acte 1, se. VI
Mettre quelqu'un à toutes les sauces. Employer quelqu'un à toute sorte de besogne.
Mettre avec (Se). Vivre en état de concubinage. « Dernièrement, je rencontrai une belle actrice : elle me dit : Je cherche quelqu'un pour me mettre avec.
Se mettre avec est l'expression consacrée dans le langage des coulisses. » {Paris-Comédien.)
Mettre en dedans (La). Forcer une porte, — dans le jargon des voleurs.
Mettre sous bande. Ensevelir, — dans l'argot des communautés religieuses.
Mettre une gamelle (Se). Se sauver de prison. Allusion à la vitesse avec laquelle détale un chien à la queue duquel on a attaché une casserole.
Meublant (C'est). Ça fait de l'effet et ça tient de la place comme meuble. Un piano, une armoire à glace sont meublants, — dans le jargon des tapissiers.
Meuhle (Vieux).Viei]le femme,
vieille courtisane.
Meulard. Veau, — dans le jargon des voleurs.
Meurt-de-faim. Petit pain d'un
sou.
Mezière, Mezigue. Moi, —
dans le. jargon des voleurs.
Michaud. Tête, — dans le jargon des voleurs.
Michaud (Faire son). Dormir.
Miche. Dentelle, — dans l'ancien argot.
Miche de profonde, Michon.
Argent. — L'argent est le pain de la poche.
Miche de Saint-Etienne. Pierre, par allusion à la lapidation de saint Etienne.
Miche, Mikel,Miquel. Nigaud; homme simple, dupe, gobemouche. Monter un miquel, duper quelqu'un à qui on avait promis monts et merveilles.
Michelet, Michelin (Faire le).
C'est, à la faveur d'une cohue, dans l'obscurifé, apprécier, à la manière de Tartuffe, l'étoffe de la robe d'une Elmire quelconque. Il y a des amateurs qui ne vont au milieu des foules que pour faire « les michelins ».
Au spectacle de Guignol aux Champs-Elysées, les soldats font les michelins auprès des bonnes d'enfants. Autrefois le grand rendez-vous des michelins était au théâtre Comte. Grâce à l'obscurité nécessitée par la représentation des Ombres chinoises,\es michelins avaient beau jeu. Parfois se faisait entendre le cri de quelque Lucrèce effarouchée; mais le spectacle n'en était pas
troublé, et des rires étouffés répondaient seuls à cet appel de la vertu indignée.
Michelets (Avoir ses). Avoir ses menstrues, — dans le jargon des femmes qui ont lu le livre de Michelet sur l'Amour.
Michet. Homme qui paye les femmes autrement qu'en belles paroles. Mot connu au xvm® siècle. — Michet sérieux, celui sur qui une femme peut compter, celui qui donne beaucoup d'argent et a passé un bail.
Elles (les pierreuses) tournent la tête, et,
[jetant sur ce type,
« Par dessus leur épaule un regard cu-
[rieux,
» Songent : « Oh ! si c'était un miche sé-
[rieux! »
{La Muse à Bibi, Les Pierreuses.)
Bon Michet, oiseau de passage généreux. — Michet de carton, oiseau également de passage, mais marchandeur, un qui ne dit pas son nom et qu'on ne revoit plus.
Micheton.Michet en raccourci.
Jeune homme, rhétoricien, qui apporte à une femme le peu d'argent dont il dispose, et qui, au besoin, en dérobe à sa famille.
Midi. Trop tard. — Il est midi, cela n'est pas vrai. — Les ouvriers se servent encore de cette expression dans le sens de : « Méfions-nous », lorsqu'il y a des étrangers à l'atelier.
Mie de pain. Objet de nulle valeur. — Individu déplaisant,
— dans le jargon des typographes. — Pellicules de la tête,
— dans le jargon des enfants.
Miel (C'est un). C'est bon, c'est amusant, très agréable;
et par ironie, c'est laid, ennuyeux, désagréable.
Mijoter. Combiner avec soin.
— Mijoter une affaire, une intrigue. — Mijoter un livre.
Mille millions de milliasse.
Enormément, un nombre infini de fois, tout ce que l'esprit du peuple peut concevoir de plus élevé comme chiffre,
Millerie. Loterie, — dans
l'ancien argot.
Millet, Millot. Billet de banque de mille francs.
« Quarante millets ! Telle était cette au- [baine. »
(£a France, du 13 mars 1879.)
Milord. Entreteneur, à l'époque où les Anglais passaient pour être généreux avec les dames qui vivent de la générosité publique.
Mince. Papier à lettres, billet de banque, papier. — Le mot mince pour désigner papier date de la création des assignats.
Mince de. Beaucoup de; rien que ça de. Locution employée par le peuple hors de tout propos devant un autre mot, pour en marquer à la fois le nombre et la bonne qualité. — Mince de toilette à la clé, mince de politesse, mince de beurre, mince de tableaux ^ mince de chic.
Mince, Mince que. Je crois bien, comment donc, certainement que. — Mince que je voudrais le voir. — Mince qu'il est bâte. — «Minctî que t'as raison. »
(J. Lermina, Les Chasseurs de femmes, 1879.) — « Vous avez des places? — Mince! si j'ai des places? Une loge de face. » {Le Gavroche, 1879.) — Les voyous emploient eniîore le mot mince
comme synonyme du fameux mot de Cambronne , à la fin d'une phrase, comme argument décisif : Ah! mince alors.
Mine à chier dessus. Vilain visage, — dans le jargon du peuple. Qu'est-ce qu'il vient vous emm. . . ielkr, celui-là, avecsamine à chier dessus ?
Mine revenante. Mine qui revient, visage agréable.
Ministre. Pour le soldat, tout individu crevant de santé, bien placé ou bien rente, que rien n'émeut, content de lui, gros et gras à lard est un « ministre ».
Il y a, comme on voit, un grand fond d'observation chez le troupier français. — Gros ministre, marche donc, si tu peux, ou roule, si tu peux pas marcher.
Minois, Mine. Nez, — dans le jargon des voleurs.
Minuit. Nègre. — Enfant de minuit, voleur.
Mioche, Mion. Petit enfant, petit garçon. — Mion de gonesse.
Adolescent. — Mion de boule, voleur.
Minzingue. Marchand de vin.
Et les variantes minzingo, mindzingue, manzinguin, qu'on prononce en faisant sonner fortement le premier N. « La philosophie, vil mindzingue, quand ça ne servirait qu'à trouver ton vin bon. » (Gré vin). « Pauvre Dupuis manzinguin , malheureux. » (Privât d'Anglemont).
Miradou. Miroir; mot emprunté au provençal. — La variante est : mirelaid.
Mirecourt. Violon. M. Fr. Michel assure que c'estparce qu'on fabrique beaucoup de violons
dans les Vosges c^ne les voleurs ont donné au violon le nom d'une petite ville de ce département. — C'est tout simplement parce que pour jouer du violon on regarde l'instrument de très près; l'exécutant le met pour ainsi dire sous son nez :
mirer de court, regarder de près, a fait mirecourt.
Mirette. Prunelle de l'œil. — Sans miretteSj aveugle. Mirettes en glacis, mirettes glacées, lunettes. Mirette en caouche, télescope; caouche pour caoutchouc.
Mireur. Espion, observateur,
— dans le jargon des voyous.
— Quand ils auront fini de se hallader, tous ces mireurs !
Mirliton. Voix. — Jouer du mirliton, parler.
Miroder. Regarder, arranger.
« Elle monta seule et nu-pieds sur l'échelle et sur l'échafaud et fut un quart d'heure mirodée, rasée, dressée et redressée par le bourreau. » (Madame de Sévigné , Lettres»)
Miroir. Coup d'œil rapide jeté sur le talon d'un jeu de piquet, ^ur les premières cartes à distribuer au baccarat, — dans le jargon des grecs\ une manière (le connaître le jeu de l'adversaire.
Miroir à putains. Joli visage d'homme à la manière des ttUes exposées à la vitrine des coiffeurs.
Mirzale. Boucle d'oreilles.
Mise-bas. Congé que s'octroie un ouvrier typographe.
Mise à pied. Suppression momentanée de paye pour un cocher, un agent de police. — In-
terdiction momentanée de jou»
faite à un acteur par son directeur, sans suppression d'appointements.
Mise entrain. Première tournée, station matinale chez le marchand de vin, — dans le jargon des ouvriers pressiers, en souvenir de la mise en train des presses.
Mise (Faire sa). Payer la patente, — dans le jargon des filles.
Misérable. Verre de vin du broc à 15 centimes.
Misloque. Comédie, — dans le jargon des voleurs. — Flancher la misloque, jouer la comédie. — Misloquier, misloquière, acteur, actrice. — Misloquier schpilf très bon acteur.
Misti, Mistigri. Val et de trèfle.
Mistiche. Demi. — Une misfiche, une demi-heure. — Un mistiche, un demi-setier, — dans le jargon des voleurs.
Mistick. Voleur étranger. {Mémoires d'un forçat, glossaire d'argot, 1829.)
Mistoufle. Mauvais procédé, taquinerie, méchanceté. — Coup de mistoufle, combinaison, coup en dessous, coquinerie.
Mistron. Jeu de trente-et-un, nom d'un jeu de cartes. — Mistronner, jouer au trente-et-un.
Mite, Mite-au-logis. Sécrétion des yeux; déplorable jeu de mots sur mythologie.
Mite. Violon, prison, — dans l'argot des voleurs. Soufflé et au mite, arrêté et au violon.
Mitonner. Embêter. Ça mi-
— dans
toiine le pauvre monde.
le jargon des voyous.
Mitraille. Une certaine quantité de sous s'appelle de la witraille.
Mitre. Prison. — Mitre, prisonnier.
Moblot. Garde mobile.
Modillon. Apprentie modiste de deuxième année.
Moderne. Jeune homme qui suit de très près la mode, par opposition à antique, qui ne la suit plus du tout. L'expression est voyoucratique. — Ëh! va do7ic, moderne, avec ton châssis de rechange!
Modiste. Journaliste qui accommodait son esprit au goût du jour, qui suivait la mode, la plume ù, la main. Le reporter a détrôné le modiste.
Moelleux. Coton, dans l'ancien argot.
Moine. Endroiteurune forme qui n'a pas été touché par le rouleau et qui, par suite, n'est pas imprimé sur la feuille.
(Boutmy.)
Moisir (Ne pas). Ne pas rester longtemps dans un endroit; ne pas occuper longtemps un emploi.
Molanche. Laine, — dans l'ancien argot.
Molard. Crachat très gras, le frère du glaviot, — Mularder, cracher gras.
Molécule. Petit enfant, — dans l'argot des écoles. (L. Lar-
chey.)
Mollusque. Sot personnage, imbécile.
Momard. Variante de môme, usitée au régiment. — « Mais il faut lui donner un nom à ce momard!... Il faut le baptiser ! ... » (A. Arnaultjles Zouaves.)
Môme. Enfant. — Dans le patois poitevin on appelle un jeune homme, un jeune garçon un momon, un momeur. — « Les chants finis, viennent les momons. Ce sont des garçons qui portent à la mariée un présent caché dans une corbeille. » (Ed.
Ourliac, Le Paysan poitevin.) — Les variantes sont, outre momard , momacque , momignard, mignard. — « Ohé! ohé! les moutards, les moucherons, les momignards, qui est-ce qui s' paye le Lazar ? » (A. Joly, Fouyou au Lazary. Chans.) — Môme d'aïtêque, jeune homme. — Môme, jeune fille, amante précoce, — dans le jargon des voleurs. — C'est ma môme, elle est ronflante ce soir. C'est ma maîtresse, elle a de l'argent ce soir.
Môme noir. Séminariste, — dans le jargon des voleurs. Variante : Canneurdumec des mecs:
c'est-à-dire qui a peur de Dieu.
Môme (Taper un). Faciliter une fausse-couche, déterminer un avortement, commettre un infanticide, — dans le jargon des voyous. Les variantes sont :
Faire couler un môme, faire couler un enfant.
Môme (Taper un). Commettre un vol. (L. Larchey.)
Mômière. Sage-femme, — dans le jargon des voleurs. Les variantes sont : Mômeuse, dcballeuse de mômes.
Momignardage. Accouchement; et la variante : Décarrade
du crac. — Momignardage à \ — dans le jargon des pensionnaires de l'établissement. « Monsieur, avec son épaisse barbiche aux poils tors et gris. » (E. de Concourt, la Fille Eiisa.)
Monsieur. Nom que la femme entretenue et sa bonne donnent à l'entreteneur.
Monsieur. Verre de vin de cinq sous, verre de vin de la bouteille servi sur le comptoir du débitant.
^anglaise, momignardage en purée, fausse -couche.
Momir. Accoucher. — Momir pour Vaff. accoucher avant terme; par allusion aux fœtus conservés dans l'alcool, l'a//". La variante est : Décarrer du crac.
Monaco. Pièce d'un sou. — Avoir des monacos, avoir de l'argent, — dans l'ancien argot du peuple.
Monarque. Roi duii jeu de cartes.
Monarque. Argent, dans le jargon des filles. — Avoir fait son monarque, avoir gagné sa journée.
Monde. Public payant, — dans le jargon des saltimbanques. Ainsi, il peut y avoir foule autour d'un banquiste, et pas de monde.
Monde (Petit). Ijoiirgeoisie, dans le jargon du faubourg Saint-Germain. — Lentille, — dans celui des voleurs. .
Monde renversé. Guillotine.
Monfier. Embrasser, — dans le jargon des voleurs.
Monnaie. — Exemption. —
Faire de la fausse monnaie, faire des exemptions fausses. (Albanès. Mystères du collège, 1845.)
Monnaie de singe. Payement en grimaces, en plaisanteries. "Payer en monnaie de singe.
Monseigneur. Pince à elfraction. Ainsi nommée parce que jadis rien ne résistait à celui à qui l'on donnait du « monseigneur ».
Monsieur. Mari d'une maîtresse de maison de tolérance,
Monsieur Vautour. Propriétaire qui ne connaît pas d'autre Dieu que le dieu terme. — Usurier.
Monsieur personne. Individu sans notoriété, le premier venu, — dans le jargon des gens de lettres.
Monsieur, Madame de Pétesec. Homme, femme qui s'imagine être sortie de la cuisse de Jupiter. Personne hautaine, Iroide, orgueilleuse.
Monsieur Dufour est dans la salle. Avertissement d'acteur à acteur lorsqu'un rôle est mal interprété, lorsque le public est sur le point de témoigner son mécontentement.
Monsieur (Faire le, faire^son).
Faire de la dépense, s'endimancher, — dans le jargon des ouvriers.
Monstre. Enorme, colossal.
Succès monstre.
Monstre. Canevas d'une pièce de théâtre, d'un livre. — Boutsriniés dont le sens et la rime importent peu et qu'un compositeur de musique donne au parolier pour lui indiquer la mesure et la coupe des strophes
qu'il convient d'appliquer à une mélodie.
Monstre d'homme. Libertin, partisan du système de l'infidélité à outrance, — dans le jargon des petites dames.
Mont (Le grand). Mont-de- Piété de la rue des Blancs-Manteaux ; le chef-lieu de ce grand département du prêt sur gages.
Montage. Cartes préparées.
— Un beau montage, cartes préparées qui ont fourni une longue carrière, — dans l'argot des grecs.
Montagnard. Cheval de renfort.
Montagnards. — Haricots rouges. — Je me suis collé une iitare de montagnards au vin.
Montagne de géant. Potence,
— dans l'ancien ai'got.
Montant. Mur. — Pantalon; c'est le mur de la décence.
Montant. — Bas. — « Quoi que ça veut dire? criait une autre, des montants de soie dans de vieux ripatons ! » (Huysmans, Les Sœurs Valard.)
Montante. Échelle, — dans le jargon des voleurs.
Monter. Pour monter une pièce nouvelle, la préparer, — dans le jargon du théâtre. — Est-ce qu'on monte quelque chose liour le mois prochain?
Monter. Exciter quelqu'un à faire une chose. 7/ a fallu joliment le monter pour arriver à lui faire dire oui. — L'exciter contre quelqu'un. Il l'a monté contre son frère; c'est, mot à mot : monter la tôte. — Etre monté, être sur- 1 excité, être très en colère. I
Monter en graine. Grandir.
— Votre moutard monte en graine.
Monter d'un cran. Obtenir de l'avancement.
Monter à l'échelle. S'impatienter, se mettre en colère.
Monter sur la table. Faire des révélations.
Monter un battage, un bateau. Préparer un mensonge,, combiner une mystification, — Monter uncoup, le coup. {\.Coup,)
Monter à cheval. Etre atteint d'une tumeur inilammatoire dans la région de l'aine, tumeur désignée sous le nom de « poulain ». [Argot des voyous )
Monter un schtosse. Mentir, avoir de la malice, chercher à mystifier. — C'est une variante de monter le coup, — dans le jargon des voleurs.
Monter sur le tonneau. Mettre de l'eau dans une barrique de vin. — (Argot des cabaretiers.)
Monter la garde. Aller et venir sous les fenêtres d'une belle, devant la porte de son magasin, ni plus ni moins qu'un soldat de l'amour en faction.
Monter (Se). Se passionner, exagérer les choses, s'exalter.
Mot à mot : se monter la tête.
Monteuse de coups. Comédienne en chambre, femme capable de faire voir à ses amants la lune en plein midi; femme qui joue la comédie de l'amour.
Montretout (Aller à). Aller à la visite, — en terme de fille soumise.
Montreuil (Du). Pêche de
Montreuil. — J'ai du beau Montreuil.
Monument. Chapeau haute forme, — dans le jargon des ouvriers.
Monzu, Mouzu. Mamelles de nourrice, — dans l'ancien argot.
Morasse. Epreuve d'une page entière de journal tirée à la brosse sur la forme. — Il y a la une, la deux, la trois et la quatre. Vient de : moratio, retard, attente, en latin, parce qu'on attend avec impatience la morasse pour quitter le journal, ou encore parce que la morasse se fait souvent attendre.
Morasse, Morace, Moresque.
Danger; ennui. — Battre morace, crier à l'assassin, crier au voleur.
Morbec. Vermine tenace qui fait élection de domicile sur certaines parties du corps humain.
Morceau de pâte ferme. Ecrit, page de littérature, article de journal, discours, œuvre d'art, sans esprit, d'un style lourd, compassé.
Morceau (Faire le). Réussir certaines parties d'un tableau, — dans le jargon des peintres.
Mordante. Lime, scie.
Mordre (Se faire). Se faire réprimander; recevoir des coups.
Morfe. Repas, — dans l'ancien argot.
Morfante,Morfiante. Assiette.
Morfier, Morfiller, Morfiler.
Manger. — Se morfiller le dardan, s'inquiéter.
Morgane, Muron. Sel, ~ dans l'ancien argot. — Muronner, saler.
Morganer. Mordre, — dans le jargon des voleurs.
Moricaud. Broc de vin, broc en bois pour le vin.
Moricaud. Charbon, ^- dans l'ancien argot.
Moricaud, Moricaude. Nègre, négresse.
Mornée, mornos. Bouche, bouchée, — dans l'ancien argot.
Morne. Mouton. — Mornier, berger.
Momifie. Soufflet. — Dd/ac/ier une momifie, donner un soufflet.
Momifie, morningue. Monnaie. — Momifie tarte, fausse monnaie. — Porte-morningue, porte-monnaie. — Refiler de la fausse momifie, émettre de la fausse monnaie. {Jargon des voleurs.) Porte-morningue appartient aussi au vocabulaire du peuple.
Mornifleur tarte. Faux-monnayeur.
Morpion. Personne dont on ne peut se débarrasser, importun qui s'attache à vos pas.
Morpionner. S'attacher aux pas de quelqu'un, obséder.
Mort. Condamné, — dans le jargon des voleurs.
Mort. Enjeu augmenté après coup par le procédé de la poussette. (L. Larchey.)
Morue. Femme qui pue; salope, — dans le jargon des Halles. Epithète dont ces darnes gratifient volontiers les bourgeoises qui déprécient la mar-
chandise ou qui marchandent trop. Mot à mot : qui pue comme une morue.
Morue. Lot d'ouvrages manuscrits que les anciens colporteurs faisaient imprimer à leurs frais. — Les canards ont eu raison des morues.
Morviau. Morve. — Petit morveux.
Motte. Maison centrale de force et de correction, — dans le jargon des voleurs. — Dégrifujolcr de la motte^ sortir d'une maison centrale.
Mou enflé (Avoir le). Etre enceinte, — dans le jargon des voyous.
Moucaire. Femme laide, — dans le jargon des voyous. De l'arabe moukére. (F. ce mot.)
Mouchailler. Regarder à la dérobée, regarder en dessous.
Mouchard. Portrait à l'huile.
(Delvau).
Mouchard à becs. Réverbère.
Moucharde. Lune, - dans le
jargon des voleurs.
Mouche (La). La police; tout ce qui relève de la préfecture de police.
Mouche. Agent de police.
Mouche, Moche, Mouchique.
Laid, mauvais, sans valeur, dèsagréable. — Toc a succédé à mouche ai\ec le même sens, etmoche, variante de mouche, a battu en brèche toc, déjà démodé parmi les voyous. — Etre mouchique à la sec, être mal noté dans son quartier, avoir eu déjà des démêlés avec le commissaire de son quartier. Sec est mis par abréviation de section.
Moucher. Battre. — Remettre quelqu'un à sa place. — Se faire moucher, se faire remettre à sa place.
Moucher (Se). Faire disparaître de l'argent, s'approprier quelques pièces d'or ou d'argent prises dans la masse constituant une banque, — dans l'argot des garçons de jeu. C'est ordinairement en se mouchant que s'exécute ce tour d'escamotage; de là le nom.
Moucher la chandelle. Pour les collégiens, c'est s'inspirer du jeune Onan. Pour les hommes mariés, c'est suivre l'école matrimoniale de Malthus.
Moucheron. Enfant. — Apprenti. « L'an passé, papa a mis pour moi quinze cents francs à la tontine, et v'ià déjà trois moucherons de claqués!... »
(Rando\)
Mouches (Envoyer des coups de pied aux). Mener une conduite déréglée, — dans le jargon des coulisses. C'est ce ([ue le peuple appelle : Jeter son bonnet par-dessus les moulins.
Mouches au vol (Tuer les).
Sentir mauvais de la bouche.
La variante est : Tuer les mouches à quinze pas.
Mouche ur de chandelle. Mi-
htant de l'école d'Onan. — Militant de l'école de Malthus.
Mouchoir. Pistolet de poche.
Mouchoir à bœufs. Cliamp.
« Aujourd'hui la belle est une maison à quatre étages, une ferme en Beauce, un mouchoir à bœufs, un moulin! » (Madame de Girardin, Correspondance parisieniïc.)
Moudre
l'orgue de Barbarie.
Moufflet. Enfant. , Mouillante. Morue.
un air. Jouer de i Moulin à merde. Personne mal embouchée.
Moulin à vent. Derrière. — « Et le monde n'en mange
i • /. -Il ..*^ /in«o l'or, i plus que delà mouture de mouet aussi bouillante,- dans 1 an- P 4 ^^^^ ^^ ^^^ Putanismo.) cien argot. i ^ '
... • i Moulin à café. « De temps à
. MomUer. Attraper une pum- j ^^» ^^ j^;^^„^ ^^,j^ ^^^ P^,.
Soupe,
tion, — dans l'argot du régi ment.
Mouiller (Se). Commencer à se griser. On se mouille, on s'éméche, on se culotte, on se poivre.
«. Mouillez-vous pour sécher, ou séchez pour mouiller. » (Rabelais, 1. 1.)
Mouillé (Etre). Etre mal noté.
— Etre signalé à la police.
Moukère (Avoir sa). Etre en bonne fortune, — dans l'argot du régiment. C'est une expression d'importation africaine.
En arabe, moukère signifie femme.
Moule. Imbécile. C'est un pendant à huître, pris dans le môme sens. — ■ « Il faudrait être
heureuses créatures inscrites sur le livre de la police dite des mœurs, on en fait une cargaison qu'on expédie dans une colonie. Les femmes ainsi dépaysées sont ce qu'on appelle, en terme de police , passées au moulin à café. » {Procès de la Lanterne, 27 janv. 1879, plaidoirie de M'' bclattre.)
Moulin à café. Mitrailleuse, — dans le jargon des soldats. (L.
Larchey.)
Moulinage. Bavardage.
Mouliner. Parler beaucoup; dire des niaiseries.
Mouloir. Bouche; dent.
Moulure (Faire une)
Faire Pousser une moulure.
Mouniche. Le sexe d'une femme.
Mounine. Petite fille grimacière, petite espiègle.
^ , , Mourir (Tu t'en ferais)! Tu ne
gaufres. Visage marqué de pe- | le voudrais pas. Cela estau-destite vérole, par allusion aux | sus de tes forces. — Expression trous des moules à pastilles. i dont le peuple a abusé comme
Moule à melon. Bossu. j de tant d'autres et qu'il mettait
. „ ,. : à toutes sauces. — Voulez-vous
Moule de pipe a Gambier. j j^'embras.ser?demandaitun jeu- Personne grotesque ; caricature i ne homme timide aune drôlesse.
rudement moule pour trouver j ses nécessités. Variante qu'on vous a fait perdre votre temps. » {Tam-Tam du 16 mai 1880.)
Moule de gant. Soufflet.
Moule à merde. Derrière.
Moule à pastilles, moule
Tiié fip. ne- .
Vivante.
Moulin, maison du meunier.
Receleur. — Boutique de receleur. .
j — Tu t'en ferais mourir. — Voulez-vous m'accompagner jusqu'à la Bastille à pied? — Tu t'en ferais mourir.
Mouscaille, Mousse. Matière
fécalo.
Mouscailler. Se défaire de la matière lecale.
Mouscailloux. Fantassin, pour pousse-cailloux.
Mousquetaire gris. Pou.
Moussante. Bière. — Encore un de ces mots qui n'ont pas demandé de grands frais d'imagination.
Mousse. Vieux mot injurieux, très en vogue aux xv»^ et xvi'' siècles, synonyme de bt^aii et auquel a' succédé le fameux « merde » de nos jours, qui semble répondre à toutes les situations tendues. — « Mousse pour le guet; bran pour les* sergents. »
(Adages français.)
Mousse (Faire de la). Faire des embarras, chercher à briller, faire grand étalage de toilette. — « La dite belle se promenait devant ces agents, faisant le plus de mousse possible aux yeux des nobles étrangers. »
(F^■(;aro du 28 oct. 1878.)
Mousseline. Fers de prisonniers. (Larcliey.)
Mousseline. Pièce d'argent.
— Pain blanc. — Sorte de gâteau de Savoie.
Mousser. Etre en colère. — Exagérer. — Fai7'e mousser, exagérer les ffualités d'une personne, la valeur d'une chose.
Moût. Beau, — dans le jargon des voyous.
Moutarde après dîner. Trop
tard, chose inutile, nui n'est pas venue au moment opportun.
Moutardier. Derrière.
Moutardier du pape (Premier). Sot orgueilleux.
Mouton. Matelas.
Mouton. Homme de compagnie d'un prisonnier, et chargé par la police de devenir l'homme de confiance du même prisonnier.
Moutonner. Espionner.
Muche. Très bon, supérieur.
— Jeune homme timide auprès des dames de la rue de Maubeuge.
Mufle. Mal élevé , grossier personnage. Le peuple prononce mufe.
Mufe, Mufle. Maçon.
Mufle (Pain de). Pain de quatre livres fendu, pain que consomment généralement les maçons.
Muflée. Quantité, grand nombre. Une muflée de platSy — dans le jargon des ouvriers.
Mufleman. Mufle ; tournure anglaise donnée à ce mot. — « Elle conservaiten même temps Alfred, un.mufleman de la pire espèce. » (Huysmans, Les Sœurs Vatard.)
Mufleton, Muffeton. Apprenti maçon.
Mulet. Artilleur de marine.
Mulet. Diable. (F. Michel.) — Metteur en pages en second dans une imprimerie.
Murer. Battre , porter des coups. — Je te vas murer.
Musée des claqués. La Morgue, — dans le jargon des voleurs.
Muselé. Propre à rien, maladroit.
Musette. Petit sac à avoine. 1 C'est l'en-cas des chevaux de fiacre et des chevaux de charroi.
Musicien. Dictionnaire, — dans le jargon des voleurs.
Musicien. Délateur. — Joueur qui se répand en plaintes contre le sort.
Musiciens. Haricots.
Musique. Lot de bric-à-brac acheté à l'Hôtel des Ventes. — Petit pain, c'est-à-dire flûte.
Musique. Plaintes, doléances au jeu. — Faire de la musique, se plaindre d'avoir mauvais jeu, d'avoir perdu. — « Bisset payait avec des jurements, des trépignements, des grognements, faisait une musique infernale. »
(Vast-Ricouard, Le Tripot.) — Petite musique, petit jeu, petite mise au jeu.
Musique. Grande quantité de i corrections indiquées sur la j
marge des pages, de telle sorte que l'épreuve a quelque analogie d'aspect avec une page de musique. (Boutmy.)
Musique, Petite musique.
Groupe de compositeurs d'imprimerie qui calent fréquemment par suite de leur incapacité, — dans lejargon des typographes. Ils se plaignent souvent, ils font ce que vulgairement on appelle « de la musique »; de là le surnom.
Musique. Culot de l'auge des maçons. — Résidu d'un verre, d'un vase quelconque. (A. Del-
Dénonciation. — musique, être con-
Musique.
Passer à la
fronté avec un dénonciateur.
Musiquer. Marquer une carte d'un petit coup d'ongle, d'un signe imperceptible pour les autres, — dans le jargon des grecs.
Nageant, Nageoir. Poisson, — dans le jargon des voleurs.
Nageoires. Bras, mains, en parlant des bras, des mains d'un .souteneur, — dans le jargon des voyous. — A bas les nageoires!
Nageoires. Larges favoris, favoris en côtelette.
Narquois. Mendiants, voleurs, anciens soldats adonnés à la mendicité, à l'époque de la Cour des Miracles. — Les narquois ont beaucoup contribué à la forma-
tion de l'argot. Parler narquoiSy c'était parler argot, parler la langue des gueux.
Naturalisme. Nouvelle couche de littérateurs qui sont en train de fonder le musée Dupuytren de la syphilis morale, en s'atlachant à faire ressortir dans leurs œuvres les côtés monstrueux et ignobles de la nature humaine.
Naturaliste. Romancier qui fait dans le naturalisme. — « Le
DICTIONNAIRE D^RGOT MODERNE.
centre de l'art se déplace. Il est j vrai que nous avons une école 1 nouvelle : celle des impression- ' nistes, qui dominera prochainement la république des arts, comme les naturalistes la république des lettres. » (Robert Mitchell, Chambre des députés, 18 mai 1880.)
Nature. Naturel. — Comme c'est nature! — Bifteck nature, bifteck au naturel, — dans le jargon des restaurateurs.
Navarin. Navet. — Ragoût de mouton aux pommes. C'est le vulgaire haricot de mouton appelé pompeusement « navarin »
par les restaurateurs des boulevards.
Navet. Cafard au petit pied ; escobar domestique.
Navets (Des) ! Non, jamais.
Terme de refus dans le jargon des voyous qui disent également : des nèfles! — « Ohé! les gendarmes, ohé! des navets! »
(H. Monnier, Scènes pop.)
Naze. Nez. — Figure. —Derrière. Telles ont été les diverses significations de ce mot. — Aujourd'hui naze n'est plus employé que dans le sens de nez, ainsi que ses dérivés : nazicot, nazaret. Naze est emprunté au provençal.
Nazi. Maladie vénérienne, — dans le jargon des voleurs et des voyous qui ont été plus j d'une fois témoins de cas de sy- ' philis tuberculeuse, durant leur séjour à l'hôpital du Midi.
Neg au petit croche. Chiffonnier. Mot à mot : négociant au petit crochet.
Négresse. Paquet recouvert de toile cirée noire.
Négresse. Ceinturon, — dans l'argot des marins.
Négresse. Puce.
« J' sentis bien quand nous étions couchés » Qui n' manquait pas d' négresses » Et même de grenadiers. »
(E. Lecart, Une conquête au Prado, chans.)
« Qu'il s'ra content le vieux propriétaire » Quand il viendra pour toucher son loyer, » D' voir en entrant toute la paill' parterre » Et les négress's à ses jamb's sautiller, » {Le Déménagement à ta sonnette de bois, chans.)
Négresse. Bouteille de vin rouge. — Etouffer, éreinter une néyr esse, éternuer sur une négresse, boireunebouteillede vin rouge.
Nénais, Nichons. Seins de jeune fille; la rose en bouton, comme disent les poètes.
Nénais de veuve. Biberon, — dans le jargon des voyous.
Nettoyer. Battre, renversera coups de poing. Prendre de force la place de quelqu'un, le chasser d'un endroit. — Ruiner.
— Nettoyer un établissement, faire faire faillite à son propriétaire. Nettoyer la monnaie, manger l'argent de la paye, — dans le jargon des ouvriers. — Nettoyer les plats, ne rien laisser dans les plats. — Nettoyer ses écuries, se curer le nez.
Nez (Faire son). Bouder, être désappointé. — Se piquer tenez, se griser. — Avoir quelqu'un dans le nez, détester quelqu'un.
— Montrer le bout de son nez, faire acte de présence, s'esquiver après une très courte apparition.
Nez (Avoir du). Pressentir les bonnes occasions, arriver aux bons moments. On dit également : Avoir le nez cireux,
Nez (Prendre dans le). Réprimander, faire des observations ; variante de moucher. — Se faire prendre dans le nez, s'attirer des observations.
Nez en pied de marmite. Nez
court et gros du bout.
Nez où il pleut dedans. Nez à la Roxelane. k Pour un peu plus on y verrait la cervelle », dit le peuple, en parlant de ces sortes de nez.
Nez passé à l'encaustique.
Nez auquel l'usage fréquent de la boisson a donné une belle couleur brique-rouge. — On dit aussi un nez qui a coûté cher à mettre en couleur, par allusion au nombre de bouteilles payées au marcband de vin avant d'arriver à la coloration du nez.
Nez de chien. Mélange de bière et d'eau-de-vie.
Nias. Pour nière; moi; forme nouvelle. Ça c'est pour mon nias, — dans le jargon des rôdeurs de barrière.
Nib, Nibergue. Rien; pas. — Nib de piaule, sans domicile. — Nib de braise, nib de carme, pas d'argent.
Nib. Silence, — dans le jargon des voleurs. — Nib au truc, pas un mot sur le vol commis, pas de bavardages.
Nibé. Assez, — dans le même jargon.
Niber. Regarder. Nibe la gonzesse, regarde la femme, — dans le jargon des rôdeurs de barrière.
Niche (A c'te). Manière aimable et familière de renvoyer quelqu'un. Nos pères disaient :
Au chenil.
Nière. Maladroit. —Individu, particulier. — Mon nière, moi,
— dans le jargon des voleurs.
Nière. Complice, — dans le jargon des voleurs. — Un complice est un autre soi-même. — Manger son nière, dénoncer son complice. — Cromper son nière, sauver son complice. Nière à la manque, complice sur lequel on ne doit pas compter.
Niguedouille. Nigaud.
Nielle. Chapeau retapé, vieux chapeau d'homme. — Niolleur, marchand de vieux chapeaux retapés.
NioUe. Niais, maladroit, imbécile. — Bougre de niolle.
Niort (Aller à). Nier. — Envoyer à Niort, refuser quelque chose, — dans le jargon des voleurs. « Quoique je prisse toujours le chemin de Niort. « {Aventures burlesques.)
Nisco, Nix. Non, rien. « Toujours donner son nom et son adresse, sans quoi, nix. » {Tarn- Tarn, 1880.)
Nivet, Nivette. Chanvre, — dans l'ancien argot.
Nobrer. Reconnaître; c'est le diminutif de reconnobrer.
Noce. Amusements; débauche. — Faire la noce, faire une noce, nocer, s'amuser, courir les femmes, les cabarets, souvent au détriment du travail.
Noce de bâtons de chaise.
Batterie domestique dans laquelle les chaises sont otFertes,
— par l'époux à l'épouse et vice versa, — à travers la figure.
