saint par les libres-penseurs, ou mieux panseurs, qui regrettent qu'il n'y ait pas de gras- triple, pour mieux protester.
Gras-doublier. Voleur de plomb.
Grasse. Coffre-fort, — dans le jargon des voleurs. Esquinter, estourbir la grasse^ forcer un cotfre-fort.
Grate. Gratification obtenue pour travail supplémentaire, — dans le jargon des typographes.
Gratin (Du). Des coups, — dans le jargon du peuple. « Un grand sec, en bras de chemise, ouvre la porte, saute sur l'homme et lui fout un gratin à le tuer. »
{La petite Lune, iSl 9,) — Refiler un gratin, donner une gifle formidable.
Gratis. Crédit, — dans l'argot des marchands de vin. Pour eux, faire crédit, c'est, souvent, donner la marchandise gratis.
Gratouse. Dentelle, — dans l'ancien argot.
Gratte. Gale. — Avoir pincé la gratte, avoir attrapé la gale.
Gratte. Excédant d'une marchandise confiée à un ouvrier à façon, et qu'il croit devoir s'approprier.
Gratte-couenne. Barbier.
Gratter. Arrêter, — dans l'ancien argot. — Garder l'excédant d'une marchandise confiée pour un travail à façon. — Chiper, retirer un profit illicite.
— Il n'y a rien a gratter dans cette baraque, il n'y a pas de bé-
néfices à faire dans celte maison.
Gratter les pavés. Vivre dans une grande misère.
Gratter au foyer. En terme de tliéâtre, c'est, pour un auteur, attendre le tour de sa pièce ; pour un acteur, c'est attendre un rôle.
Gratter à la corbeille. Dans le jargon de la Bourse, c'est ne plus pouvoir jouer sur les fonds publics, parce qu'on est dans l'impossibilité de fournir une couverture (provisions) à l'agent de cbange.
Grattoir. Rasoir, — Passer au grattoir, se faire raser.
Graveur en cuir. Savetier.
Grec. Tricheur. — Dans le jargon des cochers de fiacre, un grec est un bourgeois, un voyageur gui manque de générosité ou qui ne donne pas de pourboire. Il floue le cocher.
Grèce (La). Classification des tricheurs, art de tricher. — Tomber dans la Grèce, devenir triche'ur après avoir été dupe au jeu.
Grécer, Graisser. Tricher.
Etre grécé, être volé au jeu.
Grecque. La femelle du grec.
K 11 y a également à Paris beaucoup de grecques qui fréquentent certains tripots clandestins. » (L. Paillet.)
Greffer. Souffrir de la faim.
Greffier, Griffard. Chat, — dans le jargon des voleurs.
Greffir, Griffer. Dérober adroitement, comme fait le chat.
Grêle. Marques de petite vérole. — Ne s'être pas fait assu-
rer contre la grêle, être marqué de la petite vérole.
Grêle, Grelesse. Patron, patronne d'une petite maison de tailleur, — dans le jargon des tailleurs. — Grelasson, patron d'une maison de dernier ordre.
Grelot. Langue bien affilée.
— Beau parleur dans les réunions publiques.
Grelot (Faire péter son). Parler. Autrefois, c'était « faire péter la goule 0 (la gueule).
« Car avant que le jour s'écoule » Nous en ferons peler la goule » Peut-èlre à monsieur l'avocat. »
(Poisson, Zig-Zag.)
Grelot (Mettre une sourdine à son). Se taire.
Greluchon. Jeune niais, oisif ne s'occupant que de toilette et de plaisirs (1855). « Ces créatures attirent nécessairement une nuée de jeunes lions, de grcluchons aimables, etc. » {Paris- Faublas.) Autrefois greluchon avait le sens de souteneur, jeune souteneur.
Greluchonner. Faire le métier ■ de greluchon.
Grenadier. Pou de forte taille.
Grenasse. Grange, — dans l'ancien argot.
Grenier à coups de sabro.
Fille à soldats.
Grenier à lentilles. Visage marqué de petite vérole.
Grenouillard. Grand amateur de bains froids. <c A Paris, durant tout l'été, le grenouillard se voit dans les écoles de natation. »
(Ph. Audebrand.)
Grenouille. Femme stupide et bavarde, — dans le jargon
du peuple. — « Des propres à rien qui ne savent faire que courir la grenouille. » [Le Sans- Culotte, 1879.)
Grenouille. Somme d'argent d'une certaine importance. — Manger la grenouille, dépenser l'argent confié, soustraire un dépôt d'argent. On a tant majigé de grenouilles, il y a tant eu de mangeurs de grenouilles depuis une vingtaine d'années, que l'expression, toute militaire, d'abord, s'est généralisée. Elle s'applique à tous ceux qui s'approprient un dépôt, et principalement aux caissiers infidèles.
Grenouiller. Boire de l'eau.
Grenouillère. Bains froids dans l'île de Croissy. La Grenouillère a été très fréquentée par les grandes pécheresses qui y allaient laver leurs péchés.
Grenu. Blé. — Grenuche , avoine. — Grenue, farine, — dans le jargon des voleurs.
Grès. Cheval, — dans l'ancien argot.
Grève (Prendre un ouvrier à
la). Prendre le premier venu.
Grézillon. Prise de tabac. (A.
Belot.) Les synonymes sont: nasée, muffetée.
Griaches. Baquet aux excréments, — dans le jargon des prisons. {Eist. des prisons, 1797.)
Griffarde, Griffonnante. Plume à écrire, — dans le jargon des voleurs.
Griffeton. Soldat; pour griveton, — dans le jargon des voyous.
Grigne. Grimace. C'est un dérivé de grigner. On dit qu'un chien grigne, quand les dents
de la mâchoire inférieure font
saillie.
Griffonner. Jurer, — dans l'ancien argot.
Grig*nou. Juge, — dans le jargon des voleurs. La physionomie du juge n'a rien d'aimable pour ces messieurs.
Gril. Premier plancher général au-dessus de la scène, après les corridors du cintre. Son nom vient de ce qu'il est fait elfectivement comme un gril. (A. Bouchard.)
Grillade. Infidélité conjugale, — dans le jargon des ouvriers.
Grillé (Etre). Etre en prison.
Allusion à la grille de la prison.
Jadis on disait d'une femme qui prenait le voile : Elle a épousé la grille. « Vous souhaitez qu'elle épouse une grille. » (Hauteroche, Crispin musicien.)
Griller. Faire une infidélité conjugale. — C'est moi qui ai grillé la bourgeoise hier soir.
Griller une (En). Fumer une pipe. — Griller une sèche, f amer une cigarette.
Grilleuse de blanc. Repasseuse.
Grimer (Se). Se griser; avec changement d'une lettre.
Grimoire mouchique . Code pénal. — Dossier judiciaire.
Grimpant. Pantalon. « Mon grimpant se détraque et mes bottes sontbiettes. » (Huysmans, Marthe.)
Grinchage. Vol, friponnerie; pour grinchissage. « Un journal racontait hier que T'Kindt était, du reste, un vrai artiste en matière de grinchage, appliqué au
high-life. » (Pierre Véron, Evénement du 9 novembre 1878.)
Grinche. Filou. C'est le terme générique des voleurs adroits.
Grincheur. Petit filou, apprenti voleur.
Grincher, Grinchir. Voler. — Grinchir au prix courant, voler à l'étalage. Les variantes sont :
Grinchir en plein trépe, piocher dans le tas.
Grinchissage. Filouterie. — Art de filouter; métierduvoleur, pratique du vol. — Maronner un grinchissage, manquer un vol.
(Colombey.)
Gringalet. Individu chétif.
Gringue. Pain, — dans le jargon des ouvriers.
Grinte. Figure désagréable.
— Italianisme : de grinta, ride.
Grippe-Jésus. Gendarme. —
Mot à mot : celui qui prend un innocent. A l'entendre, le malfaiteur est toujours une victime, un petit saint, un petit Jésus.
Grisaille, la Grise. Sœur grise, sœur de charité; par allusion à la couleur de la robe.
Gris, Grise. Cher, chère, aimable.
Gris (Le). Le vent, — dans le jargon des voleurs.
Gris d'officier. Légère ivresse.
(D' Danet, Moniteur universel, 10 août 1868.)
Grive. Guerre. — Patrouille.
— Garde républicaine.
Grivier. Soldat. — Grimer de gaffe, sentinelle, soldat en faction.
Grondin. Porc, — dans le jargon des voleurs.
Gros (Le). Le point de neuf au jeu de baccarat, — dans le jargon des joueurs.
Gros (Mon). Nom d'amitié qu'une femme mal élevée donne à son amant. C'est-à-dire mon gros chéri.
Gros pointu. Archevêque, — dans le jargon des voleurs.
Gros joufflu. Le second visage d'une personne chargée d'embonpoint.
Gros lolo. Cuirassier, carabinier.
Gros-cul. Chiffonnier à son aise. Les gros-culs possèdent un âne et une petite voiture pour les besoins de leur industrie. Ils habitent en grande partie le passage Saint-Charles à Levallois.
Gros légume. Officier supérieur.
I Gros numéro. Maison de tolérance.
Grosse cavalerie. Egoutiers.
— Figurantes de la danse à l'Opéra. — L'élite, le dessus du panier des bagnes, la Heur des scélérats en villégiature à Cay enne. Ainsi nommés parce qu'ils chargent à fond de train sur leurs victimes.
Grosse caisse. Prison, — dans le jargon du régiment.
Grosse tôle. Prison, — dans
l'argot des marins.
Grosse culotte. Ouvrier ivrogne et beau parleur. Ouvrier qui pérore chez le marchand de vin.
Groule, Groulasse. Vaurienne; petite fille malpropre. Les marchandes à la toilette, les revendeuses, appellent leurs apprenties « des groules ».
Grouper. Arrêter, saisir, — dans le jargon des voleurs. — Se faire grouper, se faire arrêter.
Grue. Femme sotte et prétentieuse. — Dans le dictionnaire de l'Académie, grue est donné dans le sens de niais. — Dans le jargon des comédiens, c'est une demoiselle qui possède de la beauté, de l'argent et des toilettes en quantité suffisante pour obtenir un bout de rôle où elle montre ses épaules, ses diamants et sa bêtise. Elle lève les gentilshommes de l'orchestre, comme la grue lève les fardeaux ; d'où son surnom.
Grugeur. Parasite. Celui qui vit aux dépens de quelqu'un ou de plusieurs.
Guadeloupe. Bouche, — dans l'argot des barrières. Le mot « guadeloupe » rappelle vaguement le mot « gueule ». Charger pour la Guadeloupe, manger.
Guédouze. La mort, — dans l'ancien argot. — Bu celie guenndw, blanche-noire. (V. Hugo.)
Guelte. Bénéfice accordé à un placier, à un commis en nouveautés sur la vente d'un article. « Carpentier a touché ses deux mille cinq cents balles de guelte ». (P. Mahalin.)
Guelter. Réaliser un bénéfice sur une vente, — dans le jargon des employés de commerce.
Guenon. Femme du patron, — dans le jargon des ouvriers quand ils ne l'appellent pas « la singesse ».
Guérite à calotins. Confessionnal, — dans le jargon du peuple. Elle est toujours fourrée dans les guérites à calotins. —
Moi, j'y ficherais des calottes à ta place.
Guette (Bonne). Bonne garde, en parlant d'un chien. Cahot rup pour la guette, bon chien de garde.
Gueulard. Poêle. — Bissac.
Gueularde. Poche, — dans le jargon des voleurs. La poche est la gueule, la bouche du paletot.
Gueule. Bouche. — Fine gueule, gourmet. — Porté sur la gueule, amateur de bonne chère.
— Fort, forte en gueule, celui, celle qui crie des injures. — Gueule de travers, mauvais visage, mine allongée. — Gueule de raie, visage affreux. — Gueule d'empeigne, palais habitué aux liqueurs fortes et aux mets épicés; laideur repoussante, bouche de travers, dans le jargon des dames de la halle au xviiie siècle, qui, pour donner plus de hrio à l'image, ajoutaient : garnie de clous de girofle enchâssés dans du pain d'épice. — Gueule de bois, ivresse. — Roulement de la gueule, signal du repas, — dans le jargon du troupier. — Taire sa gueule, se taire. — Faire sa gueule, être de mauvaise humeur, bouder. Se chiquer la gueule, se battre à coups de poing sur le visage. — Crever la gueule à quelqu'un, lui mettre le visage en sang. — La gueule lui en pète, il a la bouche en feu pour avoir mangé trop épicé.
Gueulent (Les soupapes). Terme des ouvriers du fer, des mécaniciens, lorsqu'ils veulent dire que la vapeur s'échappe parles soupapes. Au figuré, c'est lorsqu'un ivrogne donne congé aux ilôts de liquide qu'il a absorbés.
Gueuleton. Dîner fin, dîner de fines gueules. — « De temps en temps, je me donne la fantaisie d'un petit gueuleton. »(Gopriiard frères, La Chatte blanche. ) — Gueuleton à chier partout, dîner succulent et copieux.
Gueuse. Fille publique, maîtresse qui vous trompe avec tous vos amis et même avec vos ennemis. « Monsieur est encore ennuyé à cause de sa gueuse. »
(G. Lafosse.) — Courir la gueuse, courir les filles.
Gueux. Chaufferette en grès ; la cliautferette des pauvres femmes.
Gueux (Le). Le froid, — dans le jargon du peuple. Le gueux pince dur ; le gueux pince comme un crabe.
Guibe, Guibon, Guibolle. Jambe. — Guibe de satow, jambe de bois. — Guibe à la manque, boiteux. — Jouer des guibolles, décamper.
Guibolles italiques. Jambes tordues. Se dit des jambes d'un bancal, — dans le jargon des typographes. Le caractère dit italique est uncaractèrepenché, d'où guibolles italiques i^oar désigner des jambes qui ne sont pas droites.
Guichemard. Guichetier. Et les variantes inévitables : Gtiichemuchc, guichemince eiguichcmincemar, et guichemincemuche.
Guiches. Cheveux, — dans le jargon des voleurs, et principalement cheveux collés sur les tempes. — De là le surnom de « 7necs de la guiche » ou simplement de « guiches » donné aux souteneurs. — « Ohé ! la guiche !
tu faisrien tongirond! T'as passé
aux épinards ? Ohé ! le souteneur ! tu fais bien des embarras I tu as reçu de l'argent de ta maîtresse ?» — Trifouiller les guiches, peigner.
Guignard. Voué au guignon, au malheur. « Et semblait, entre les deux tableaux d'une taille, choisir toujours le plus guignard. »(Vast-Ricouard, Le Tripot.)
Guigne. Guignon. — Guignasse, guignon énorme. — Guignolant, guignolante, désespérant, désespérante.
Guimbard. Voiture cellulaire; synonyme de panier à salade.
Guimbarde. Voix, parole, — dans le jargon des halles. — Couper la guimbarde, imposer silence.
« Mon gesse et surtout mon n'harangue
» Coupent la guimbarde aux plus forts.»
(L. Festeau, Le Tapageur.)
Guimbarde. Horloge, — dans le jargon des voyous, « Au moment juste où douze plombes se sont décrochées à la guimbarde de la tôle. » {LePèreDuchéne, 1879.)
Guimbarde. Porte, — dans le jargon des ouvriers. — Bousculer la guimbarde, faire claquer la porte.
Guinal, Guignai. Juif; usurier.
— Le grand guinal, le Mont-de- Piété. — Les chiffonniers appelleniguinal, guignal,\e marchand de chiffons en gros ou encore ogre, Abraham, Jouarez.
Guinaliser, Guignaliser. Faire
l'usure. — Acheter à vil prix, — dans le jargon des chiffonniers.
— Dans l'ancien argot guinaliser, avait le sens de circoncire.
Guinche Bal public,— Caba-
public. Guinche, guincharde, danseuse de bals publics.
Guindal. Verre, — dans Tancien argot.
Guitare. Redite, rabâchage, doléances. — Jouer de la guitare, rabâcher. — Pincer, jouer de la guitare, être en prison.
Guitariste. Rabâcheur ; importun.
ret mal famé, — dans le jargon des voyous. — « A la porte de cette guinche, un municipal se dressait sur ses ergots de cuir. »
(Huysmans, Les Sœurs Vatard.) Guinche est une altération de guinguette. Le mot n'est pas moderne, mais il est très usité depuis quelque temps.
Guincher. Danser dans un bal
H! — Exclamation ironique; par abréviation de hasard, — dans le jargon des typographes.
« Un poivreau vient-il promener sa barbe à l'atelier, H ! s'écrient ses confrères. » (Boutmy, Les Ty^pographes parisiens.)
Habillé de noir. Avocat; expression fort usitée au siècle dernier parmi le peuple.
Habillé de soie. Cochon.
Habiller. — Maltraiter en paroles, médire, réprimander; c'est une variante de l'ancien draper. — « C'est moi qui vous l'a habillé de taffetas noir. »
(A. Dalès, La Mère Vanecdote^ chansonnette.)
Habiller. Préparer un animal pour l'étal, — dans le jargon
des bouchers.
Habit noir. Menteur.
Habit du père Adam. Nudité absolue.
Hacher de la paille. Parler français avec l'accent allemand.
Se dit d'un Allemand qui baragouine le français.
Halènes. Outils de voleur,
tout ce qui sert à l'exploitation du vol, depuis la pince à effraction jusqu'à la cire k prendre les empreintes.
Hallebardes (Il tombe des).
Il pleut à verse.
Halot. Soufflet de forge. — Halotin, soufflet pour le feu.
Hancher (Se). Se camper sur la hanche; faire le rodomont.
Hane. Bourse, — dans l'ancien argot.
Hanneton. Monomanie, idée fixe. On dit de quelqu'un qui est tourmenté d'une idée aussi fixe que saugrenue : « Encore son hanneton qui le travaille ».