Noceur, Noceuse. Homme, femme qui a érigé la noce en
système, qui se livre habituellement à ce que les romantiques appelaient « l'orgie échevelée ».
Noctambule. Celui qui bat le pavé toute la nuit; celui qui court les cabarets, les maisons de débauche , les restaurants jusqu'au point du jour. Le noctambule donne un iier démenti au proverbe qui prétend que lorsqu'on est vertueux on aime à voir lever l'aurore.
« L'attardé seul, le noctambule, tt Quand tout dort est encore levé. »
(A Pommier, Paris.)
Noctambuler. Flâner, s'amuser lorsque les honnêtes gens dorment.
Noctambulisme. Flânerie nocturne, courses nocturnes à travers les cabarets.
Nœud (Et mon) ! Propos que les voyous ont sans cesse à la bouche, et qu'ils trouvent plus énergique, sans doute, que des navets! du flan! des nèjles! qui en sont les variantes adoucies.
Noir. Café. — Un noir chic, un café additionné de beaucoup de chicorée.
Noir. Plomb, — dans l'argot des couvreurs. — 'Pierre noire^ ardoise.
Noir de peau, Nègre. Aidechilibnnier; pauvre diable à qui le chiffonnier confie un croc et fait gagner quelques sous.
Noix (Coquille de). Verre à boire de petite capacité, — dans le jargon des ivrognes qui trouveraient la botte de I3assompierre encore trop petite.
Nombril de religieuse. As
d'un jeu de cartes.
Nonnant, Nonnante. Ami,
amie. — Compagnon, compagne.
Nonne , Nonneur. Compère qui assiste le voleur à la tire, soit en bousculant l'individu bon à voler, soit en recevant l'objet volé.
Notaire du coin. Marchand de vin. C'était autrefois, et encore au commencement du siècle : Notaire à barreaux de bois, parce que la devanture des anciens débits de vin était garnie de barreaux de bois. — « Allons passer z'un contrat d'un litre, chez le notaire à barreaux de bois. » [Le Nouveau Vadé.)
Note (Etre dans la). Etre au courant de ce qui se dit et se passe, être dans le mouvement.
— (Jargon des gommeux.)
Nourrir. Combiner. — Nourrir un poupon, combiner un vol, le charpenter comme un dramaturge une pièce de théâtre.
Nourrisseur. Charpentier en vols et assassinats. 11 traite avec les metteurs en scène suivant l'importance et la réussite probable'du drame.
Nouvelle. Pour Nouvelle-Calédonie. Passer à la Nouvelle^ être condamné à la déportation, — dans l'argot dés voleurs.
Nouvelle-Calédonie. Second cimetière de Saint-Ouen ouvert en 1872.
Nouvelle- couche. Pour nouvelle couche sociale. Les basfonds du prolétariat. — « On parle des nouvelles couches, ça n'est pas Cantagrel, qui est une vieille barbe. » ' (Bernadille Esquisses et Croquis parisie7is.)
DICTIONNAIllE B ARGOT MODERNE.
Nouzailles. Nous, — dans le jargon des voleurs. C'est : Nous avec la désinence aille.
Noyau. Argent, n'est guère employé qu'au pluriel. // a des noyaux, et encore est-il très peu usité.
Noyau. Conscrit; niais, — dans le jargon des troupiers.
Noyaux de pêche (Rembourré avec des). Horriblement niai rembourré, très dur ; se dit d'un siège dont les élastiques ont rendu l'âme j des banquettes, et môme des fauteuils d'orchestre de certains théâtres.
Numéro. Fille publique, — dans le jargon des agents de poHce.
Numéro un. Vêtement, objet de toilette réservé pour les grandes occasions, le meilleur vêtement d'une garde-robe. — Entreteneur, — dans le langage
de ces demoiselles. « Ça l'amant d'Amanda !. . . — Oui ! Ah ! mais, tu sais, chéri, c'est pas son numéro un. » (Grévin , Croquis parisiens.)
Numéro 100. Lieux d'aisances.
Il y a là un de ces jeux de mots qui sont une des plus fines manifestations du vieil esprit gaulois.
Numéro de quelqu'un (Connaître le). Connaître la moralité de quelqu'un, savoir à quoi s'en tenir *sur le compte de quelqu'un.
Numéroter ses os. Se dit pour appuyer énergiquement la menace d'une volée de coups. — • Numérote tes os, que je te démolisse !
Nymphe verte. L'absmthe, — dans le jargon des ivrognes qui ciierchent la poésie au fond du verre.
Obéliscal. Grand, sublime, colossal. Le mot s'est dit à propos de tout ce qui sortait de l'ordinaire. Une œuvre était obéliscale, un homme était obéliscal, en souvenir de l'obélisque de la place de la Concorde.
Objet. Femme aimée. Nos pères se servaient beaucoup de ce mot, abréviation de : objet de ma flamme.
Observasse. Observation. Une vetite observasse en passant.
Occase. Occasion. Un objet
[ d^occase, un objet qui a servi.
— Châsse d' occase, œil de verre, j Occasion. Chandelier, — dans j l'ancien argot.
I Odhe. Oreille. L'ocheme cloche, l'oreille me tinte.
Oculaire astronomique. Carambolage facile à exécuter, les j deux billes à toucher étant à côté l'une de l'autre. Les joueurs de billard disent également ; « Une paire de lunettes ».
Œil. Crédit. — L'œil est crevé, plus de crédit. C'est-à-dire l'œil
du crédit est crcvo. Une vieille légende fait mourir Crédit d'un coup d'épée qu'il a reçu dans l'œil. Sur les anciennes images d'Epinal on voit Crédit succombant à sa blessure et au-dessous cette devise: Crédit est mort, les mauvais payeurs lui ont crevé l'œil.
Œil (Avoir!'). Avoir crédit.
> Ma bourse est en deuil,
« Pour faire bombance
« Bien lieiircLix qu'a l'œil. »
(J. Goizet, Bien heureux qu'a l'œil, Chans.)
Œil (Faire 1'). Vendre à crédit, j — (( Elle préférerait faire crier par les rues toutes ses cuites à ; sa fdle que de faire deux sous d'œil. » (Privât d'Anglemont.)
Œil (Faire de 1'). Jouer de la prunelle comme les Espagnoles jouent de l'éventail.
Œil (Faiseur d'). Homme qui clierclie à séduire une femme .
au moyen d'oeillades incen- j diaires. « Le faiseur d'œil n'a ])as de prétention positive et [)récise. Il promène sur toutes les femmes son regard de vautour amoureux, ses yeux sont illuminés d'un feu lîe charbon de terre; il a toujours l'air d'un Européen lâché dans un sérail; sa prunelle s'abaisse, se relève comme le soufflet d'un accordéon. )) (N. Roqueplan, la Vie i de Paris.) j
Œil d'occase. Œil de verre. |
Œil de verre. Monocle. \
Œil (Mon). Variante de : a des \ navets! des nèfles! du flan! » j
Œil de bœuf. Pièce de cinq j francs, — dans l'ancien argot, i
Œil qui dit merde à l'autre.
ÛEil allecté de strabisme.
Œil en coulisse. Œil amoureux, dont la prunelle va tantôt à droite, tantôt à gauche, mais toujours dans la direction de Vobjet convoité, soit qu'il s'agisse, pour les hommes, d'une jolie femme, soit qu'il s'agisse, pour les femmes, d'un bijou de prix.
Œil (Avoir de V). Avoir bonne apparence, en parlant des choses ou des objets de consommation.
— Cette étoffe a de l'œil. — Ce faisan rôti a de Vœil.
Œil, du cheveu et de la dent (Avoir de 1'). Etre encore bien, être d'une beauté très suflisante, en parlant d'une femme. Elle a de l'œil, du cheveu et de la denty les trois beautés théologales.
Œil (Donner dans!'). Plaire à première vue, en parlant des personnes. — Avoir envie de, en parlant des choses. Cette femme m'a donné dans l'œil. — Cette bague lui a donné dans l'œil.
Œil (S'en battre F). S'en moquer. Voir une chose, entendre une proposition avec indillerence. — Je m'en bats l'œilj ça m'est bien égal. On dit aussi :
s'en battre la paupière.
Œil (Tape à F). Personne dont la paupière paralysée est complètement fermée.
Œil (Taper de F). Dormir. — Tourner de l'œil, mourir.
Œil (Tire F). Objet qui attire l'attention, mais qui n'a pas une grande valeur. ■— Chnquant.
Œuf. Tète, — dans le jargon des voyous. Et principalement tête chauve.
DICTEONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Œuf sur le plat (Un). Vingtcinq francs en un louis d'or et une pièce de cinq francs en argent. La pièce d'argent représente le blanc de l'œuf, la pièce d'or, le jaune.
Œuf (Casser son). Faire une fausse couche. (L. Larcliey.)
Œufs sur le plat. Seins petits et mous, — dans le jargon des bourgeoises. Un beau corsage, la femme de l'adjoint. — Taisez-vous!
deux œufs sur le plat!
Officier. « Tous les jolis bonbons glacés ou en sucre candi, exposés aux étalages des marchands confiseurs, sont l'ouvrage des officiers. » (P. Vinçard, les Ouvriers de Paris.)
Officier. Garçon d'office dans un café. Il fait chauffer le café, prépare les grogs et souvent lave la vaisselle.
Ogre. Ouvrier typographe modèle. L'ogre travaille à la journée, il est bon père de famille, bon époux et bon garde national au besoin.
Ogre. Chiffonnier en gros, négociant en chiffons, — Receleur. — Escompteur sans vergogne. — Agent de remplacements militaires mis en disponibilité par la promulgation de la loi sur le service obligatoire.
Ogresse. Cabaretière , propriétaire d'un garni à la nuit et à la corde. — Revendeuse à la toilette, vendeuse et revendeuse de chair humaine plus ou moins fraîche.
Oignon. Montre d'argent épaisse et large.
Oignon (Il y a de 1'). Ça va mal, les affaires vont se gâter,
les coups et les pleurs sont à la tombante.
Oignons (Peler des). Gronder.
Oignons, Oignes (Aux petits).
Excellent, supérieur. L'oignon joue un grand rôle dans la casserole du peuple de Paris pour qui le miroton est un plat fondamental et patriotique. — « Eh ben, sergent, trouvez-vous que je lui aie arrangé ça aux petits oignons? » (Alph. Arnault et L. Judicis, Les Cosaques.)
Oignons (Chaîne d'). Les dix d'un jeu de cartes, — dans le jargon des ouvriers.
Oiseau. Individu qui sort on ne sait d'où. — Vilain oiseau, vilain monsieur, triste sire.
Oiseau. Auge d^ maçon.
Oiseau de cage. Prisonnier, — dans l'ancien argot.
Oiseau fatal. Corbeau, — dans le jargon des voleurs qui, une fois par hasard, se sont inspirés de l'argot académique.
Oiseau (Faire 1'). Faire la j bête, l'ignorant, — dans l'ancien argot.
Oiseaux (Aux). Parfait, très soigné. Est-ce une allusion au célèbre couvent des Oiseaux où les demoiselles du meilleur monde, c'est-à-dire du monde le plus riche, reçoivent une éducation .soignée?
Oiseaux (Se donner des noms
d'). Se donner des noms empruntés au vocabulaire de l'amour. Mon loulou, ma petite chatte, mon trésor, mon chien vert, sont des noms d'oiseau.
Mon serin n'est pas un nom d'oiseau.
Olive de savetier. Navet.
Olives (Changer l'eau des).
Uriner.
Ombre (Foutre àl', faire passer à r). Tuer. Mettre à l'ombre, empi isoiiner. — Etre à l'ombre, être en prison. « Je vous dis, moi, qu'on s' taise, ou je vous colloque à l'ombre. » (H. Monnier. Scènes populaires.)
Omnibus. Femme qui a autant et plus de droit à ce sobriquet que les voitures de ce nom.
Omnibus. Verre de vin, verre d'eau-de-vie , de la capacité d'un demi-setier. On lit encore à la devanture de quelques débits de vin, extra-muros : « Ici l'on prend l'omnibus. » Rinçures de verres, résidu de vin répandu sur le comptoir et débité aux consommateurs assez ivres pour ne plus y regarder de près.
Omnibus. Garçon d'extra, da.ns un restaurant, dans un café.
Omnibus. Batteurs de pavé^ « C'est-à-dire des gens que l'on rencontre sur tous les points de Paris comme les véhicules dont ils portent le nom, mais qui diffèrent de ceux-ci en ce qu'ils n'ont ni couleur, ni enseigne, ni lanterne pour indiquer où ils vont et d'où ils viennent. »
(Paul Mahalin.)
Omnibus. Loges d'avant-scène au théâtre de l'Opéra. «Excepté Ja loge de l'Empereur et la loge voisine réservée pour le service de Sa Majesté, excepté les deux loges qui sont en face et les deux avant-scènes du rez-dechaussée, au côté droit, toutes les loges d'avant-scène jusqu'au
troisième rang non compris, sont occupées par des hommes et organisées en omnibus ainsi qu'on dit à l'Opéra et à Londres. »
(N. Roqueplan.)
Omnibus de coni. Corbillard, c'est-à-dire omnibus de la mort.
Omnibus (Attendre 1'). Attendre qu'on vous verse à boire, — dans le jargon du peuple. — Faites passer la négresse, voilà une heure que nous attendons r omnibus, par ici.
Omnibusard. Mendiant qui exploite la charité publique en omnibus. Voici le procédé :
Tantôt c'est un enfant, tantôt un vieillard qui, en hiver, la chair au vent, tout dépoitraillé, vient s'asseoir près du conducteur. Il sort péniblement, sou à sou, trente centimes, les tourne, les retourne, pousse un soupir, laisse échapper une larme et grelotte. Les âmes charitables s'émeuvent, chacun donne quelque menue monnaie. L'omnibusard recueille ainsi quinze , vingt, quelquefois trente sous, grelotte, tousse, crache, pleure d'attendrissement, fait arrêter la voiture et va, une station plus loin, recommencer le même manège, après avoir toutefois pris de nouvelles forces chez le marchand de vin.
Omnicroche. Omnibus , — dans le jargon des voleurs. — Faire Vomnicroche, monter dans un omnibus avec l'intention d'explorer les poches des voisins. — Gaule d' omnicroche, échalas d'omnicroche , conducteur d'omnibus. — Omnicrochemar à la colle, cocher d'omnibus; à la colley parce qu'il semble collé
sur son siège. Les voleurs qui ont, comme Lacenaire, fait un peu leurs classes, disent : Omiiicochcmar.
Oncle. Concierge de prison.
Sous les verrous, les voleurs, qui ont de l'imagination, s'assimilent aux objets mis en gage.
La prison pour eux est comme un Mont-de-Piété, tante, où ils sont accrochés. Celui qui garde la porte de ma tante, devient le mari de ma tante « mon oncle ».
Au xvne siècle « oncle » désignait un usurier. — Avoir un oncle sur la planche, être héritier d'un oncle. — Manger son oncle, manger l'héritage laissé par son oncle. — Rubis sur l'oncle, calembour par à peu près pour dire qu'il ne reste plus rien de l'héritage avunculaire.
Oncle du prêt (Mon). Montde-Piété, — dans le jargon des ouvriers qui sont fatigués d'appeler « ma tante, ma tante Damant » cet établissement philanthropique à onze pour cent.
Onclesse. — Concierge femelle d'une prison, — dans l'argot des voleurs, qui appellent le concierge mâle « leur oncle ».
Onguent. Argent, — dans
Opérer. — Guillotiner, — dans le jargon des prisons.
Opérateur. Bourreau.
Opiumiste. Buveur d'opium ; parlisan de l'abrutissement par l'opium. « La Chine se divise en deux parties bien distinctes :
Les opiumistes et les unli-opiumistes. » {La Liberté, du 26 août 1«77.)
Opportunisme. Politique expectante d'un groupe de républicains qui, sans rien sacrifier...
que les principes des autres, attendent patiemment l'occasion favorable pour faire prévaloir ; leurs idées, et trouvent qu'il est toujours opportun d'occuper une excellente place, et au besoin plusieurs places.
Opportuniste. Réactionnaire de l'avenir; Orléaniste honteux.
Républicain qui, en attendant le moment opportun où il pourra voir triompher sa cause, sait se contenter d'une bonne place.
Les opportunistes, dont M. Gambetta est le chef, ont pour adversaires les intransigeants, républicains trop pressés.
Oranger de savetier. Basilic.
Orange à cochon. Pomme de terre. La variante est : Orange de Limousin.
Oranges sur l'étagère. Belle prestance de la gorge.
Ordinaire. La soupe et le bœuf, dans les gargots. Le prix de V ordinaire varie entre 30 et 40 centimes.
Ordinaires. Menstrues.
Ordremoralien. Conservateur, Partisan de l'ordre moral que les adversaires politiques des républicains opposent à la démagogie. Journal ordremoralien, feuille ordremoralienne .
Ordure. Femme sale au moral, femme sale au moral et au physique.
Ordures (Faire ses). Prendre les trottoirs, la voie publique, les parquets des appartements pour des lieux d'aisances, quand on a le privilège d'être chien ou chat.
Oreillard. Ane.
Oreille à l'enfant (Avoir fait
une). Avoir fait, en collaborntioii, avec un ou plusieurs ce qu'il faut pour se croire le père d'un enfant.
Orfèvre. Marchand qui fait valoir sa marchandise, personne qui vante ses qualités, — dans le jargon des vieux habitués de i la Comédie-Française. l
Orgue. Homme, — dans le | jargon des voleurs. — Manger sur l'orgue, dénoncer un complice.
Orgue. (Mon, ton, son). Moi, toi, lui, — dans le même jargon. — Tu ne peux pas le faire avec mon orgue, tu n'es pas de force à te mesurer avec moi.
Orgue (Jouer de 1'). Roniler.
Orgues. Atiaires, — dans le jargon des voleurs.
Orient. Or, — dans le jargon des voleurs.
Orléans. Vinaigre; pour vinaigre d'Orléans.
Ornie. Poule. — Ornichon, poulet. — Ornie de balle, dinde.
— Ornion, chapon. -- Ornière, poulailler.
Orphelin. Orfèvre.
Orphelin. Bout de cigare, bout de cigarette réduite à sa dernière expression.
Orphelins. Bande, association de malfaiteurs.
Orphelin de muraille. Carte
de visite... de digestion déposée le long d'un mur.
Orpheline de Lacenaire. Prostituée qui arpente \>' boulevard,
— dans le jargon des gens de lettres.
Os (De r). De l'argent.
Os à moelle. Nez. — Faire juter l'os à moelle, se moucher avec le mouchoir de ses cinq doigts. Les voyous disent aussi :
« faire dégorger son ulcère. »
Osanore, Osselet. Dent. — Jouer des osanores, manger.
Oseille. — Argent, — dans le jargon des voleurs. C'est le mot os doté de la terminaison eille. « Les frangins auraient plutôt acheté quatre exemplaires, au lieu d'un, afin de remettre de l'oseille dans ton porte-monnaie! » (Le petit Badinguet, 1878.)
Oseille (Scène de 1'). Scène où l'on exhibe le bataillon de.s femmes décolletées, dans une féerie ou autre pièce de même moralité. Oseille est là comme variante de persil. On a dit scène de Voseille comme on aurait dit scène du persil, c'est-àdire scène de la retape. (V. ces mots.)
Oseille (Avoir mangé de 1').
Etre de mauvaise humeur, montrer de l'aigreur; allusion à l'acidité de l'oseille.
Otage. Prêtre, ecclésiastique, par allusion aux otages de la Commune, — dans lo jargon des voyous et des voleurs.
Otolondrer. Ennuyer. Otolondreur, importun.
Ouater. Ne pas accuser les contours en dessinant, peindre flou, — dans le jargon des peintres.
Oui, en plume. Tu plaisantes, — da<is le jargon des typographes.
Ours. Article de journal qui
a été offert sans succès dans plus de vingt journaux, roman refusé par tous les éditeurs, pièce de tliéiUre repoussée de tous les tlicâtres. — On dit d'un vieil ours « qu'il a de la barbe ».
— Egayer l'ours, siffler une pièce.
Ours. Bavardage insupportable, — dans le jargon des typographes. — Poser un ours, débiter à un camarade des bavardages insipides, lui faire des contes à dormir debout.
Ours. — Salle de police. — « Allons, prenez vos draps et grimpez à l'ours. Vivement. »
{V*e Richard, Les Femmes des autres.)
Ours. — Ouvrier pressier dans une imprimerie. — Oie, — dans le jargon des ouvriers.
Ours (Envoyer à T). Renvoyer, envoyer au diable. Autrefois, lorsque quelqu'un importunait, on lui disait d'aller voir l'ours Martin, on l'envoyait très loin.
Ours (Aller aux). — Aller flâner au Jardin-des-Plantes, — dans le jargon des collégiens.
C'est-à-dire aller voir les ours du Jardin-des-Plantes.
Ourson. Ancien bonnet à poil de l'ancienne garde nationale.
Oùs' qu'est mon fusil? Expression employée par le peuple lorsque quelqu'un vient de dire une grosse bêtise, de tenir un propos extravagant, insensé.
Mot à mot : Où est mon fusil, pour que je te tue? tu es trop bête pour vivre.
Oùs'que tu demeures? Réponse à une proposition exor-
bitante ou jugée telle. — Tu fumes de bons cigares, tu devrais bien m'en faire cadeau d'une boite.
— Ous'que tu demeures ? — C'està-dire par ironie et sous-entendu : Je les ferai porter à domicile.
Oùs'que vous allez sans parapluie? Expression populaire dont les équivalentes sont : D'où venez-vous, que vous êtes si bête? Vous n'êtes donc au courant de rien? — Demandez par exemple, en plein mois de juin, à une marchande de la Halle si elle a des épinards, vous aurez beaucoup de chance pour qu'elle vous réponde : « Oùs'que vous allez comme ça sans paraplui e ? »
Outils. Instruments à l'usage des voleurs.
Ouvrage. Curage des fosses d'aisances. — Tomber dans l'ouvrage, tomber dans la fosse d'aisances, — en terme de vidangeur.
Ouvrage. Vol, — dans le jargon des voleurs. — Fonds de commerce de porteur d'eau.
L'ouvrage comprend les ustensiles nécessaires à la profession, tels que cheval, voiture, seaux, bricole, tonneaux, etc.
Ouvrier, Ouvrière. Voleur,
voleuse.
Ouvrière. C'est encore le nom sous lequel les souteneurs désignent leurs maîtresses, quand ils ne les appellent pas leuj^s marmites.
Ouvrir l'œil et le bon. Surveiller avec soin ; faire bien attention à ne pas être trompé.
On disait jadis : Avoir l'œil au bois.
Pacant. Paysan, jargon des voleurs. — Intrus, "maladroit, lourdaud. — « Mais ce pacant-\-d va tout gâter. »
(Balzac, Pierre Grassou.)
Paccin. Paquet, — dans Tancien argot.
Pacquelin. Pays. — Brème de pacquclin, carte de géographie.
— Pacquelin du raboin, pays du diable, enfer.
Pacquelinage. Voyage. — Tacqueliner, voyager. — Pacqiielineur, — voyageur.
Paf. Ivre. — Ivrogne gai.
Paf, Paffe. Soulier. Depaffut, passiit, tranchet. Le mot ■paff^'ut remonte au xiv<^ siècle.
Paf fer. Enivrer. Rendre paf.
Pagaie ^Mettre en). Farce qu'au régiment les anciens font aux conscrits, qui trouvent leurs lits arrangés en bascule; d'où desculbdtes et des occasions de se divertir aux dépens des bleus.
C'est-à-dire mettre un camarade aux prises avec une plaisanterie qui n'est pas gaie pour lui.
Page blanche. Innocent. — Ouvrier instruit et travailleur,
— dans le jargon des typographes.
Pagne. Don en argent ou en nature fait à un détenu.
Pagne. Lit, — dans le jargon des voyous.
dans le ] Paies (C'est tout ce que tu)?
Tu n'as pas quelque chose de plus agréable à dire? — Et puis.
après car — Expression dont abusent les voyous quand on leur fait de la morale à gosier sec. « Prenez garde, mon fils!
la pente du vice est ghssante; tel qui commence par une peccadille peut finir sur l'échafaud !
— Cest tout ce que tu paies ? »
(Randon.)
Paillasse. Saltimbanque politique dont les opinions sont plutôt à vendre qu'à louer. — Celui qui saute à pieds joints sur ses promesses.
Paillasse. Fille publique, — dans le jargon des troupiers.
Paillasse à soldats. Fille à soldats. — Prostituée sans prétention qui rôdaille autour des casernes, quœrens quem dcvoret.
Paillasse à coups de poing.
Femme d'ivrogne.
Paillasse (Crever la). Porter des coups de pied dans le ventre de quelqu'un. — Se faire crever la paillasse, se faire assommer à coups de pied dans le ventre.
Paillasse (Bourrer la). Manger. — N'avoir rien à fourrer dans la paillasse, n'avoir rien à manger.
Paillasse (Brîiler). Partir en oubliant de déposer son otfrande sur le coin de la cheminée d'une Vénus ambulante.
Paillasse (Manger sa). S'agenouiller pour prier au pied de son lit, — dans le jargon des troupiers.
Paillasson. Libertin qui ne craint pus de se frotter à toutes les paillasses des drôlesses.
• Paillasson, quoi! cœur d'arlichaul.
• C'est mou genre : un' feuill' pour tout
[l'monde.
» Au jour d'aujourd'hui, j'gob' la blonde ;
• Après-d'main, c'est la brun' qu'i m'faut. »
{La Muse à Bifji, Le Paillasson.)
Paillasson. Homme aimé un moment pour lui-même, — dans le j.irgon des filles. « Celui avec lerfuel elle passe un caprice, auquel ce se donne sans lui demandei de l'argent, un paillasson. » {Paris-vivant, La Fille.
Paille. Bombage des cartes destiné à favoriser le coupage dans le pont. {Argot des grecs.) Paille, dans leur jargon, est synonyme de pont.
Paille (Homme de). Prêtenom. Individu qui assume sur lui la responsabilité d'une affaire. En gén/u^al l'homme de paille touche des appointements fixes et fait tout ce qui concerne son état : des dettes, des dupes et de la prison.
Paille de fer (A toi, z' à moi
la). Chacun à notre tour. Expression dont on se sert pour se stimuler. Deux ouvriers attelés à la même besogne, deux forgerons, principalement, qui frappent à tour de rôle sur le fer sortant de la forge, s'excitent au cri de : A toi, à moi la paille de fer ! La paille de fer c'est la barre de fer. — « Tout d'un coup le drapeau tombe. On se jette dessus... A toi z' à moi
la paille de fer! » (Alph. Arnault et L. Judicis, Les Cosaques.)
Paille au cul (Avoir la). Etre vendu ou à vendre comme homme politique. Le journaliste qui veiid sa plume, le député qui trafique de son vote, ont la paille au cul. Allusion au bouchon de paille que les maquignons mettent au derrière des chevaux qui sont à vendre.
Paille sur le tahouret (Ne plus avoir de). — « On dit à présent en parlant d'un monsieur chauve comme un œuf :
11 n'a plus de paille sur le tabouret. » {Tam-Tam, 1880.)
Pailler. Préparer une paille en battant les cartes. (L. Larchey.)
Paillot. Paillasson. — Plaquer la tournante sous le paillot, mettre la clé sous le paillasson.
Pain. Soufflet, coup de poing sur le visage. Le mot pain traduit le bruit produit par un soufflet bien appliqué. Coller un pain, donner une gifle. M. Larchey écv'ii paing et donne poing comme étymologie. Passer chez paing, recevoir des coups.
Pain raté. Pain entamé par les rats, pain trop dur. — Pain ars, pain brûlé. — Pain métourné, pain trop petit, — dans le jargon des boulangers. Pain à grigne, pain fendu. j
Pain. Coussinet en cuir dont M se servent les graveurs pour poser la planche à graver.
Pain (ton, son). Réplique qui, au régiment, équivaut à : « Rien du tout ». — Je vais t' étriller si tu m'em... botes. — Tu ries pas le diable; tu étrilleras ton pain.
Pain-là (Ne pas manger de
— Le brigadier a dit qu'il te ficherait à l'ours. — Il y f... son pain; ici, toi, tu commandes ton pain.
Pain polka. Pain long et plat de 4 livres, — dans le jargon des boulangers.
Painà cacheter (Le). La pleine lune.
Pain à cacheter. Entêté, — dans le jargon des voyous.
L'iiomme entêté tient à son idée, comme le pain à cacheter tient au papier.
Pain à cacheter. Hostie. — Tortorer le pain à cacheter, communier, — dans le jargon du peuple.
Pain (Et du)? Et le nécessaire? Expression à l'adresse des gens qui font des dépenses peu en rapport avec leur position.
— Réplique à une proposition extravcigante sous le rapport de la dépense. — Demandez à un ouvrier convalescent pourquoi il ne mange pas, à tous ses repas, de bons biftecks saignants arrosés de bon vin de Bordeaux.
Il répondra : Et du pain ?
Pain de la bouche (Oter le).
Empêcher quelqu'un d'obtenir un emploi, lui faire perdre sa place.
Pain cuît (Avoir son). Avoir
ce). Rcpoussci' une proposition, un gain indignes d'un honnête homme.
Paire de manches (C'est une autre). C'est bien diliérent.
Paix-là. Huissier-audiencier.
Le cri de l'homme pour l'homme môme.
Pâle (Du). La couleur blanche au jeu de dominos. — Les professeurs de dominos disent également la blancheur en ajoutant le nom d'une dame blonde de leur connaissance, délicat hommage à la beauté.
Paletot. Cercueil , — dans l'argot des marbriers de cimetière. (A. Delvau.)
Palette. Grande et large dent.
— Guitare de musicien ambulant.
Palladier. Pré, — dans l'ancien argot.
Pallas. Beau, joli, — dans l'argot des barrières. Déformation de « pas laid ».
Pallas. Harangne de banquiste. « Ensuite il commence tout à coup son pallas d'une voix sourde et vibrante à la fois. »
(V. Fournel, Ce qu'on voit dans les rues de Paris.)
Pallas (Faire). Faire des em-
des rentes suffisantes pour vi- ! ^^^rras, prendre de grands airs vre. Mot à mot : avoir sur la comme en prennent les saltimplanche du pain cuit pour le banques en débitant leurs boni-
restant de ses jours. — Etre condamné à mort. Mot à mot :
avoir du pain cuit sur la planche de la guillotine.
Pain (Faire perdre le goût du). Tuer. — Je te ferai perdre le goût du pain.
ments.
Pallas (Faiseur de). Faiseur d'embarras. — Sal II mbanque débitant son boniment.
Palmarès. Liste des récompenses accordées aux lycéens, le jour de la distribution des prix
à la Sorbonne. Dopalma, palme.
Pâlot, Pâlotte. Paysan, paysanne; de palea, paille.
Pâlotte (La). La lune, — dans le jargon des voleurs.
Palper. Recevoir de l'argent, toucher ses appointements, — en terme de bureaucrate.
Palpitant. Cœur, — dans l'ancien argot.
Pâmeur. Poisson, — dans le jargon des voleurs. Hors de l'eau, il se pâme.
Pamure. Soufflet bien appliqué.
Pampine. Sœur de Charité, — dans le jargon des voleurs.
Pana. Chapeau de paille ; pour panama, — dans le jargon des voyous. — Pmia patriothjiie, chapeau de paille tricolore.
Panache (Avoir le). Etre gris.
Panachée (Conversation).
Conversation variée. Allusion aux glaces panachées, fruit et crème.
Panade. Personne mal mise, malpropre, laide. — Personne sans énergie. — Objet de rebut.
En un mot tout ce qui est panne:
homme, femme ou chose.
Panailleux. Marchand de verres cassés, misérable, dénué de tout.
Panais (Etre en). Etre en chemise.
Panais (Des)! Formule négative, équivalenfe à non, jamais.
On dit en allongeant : Des panais, Rosalie!
Panama. Bévue énorme, dans la composition, l'imposition ou le tirage. [Jargon des typoyra-
j phes, Boutmy.) Allusion aux lar- I gcs bords des chapeaux ditspanama.
Panaris. Belle-mère. Un panaris fait beaucoup soulî'rir, une belle-mère aussi. — u Panaris crevé. Prendre train de plaisir 11 heures 45. » [Tam-Tam, du 16 mai 1880.)
Panas. Epaves d'objets de toilette, vieilleries en tous genres.
Panier, Panier aux ordures.
Lit, — dans le jargon du peuple.
Panier aux crottes. Derrière.
« Et pas de musique au dessert, bien sûr pas de clarinette pour secouer le panier aux crottes des dames. » [L'Assommoir.) C'est une variante moderne de l'ancien « pot aux crottes ». — « Jamais on ne vid si bien remuer le pot aux crottes ny secouerle jiirret. » [Le facétieux réveille-matin des esprits mélancho ligues, 1634.)
Panier au pain. Ventre. — « Au premier atout dans le panier au pain, faut pas caner. « (L'art de se conduire dans la société des pauvres bougres.)
Fourgon des-
Panier à salade.
tiné au transport des prisonniers. Le panier à salade va, deux fois par jour, chercher aux différents postes de police le contingent déclaré bon pouf le dépôt de la préfecture. Le nom de panier à salade est dû aux cahots que procure ce véhicule mal suspendu. Les prisonniers auxquels le gouvernement ne peut pas fournir des huit-ressorts y sont secoués comme la salade dans un panier.
Panier (Recevoir le). C'est, dans le langage des filles en trai-
tement à Saint-Lazare, recevoir des aliments ou des friandises apportés du dehors. Mot à mot :
recevoir le panier aux provisions.
Paniotter (Se). Se mettre au lit, — dans le jargon du peuple ; c'est-à-dire se mettre dans le panier. L'expression est également usitée au régiment.
Paniquer (Se). Avoir peur, avoir la panique. {Mémoires d'un forçat, 1829.)
Panne. Grande misère ; ruine complète. «Ce fut alors,raadame Aicide, que commença votre grande panne. » (Ed. et J. de Concourt.) — « Ils sont tournés comme Henri ÏV sur le Pont- Neuf et m'font l'etlét de n'songer qu'à faire la noce, au risque d'être dans la panne et de se brosser le ventre après. » (E. de la Bédollière, Les Industriels.) — En terme de théâtre, bout de rôle. « Plus de rôles à jambes, et une panne de dix lignes dans ta nouvelle féerie!.. Ah\ Ernest, vous ne m'aimez plus. » (J.Pelcoq, Petit journal amusant.) — <( Il faut vous dire que tous mes camarades, étant jaloux de moi, s'arrangeaient de manière à avoir les bons rôles, tandis que moi, on me donnait les pannes...
les bouche-trous!.. » (P. de Kock, Le Sentier aux prunes.) — En terme d'atelier, mauvais tableau. « (}u'est-ce que c'est que cette panne? C'est assez mal léché^ merci. » (J. Noriac, Têtes d'artistes.)
Panne. Ruiné, misérable. «Et puis ces marchands font les pannes; mais il ne faut pas les croire. » (P. d'Anglemont.)
Panne comme la Hollande.
Très pauvre, très misérable d'aspect.
Panner. Gagner au jeu, — dans le jargon des voyous.
Panoteur. Braconnier.
Panoufle. Perruque; de panufle, chausson. En etlet la perruque ne chausse-t-elle pas la tête?
Pantalonner. Tendre àla force du poignet le pantalon de tricot d'une danseuse. « M. Pointe pantalonne la volumineuse Delaquit. » (Charles de Boigne.)
Pantalon garance (Donner dans le). Aimer les militaires, avoir un ou plusieurs amoureux parmi les ofliciers.
Pante, Pantre. Particulier à l'air bête. — Tout individu dont la figure, les manières ou les procédés déplaisent, est un pante pour le peuple. — Dans le jargon des cochers, un pante est un voyageur qui a donné un bon pourboire; c'est celui qu'ils appellent tout haut « patron ou bourgeois ». — Autrefois « pante, pantre » — dans l'argot des voleurs et des camelots, signifiait dupe. Le pantre arnau, était un imbécile qui jetait les hauts cris dès qu'il s'apercevait qu'il était grugé; le pantre argoté, une dupe de bonne composition et le pantre désargoté, un particulier difficile à duper. Aujourd'hui les voleurs et les camelots emploient très peu le mot « pante » qu'ils ont remplacé, les premiers, par client, les seconds, par girondin.