Celui qui a un hanneton dans le plafond est hannetonné, c'est-àdire qu'il a la tête fêlée.
Happer le taillis. Prendre la fuite, — dans l'ancien jargon populaire.
Happin. Chien. — Happiner^ mordre, — dans l'ancien argot.
Hardi à la soupe. Qui n'est bon qu'à manger, qui ne sait ou qui ne veut rien faire.
Hareng-saur (Le pas du). Cavalier seul exécuté avec battement d'entrechats. Les militaires pincent agréablement le pas du hareng-saur. [Jargon des bals publics.)
Hariadan Barbe-rousse. Jésus- Christ, — dars l'ancien argot.
Hariadan, pour Havriadan , de Havre, Dieu, 3t Barbc-rousse,
Ï>ar allusion à la couleur que es peintres ont donnée à la barbe du Christ. — Sous le titre de Hariadan Barbe-rousse^ Corse et V. Ducange ont écrit une pièce.
Haricot. Pied, — dans le jargon des prisons. Je donne le mot sur l'autorité de M. A. Belot. (Le roi des Grecs.) Pour ma part, je ne l'ai jamais entendu prononcer. A coup sûr ce n'est pas de l'argot de voleur parisien.
Haricots fHôtel des). Ancienne prison de 1 ancienne garde nationale. — Primitivement ce local, sur l'emplacement duquel a été bâtie, en 1843, la bibliothèque Sainte-Geneviève, fut attecté au collège Montaigu surnommé plaisamment « le collège des haricots » par allusion à la maigre cuisine qu'on y faisait; carie jeûne y était en permanence. (V. Rabelais, Gargantua, 1. 1, ch. xxxvii.) « Le collège des Haricotsîni supprimé en 1792 et ses bâtiments servirent de prison militaire et de prison de la garde nationale pendant la Révolution. » (A. de Lasalle , Y Hôtel des haricots.) Après la Révolution, V Hôtel des haricots émigra à l'hôtel Bazancourt, rue des Fossés Saint- Bernard , et fut enfin transféré,
vers 4838, rue de Boulainvil- 1ers, en face le pont de Grenelle ; c'est là qu'il s'éteignit avec la garde nationale.
Haricotteur. Bourreau, — dans l'ancien argot, du vieux mot harigot, pièce, morceau. — On dit encore haricot de mouton, ragoût de mouton coupé en morceaux, pour harigot de mouton.
Harnaché. Habillé. — dans le jargon des voyous.
Harnais. Vêtement, — dans le même jargon.
Harnais. Viande coriace.
Harnais de grive. Uniforme militaire.
Harpe. Barreau de fer, grille, porte de fer à barreaux. — Jouer de la harpe, voler à la tire.
Les doigts du voleur se promènent dans la poche d'autrui comme les doigts du virtuose sur les cordes de la harpe. Jouer de la harpe signifie encore être en prison, vieille expression qui s'est conservée ; c'est la variante de pincer de la guitare.
Haussier. Spéculateur optimiste qui joue à la hausse sur les fonds publics. L'opposé du baissier. |
Haut-Temps. Grenier, — dans l'ancien argot.
Haute (La) . La haute société, le grand ^monde. — Homme, femme de' la haute. — Etre de la haute, faire partie de la haute société. Etre de la haute, être à la haute, être riche, heureux.
Hauteur (N'être pas à la).
Mot à mot : n'être pas à la hau-
teur de ]a situation, ne pas comprendre une chose, ne pas être capable de la faire, n'être cas au courant de.
Hautocher. Monter, — dans l'ancien argot.
Havre, le grand Havre. Dieu.
Herbe à la vache. La couleur trèfle d'un jeu de cartes.
Herz. Maître, — dans l'ancien argot; de l'allemand herzog , duc.
Hirondelle. Ouvrier tailleur de nationalité étrangère. Tantôt l'hirondelle vient faire son apprentissage à Paris et retourne dans son pays, tantôt elle arrive à la bonne saison pour repartir au commencement de l'hiver, — Hirondelle d'hiver, marchand de marrons.
Hirondelle de goguenau. Raccrocheuse, — dans l'argot des voyous. Mot à mot: hirondelle de latrines.
Hirondelle de la mort. Gendarme chargé d'assister à une exécution capitale.
Hirondelle de potence. Gendarme, — dans l'argot des marins. C'est la forme nouvelle de Vhirondelle de Grêve^ bien que la potence ne soit qu'à l'état de souvenir.
Hisser. Appeler en sifflant.
(P. de Kock.)
Histoire. Le temple de l'amour. Une demoiselle vint trouver, un jour, le peintre David pour faire faire son portrait. — Je ne peins que l'histoire, répondit l'artiste. — Alors, qui me peindra le reste? demanda la naïve enfant.
Histoire de. Pour. — Histoire de rire, histHre de passer le temps, pour rire, pour passer le temps,
Histoires. Mensonges, bavardages. — Tout ça, c'est des histoires de femmes, ce sont des commérages.
Histoires (Avoir ses). Avoir ses menstrues.
Homard. Surnom donné aux spahis en raison de leur burnous rouge. (A. Camus.)
Homicide. Hiver. Il tue bien des pauvres diables.
Homme à la mode. Homme riche, individu bon à voler, — dans le jargon des barrières. '
Homme de bois. Ouvrier qui aide le metteur en pages dans une imprimerie.
Homme de lettres. Faussaire, — dans le jargon des voleurs.
Honnête. Printemps, — dans l'ancien argot.
Honnête femme. Manon Lescaut consciencieuse et qui a du goût pour son état, — dans le jargon des demoiselles de trottoir.
Hôpital. Prison, — dans l'ancien argot.
Horloger de la marine. Celui qui paye tous les jours, à la même heure, le tribut à Domange.
Horloger (Avoir sa montre chez 1'). Avoir mis sa montre au Mont-de-Piété, — dans le jargon des artistes qui, la plupart du temps, regardent l'heure à vue de reconnaissance.
Horreur d'homme. Homme
volage, infidèle. — Homme très ] -- Morceau de bois dont se entreprenant auprès d'une fem- 1 servent les voleurs avec effraction.
Hugolâtre. Admirateur passionné de Victor Hugo.
Hugrement. Beaucoup, — dans l'ancien argot.
Huile. Soupçon. — Argent.
— Huile de coude, vigueur de la main, force dans le poignet. — Huile de cotrets, essence de cotrets, coups de bâton.
Huile blonde. Bière.
Huile (Voir à 1'). Juger une pièce, juger un acteur pendant la représentation. — « Dis donc, Blinval, toi qui me disais ce matin à la répétition: faudra voir à l'huile... Voilà. » {Musée Philipon, théâtre de Bourg-en- Bresse.)
Huile (Jeter de 1'). Transpirer abondamment, — dans le jargon des voyous. — Cest étonnant comme je jette de l'huile.
Huître. Crachat très épais.
Huître de poitrinaire, crachat de poitrinaire. — Huître de Varenne, fève. — Huîtres de gueux, escargots à la bourguignonne.
Humecter les amygdales (S').
Boire un coup, se rafraîchir d'un coup de vin.
Hurepois. Excellent, très réussi, — dans le jargon des voyous. C'est un composé de Hurf, urf, apocope de surfin.
Hurler. « Les tailleurs de pierre compagnons étrangers, les menuisiers et les serruriers du devoir de Liberté ne hurlent pas, non plus que les tailleurs de pierre compagnons passants.
me, et dont les privautés ne déplaisent pas au fond.
Horreurs. Paroles ordurières.
— Dire des horreurs, tenir une conversation ordurière. — Faire des horreurs, se livrer à une pantomime indécente.
Horse-steak. Bifteck de cheval; mot fabriqué pendant le siège de. Paris, à l'époque où l'on mangeait tant de cheval.
Hortensia. Terme chorégraphique. « C'est un temps couché; le danseur a presque toujours une position horizontale; sa tête comme s'il nageait : c'est un mouvement de bascule plus lascif que gracieux. » [Fetit dict.
des coulisses.)
Hosto. Prison. C'est une déformation du mot hôpital, qui, en argot, a la môme signification.
Hôtel de la Belle-Etoile (Coucher à r). Coucher dans la rue, sur un banc, dans les champs, dans les fossés des fortifications, partout enfin où l'on a le ciel pour ciel-de-lit.
Hotteriau. Chiffonnier. Celui qui porte la hotte.
Houillier. « Ce que les restaurants à bas prix fixe ont refusé de prendre au marché à la volaille est acheté par le houillier.
Le houilher devient alors ce paysan qui vous aborde dans la rue et sous les portes, pour vous proposer, avec des airs mystérieux, du gibier à bon marché. » (Eug. Chavette, Restaurateurs et restaurés, 1868.)
Houssine (Jean de 1'). Bâton.
Les ouvriers de tous les autres corps d'état hurlent, et ils appellent cela chanter, par la raison qu'ils articulent ainsi des mots qu'eux seuls peuvent comprendre. » {Almanach des métiers, 1852.)
Hussard à quatre roues. Cantinier militaire. — Soldat du train des équipages.
Hussard de la guillotine.
Garde deParis, gendarme, chargé de maintenir la foule les jours d'exécution capitale.
Icigo, Icicaille. Ici. « A tcigoy il reconnut Brujon, qui était rôdeurde barrières et, à icicaz7/e, Babet, qui, parmi tous ses métiers, avait été revendeur au Temple. » (V. Hugo.)
Imbiber (S'). Boire. La variante est : s'imbiber le jabot.
Imbécile à deux roues. Vélocipédiste, — dans le jargon des voyous.
Immense. Encore un mot très, trop même répandu dans le monde des gommeux et des gommeuses. Purle-t-on d'un acteur célèbre, voilà qu'il est immense. Tient-on un propos étonnant, c'est immense. A-t-on assisté à une fête ciiarmante, c'était jwmense, etc., etc.. — En signalant les néologismes à la mode en 1817, l'auteur des Lettres normandes s'exprime ainsi : « Le mot immense obtient aussi une grande vogue ; il n'est pas neuf, mais on le place d'une manière nouvelle.
Nos journalistes disent d'un acteur qu'il a un talent immense; nos jeunes gens du bel air disent, en parlant d'une femme :
cette femme est accomplie, elle a un œil immense. >> Aujourd'hui, nous disons simplement : « Un tel est immense. » C'est au vau-
devillisme moderne qu'on doit cette nouvelle interprétation.
Impératrice. Impériale d'omnibus, — dans le jargon du régiment. Pourquoi « impératrice »? — Simplement pour avoir l'occasion de placer un déplorable jeu de mots quand on grimpe sur l'impériale.
Impressionnisme. Ecole de peinture ultra-réaliste qui, sans nul souci du dessin et de la composition, prétend produire des impressions, et ne produit que de mauvaises impressions sur le public.
Impressionniste. — Peintre
ultra-réaliste. Les impressionnistes ou impressionnalistes ne peignent que l'impression. Ils jettent quelques tons sur la toile sans s'occuper ni de l'harmonie des couleurs, ni du dessin, ni du reste. Leurs œuvres ressemûlent à des esquisses informes.
C'est l'indication, ce n'est pas le tableau. « Chose singulière !
Duranty qui tient à ce qu'on a appelé, depuis Champfleury, l'école duréalisme, ne comprend pas toujours la peinture de Manet. Faut-il en conclure que, malgré ce qu*on pourrait penser, réalistes et impressionnistes
ne regardent pas avec les mêmes yeux? » (Maxime Rude.)
Inconnobré. Inconnu, — dans le jargon des voleurs.
Incurable (Portier des). C'est sous cette dénomination qu'on désignait, en 1835, le balcon du Théâtre-Français. « C'est là que se réfugie l'opposition vitra classique des vieux amateurs. »
('Jacques le souffleur, Dict. des coulisses, 1835.)
Index (Travailler à 1'). Travailler à prix réduit, — dans le jargon des ouvriers, qui montrent au doigt les gâte-métiers.
Indicateur. Espion, mouchard; terme technique de la préfecture de police. « La compagnie des allumettes emploie un certain nombre d'individus à surveiller les concurrents de son privilège; elle a des indicateurs, etc. » {Petit Journal, du 2 août 1877.)
Indigent. Voyageur d'impériale d'omnibus, — dans le jargon des cochers de fiacre, qui professent le plus profond mépris pour les gens qui vont en omnibus.
Induire. Par abréviation pour induire en erreur. — « J'ai été bien aise de voir que le citoyen Zola nous avait induits. » [La petite Lune, 1879.)
Infante. Maîtresse d'un jour, femme que l'on courtise, — dans le jargon des sou.s-officiers.
Infanterie (Entrer dans V).
Etre enceinte.
Infect. Laid, détestable. — Individu infect, œuvre infecte.
Infectados. Cigare d'un sou.
Inférieur. Personne^ chose
dont on se soucie fort peu. Ça m'est inférieur, ça m'est égal.
Infirme. Maladroit. Ouvrier qui gâche l'ouvrage, qui ne fait rien qui vaille. — « Ils sonnèrent tant bien que mal, ces infirmes, et les gens accoururent au tapage. » (L. Cladel, Ompdr ailles.)
Ingriste. Peintre de l'école d'Ingres, qui sacrifie tout au dessin. — Peintre qui fait gris, — en terme de peintres. — Peinture monochrome. — a Ainsi devant le portrait bleu de M. Amaury-Duval et bien d'autres portraits de femmes ingristes ou ingrisées. >> (Baudelaire, Salon de 4846.)
Inquiétudes dans les jambes (Avoir). Avoir envie d'administrer un coup de pied au derrière de quelqu'un ; le prévenir charitablement de l'envie qu'on a.
Insecte. Toute sorte de volaille et de gibier depuis l'oie jusqu'à la mauviette.
Insinuant. Apothicaire, infirmier.
Insinuante. Seringue.
Insolpé. Insolent, changement de la dernière syllabe.
Inspecteur des pavés. Flâneur. — Ouvrier, commis sans place et qui cherche une place, en amateur, en flânant.
Institutrice. Maîtresse d'une maison de tolérance, — dans le jargon du peuple.
Intime. « Un autre genre de billet (de théâtre) est appelé intime. Celui-là est donné gratis par le chef (de claque) au conscrit qui fait ses premières armes. Quand la pièce nouvelle
DtCTlONNAlRE D ARGOT MODERNE.
est jouée, le subordonné remet son billet ou intime au chef, qui le vend à son profit». {Petit dict.
des coulisses.) — Par extension, le claqueur a reçu le nom d'mtime.
Intransigeant. Républicain par, qui ne transige pas avec ses opinions extrêmes. Tout comme bien d'autres, les intransigeants d'aujourd'hui deviendront des réactionnaires le joui* où ils seront à la tête du gouvernement. Ils attendront la sortie des opportunistes pour se jeter sur les contre-marques. — Sous le titre de : L'Intransigeant a paru le 14 juillet 1880 un journal avec M. Henri Rochefort pour rédacteur en chef.
Introuvable. Urinoir public en forme de rotonde et dont Taccès n'est pas précisément
facile à découvrir. On les a également appelés les « tourneautour ». V introuvable est le successeur direct du rambuteaii.
Invalide. Pièce de quatre sous.
(Fr. Michel.) Fausse pièce de monnaie.
Invalide du pont des Arts.
Académicien.
Invalo. Invalide.
Isolage. Abandon. — Isoler, abandonner, — dans l'ancien argot, du vieux mot asoler.
Italique (Avoir pincé son).
Marcher penché, ne pas marcher droit par suite d'ivresse, — dans le jargon des typographes, par allusion au caractère dit italique.
Itrer. — Avoir, posséder, — dans l'ancien argot.
Jabot. Estomac. — Se remplir le jabot, manger.
Jacqueline. Prostituée. — Sabre de cavalerie.
Jacques. — Sou, — dans le jargon des chilFonniers. — Qui veut mes chocottes? — Je fen colle dix Jacques. Qui veut mes os?
— Je t'en donne dix sous.
Jactance. Ravardage. — ter, bavarder. — J acteur, bavard,
— dans le jargon du peuple.
Jaffe. Soufflet, — dans l'ancien argot.
Jaffier. Jardin. — /a/^w, jar dinier, — dans l'ancien argot.
Jaffle. Soupe, — dans le jargon des voleurs.
Jambe (S'en aller sur une).
Ne pas redoubler une tournée chez le marchand de vin. — Se contenter d'un verre de vin sur le comptoir, quand on est avec des amis.
Jambe en l'air. Potence, — dans l'ancien ;irgot.
Jambes en coton. Jambes faibles. — On a les jambes en coton lorsqu'on relève d'une longue maladie.
Jambon. Violon. — Cuisse de l'homme.
Jambon (Façonner son, Faire son). Casser son fusil, — dans le jargon des troupiers. — Allusion de forme entre un jambon et la crosse d'un fusil cassé.
« Ah! chenapan, tu casses ton fusil, tu fais des jambons avec ta clarinette!» (A. Camus.)
Jambonneau (Ne plus avoir de chapelure sur le). Ne plus avoir de cheveux sur la tête.
Jappe. Bavardage. — Japper, bavarder, crier.
Jardinage. Médisance. — Jardiner, médire, parler, synonyme de médire pour beaucoup de gens. — Bêchage, bêcher, ont donné jardinage, jardiner par assimilation.
Jardiner sur le tap vert. Jouer aux cartes. Tap vert pour tapis vert.
Jardinier. Compère du voleur à V américaine.
Jargolier. Normand. — Jar-
golle, Normandie.
Jarnaffe. Jarretière; changement des deux dernières syllabes.
Jarret (Lever le). Marcher en colonne, — en terme de trou-
Eier. — Avoir du jarret, être on marcheur.
Jarretières (Mettre quelque chose dans les). Donner une gratification à une fille publique. Les prostituées de maison placent cet argent dans leurs bas, sou? la jarretière.
Jars. Argot; apocope de jargon. — Jaspiîier le jars, dévider le jars, parler argot.