Pante (Faire le).. Payer pour un autre, — dans le jargon des voyous. Mot à mot : faire acte d'imbécile*
Panthe (Pousser sa). Abréviation do pousser sa pantlière, c'est-à-dire se promener d'un côté, de l'autre, dans l'atelier; courir une bordée de marchand de vin en marchand de vin. La variante est : Faire sa panthère; par allusion à la panthère du Jardin-des-Plantes qui n'a d'autre occupation que d'arpenter sa cage.
Pantière. Bouche, — dans le jargon des voleurs.
Pantin. Paris, la ville des pantcs. Et les variantes moins usitées : Pantruche, pampeluche.
Pantinois. Parisien.
Pantume, Panturne. Femme dévergondée, — dans l'ancien argot.
Panloiser, Pantinoiser. Payer pour un autre, être dupe. C'est-àdire faire acte de pante, — dans l'argot des barrières.
Panufe. Chausson ; chaussette, un objet de luxe pour MM. les voleurs.
Panuche. Femme à son aise, femme heureuse, — dans le jargon des voleurs et des filles.
A Saint-Lazare, les filles insoumises appellent ainsi les femmes de maison qui, à leur tour, les traitent de connasses, connassons, niaises, petites niaises. Aux yeux de Vinsoumise, le sort de la panuche en traitement est le sort le plus beau, le plus digne d'envie. « Madame » s'intéresse à elle, « madame » lui envoie argent, vin de Bordeaux et frianduses. Et puis, quand Saint-Lazare lui aura refait une santé, ne retrouvera-t-elle pas tout de suite toilettes fraîches, bon souper, bon gîte et le reste?
Papa. Cocher de Iramway, — dans le jargon des voyous, qui sont assez mélomanes pour s'être aperçus que la trompe dont jouent les cochers de tramway avec leurs pieds produit une série de pa pa pa ^m.
Papa (Ala). Sans façon.
Pape. Imbécile, — dans le jargon des voleurs. C'est une variante très altérée de pantc.
Pape (Un). Un verre de rhum.
Le mot pape implique l'idée do Rome, et Rome fournit l'occasion d'un déplorable jeu de mots.
Papelard. Papier; de l'espagnol papel.
Papier. Billet de banque, — coupon détaché d'un titre de Bourse.
Papier à chandelle. Mauvais petit ou grand journal. Mot à mot : papier bon à envelopper de la chandelle.
Papillon. Blanchisseur. — Linge.
Papillon d'auberge. Linge, vaisselle, batterie de cuisine. — M. Fr. Michel ne donne pas à cette expression de signification normale. M. Ch. Nisard traduit par coups de poing, sout'llet, s'appuyant sur l'autorité de quatre vers également cités par M. Fr. Michel et tirés des torcherons^ ch. m. {Amusemcns rapsodi-poétiques, 4773.)
« Bientôt, au défaut de flamberges » Volent les « papillons d'auberges » ; » On s'accueille à grands cou[)S de poing » Sur le nez et sur le grouin. »
M. Ch. Nisard a pu mal interpréter l'expression « papillon d'auberge » en lui donnant le sens de souftlet, coups de poing.
En argot jxipillon correspond à linge. Papillon d'auberge serait donc linge d'auberge et, par extension, tout ce qui se rapporte à Ja table.
Papillonner. Voler du linge.
Papillonneur. Voleur de linge, voleur qui exploite les voitures de blanchisseurs.
Paquet. Femme habillée sans goût.
Paquet (Recevoir son). Recevoir son congé, être renvoyé.
Paquet (Lâcher le). Tout révéler, faire des aveux.
Paquet de couenne. Garde national. Allusion au laisser-aller des couennes à l'étalage du tripier. Le garde national n'a jamais brillé par la correction de sa tenue.
Paquets (Faire ses petits).
Agoniser. Allusion aux mouvements des moribonds qui ramènent à eux leurs couvertures.
Parade (Défiler la) . Mourir, — dans le jargon des troupiers.
Parade (Faire la). C'est commencer le spectacle par une petite pièce sans importance, en attendant le public. [Petit dict.
des coulisses.)
Paradouze. Paradis; changement de la dernière syllabe pour obtenir un jeu de mots sur dix et douze.
Paralance. Parapluie.
Parapher, Détacher un paraphe. Signer son nom avec la main sur la joue de quelqu'un.
Paré (Etre). Avoir été coili'é et attifé par ce terrible perruquier-barbier qui répond au
nom du bourreau; c'est être préparé pour l'écliafaud.
Parer. « A chaque morceau réclamé par ses collègues, le chef du garde-manger découpe à même la pièce et 'pare la viande. Parer un morceau, c'est en enlever la parure, c'est-àdire l'excédant de graisse. Le boucher reprend à 75 cent, le kilo la parure (graisse crue), qu'il revend au fondeur pour faire des chandelles. » (Kug.
Chavette, Restaurateurs et restaurés, 1867.)
Parer (La). Secourir. — la rien parer à un aminchc, venir en toute hâte au secours d'un ami ; c'est-à-dire parer la botte portée à un ami.
Parfait amour de chiffonnier.
Eau-dc-vie.
Parfonde. Cave. Variantes :
Profonde, prophète. — Pive en parfonde, vin en cave.
Parisien. Quelles que soient sa nationalité et sa condition sociale, tout être humain qui fa't de la villégiature, soit pendant un jour, soit pendant six mois est un Parisien, c'est-àdire un imbécile bon à duper, — dans le jargon des paysans des environs de Paris, qui ont
I le plus profond mépris pour tout ce qui vient de la ville, Œufs frais de deux mois, volailles étiques, asperges à grosses épaulettes, fruits pourris,
! tout ça c'est « bon pour les Parisiens ». Et le Parisien paye
I tout cela très cher, trouve tout cela exquis et appelle le paysan « nature simple et primitive ».
Parisien. Sottise la plus ^ grande, la plus injurieuse à un
matelot. Désignation, dans les i par les charmes d'une femme, bâtiments, d'un pauvre sujet et | sur la pente des folies amouquelquefois d'un mauvais sujet, reuses.
(Villaumez, Dict. de marine.) 1 partie (Monter une). Donner,
Parisien. Petite tricherie aux • en bénéficiaire, une représen-
dominos, pose d'un domino non î tation dramatique avec le con-
correspondant au précédent ; i cours gratuit de camarades
par exemple : du quatre sur du cinq, du trois sur du deux. Quelquefois comme « le premier pas » le parisien se fait sans qu'on y pense.
Parisien. Rosse caractérisée; cheval bon pour l'abattoir, — dans le jargon des maquignons.
Parlementage. Discours, conversation. (1824.)
Parlement. Langue. — Ouvrir le parlement, faire Vouverture du parlement, parler.
Parloir des singes. Parloir à double grillage, — dans le jargon des prisons.
Parmezard. Pauvre; pour parmesan, c'est-à-dire râpé comme du parmesan, — dans le jargon des voleurs.
Paroissien. Inconnu de mauvaise mine. Paroissien de Saint- Pierre-aux-Bœiifs, niais.
Paron. Carré, palier d'étage ; jeu de mots ; pas rond.
Parrain. Témoin, dans l'ancien argot. — Parrain fargueiir, témoin à charge. — Parrain daltèque, témoin à décharge. — Parrainage, témoignage.
Partagas. Cigare supérieur de la Havane; du nom du fabricant. Comme prix, l'antipode du petit-bordeaux, quelquefois tout aussi mauvais.
Parti, parti pour la gloire.
Mis en gaîté pur le vin. Excité
dans une salle louée ad hoc.
C'était autrefois à la salle Chantereine que se montaient de préférence les parties; aujourd'hui c'est à l'Ecole lyrique.
Passade. Changementdeplace des acteurs en ècène. Régler une passade, régler le moment et la disposition du changement de place.
Passade. Plongeon forcé. « On appelle passade, dans les écoles de natation, l'opûration au moyen de laquelle un nageur fait passer entre ses jambes le nageur qui se trouve devant lui, et, appuyant sa main sur sa tête, le pousse brusquement au fond de l'eau. » (H. Berlioz.)
Passacailler. Supplanter; passer avant son tour.
Passant. Soulier. Les variantes sont : Passe, passade, passide, passif, passifle, paffler, paffe, — dans le jargon des voleurs, qui ont un si grand choix de mots pour désigner les souliers et qui, souvent, n'en ont pas aux pieds.
Passe. Secours, assistance, — dans le jargon des voleurs. DoU' ner la passe, faire la passe, secourir.
Passe. Guillotine, — dans, l'ancien argot. — Gerber à la passe, guillotiner ; c'est le passage de la vie à la mort.
Passe. Série de coups heu-
reux, — dans le jarg-on des joueurs. J^ai eu une passe de dix.
Passe (Maison de). Maison d'amour de passage, maison de passage de l'amour à prix divers. Lieu mixte où la prostitution dresse un autel hâtif. La misère, la soif du luxe et la débauche, trois insatiables pourvoyeuses, jettent dans ces antres des femmes de toutes les classes, depuis l'insoumise famélique jusqu'à la grande dame à qui ia fortune de son mari ne permet pas de dépenser cin quante mille francs par an pour ses toilettes.
Passe (Faire une). Accorder dans une maison mixte ou chez soi une courte audience au dieu de Lampsaque, — dans le jargon des filles.
Passe-crick. Passe-port.
Passe-lacet. Prostituée.
Passe-lance. Bateau.
Passe-singe. Très malicieux; c'est-à-dire : qui dépasse le singe en malice.
Passer au dixième. Devenir fou, — dans l'argot des officiers d'artillerie.
Passer debout. — Venir à
l'heure au magasin, — dans le jargon des commis de nouveautés. Par opposition à être couché. (F. ce mot.)
Passer à la plume. Etre maltraité par un agent de la sûreté, — dans le jargon des voleurs qui disaient autrefois, dans le même sens : Passer à la dure.
La variante est: Passer au tabac.
Passer de belle (Se). Ne rien trouver à voler, être trompé par
un complice au moment de recevoir une part de butin. — Recevoir des conseils au lieu d'argent.
Passer la jambe à Jules. Enlever les tonneaux de vidange,
— dans le jargon des troupiers.
Passeur. Pauvre diable qui, moyennant un peu d'argent, passe le baccalauréat au lieu et place de certains jeunes cancres.
Passifleur. Cordonnier.
Pastille. — Pièce de dix sous,
— 5ans le jargon des joueurs.
— Plws rien, pas une pastille pour ponter.
Pastiquer. Passer, — dans
Pastourelle. « Les cavaliers désignent ainsi la sonnerie des hommes punis. » (Fr. de Reiffenberg.) Les cavaliers pour la pastourelle, en avant!
Patafioler. Confondre. — Que le bon Bleu vous pataflole ! — Enlever. Que le diable le pataflole !
Patagueule. Ennuyeux, pas
drôle. « C'est lui qui trouvait ça
I patagueule de jouer le drame
devant le monde! » (E. Zola.)
Patapouf. Homme d'un embonpoint respectable, souftlant, suant, geignant à chaque pas.
Gros patapouf.
Patard. Pièce de deux sous.
Pâte. Lime. — Patron.
Pâte (Tomber en). Renverser un ou plusieurs paquets composés. — Forme tombée en pâte, forme qui se renverse pendant le trajet de l'atelier de composition à l'imprimerie, forme qui
n'est pas assez serrée et dont ' ble, la manier grossièrement les caractères s'éparpillent et " -^ - ^ i
tombent, — • en terme de typo-
graphe.
Pâté. Mauvaise besogne, — dans le jargon des typographes.
Pâté d'ermite. Noix.
Pâtée (Donner la). Donner des coups. — Recevoir la pàtcCy recevoir quelque chose de solide en fait de coups, comme une pâtée. On dit plus fréquemment : tremper la soupe.
Patente. Casquette de voyou, casquette de soie plaquée sur la tempe. C'était, autrefois, la coiffure typique des souteneurs de barrière, leur patente. Ils l'ont remplacée par la desfoux, encore plus grotesque.
Patiner. Se livrer à des attouchements trop libres sur la personne d'une femme. « Il a voulu patiner. Galanterie provinciale qui tient plus du satyre que de l'honnête homme. »
(Scarron, Tloman comique, U^ partie, ch. X.) — Patiner la dame de pique, patiner le carton, jouer aux cartes. — Patiner le trimard, faire le trottoir.
Patiner (Se). Déguerpir, — dans le jargon du peuple.
Patineur. Cultivateur en attouchements lascifs. « Ah ! doucement! je n'aime point les patineurs. » (Molière, George Bandin.)
Pâtissier, sale pâtissier, f ripoteur d'affaires; homme sans aucune espèce de délicatesse et sans conscience eri affaires.
atouiller. Tourner et retourner une marchandise comesti-
de manière à la défraîchir.
Patraque. Patrouille.
Patron. Marchand de vin quand il fait crédit. Lorsqu'il réclame son argent, c'est un empoisonneur, un pétroleur, — dans le vocabulaire des ivrognes.
Patron-Minette. Association de malfaiteurs, sous le règne de Louis-Philippe. « Quand le président des Assises visita Lacenaire dans sa prison, il le questionna sur un méfait que Lacenaire niait. — Qui a fait cela?
demanda le président. Lacenaire fit une réponse énigmalique pour le magistrat, mais claire pour la police. — C'est peut-être Patron-Minette. » (V.
Hugo.)
Patrouille (Etre en). Etre en tournée nocturne pour cause de débauche.
Patte. Pied, main, jambe. A patte, à pied.
Patte-d'oie. Carrefour.
Pattes (Etre sur ses). Etre debout, être levé. Mot à mot :
être sur ses jambes. — Etre sur ^ses pattes dés patron-minette.
Pattes (Se tirer les). S'en aller. La variante est : Se tirer les paturons.
Paume. Perte, insuccès. Faire une paume, ne pas réussir. — Paumer, perdre.
Paumer. Dépenser, — dans le jargon des ouvriers. Paumer son fade, dépenser l'argent de sa paye.
Paumer. Arrêter, appréhender au corps. 8. l'aire paumer ;
mot à mot : se faire mettre la paume de la main au collet.
Paumer. Perdre, — dans le jargon des voleurs. — Paumer L'atoutf perdre courage.
Pauses (Compter des). Dormir à côté de son pupitre, — dans le jargon des musiciens de théâtre.
Pavé. Eloge exagéré et si maladroitement lancé qu'il assomme celui qui en est l'objet.
Pave (On). Lorsqu'un débiteur prudent ne veut pas passer dans une rue où il compte un créancier il dit : qu'on pave.
Quand on possède plusieurs créanciers dans la même rue : (i lly a des barricades )>. On dit encore : la rue est barrée, c'està-dire barrée par les créanciers.
Pavillon, Pavillonne. Fou, folle. — PaviUonnage, folie. Pamllonner, déraisonner.
Pavoisé. — Mis en gaieté par le vin, — dans le jargon des ouvriers. — Se pavoiser, se mettre en ribotte. On disait autrefois ; pavois, être pavois, par altération, sans doute, de pivois.
Payant. Et, plus fréquemment, imbécile de payant. Dans le jargon des coulisses tout spectateur naïf et enthousiaste a été baptisé dusobriquetde «payant, imbécile de payant ».
Payer (Se). Se passer une fantaisie.
Payer la goutte (Faire). Siffler un acteur.
Payer, Aglaé (Tu vas me le) I
Locution très répandue, il y a une dizaine d'années, lorsqu'on était mécontent de quelqu'un,
lorsqu'une proposition paraissait extravagante ou déplacée, une prétention exagérée.
Payot. Forçat cantinier et comptable, une des places les plus recherchées des anciens bagnes. C'était une place accordée ordinairement aux anciens I notaires, aux agenls de change ! qui avaient eu des malheurs.
j Paysage (Faire bien dans le).
1 Concourir au coup d'œil gér.c- ; rai, produire bon ell>t, reh;.;is- • ser une toilette. — Pour les ; mondaines, un bracelet en dia- I mants fait bien dans le paysage, l les soirs d'Opéra. Pour un ivroj gne, une rangée de bouteilles l sur le dressoir fait bien dans le i paysage.
i Peau. Prostituée de rebut.
I Peau d'âne. Tambour.
: Peau de bite et balai de crin.
I Môme signilication, — dans l'argot de la marine, que peau de libi et peau de nœud, — dans celui de l'armée de terre. C'est une formule dénégative qui équivaut à : rien, pas le sou, jamais de la vie.
Peau de libi. Non, ne pas, — dans le jargon du régiment. Et les synonymes : peau de balle^ peau de nœud. Se dit souvent d'une manière ironique. Il est poli, peau de nœud ! traduisez :
On n'a jamais vu de particuHer moins poli. — Dans le jargon des voleurs : Faire peau de balle signifie avoir manqué un vol, n'avoir rien trouvé à voler.
Peau de lapin. Nom qu'on donne aux professeurs les jours de cérémonie, parce que l'insigne de leur grade est une peau
d'hermine. (Albanès, Mystêi'es du collège, 1845.)
Peau de lapin (Faire la).
Agioter sur les contre-marques, — dans le jargon des voyous.
Peau trop courte (Avoir la).
C'est une aimable plaisanterie qu'on lance pour s'excuser d'une incongruité sonore. — Parler, pendant le sommeil, avec l'antipode de la bouche.
Peau (Traîner sa) . Traîner son corps de côté et d'autre ; ne savoir que faire de sa personne.
Peausser (Se). Se déguiser.
Pèche à quinze sous. Pécheresse du dessus du panier... de la prostitution. — Métaphore du cru Dumas fils, tonneau du Demi-Monde. « Je sais bien qu'on n'a encore aujourd'hui qu'une médiocre estime pour le panier des pêches à quinze sous. » (Ed.
Texier, Les Choses du temps présent.) a N'étaient-elles pas plus sympathiques, ces filles de Paris... que toutes ces drôlesses, pêches à quinze sous de Dumas fils? » (Maxime Rude.)
Péchon, Peschon de Ruby.
Petit vaurien, enfant; du provençal pichoun, petit, — dans l'ancien argot.
Pectoral (S'humecter le).
Boire. {Dict. comique.)
Pécune. Argent.
Pédé, Pédéro. Pédéraste.
Pedzouille. Paysan. — Homme faible, sans énergie, poltron.
Pégale. Mont-de-Piété, — dans le jargon des voyous. En argot, pèse a le sens d'argent. Pégale doit être un dérivé de pèse et une déformation de pésale.
Pégoce. Pou. La variante est:
puce d'hôpital. — Pégosier , pouilleux.
Pègre. Voleur, de l'italien pegro, pigro, fainéant.
Pègre (La). Le monde des malfcuteurs. « Le troisième dessous », suivant l'expression de Victor Hugo. Il comprend les escarpes et les grinches^ qui se subdivisent, pour les derniers,, d'après les spécialités, en bonjouriers, caroubleiirs, chanteurs^ cambriolleurs , roulottiers^ chineurs, robignollears , cerfs-volants, etc. etc. Depuis le pégriot, qui vole le mouchoir, jusqu'au drogueur de la haute, qui émet pour plusieurs centaines de mille francs d'actions imaginaires, depuis le voleur qui travaille sur la grande route avec accompagnement de gourdin, jusqu'à l'assassin de profession, tout ce qui vit de vol et d'assassinat fait partie de la pègre. De même qu'il y a la • haute et la petite banque, le haut et le petit commerce, de même il y a la haute et la petite pègre. La haute pègre ou les pègres de la haute, c'est l'aristocratie du vol et de l'assassinat; la basse pègre ou pégriots, c'est le prolétariat du crime. « La haute pègre a ses grands hommes, ses héros. Lacenaire, Verger, sont les demi-dieux de la haute pègre. Dumollard n'est qu'un ignoble pégriot. » (More au-Christophe, Le Monde des coquins.)
Pègre à marteau, Pégriot.
Voleur à qui l'occasion ou l'audace a manqué pour se faire un nom dans le monde des scélérats; c'est le prolétaire du
DICTIONNAIRE D'AHGOT MODEUNE.
vol. — C'est un atireux voyou doublé d'un voleur.
Pégrenne. Misère, malheur, faim. Cerner la pégrenne, casser la pégrenne, mourir de faim.
Fine pégrenne, à toute extrémité, — dans l'ancien argot.
Pégrenne. Affamé; très misérable.
Peigne. Clé. De même que le peigne débrouille les cheveux, la clé débrouille la serrure.
Peigne-cul. Mal appris, grossier.
Peignée. Scène de pugilat entre dames. La peignée a pour synonyme le crêpage de chignons.
Peigner (Se). Se battre. Ici les poings font l'office de peigne et démêlent le différend.
Peiner. Travailler beaucoup, se donner beaucoup de mal à l'ouvrage; avoir beaucoup de peine, beaucoup d'ennui.
Pékin. Sujet de la cour des Miracles qui faisait partie de l'armée des croisés, au xii° siècle. {Hist. de la prostitution, par Pierre Dufour.)
Pékin, Péquin. Bourgeois , tout individu qui ne porte pas l'uniforme militaire, — dans le jargon destroupiers. Mot à mot :
habitant de Pékin, Chinois, pour exprimer et la distance qui sépare le civil du militaire et le peu de cas qu'on fait du bourgeois au régiment.
« Les pékins et les militaires, » Toujours courant, toujours dehors, » Vont et viennent, fiévreuse foule » Comme une frémissante houle. »
(A. Pommier, Paris.)
Pékin de bahut. Elève de Saint-Gyr qui a fini ses études.
11 est affranchi de l'école, du bahut.
Pélago. Prison de Sainte-Pélagie, la patronne des journalistes. Les journalistes, qui subissent une condamnation pour délit de presse, sont pensionnaires de Sainte-Pélagie. Mais, il faut tout dire, ils sont séparés des malfaiteurs.
Pelé. Grande route. Elle est aussi chauve qu'une demi-douzaine d'Académiciens.
Pèlerin. Individu dont on ignore le nom, particulier, le premier venu. — Quel est ce
péierin-là ?
Pèleriner. Faire un pèlerinage. « Sans le 4 septembre, les pèlerins ne pèleriner aient pas, n'auraient jamais songé à la possibilité de pèleriner. « (G.
Guillemot, Le Mot d'ordre, du 5 septembre 1877.)
Pelés et un tondu (Trois).
Société peu nombreuse. Très peu de monde dans une réunion, dans une soirée, dans une salle de spectacle, à une solennité quelconque. — « Les trois pelés et un tondu qui ont manifesté ces jours-ci sur la place de la Bastille. » {Le Triboulet, du 6 juin 4880.)
Pellard. Foin, — dans le jargon des voleurs.
Pélo. Sou, — dans le jargon des ouvriers.
Pelotage. Flatterie. — Lascif égarement des mains. « A bas les pattes, pas de pelotage, ça porte malheur! » ont l'habitude de dire les demoiselles qui n'ont pas celle de se laisser séduire par de belles paroles.
Pelote. Bourse, — dans l'an-
cien argot. — Economies. Faire sa pelote, mettre de l'argent de côté.
Peloter. C'est l'équivalent de patiner, mais avec plus de délicatesse de touche. — Flatter quelqu'un pour obtenir un service. — Peloter le carton, peloter la dame de pique, jouer aux cartes. — Peloter le carme, faire les yeux doux aux sébiles des changeurs, — dans le jargon des voleurs.
Peloteur. Libertin qui , à l'exemple de Tartuffe , se livre sur la première Elmire venue à des effets de main. Le peloteur est au patineur ce que le peintre qui peint à petits pinceaux est à celui qui peint en pleine pâte.
Peloteur. Bas flatteur qui cherche à obtenir quelque chose.
— Ouvrier qui fait le bon apôtre auprès du patron, qui le flatte et l'encense à tout propos.
Peloton de chasse. Peloton de punition. (L. Larchey.)
Pelure. Habit, redingote, paletot. — Pelure d'oignon, vêtement très léger, vêtement très usé.
Pénard. Tranquille, — dans le jargon des voleurs.
Pend au nez (Ça vous). Cela vous arrivera bientôt, infailli-
Pendule (Remonter sa). Battre sa femme de temps en temps, pour ne pas en perdre l'habitude, — dans le jargon du peuple.
Péniche. Pied, — dans le jargon des voyous. — Il repousse des péniches, il sent mauvais des pieds. Allusion à la barque appelée « péniche ».
Pépette. Pièce de dix sous, — dans le jargon du peuple.
C'est-à-dire petite pièce; déformation de piécette. — « Je tope dans les gens à remontoir, plus de beignes et des pépètee. »
(Huysmans, Les Sœurs Vatard.)
Pépin. Le pépin est un vieux parapluie, un parapluie grotesque, démodé.
« Mon riflard deviendra pépin » Ses ressorts perdront leur souplesse. » (J. Gabassol, Ma Femme et mon parapluie, chanson.)
Pépin (Avoir avalé un fameux). Etre très visiblement enceinte.
Percentage. Synonyme de tant pour cent, — dans l'argot de la Bourse.
Perche (Etre à la). Ne pas
manger tous les jours; crever la faim; faire concurrence à une perche comme maigreur, — dans le jargon des ouvriers.
Perdre ses légumes. Aller à
blement. —En épousant une pa- \ la garde-robe, - dans le jargon
reille femme, il le sera... ça lui ' "" ""^
pend au nez.
Pendante. Boucle d'oreilles.
Pendu glacé. Réverbère.
Pendu. Professeur adjoint à l'école de Saint-Cyr, — dans le jargon des Sainl-Cyriens.
des ouvriers.
Perdrix hollandaise. — Pigeon domestique, — dans le jargon des chasseurs. Lorsque, faute de mieux, le fusil d'un chasseur a descendu un pigeon, le chasseur dit qu'il a tué une perdrix hollandaise.
Père La Capote. Sergent d'habillement.
Père La Tuile (Le). Dieu.
Père La Violette. Napoléon pr.
Père Douillard. Entretencur.
Homme qni a de l'argent, de la douille, — dans le jargon des filles.
Père Coupe - toujours. Le
bourreau, — dans le jargon des voyous.
Père caillou. — Individu insensible aux avances des grecs; celui qui, aussi dur à entamer qu'un caillou, résiste à toutes les séductions d'une partie de cartes, — dans le jargon des tricheurs.
Père éternel à trois francs la séance. Modèle d'atelier qui pose les têtes de saints, les têtes de Dieu le père. — Tête de vieillard à barbe blanche.
Perlot, Perlo. Tabac à fumer.
— dans le jargon des chitronniers.
Perlotte. Boutonnière, — dans le jargon des tailleurs.
Permission de dix heures.
Canne à épée, gourdin, bâton ferré.
Permission trempe (La). Permission attendue et sur laquelle on l'onde peu d'espoir, — dans le jargon des troupiers.
Perpète (A). A perpétuité, — dans le jargon des voleurs. — Etre à pcrpêlc, être condamné c\ perpétuité.
Perroquet (Un) . Un verre d'absinthe. — Etouffer, asphyxier un perroquet , boire un verre d'alDsinthe.
Perroquet de savetier. Pie,
merle, geai.
Perruche (Une). Un verre
d'absinthe, ~ dans le jargon
j des ivrognes qui veulent varier
! un peu les dénominations et
préfèrent la femelle, laperruche,
au mâle, le perroquet.
Perruque. Vieux, passé de mode. Lors de la querelle des ' classiques et des romantiques, I ces derniers traitaient les clas- ' siquesde « Perruques «. Racine I était une « perruque et un po- I hsson ».
I Perruque. Vente clandestine I d'objets appartenant à l'Etat ou j à une grande administration. — ; Faire une perruque, vendre clan- I destin ement des objets appartenant à une grande administration. C'est une variante de . faire la queue. — En terme d'aj telier, c'est faire un outil pour • soi, dans les usines où les ouj vriers sont censés fournir leurs I outils. « Le travailleur prend j lebois etfaitson outil au compte j delà maison. S'il est aux pièces, j il remet son désir pour le mo- ! ment oîi il sera à la journée, »
' {Le Sublime.)
Perruquemar. Perruquier.
Perruquier de la crotte. Décrotteur.
Persigner. Enfoncer. Se dit au figuré et au propre. — Persigner une lourde, enfoncer une porte. Persigner un client^irom.per un individu.
Persil. Exercice de la promenade au point de vue de la prostitution. « C'était la grande retape, le persil au clair soleil, le raccrochage des câlins illustres. )).(E. Zola, Nana.)
Persil (Aller au). Faire une
promenade intéressée dans les rues et lieux publics, — dans le jargon des filles. Les variantes sont : Persiller^ faire son persil.
Persilleuse. Prostituée qui se promène pour chercher de l'ouvrage. — Les persilleuses typiques ou boulonnaises, se tiennent le long des allées, des contre-allées du bois de Boulogne, du bois de Vincennes.
Ces hamadryades entraînent dans les taillis les infortunés que leurs charmes ont séduits.
La persilleuse est souvent une pséudo-ouvrière ou une ouvrière sans ouvrage. Elle va alors au persil avec un petit panier à la main. Bien des filles du peuple font croire à leurs parents qu'elles vont à l'atelier et n'ont d'autre occupation que de faire leur persil.
Persiennes. Lunettes.
Pèse. Argent, paye. — Descendre son pèse, dépenser son argent.
Pessiguer. Soulever; du provençal, pessuguer, pincer, voler habilement.
Pessiller (Se). S'emporter, — dans le jargon des voleurs.
Pet, Pétage. Plainte en justice.
Pet à vingt ongles. Nouveauné. A bouler un pet à vingt ongles, accoucher.
Pet (Curieux comme un). Extrêmement curieux. Le pet n'est pas casanier de son naturel; il demande à sortir et à se produire.
Pet (Faire le). Faire faillite.
Pet (Il y a du).- Attention ! la
) police est là! — dans le jargon I des voleurs. — Attention! le patron est de mauvaise humeur, il va y avoir de Vabattage, des réprimandes, — dans le jargon des ouvriers. Il y a du pet, ça sent mauvais, quand le patron ou le contre-maître fait une réprimande d'ensemble.
Pet honteux. Exhalaison Ibndementale sortant sans tambour ni trompette. L'éclair sans le tonnerre.
Pétard. Derrière. — Haricot.
Le haricot est tantôt un musicien, tantôt un pétard, tantôt exécutant, tantôt musique. Allusion compréhensible, même pour les enfants.
Pétard, Petgi. Esclandre, tapage, scène violente et imprévue; c'est le moment qui suit la découverte du pot-aux-roses.
Lorsqu'un mari revient à l'improviste de la chasse, et que sa femme... il fait un pétard s'il ost expansif et verbeux.
Pétasse. Fille publique, pour putasse.
Pète ou que ça dise pourquoi (Il faut que ça) ! Il faut quune chose, qu'un ouvrage se fasse à n'importe quel prix.
Péter. Se plaindre en justice.
Péter dans la soie. Etre vêtue d'une robe de soie.
Péter au point. Perdre au jeu de cartes faute d'un point.
Péter sur le mastic. Abandonner l'ouvrage, envoyer l'ouvrage au diable.
Péter dans le linge des autres. Porter des habits d'emprunt, être habillé avec la défroque d'un autre.
Péter de graisse. Etre très gras. Et la variante: Péter dans sa peau.
Péter dans la main. Laisser échapper une bonne occasion, rater une affaire au dernier moment, voir une place qui vous était promise donnée à un autre.
Péter plus haut que le cul.
Faire plus de dépense que n'en comporte la position de fortune.
Péter la châtaigne (Faire).
Métamorphoser une fille en femme.
Péteur, péteuse. Plaignant, plaignante.
Péteux. Qui se sent fautif.
Petit. Amant de cœur, — dans le jargon des femmes galantes.
Petit. Bout de cigarette encore fumable, — dans le jargon des voyous. — Suivant la longueur du bout c'est le mégOj V orphelin, le petit.
Petit (Le). Le point de huit au baccarat, — dans le jargon des joueurs. — C'est le plus petit des deux plus beaux points du jeu. ^
Petit (Le). Le derrière, — dans le jargon des filles.
Petit (En faire un). Mot à
mot : faire un petit baccarat, — dans le jargon des joueurs. — Nous ne sommespas venus ici pour enfiler des perles : si nous en faisions un petit? — « Hé! Zéphirin, en fait-on un petit, cette nuit? » (Cavaillé, Les Filouteries du jeu.)
Petit-noir. Petit ramoneur.
Petit-noir. Mélange de chico-
rée et de marc de café vendu 1^ et 10 centimes le bol. — a Quelques ouvriers retardataires fumaient leur pipe en sirotant uji petit noir. » (Hennique, La Dévouée.) — Par extension, débit de café pour les ouvriers. — « Fonds de commerce à vendre.
Crémerie. Petit-noir. Loyer neuf cents francs. » [Petit Journal y du ^l'^r juillet 1880.)
I Petit père noir. Broc de vin.
I — Litre de vin rouge.
! Petit blanc. Vin blanc liés i ordinaire.
Petit manteau bleu. Philanthrope. — En souvenir de « l'homme au petit manteau bleu ».
Petitmonde. Lentille, — dans l'ancien argot. — La petite bourgeoisie, Je monde des boutiquiers, — dans le jargon des vieux débris du faubourg Saint- Germain.
Petit bleu. Vin rouge au litre, mauvais vin rouge.
Petit lait (C'est du). Ça ne
fait pas de mal. On dit d'un vin léger, peu fourni en alcool:
« Ça se boit comme du petit lait».
Petite dame. Femme plus ou moins entretenue.
Petit-Mazas (Le). Le passage du Soleil à Clichy-1 a-Garenne, un des quartiers habités par les chiffonniers, qui se plaisent à donner des noms pittoresques à leurs cités, comme ceux de :
La Cité des Vaches, route de la Révolte; La Fosse-aux-Lions, à Grenelle; Le Pctit-Bicétre, du côté de la barrière de Fontainebleau; La Batte-aux-Puces i quartier des Buttes-Chaumont.
fetite-main. Ouvrière lieu- 1 Pharamineux. Fameux, raerliste qui fait les pétales et com- 1 veilleux , éblouissant ; c'est-àmence à gaufrer, — dans le | dire lumineux comme un phare, jargon des ileuristes. pj^^re. Lampe, - dans le
Petite bière (Ce n'est pas de | jargon des typographes, la). C'est fameux, c'est impor-| pharos. Gouvernement. — tant, pris dans un sens ironique; Ministre. — Préfet et, en généc'est-à-dire: ça n'est pastameux, I rai, tous les hauts fonctionnaires ça ne vaut pas grand chose. ■ • - -
Petite bête (Chercher la) Chercher dans une œuvre les j des phares, fautes de détail; rechercher les ! des voleurs.
. de l'Etat, qui, en grand uniforme, sont éblouissants comme dans le jargoa
petites erreurs qu'a pu commettre un écrivain.
De jolis
Péton. Petit pied.
petits pétons.
Pétûuze, Pitroux. Pistolet; fusil, — dans l'ancien argot.
Pétrin (Etre dans le). Etre dans l'emljarras, dans la gêne.
Pétrole. Mauvais vin. — Mau- 1 Philosophe. Misérable, — dans vaise eau-de-vie. j l'argot de la police. — Grec
Pétroler. Incendier les mai- i opérant sans compère. (L. Larsons et les monuments publics chey.) Dans l'argot des grecs ^
Phénomène. Original.
Philanthrope. Filou, — dans le jargon des voleurs. Et la variante : Philibert. —Jeu de mots par changement de finales.
Philistin. Ouvrier abruti par la boisson, — dans le jargon des tailleurs.
au moyen du pétrole comme sous la Commune.
Pétroleur, Pétroleuse. Incendiaire sous la Commune.
Partisan de la Commune.
Pétroleur. Marchand de vin, — dans le jargon des ouvriers qui ont à se plaindre des consommations ou à qui le marchand de vin réclame avec acharnement de l'argent.
Pétrousquin. Derrière. Paysan. — Public, dans le jargon des saltimbanques. Entortiller le pétrousquin en faisant la manche, soutirer de l'argent au public en faisant la quête.
Petzouille. Derrière.
Peu mon neveu (Un)I Oui; je crois bien.
on entend encore, par philosophe, le tricheur qui se contente d'un petit bénéfice et cultive les dupes d'un petit rapport.
C'est sous ce nom que les matadors de la Grèce désignent leurs confrères en blouse qui exercent chez les marchands de vin.
Philosophie. Misère. — Faire sa philosophie, être malheureux, — dans le jargon des déclassés.
Philosophes. Vieux souliers.
Photo. Photographie. Photographe. — Aller chez le photo; se payer sa photo.
Photographier (Aller se faire) .
Aller se faire f...iche, comme l'écrivait le père Duchêne. Variante adoucie.
Piaf. Orgueil, amour-propre.
De piaffer; emprunt au vocabulaire hippique. Le cheval qui piaffe témoigne de l'orgueil à sa manière, un orgueil mêlé d'impatience.
Pianiste. Valet de bourreau.
Celui qui accompagne le bourreau comme un pianiste accompagne un chanteur; celui qui joue une partie accessoire dans la représentation de la mort juridique, — dans le jargon des voyous.
Piano (Jouer du). Trotter d'une manière irrégulière, — dans le jargon des maquignons.
Piano (Vendre son). « Le moindre récit pathétique, une phrase sentimentale, un mot touchant, un mouchoir sur les yeux, une larme et la croix de sa mère, tout cela se traduit par : vendre son piano. Depuis le jour où Bouffé, dans Pauvre Jacques, fît couler des ruisseaux de larmes dans une scène où il est forcé de vendre son piano, les verbes s'attendrir, pleurer, s'apitoyer, larmoyer, etc. ont été remplacés par : vendre son piano. » (J. Dullot.)
Pianomane. Infortuné de l'un ou de l'autre sexe atteint de la manie du piano. « La loge Asberg était mélomane, pianomane forcenée, en la personne rlc sa fille chérie. » (Ch. de Boigiie.)
Pianotage. Action de mal jouer du piano.
Pianoter. Jouer suffisamment du piano pour se faire plaisir à soi-même et agacer les autres.
Pianoter, Jouer du piano. Filouter , — dans l'argot des voyous.
Piau. Lit. Pincer le piau, garder, prendre le lit. — « Notre auteur a été si fourlour qu'il s'est vu contraint de pincer le piau. »
{La Caricature, journal, dessin de Traviès.)
Piau. Plaisanterie, charge d'atelier. — Mensonge, — dans le jargon des typographes.
PiauUe, PioUe. Maison, logement, chambre. — Piauler, dormir.
Piausser. Se coucher. C'est la variante de pioncer et de piauler, dormir.
Piausser. Blaguer, mentir, plaisanter, faire des charges, — dans le jargon des typographes.
— ' Piausseur, mauvais plaisant, conteur de bourdes.
Picaillons. Pièces de cinq francs. — Un certain nombre de pièces de monnaie d'argent.
Avoir des picaillons. « Madame Zéphyrin l'aurait plumé , lui aussi^ s'il avait eu des picaillons. » (Vast-Ricouard, Le Tripot.)
Pichet, Pichnet, Piccolet, Piccolo, Piccolino. Petit vin suret.
Vin du pays de Suresnes ou d'Argenteuil, vin d'un pays qui n'a jamais été renommé par ses vignobles.
Picorage. Butin provenant d'un vol de grand chemin. (Fr.
Michel.) Le picorage n'est autre chose que le grapillage, la maraude, genre de vol pratiqué dans les campagnes au préjudice de la récolte.
Picouse. Haie. — Dé fleurir la picouse, voler du linge qui sèche en plein air.
Picter, Pictonner. Boire. —
La picter à la douce et la flancher au frotin, boire, sans se presser, une bouteille de vin et la jouer au billard.
Picton. Petit vin nouveau.
« Vive le picton
« Le picton a du bon. »
(Louis Huart, Ulysse ou les porcs vengés.)
« Un coup d' picton
« Moi je m'en fiche;
« Il faut que j' liche
« Un coup d' picton, « J'aime bien mieux l'huil' que 1' coton. » (B. Dorilas, Un coup de picton.)
Piéçard. Ouvrier qui travaille à ses pièces, — dans le jargon des carrossiers.
Pièce. Lentille, — dans le jar- !
gon des voleurs. î
Pièce (Bonne). Mauvais sujet; I par ironie.
Pièce du Pape, Pièce saisse.
Femme de mauvaise mine. Les voyous employaient cette expression à Tépoque où la convention monétaire n'existait pas entre la France et les Etats-Romains, entre la France et la Suisse. Les pièces du Pape et les pièces suisses étaient refusées.
Pièce de résistance. Premier- Paris, article d'en-tête d'un journal, — dans le jargon des journalistes. — Le filet rôti, l'aloyau, la dinde, dans un dîner bourgeois.
Pièce à femmes. Exhibition de femmes sur un théâtre, dans une pièce ott les mollets doivent avoir de l'esprit, les épaules de la finesse, et les yeux du jeu.
Pièce à trucs. Féerie, pièce où l'auteur s'efface devant le machiniste.
Pièce à tiroirs. Pièce dans laquelle un acteur change plu-
sieurs fois de rôle. Levassor excellait dans les pièces à tiroirs.
Aujourd'hui c'est Brasseur qui a recueilli son héritage.
Pièce (Tuer une). Abîmer une pièce, — dans le jargon des charpentiers.
Pièces (Coupeurs de). « Leur métier consiste à abréger les mélodrames en vogue et les mettre à la portée des théâtres de marionnettes qui courent les foires. Cette mutilation se paye dix francs la pièce. » (Privât d'Anglemont.)
Pied de Cochon. Pistolet.
Pied de Cochon (Jouer un).
Mystifier.
Pied de nez. Pièce d'un sou.
Pied (En avoir son). En avoir assez.
Pied (Ne pas se moucher du).
Etre riche, être à son aise. — Faire bien les choses. Chez le.
peuple on se mouchait et l'on se mouche encore avec le mouchoir de ses cinq doigts; on secoue le résultat et lorsqu'on est propre on l'essuie avec le pied.
Celui qui ne se mouche pas du pied a donc le moyen d'acheter des mouchoirs, un luxe pour beaucoup de gens. L'expression est vieille. On la trouve dans les Turlupinades recueillies et réunies en une comédie par Adrien de Monluc, prince de Chabanois.
« La fortune m'a tourné le dos, moy qui avais feu et lieu, pignon sur rue, et une fille belle comme le jour, que nous gardions à un homme qui ne se mouche pas du pied. » {La Comédie des Proverbes.) Pied (Etre). Etaler sa bêtise,^
— dans le jargon des collégiens.
Pieds à dormir debout. Pieds longs et larges.
Pieds de châlits (Avoir les).
Etre minutieux; ne rien laisser traîner, — dans le jargon des troupiers.
Pieds (Se tirer des). Se sauver, quitter un lieu, une société.
Pieds dans le plat (Mettre les) .
Ne plus garder aucune espèce de ménagements.
Pieds nattés (Avoir les). Ne pas avoir l'intention ou la possibilité de sortir. — Ne pas être disposé à danser, — dans le jargon des soldats de cavalerie. — Alors, comme ça, Mam'zelle a les pieds nattés? ""
Pieds (Avoir avalé ses). Avoir l'haleine fétide. «
Pieds en avant (Sortir les).
Sortir de chez soi dans un cercueil. — « Il arriva donc à la maison de Jeolirin et monta dans la chambre d'oii la trépassée ne devait plus sortir que les pieds en avant. » (Hennique.)
Pier. Boire, — dans l'ancien argot; d'oil sont venus pionner et pictonner.
Pierre de touche. Confrontation.
Pierre à affûter. Pain, — dans le jargon des l30uchers, eipierre brute^ — dans celui des francsmaçons.
Pierrette. Femelle du pierrot, personnage de carnaval. — « Une Pierrette qui se respecte, vois-tu, n'a jamais qu'un pierrot. — A la fois. » (Gavarni.)
Pierreuse. Misérable prostituée qui rôdaille autour des mai- i
sons en construction, aux abords des terrains vagues, sans feu ni lieu, et n'a pour alcôve qu'un amas de graviers. — Lai pierreuse est souvent doublée d'un macrotin qui se tient à di.s!ance et surgit à l'improviste, lorsque le moment de dévaliser le client parait propice.
Pierrot. Le mâle de la pierrette, personnage de carnaval.
Pierrot. Au bout d'une année de présence sous les drapeaux, de « bleu » qu'il était, le soldat reçoit le sobriquet de pierrot, qu'il conservera jusqu'à la quatrième année, époque à laquelle il obtient le surnom de « la classe ».
Pierrot (Un). Un verre de vin
blanc.
Piètre. Ancien sujet de la Cour des Miracles. Le piètre jouait le rôle de faux boiteux dans la grande comédie des infirmités pour rire. On dit encore en Basse-Normandie piètre, ipour boiteux.
Pieu. Lit; barre; traverse. — Rivé au pieu , passionnément épris d'une fille, d'une femme galante; c'est-à-dire rive au lit.
« Ce mot terrible, dont l'argot a baptisé le lit des sales amours. »
(Ed. et J. de Concourt, Le Vieux Monsieur.)
Pieuvre. Femme galante.
Ainsi désignée en 1866, en souvenir de la pieuvre des Travailleurs de la mer de V. Hugo.
Pif, Piffard, Piton. Nez et principalement nez bien en chair et haut en couleur, nez d'ivrogne.
« L'aubergine de leur pif. »
^. Pommier, Part*.)
Piffer (Se). Se bourrer de nourriture ; pour s'empiffrer.
Pige. Année. — Nombre de lignes qu'un typographe doit composer dans un temps donné.
Pigeon. Avance sur un livre, sur une pièce de théâtre, — dans le jargon des libraires.
Pigeon voyageur. Fille publique qui choisit les trains de banlieue pour exercer son industrie.
— Le pigeon voyageur va se réfugier de préférence dans un wagon occupé par un monsieur seul... A la première station, le pigeon passe dans un autre wagon, et ainsi de suite. Il y en a qui poussent de la sorte jusqu'à Versailles.
Pigeons (Elever des). Gagner au jeu l'argent des dupes, vulgo :
pigeons , — dans l'argot des grecs. C'est encore tenir une table d'hôte où les imbéciles tombent victimes de leur passion pour le jeu.
Pigeonner. Tromper.
Pigeonnier. Le boudoir d'une femme galante.
Piger. Prendre, filouter. — Regarder. — Mesurer. ~ On m\i pigé mon porte-plume. — <fe te pige, va! — Il faut que je pige pour lajustifiGation, — en terme de typographe.
Piger. Prendre en flagrant délit, — dans le jargon des collégiens. — Le pion m'a pigé à cramer une sèche et m'a collé pour dimanche.
Piger. Dépasser, ~ dans le jargon des canotiers de la Seine.
Avec sa périssoire il pige tous les canots.
Piget, Pipet. Château, — dans l'ancien argot.
Pignocher (Se). Se battre.
C'est une variante de se peigner.
Pignon! . Apprenti cordonnier.
— Grossier personnage, malappris. — 0 En voilà un petit pignouf de calicot, qui m'a fait boire de la groseille quand j'avais demandé du madère ! »
(G. Lafosse, Vêtit journal amusant.) — Le Pignouflard, c'est le pignouf dans toute sa beauté, la dernière expression du goujat.
Pilche. Etui, — dans l'ancieu argot, de l'anglais pi/c/ier, fourreau.
Pile ou face. Exclamation fau- Ibourienne usitée lorsque quel- I qu'un se laisse tomber ou laisse I tomber quelque chose.
Pile. Volée de coups de poing et de coups de pied. — Pile sterling, forte pile, tout ce qu'il y a de mieux en fait de pile. — Flanquer une pile que le diable en prendrait les armes, battre avec acharnement.
Piler le poivre. Etre en fac-
j tion, — dans le jargon des troupiers.
Piler du poivre. Ne passe tenir d'aplomb à cheval, suivre, à contre-temps, le mouvement du trot, de façon à ce que le postérieur s'enlève de la selle et y retombe avec force, mouvement qui rappelle l'action de piler du poivre dans les mortiers des di'o-
j guistes.
I Pilier. Fidèle habitué d'un I endroit. — Pilier de café, pilier I de bal public.
1 Pilier. Commis. — Pilier de I boutanche, commis de magasin.
gon du régiment. — Voyons voir, administrez un coup de pinceau, et là, vivement!
Pinceau (Faire). Peindre sa flamme sur Ja porte du temple de Cytlière avec le pinceau de l'amour.
Pincer. Filouter. — Exécuter. — Pincer le cancan^ danser le cancan. — Vincer de la guitare, pincer de la harpe, être sous les verrous.
— Pilier de paquelin, commis voyageur. — Pilier du creux, pilier de la boîte, chef de maison, patron d'un établissement.
Piloche. Dent, — dans le jargon des voleurs.
Pilon. Doigt, — dans le même jargon.
Pimpions. Monnaie, — dans le jargon des voleurs.
Pinçant. Ciseaux, — dansl'an-
Pinçart. En terme de marécbal-ferrant, un cheval est pinçart quand il marche sur la pince du pied.
Pince. Main, — dans le jargon du peuple, « Ne vous essuyez pas la pmce à votre mouchoir ou à votre paletot. » {L'art de se conduire dans la société des pauvres bougres.)
Pince (Tenir à la). Exercice acrobatique qui consiste à tenir le sommet du crâne de son pai^tner entre les cinq doigts, — dans le jargon des saltimbanques.
Pince-dur. Adjudant sous-officier.
Pince-sans-rire. Agent de police,— dans lejargon des voleurs.
Pince-cul. Bastringue, où les amateurs de la liberté de pincer
peuvent prendre du plaisir ^ \ hreux ,"pingmnn qras,' public pleine mam. « Une fille f(ui res- 1 nombreux. <(Vois-tu le pingouin, pecte sa parentelle peut aller i comme il s'allume?... ça n'est danser au Banquet d Anacréon : ^ien... A la reprise je vas l'inou aux Mille Colonnes, seule- i cendier. » (E. Sue, Les Misères ment elle ne va pas au bal Gra- ; ^es Enfants-Trouvés.) dos. C'est une infamie que ce ! „. ^ ,^ . J. , , pince-cul-là! » (Huysmans, Les\ ^^'^^^^' Bo're. Pmte-a-mort. Sœurs Vatard.) \ Pioche. Voleur à la tire.
Pinceau. Balai, — dans le jar- 1 Piocher.
Pincer pour (En). Etre épris de, être amoureux de. — J'en pince dur pour la blonde du second.
Pincer (En). — Faire partie de, en être, — dans le jargon des voleurs. — « Quand je vous récidive qu'on en pince et dur. »
(P. Mahalin, Les Monstres de Paris.)
Pincette (Baiser à la). Baiser que donnent les enfants en pinçant de chaque main les joues de la personne qu'ils embrassent.
Pincettes (Se tirer les). Décamper. Les pincettes, ce sont les jambes, qui ont fourni à l'argot un assez joli contingent de transformations.
Pingouin. Public, — dans le jargon des saltimbanques. Pingouin maigre^ public peu nom-
Travailler avec ar-
deur. — Battre. — Voler à la lire.
Piocher , Jouer la pioche .
Avoir recours au talon, chaque fois qu'un domino demandé manque à l'appel.
Piocheur. Travailleur sérieux.
FioUe. Cabaret. — Hôtel garni à la nuit, — dans le jargon des voyous. — PioUier^ piollière, cabaretier, cabaretière, logeur à la nuit.
Pion. Ivre ; de pier boire.
Etre pion^ être gris.
Pion. Maître d'étude. Le souffre-douleur d'un collège, d'uH pensionnat.La pUipartdu temps, c'est un pauvre diable de bacho qui pioche un examen en faisant la classe, en menant les élèves à la promenade, en allant les conduire au lycée. — « Quelle est l'étymolôgie du mot pion? Un collégien nous fait savoir que généralement on le considère comme un diminutif d'espion » (Albanès, Mystère du collège.)
Pionçage. — Sommeil. De pioncer dormïr.Un fort pionçage, un sommeil prolongé.
Pioncer. Dormir.
Pionne. Sous-maîtresse, souffre-douleur d'un .pensionnat de demoiselles.
Piote. Insulte de cavalier à fantassin.
Pioupiou. Soldat d'infanterie.
« L'uniforme blanc des gardesfrançaises rappel ait un peu leur costume, (le costume des Pierrots) aussi le populaire appelaitil ces soldats « des Pierrots... »
Déplus, lorsqu'ils (les Parisiens) voyaient passer un garde -fran-
çaise : — Pioupiou, criaient-ils.
Cette moquerie eut pour résultat de faire donner le sobriquet de pioupiou aux soldats de l'infanterie française. » Aug. Challamel.)
Pipe (Casser sa). Mourir. Les morts ne fument plus... que la terre. — Cette exprassion a, sans doute, été consacrée par le peuple qui a voulu faire une vulgaire allusion à un usage emprunté au cérémonial des funérailles des évêques. D'après le cérémonial, la crosse d'un évêque mort estbrisée et figure placée sur un coussin, dans le cortège funèbre. « On place aux pieds du prélat (Ma*" Dupanloup), sur un second coussin cramoisi, la crosse brisée en trois tronçons. » [Figaro, du 24 octobre 1878, funérailles de Mgr Dupanloup.) « Nous avons prédit cent fois pour une que Dupanloup briserait sa crosse sans être cardinal. » (Tam-Tam, du 20 octobre 1878.)
Pipe (Fumer sans). Etre en colère. — S'impatienter.
Pipe (C'est bon dans la). Ça augmente le bien-être, ça améliore la situation, — dans le jargon des troupiers. C'est l'équivalent militaire du : Ça met\ du beurre dans les épinards.
Pipelet , Pipelette. Portier,] portière. Pipelet est le nom cé-l lèbre d'un des personnages des] Mystères de Paris, portier typique qui, depuis le succès de cej roman d'Eugène Sue, a servi d( parraiu à MM, les concierges.
Piper. Fumer la pipe, le ci-l gare ou la cigarette. -- Pipi comme un Turc, fumer beau' coup.
Pipot. Élève de l'École polytechnique
Piquage (Faire un). Voler du vin ou de l'alcool à l'aide d'un trou, pratiqué dans la barrique; genre de vol en usage chez certains camionneurs, chez certains employés des chemins de fer; moyen économique de se saouler sans passer par le marchand de vin.
Piquante. Epingle.
Pique-chien. Concierge de l'École polytechnique, — dans le jargon des élèves de cette école.
Pique en terre. Volaille; par allusion à la manière donl les poules cherchent leur nourriture.
Piqué des vers (Pas). Très frais, très joli. — Elle n'est pcii^ •piquée des vers, la bourgeoise!
on dit aussi dans le même sens :
Elle n'est pas piquée des z'hannetons.
Piquepou. — Tailleur, — dans le jargon du peuple. C'est sans doute une déformation de piqueprou, c'est-à-dire pique beaucoup, dans l'ancienne langue française. Le mot est loin d'être jeune. La variante est : Fiqueprune; prune également mis pour prou.
Piquer une note. Pour le professeur, c'est marquer une note à l'élève; pour l'élève, c'est obtenir une note : piquer un cinq, un dix, un dix-sept, — dans le jargon des élèves du cours de mathématiques spéciales. Viquer le bâton d'encouragement, obtenir la note 1, la plus mauvaise note. Piquer une huître,
ne pas savoir répondre au professeur, quand on passe au tableau en colle.
Piquer un renard. Restituer forcément un bon ou un mauvais repas.
Piquer le banc. Attendre quelqu'un sur un banc. — Se reposer sur un banc aux Champs- Elysées en attendant un amoureux de rencontre, — dans le jargon des filles.
Piquer en victime. Plonger les pieds en avant, le corps raide, les mains collées aux cuisses.
Piquer son chien. Dormir pendant le jour. — Les tailleurs disent avec une variante : Piquer sa plaque.
Piquer son fard, piquer un soleil. Rougir.
Piquet. Livre de messe. Juge de paix, dans le jargon du peuple.
Piqueuse de trains. Raccrocheuse qui attend la pratique dans les gares, assise sur un banc dans une gare de chemin de fer. Elle guette l'arrivée des trains.
Pissat d'âne. Eau-de -vie jauneclair; eau-de-vie coupée d'èau.
Allusion à la couleur.
Pisse froid ., Homme méthodique concentré en lui-même.
Pisse-huile. Lampiste, — dans le jargon du collège. (L. Larchey.)
Pissenlits par la racine (manger les). Etre mort.
Pissenlits (arroser les). Uriner en plein champ.
Pisser des lames de canif,
pisser des clous de sabot. Souffrir en urinant, par suite d'une maladie de la vessie, par suite d'une maladie vénérienne.
Pisser au cul. Mépriser profondément; faire autant de cas de quelqu'un que dune pissotière, le traiter comme une pissotière.
Pisser des lames de rasoir en travers (Faire). Ennuyer quelqu'un au dernier point ; le faire moralement souffrir à force de l'ennuyer.
Pisser les poules (Mener).
Donner, en riant, un mauvais prétexte pour s'en aller, pour quitter l'ouvrage. — Etre occupé à ne rien faire, ne pas vouloir dire où l'on va.
Pisser sa côtelette. Accoucher.
Pisseuse. Petite fille. Femme.
— La voisine a accouché. — Qu'est-ce qu'elle a fait? — Une pisseuse.
Pissin de cheval. Mauvaise
bière chaude.
Pistache. Légère ivresse. Pincer sa pistache, être légèrement ivre. Pourquoi pistache? — Estce que l'ivrogne de la première heure arborerait les tons verts de la pistache ?
Pisteur. Homme qui suit les femmes à la piste. Il ne faut pas confondre le pisteur avec le suiveur. Le suiveur est un fantaisiste qui opère à l'aventure.
Il emboîte le pas à toutes les femmes qui lui plaisent, ou, mieux, à toutes les jolies jambes.
Parmi cent autres, il reconnaîtra un mollet qu'il aura déjà chassé. Il va, vient, s'arrête.
tourne, retourne, marche devant, derrière, croise, coup^, l'objet de sa poursuite, qu'il perd souvent au détour d'une rue.
Plus méthodique, \e pisteur sur- .
veille d'un trottoir à l'autre son gibier. Il suit à une distance respectueuse, pose devant les magasins, sous les fenêtres, se cache derrière une porte, retient le numéro de la maison, fait sentinelle et ne donne de la voix que lorsqu'il est sûr du succès. Le pisteur est, ou un tout jeune homme timide, plein d'illusions, ou un homme mûr, plein d'expérience. — Le pisteur d'omnibus est un désœuvré qui suit les femmes en omnibus, leur fait du pied, du genou, du coude, risque un bout de conversation, et n'a d'autre sérieuse occupation que celle de se faire voiturer de la Bastille à la Madeleine et vice versa. Cet amateur du beau sexe est ordinairement un quinquagénaire dont le ventre a, depuis longtemps, tourné au majestueux. Il offre à tout hasard aux ouvrières le classique mobilier en acajou ; les plus entreprenants vont jusqu'au palissandi'e. Les paroles s'envolent, et acajou et palissandre restent... chez le marchand de meubles. Peut-être est-ce un pisteur qui a trouvé le proverbe:
« Promettre et tenir font deux ».
Pistole (Grande). Pièce de dix francs. — Petite pistole, pièce de dix sous, — dans le jargon des maquignons et des chiffonniers.
Pistolet. Demi-bouteille de vin de Champagne.
Pistolet (Drôle de). Original.
Piston. Importun. — PislonneTy ennuyer.
Piston. Interne protégé par le médecin en chef d'un hôpital.
Piston. Préparateur d'un cours de physique.
Pitaine-Crayon. Garçon de la salle de dessin àl'Ecole Polytechnique, — dans le jargon des Polytechniciens. Pi(ïame-i07'c/to?i, garçon de laboratoire à lamême école,
Pitancher. Boire. Pitancher à morty boire jusqu'à plus soif.
Pitre. Farceur en chambre; amuseur de société; celui qui, dans une réunion, dans un dîner, remplit l'office d'un pitre de foire, fait rire les enfants et qu'on invite parce qu'il coûte moins cher qu'un joujou. — Servir de pitre, amuser les autres en faisant rire de soi.
Pitre de Comme. Mot à mot :
pitre de commerce. Commisvoyageur. On connaît les plaisanteries rances des voyageurs de commerce, la célébrité qu'ils se sont acquise dans les tables d'hôte.
Pivert. Ressort de montre dont les prisonniers se servent en guise de lime. Allusion à la dureté du bec du pivert.
Pivois, pive, pie, piéton. Vin.
— « Un certain vin se dit pivois^ à cause de la ressemblance de son raisin avec la pive, nom patois du fruit appelé improprement pomme de pin. » (Ch.
Nodier.) — La pomme de pin .sert encore d'enseigne à maint
cabaret de village.
Pive à
quatre nerfs, demi-setier; mot à mot : vin à quatre sous. — Pivois savonné, vin blanc ; pivots citron^
vinaigre, — dans l'ancien argot.
Pivoiner. Rougir; par allusion à la couleur de la pivoine.
Pivot. Plume à écrire.
Pivoter. Obéir. Mot à mot :
tourner au commandement, en terme d'école militaire. « Ses supérieurs pourront le faire pivoter à leur aise. » (Saint- Patrice.)
Placarde. Place publique, — dans le jargon des voleurs.
Place d'armes. Estomac.
Placeur de lapins. Farceur qui fait de la morale, moraliste qui vit aux dépens des autres et produit ses amis dans le monde galant. «Desgenais n'est, malgré ses malédictions à fracas, qu'un simple placeur de lapijis. » (L. Chapron, Gaulois du 18 août 1877.)
Plafond (Avoir une araignée dans le). Dire, faire des extravagances.
Plafond (Se défoncer le). Se
brûler la cervelle.
Plan. Mont-de-Piété. Mot à mot : la planche où sont les objets laissés en nantissement. — Mettre au plan, engager au Montde-Piété ou ailleurs. « M'man, j'ai mis ma veste au plan hier soir. » (Gavarni.)
Plan. Prison. — Hospice des Enfants-Trouvés.
Plan. Moyen. // y a plan, il n'y a pas plan ; expression dont se servent beaucoup d'ouvriers lorsqu'ils vont demander de l'ouvrage. — Patron, est-ce qu'il y a plan ? Mot à mot : est-ce qu'il y a moyen de travailler
chez vous? — « Oui, il n'y a pas plan, murmurait Céline. »
(Huysmans, Les Sœurs Vatard.)
Plan (Mettre en, laisser en).
Quitter quelqu'un sans le prévenir, planter là.
Planche. Sabre, — dans le jargon des voleurs.
Planche. Femme très maigre.
— Femme qui n'a pas que l'apparence de la froideur.
Planche. Tableau noir servant aux démonstrations mathématiques, — dans le jargon du collège. — Passer à la planche, passer au tableau.
Planche au pain. Banc des prévenus. — Lit, — dans le jargon des filles publiques.
Planche à tracer. Table à manger, — dans le jargon des francs-maçons qui disent encore atelier.
Planches (Avoir des). Mot à
mot : avoir l'habitude des planches, jouer la comédie depuis longtemps; être sur la scène aussi à l'aise que chez soi. Madame Thierret avait des planches autant qu actrice du monde.
Planches. Etabli de tailleur.
— Avoir fait les planches, avoir travaillé comme ouvrier avant d'être devenu patron.
Planché. Condamné.
Plancher. Quitter un ami de prison, — dans le jargon des voleurs.
Plancher. Plaisanter. — Parles-tu sérieusement ou planchestu?
Plancher. — Coucher à la salle de police, sur la planche du gouvernement. J'ai planché
deux jours, — dans le jargon du régiment.
Plancher (Débarrasser le).
S'en aller, lorsqu'on importune quelqu'un. Débarrassez-moi le plancher.
Plancherie. Plaisanterie d'un
goût douteux.
Plancheur, Plancheuse. Mauvais plaisant, mauvaise plaisante.
Plançonner. — Bredouiller.
Dérivé de Plançon, mauvais acteur de la Gaîté qui bredouillait à la fin et souvent au commencement de chaque tirade. (Argot des coulisses.)
Planque. Lieu, endroit, cachette. — Poste d'observation d'où un agent de police surveille un malfaiteur.
Planque des gouâpeurs. Dépôt de la préfecture de police.
Planque à plombes. Pendule.
Planque à tortorer. Restaurant.
Planque à suif. Tripot.
Planque à sergots. Poste de police.
Planque à larbins. Bureau de placement.
Planquer. Cacher. — Observer. — Mettre de l'argent de côté.
Planquer (Se). Se cacher. — Planquer le marmot, cacher un objet volé.
Planter un acte. Veut dire que le mouvement général et les positions en sont fixés. On dit planter la décoratioJi dams le même sens. (A. Bouchard.)
Planter nn comparse. Le faire grimer, le placer, lui dessiner la marche à suivre et lui donner les indications nécessaires.
{Musée Philipon, Théâtre de Bourgen-Bresse.)
Plantes (User ses). Marcher . beaucoup. Mot à mot : user les ^ plantes de ses pieds.
Plaquer. Quitter. — Remettre quefiqu'un à sa place. Invectiver avec verve sans laisser à l'adversaire le temps de la réplique ; c'est-à-dire appliquer invectives sur invectives, comme on applique plaque sur plaque.
Plaquer. Confondre, interloquer, mettre dans l'impossibilité de répondre , aplatir moralement; c'est le synonyme de coller. — As-tu vu comme je te l'ai plaqué ? il n'a plus soufflé mot.
Plaquer (Se). Se jeter, se précipiter. — Se plaquer dans la limonade^ se jeter à l'eau.
Plat à barbe. Hausse-col d'officier. (L. Larchey.)
Plat du jour. « Il n'est pas de cabaret où il ne se confectionne chaque jour ce que le restaurateur appelle dans son argot un plat du jour, c'est-à-dire un plat humain, possible, semblable à la nourriture que les hommes mariés trouvent chez eux; un plat, enfin, que l'on peut manger sans en mourir. » (Th. de Banville, La Cuisinière poétique.)
Plat d'affiches (Prendre un).
Ne pas avoir de quoi déjeuner, — dans le jargon des ouvriers.
A l'heure du déjeuner, celui qui n'a ni argent, ni crédit, flâne comme une âme en peine et
fait des stations devant les affiches des théâtres.
Plateau. Plat, — dans le jargon des francs-maçons.
Platine (Bonne). Langue bien pendue, loquacité, bavardage.
Plâtre. Argent. — Montre, matière d'argent, — dans le jargon des voleurs.
Plâtre. Pour emplâtre. Mauvais ouvrier typographe, lent au travail.
Plâtre (Être au). Avoir de l'argent, -r L'argent est à la poche ce que le plâtre est à un mur crépi. C'est une figure pour dire que celui qui a de l'argent n'est pas décrépit. Les voleurs ont emprunté cette expression à l'argot des maçons.
Plats à barbe. Grandes oreilles.
Plein comme un œuf. Repu.
— Avoir son plein, être repu
Plein de soupe (Gros). Joufflu.
— Gros réjoui.
Pleurant. Oignon. Il pousse aux larmes ni plus ni moins que certains mélodrames.
Pleut (II). Formule négative pour non, jamais. Voulez-vous me rendre un service? — Il pleut.
Pleut (II). Silence! Attention!
voici du monde, — dans le jargon des typographes. On dit :
« il pleut » pour avertir un camarade de se taire ou de parler d'autre chose, quandle rédacteur en chef, le secrétaire de la rédaction ou un étranger entre à l'imprimerie, et qu'on bêche quelqu'un de la hoUe.
Pleuvoir. Uriner, — dans le jargon des troupiers. Aller pieu-
voîV. Si tu savais comme tu me fais pleuvoir!
Pliant. Couteau de poche, — dans l'ancien argot.
Plier son éventail. Faire des signes d'intelligence aux messieurs de l'orchestre, — dans le jargon des demoiselles de théâtre.
Plis (Des)! Des bêtises! Rengaine de la famille de : « des navets ! des nèfles ! » — Le mot comporte l'idée d'un sous-entendu obscène à l'adresse du sieur podex.
Plomb. Chambre de domestique ; chambre sous les plombs du toit.
Plomb. Gaz délétère ; gaz hydrogène sulfuré qui se dégage des fosses d'aisances.
Plomb. Gosier. — 'Est-ce que c'est ton plomb ou tes pieds qui schelinguent comme ça? — C'est les deux.
Plomb. Syphilis. — Etre au plomb, avoir gagné la syphilis,
— dans le jargon des voyous.
— Manger du plomb, être blessé, tué par une arme à feu. (L.
Larchey.)
Plombe. Heure. Dix plombes se décrochent^ dix heures sonnent.
Plomber. Sonner. —La g'wimbarde ne plombe plus, la pendule ne sonne plus.
Plomber. Communiquer la syphilis. — Etre plombé, avoir du plomb de Vénus dans l'aile.
^ Sentir mauvais, répandre une odeur qui rappelle celle des plombs. — Vlomber du goulot, sentir mauvais de la bouche.
Plongeur. Pauvre, misérable,
— dans le jargon des voleurs. — Laveur de vaisselle, — dans l'argot des hmonadiers et des restaurateurs.
Ployant, Ployé. Portefeuille.
Plue. Butin, — dans l'ancien argot.
Plumade. Paillasse, — dans l'ancien argot. — Et plumarde, aujourd'hui.
Plumard. Lit. Se plumarder, se coucher, se mettre au lit, — dans l'argot du régiment.
Plume. Pince à effraction. — C'est avec cette plume que les voleurs signent leurs noms sur les portes.
Plume. Pelle-racloir dont se servent les maçons pour mêler la chaux, — dans le jargon des maçons.
Plume de Beauce. Paille, — dans l'ancien argot.
Plume (Tailler une). Mordre à pleine bouche au fruit défeiidu, — dans l'argot des filles publiques.
Plumer. Dépouiller un homme dans l'intimité. — Gagner au jeu l'argent d'un imbécile.
L'homme plumé est un pigeon.
Plumes. Cheveux destinés à la hotte, — dans le jargon des chiffonniers.
Plumet (Avoir son). Etre complètement ivre. C'est être complet au point de vue de l'ivresse.
— Pourrait bien être une allusion au plumet des Suisses, réputés, comme on sait, buveurs intrépides. « Je pense que c'était un suisse du quartier, car il avait un plumet. » (Aventures des bals et des bois, 1745.)
Plus (Il n'en faut). C'est vieux, usé. — En voilà assez. — On ne m'y prendra plus. Locution qu'on a mise à toutes les sauces.
— A 6as, les gêneurs, il n'en faut plus. — Comment va votre femme'l
— Il n'en faut plus. — Vous m'avez fait poser deux heures, il n'en faut plus. — Que dit-on de la pièce nouvelle'î — Il n'en faut plus.
Plus souvent. Non, jamais.
Formule négative. — Plus souvent que je lui prêterais de l'argent.
Plus-fine. Guano de provenance humaine.
Pochard. Ivrogne fainéant et ami des plaisirs. M. Fr. Michel le fait venir de poisson, poichon, poçon, mesure de vin. Pourquoi ne viendrait-il pas de pochon, coup, contusion dont la figure de l'ivrogne induré est généralement illustrée ?
Pochards (Le signe de la croix des). « Il consiste à prononcer « Montparnasse » sur la tête, à l'épaule droite « Ménilmonte », à l'épaule gauche « La Courtille », au milieu du ventre « Bagnolet », et dans le creux de l'estomac, trois fois « Lapin sauté. » {Le Sublime.)
Pocharder. Enivrer.
Pocharderie. Etat du pochard ; ivrognerie.
Poche. Apocope de pochard.
« Quand on est poch' on s'en revient
[cliantant. »
(LeDéménag. à la sonnette de bois, chans.)
Pocheté. Imbécile, niais.
Pochon. Contusion à l'œil. — Le pochon marque l'œil, le po-
et le rend
che, le boursoufle, semblable à un œuf poché.
Pocker. — Jeu de cartes d'importation américaine. C'est une sorte de bouillotte, moins vivace que l'autre, et qui se joue à six.