Jasante. Prière. — Jaser, prier. — Jaseur, prêtre qui dit la messe.
Jaspin. Oui. — Jaspiner, parler.
Jaune, Jonc. Or. — Jaunet^ pièce d'or.
Jaune. Eté, — dans l'ancien argot.
Jaune. Eau-de-vie. — Jaunier, ivrogne.
Javanais. Langage de convention qui consistait, il y a une vingtaine d'années, à intercaler les syllabes va et av entre chaque syllabe. C'était idiot et antieuphonique au dernier point.
Les filles parlaient fort couramment le javanais. 11 y eut un moment une telle fureur de javanais qu'on vit paraître un journal entièrement écrit dans ce langage stupide.
Jean-Jean. Niais. — Conscrit.
Jean de la vigne. Crucifix.
C'était le nom d'un des acteurs de bois (Jean des Vignes) du théâtre de marionnettes à l'époque des représentations de la Passion. (Fr. Michel).
Jean de la suie. Petit ramoneur.
Jean foutre. Homme vil, gradin fieffé.
Jean-fesse. Avare, malhonnête homme. — Le frère jumeau de Jean foutre.
Jean (Nu comme un petit saint). A peine vêtu de mauvaises guenilles, tout nu ; se dit surtout des enfants. — Faire son petit Saint-Jean, faire l'innocent, le niais. m
Jean (Faire le saint). Se dé- V
coiffer. C'est un signal convenu entre voleurs. Lorsqu'ils sont censés ne pas .se connaître, soit dans la rue, soit dans un lieu public, l'un d'eux fait le Saint'
Jean, Traduction : Ne nous perdons pas de vue; au travail, l'affaire est prête.
Jeanne d'Arc pour le courage.
Demoiselle à qui il manque précisément ce qui a valu à Jeanne d'Arc son surnom.
Jeannette. Rouet muni de plusieurs fuseaux, — dans le jargon des fileuses. Dans les filatures anglaises, ce rouet se nomme une Jenny, nom que lui a donné l'inventeur Thomas Highs.
Jérusalem (Lettre de). Lettre écrite de prison.
Jésus. Innocent, — dans le
Jésus. Jeune filou. — Tout jeune Ephestion de trottoir.
Jeté (S'en être). Etre soûl. — Mot à mot: s'être jeté du liquide dans l'estomac.
Jeter de la grille. Requérir, au nom de la loi, contre l'accusé. Après le discours du ministère public, les voleurs disent : Le client m'a jeté de la grille ; c'est-à-dire a jeté sur moi de la grille de prison.
Jeter un coup de. Aller à.
Mot à mot : jeter un coup de pied jusqu'à. — {Jargon des ouvriers.) — Jeter un coup de Versailles, un coup de Cherbourg, aller jusqu'à Versailles, jusqu'à Cherbourg.
Jeu (Vieux). Vieille école, ancien régime, vieux système.
— L'écrivain qui emploie dans un livre des moyens usés, des rengaines pour charmer ses lecteurs : vieux jeu. — L'auteur dramatique dont les procédés scéniques, le dialogue rappel-
lent soit l'exagération des romantiques, soit la monotonie des classiques : vieux jeu. — L'avocat, l'orateur qui effeuille à la barre, à la tribune, les vieilles fleurs desséchées de la rhétorique, celui qui dit : « Nos modernes Hétaïres, le vaisseau de l'Etat conduit par d'habiles pilotes, l'honorable organe du ministère public, l'hydre de l'anarchie ose relever la tête... » vieux jeu. — Celui qui appelle sa femme « sa moitié » ; celui qui, en quittant un ami, le prie de <( mettre ses respectueux hommages aux pieds de madame » ; vieux jeu, vieux jeu.
Jeu de dominos. Denture. Un jeu de dominos complet, bouche à laquelle pas une dent ne manque.
Jeu (Le grand). Dans le vocabulaire des filles signifie l'usage des condiments les plus épicés que Vénus garde pour le service des débauchés blasés; terme emprunté aux tireuses de cartes.
Jeune-France. Variété du bousingot, — C'était un bousingot fatal, à tout poil, à tout crin. Il y eut des subdivisions et des variétés du Jeune-France à l'infini ; depuis le Jeune-France blasé, jusqu'au Jeune-France étique, le saint Jean -Baptiste précurseur du petit-crevé de nos jours.
Jeune homme. Mesure de vin de la capacité de quatre litres.
Avoir son jeune homme, son petit jeune homme, être ivre, d'après l'opinion des personnes qui pensent qu'il ne faut pas moins de quatre litres de vin pour griser un homme, voire même une
femme. — L'expression s'applique souvent en parlant d'une femme légèrement prise de vin et que le vin rend tendre, expansive comme si elle avait en tête un petit jeune homme idéal; d'après l'opinion des gens qui ne sont pas ennemis d'une douce poésie.
Jeunesse. Jeune fille.
Job. Niais, dupe. C'est jobard par apocope. — Se monter le job, se monter la tête, l'imagination.
Une femme dit d'un homme qui prétend être aimé pour luimême qu'il se monte joliment le job.
Jobarder. Duper, mystifier, rire aux dépens de.
Jobarderie, Joberie. Niaiserie, bêtise.
Jonc. Or, — dans l'argot des voleurs. En terme d'orfèvre c'est un anneau d'or, une bague sans chaton.
Joncher. Dorer, — dans l'ancien argot.
Joncherie. Duperie, mensonge.
Joncs (Etre sur les). Etre en prison.
Jordonne (Monsieur, Madame). Homme, femme qui a la manie de donner des ordres à tout propos et surtout mal à propos.
Jome. Jour.
José. Billet de banque; apocope de Joseph, mot à mot : papier Joseph.
Joseph (Faire son). Jouer au naturel, soit par timidité, soit pour toute autre raison, le rôle du Joseph biblique et pudibond
j à l'endroit de la belle Zuloïska.
— Se faire prier pour faire une chose. — Refuser. — « Allonsl \ encore un verre de ce bon vin ! — I Non vraiment, fen ai assez. — i Ne fais donc yas ton Joseph. »
Jouer (En). Connaître, savoir faire une chose. — « Passez-moi le poulet pour que je le découpe, je sais comment on en joue. — Est-il fort sur les mathématiques? — Tl en joue très bien. »
Jouer de. Avoir de l'influence sur l'esprit de quelqu'un, savoir prendre quelqu'un par son côté faible. Mot à mot : jouer de lui comme d'un instrumentqui nous est familier. — « En voilà une i qui peut se vanter de jouer des I hommes, comme il faut ! »
Jouer du pouce. Dépenser de ' l'argent. {Dict. comique.) Comp- ' ter de l'argent à quelqu'un.
Joues (Se faire des). Manger avec appétit, engraisser.
Journée (Avoir fait sa). Avoir gagné l'argent nécessaire aux dépenses de la journée, — dans le jargon des filles.
Jouste. Près, — dans l'ancien argot.
Joyeux. Surnom des zéphirs, soldats du bataillon d'Afrique.
Judacer, Judaïser. Tromper, trahir, dénoncer.
Judasserie. Dénonciation; fausse démonstration d'amitié.
Judas (Le point de). Le nombre treize.
Judée (La petite). La préfecture de police.
Juge de paix. Bâton. — Tour niquet de marchand de vin oîi se jouent les consommations.
Jugeotte. Bon sens ; jugement sain.
Juguler. Agacer, ennuyer, horripiler. — « Toi, monsieur le difficile, si ça te jugule, tu peux t'en aller. » (E. Scribe, L'Honneur de ma fille.) « Vos invectives commencent à me juguler. )) (Dumersan et Varin, les Saltimbanques.) — Jugulant, agaçant.
Juif. Usurier; avare.
Jules. Pot de chambre; tinette, latrines portatives des troupiers.
Jules a remplacé le vieux Thomas, source d'éternelles plaisanteries. Jules est plus nouveau.
On dit au régiment passer la jambe à Jules ou pincer l'oreille à Jules lorsqu'on est de corvée pour vider les tinettes.
Jumelles. Continuation du dos.
Juponnier. Celui qui aime les femmes, le jupon.
Jupière, Jupasse. Couturière qui fait les jupes des robes.
Jus. Élégance, — dans le jargon des gommeux qui ont voulu donner un pendant au mot chic.
(V. Juteuse.)
Jus de baromètre. Mercure.
« Te n' sens pas toi-même l' jus de baromètre, hé non, c'est qu' je tousse. » (Le Nouveau Vadé.)
Jus de navet dans les veines (Avoir du). Manquer d'énergie.
Variante : Avoir du sirop d'orgeat dans les veines.
Jus de chique. Café, — dans le jargon des troupiers. Allusion à la couleur du café. La variante est : Jus de chapeau, à cause de la couleur foncée de la transpiration mihtaire.
Jus de bâton. Coups de bâton.
Jus de réglisse. Nègre.
Jus (Coup de). Mot à mot :
coup de jus de raisin. « J'aime mieux aller chez la mère àMontreuil...* et je me collerai un coup de jus. » (A. Bouvier, la Lanterne du 19 juillet 1877.)