Poêle, Poil. Réprimande. — - Ficher un poêle, un poil, réprimander. «Le patron nous fichera un poêle, si nous ne sommes pas rentrés à quatre heures du matin. » (J. Rousseau, Paris-Dansant.)
Poêle à marrons. Visage grêlé, — dans le jargon du peuple.
Poétraillon. Mauvais poète.
Pogne. Voleur, — dans l'ancien argot.
Pogne, Poigne. Main. — Vigueur. Préfet à poigne, préfet qui montre de la vigueur. — Avoir une bonne poigne, avoir la main solide.
Pognon. Argent de poche. — Pognon secret, économies, argent caché, argent mignon.
Poignard. Vêtement qui revient au tailleur, à la couturière pour être retouché. — Retouche à faire à un vêtement.
Poignarder. Retoucher un vêtement.
Poignée de viande par la figure (Foutre une). Donner un coup de poing sur le visage, appliquer un maître soufflet, — dans le jargon des bouchers.
Poignet (La veuve). Exercice de l'onanisme.
Poigre, Poique. Poète, littérateur, — dans le jargon des voleurs. Le second mot, poique, n'est qu'une déformation moderne du premier.
Poil (Bougre à). Homme courageux, plein d'énergie.
^ Poil (Faire le). Surpasser. — Tromper.
Poil (Tomber sur le). Battre.
— Tomber sur le poil à bras raccourcis exprime le superlatif de l'action.
Poil de sec (Ne pas avoir un).
Eprouver une vive émotion. Allusion à la transpiration qu'une forte émotion procure à certaines personnes.
Poil au 0. (Avoir du). Avoir du courage, de l'énergie, — dans le jargon du peuple.
Poil dans la main (Avoir un).
Etre paresseux, Allusion à un poil imaginaire qui empêche de travailler celui qui en est détenteur. — Avoir un fameux poil dans la main, être très paresseux.
Poils (A). Tout nu. — Se mettre à poils, se déshabiller tout nu, pour entrer au bain, par exemple. — Monter à poils, monter à cheval sans selle.
Point. Pièce d'un franc, — dans le jargon des brocanteurs.
Point-de-côté. Créancier. — Importun. — Agent des mœurs,
— dans le jargon des voleurs et des Ephestions d'égout. Ces derniers désignent, encore, sous ce nom le passant, qui, par sa présence, gêne leur honteux commerce.
Pointe (Avoir sa). Ressentir les premiers elfets de l'ivresse.
— Avoir une pointe de gaieté causée par les préliminaires de l'ivresse.
Pointé, à point (Etre). Avoir
bu jusqu'à la lisière de l'ivresse.
Un verre ou deux de plus, le pointé passe à l'état de soûlot; le soûlot est le têtard du pochard.
Pointeau. Employé qui pointe le temps dans les usines, — en terme d'ouvrier.
Pointu (Bouillon). Clystère.
Poire. Tête, figure. — Tambouriner la poire, porter des coups au visage. — « Il se contentera de vous tambouriner la poire, le cul et les côtes. » {Uart de se conduire dans la société des pauvres bougres.)
Poire (Faire sa). Se faire prier, faire la prude, prendre des airs dédaigneux.
Poireau. Sergent de ville stationnant sur la voie publique.
Poireau (Faire le, Piquer son). Attendre, de planton dans la rue. — Se croiser les bras. — Attendre de l'ouvrage, — dans le jargon du peuple.
Poirette. Figure. Laver la poirette, embrasser, — dans le jargon des voleurs.
Poison. Sale femme, femme malpropre au physique et au moral. — Eh! va donc, poison!
— C'est une poison.
Poisse (La). La crapule, la voyoucratie, — dans le jargon des gommeux, qui ont renvoyé la balle aux voyous.
Poisse. Voleur. Les mains du voleur ont l'adhérence des emplâtres de poix de Bourgogne.
Poissé (Etre). Etre pris, être appréhendé au corps.
Poisser. Voler. — Rattraper, prendre sa revanche, — dans
le jargon des voyous. — Toi^ je fpoisserai!
Poisser (Se). Se griser.
Poisseux. Voyou, — dans le jargon des gommeux.
Poisson. Mesure de vin, cinquième du litre. Il y a le grand et le petit poisson.
Poisson. Souteneur. Il nage dans les eaux de la prostitution.
Poisson d'eau (Changer son).
Uriner.
Poisson souffleur (Faire le).
Fellare. Aspirer la vie à ses sources.
Poitou. Public, — dans le jargon des voleurs.
Poitou. Précautions. — Peine.
— Epargner le poitou, prendre ses précautions.
Poitou. Non; rien; formule négative. Vieux mot argotique remis, depuis peu, en circulation par les rôdeurs de barrière qui en ont fait poiton et poite. — As-tu vingt ronds? — Du poiton.
Poitriner. — Tenir son jeu près de la poitrine pour en dérober la vue à l'adversaire.
« Poitrinez donc ! Vous faites voir vos cartes. » (A. Cavaillé.)
Poivrade. Syphilis. {Le Nouveau Vadé, 1824.) — Poivre a la même signification. Etre au poivre, être atteint de la syphihs.
(Jargon des voyous.)
Poivre. Poisson. M. Fr. Michel donne le mot sans autre explication ; il doit être pris dans le sens de « poisson », mesure de vin, à' ohpoivrier, poivrot f poivre^ mine à poivre.
Poivre. Eau-de-vie. — Un poivre, un verre d'eau-de-vie.
— « De la bière, deux poivres ou un saladier? « (P. Mahalin.)
Poivrement. Paiement , —
Poivrer. Payer, — dans le jargon des voleurs. — Surfaire.
— Falsifier. Poivrer le pive, falsifier le vin.
Poivrer. Communiquer le mal vénérien, donner un bon à toucher chez le docteur Ricord. — Etre poivré, être dans les conditions requises pour obtenir une entrée à l'hôpital du Midi, payer cher un moment de plaisir.
« Toi louve, toi gueuse, qui m'as si bien [poivré, » Que je ne crois jamais en être délivré. » (Saint-Amand.)
Poivreur. Payeur, — dans le jargon des voleurs.
Poivrier, Pqivrot, Poivre.
Ivrogne. — Etre poivre, être soûl. — Le poivrot est arrivé au dernier degré de l'ivresse. Il parle seul, bat la muraille et festonne dans les ruisseaux jusqu'à ce que, à bout de forces, il s'asseye sur un banc ou qu'il s'étale le long d'un trottoir qu'il aura pris pour un banc.
Poivrier (Faire le, Barboter le). Voler un ivrogne. Et la variante plus usitée aujourd'hui :
Cueillir un poivrot, ou, encore, canarder un poivre, allusion au canard barboteur. « A nous trois, nous avons barboté pas mal de poivriers. » (Petit Journal, du 22 juillet 1880.)
Poivrier, mine à poivre. Mauvais débit de vins et liqueurs qui brûlent le palais comme le poivre le plus incandescent.
Poivrière. Route. Comparaison de la poussière au poivre.
Poivrot (Vol au). Vol commis sur la personne d'un ivrogne. — Barboter le poivrot, fouiller un ivrogne pour le voler. — Les barboteurs de poivrots sont des voleurs qui ont la spécialité de dépouiller les ivrognes. — Can- 1er donne poivrier dans le même sens.
Police (Se mettre à la). Se
faire inscrire sur le registre des filles soumises. « Elle donna ensuite dans les employés, dans les commis, quitta le théâtre par paresse et se mit à la police. » (Paris-vivant, La Fille, 1858.)
Polichinelle. Hostie, — dans le jargon des voyous.
Polichinelle. Verre d'eau-devie de la capacité d'un double décilitre, servi sur le comptoir du marchand de vin. « Si mon auguste épouse ne reçoit pas sa trempée ce soir, je veux que ce polichiîielle-lk me serve de poison. » (Gavarni.)
Polichinelle dans le tiroir (Avoir un). Etre enceinte.
Polisseuse de mâts de cocagne en chambre. Prostituée de la famille des carnassiers, à peu de chose près. En latin fellatrix.
Polisson. Faux appas en crin que nos amère-grand'mères ne plaçaient pas sur la gorge.
Polisson. Gentilhomme de la Cour des Miracles. Les polissons jouaient les déguenillés et tâchaient d'inspirer la pitié en grelottant sous leurs haillons.
olka. Photographie, dessin pornographique.
Polonais. Petit fer à repasser les dentelles, — dans le jargon des blanchisseuses.
Pomaquer. Perdre, — dans le jargon des voleurs.
Pommade de cochon. Saindoux.
Pommade (Etre dans la, tomber dans la). Avoir fait de mauvaises affaires. Essuyer une débâcle financière.
Pommade, coup de pommade.
Flatterie. — Jeter de la pommade, llatter.
Pommader. Masquer les crevasses d'un vieux meuble au moyen d'un enduit fait de cire et de gomme laque.
Pommadin. Apprenti coiffeur.
— « Tous des portiers et des lampistes, clama-t-il, et avec cela des gonsesses en soie et des pommadins! » (Huysmans, Marthe.)
Pommard. Bière légère, — dans l'ancien argot.
Pomme à vers. Fromage de Hollande.
Pommes (C'est comme des).
C'est inutile, ce n'est pas nécessaire, — dans l'argot du régiment. Variante : Cest comme des dattes.
Pommes (Aux). Bâte aux pommes. Soigné. — Deux consommateurs, un habitué et un étranger, demandent, dans un café, chacun un bifteck, le premier aux pommes, le second naturel, naaire, dans l'argot des restaurateurs. Le garçon chargé des commandes voie vers les cuisines et s'écrie d'une voix retentissante : <c Deux biftecks, ' dont un aux pommes, soigné! »
Le mot fît fortune. C'est depuis ce jour qu'on dit : « Aux pommes », pour soigné.
Pompage. Sacrifice au dieu de la bouteille.
Pompe. Retouche faite à un vêtement.
Pompe. Botte. — Faire les pompes auprix-courant^ voler des bottes à l'étalage. Le voleur à l'étalage, aussitôt le coup fait, part en courant.
Pompe. Travail suivi, — dans le jargon des typographes. — Avoir de la pompe, avoir beaucoup d'ouvrage pressé à faire.
Pompe. — Officier attaché à l'instruction générale, en terme d'Ecole de Saint-Cyr. « Ils remplissent un peu les'fonctions de pion. » (Saint-Patrice.) — Corps de pompe, les professeurs. — « Ceux qui savent quelques bribes de dessin pochent en quatre traits la caricature du général ou du corps de pompe. » (R.
Maizeroy, Souvenirs d'un Saint- Cyrien, 1880.)
Pompe (Messieurs de la). Employés des pompes funèbres; et, dans le jargon des voyous : les mecs de la pompe.
Pompe aspirante. Soulier dont la semelle est à jour.
Pompe funèbre. Fellatrix.
Prostituée en contravention avec les lois de la nature.
Pomper. Travailler beaucoup, — dans le jargon des typographes. — Boire beaucoup.
Pompette. Légèrement pris de vin. — Etre un peu pompette.
Pompier. — Mélange de vermout et de cassis, boisson très
1 appréciée des voyageurs de . commerce.
I Pompier. — Elève qui se prépare au baccalauréat, — dans
, le jargon du collège. — Ainsi dénommé à cause de la masse des connaissances que ses examens le forcent d'absorber. (A.1banès.)
Pompier. Mouchoir. — Pompier de service, mouchoir très sale.
Pompier. Ouvrier tailleur chargé de retoucher les vêtements. « Il y a la grande et la petite pompe : la grande pour les habits et redingotes, la peitite pour les pantalons et les i gilets. » (R. de Beauvoir, cité ipar L. Larchey.)
1 Pompier. Tapage organisé et
j accompagné de chants, — dans
l'argot de l'Ecole. Piquer un
' pompier, se livrer à une bruyante
I manifestation. (L. Larchev.)
j Pompon. Soldat adonné à
I l'ivrognerie. Celui qui pompe,
I — dans le jargon des troupiers.
j « Le type du vieux pompon de-
' vient rare. » (B'réd. de Reilïen-
berg, La Vie de garnison, d863.)
Pompon (A lui le). A lui la gloire, à lui l'honneur, à lui le premier rang. Sert à désigner une supériorité quelconque.
Ponante, Ponif, Ponifle, Pougniffe. Fille publique de la dernière catégorie, — dans le jargon des voleurs et des voyous.
Poncer le créateur (Se) . Se livrer sur soi-même à une de ces manifestations familières à Diogène. L'expression a été fourbie par feu Grassot du Palais- Royal.
Pondant. Correspondant. Personne chargée par une famille de la remplacer auprès d'un interne de collôge.
Pondeuse (Bonne]. Femme qui a beaucoup d'eniants; femme qui est toujours en état de
grossesse.
Poney. Billet de cinq cents francs, — dans le jargon des
du matin. » (Flévy d'Urville.)
Pontonnier. — Grec habile dans l'art de faire les ponts.
(Argot des joueurs.)
Popote. Cuisine de pauvre et pauvre cuisine. — Faire la popote, se réunir pour faire un maigre repas à frais communs.
Popoter. Faire la popote.
bookmakers. — Avoir gagné son i Porc-épic. Saint-Sacrement, —
poney, avoir gagné cinq cents '^"" '" "" ^ ' ''
francs en pariant aux courses.
Ponte (La). Réunion de joueurs qui jouent contre le banquier au baccarat, au trenteet-quarante.
Ponte (Le). Celui qui joue contre le iDanqu.ier. Tanti punti, tanti coglioni, dit un proverbe italien ; autant de pontes, autant d'imbéciles.
Ponter. Jouer contre la banque. Ponter dur, jouer beaucoup d'argent. Ponter sec, jouer de grosses sommes à intervalles inégaux.
Pontife. Cordonnier. Ce sobriquet date du commencement du xviie siècle et il s'est conservé jusqu'à nos jours. Allusion aux souliers à pont, fort à la mode à cette époque. — Souverain pontife, maître cordonnier.
danb le jargon des voleurs. Allusion aux rayons de métal qui environnent l'hostie. (Fr. Mi- ! chel.)
I Port d'armes (Laisser au).
Quitter le service militaire avant un camarade, — dans l'argot du régiment. Faire attendre et ne pas revenir.
Portanche (Le, La). Portier, portière.
Porte bien (Qui se). Vigoureux, bien appliqué. — Donner un soufflet, un coup de pied qui se porte bien.
Portefeuille. Lit. C'est là que l'homme serre ce qu'il a de plus précieux : sa personne. — S'insinuer, se fourrer dans le portefeuille, se coucher. — « J' souffre moins comme ça, voyezquand j'
vous, parc que , quana j suis étendu dans le portefeuille, je m' sens à tout' minute prêt à
Pontoise (Revenir de). Avoir | '^^^"S'''' " ^^\^^^\''' ^'^^"^" ir bêtement étonné ' /^^' ^^^' '' ^^- '' ^^^^■)
Pontonnière, Pontanniére. ' Portefeuilliste. Ministre. Il a Fille publique qui alfectionne le ' un portefeuille ministériel. « Les voisinage des ponts; fille pu- 1*''^^^ portefeuillistes, M. de Mar
l'air
blique attardée qui prend les ponts de Paris pour des ponts de navire. « La belle va lever sur les ponts... et y fait le quart jusqu'à trois et quatre heures
cère surtout, ont l'air foncièrement satisfaits de leurs maroquins. » (Le Réveil, du 16 décembre 1877.)
Porte-balle. Bossu.
Porte-maillot. Danseuse.
Porte-manteau (Epaules en).
Epaules hautes et plates.
Porte-trèfle. Pantalon.
Porte-pipe. La bouche, — dans le jargon du peuple. — Se rincer le po7^te-pipe, boire.
« Anatole, qui s'était rincé le porte-pipe et qui paraissait disposé à rire. » (Huysmans, Les Sœurs Vatard.)
Porté sur l'article. Amateur du beau sexe. Mot à mot : porté sur l'article femme.
Porté sur la liste des élèves morts. Porté malade, — dans le jargon du régiment.
Porte-mince. Portefeuille.
Porter (En). Etre trompé par sa femme; c'est-à-dire porter des cornes, être coitfé à la manière des maris trompés. — La femme qui trompe son mari, lui en fait porter.
Porter à la peau. Inspirer des désirs amoureux.
Portez! Remettez! Une des expressions les plus usitées dans les régiments de cavalerie. Mot à mot : « Portez sabre! remettez sabre! » Exclamation intraduisible et qui se produit chaque fois que quelqu'un vient de dire une grosse bourde. Cela se prononce en élevant la voix et d'un ton sévère, comme pour le commandement. La même exclamation retentit lorsqu'un cavalier a commis une incongruité plus ou moins bruyante.
Portier, Portière. Cancanier, cancanière; médisant, médisante.
dans le jargon des soldats.
Tomber sur la portion, — c'est-àdire tomber sur la portion de viande, suivre avec empressement une fille publique.
Portrait. Figure. — Crever le j portrait, endommager le portrait, I laisser l'empreinte d'un coup j de poing sur la figure.
i Pose (La faire à la). Chercher I à éblouir la galerie, soit par ses I manières, soit par sa conversa- I tion.
j Poser. Attendre depuis longi temps. — Etre mystifié, — Se j donner de l'importance. — Cher- I cher à faire valoir ses avan- ! tages, soit physiquement, soit i moralement, en prenant une ; attitude étudiée.
Poser pour le torse. Faire ^ des effets de plastron. Quand
on n'est pas très joli garçon, I c'est une manière comme une
autre d'attirer l'attention des
femmes qui, comme Brid'oison,
s'attachent à la forme.
j Poser culotte. Aller aux caj binets inodores.
Poser (Faire). Faire attendre longtemps, faire attendre en j vain. — Mystifier.
! Poser et marcher dedans.
■ S'embrouiller, perdre la tête.
; {Mémoires d'un forçat, i829.) C'est mot à mot : après avoir
! sacrifié à la C'° Lesage, mettre le pied en plein dans l'holocauste.
Poser un lapin. Mystifier, se
moquer du pauvre monde. —
i Poseur de lapins, farceur, mysli-
I ficateur. — « Emile Zola n'est
I pas un naturaliste, c'est-à-dire
Portion. Fille publique, — ' un poseur de lapins. » (E. Ber-
gerat, La Vie moderne, 21 fév.
Poser un lapin. Flouer une femme. Foseur de lapins, homme qui Houe les femmes.
Poses (Faire des). Interposer des cartes préparées dans un jeu loyal.
Poseur, Poseuse. Homme, femme, qui alfecte des allures ou un langage étudié. — Celui, celle qui cherche à produire de l'effet au moyen d'une attitude étudiée. Au théâtre, le poseur fait des effets de torse; il projette sa poitrine sur le devant d'une loge, lorgne avec affectation; au bal, il s'accoude sur le marbre de la cheminée; au Bois de Boulogne, il fait piatter sa monture devant les équipages de luxe; dans la conversation, il récite avec emphase une tirade politique lue, le matin, dans un journal, ou il traite une question d'art étudiée, la veille, dans un livre. — La poseuse fait des effets de toilette.
Position. Malle, — dans le jargon des voleurs, qui, la plupart, n'ont qu'une malle pour tout avoir.
Possédé. Eau-de-vie, — dans le jargon des voleurs.
Poste aux choux. Canot destiné, en rade, au service des provisions, — dans le jargon des marins.
Poste (chasser au). Faire appel à la débauche, du haut d'une fe nôtre.
Postiche. Mensonge; nouvelle invraisemblable. Poser un postiche, mentir.
Postiche. Rassemblement or-
ganisé sur la voie publique par des voleurs dans l'intérêt de leur commerce.
Postiche, Postige. Parade de saltimbanque. Petites scènes jouées en plein air pour attirer le public. Bagatelles de la porte avec accompagnement de soufflets et de coups de pied au cul.
C'est le lever de rideau des artistes forains. — Les saltimbanques donnent encore le nom de postiche ou postige aux exercices qu'ils font sur la voie publique : un tapis percé à jour, quatre pavés pour retenir le tapis, un orgue, un plateau pour la quête, une chaise pour le travail de la dislocation ou des poids pour le travail de force, voilà la scène et la composition du postige.
Postiger. Faire amasser le public, — en terme de camelot et de saltimbanque.
Postillon. Petite pluie de salive dont le postillonneur asperge, bien innocemment, le visage de son interlocuteur.
Postillon. Boulette de mie de pain recelant un billet qu'un détenu lance d'une cour à l'autre, lorsqu'il a quelque communication à faire à un camarade.
— Envoyer le postillon, correspondre entre prisonniers.
Postillon. — Carte servant de point de repère — peut-être vaudrait-il mieux orthographier repaire — pour reconnaître soit le début, soit la fm, soit la reprise d'une passe au baccarat,
— dans le jargon des grecs.
Nommé postillon parce qu'il conduit le char de la fortune sur le tapis vert.
Postillon. Insinuation déplacée. — Faille postillon.
Postillon d'eau chaude. Mécanicien, chauffeur de locomotive. — Infirmier militaire.
Postillonner. Parler en lançant des postillons. — Con^espondre entre détenus au moyen d'une boulette de mie de pain contenant un avis écrit.
Postillonneur. Lanceur de postillons. Un despostillonneurs les plus humides lut P., le journaliste dont on disait: On ne peut l'aborder que le parapluie à la main.
Posture (En). Apothicaire, — dans l'ancien argot.
Pot, Cuiller à pot. Cabriolet.
Pot-bouille. Cuisine sans prétention.
Pot de chambre dans la commode (Avoir laissé le). Avoir l'haleine fétide.
Pot-à-tabac. Personne courte et grosse.
Pot- à-tabac. Agent de la sûreté, — dans le jargon des voleurs. Ils ont longtemps passé au tabac les prévenus. (V. tabac.)
Pot-à-mûigneaux. Chapeau haute forme, — dans le jargon du peuple qui prononce moigneaux pour moineaux.
Pot-au-feu. Creuset de faux monnayeur, — dans l'argot de la pohce.
Pot-au-feu. Casanier, casanière.
Pot (C'est dans le). C'est manqué, c'est raté, en parlant d'un ouvrage, — dans le jargon des couturières. — Les tailleurs
disent, pour exprimer la même idée : C'est dans les bottes.
Potache. Collégien.
Potage à la julienne dans le ruisseau. Chute dans un ruisseau. On fait prendre un potage à la julienne à son adversaire, quand on l'étalé dans le ruisseau. (Jargon des ouvriers.)
Potard. Pharmacien. — Elève pharmacien. — « Un potard qui somnolait, le nez sous des besicles et sur un livre. » (Huysmans, Les Sœurs Vatard.)
Potasse, potasseur. Elève studieux niais inintelligent; élève qui se donne beaucoup de mal sans profit.
Potasser. Préparer, étudier.
Potasser sa colle, préparer son examen.
Potasser. Travailler avec assiduité.
Poteau. Camarade dévoué, — dans le jargon des voleurs.
Poteaux. Jambes engorgées, grosses jambes.
Potée. Litre de vin. —Enfiler sa potée, boire son litre.
Potin. Bavardage où un peu de vérité est mêlé à beaucoup de mensonges; genre de conversation très usitée parmi les portières. — Faire des potins, faire des cancans.
Potin. Bruit, vacarme, -- dans le jargon du peuple. — Faire du potin.
Potiner. Jacasser en altérant la vérité, en se livrant à des débauches de suppositions malveillantes.
Potinier, Potinière. Celui,
celle qui se complaît à bavarder sur les moindres faits et gestes d'autrui, avec accompagnement d'interprétations malveillantes.
Potiron. — Derrière et poturon par altération. Allusion de rotondité. « L' pied m' glisse, et sur 1' poturon j' tombe. »
(Le Parfait catéchisme poissard.)
Potiron roulant. Cabriolet.
Pouce rond (Avoir le). Etre adroit.
Pouchon. Bourse ;pour23oc/ion, poche, — dans l'ancien argot.
Pouf (Faire un). Ne pas payer une dette. — Faiseur de poufs, celui qui a l'habitude de ne pas payer ses dettes. Le faiseur de poufs déménage tous les six mois en laissant dans tous les quartiers des créanciers consternés, jusqu'au jour où quelque escroquerie qualifiée l'envoie sur les bancs de la police correctionnelle.
Pouffiace, Peauffiace. Prostituée sur le retour,
Pouio. Rien, — dans l'ancien argot.
Pouiffe. Argent, — dans l'ancien argot.
Pouilleux. Avare.
Poulainte. Vol par échange.
{Fi\ Michel.)
Poularde. Fille, femme ou veuve plus ou moins entretenue. — « On les appelle poulardes depuis hier, ce qui est plus joli que belles-petites. » {La Vie moderne, du 12 juin 1880.) Jusqu'à présent, ni l'un ni l'autre de ces deux vocables, nés autour d'une table de rédaction, n'a encore dépassé les colonnes
1 de certains journaux; ni l'un ni l'autre ne semble avoir beau- } coup de chance de vitalité.
I Poule d'eau. — Blanchisseuse j qui lave sur un bateau-lavoir en I Seine. — dans le jargon des mariniers.
Poulet d'Inde. Cheval, — dans le jargon des soldats de cavalerie.
Poulailler, Paradis. Les mansardes du théâtre. — Poulailler :
parce que le public des petits théâtres se plaît à imiter parfois les cris de certains animaux et principalement le chant du coq.
i — Paradis : parce qu'on y ] mange beaucoup de pommes, d'après la définition de M. Dumas fils.
Poupée. Soldat, — dans l'ancien argot.
Poupée. Fille pubhque.
Poupée. Chiffon qui entortille un doigt malade.
Poupon, Poupard. Vol bien combiné, préparé à loisir. — Nourrir un poupon, combiner un vol, le soigner comme on soignerait un enfant gâté.
! Pour. Peut-être, — dans le
Pour les bas. Pourboire des filles de maison, qui font de leurs bas une tirelire.
Pousse (La). La police. Mot usité aux xvn® et xviii^ siècles.
Les pousse-culs, les archers lorsqu'ils conduisent en prison.
(Hurtaud, Dict. des homonymes.) — Pousse, agent de l'autorité.
Pousse-au-vice. Mouche cantharide ; allusion aux propriétés
aphrodisiaques de la mouche cantharide.
Pousse-café. Verre d'eau-devie qui suit le café dans l'estomac du consommateur.
Pousse-cailloux. Soldat d'infanterie de ligne. En marchant il pousse les cailloux du chemin.
Pousse-moulin. Eau, — dans
le jargon des voleurs.
Poussée. Ouvrage pressé. 1/ y a de la "poussée.
Pousser sa glaire. Parler.
Pousser un excellent (Se).
Manger l'ordinaire de la prison, qui est loin d'être excellent; mais l'ironie plaît au voleur.
Pousser son rond. Aller à la selle.
Poussette. Action de pousser de l'argent sur le tapis, après coup, — dans l'argot des grecs, joueurs de baccarat, qui ont encore donné à ce procédé le nom de mort. La poussette, quoique très surveillée dans les cercles, est très fréquente. — « Après avoir vu les deux cartes de votre partenaire, comme son point était bon, vous avez, avec le doigt, poussé, en avant de votre masse, cinq francs qui ont doublé votre enjeu. » [Figaro, du l®"" août d878.) — « Le grec pratique également la poussette à la bouillotte, mais seulement quand il fait son reste; s'il voit qu'il a gagné le coup, il lâche dans sa masse une pièce qu'il tenait cachée dans les deux derniers doigts. » (A. Cavaillé.) — La retirette consiste à opérer le mouvement contraire pour retirer tout ou partie de l'argent engagé lorsqu'on a mauvais jeu.
Poussier. Monnaie de cuivre, — dans le jargon des voleurs.
Poussier. Lit, — dans le jargon du peuple; probablement parce qu'il n'est pas fait souvent.
Poussier de mottes. Tabac à priser; par conformité d'aspect.
Pontaniou. Prison des marins.
Faire deux mois de pontaniou.
Pratique. Vaurien. — Mauvais soldat. « Dans un régiment il y a autant de types que de soldats... En commençant par le grenadier modèle jusqu'au militaire qui sera fusillé; ce dernier est connu sous le nom de pratique. » (J. Noriac.) — c Les puritains de la discipline ne voient dans ces hommes ingouvernables (les zéphirs) que des mauvaises têtes; la foule les désigne sous le nom de pratiques. » (A.
Camus.)
Pré, grand pré. Bagne; maison de secours aujourd'hui disparue.
Pré salé. La mer, — dans le jargon des voleurs.
Préfectanche. Préfecture de police. Le preu de la préfectanche, le préfet de police, c'est-àdire le premier de la préfecture de police.
Premier. Chef de rayon, premier commis de rayon dans un magasin de nouveautés. « C'est le premier, qui les enrôle et les congédie (les commis). » (Eug.
Muller, La Boutique du marchand de nouveautés.)
Première. Demoiselle de magasin qui dirige d'autres employées. — Dans les modes les
premières garnissent les chapeaux et font les modèles.
Premier-Paris. Article politique placé en tête d'un journal.
— Chapelet de nouvelles politiques enfilées le plus lourdement possible. C'est le plat de résistance du journal.
Première. Première représentation. Fremière à sensation, première représentation qui a produit un grand etfet. — Le public des premières. — Faire le service d'une première. — La première, la première maîtresse.
Prendre la vache et le veau.
Epouser une fiUe-mère et reconnaître l'enfant.
Prendre des gants. User de ménagements pour faire une observation; se prend ironiquement. — Ne faut-il pas prendre des gants pour lui parler ?
Prendre un rat par la queue.
Couper une bourse, — dans l'ancien argot.
Prendre des temps de Paris.
« Préparer ce que l'on a à dire par une pantomime vive et animée, pour en augmenter l'effet.
— C'est encore sauver son manque de mémoire par une pantomime. C'est Monvel qui, le premier, pour venir en aide à sa mémoire et attendre le souffleur, avait une délicieuse pantomime de petit-maître. Il secouait son jabot, arrangeait ses manchettes, etc. » (V. Couailhac, La Vie de théâtre.)
Prendre du souffleur. Tout attendre du souffleur. Réciter son rôle avec l'aide incessante du souffleur, quand on l'a oublié ou qu'on n'a pas eu le temps de l'apprendre, — dans le jar-
gon du théâtre. C'est-à-dire prendre les mots de la bouche du souffleur.
Prendre le train d'onze heures. Farce de troupiers. Cette farce consiste à administrer à la victime une promenade nocturne dans son lit, lequel est traîné par de facétieux voi-sins au moyen de cordes à fourrages. Cette brimade a encore reçu le nom de « rouler en chemin de fer ». Le soldat qui a fait suisse est sûr qu'il prendra le train d'onze heures; mais il n'y a qu'un bleu, un conscrit, qui, ignorant les usages du régiment, puisse commettre un si grand délit.
Prends garde de t' enrhumer!
Plaisanterie de voyou faite à une personne qui sacrifie à Domange en plein air.
Prends garde de casser le verre de ta montre ! Apostrophe à l'adresse de quelqu'un qui vient de tomber pile.
Prends garde de le perdre !
Voilà une chance, une bonne aubaine qui ne t'arrivera pas.
« Si du moins cette chute -là pouvait nous faire mettre en répétition? — Prends garde de le perdre ! c'est la pièce de R... qui va passer. » {Paris à vol de canard.)
Prends garde de te décrocher la fressure ! Ne marche pas si vite. Se dit par ironie en parlant à quelqu'un qui lambine, qui marche très lentement.
Presse (Etre sous). N'être pas visible pour cause de travail professionnel, — dans le jargon des filles de maison.
Prêt. Avance d'argent, du soldat.
•Paye
Prêt. Argent qu'une fille publique donne à son souteneur.
Preu. Premier. Le 'preu dans un atelier est le meilleur ouvrier de l'atelier. — Premier étage. -— « Tiens! v'ià 1' bijoutier du n» 10 qui n' s'embête pas, lui; il vous a loué tout son preu. » fH. Monnier, Scèneî populaires.)
Preu (Faire le). Donner une avance, — dans le jargon des peintres en bâtiment. Preu pour prêt. — Est-ce aujourd'hui que le pâte fait le preu ?
Prévôt. Chef de chambrée dans une prison.
Priante. Eglise. Messe.
Principauté. Gale. (Fr. Michel.) Jeu de mots sur principauté de Galles. {Ancien argot.)
Prise. Mauvaise odeur. — Prendre une prise, une fameuse prise, respirer une mauvaise odeur, être suffoqué par des émanations fétides.
Prison de Saint-Crépin. Chaussure trop juste.
Problème. Chaîne de montre tenant au gilet, — dans le jargon des Ecoles. En effet, un pareil luxe est un problème qui ferait croire à la fermeture des Monts-dc-Piété.
Produisante (La). La terre.
Profonde. Poche. Elle est souvent d'autant plus profonde qu'il n'y a rien dedans.
Prolonge. Permission de minuit, — dans l'argot de l'Ecole Polytechnique.
Promont. Procès. — Promoncerie, procédure.
Pronier, Pronière. Père , mère,
— dans l'ancien argot.
Propre (Etre). Etre impliqué dans une mauvaise affaire.
Proprio. Propriétaire. —«Et comme je n'aime pas les proprios. » {Le Sans-culotte, 1879.)
Prose, Prouas, Proye. Derrière. — Filer du prouas si gniile filer l'amarre de proue. Les latrines des matelots sur les navires à voiles sont à la proue, d'où filer duproye, ou du câble de proue pour aller à la selle. — On dit vulgairement faire des cordes. Le mot date de loin. Aristophane l'a employé et, dans ses comédies traduites en latin par M. Artaud, il fait dire à un personnage depuis longtemps en fonction : * At tu funem cacas ».
Prote à tablier. Prote qui, outre ses fonctions, lève la lettre comme les autres compositeurs d'imprimerie.
Prout! Ça m'est bien égal.
Proute. Plainte. — Prouteur^ prow^ewse, plaignant, plaignante.
— Proutcr, se plaindre, — dans Fancien argot.
Prudhomme. Personnage sententieux, solennel et bête à la fois; type créé par Henri Monnier. Joseph Prudhomme professeur en fait d'écritures, élève de Brard et Saint-Omer, expert assermenté près les Cours et Tribunaux, ancien propriétaire des anciens terrains de l'ancien Tivoli, ainsi qu'il s'annonce luimême. — Le père des deux phrases célèbres : « Ce sabre est le plus beau jour de ma vie. —
« Le cliar de l'Etat navigue sur un volcan. »
Prudhommesque. A la manière de M. Prudhomme, dans le genre de Prudhomme.
Prune, pruneau. Balle. Recevoir un pruneau.
Prune de Monsieur. Boulet de canon.
Pruneau. Excrément humain.
Poser son pruneau, sacrifier à Lesage. Allusion à la couleur et à l'aspect des pruneaux desséchés, lorsque le temps et l'air ont passé par là. Variante : Déposer sa pêche.
Pruneau. Chique; boulette de tabac que les soldats, les marins et nombre d'ouvriers promènent de l'une à l'autre joue. La chique *a la couleur du pruneau, de là le surnom. — Passe-moi ton pruneau, fai avalé le mien. — « Surtout retire le pruneau. » (A. Camus.)
Pruneau. Œil.
Prunes (Mangeur de). Tailleur.
Prunot. Débit de liqueurs doublé d'un débit de tabac tenu par de belles filles. « Ce n'est ni un café, ni un estaminet, ni un débit de tabac, ni une boutique de marchand de vin... C'est un buffet, un prunot^ un chinois.
C'etjt tout à la fois, et café, et estaminet, et débit de tabac. »
{Les Etudiants et les femmes du quartier Latin en 1860.)
Prusse (Travailler pour le roi
de). Travailler pour rien. — Faire un travail qui ne sera pas payé.
Prussien. Derrière. — Exhiber son prussien, se sauver au moment du danger.
Puant. Hautain, dédaigneux, rempli de fatuité et de sot orgueil.
Public de bois. Public mal disposé, — dans le jargon des comédiens.
Puce travailleuse. Femme qui en impose matériellement à son sexe.
Puce (Avoir la). Avoir l'éveil, se tenir sur ses gardes, — dan.<î le jargon des voleurs. C'est mot à mot : avoir la puce à l'oreille, — La rousse a la puce.