Jusqu'au boutien (Journal).
Journal qui a soutenu la politique du maréchal deMac-Mahon après la dissolution de l'Assemblée nationale en juin 1877. — Allusion à la phrase qui figurait dans l'ordre du jour adressé par le Maréchal à l'armée, le 9 juillet suivant : « J'irai jusqu'au bout. » — « Les journaux jusqu'au boutiens affirment avec ensemble que, etc. » {La France du 10 août 1877.)
Juste (La). Cour d'assises.
Abréviation de « la justice. »
Juteuse. Femme élégante, femme qui a du chic^ — dans le jargon des gommeux. C'est celle oui semble toute rempHe du jus de la distinction. Le mot est bienvenu et semble être appelé à un bel avenir. Nous en avons trouvé un exemple dans un numéro de la Vie moderne, luin
Képi (Veux-tu mon, Apostrophe à l'adresse du soldat qui, dans la chambrée, a fait entendre un bruit insolite.
Kif-Kif. Quif-Quif. Égal, pareil. — C'est kif-kiff c'est la même chose. — « Le Réveillon et les rois, ce n'est pas le moins du monde kif-ldf. >> {Le Père DMc/iéne, janvier 1879.) — «Bon!
qu' ça y a coupé le sifflet, qu' ça l'a fait taire, c'est quif-quif. »
(Hennique, La Dévouée.)
Kilo. Litre de vin.
Kilo. Dernière manifestation d'un copieux repas. Poser un kilo.
Kilo. Faux chignon. « Attends que j'aie mis mon kilo. — Tiens 1 voilà mon kilo qui s'en va. » (N.
Roqueplan.)
L. Lettre que les bouchers, dans leur jargon, -substituent à la première de chaque mot commençant par une consonne, tandis qu'ils rejettent celle-ci à la fin en l'accompagnant des désinences em, é, lem,sem, uche, fum. Exemple : Louchébem, boucher. — Linvé loussem, vingt sous. — Loucharmuche, mouchard. — Louave^ saoul. — Lésélemfum, fille publique. — D'autres fois, ils placent le mot lésé entre deux autres comme dans :
linvé lésé loussem, vingt sous; linvé lésé lousdré, vingt francs.
Labago. Là-bas.
Là-bas. Prison. — Prison de Saint-Lazare que les filles appellent encore : La campagne. — Revenir de la campagne, revenir de Saint-Lazare.
Lacets (Marchand de). Gen-
darme à la poursuite d'un voleur, — dans l'ancien argot.
Lâchage. Abandon.
Lâche (Saint). Grand paresseux.
Lâcher. Sortir un objet, exhiber. — Lâcher le tuyau depoêle, lâcher le sifflet d'ébène.
Lâcher. Quitter, abandonner.
— «Voilà les femmes!... ça vous lâche dans le malheur. » (Dumanoir et d'Ennery, Les Drames du cabaret, 1864.) — Lâcher le coude, laisser tranquille. On dit •• :i ' -^'im qui vous ennuie :
Làcitt-inui le coude. — Lâcher comme un pet, abandonner sans vergogne, à f improviste, — dans le jargon du peuple. — Lâcher la rampe, mourir. — Lâcher le paquet, faire des aveux. — Lâ- \ cher de V argent, payer. — Lâcher
l'écluse^ uriner. — En lâcher un, sacrifier à crepitus.
Lâcher (Se). Produire en sociélé un bruit trop personnel; donner le jour à une émanation trop intime.
Lâcher de (Se). Faire de la dépense, faire acte de générosité, oiïrir quelque chose. Je me lâche de deux consommations. — Je me lâche de cinq francs.
Lâcheur, Lâcheuse. Homme, femme sur qui l'on ne peut compter. — « Cet admirable lâcheur qu'on appelle l'Angleterre. » (La France, du 8 juin 1878.) — Mauvais, mauvaise camarade. — Celui, celle qui ne prend pas la défense d'un ami dont on dit du mal.
Lâcheur. Homme qui n'est pas partisan des liaisons amoureuses de longue durée. « Méfietoi, Nini, c'est mon lâcheur de la semaine dernière. » (Grévin.) « Tous les maris sont des lâcheurs. )) (ClairvilleetSiraudin, Le Mot de la fin.)
Lâcheur. « On appelle ainsi les pilotes qui se chargent de conduire les bateaux depuis Bercy jusqu'au Gros-Caillou, en leur faisant traverser tous les ponts de Paris. » (E. de La BédoUière.)
Lâchez la commande. Mot à
mot : lâchez le fil commandé, en terme de machiniste. C'est, au théâtre, l'ordre d'allumer le lustre. « Un machiniste est sur le théâtre; il crie : lâchez la commande... A cet ordre, un fil descend du cintre; on y attache une herse à gaz, et, à un nouvel ordre, la herse remonte. » (Ch.
de Boigne.J
Lacorbine. Surnom que se donnent entre eux lesEphestions de trottoir; nom sous lequel les désignent généralement les inspecteurs du service des mœurs.
C'est une déformation du mot « la courbée •».
Lacromuche. Souteneur de filles. C'est le mot macro « maquereau » par substitution de L à M et dotation de la désinence ari,otiqLie muche. Dans l'argot des bals de la barrière du Trône, la plupart très poissonneux, lacromwc/ie sert à désigner un «garçon », un « jeune homme » quelconque.
Lago. Ici, — dans le jargon des voleurs.
Lago (Saint). La prison de Saint-Lazare.
Lagout. Eau, — dans Tancien argot.
Laigre. Fête, foire.
Laine. Drap, — dans le jargon des tailleurs. Avoir de la laine, avoir de l'ouvrage.
Laine. Mouton.
Laisser pisser le mérinos. Savoir attendre le moment favorable. Attendre patiemment le résultat d'une affaire.
Lait à broder. Encre, — dans le jargon des voleurs.
Lait des vieillards. Vin, s'il faut en croire les vieux ivrognes.
Laïus (Sécher le). Ne pas se donner la peine de faire le discours dont le sujet a été donné par le professeur, — dans le jargon des Ecoles.
Lambert (Ohé) ! As-tu vu Lambert? Apostrophe, cri, scie qui s'est produit pour la pre-
mière fois le 15 août 1864, le jour de la fête de Napoléon III.
Du bout d'une rue à l'autre, sur les impériales des omnibus, dans les gares, dans les wagons, on n'entendait que le cri de : Ohé Lambert ! As-tu vu Lambert? Cela.
dura trois ou quatre mois. Depuis on a passé à d'autres exercices. — Etymologie : Une femme de la campagne, venue à Pans pour la fête du 15 août, perdit ou égara, au débarcadère du chemin de fer de l'Ouest, son mari qui s'appelait Lambert; et, pendant plus d'un quart d'heure, on entendit cette épouse éplorée demander à tous les échos :
« Lambert! » Les détracteurs de l'Empire prétendirent que le mot était un mot d'ordre venu de la rue de Jérusalem, et mis en circulation par la police, à la seule fin de distraire le peuple des idées politiques, dont on trouvait, aux Tuileries, qu'il s'occupait un peu trop.
Lame (Vieille). Terme d'amitié entre anciens militaires.
Lamine. Le Mans,— dans l'ancien argot.
Lampas. Gosier, gosier d'ivrogne dont la vocation est de lamper.
Lampe (Il n'y a plus d'huile dans la). Il est bien près de la mort, il n'a plus de forces. Il s'éteint comme une lampe, à laquelle l'huile manque.
Lampe-à-mort. Ivrogne endurci, ivrogne que rien ne peut désaltérer.
Lampion. Bouteille. — n M.
— Chapeau. — Sergent ('u -llo.
Lance. Eau. — Balai. Lancier du préfetf balayeur, cantonnier.
Lancé. Légèrement pris de vin.
Lanceqniner, Lansquiner.
Pleuvoir. — Pleurer. — Uriner.
Lancer son prospectus. Jouer de la prunelle, faire entrevoir sous le feu des prunelles tout un monde de voluptés, — dans le jargon des filles.
Lancer une femme. Produire une femme dans le monde oh l'on s'amuse. La lancer sur le chemin de la fortune, la mettre à la mode. Les gffmdins prononçaient et les gommeux prononcent : Je la lince. Une femme ^lancée est une femme qui occupe un certain rang dans la prostitution dorée, un des premiers sujets du monde galant. « Bientôt on la fêtera, on viendra verser à ses pieds les richesses du Potose; on l'habillera de soie, on emplumera son chapeau...
Alors elle sera lancée. » (Les Filles d'Hérodiade, 1845.)
Landau. Hotte de chiffonnier.
Landau à baleines. Parapluie.
— « Comme si une poupée et un landau à baleines c'était pas la même chose 1 Tous les deux se retournent et vous lâchent quand il fait mauvais. »
(Huysmans, Marthe.)
Landier. Préposé de l'octroi.
Landière. Boutique foraine. En souvenir de la célèbre foire du landit qui se tenait à Saint- Denis.
Landrenx. Infirme, — dans l'ancien argot.