Puces (Secouer les). Battre.
Mot à mot : faire tomber les puces à quelqu'un à grands coups de poing.
Puer au nez. Etre insupportable; causer une profonde antipathie.
Puer bon. Sentir bon. Avoir des odeurs sur soi, — dans le jargOQ du peuple. « C'est puir que sentir bon. » (Montaigne.) Puir est la forme primitive de puer.
Puf f . Réclame exagérée ; charlatanisme.
Puffiste. Charlatan, faiseur de réclames extravagantes.
Pulvériser (Se la). Synonyme de se la briser, se déguiser en cerf, jouer la fille de l'air, se travestir en chamois, s'esbigner, se débiner, se cavaler, démarrer, se mettre une gamelle, etc., etc.
Punaise. Sale femme; sale fille publique.
Punaise de boutique. Ecusson royal placé à la devanture des boutiques des fournisseurs de Sa Majesté Charles X ou de sa famille. « On abattit d'une drôle de manière les punaises de boutiques... c'est les tleurs de lis. » [LesFarces et les bamboches populaires de Mayeux, 1831.)
Punaisiére. Café borgne. (A.
Delvau.)
Pur. Républicain qui ne transige pas avec ses opinions. Républicain de vieille date.
Purée. Cidre. Absinthe. Une purée^ un verre d'absinthe.
Purée. Misère, — dans le jargon des voyous qui, pour en dé-
signer l'étiage, disent tantôt cZio?
de purée et tantôt vingt-cinq^ de •purée. Etre dans la purée, être dans la misère.
Purée de pois. Absinthe; allusion de couleur. — Garçon, deux purées de pois ! Par abréviation : purée.
Purger la vaisselle. Faire les sauces claires et mauvaises.
« P't'ôt' ben que je purgerais encore la vaisselle. » (Mars et Raban, Les Cuisinières, 1837.)
Purotin. Misérable, — dans le
Purgation. Plaidoyer.
Putain comme chausson. Très dévergondée.
Quai Jammapes (Avoir l'air).
Avoir l'air d'un imbécile. C'est un synonyme décent d'un mot ordurier en trois lettres dont la première est un G. et la dernière n'est pas un L.
Quand est-ce (Le) ? Bienvenue que doit payer un ouvrier embauché dans un atelier. Mot à mot : Quand est-ce que tu payes ta bienvenue?
Quand les poules pisseront.
Jainais.
Quarante métiers, cinquante malheurs. Locution dont on se sert en parlant d'un individu qui aentreprisplusieurs métiers et qui n'a réussi dans aucun.
Quart d'agent de change. As-
socié d'agent de change. — N'aurait-il qu'un dixième de part dans la charge, c'est toujours un quart d'agent de change.
Quart d'auteur. Collaborateur de naissance, celui qui n'a jamais fait une pièce à lui seul.
Collaborateur qui fait... les courses, et ce n'est pas le moins utile quelquefois, ni celui qui a le moins d'esprit.
Quart de marqué. Semaine, — dans le jargon des voleurs.
Quart d'oeil. Surnom attribué autrefoispar les voleurs au commissaire de police. Aujourd'hui les voyous et leurs modèles les voleurs donnentindistinctement ce nom aux commissaires de
police et aux sergents de ville.
Un élymologiste de la petite Roquette que nous avons consuUé nous a affirmé que ce sobriquet leur avait été inspiré par les allures de ces agents de l'autorité, qui les guettent en tapinois et ne montrent que le quart de l'œiJ.
Quart (Battre son, faire son).
Aller et venir d'un trottoir à l'autre, à l'exemple de Diogène qui cherchait un homme. Les filles de maison font à tour de rôle, pendant quinze minutes, le quart devant leur porte, comme des sentinelles. Mot à mot : faire le quart d'heure.
Quartier. Quartier Latin, quartier des Ecoles, — dans le jargon des étudiants. — Aller au quartier. — Femme du quartier, femme qui habite le quartier Latin pour j étudier, sur le vif, l'étudiant; ce qui lui permet d'être restaurée chez Petiau, désaltérée à la Source, amusée chez Bullier et couchée un peu partout.
Quartier gras. Quartier d'un bon rapport pour les chiffonniers. — Quartier maigre, quartier qui rapporte peu à la hotte, — dans le jargon des chiffonniers.
Quatre-vingt-dix. Loterie foraine à lots de poicelaine. Elle' se tire au moyen d'une grande roue munie de 90 numéros ; j d'oîi le nom de quatre-vingt-dix. \
Quatre-arpents. Cimetière.
{L'Intérieur des prisons, 1846.)
Quatrième cantine. Salle de police, — dans le jargon des soldats de cavalerie. Il y a trois I
cantines dans les régiments de cavalerie. J||
Quatuor. Quatre d'un jeu de ■ dominos. Les joueurs mélomanes ne manquent pas de dire :
Quatuor de Beethoven.
Quelque part (Aller). Aller sacrifier à Richer, — dans le jargon des petites filles.
Quenotier. Dentiste, — dans l'ancien argot. Aujourd'hui les voyous le nomment : Estourbisseur de clous de girofle, de chicots.
Queue. La suite d'un parti politique, les figurants exaltés d'un parti, ceux qui le compromettent.
Queue (Faire une). Pour une
femme, c'est tromper son mari ou son amant, par hasard. — Faire des queues, tromper son mari ou son amant par habitude. — Pour un homme marié ou en puissance de maîtresse, c'est courir les filles.
Queue (Faire la). Tromper en matière de payement.
Queue de morue. — Habit.
« Il donna un coup de poing dans son tuyau de poêle, jeta son habit à queue de morue, et jura sur son âme qu'il ne le remettrait de sa vie. » (Th. Gautier, Les Jeunes Finance.)
Queue de la poêle (Tenir la).
Avoir la responsabilité d'une afiaire. A\oirla direction d'une maison.
Quibus. Argent. — «V'ià qu'un jour que le quibus répondait à l'appel, je dis à Manon la noceuse... » (Charrin, Unenuittachique, chans.)
Qui va là! (Donner le). Délivrer un passe-port. — Exhiber un passe-port.
Quiller. — Remettre à leurs places respectives les quilles abattues au jeu de la poule, au billard. Quillez donc, vous autres!
Chacun son tour de quiller.
Quiller. — Eprouver des désirs amoureux.
Quilles. Jambes, — dans le jargon des gens pour qui la tête est une boule. — Jouer des quilles, décamper. — « Inutile de jouer des quilles, mon vieux. »
(X. de Montépin, Le Fiacre, n" 13.)
Quimper la lance. Uriner.
Quinquets. Yeux. Allumer ses quinquets, regarder.
Quinte mangeuse. Quinte majeure, au jeu de piquet, — dans le jargon des ouvriers. Quinte mangeuse portant son point dans les vitriers, quinte majeure à carreau.
Quinte major. Souftlet bien appliqué; allusion à la quinte majeure. « Je suis bien tenté de te bailler une quinte major, en présence de tes parents. » (Molière, La Jalousie du barbouillé, scène v. — 1663.)
Quinte , quatorze et le point.
Gros lot embarrassant gagné à la loterie de Cytbère.
Quinze cents francs. Volontaire d'un an. Tl paie quinze cents francs pour son année;
tandis que les autres, les volontaires de cinq ans, ne paient rien du tout; ce qui n'est pas précisément correct au point de vue démocratique.
Quinze ans et pas de corset.
C'est une insinuation féminine qui voudrait dire : Jeune et solide de la ceinture en haut, et que les gens d'expérience traduisent par: ni jeune ni solide.
Quipe. Homme d'équipe, — dans le jargon des employés des chemins de fer.
Quiqui. Poulet et, en général, toute sorte de volaille, — dans le jargon des chiffonniers. — Par extension tout ce qu'ils trouvent bon pour leur casserole ou pour celle du gargotier, morceaux de choix tels que : épaves de pâtés, restes de poissons, manche de gigot encore fourni de viande, etc.
Quoniam. Quoniam bonus.
Gros imbécile. Au xyiip siècle on se servait du mot quoniam pour désigner le sexe d'uae femme. — Le quoniam bonus dans le sens d'imbécile, n'est qu'un augmentatif d'un mot en trois lettres à peu près semblable.
Quoquante. Armoire, — dans le jargon des voleurs.
Ququard. Arbre, — dans le même jargon.
Ququeret. Rideau, — dans l'ancien argot.
iâ.
Rabateux, Doubleur de sorgue. Voleur de nuit, à l'époque où les voleurs de nuit formaient une catégorie. Aujourd'hui, ils volent de nuit et de jour, quand ils peuvent.
Rabatteuse. Entremetteuse.
Elle va à la chasse pour le compte de la débauche et rabat le gibier humain.
Rabiau. Convalescent qui se plaît à donner ses soins à des camarades d'hôpital, comme M. Jourdain donnait des étoiles à ses amis.
Rabiau, Rabiot. Résidu, restes de vin ou de soupe, — dans le jargon des troupiers. — Prolongation de service militaire ; durée d'une condamnation dans une compagnie de discipline. — Faire durabiau. Ce mot, qui, aujourd'hui, s'applique à tout ce qui comporte l'idée de « supplément, excédant », a servi primitivement à désigner la distribution du second quart de café faite aux soldats, distribution de faveur.
Rabiauter. Manger et boire les restes des autres, — dans le jargon des troupiers.
Rabiboobage. Réconciliation, — dans le jargon des enfants.
Rabibocher. Réparer. — Se rabibocher, se réconcilier entre enfants.
Rabonin. Le diable.
Rabouler. Retourner, rentrer, revenir.
Racaille. Canaille. C'est un dérivé du « raca » biblique. Tu ne diras pas à ton frère « raca », recommande la Bible.
Raccourcir. Guillotiner. Le mot date de la première République française, époque où l'on vit la guillotine s'élever à la hauteur d'une institution. — Dans un rapport adressé au Directoire par le conventionnel Dumont de la Sarthe, on lit :
« J'ai fait lier, incarcérer le partisan de Louis le raccourci. »
Rachevage. Individu dépravé ; celui qui fait une besogne malpropre; celui qui fait, dit ou écrit des obscénités.
Rachevage (Faire son). Ramasser les résidus de l'anderlique, c'est-à-dire ce qui n'a pas pu passer par la pompe à soufflet, lorsqu'on vide une fosse d'aisances, — dans le langage des vidangeurs. {Le Sublime.)
Racines de buis. Dents blondes et déchaussées, les cousines germaines des clous de girofle.
Racler. Respirer. « Nous plaçons la vieille sous des fagots. — « Elle racle encore, fît ma mai- m tresse. » (Gazette des Tribunaux, n^ du 27 septembre 1877.)
Racler du fromage. Jouer du violon. Râcleur de fromage y rd-
cleur de boyaux, mauvais joueur de violon.
Raclette. Ramoneur. — Agent de police.
Racontar. Racontage. — Bavardage imprimé dans un journal.
Rade, Radeau, Radin. Tiroir.
— Comptoir de marchand, —
Radio. Radical, par apocope.
— « Que que t'as donc fait, pour qu'on te foute 500 livres sur la daube ! t'as un peu emmiellé le radio. » (Le ^etit Badinguet.)
Radicaille. Parti radical.
Terme de mépris dont le superlatif est radicanaille. C'est plaisir à voir comme les hommes politiques d'opinions différentes se jettent à la tête les épithètes de vaticanaille, radicanaille, républicoquin, badingueusard, et autres aménités.
Radin. Gousset. — Badin fleuri, gousset garni, — dans le jargon des voleurs.
Radiner. Rentrer, revenir, retourner. — « Le cousin Gustave qui radine de la Nouvelle- Calédo, me dit que là-bas, la veille du jour de l'an, on se marie. » {Le père Duchéne, 1879.)
— « Les badingredins annoncent toujours que leur gosse va radiner. » {Le Sans-Culotte, iSl 9.)
— Radiner à la condition, rentrer à la maison. Radiner est sans doute une déformation du verbe rabziner qui, dans le patois picard, a la même signitîcaiion.
Radis noir. Prêtre, — dans le jargon des ouvriers.
Radis (N'avoir plus un). N'avoir plus le sou.
Rafale. Misère. La rafale souffle dur.
Rafale. Pauvre, misérable, mal vêtu; celui qui subit les coups de vent de la misère.
Rafalement. Honte, humiliation; pauvreté sans dignité.
Rafaler. Humilier; rendre misérable.
Rafistoler. Donner une tournure présentable à un vieux vêtement de prix. On rafistole des dentelles, un châle, on rapiote une vieille culotte.
Rafraîchir d'un coup de sabre
(Se). Se battre en duel au sabre,
— dans le jargon des troupiers.
Rafraîchir les barres (Se).
Boire, — dans le jargon des soldats de cavalerie qui disent encore: se rincer les barres.
Raffurer. Regagner, — dans le jargon des voleurs.
Rage de dents. Grand appétit, faim canine.
Ragot. Conte en l'air, bavardage. — Faire du ragot, des ragots, tenir des propos de commère.
Ragougnasse. — Mauvais ragoût, et, par extension, tout objet de très peu de valeur. C'est de la ragougnasse.
Ragoût. — Peinture vigoureuse, peinture en pleine pâte,
— dans le jargon des peintres.
Ragoût de poitrine. Seins. — Avoir du ragoût de poitrine sur l'estomac.
Ragoût (Faire du). Eveiller les soupçons. « Ne fais pas de
ragoût sur ton dab. » N'éveille pas les soupçons sur ton maître.
(Balzac.)
Raide. Eau-de-vie de qualité inférieure.
Raide comme la justice. Ivre.
Celui qui est raide comme la justice a la conscience de sa position; il marche vite, seul ordinairement, se redresse et fait tous ses efforts pour ne pas zigzaguer.
Raide comme balle. Rapidement. Filer raide comme balle, marcher très vite.
Raille. Police, agent de police. — Espion; de rascal, rascalïon, coquin, en anglais.
Raisiné. Sang, — dans le jargon des voleurs. — Faire du raisiné, avoir un saignement de nez. — Faire couler le sang.
Raisiné, Raisin. Sang; forme nouvelle de raisiné, qui n'était lui-même qu'une allusion de couleur entre le sang et le vin, raisiné, jus du raisin. — Il a de la raisiné à sa pelure, il a du sang sur son habit. — Faudra travailler au surin. — Merci,]' aime pas le raisin.
Râleur, Râleuse. Celui, celle qui marchande sans rien acheter, ou qui achète après avoir longtemps marchandé et obtenu une forte diminution.
Râleur, Râleuse. Menteur, menteuse ; trompeur, trompeuse, — dans le jargon des marchands juifs.
Râleuse. Femme du Temple chargée d'attirer le client dans un magasin. C'est un diminutif de racoleuse.
Râler. Tromper, mentir, — dans le jargon des marchands juifs.
Rama. Syllabes placées à la fin d'un mot pour lui donner un cachet bizarre. (V. Le père Goriot de Balzac.) Le café devient le caférama, la viande, la viandorama ; le bœuf, le bœuforama. Remplacé, depuis, par les désinences , plus euphoniques, mar, muche et mince,
Ramamichage. Réconciliation entre enfants. — Ramamicher, favoriser une réconciliation. Se ramamicher, se réconcilier.
Ramasser. Arrêter sur la voie publique ; appréhender au corps.
Se faire ramasser, se faire arrêter sur la voie publique, dans un bal pubHc. Se dit principalement en parlant des ivrognes et des tapageurs.
Ramasser (Se). — Conclure, résumer, — dans le jargon du peuple. — Ramasse-toi, voilà une heure que tu bafouilles.
Ramasser un bidon. Se sauver et, principalement, s'évader, — dans le jargon des voleurs; synonyme de se mettre une gamelle.
Ramastiquer. Ramasser.
Ramastiqueur. Filou qui vend à une dupe, comme étant de l'or, un bijou en imitation, soidisant trouvé sur la voie publique.
Ramastiqueur d'orphelins.
Négociant qui ramasse les bouts de cigarettes, les bouts de cigares.
Rambiner. — Raccommoder, ressemeler. « Tout le monde
Bait que son père rambinait les croknaux. » {Tam-Tam, du 2 juin
Rambuteau. Urinoir public en forme de minaret. Gracieuse attention de l'ancien préfet de la Seine, M. de Rambuteau, qui a attaché son nom à ces utiles guérites à dôme, aujourd'hui, en partie, remplacées par les cuirassés.
Ramener. Garnir tant bien que mal le sommet du crâne avec quelques rares mèches de cheveux empruntées à la nuque.
C'est ce qu'Alphonse Karr appelle : « En emprunter un qui vaut dix ».
Rameneur. Vieux-beau qui ramène sur le sommet de sa tête, sur les tempes, deux ou trois mèches de cheveux qui s'égarent sur sa nuque.
Rameneuse. Fille, femme ou veuve qui n'aime pas rentrer seule chez elle, le soir, pour une cause quelconque.
Ramolli Imbécile ; hébété ; abruti. Celui dont l'intelligence est atrophiée par suite d'excès, celui dont le cerveau est ramolli.
Le jeu et les femmes contribuent à faire des ramollis. — Tas de ramollis !
Ramonage. Rabâchage, murmures réitérés.
Ramoner. Marmotter; rabâcher.
Ramoner, Ramoner la cheminée. Administrer un purgatif. — Recourir au dieu Mercure à l'état de deutochlorure pour guérir les blessures faites par Vénus.
Ramoner. Confesser, .— dans
l'argot des congréganistcs ; c'està-dire : ramoner la conscience.
Ramor. Ane, imbécile, — dans le jargon des marchands juifs.
Rampo. Coup nul au jeu de billes, aux quilles, et, en général, à tous les jeux d'enfants
Ramser. Raccrocher, — dans l'argot des filles. Pour ramasser.
Ranger. Mettre en pâte, par ironie. « Lorsqu'un homme de conscience laisse échapper de ses mains un compartiment de casse, un paquet de distribution ou tout autre objet, les compagnons charitables ne manquent pas de s'écrier en appuyant sur le dernier mot : Ce n'est rien, c'est la conscience qui range ».
(Boutmy.)
Ranger des voitures (Se). Se retirer du monde des plaisirs.
On dit encore : se retirer de la circulation. Cette dernière expression signifie également se marier.
Rapapiotage. Réconciliation.
— Rapapioter, réconcilier. Hapapioteur^ rapapioteuse, celui, celle, par l'entremise de qui s'est faite une réconciliation.
Râpe. Dos et, principalemenl , dos de bossu, dos bombé en forme de râpe.
Râpé comme la Hollande.
Très minable. Allusion au fromage de Hollande râpé.
Râper. Chanter. (L. Larchey.) Et , principalement , chanter d'une manière monotone, ou chanter une chanson idiote, une chanson qui rappelle le bruit de la râpe.
Rapiat. Rapace. Le rapiat
n'est pas précisément un voleur.
11 aime l'argent, il ne néglige aucune occasion d'en gagner.
Pour lui, il n'y a pas de petits profits. A la rapacité, il joint ordinairement Tavarice ; c'est alors le plus beau spécimen du genre, le superlatif de rat.
Rapide (Le). Train rapide sur les grandes lignes de chemins de fer. Le rapide marche un peu plus vite qneVexpress, sans plus d'accidents que les trains de banlieue.
Rapiot. Rapiécetage, ravau-
Rapioter. Repriser, rapiécer, raccommoder, — dans le jargon des marchands fripiers et des savetiers.
Rapioter. Fouiller un condamné, — dans le jargon des voleurs. Autrefois le mot s'appliquait à la visite pratiquée sur les condamnés en partance pour Toulon, Brest et Rochefort.
— Le grand rapiot^ c'était la visite préliminaire qu'on pratiquait sur les condamnés qui, à leur sortie de Bicêtre, étaient dirigés sur les bagnes.
Rapioteur, Rapioteuse. Rac-
commodeur, raccommodeuse de vieilles bardes. « Georges Cadoudal, avant son arrestation, avait trouvé asile chez une jeune rapioteuse du Temple . » (F.
Mornand, La Vie de Paris.)
Rapointi. Maladroit. —Souffre-plaisir des émigrés de Gomorrhey — dans le jargon des ouvriers du fer; par réminiscence des déchets de fer nommés rapointis de ferraille.
Rappliquer. Retourner, reve-
nir, rentrer. Rappliquer à la taule, rentrer à la maison.
Raser. Ennuyer. — Railler. — Ruiner, « Elle s'est essavée sur le sieur Hulot qu'elle a"' plumé net, oh ! plumé, ce qui s'appelle rasé.» (Balzac, La Cousine Bette.)
Raser. Blaguer, conter des bourdes, — dans l'argot des marins.
Raser. Enlever à ses camarades une vente, faire une vente au préjudice d'un camarade, — dans le jargon des commis de lanouveauté. C'est une variante moderne de faire la barbe.
Raseur. Commis en nouveautés qui procède comme il est indiqué ci-dessus.
Raseur, Rasoir. Bavard, importun, ennuyeux personnage qui vous tanne, qui produit sur les nerfs l'effet que produit sur la peau un rasoir ébréché.
Raseuse. La femelle du r;'.seur. — Femme qui importune ses anciens amants par des demandes incessantes d'argent.
Rasoir de la cigogne. Guillotine. La variante est : Rasoir à Roch. M. Roch était encore en i 879 l'exécuteur des hautes œuvres.
Rasoir (Main, Banque). Main qui, à la faveur d'une interminable série de coups heureux, enlève l'argent des pontes ou celui du banquier comme un bon rasoir enlève le poil. — « Les banques rasoirs, comme il les appelait, tombaient toujours entre les mêmes mains. »
(Vast-Ricouard, Le Tripot.)
Rasoir (Faire). N'avoir plus un sou. « Car tu n'as rien, ça
fait rasoir. » {Riche en gueule ou le nouveau Yadé, 4824.)
Raspail. Liqueur au camphre fabriquée d'après la recette de Raspail.
Rassis. Gâteau rassis, pâtisserie de la veille. Les rassis se vendent au rabais, le quart, environ, de la pâtisserie du jour; quelquefois le même prix; alors l'acheteur est volé.
Rastaquère. Etranger et principalement Brésilien en toilette riche et de mauvais goût, — dans le jargon des boulevardiers. — « Il y avait à côté d'elle un gros monsieur, à cravate voyante, avec des gants de peau de chien extravagants, et couvert de bijoux. Ses cheveux noir-bleu frisaient sous un chapeau gris qui faisait paraître encore plus basanée la figure de son possesseur. C'était un rastaquère de la plus belle eau. »
(Vicomte Richard, Les Femmes des autres.)
Rat. Retardataire, par apocope, — dans le jargon de l'Ecole Polytechnique. On est rat, lorsqu'on a raté (manqué) l'heure de la rentrée.
Rat, Raton. Petit voleur, voleur de petite taille, enfant dressé au voi. C'est le rapin du voleur. L'exiguïté de sa taille le rend très utile dans certaines expéditions. Elle lui permet de se faufiler par les toits de cheminées, et de frayer la route aux filous de toutes les tailles.
Rat. Avare. Parce qu'à l'exemple du rongeur de ce nom il rogne tout ce qu'il peut.
Rat. Apprentie danseuse à l'Opéra. — « Le vrai rat, en
leur langage, est une petite fille de sept à quatorze ans, élève de la danse, qui porte des souliers usés par les autres, des châles déteints, des chapeaux couleur de suie, se chaufie à la fumée des quinquets, a du pain dans ses poches et demande dix sous pour acheter des bonbons. »
(N. Roqueplan.)
Rat de prison. Avocat.
Rat (Courir le). Voler la nuit, dans les maisons meublées, dans les hôtels garnis.
Rata. C'est le ragoût servi aux troupiers les jeudis et les dimanches; pour ratatouille, mauvais ragoût. Rata aux pommes, ragoût aux pommes de terre que les restaurateurs des grands boulevards appellent pompeusement : « Unnavarin », et qu'ils font payer en conséquence.
Ratafia de grenouilles. Eau, — dans le jargon des ivrognes.
Ratapiaule. Raclée. — « Evidemment la perspective d'une ratapiaule vous fera ch...ance- 1er dans vos calintes. » {Uart de se conduire dans la société des pauvres bougres.)
Ratapoil. Type du vieux soldat du premier Empire. — Vieux soldat qui a conservé le culte des Napoléon et perdu, le plus souvent, au moins un membre.
Ratatout. Atout redoublé.
Jouer cœur atout, et ratatout.
Râteau. Agent de police, — dans le jargon des camelots.
Râteau (Faire son, faire du).
Faire, comme punition, un service supplémentaire à l'expiration des vingt-huit jours que,
chaque année , les réservistes doivent à l'Etat, — dans le jargon des soldats de la réserve.
C'est la variante de faire du rabiau.
Ratiboisé. Ruiné. « J'ai fait faillite comme un vrai commerçant; ratiboisé, ma chère. »
(Huysmans, Marthe.)
Ratiche. Eglise, — dans le jargon dos voleurs. — Blaireau de ratiche^ goupillon. — Calot à blaireau, donneur d'eau hénite ; calot est pour calotin.
Ratichon. Peigne. Le peigne a la forme d'un râteau, et c'est en eflet le râteau de ce gazon qu'on nomme la chevelure.
Ratichonner. Peigner.
Ratichonniére. Communauté
religieuse.
Ratissé. Joueur qui a perdu son argent au jeu. Celui dont la poche a été ratissée par le râteau du croupier. Etre ratissé iusqu'au dernier sou. La variante est : Ratiboisé.
Ratisser. Gagner tout l'argent de quelqu'un au jeu, le dépouiller, le laisser sans un sou. «Ma dame Zéphyrin qui les ratissait i chaque fois. »> (Vast-Ricouard, Le Tripot.)
Ratisseuse de colabres (La).
La guillotine. Mot à mot : celle qui ratisse les cous.
Rats (Avoir des). Etre de mauvaise humeur, — dans le jargon du peuple.
Rattrapage. Compensation.
Ravager. Voler du linge dans un lavoir public.
Ravageur. Voleur de linge
dans un lavoir public, sur les bateaux-lavoirs.
Ravageur. Ramasseur d'épaves rojetées par la Seine. Autrefois, lorsque les rues de Paris n'avaient qu'un seul ruisseau au milieu, les ravageurs y exerçaient leur industrie, principament les jours de pluie.
Ravaudage (Faire du). Courtiser toutes les femmes indistinctement, courir de l'une à l'autre, dans l'espoir d'en trouver une de sensible. {Jargon des bals publics.)
Raverta. Domestique, — dans le jargon des marchands juifs.
Il ne faut pas dabérer devant les ravertaSy il ne faut rien dire devant les domestiques.
Ravignole. Récidive.
Rayon de mieL Dentelle, — dans le jargon des voleurs.
Rayon sur l'œil. Marque sur l'œil d'un maître coup de poing.
C'est le rayon des trente-six chandelles.
Raze, Ratichon. Prêtre. C'està-dire rasé, ratissé. Le visage du prêtre est rasé, — dans le jarj gon des voleurs.
Raze pour l'af. Acteur, dans le même jargon ; c'est-à-dire rasé pour faire rire.
Réac. Réactionnaire. Le réactionnaire de 1848 est devenu le conservateur de 1876.
Rebâtir. Tuer, — dans l'ancien argot des voleurs. Par altération de rabatir, pour rabattre, verbe que les matois ont disloqué comme la plupart des mots de leur langue.
Rébecca. Répondeuse, — dans
le jargon du peuple. — Voyez un peu cette Bébecca, si elle taira son bec ! Dérivé de rebéquer.
Rébectage. Médecine, — dans le jargon des voleurs.
Rébectage. Cour de Cassation.
C'est pour le voleur une médecine (|ui peut atténuer l'elfet du jugement.
Rebecter (Se). Améliorer sa position. Reprendre des forces,
— dans le jargon du peuple.
Rebecter (Se). Se réconcilier,
— dans le jargon des voleurs.
Rebecteur. Médecin.
Rebiffe. Révolte. — Trimar de la rebiffe, route de la Révolte ; un des endxoits les plus dangereux de Paris.
Rebiffe au truc. Récidive. — Rebiffer au truc, être en état de récidive.
Rebiffer. Recommencer, — dans le jargon du peuple. — Tais-toi j t'as ton compte... ou je rebiffe. C'est un mot emprunté à l'argot des class.es dangereuses.
Rebiffer (Se). Affecter des airs bautuins, redresser la tête avec
allcclation.
Rebonnetage. Réconciliation'
Rebonneter. Flatter, courtiser.
Rebonneter pour l'af. Mystifier quelqu'un en le flattant.
Rebonneteur. Confesseur.
Rebouis. Cadavre, — dans le jargon des voleurs.
Rebouiser. Tuer. — Regarder, remarquer. — Raccommoder, repriser, ressemeler. — Au iYin<^ siècle, le mot avait le sens de filouter, déniaiser quelqu'un ;
c'est ainsi qu'il est expliqué dans le dictionnaire comique de Leroux.
Rebours. Déménagementfurtif. Mot à mot : déménagement à rebours.
Recaler (Se). Refaire sa fortune, améliorer sa position.
Recarrelure. Repas. Brantôme s'est servi de l'expression de « carreler le ventre » pour manger.
Réchauffante. Perruque.
Rêche, Rotin. Pièce d'un sou, monnaie de cuivre. Les variantes sont : Pélo, pépette.
Réclame. Ce qui reste d'une bouteille après que chacun a eu sa part, — dans le jargon des typographes. (Boutmy.) Par allusion à ce qu'on appelait autrefois la réclame, c'est-à-dire un mot ou un demi-mot imprimé à la dernière page de chaque feuillet, dans les anciens livres, pour indiquer le commencement de la page suivante.
RecoUardé. Repris, arrêté de nouveau.
Recoller. Relever de maladie.
Recoller (Se). Se réconcilier entre amant et maîtresse, se remettre ensemble, signer un nouveau bagne.
Reconduire. Siffler, en terme de théâtre.
Reconduire (Se faire). Etre
sifflé, être attrapé en scène, — dans le jargon des coulisses. Allusion à la conduite de Grenoble des compagnons du Devoir.
Reconobrer. Recoimaître, — dans l'ancien argot.
Reconnaissancier. Terme du Mont-de-Piété. Employé chargé de délivrer les reconnaissances.
Recoquer (Se). Reprendre des forces; se rétablir à la suite d'une maladie. Mettre des vêtements neufs.
Recorder. Faire la leçon à quelqu'un, lui donner des instructions. Mot à mot : le mettre d'accord. — Etre recordé, être convenu d'une chose.
Recourir à l'émétique. Escroquer de l'argent à un tiers au moyen d'un billet à ordre souscrit au nom d'un compère. — Un fils recourt à Vémétique pour soutirer de l'argent à son père en faisant un billet à un fournisseur de connivence. — Les souteneurs emploient le même procédé envers leurs maîtresses.
Recuit. Ruiné de nouveau.
Récurer (Se). Se purger. — On dit encore récurer la casserole^ nettoyer le fusil.
Redam. Grâce. — Abréviation de rédemption.
Redin, Réduit. Bourse.
Redoublement de fièvre. Nouvelle charge, accusation nouvelle contre l'accusé, — dans l'ancien argot.
Redresse. Ruse. Etre à la redresse^ être rusé, — dans le jargon des voleurs.
Redouiller. Rembarrer, frapper, maltraiter . — « Y v eut se r'iever, mais j' le r'douille à coups de passif .dans les merlins. » [Le Parfait catéchisme poissard.)
Refaire, se refaire le torse.
Manger, se réconforter. — « C'est ça qui vous refait le torse un
peu proprement. » (X. de Montépin.)
Refaire, Refaire au même'. M
Duper. — Etre refait, être dupé, ^ payer trop cher. On est refait quand on paye, dans un restaurant, un dîner trop cher. — On est refait quand on paye, dans un magasin, un objet audessus de sa valeur. Les étrangers sont souvent refaits.
Refait sans donjon. Repris en état de vagabondage.
Refaite. Repas, réfection. —
Refaite du matois, déjeuner; refaite de jorne, dîner; refaite de sorgue, souper; refaite du séchoir, collation prise en sortant du cimetière.
Refiler. Chercher; suivre, — dans l'argot des voleurs. (A. Delvau.)
Refiler sous le tube (S'en).
Priser.
Refiler. Perdre au jeu l'argent du bénéfice. — Avoir gagné 20 louis et les refiler. — Reperdre ce qu'on avait gagné au jeu.
Refiler, Repasser. Céder le canevas d'un vol.
Refiler. Passer, mettre en circulation. — « Je n'ai refilé que cinq roues de derrière. » (X. de Montépin, Le Fiacre no Ad.)
Refondante. Allumette.
Refouler. Se refuser à. ^ Abandonner un ouvrage. — Refouler au travail, chômer.
Refroidi. Mort. — Assassiné.
Refroidir. Tuer.
Régaler son cochon. S'offrir à soi-même une consommation, se payer un bon dîner.
Régaler son suisse. Ne perdre ni ne gagner une consommation jouée.
Régaler ses amis. Se purger.
Régaler la veuve. Dresser la
guillotine.
Regatte. Viande, pour rogaton, — dans l'argot des chiffonniers. — Regater, manger.
Régiment des cocus (S'engager dans le). Se marier.
Règle de trois. La femme, le mari et l'amant réunis dans un lieu public et, principalement, au théâtre, dans la même loge.
Réglette (Arroser la). Payer sa bienvenue dans un atelier de typographes. Quand un paquetier passe metteur en pages, il est aussi d'usage qu'il arrose la réglette à coups de tournées.
{Jargon des typographes.)
Regonser. Suivre à la piste.
Ces mebses me reyonse7it, dit le voleur qui est filé par des agents.
Regout (Faire du). Eveiller les soupçons. C'est faire <iu ragoût avec changement d'une lettre.
— Faire duljruit, se disputer.
Réguisé. Misérable que le
manque d'argent pousse au crime. — Ruiné, maigre. — « Tu ne reconnais pas Caroline?
— Toi 1 Caroline ?... Cristi, madame, comme vous êtes réguisée ! >i{Grévin,Croquisparisiens.)
Réguisé (Etre). Etre misérable. — Etre condamné à mort.
— Etre très malade. — Etre trompé d'une manière indigne.
Réguiser. Ruiner.
Réjouissance. Etat de maigreur chez une femme. — On dit d'une femme dont on voit
les os percer, qu'elle a plus de réjouissance que de viande.
Releveur de pésoche. Garçon
de recette.
Relicher. Vider un verre ou une bouteille sans laisser une goutte de liquide au fond. Les garde-malades s'entendent très bien à ce genre de travail.
Reluquer. Observer, espionner. — Reluqueur, curieux, espion.
Reluit. Jour. — (Eil. Pisser des reluits, pleurer, — dans le jargon des voyous.
Remaquiller. Refaire.
Rembrocable. Reconnaissa-
ble.
Rembrocagede parrain. Confrontation avec un témoin.
Rembrocant. Miroir.
Rembroquer. Reconnaître. — Rembroquer le portrait d'une gonzesse, reconnaître la figure d'une femme.
Remède d'amour. Personne très laide. — Pour me guérir d'amour' tes yeux sont un remède. » {Le Docteur amoureux.)
Remercier son boulanger.
Mourir, — dans le jargon du peuple. C'est la "Variante de perdre le goût du pain.
Remiser. Envoyer au diable.
— «Je l'ai joliment remisé. « — Se faire remiser, se faire remettre à sa place, — dans le jargon des voyous.
Remiser. Conduire en prison.
Remisier. Courtier de fonds publics ; intermédiaire entre le client et un agent de change. Il
a» une remise sur toutes les affaires qu'il procure.
Remone (Faire de la). Faire le rodomont, parler très haut et cliercher à en imposer, — dans le jargon des voyous. — Ça Vair de mecs solides, faut pas faire de la remone.
Remonchage. Vengeance.
Remouclier. Observer. — Se venger.
Renaché. Fromage, — dans le jargon des voleurs.
Renâcler. Reculer, avoir peur. — « Quoi de plus propre en effet à faire renâcler les poivrots? » [La petite Lune, 1879.) — Renitler, respirer, aspirer avec convoitise, convoiter de très près. Encore un qui renâcle les pruneaux de Vépicemar.
Renâcleur. Grogneur. —Poltron.
Renard. Aspirant au compagnonnage.
Renard. Pourboire, — dans l'argot des marbriers de cimetière. (A. Delvau.) C'est le résultat prévu du pourboire.
Renard, Queue de renard.
Résultat d'une indigestion. Les queues de renard s'étalent les samedis de. paye, le soir, le long de certains trottoirs. — Renarder, vomir.
Renarderie. Vomissement.
» Après cette renarderie » Qui ne fut qu'une raillerie. »
( Voyage de Brème.)
Renaud. Reproche. — Esclandre. — Remords. — Faire durenaud, se plaindre, ameuter le monde par des cris
— Reprocher. — Avoir des remords.
Renaudeur. Grogneur.
Rendève. Rendez-vous.
Rendoublé. Rempli, restauré par un bon dîner.
Rendémi, Vol aurendémi. Vol au rendez-moi, vol au préjudice d'un marchand qui rend la monnaie d'une pièce d'or ou d'argent.
Renfrusquiner (Se). S'habiller.
Renfrusquiner pour la sèche.
Ensevelir; mettre un corps au cercueil, — dans le jargon des voleurs.
Rengainer, Renquiller. Rentrer.—Renquiller son complimejitj ne pas achever ce qu'on avait à dire.
Rengainer son chiffon. Se taire. Mot à mot: rentrer sa langue.
Rengracier. Renoncer au vol.
—-Rcngraciement^reiourk l'honnêteté. — Rengraciéj redevenu honnête. ,
Renflant. Nez, — dans le jargon du peuple.
Reniflante. Botte percée, chaussure hors d'usage.
Renifleur de camelotte à la flan. Voleur s'attaquant aux marchandises en étalage, emportant le premier objet qui lui tombe sous la main. A la ilan est un diminutif de « tlanquette, à la bonne tlanquette ».
Renifler. Boire d'un trait. — Pressentir.
Renommée. Goguette ; caba-
Renauder. Grogner, refuser. I ret où l'on chante
Renquiller (Se). Se rétablir.
— S'enrichir.
Renseignement. Verre de vin, canon d'eau-de-vie, — dans le jargon des canotiers. — Prendre un renseignement f faire une halte au cabaret.
Rentré dans ses bois (Etre).
Porter des sabots. Les voleurs disent d'un individu chaussé de sabots : Le client est gandin^ il est rentré dans ses bois.
Rentifer. Entrer, — dans l'argot des voleurs. C'est « entrer » par amplification argotique de « rif », désinence arbitraire, si commune chez MM.
les escarpes.
Rentrer bredouille. Rentrer
ivre-mort.
Renversant, Etonnant, merveilleux. Mot à mot: personne, chose dont l'aspect fait tomber à la renverse; propos, discours qui renverse d'étonnement.
Repas de l'âne (Faire le). Ne boire qu'à la fin du repas, — dans le jargon du peuple.
Repasser le cuir. Battre ; maltraiter. Le cuir, c'est la peau.
Repasser la chemise de la bourgeoise. Battre sa femme, — dans le jargon du peuple. — « Oh! ce lî'est rien! Je repasse la chemise de ma femme. »
(Huysmans, Marthe.)
Repaumer. Reprendre; rattraper.
Repérir. Guetter, observer, jÉ — dans le jargon des voyous.
'^ — Je le repère, le dient.
Repérir. Retrouver, — dans le jargon des voleurs. — Repérir
un aminche rien d'attaque, retrouver un ami si fidèle.
Repésigner. Arrêter de nouveau.
Répétition (Aller à la). Faire un double sacrifice sur l'autel de Vénus.
Repiger. Prendre sarevanche.
Repionceuse. Paillasse, — dans le jargon des voleurs.
Repiquer. Se rendormir. C'està-dire piquer de nouveau son chien.
Repiquer. Redoubler. — jRepiquer sur le rôti; renouveler une consommation. — Nous avons bu trois bocks : si nous repiquions?— Redoubler d'ardeur à l'ouvrage après un moment de repos. — Rétablir ses affaires, recouvrer la santé.
Réponse des primes. Opération de Bourse qui, à la liquidation, consiste à abandonner la prime ou à maintenir le marché.
Reportage. Chasse aux informations. — Métier du reporter.
Reporter. Journaliste qui va à la chasse aux informations, aux nouvelles. 11 y a le reporter politique et le reporter mondain.
(V. les Odeurs de Paris de L.
Veuillot.) Le reporter est une importation américaine dont certains produits gagnent jusqu'à soixante mille francs par an.
Reposante. Chaise, — dans le jargon des voleurs.
Repoussant. Fusil; allusion au recul.
Repoussoir. Femme très laide dont une coquette moins laide fait sa société habituelle pour mieux faire valoir, par la comparaison , ce qui lui reste de fraîcheur et de beauté.
Le rôle du repoussoir est d'accompagner sa partner au Bois, au théâtre, au bal.
Requinquer (Se). Renouveler sa toilette. — « Eh bien, mabonne petite, croyez-vous qu'une femme puisse se requinquer ici? »
(Champileury, La Mascarade de la vie parisienne.)
Réservoir. Réserviste, — dans le jargon des troupiers.
Restant de mes écus (Le). Se dit vulgairement en voyant arriver quelqu'un que l'on n'attendait pas et dont la présence n'est pas précisément agréable ; on salue de ces mots l'arrivée d'un importun: «Voilà le restant de mes écus. »
Restaurant à l'envors. Lieux d'aisances publics.
Rester dans la salle d'attente à reconnaître ses vieuxbagages.
Rentrer seule, après minuit, — dans l'argot des lilles.
Résurrection (La). La prison de Saint- Lazare.
Retape (Aller à la, Faire la).
Aller se promener sur la voie publique, — dans le jargon des filles.
Retape (Aller à la). Etre en embuscade sur la voie publique, pour vol ou assassinat. — dans le jargon des voleurs.
Retapé. Rétabli. — Habillé de neuf.
Retapeuse. Fille qui fait la retape.
Retiens (Je te). Mot à mol :
je retiens ce que tu dis pour faire tout le contraire.
Retiration (Etre en). Avoir atteint la cinquantaine, — dans le jargon des typographes. Au propre, la retiration c'est le verso ae la feuille à imprimer, quand on tire en blanc. (Boutmy.)
Retoquer. Refuser à un examen, en terme de collège. « Rêver qu'il passe son baccalauréat ès-lettres, et qu'il n'est pas retoqué. » [Les Balançoires de la jeunesse, 1861.) Les variantes donnent : Reca/er, remballer, requiller.
Rétréci. Avare.
Rêve (C'est un) ! C'est excellent, idéal. C'est-à-dire : une chose très agréable, un individu très original, dont le souvenir nous poursuivra, dont on sera capable de rêver. — Cette femme, c'est un rêveî — Ce pâté de grives, un rêve ! — «Un rêve d'homme, rnis comme un prince. »
(J. Fleurichamp, Queue d'oseille.)
Rêve. Objet illusoire, individu qu'on ne voit jamais. — Le payement de certaines notes, un rêve pour bien des fournisseurs. — Dans ce pays les jolies femmes, c'est un rêve. — Dans ce restaurant, les garçons, un rêve.
Revendre. Révéler; rapporter une conversation, — dans le jargon des voleurs.
Réverbère. Tête, — dans le jargon des voyous. — « Faudrait donc alors que je tape sur le réverbère?» (HuysmanSjXes Sœurs Vatard.)
Revidage. Nouvelles enchères
faites entre marchands, d'un objet adjugé à l'un d'eux, à l'hôtel des ventes. Le revidage ou révision tombe sous le coup de la loi.
Revider, Réviser. Se Hvrer au revidage.
Revue de ferrure. Se dit dans les régiments de cavalerie lorsqu'un cheval lève les quatre fers en l'air.
Revue de pistolet de poche.
Revue mensuelle de santé dans les régiments. C'est l'heure où le major doit s'assurer si Mars n'aurait point, par hasard, besoin du ministère de Mercure.
Ribleur. Filou. (Dict. comique.) — « Non pas un tour de ribleur. » (Sarrazin.) Il y a entre le ribleur d'autrefois et le roublard de nos jours une grande similitude. Roublard me paraît une réminiscence légèrement modifiée de ribleur.
Riboui, Rebouiseur, Ressuceur. Fripier. — Ressemeleur, raccommodeur de savates. Le riboui ou ressuceur fait, avec de vieux souliers, des chaussures qu'il a la prétention d'appeler « neuves » et auxquelles on a donné le nom de dix-huit. — Au xvm® siècle, (1755) donner le bouts, c'était achever, perfectionner, ce qu'on appelle au- J'ourd'hui donner le coup de fton.
^ebuis", qu'on prononçait ôowis, était un polissoir dont se servent encore quelques savetiers pour polir les semelles. De là le surnom de ribouis donné aux vieux souliers, aux souliers restaurés, et celui de ribouiseurs et ribouiSy par abréviation, aux savetiers.
Bihouit. C!t<:il.
Anus. —
« Ils se fourrent l'index dans le ribouit jusqu'à la septième phalange. » {Le Sans-culotte.)
Riche. Beau , de bonne qualité, — dans le jargon des marchands. Voilà un riche poulet. — Vous aurez là, la petite mère, de riches asperges.
Rien. Très, beaucoup, extrêmement. Une des expressions les plus courantes parmi le peuple. — Etre rien chic, être très élégant. — Etre rien bâte, être très joli. — Etre rien poivre ^ être très soûl.
Riffaudant, Riffondant. Cigare. — Riffaudante, pipe, —
Riffaudante. Flamme ; incendie. — Riffauder, brûler. — Riffaudeur, incendiaire.
Riffaudeur à perpète. Le
diable.
Riffle (Prendre de). Prendre
sans hésiter. (L. Larchey.) Riflard, Rifle. Feu. Coquer le
rifle, incendier. La jaffle est sur
le riflard, la soupe est sur le feu.
Riflard. Riche. — Bourgeois,
— dans l'argot des voleurs de
Riflard. Parapluie. — D'après M. Lorédan Larchey, le nom serait dû à une pièce de Picard, IdL Petite yiZ/e(1801),où l'acteur chargé du rôle de Rillard portait un énorme parapluie. Le nom de Riflard, dit M. Fr. Michel, approprié à divers personnages comiques, dans plusieurs mystères des xve et xvi® siècles, était à lui seul une charge comique, et avait, à ce qu'il paraît, auprès du public d'alors, un succès des plus marqués.
Riflard (Compagnon du). Aidemaçon. — En terme de maçon, le riflard est la pelle dont ils se servent; d'où le surnom de compagnon du riflard.
Riflards. Vieux souliers qui prennent l'eau autant qu'un parapluie.
Riflardise. Morgue bourgeoise, stupidité bourgeoise, bêtise prudiiommesque.
Rifolard. Amusant; drôle.
Rigadin. Soulier, — dans le jargon des ouvriers.
Rigolade. Rire; plaisir, amusement. — Enfilé à la rigolade, débauché.
Rigodon. Soulier. C'est une déformation de rigadin. Quelques linguistes de la voyoucratie disent également rigodin.
Rigolhochade. Action de s'amuser, de rire, de danser, d'après la méthode Rigolbocbe, danseuse célèbre debals publics, il y a une douzaine d'années.
Elle aimait beaucoup à rigoler; d'où son surnom.
Rigolboche. Partie de plaisir, partie fine, et, en général, toute partie où l'on rigole, — dans le jargon du peuple. — a On va trimbaler sa blonde, mon vieux ; nous irons lichoter un rigolboche à la place Pinel. » (Huysmans. Les Sœurs Vatard.)
Rigoleur, Rigoleuse. Celui, celle qui aime à rire, à boire et à chanter.
Rigolo. Chose drôle. Individu amusant. — Etre rien rigolOy être très amusant.
Rigolo. Fausse clé, pince à effraction.
« Le rigolo eut bientôt cassé tout. »
{La France, du 13 mars 1879.)
Rincée. Correction manuelle ; — petite raclée.
Rince-pintes. Association sans statuts écrits, dont les assemblées générales étaient très suivies, et dont le but était l'antipode de la tempérance. Pour être un rince-pintes, il fallait boire une pinte ou deux en dix minutes. (Le Sublime.)
Rince - crochets. Nom donné par les soldats au troisième quart de café, — octroyé dans les circonstances extraordinaires.
Rincer. Dépouiller; voler.
Rincer la dalle (Se). Se rafraîchir en buvant.
Rincer la trente-deuxième
(Se). Boire la goutte,-- dans le jargon du régiment. C'est une variante de « se rincer la dent » ; mot à mot : se rincer la trentedeuxième dent. Combien de femmes dans ce monde ne pourraient pas en faire autant?
Rincette. Petit verre de cognac pris dans la tasse où l'on a bu du café. — Surrincette, second, troisi ème , quatrième , etc. , petit verre pris dans les mêmes conditions.
Riole. Partie de plaisir. — Etre en riole, se mettre en riole, faire riole, s'amuser, se mettre en gaieté, en ribote.
Ripa, Ripeur. Ecumeur de la Seine. — Vagabond qui vole à bord des bateaux.
Ripatons. Pieds. -^ Vieux
souliers, souliers raccommodés.
Jouer des ripatons, décamper.
Ripatonner. Remettre à neuf.
— « On distingue, on reconnaît, on évalue tout objet de toilLille supprimé, agonie ou ripatonné. »
{Les Filles d'Hérodiade, 18i-5.) — Corriger une œuvre d'art, une œuvre littéraire.
Ripatonneur. Mauvais restaurateur de tableaux.
Ripioulement. Chambre, — dans le jargon des voleurs.
Ripiouler. Dormir.
Ripopée. Objet de mauvaise qualité, de nulle valeur. Autrefois la ripopée ou vin de Brétigny était un mauvais petit vin, le plus mauvais des vins de France.
Riquiqui. Eau-de-vie.
Rire à la caisse. Toucher chez un agent de change ou recevoir des mains d'un spéculateur en perte le montant d'une différence ou d'une prime. [Paris- Vivant j Le Million.)
Rivette. Fille de joie à l'aurore de la dépravation.
Riz-Pain-Sel. Ouvrier d'administration.
Robignol. Très amusant, très réussi.
Rocambole. Conte en l'air; — Objet sans valeur.
Rococo. Démodé; terme employé par les artistes peintres de 1830.
Rochet. Prêtre; évêque.
Rogner. Guillotiner. Bon à rogner, condamné à mort.
Rognon (Sale). Mot à mot :
sale créature couverte de rogne,
— dans le jargon des voyous.
Rognon est une forme de rogne.
— Que qu' c'est que cWognon qu'tu camionnes à présent ?
Rognure. Mauvais acteur.
— Rognures de ferblanc, mauvaise troupe dramatique, — dans le jargon des coulisses.
Roide (C'est). C'est difficile à croire. — C'est graveleux. — C'est cher. — « Vingt francs! s'écrie le monsieur, c'est roide! »
(A. Huart.)
Rôlenr. « Dans toutes les sociétés, chaque compagnon, à tour de rôie, consacre une semaine à embaucher et à lever les acquits; de plus, il convoque les assemblées, il accueille les arrivants, il accompagne les partants, en portant sur son épaule leur canne et leur paquet jusqu'au lieu de séparation.
Telles sont les fonctions du rôleur. » {Almanach des métiers, 1852.)
Romain. Acteur de la Comédie-Française,— dans le jargon des acteurs forains du xviii» siècle.— «Ils déclamaient... en imitant la diction emphatique et monotone des Romains. » (Ch.
Magnin, Ilist. des Marionnettes en France, 1862.) Depuis, le nom de Romain a été spécialement appliqué auxclaqueurs; c'était, primitivement, mot à mot : les gens chargés d'applaudir les Romains et, par abréviation, les Romains.
Romaine. Semonce; c'est la variante de chicorée. — Aller à Rome, passer à Rome, recevoir une semonce.
Romaine. Breuvage composé
d'un mélange de rhum et d'orgeat.
Romamichel. Bohémien. Triba de bohémiens. — Vagabond, coureur de grands chemins, diseur de bonne aventure et voleur à l'occasion.
Romagnol. Trésor caché.
Romancier, Romancière.
Chanteur, chanteuse de romances dans les salons, dans les cafés-concerts.
Ronchon. Grogneur.
Ronchonner. Grogner; murmurer.
Rond. Pièce d'un sou. — Pas le rond, pas le sou. — Tourner rond, ne plus avoir d'argent.
Rond. Ivre. — Roiid comme balle, repu.
Rond (Faire). Dessiner mou, sans vigueur, — dans le jargon des peintres.
Rondin. Résultat d'une visite aux cabinets inodores.
Rondin jaune. Pièce d'or.
Rondine. Bague. — Canne.
Rondiner. Sacrifier à Domange.
Ronflant. Bien mis. — Gonse ronflant, homme bien mis. — Gonzesse ronflante, femme bien mise. — Dégringoler un ronflant, voler un homme bien mis.
Ronflant. Poêle, calorifère.
Ronfler. C'est appuyer dans la déclamation fortement sur les R, surtout quand ces lettres sont redoublées. Frenoy et Tautin étaient desrontleurs de premier ordre. — Ron/ler a pour synonyme, faire la roue. {Petit dict, des coulisses.)
Ronfler Thomas (Faire). Faire à la selle avec fracas. — Variantes : Ronfler du bourrelet, faire ronfler le bourrelet.
Demi-setier, aliàs
Ro quille.
polichinelle.
Rosière. Ouvrière fleuriste qui
fait spécialement les roses.
Rosière de Saint-Laze. Fille de joie. Mot à mot : rosière de Saint-Lazare.
Rossaille. Rosse, mauvais cheval, — dans le jargon des maquignons.
Rosse, Rossard. Fainéant,propre à rien.
Rossignante. Flûte, — dans l'ancien argot.
Rossignol. Marchandise défraîchie, passée de mode.
Roter. Etre étonné, fen rote, — dans l'argot du régiment.
Roteur. Basse-taille, bassechantante, — dans le jargon du théâtre. — Chanter les roteurs.
Rothomago ou Thomas. Petit bonhomme en bois dont se servent les diseurs de bonne aventure pour prédire l'avenir aux badauds. « On place le magot dans une carafe à moitié pleine d'eau. Suivant qu'on pose ouretire le doigt, il monte ou descend. Monsieur Rrho... Rrho...
Rrho... tomagovanous dire qui vous êtes.» (J. Vallès, Le Bachelier géant.)
Rotin. Sou. Pas un rotin dans le porte-morningue, pas un sou dans le porte-monnaie. — « Six mille francs, pas un rotin de plus. » (Hennique, La Dévouée.)
Rosto. Appareil à gaz, bec de
gaz, — dans l'argot des polytechniciens, en souvenir du général Rostolan qui a fait installer le gaz à l'école.
Rôti (S'endormir sur le). Ne pas achever un ouvrage, en prendre à son aise. — Ne pas s'endormir sur le rôti, travailler avec assiduité. — Surveiller quelqu'un ou quelque chose avec soin.
Roubignoleur. Floueur; malin, — dans le jargon des voleurs.
Roubion. Fille de joie d'une laideur repoussante, — dans le jargon des filles.
Roublage. Témoignage. — Roublage à la manque, faux témoignage. — Roubler à la manque, faire un faux témoignage.
— Roubleur à la manque, Jaux témoin.
Roublard. Laid, défectueux.
— Blasé, maUn.— Agent de police, — dans le jargon des voleurs. — Riche, c'est-à-dire homme aux roubles, — dans le jargon des demoiselles de Mabille.
Roublard, Roublarde. Heureux, heureuse.
Roublardise. MaHce, coquinerie, astuce. — Pour la roublardise, elle na pas sa pareille.
Roubler. Se plaindre, — dans le jargon des voleurs.
Rouchi. Gredin; homme de rien.
Rouchie. Sale femme, sale prostituée: vaurienne.
Roue. Juge d'instruction.
Roue de derrière. Pièce de cinq francs en argent. — « Mets
tes lunettes, mon vieux, c'est une roue de derrière. » (X. de Montépin, Le Fiacre n° 13.)
Roue de devant. Pièce de quarante sous.
Rouen (Aller à). Etre siftlé, — dans le jargon des comédiens.
— Courir à sa ruine. — Manquer une vente, — dans le jargon d es commis de la nouveauté.
Rouffion. Commis de magasin de nouveautés, chargé d'aller aux rassortiments. — Rouffionney jeune fille qui remplit le même emploi.
Rouflaquette. Mèche de cheveux collée aux tempes; accroche-cœurs ; coiffure distinctive des rôdeurs de barrière, des souteneurs de filles. — « Sous des casquettes de soie, sortaient des mèches collées sur les tempes, qu'ils appelaient rouflaquettes. »
(Vicomte Richard, Les Femmes des autres.)
Rouflée. Volée soignée, — dans le jargon des soldats. — JRecevoir une rouflée que le poste en prendrait les armes.
Rouge (Faire). Répandre du sang, — dans le jargon des voleurs. — Avoir ses menstrues,— dans celui des voyous.
Rouge (Faire tomber le). Avoir l'haleine forte.
Rouge de boudin (C'est). Les affaires vont mal, la situation est mauvaise, — dans le jargon des voleurs. Le rouge de boudin tire sur le noir. C'est pour le voleur les tempora nubila.
Rougemont (Pive, Pivois de).
Vin rouge.
Rouget. Cuivre, — dans le jargon des voleurs.
Rougets. Menstrues. — « La femme qui a les rougets, »
(Cliollières, Contes.)
Rougoule. Vol au change, vol au rendez-moi. C'est une altération de rigole, rigolo^ drôle, amusant. Ce genre de vol divertit fort les voleurs, qui pensent à la figure de leurs dupes.
Rouillarde, Rouille. Bouteille de vin caclieté; bouteille de derrière les fagots.
Rouillarde. Blouse, — dans le jargon des voyous.
Roulance. Roulement produit à l'aide des pieds et des composteurs, lorsque, dans une imprimerie, les typographes éprouvent le besoin d'égayer la situation. C'est une manière de battre aux champs à l'entrée de quelqu'un qu'on veut fêter ou de quelqu'un dont on veut ^e moquer.
Roulant. Marchand d'habits ambulant.
Roulant vif. Chemin de fer.
Roulante. Voiture. Tout ce qui roule, depuis la voiture à bras jusqu'au tramway, est une roulante pour le peuple.
Roulants Pois.
Roulement (Du). De la vigueur,
de l'ardeur à l'ouvrage. — Allons-y y mes enfants, et du roulement!
Rouler. Vagabonder. —Tromper grossièrement. — « On ne le row/e plus aujourd'hui; il n'est plus votre dupe, vous êtes sa victime. » (J. Vallès, Le Dimanche d'un jeune homme pauvre.)
Rouleur, Rouleuse. Chiffonnier, chiffonnière.
Rouleur. Vagabond doublé d'un filou. — Parasite effronté.
— Individu de mauvaise mine et étranger à la localité, — dans le jargon des paysans delà banlieue de Paris. Le mot a été emprunté au jargon des pâtissiers.— (c En terme de métier, celui qui ne reste pas longtemps dans la même maison s'appelle rouleur. » (P. Vinçard, Les Ouvriers de Paris.)
Rouleuse, Roulure. Fille qui fait un peu de tous les métiers.
Tantôt elle vend des bouquets dans les rues, tantôt de la dentelle sous les portes cochères ; un jour modèle d'atelier, le lendemain vendeuse de parfumerie, etc. — Prostituée de bas étage, celle quiroule de quartier en quartier. Les roi/Zewses sont des filles qui proposent un tour de promenade en voiture, les stores baissés. 'Elles habitent ordinairement des chenils dans des quartiers excentriques, vivent avec quelques misérables employés ; ou bien encore elles hal3itent chez leurs parents ; quelquefois elles n'ont aucun domicile fixe. La plupart d'entre elles portent un petit panier sous le bras et affectent des airs d'ouvrière en course.
Roulis (Avoir du). Etre soûl,
— dans l'argot des marins.
Roulotage (Vol au). Vol de
marchandise transportée par camion. — Vol dans l'intérieur des maisons de roulage.
Roulotin. Roulier.
Roulotte. Voiture, charrette, camion, voiture de saltimbanque. — Grïnnhir une roulotte en salade, voler sur une voiture.
Roulotte à trèpe. Omnibus.
Mot à mot : voiture de la foule.
— Roulotte du grand trimar^ chemin de fer.
Roulottier. Voleur qui exploite les camions, qui vole la marchandise que transportent les camions et quelquefois la voiture, pour ne rien laisser traîner.
Roulure. Celui qui a roulé sa bosse un peu partout. — «Ecoutemoi bien, c'est un vieux cabotin, une roulure de la province et de Tétranger qui te parle. »
(Huysmans, Marthe.)
« C'est du veau, c'est de la roulure, » C'est du veau pour la préfecture. »
{Chans. populaire.)
Roumie. Croûte de pain, — dans le jargon des chiffonniers.
Roupie. Punaise.
Roupiller. Dormir. — « Il roupille comme ça toute la journée : le v'ià parti. » (H. Monnier, Scènes populaires.)
Roupiller dans le grand. Etre mort.
Roupilleur. Dormeur. Roupilleuse, dormeuse.
Rouscaillante. La langue.
Rouscailler. Sacrifier sur l'autel de Vénus. — Parler. 'Rouscailler bigorne^ parler argot.
Rouscailleur, Rouscailleuse.
Débauché, libertine. Grand-prêtre, grande-prêtresse de Vénus.
Rouspant, Rouspont. Proxénète pour le troisième sexe et ses admirateurs.
Rouspétance. Mauvaise humeur. — Rouspéter, être de mauvaise humeur, — dans le jargon des ouvriers.
Rouspétance. Agent des mœurs, — dans le jargon des filles. C'est une variante de rousse.
Rousse, Roussi, Roussin. Mouchard, espion, agent de police.
— Inspecteur d'une grande administration. — Contrôleur de chemin de fer, — dans le jargon des mécaniciens.
Rousse à l'arnac. Service de la sûreté.
Roussin. Mauvaise presse, vieille presse ; du nom d un des premiers fabricants de presses,
— dans le jargon des imprimeurs.
Rousti. Ruiné ; c'est-à-dire rôti, variante de cuit y flambéy fumé, fricassé.
Roustisseur. Blagueur doublé d'un escroc. Parasite éhonté.
Roustisseuse. Femme qui pique l'assiette chez des amies, qui emprunte de l'argent, des robes, qui vit aux crochets de ses amies.
Roustissure. Mauvaise plaisanterie. — Objet de nulle valeur. — Bout de rôle, — dans le jargon des acteurs.
Roustir. Tromper; filouter.
Rubis sur pieu. Argent comptant, — dans l'ancien jargon des filles; c'est-à-dire argent sur le lit, ce qu'on appelle aujourd'hui « éclairage ».
Rude. Extraordinaire. — Rude aplomb, rude toupet, rude appétit.
Rue. Au théâtre, en terme de machiniste, c'est l'espace qui se trouve entre deux châssis ou poitants formant coulisse.
Rue au pain. Gosier. —Avoir la rue au painbarrée^ n'avoir pas faim.
Ruelle aux vesses. Derrière.
L'étymologien'a pas besoin d'être expliquée. — « Un tas de mutles empaillés, qui ne valent seulement pas un coup de botte dans la ruelle aux vesses! » {Le Père Duchêne, 1879.)
Rupe, Rupin. Riche ; élégant, comme il faut. Homme rupe, femme rupe.
Rupin. Malin.
Rumfort (Voyage à la). Voyage
véritable ou simulé, entrepris dans le but d'échapperauxétrennes du premier de l'an. — Voyage économique; allusion à la soupe économique dite :•« A la Rumfort ».
Rusquin. Ecu, — dans le jargon des voleurs.
Rural. Nom donné par les souteneurs de la Commune à quiconque était partisan du gouvernement établi à Versailles.
Rural était synonyme de « conservateur ». Le mot a vécu.
Rutiére. Fille et voleuse de joie.
Sabache. Simple, naïf.
Sable a passé (Le marchand de). Locution à l'adresse des enfants qui marquent leur envie de dormir en se frottant les yeux.
Sable (Etre sur le). Etre en disponibilité, dans le régiment des souteneurs. Allusion aux poissons qui ne sont pas précisément à leur aise sur le sable.
Sabler. Tuer, étourdir au moyen d'une peau d'anguille remplie de sable ; procédé employé, paraît-il, du temps de Vidocq. Aujourd'hui MM. les voleurs aveuglent quelquefois leurs victimes en les; sablant au tabac, avant de les dépouiller.
Sablon. Cassonade.
Sabord (Jeter un coup de).
Vérifier l'ouvrage, — dans le jargon des ouvriers opticiens.
Sabot. Terme d'imprimerie.
Boîte destinée à recevoir les lettres usées qui passeront à la refonte.
Sabot. Petit bateau. — Mauvais violon. — Vieille voiture.
En général tout vieux meuble, tout objet meublant démodé.
— Matériel hors de service.
Sabot. Nez, des voyous.
Sabot, Sabourin
mauvais ouvrier.
dans le jargon Maladroit;
Saboter. Travailler sans goût, abîmer l'ouvrage. Mot à mot :
travailler comme un fabricant de sabots.
Saboter. Boire à pleins verres, à grandes rasades, — dans le jargon des buveurs. (Blavignac, Hist. des enseignes d'hôtelleries, 1878.)
Sabouler. Maltraiter. — Dé-
crotter. — Sabouleur^ décrotteur.
Sabouleux, Sabouleuse. Faux épileptique, fausse épileptique.
Sabre. Bâton, — dans l'ancien argot.
Sabre (Joli coup de). Grande
bouche.
Sabrenas, Sabrenot, Salbrenaud. Savetier, dans le jargon des voleurs. — Mauvais ouvrier.
■ Sabreur. Ouvrier qui travaille
vite et mal.
Sabri, Satou. Forêt, bois, — dans l'ancien argot. — Sabrieux, voleur de bois.
Sac. Ventre. — Avoir le sac plein, avoir le ventre plein.
Sac-au-lard. Chemise.
Sac-à-vin. Ivrogne incorrigible. Ordinairement la femme du sac-à-vin est une paillasse à coups de poing.
Sac à os. Individu très maigre.
Sac à puces. Chien. Les puces font élection de domicile sur les chiens.
Sac (Avoir le). Avoir de l'argent. C'est le contenant pris pour le contenu. On dit également : Etre au sac»
Sac (Eternuer dans le). Être guillotiné. — Variante : Cracher dans le sac.
Sac (Donner à quelqu'un son).
Renvoyer quelqu'un. Pour donner plus de force à l'expression les ouvriers ajoutent : Avec une forte paire de bretelles. — Avoir son sac, être renvoyé de l'atelier. On disait autrefois : donner à quelqu'un son sac et ses quil-
les, pour congédier, casser aux gages. — «Si jen'obéispoint, fai mon sac et mes quilles. » (Boursault. Poésies.)
Sac (Etre dans le). Avoir perdu à un jeu quelconque. Il faut payer, vous êtes dans le sac.
— Signifie encore avoir fait de mauvaises spéculations, s'être ruiné. — Une affaire est dans le sac, lorsqu'elle est terminée bien ou mal, lorsqu'on n'en parle plus.
Sacqué. Chiffonnier qui se sert d'un sac en guise de hotte.
Sacquer. Congédier. — Réprimander avec menace de perte d'emploi. — « Si vous continuez à me houspiller de la sorte, je vous ferai sacquer par le patron. » (Huysmans, Les Sœurs Vatard.)
Sacrer. Affirmer.
Sacristain. Mari, amant d'une matrone de maison ' de tolérance, — dans l'ancien jargon du peuple.
Sacristie. Lieux d'aisances, dans le jargon des voleurs.
Safran (Aller au). Dissiper sa fortune.
Saignement de nez. Interrogatoire. ^ Faire saigner du nez, interroger.
Saint- Jean. Elfets. — Outils ; c'est un synonyme de Saint- Frusquin.
Saint-Crépin. Argent économisé. — Se prend souvent dans le sens de Saint-Frusquin. Porter tout son Saint-Crépin, porter tout ce qu'on possède. — « Lorsque les garçons cordonniers vont de ville en ville pour tra-
vailler, ce qu'ils appellent entre eux battre la semelle, ils portent tous les instruments nécessaires à leur métier; ils appellent cela porter tout leur Saint-Crépin. »
(Fleuryde Bellingen, Elymologie des Proverbes français.)
Saint-ciboire. Cœur, — dans le jargon des voyous.
Saint Dôme. Tabac à fumer, — dans le jargon des ouvriers.
C'est une abréviation de Saint- Domingue, la patrie du tabac.
Saisissement. Les liens dont l'exécuteur lie les bras et les jambes des condamnés à mort.
Le saisissement est une pièce essentielle de la toilette. (A. Delvau.)
Salade. Pêle-mêle ; gâchis.
Salade. Fouet. — Donner la salade, fouetter, en terme d'écolier; l'expression et le mot sont vieux et démodés.
Salade de Gascon. Corde, — dans l'ancien argot.
Salade (Faire la). « Ils remuent le jeu de la manière dont on remue les dominos pour les mêler, les deux mains étendues sur le tapis et iniprimant aux cartes un mouvement de rotation. » (A. Cavaillé, Les Filouteries du jeu.)
Saladier. Vin chaud sucré servi dans un saladier. C'est le vin à la Française dont on fait une grande consommation dans les bals de barrière.
Salaire. Soulier, — dans le jargon des rôdeurs de barrière; déformation de soulier.
Sale coup pour la fanfare.
Mauvaise situation, mauvaise
affaire . i
Salé. Avance d'argent, — dans | le jargon des typographes.
Salé. Bonne amie, connaissance, — dans l'argot des marins. — « Oiis'que tu démarres comme ça, avec ton salé ? »
Salé (Morceau de). Enfant en bas âge.
Salé trichineux (Morceau de).
Petit enfant laid et malsain.
Salé (Le grand). La mer.
Saler. Vendre cher. — Réprimander. —Fous allez dîner dans ce gargot? c'est mauvais et salé.
Salière. Cavité plus ou moins profonde delà clavicule chez les femmes, suivant le degré de maigreur. — Avoir des salières à y fourrer le poing, se dit d'une femme très maigre qui n'a pas reculé devant une toilette dé- J| colletée. ^
Saliveme. Tasse, gamelle, — dans le jargon des voleurs.
Salle de danse. Derrière, — dans le jargon des souteneurs qui, dans leurs démêlés avec leurs maîtresses, les font danser à grands coups de pied au derrière.
Salle de papier. Salle de théâtre où la plupart des spectateurs sont entrés avec des billets donnés.
Salle à manger. Bouche. — N'avoir plus que trois ou quatre chaises dans la salle à manger, n'avoir plus que trois ou quatre dents. — La salle à manger se démeuble, se dit quand on perd ses dents.
Salopète. — « Il (le canotier de la Seine) porte la salopète, cotillon de grosse toiie à torchon ; la salopète ne se lave pas, chaque tache lai est un honneur. » (E. Briflfault, Paris dans l'eau, 1844.)
Salopiat, Salopiot, Saligot.
Malpropre, vaurien. — « Puis ne voilà-t-il pas qu'un sacré polisson de salopiat de singe, ne le voilà-t-il pas, à la fin des fins, il vous pisse par une fente sur les mignons. » (E. de Goncourt.)
Salsifis. Doigt. — ^ « J*ai un amour d'homme qui ne porte pas des culottes mûres et se met des gants sur ses salsifis. »
(Huysmans, Les Sœurs Vatard.)
Saluer. Baisser la tête sous le feu des projectiles. (L. Larchey.)
Salutations à cul ouvert. Salutations prolongées, salutations cérémonieuses.
Sang de poisson. Huile, — dans le jargon des voleurs.
Sang (Coup de). Coup de cent points au piquet lorsqu'on compte cent avant de jouer ou en jouant la première carte. Calembour à la portée des joueurs.
Sang (Se faire du). C'est-àdire se faire du mauvais sang, s'inquiéter.
Sanglier. Prêtre. Le sanglier est sauvage ; le prêtre vit retiré du monde comme le sanglier au fond des forêts.
Sangsue (Poser une). Corriger sur le marbre pour un com-
pagnon absent, — dans le jargon des typographes. (Boutmy.j
Sans beurre. Chiffonnier aristocrate.