Langue verte. Argot des tricheurs, langue irrégulière, bas langage. Tantôt verte coirime une pomme au mois d'août,
tantôt verte comme un gibier trop faisandé.
Langue fourrée. Allusion libertine au coup fourré de l'escrime et appliquée au langage de l'amour. En latin, lingua duplex^ id est quum in basiis lingua linguœ promiscetur.
Lansq. Lansquenet, nom d'un
jeu de cartes.
Lansquine. Pluie. « Quand je vois ces pauvres diables sans turbin... s'en aller sous la lansquine. » {Le Sans-cvlotte, 4878.)
Lanterne (Vieille). Femme galante qui a gagné ses invalides.
Lanterne (Radouber la). Bavarder.
Lantimèche. Nom d'amitié, sobriquet tout intime. — Père Lantimèche, mère Lantimèche. — Les concierges des deux sexes se donnent volontiers entre eux « du Lantimèche ».
Lantiponner. Parler pour ne
rien dire.
Lapin (Fameux). Courageux.
— Lapin ferré, gendarme.
Lapin. Voyageur, — dans le jargon des conducteurs d'omnibus. — En lapin, placé sur le siège d'une voiture, à côté du cocher.
Lapin (Etouffer un). Ne pas sonner une place, — dans le iargon des conducteurs d'omnibus, lorsqu'il leur arrive de frustrer leur administration de trente centimes.
Lapin (Coller un). Abuser de la confiance d'une femme qui vend l'amour tout fait, en oubliant de la rémunérer.
Larbin. Domestique. « Nous avons perdu le domestique, nous avons créé le larbin. Le larbin est ai\ domestique ce que le cabotin est au comédien. »
(N. Roqueplan.) — Le mot avait primitivement le sens de mendiant. C'est ainsi qu'il est explique dans le glossaire d'argot des Mémoires d'un forçat oxm Y idocq dévoilé». — D'ailleurs les domestiques se livrent plus ou moins à la mendicité vis-à-vis de leurs maîtres.
Larbin, Larbin savonné. Valet
d'un jeu de cartes. — Quatorze de tyrans et trois larbins.
Larbine. Servante, bonne à tout faire.
Larbinerie. Domesticité.
Larcotier. Luxurieux, — dans l'ancien argot.
Lard. Graisse humaine. Perdre S071 lard, maigrir.
Lard (Couenne de). Brosse.
Lardé aux pommes. Raçoût de pommes de terre au lard. — Un lardé aux pommes, une portion de pommes de terre au lard. — « Au prix où sont les lardés aux pommes aux trente neuf marmites. » {Tam-Tam, du 6 juin 4880.)
Larder. Donner un coup d'épée, un coup de couteau.
Lardoire. Ëpée.
Large (Du). Partez; cédez la place.
Large (Ne pas la mener).
Avoir peur, n'être pas rassuré.
Large des épaules, large du cul, avare.
Largue. Femme. — Largue en vidange, femme en couches.
(Colombey.) — Largue d'altéque, jeune femme. Largue en panne, femme abandonnée.
Larguepé. Prostituée, — dans le jargon des voleurs.
Lartin. Mendiant, — dans l'ancien argot.
Larton, Lartif. Pain, — dans l'ancien argot.
Lartonnier. Boulanger.
Las de chier (Grand). Grand efflanqué, grand molasse, — dans le jargon des voyous. C'est l'équivalent moderne de l'ancien las-d'aller.
« Ce rongneux las-d'aller se frottait à mes [bas. »
(Régnier, Satire x.)
Lascailler. Uriner, — dans le jargon des voleurs.
Lascar. Soldat qui a longtemps servi, soldat qui connaît toutes les ficelles du métier. — « Ah! le lascar! se dit Max, il est de première force, je suis perdu. » (Balzac, TJn Ménage de garçon.)
Latin. Argot, — dans le jargon des voleurs. — Le petit dictionnaire d'argot (Paris, 1827, imprimé chez Guiraudet) porte en sous-titre « latin-français », c'est-à-dire argot-français.
Latte. Sabre de cavalerie. — Sabre droit des dragons, — dans l'argot du régiment.
Lattife. Linge blanc, — dans le jargon des voleurs.
Laumir. Perdre, — dans l'ancien argot.
Laure. Maison de prostitution, — dans l'ancien argot; du bas latin, laura^ monastère.
Lavabe. Contre-marque ache-
tée pendant un entr'acte ou donnée par un spectateur qui va voir chez lui la suite du spectacle. — Billet à prix réduit.
Lavage. Vente pour cause de misère.
Lavasse. Soupe ordinaire, — dans le jargon des prisons. Lavasse sénatoriale, lavasse ministérielle, soupe grasse. Lavasse présidentielle,soupGénoYmémcni grasse; mot très rarement employé, et pour cause.
Lavement. Adjudant, — en style de régiment. Le mot se renverse. C'est pourquoi, à l'infirmerie, les lavements ont reçu le nom « d'adjudants ». — Laissemoi vite passer, j'ai un adjudant dans le ventre.
Lavement. Ennuyeux personnage, rabâcheur, tannant. — Pressé comme un lavement, très pressé, allusion au lavement qui, une fois absorbé, n'aime pas à rester longtemps en place.
Laver. Vendre pour cause de misère ou de gône momentanée. « Ma foi ! l'avais une marine de je ne sais plus qui, je la décroche, je la fourre dans mon châle; et je pars laver ça. »
(Ed. et J. de Concourt.)
Laver les pieds (Se). Aller à Cayenne aux frais de l'Etat. Les voleurs disaient, dans le même sens, il y a quelques années :
Prendre un bain de pieds.
Lavette. Langue. — Laveter^ bavarder. — Laveteur, bavard.
Lavoir. Confessionnal. On y fait la lessive de la conscience', plus noire, souvent, que le linge le plus sale.
Lavoir public. Journal, —
dans le jargon des filles. « Nous ne sommes pas venues ici pour nous engueuler à propos de ces lavoirs publics. » (H. de Lynol, Encore une industrie inconnue, 1860.)
Lazagne. Lettre, — dans le jargon des voleurs. Balanceur de lazagnes, écrivain public.
Le, La, Les. Articles que messieurs les maîtres d'hôtel des maisons qui se respectent — s'inspirant des traditions de la Régence, — ne manquent jamais de placer avant le nom de chaque plat porté sur le manuscrit gastronomique , vuJgo menu. Amsi ce sera : Le potage velours, les filets de sole à la Joinville, la poularde truffée, les asperges en branche, la timbale de Bontoux. C'est-à-dire :
le merveilleux potage, les admirables filets, la succulente poularde, les énormes asperges, la sans pareille timbale.
Lèche-cul. Adulateur sans vergogne, bas flatteur.
Lèche-curé. Bigot, bigote, — cans le jargon du peuple..
Léchée (Peinture). Tableau peint à petits pinceaux, d'une manière minutieuse.
Lécher le grouin. Embrasser.
{Dict. comique.) Aujourd'hui Von dit plus fréquemment : sucer, se sucer le caillou.
Lécheur, Lécheuse. Celui,
celle qui, à tout bout de champ, trouve moyen d'embrasser. Celui, celle qui se fond en caresses.
Légitime. Pour femme légitime. — Qu'est-ce qu'a vu ma légitime f
Légumier. Cuisinier chargé du département des légumes, dans un grand restaurant. « La truffe n'est pas de son domaine ; elle appartient en propre au grand chef, qui la distribue d'après les Ijesoins... et la suit de l'œil. » (Eug. Chavette, Restaurateurs et restaurés, 1867.)
Léon. Président de Cour d'assises, — dans le jargon des voleurs.
Lesbienne. Femme qui suit les errements de Sapho; celle qui cultive le genre de dépravation attribué à Sapho la Lesbienne.
Lésée, Lésébombe. Fille publique, — dans le jargon des voyous. — Les bouchers disent :
lesélem ou lesélumfum, léséslemfuch, en ajoutant lem, lumfum, ou lemfuch; fum et fuch sont pour fumelle, altération de femelle. — Lésébombe en "purée, fille publique mal mise, dans la misère.
Lessive, lessivage. Vente pour cause de nécessité première, vente quand même. — Grosse perte d'argent. — Mauvaise opération financière. — Plaidoyer, — dans le jargon des voleurs.
Lessive du Gascon. Propreté très superficielle. Un faux-col retourné, pas de chemise, et les mains à peine lavées, voilà la lessive du Gascon.
Lessiveur. Avocat. C'est lui qui est chargé de laver le linge sale de l'accusé.
Lest (Jeter son). Rejeter par en haut le lest de la nourriture, vulgo vomir.
Levage. Séduction facile et en coupe réglée. — Les filles font des levages dans les bals publics à coups de cancan, les femmes g-alantes, au théâtre, à coups de lorgnette ; les grandes cocottes, au bois de Boulogne, à coups de huit-ressorts, sur la plage à coups de costume de naïades, à Monaco à coups de cartes.
Lève-pieds. Echelle ; escalier.
Levée. Arrestation de filles publiques; rafle opérée par la police sur les boulevards, dans les cafés, dans les hôtels garnis, chaque fois que le flot de la prostitution menace de monter trop haut.
Lever. Séduire facilement. — Lever une femme. Ce mot, pris dans cette acception galante, remonte au siècle dernier. Nous en trouvons un premier exemple dans les Anecdotes sur la comtesse Dubarry, publiées en 1776, Londres. « Le comte philosophe, (Lauraguais) ne pouvant se passer d'une maîtresse, fut tout simplement lever une fille chez la Gourdan^ comme on va lever une pièce d'étolie chez un marchand. »
Lever. Tromper, mentir pour obtenir un service. — Emprunter. — Lever quelqu'un de dix francs. — Etre levé, se faire lever, être trompé, être volé, se faire voler. — Pour une fille, être levée, se faire lever, c'est avoir séduit un homme, se faire suivre par un homme qui paraît animé des meilleures intentions, très animé.
Lever. Prendre possession d'un titre, d'une valeur cotée à
j la Bourse, en ternie de Bourse.
— Lever cent Lyon-Méditerranée.
I — « Levez-vous, madame? — I Non, monsieur, je préfère que I vous me reportiez n, dit une { dame assise à un coulissier. [La
Bourse, dessin par Lefils.)
Lever la lettre. Prendre les lettres typographiques dans leurs casses respectives. — Terme de typographe.
; Lever le bras. N'être pas con- ' tent, — dans le jaVgon des ty- I pographes.
Leveur. C'est le compère du
! voleur à l'Américaine, celui qui
est chargé de lever, c'est-à-dire
de dénicher la dupe et de lier
conversation avec elle. Le leveur
I était autrefois désigné sous le
I nom de jardinier.
\ Leveur (Bon). Compositeur 1 d'imprimerie qui lève vite la ! lettre.
Leveuse. « II y a parmi elles, j (les femmes des bals publics) une catégorie de femmes qu'on a flagellées de l'épithète de leveuses. Pour celles-ci, le bal est un prolongement du trottoir. »
{Ces dames du Casino, 1862.)
Levure. Fuite. Pratiquer une \ levure, se sauver.
Lézard. Mauvais camarade. — Paresseux. — Voleur de chiens.
— Industriel qui spécule sur les récompenses promises pour restitutions de chiens perdus. — • Faire le lézard, lézarder, ne rien faire.
Léziner. Tricher; hésiter. —
Lézine, tricherie.
Libre (Etre). Dans le jargon des filles, c'est n'avoir contracté
rée et au delà. Liberté ! que de polissonneries on commet en ton nom !
Lice. Bas de soie.
Lichade. Embrassade. — Bon repas, partie fine.
aucun engagement pour la soi- posées d'une syllabe ou d'un
" mot de trois ou quatre lettres qu'il était possible de faire entrer dans la ligne précédente en espaçant moins large. Les lignes étant comptées pleines, on conçoit l'intérêt du compositeur à n'avoir qu'un mot à Liche. Bombance. — Licher, ! mettre dans une ligne. (Typoboire en fin connaisseur. | graphes parisiens, Boutmy.)
Licheur, Licheuse. Bu- j Ligore. Cour d'assises.
veur, buveuse. Gourmand, go ur- I Ligotage, Terme de police.
mande. « Le ligotage enchaîne les mains
Liège. Gendarme. (Colom- I au moyen d'une ficelle que l'on
jjgy\ I serre savamment jusqu à ce que
1*. ^ ,,. . , , i le sanff iaillisse. » (Procès de la
Lignante. Vie; - vient de j 2^^^^,^„/ 27 ^anv. 1879, p/a*-
ligne dite a de vie », une des ! ,^omede W Delattrc.) - «Tout
plus importantes au point de i |g ^^^^^^^3 g^^t, depuis M. Jacob
vue de la chiromancie. ; jusqu'au dernier employé de la
Lignard. Soldat d'infanterie ^ préfecture, que les individus qui
de ligne. | ne veulent pas avouer sont at-
Lignard. Rédacteur de jour- j tachés et frappés jusqu'à ce
nal payé à la Ugne. ! qu'ils aient avoué. » {Procès delà
r:.^r,^A T-^r^^^vo^i,^ «i,o,.«A i Lanterne, déposition de M. Crou-
de^^^ lozzi'""' ''''''' \ ^^ér '^ '^ '^'^^ '^
Lignard. Pêcheur à la ligne, î Ligotante! Ligotte. Corde, - dans le jargon des canotiers , ^^ ^^^-^^ ^^^^J^^ -higotter, lier, ue la beine. 1 » . ,, , .<., ▼ • . .
,„.,,,, Ligotte de rifle, Ligotte ri-
Ligne (Faire la). Aux heures ! fiarde. Camisole de force. Mot de la journée où les chentes 1 ^ mot : liens de feu, liens brAsont rares, les commis en nou- jants. veautés se partagent, à tour de i t -li t -h a i -n
rôle, la vente; c'est ce qu'ils i LiU^nge. La ville de Lille, appellent /"aire la ligne. Lillois. Fil, — dans l'ancien
Ligne d'argent (Pêcher à la), ^^f? * ^ .-^ , -,
Acheter du poisson après une .Limace. Prostituée du derpêclie infructueuse. ^^^^ ordre.
Ligne (Tirer a la). Allonger ! Limace, Lime. Chemise. — un article de purnal payé à I « En faisant son affaire sans tant la ligne. ' , limace on ne laisse pas de piè-
T- /•n- t. • 1 \ r. 1 • ces à conviction près du mâcha
Ligne (Pécheur a la . Celui | ^^ ^^ ^„ n'a pas de raisiné sui
qui tire à la ligne en écrivant un article de journal.
Lignes à voleur. Lignes com
pas ae raisiné sur sa pelure. » (J. Richepin, l'Assossinnu.) — Limacier, chemisier; limacièref lingère.
Limande. Personne molle, onséquieuse, plate au moral.
Limande (Faire la). Faire l'obséquieux, se mettre à plat ventre devant quelqu'un, s'aplatir moralement. Allusion à la limande, poisson très plat.
Lime sourde. Sournois.
Limer. S'exprimer difficilement. — Rester longtemps sur un ouvrage.
Limeur. Celui qui s'exprime avec difficulté. — Lent au travail.
Limonade. Gilet de tlanelle, — dans le jargon des voyous.
C'est un dérivé de lime, qui veut dire chemise.
Limonade. Eau, — dans le jargon des ivrognes. — Se plaquer dans la limonade, se jeter à l'eau.
Limonade de Linspré. Champagne, — dans le jargon des voleurs. C'est mot à mot : limonade de prince.
Limonade (Tomber dans la).
Faire de mauvaises affaires; se ruiner.
Limonadier de postérieurs.
Apothicaire. (Le Nouveau Vadé, 1824.)
Limousin. Maçon, gâcheur de plâtre.
Limousine. Plomb en feuille; toit en plomb.
Limousineur. Voleur de plomb en feuille, de toitures en plomb.
Linge. Elégante fille publiq[ue.
Linge à règles. Personne d*une malpropreté révoltante.
— dans le jargon des voyous.
Linge convenable. Femme
dont le souteneur n'a qu'à se louer. Mot à mot : linge, femme qui convient. — Se payer un linge convenable, devenir le Desgrieux d'une élégante Manon.
Linge lavé (Avoir son). Etre arrêté, — dans le jargon des voleurs. C'est la variante : d'être propre.
Linge (Etre). Porter du linge blanc: avoir une chemise blanche.
Lingre. Couteau. Mot à mot :
couteau de Lingres, pour Langres, patrie de la coutellerie française. — Lingrerie, coutellerie. — Lingriot, petit couteau, canif.
Lingrer. Donner des coups de couteau.
Lingue. Couteau. C'est la forme moderne de lingre. Jouer du lingue.
Linspré. Prince, — dans le jargon des voleurs. — Mot retourné.
Linvé. Un franc, vingt sous, — dans le jargon des voyous, par abréviation de linvé loussem; emprunté au jargon des bouchers. Déformation argotique en vé et lem.
Lion. Elégant (1840). — Lion, lionne du jour, homme, femme à la mode; célébrité éphémère.
Lipète. Prostituée portée sur sa bouche.
Lipette, Limousinant. Maçon qui pose les moellons et fait les murs.
Liquette. Chemise. — Décarrer le centre des liquettes^ dé-
marquer du linge. Mot à mot :
faire sortir le nom des cher^ises.
Liquid. Liquidation, — en terme de Bourse.
Liquide. Toutes sortes de boissons, l'eau exceptée, — dans le jargon des ivrognes.
Lisette. Gilet long; gilet de cocher.
Lit à coups de poing (Faire un, expédier un). Faire un lit à la hâte sans retourner les matelas. On dit également « faire un lit à Vanglaise ».
Litrer. Posséder, avoir, — dans l'ancien argot.
Litron. Litre (jui n'a pas la taille réglementaire.
Litronner. Boire du vin au litre.
Litronneur. Buveur qui a un faible pour le vin au litre.