Sans feuille. Gibet, — dans l'ancien argot.
Sans camelotte ou SoUiceur de Zif. Escroc qui se fait avancer de l'argent sur une marchandise imaginaire, sur une marchandise qu'il ne livrera jamais.
Sans- culotterie. Secte des
sans-culottes, patriotes terroristes.— « Trop heureux si ma mort f>ouvait être utile à la sans-cuotterie. » {Père Duchène.)
Sans-cœur. Usurier, Gobseck de prison.
Sans Gondé. Clandestinement, sans autorisation, sans permission. Pour tenir un jeu dans une foire, il est besoin d'une permission, d'un condé, ainsi nommée parce qu'elle émane ordinairement du préfet de police, le Grand-Gondé, ou du maire, Condé.
Sansonnet. Mentula, — dans le jargon des barrières.
Santache. Santé, — dans l'argot des voleurs. — Et cette santache, comment que ça boulotte ?
Et cette santé, comment va-telle?
Santu. Santé.
Sapajou (Vieux). Vieux libertin, vieil lard aussi obscène qu'un singe.
Sapement. Condamnation. — dans le jargon des voleurs.
— Sapement à cinq longes de
dure, condamnation à cinq ans de travaux forcés.
Saper. Condamner. — Saper au glaive, condamner à mort.
Sapeur. Cigare presque entier, — dans l'argot du peuple.
Sapin. Sap. Fiacre, voiture de place.
Sapin (Redingote de). CqvcueW. Il est sorti de chez lui, les pieds devant^ dans une bonne redingote de sapin.
Sapin (Sonner le, Sentir le).
Etre bien malade. Mot à mot :
sentir le bois avec lequel on fait les cercueils du pauvre. — « Elle avait un fichu rhume qui sonnait joliment le sapin. » (E.
7ola
Sapin des cornants. Pre,
champ, — dans l'ancien argot ; c'est le mouchoir à bœufs de nos jours.
Sapinière. Fosse commune.
Sardine. Galon de caporal, galon de sergent.
Sardines (Serrer les cinq).
Serrer la main.
Sarrasin. Gâte-métier, — dans le jargon des typographes; ouvrier qui travaille à prix réduit, ouvrier qui ne lait pas partie de la société des typographes.
Satdu. Matériel de saltimbanque : décors, planches, toiles, etc.
Sauce. Réprimande. — Sauce poivrade, très forte semonce.
Sauce, Saucée. Pluie, forte pluie, — dans le jargon du peuple. — Il va tomber de la sauce.
Sauce tomate. Menstrues, — dans le jargon des ûlles.
Sauce (Allonger la). Ajouter de l'eau dans le pot-au-feu, dans un ragoût.
Sauce-là, on mangerait son père (A cette). Sauce succulente. Expression des gastronomes pour qui rien n'est sacré hormis la bonne chère.
Saucier. Cuisinier chargé de la confection des sauces dans les grands restaurants. — « Celuilà est l'artiste de la maison. « (Eug. Chavette, Restaurateurs et restaurés, 1867.)
Saucisse. Fille publique, — dans le jargon des voyous. — Saucisse plate f fille publique très maigre.
Saucisse municipale. Boulettes empoisonnées que la municipahté faisait jeter dans les rues de Paris pendant les grandes chaleurs pour détruire les chiens errants. Les boulettes municipales ont disparu du jour où es. né l'impôt sur les chiens.
Aujourd'hui ces intéressants quadrupèdes sont, en raison de leur qualité de contribuables, bien mieux vus que beaucoup de gens qui ne payent aucune espèce de contributions.
Saucisson de Bologne. Personne courte et grosse. La variante donne : Saucisson à pattes.
Saumon. Personne riche décédée, — dans le jargon des croque-morts qui appellent merlans les trépassés de peu d'importance.
Sauter. Sentir mauvais.
Sauter, Faire le saut. Faire danser l'anse du panier au vol, — dans le jargon des voleurs. — S'approprier les droits d'auteur
d'un vol fait en collaboration.
— Filouter ; l'expression, prise dans ce dernier sens, date du XVII® siècle. — Pour une jeune fille, faire le saut, c'est sauter à pieds joints sur la vertu, c'est prendre un amant; allusion au saut de Leucade d'où s'élançaient les femmes tourmentées par l'amour.
Sauter le pas, Faire le saut.
Faire faillite. — - S'enfuir. — Mourir.
Sauter le bas-flanc. Sauter le mur de la caserne pour aller passer la nuit en ville, — dans le jargon des régiments de cavalerie.
Sauter la banque (Faire) . Gagner l'enjeu qui constitue la banque, soit au baccarat, soit à la roulette ou au trente-et-quarante ; c'est le rêve de tous les joueurs.
Sauter sur le casaquin. Tomber à l'improviste à coups de poing sur quelqu'un.
Sauter la cervelle au plafond (Se faire). Se livrer à l'onanisme. ^
Sauterelle.— «On appelle ainsi (dans les magasins de nouveautés) les femmes qui font plier et déplier vingt ballots sans acheter. » (L. Noir.) — Exécuter une sauterelle, se débarrasser d'une femme qui n'a envie de rien acheter.
Sauterelle. Sauteuse. Puce.
Sauteron. Banquier, changeur, — daîis le jargon des voleurs qui savent que certains banquiers, certains changeurs, exécutent des sauts prodigieux sur la route de Belgique.
Sauteur. Personnage politique dont les opinions sautent tiintôt au nord, tantôt au sud, tantôt à Test, tantôt à l'ouest,
— Individu sur la paroleduquel on ne peut se fier. — ■ Drôle à qui la bonne foi est complètement inconnue.
Sauteuse. Drôlesse, voleuse.
Sauvage (Habillé en). Habillé comme un sauvage qui n'est pas habillé du tout.
Sauvette. Petit panier à chiffons, -- dans le langage des chiffonniers.
Savate. Joueur malhabile. — Mauvais ouvrier. — Jouer comme une savate, jouer mal à un jeu d'adresse, jouer mal aux cartes.
— Jouer comme une paire de savates, jouer très mal.
Savate (Traîner la). Traîner la misère. Variante : Traîner la groule.
Savoir lire. Bien connaître le métier de voleur, avoir été reçu docteur ès-filouteries.
Savon. Semonce. — Recevoir un savon, être réprimandé. — Flanquer un savon, réprimander.
Savonné. Blanc. — Artie savonnéfp'din blanc; pivois savonné, vin blanc, - dans l'ancien argot.
Savonner. Voler. — Pavillon savonné, linge volé. — Savonner une cambuse, voler dans une chambre.
Savonner. Tourmenter, taquiner, — dans le jargon du peuple. — Allusion au linge tourmenté par le savonnage. — La bourgeoise me savonne depuis hier que f en suis bleu, ma femme
me tourmente tellement depuis hier que j'en suis ahuri.
Savoyard. Grossier personnage ; mal-appris.
Savoyarde. Malle. — Faire la savoyarde, voler les malles sur les voitures, dans les gares.
Scarahomber. Etonner, stupéfier.— Scarabombe, étonnement, stupéfaction, — dans le jargon des voleurs.
Scène (Etre en). Ne pas avoir de distractions, être tout à son rôle, — dans le jargon des coulisses.
Schabraque(Vieille). Invalide de la prostitution ; par allusion à la housse des chevaux de cavalerie.
Schako. Tête, -- dans le jargon du régiment, — Son schako a un renfoncement, il est un peu fou.
Schelingophone. Derrière. A .l'époque où le téléphone et le phonographe firent leur apparition, le schelingophone, a été imaginé pour propager dans les classes voyoucratiques l'amour de la désinence phone. — Enlever le schelingopho7ie,donn(ir du pied au derrière. — « C'est moi, si eune dame m'parlait ainsi, que j'aurais vite fait d'i enlever le schelingophone, l'aller et le retouret train rapide!»
(Grévin, Petit Journal pour rire, 4879.)
Schloffer. Dormir. — Germanisme.
Schnic, Schnapps. Eau- de -
vie.
Schpil, Schpile. Beau; réussi,
bien fait, — dans le jargon des ouvriers.
Scbpiler. Réussir un ouvrage.
Schtard. Prison. — Schtard des poivrots, violon. — Schtard aux frusques, Mont-de-Piété. — Schtard des lascars, laRoquette.
— Schtardier, prisonnier.
Schtoser (Se). Se soûler, —
Scie. Ennui profond causé par un travail monotone, par un travail fait à contre-cœur. — Rengaine agaçante.— Monter une scie, faire des scies, Lucrèce a dit : Serrœ stridentis acerbus horror.
Scier, scier le dos. Ennuver.
— Fatiguer par des vexations, des bavardages.
Scier du bois. Jouer du violon, jouer du violoncelle.
Scieur de bois. Violoniste.
Scion (Coupde). Coup de couteau, — dans le jargon des voleurs. — Sdownewr, assassin qui travaille au couteau. Le scionneur est loin d'être un artiste en son' genre. 11 s'y prend à plusieurs fois. Son coup n'est pas, comme ils disent, un coup de surin de dab.
Scionner. Tuer à coups de couteau. — a Nous ferons joliment notre beurre et tu pourras le scionner après. » (F. du Bois-
gobey.)
Scrutin deballottage(Âssister au). Plonger un œil indiscret dans le corsage d'une femme qui, hélas 1 n'a que trop de développement.
Seau (Etre dans le). Etre
sorti pour cause de nécessités urgentes, — dans l'argot des
soldats.
Sec (En cinq). En cinq points, sans revanclie; terme des joueurs d'écarté.
Sec (Etre à). Etre sans le sou.
Avoir la poche dans un état pareil au lit du Mançanarez.
Sec (Faire). Manquer de rafraîcliissements, — dans le jargon du régiment. — Quand on a soif, il fait sec. — « Il commence à faire sec ici, et on m'attend pour l'heure du bitter. »
{Le Trihoulet, du 9 mai 1880.)
Sèche. Cigarette.
Sèche (La). La mort, — dans le jargon des voleurs. — Etre sec, être mort.
Séché (Etre). Avoir échoué aans un examen définitif, en terme d'Ecole.
Séché (Etre). Avoir cuvé son vin.
Séché (Etre). Subir une punition, — dans l'argot de Saint- Cyr. — « Si, de leur temps, on avait marché de cette façon, TEcole eût été séchée de sortie pour trois mois. » {Figaro, du 4 août 1880.^
Sécher. Ennuyer. — « Voilà deux heures que vous séchez les ouvriers chez eux. » {L'art de se conduire dans la société des pauvres bougres.) On dit encore plus familièrement : Tume sèches la tata.
Sécher un litre. Boire un litre jusqu'à l'ultime goutte. — « La comtesse revient à son bureau, allume une bouffarde, sèche un litre. » {Idem.) On dit dans le même sens : Sécher une
absinthe, un vermouth^ etc.. etc.
Sécher le lycée. Aller flâner au lieu de se rendre au lycée.
Il y a vingt ans c'était : tailler le collège, et au xviii® siècle, on disait : friper ses classes.
Sécher un devoir. Se dispenser de faire un devoir.
Séchoir Cimetière. L'humanité y sèche et s'y dessèche.
Seco. Sec, maigre.
Secours contre la soif. Débit de vin. Quelques marchands de vin, dans les quartiers excentriques, ont conservé cette enseigne alléchante pour les ivrognes. D'autres industriels en boisson affichent : Assurance contre la soif. A l'entrée de la rue de Puebla, il existe côte à côte un Secours et une Assurance contre la soif.
Secousse (Prendre sa). Mourir, — dans l'ancien argot.
Secousse (La faire à la). Faire une chose vite et mal, argot du peuple.
Secousse (Donner une). Se mettre pour une heure ou deux au travail avec ardeur, — dans le jargon des ouvriers. — Réparer le temps perdu en travaillant assidûment pendant quelques heures.
Seize-Mayeux. Sobriquet donné aux fonctionnaires nommés après le 16 mai, aux partisans de la politique réactionnaire du 16 mai 1877, qui amena un mois après la dissolution de la Chambre. — « On s'étonne parfois de l'aplomb de ces Seize- May eux. » {Réveil, du 16 décembre 1877.) — « Et les journaux Seize-Mayeux les en glorifient. »
{Rappel f du 49 décembre d877.) Semer quelqu'un. Se débarrasser d'un importun. — Terrasser un adversaire.
Séminaire. Èagne, — dans
• Semper. Tabac à fumer. C'est une déformation abréviative de superfinas, superfin, nom sous lequel les soldats désignent le caporal ordinaire ; ils ne manquent jamais de dire du semperfmas et, par abréviation, semper. Le mot est aussi courant parmi les ouvriers que parmi les soldats.
Sénat. Débit de vin fréquenté par des ouvriers d'un même corps d'état. — « Depuis longtemps, les travailleurs appellent les marchands de vin où ils se réunissent par spécialité, des sénats. » {Le Sublime.) — « Il ne faut pas confondre le sénat avec les assommoirs. Il y a peu de sénats^ tandis qu'il y a plus de deux cents assommoirs. Le sénat est spécial à une seule partie.
Le sénat est un diminutif de la mère des compagnons. Les ouvriers du fer ayant abandonné le compagnonnage formèrent des sénats. » {Idem).
Sénateur. Ouvrier qui fréquente les sénats. — « Dans le temps, les tourneurs de roues étaient nommés sénateurs; le mot s'est généralisé depuis. »
{Idem) .
Sénateur. Tout individu vêtu d'un paletot ou d'une redingote, — dans le jargon des voyous.
Sénateur. Taureau, — dans le jargon des bouchers qui disent également « pacha ».
Sent mauvais (Ça). Ça va mal finir; ça prend une mauvaise tournure.
Sentinelle , Sentinelle perdue. Excrément humain, vagabond sans papiers égaré sur la voie publique, dans une allée de maison.
Sentir. Aimer. — Ne pas pouvoir sentir, détester. — Se sentir les coudes j être unis, se soutenir entre camarades. — <c Quand ils seront groupés, lorsqu'ils se sentiront les coudes, ce sera bien plus amusant. » {Figaro, du 44 juillet 1880.)
Sentir (Ne plus se). N'éprouver plus aucune sensation auprès du beau sexe, être passé à l'état de glaçon.
Sentir le lapin. Sentir mauvais des aisselles.
Sept. Chiffonnier. — Crochet de chiffonnier.
Sept. Tige de fil de fer, enveloppée de coton et revêtue de papier, figurant des queues de fleurs, — dans le jargon des fleuristes. — Faire des sept, enrouler du coton et du papier autour d'un fil de fer ; c'est TA, B, C du métier de fieuriste.
Sept à neuf. Vêtement du matin pour monter à cheval.
Mot à mot : vêtement que l'on met de sept à neuf heures pendant la promenade à cheval au Bois de Boulogne, — dans le jargon des sportsmen. — « Quel joli sept-à-neuf cela ferait! »
(Figaro, du 27 mai 1879.)
Séquence. Grosse portée ajoutée aux cartes, réunion de cartes préparées de manière à amener une passe soit au baccarat, soit
au piquet. Au piquet, elle a reçu le nom de séquence intégrale.
Sergent de vieux. Gardemalade.
Sergent d'hiver. Soldat d'élite. Le mince galon de laine qu'il porte sur les manches est censé lui tenir chaud pendant l'hiver. ^
Sergo. Sergent de ville.
Série. Réunion de professeurs composant le jury d'examen au doctorat, — en terme d'Ecole.
Sérieux (Homme). Homme riche et généreux, — dans le jargon de ces demoiselles. — Femme sérieuse, femme galante pleine d'expérience et de prévoyance, la fourmi de la prostitution.
Sérieux (Dîner). Dîner bien compris, à la fois substantiel et délicat. Les femmes sont exclues d'un pareil dîner. On ne mange pas, on officie pontificalement de lamâchoire. La conversation, plus sobre que les convives, ne doit rouler que sur les fastes culinaires. On parle à demivoix pour ne pas s'enlever le plaisir de s'entendre mastiquer.
Sérieux (Livre). Livre ennuyeux.
Serin. Gendarme départemental. Allusion au jaune baudrier.
Seriner. Divulguer, — dans le jargon des voleurs.
Seringue. Personne ennuyeuse, rabâcheur.
Seringue à rallonges. Télescope. — « lln'ya pas de planète qui tienne, tu m'as promis de
me montrer Vénus, c'est Vénus que je veux voir, ou je te démolis, toi et ta seringue à rallonges. » (Randon.)
Seringuinos. Imbécile.
Serpent. Elève reçu un des quinze derniers à l'Ecole Polytechnique. Pour sergent.
Serpent. Crachat, — dans l'ancien argot. Le serpent et le glaviot étaient synonymes au xvi« siècle. Le glaviot seul a résisté au temps.
Faire un serpent. Courir dans la cour de récréation en se tenant à la queue leu-leu, — dans le jargon des collégiens. (L. Larchey.)
Serpentin. Matelas, — dans le jargon des voleurs.
Serpettes. Jambes courtes et cagneuses, — « Ces pauvres tourlourous ! ça vous a six pouces de serpettes et le dos tout de suite. » (Randon, Croquis militaires.)
Serpillière à ratichon. Soutane.
Serrante. Serrure; par substitution de finale.
Serré. Avare.
Serrebois. Sergent. Il fait serrer les rangs. (L. Larchey.)
Serrer la pince. Serrer la main, et, par abréviation, /a serrer. — Je vous la serre.
Serrer le brancard. Serrer la main. Les variantes sont : Serrer la cuiller, serrer la phalange.
Serrer la gargamelle. Etrangler. Variante : Serrer la vis. — « Serre-lui la vis, je me charge
de le refroidir. » (G. Marot, L'Enfant de la Morgue.)
Serrer la vis. Serrer le frein, — dans l'argot des mécaniciens des chemins de fer.
Serrer les fesses. Avoir grand* peur et faire tout son possible pour ne pas en fournir des preuves matérielles.
Serrure brouillée (Avoir la).
Eprouver de la difficulté à s'exprimer; bredouiller. « — Je viens de recevoir une grande visite de votre intendant. La serrure était bien brouillée. » (Madame de Sévigné, Lettres.)
Serrure (Avoir laissé la clé à la). Avoir manqué à la résolution de ne pas ou de ne plus avoir d'enfants.
Serrure (Avoir mis un cadenas à la). Pour une femme, c'est vivre dans un état de chasteté absolu.
Sésière, Sésigne, Sésingard.
Lui, elle, il.
Sert, Ser. Signal. Signe d'intelligence entre un saltimbanque et un compère. — Télégraphie employée par les tricheurs.
Serviette. Canne.
Servir. Arrêter. — Monsieur est servi.
Servir les maçons. Remplir auprès d'un couple amoureux les fonctions du jeune Alectryon auprès de Mars et de Vénus.
Servir de belle. Dénoncer à
faux. (L. Larchey.)
Sévère (En voilà une) ! Voilà une chose, une nouvelle difficile à croire, extraordinaire, inattendue.
Sèvres (Passer à). Ne rien recevoir, — dans le jargon des voleurs; c'est-à-dire être sevré de sa part de butin. (L. Larchey.)
Siamois (Les). Testes, — dans le jargon des barrières. Allusion à l'accouplement, à l'inséparabilité des frères siamois. — La verte s'est cavalée chez les siamois, le dienbeau m'a collé vingt asticots en deuil, la gonorrhée s'est logée dans les parties, le médecin m'a fait poser vingt sangsues.
Siffle. Bouche.
Siffler. Boire d'un coup, boire promptement.
Siffler la linotte. Attendre dans la rue.
Siffler au disque. Se morfondre. Allusion à la manœuvre des mécaniciens des chemins de fer. Avait primitivement le sens restreint d'attendre de l'argent.
Sifflet. Voix, gosier. — CoU' per le sifflet, tuer, interrompre, faire taire. Étonner au point de rendre l'interlocuteur muet. — Raboter le sifflet, brûler le gosier.— « Hein ! ça rabote le sifflet! à Avale d'une lampée. » (E. Zola.) 5 — Se rincer le sifflet, boire.
Sifflet d'ébène. Habit noir.
Signe, Cigale. Pièce d'or. Son chant est plus mélodieux que celui de la cigale.
Silence. Huissier-audiencier.
(Fr. Michel.)
Simon. Bourgeois, propriétaire de la maison où l'on vide les latrines, — dans le jargon des vidangeurs.
Singe. Apprenti typographe.
Singe. Patron. Nom donné primitivement pai' les peintres en bâtiment aux bourgeois qui les employaient, et, par extension, par tous les ouvriers à leurs patrons. Aujourd'hui ce sobriquet est trop connu pour qu'il soit employé en présence du patron ou' du contre-maître.
Dans la plupart des ateliers on choisit un sobriquet qui rappelle soit les mœurs, soit les habitudes, soit une infirmité du patron.
Singe de la rousse. Officier de paix, — dans le jargon des voleurs.
Singesse. Patronne, femme du patron. — Prostituée, — dans le jargon des femmes du monde.
Sinve. Simple, niais.
Sinverie. Niaiserie.
Sirop . Vin . — Un coup de sirop .
Sirop de baromètre. Eau.
Variante : Sirop de grenouilles.
Siroter. Goitîer, friser et pommader avec soin, — dans le jargon des coiffeurs.
Siroter. Boire à petits coups.
Savourer ce qu'on boit.
Siroteur, Siroteuse. Celui, celle qui boit à petits coups, qui déguste ce qu'il boit.
Sive. Poule.
Six et trois font neuf. Boiteux. Allusion à l'allure inégale des boiteux dont les pas semblent marquer des nombres diliérents.
Six francs. Planche à repasser à l'usage des tailleurs.
Six-quatre- deux (Â la). A la
diable, en un clin d'oeil. — « Elle se cambra sur sa chaise, les yeux brillants de la conversion qu'elle venait d'opérer à la six-quatre-deux, le temps de pousser un ainsi soit-il. » (Hennique.)
Snob, Snoboye. Noble, beau, correct, — dans le jargon du peuple.
Sœur (Et ta)? Réplique grossière, gouailleuse, qui, pendant un certain temps, a couru du faubourg dans le monde des filles et dans les ateliers d'artistes. Rengaine débitée à tout propos. Mot à mot : ta sœur est-elle heureuse ? Allusion à une trop fameuse chanson populacière, chantée sur l'air ae la valse de la Fille du régiment :
« Et ta sœur est-elle heureuse ?
» A-t-eir z'évu beaucoup d'enfants, » Fait-elle toujours la gueuse » Pour la somme de trois francs ? »
C'était une façon de dire à quelqu'un : « Je me moque ae co que vous me dites. Si nous parlions d'autre chose? » — Suivant certains étymologistes, l'expression ne serait que la parodie de cette phrase banale et cérémonieuse usitée parmi les bourgeois : a Et madame, comment va-t-elle ? et votre fille, et votre sœur? » — Peutêtre, et c'est notre opinion, la réplique suivante de V Aïeule de MM. d'Ennery et Charles Edmond a-t-elle inspiré et la chanson citée plus haut et, par contre, la si populaire rengaine.
Jeanne. — Et ta sœur?
La Douairière. — Ta sœur...
ta sœur...
Sœurs blanches (Les). Les
dents. (Fr. Michel.) Que de sœurs
blanches ne sont que des sœurs
grises !
Sœur de charité, Surfine. Vo-
/euse qui exploite les nécessiteux sous prétexte de leur procurer des secours.
Soif (Il fait). Le besoin de boire se faire sentir. — « Il fait soif, venez boire un coup avec moi. » (P. de Kock, Le Sentier aux jorunes.)
Soiffer. Boire beaucoup.
Soiffeur, Soiffeuse. Buveur,
buveuse intrépide.
Soigner l'enfant. Ne pas ménager les applaudissements, soigner le succès de la pièce, le soir d'une première représentation, — dans le jargon du théâtre.
Soissonné. Haricot. Un souvenir de reconnaissance à l'adresse delà ville de Soissons, patrie des haricots, haricots plus célèbres cent fois que tous les comtes également de Soissons, et qui, plus qu'eux, ont fait du bruit dans le monde, sans compter celui qu'ils feront encore.
Soixante-neuf. Double contre-sens qu'a omis de signaler Dorât dans son poème des Baisen. Variante • Musique d'Antibes.
Soldat du pape. Mauvais soldat. Soldat qui préfère le feu de la cuisine au feu de peloton.
Soldats (Des). De l'argent,— dans l'ancien argot.
Soleil. Mise en pâte d'un paquet, — dans le jargon des typographes. Le paquet ordinairement se crève au miheu et présente, avec un peu de bonne
volonté, l'aspect d'un soleil, au moins d'un soleil de feu d'artifice. La variante est : Pâté.
Solliceur, SoUiceuse. Marchand, marchande. — Solliceur, solliceuse à la pogne, solliceur, solliceuse à la trime, au trimard, marchand ambulant,marchande ambulante.
Solliceur à la gourre. Filou qui vend très cher à des imbéciles des objets sans valeur.
Solliceur de lacets. Gendarme.
Solliceur de loffitudes. Journaliste. Mot à mot : marchand de bêtises, — dans le jargon des voleurs.
SoUicenr de pognon. Banquier.
Sollir. Vendre. — Solliçage, vente .
Solitaire. Chevalier du lustre qui applaudit en amateur. Le solitaire paye demi-place et grossit la phalange des claqueurs. Il n'est pas précisément tenu d'applaudir, mais il applaudit tout de même, parce qu'il est bien élevé et que l'exemple est contagieux.
Sombre (La). La préfecture de police, — dans le jargon des voleurs. Le jour y a été ménagé avec parcimonie et la gaieté n'y brille pas précisément.
Sonde. Médecin; parce qu'il sonde, interroge le malade.
Sonder. Espionner.
Sondeur. Commis d'octroi. — Espion. — Libertin qui, soit au théâtre, soit au bal, profite de l'échancrure des corsa^-es pour y plonger un œil indiscret, et
qui prétexte, quelquefois, que le vide attire.
Sonner. — «Sonner un individu c'est le saisir par les oreilles ou par les cheveux et lui cogner la tête contre un corps dur. r, (P.
Mahalin, Les Monstres de Paris, 1880.) — « Ce n'est pas moi qui Ta sonné, a-t-il dit au juge. »
[Affaire de la Villette^ Petit-Journal, du 27 octobre 1878.)
Sonner. Etre à l'agonie, râler,
— dans le jargon des infirmiers.
— « Le râle se fit entendre, et le veilleuraprès l'avoir arrangé, s'en retourna en disant : il sonne le premier. » (Jean Journet, Cris et soupirs, 1840.)
Sonner (Se la). Bien dîner, — dans le jargon des voleurs.
Sonner un gosse. Se livrer à l'onanisme, — dans le jargon des barrières.
Sonnette. Petit émigré de Goniorrhe.
Sonnettes. Argent, argent qui sonne dans la poche. — « T'as donc pincé des sonnettes ? » (J.
Arago.) — « Sur les bords du canal, il est dangereux de courir passé minuit, quand on a des sonnettes en poches. » (Paris à vol de canard.)
Sophie (Faire sa). Se faire prier ; faire la sucrée. — Fais donc pas ta Sophie, chipie 1
Sorbonne . Tête. Autrefois , c'était la tête sur les épaules, la tête qui pense. L'autre, la tête coupée, était la tronche. Messieurs les assassins, qui ne sont jamais sûrs de conserver celte partie si essentielle de leur individu, avaient créé deux mots pour exprimer les deux maniè-
res d'être, de la tête. Aujourd'hui sorbonne n'est guère plus usité.
Sorgue. Nuit, soir. — Sorgabon, bonsoir, bonne nuit; qui ne vient pas du tout du basque g'a6o?i5bonsoir,com me l'a avancé V. Hugo. Sorgabon, c'est bon sorgue retourné.
Sorlot. Soulier, — danslejarjon des voleurs. — Foutre un coup de sorlot dans le tabernacle à faire sauter le saint ciboire, donner un coup de pied dans le ventre à décrocher le cœur.
Sorne. Nuit; pour sorgue. — Noir.
Sorte. Mensonge, bourde,mystification, — dans le jargon des typographes. — Au propre, les sortes sont les lettres de même caractère, de même sorte. — Chiquer des sortes, puiser dans la casse du voisin les lettres dont on a besoin.
Sorti (Etre). Avoir l'esprit ailleurs, êti'e distrait.
Sortie d'hôpital. Longue capote en forme de robe de chambre. Les variantes sont : Gâteuse, ulster.
Sortir par le cul. Ennuyer superlativement, horripiler à l'excès.
Souche (Fumer une). Etre enterré.
Soudrillard. Libertin.
Soufflant. Pistolet, — dans l'ancien argot. 11 souille la mort.
Soufflant. Trompette; également surnommé au régiment :
Trompion.
Souffler. Arrêter, mettre en prison, — dans le jargon des
filles. — • Pour des riens, pour des bêtises, soM/yZéepar les agents de police et mise à l'ombre, elle avait renoncé à sa liberté. « (E. de Concourt, La Fille Elisa.)
Souffler. Prendre. — Souffler une maîtresse.
Souffler son copeau. Travailler, — en terme de menuisier
Souffler sa veilleuse. Mourire
— dans le jargon des gardemalades.
Souffler mal. Avoir de mauvaises intentions. — Lorsqu'un voleur s'aperçoit qu'il a éveillé l'attention d'un agent, il dit : La donne souffle mal.
Souffler dans le poireau. i'eZîare. — Faire une mauvaise application de l'art deTulou. {Jargon des filles.)
Souffler des po-S. Dormir en soufflant de manière à produire une série de : peuh ! peuli ! La variante est : Fumer sa pipe. — « Le baron ne ronflait pas, mais, selon l'expression vulgaire et pittoresquement imaigée, il soufflait des pois. » (André Theuriet, La Revanche du mari.) — « Un homme si bon, si généreux, vous n'avez pas craint de le tromper!
— Monsieur le président, c'est que. . . — C'est que quoi ? — C'est qu'il souffle des pois, w
Soufflet à sa pelure (Avoir donné un). Porter un vêtement retourné.
Soufrante. Allumette. Allusion au soufre.
Soûlasse. Traître, trompeur.
(Colombey.)
Soûlasse (La grande). L'assassinat; l'habitude de Vi sassi-
nat. — Maquiller la grande soûlasse, faire le métier d'assassin.
Soûles (Compartiments des femmes). Compartiment réservé aux femmes seules en chemin de fer. [Jargon du peuple.)
Soulever. Filouter.
Soulographe. Ivrogne induré.
Soulographie. Ivrognerie cons titutionnelle.
Soulouque. Cinq et six d un jeu de dominos. Allusion à la ' couleur noire de feu ce potentat.
Soupape (Serrer la). Cherchei à étrangler son adversaire, — dans le jargon des ouvriers du fer.
Soupapes (Faire cracher ses).
Se griser, — dans le même jar gon.
Soupe au lait. Personne irascible. — S'emporter comme une soupe au lait, se mettre en colère pour un rien, à propos de rien.
Soupe (Tremper une). Corriger à coups de poing. — Battre l'ennemi, dans le jargon des troupiers.
Soupe au poireau (Faire manger la). Faire attendre. {V .poireau.) C'est la variante moderne de faire le poireau.
Soupe de ta tranche (Avoir).
Etre ennuyé par un camarade, avoir assez de lui, — dans l'argot du régiment. — J'ai soupe de ta tranche^ tu m'ennuies. — Variante : Avoir soupe de ta fiole.
Soupente. Ventre. — Jet' vas défoncer la soupente à coups de sorlots à diamants.
Soupente (Vieille). Vieille
femme laide et malpropre. — « La buraliste t'a appelée vieille «oupente? » {Tam-Tam, 46 mai 1880.)
Soupeser (Se faire). Se faire réprimanf]"r par le patron, — dans le jargon des employés de commerce.
Souquer. Rudoyer, frapper.
Souricière. Dépôt de la préfecture de police. C'est la partie du Palais-de-Justice où se trouvent les prisons affectées aux détenus qui attendent l'heure du jugement. — « Je fus conduit dans un cachot, que l'on nomme je crois, souricière, où je passai la nuit. » (Jean Journe't, Cris et soupirs, 1840.)
Souricière. Lieu où la police opère des râtles. Piège à malfaiteurs. — Débit de vin, garni, sous la dépendance de la police et où les malfaiteurs viennent se faire prendre.
Sous-off. Sous-offîcier.
Sous-mdtresse. Femme de confiance dans une maison de tolérance. — Elle surveille la consommation et il lui est défendu de consommer. — « Tout client, pour pénétrer dans les chambres, donne à la sous-maîtresse 1 franc. » (F. d'Urville, Les Ordures de Paris.)
Sous-merde. Moins que rien.
— Œuvre exécrable. Homme d'une incapacité absolue.
Sous-ventrière. Echarpe de M. le maire; écharpe de M. le commissaire.
Sous-ventrière (Tu t'en ferais péter la). Ça te rendrait trop fier. L'orgueil t'entlerait si fort Ique ta sous-ventrière en éclate-
rait. — Tu présumes trop de tes forces. — « Ma chère belle, voulez-vous accepter ma main...
pour ce soir? — Tu t'en ferais péter la sous-ventrière. » — Les variantes sont : Tu t'en ferais éclater le cylindre, tu ten ferais péter le nœud.
Sous verge (En). En second dans le commandement. {Argot des soldats de cavalerie.)
Sous-pied. Viande coriace qu'on prendrait pour un morceau de cuir, — dans le jargon des soldats de cavalerie.
Sous le lit (Etre). Se tromper, n'être pas au fait d'un métier.
Soussouille. Petit souillon.
Soutenante. Canne.
Soutirer au caramel. Soutirer de l'argent en employant la douceur et la persuasion. Le peuple dit plus ordinairement :
« Le mettre en douceur ».
Soyeux. Commis à la soieWe, — dans le jargon des marchands de nouveautés. Il y a un féminin qui, naturellement, fait
soyeuse.
Spectre. Ancienne dette qu'on avait oubliée et qui surgit à rimproviste.
Spectre de banco. Gros joueur ruiné qui se tient debout derrière une table de baccarat sans jouer, — dans l'argot des grecs.
Store. Œil, paupière. — Baisser les stores, baisser les yeux.
Stroc. Setier, mesure de vin; d'où mastroquet, marchand de vin.
Style. Argent. — « Nous vendrons ce butin à la première
occasion, et nos profondes u-u- Toni le style qui leur manque.— Chez les Zéphirs, où l'esprit est une denrée commune, l'argent est désigné par ce mot. » (A.
Camus.)
Style (Avoir du). Etre bien mis, iivoir bon genre. « Mâtin !
poursuivit Gavroche, tu as une pelure couleur cataplasme de graine dé lin et des lunettes bleues comme un médecin. Tu as du style t parole de vieux ! >> (V. Hugo.)
Stylé. Bien habillé, bien mis.
Suage. Assassinat. — Maquiller un suage, combiner un assassinat.
Sublime, Sublimisme. Dans
les ateliers ces mots sont synonymes de paresse, dégradation, avilissement. — « Lèpre capitale qui ronge les classes laborieuses. » (V. le très remarquable ouvrage du Sublime de M. De- 1 nis Poulot et V Assommoir de | M. Zola, où le Sublimisme a été 1 dépeint de main de maître.)
Sublime. Mauvais ouvrier qui fait plus de bruit que de besogne.— « On ne dit plus, en parlant d'un travailleur d'ordre, de conduite : c'est un bon ouvrier, et du paresseux, violent et ivrogne : c'est un mauvais ouvrier; on dit de l'un, c'est un ouvrier, de l'autre, c'est un sublime. »
(Le Sublime.)
Sublimer. Travailler pendant la nuit, — dans le jargon des polytechniciens. (L. Larchey.)
Sublimer (Se). S'avilir, tomber dans l'avilissement.
Subtiliser. Subjuguer, sédui-
re, — dans le jargon des femmes du peuple qui ont des prétentions au beau langage. — « Pardié ! y font tous comme ça les doucereux pour vous subtiliser. » (Mars et Raban, Les Cuisinières, 1837.)
Subtiliser. Dérober. — Qui
m'a subtilisé mon tire-jus? — Faignantjfas donc pas des mains, qu'il te faut un tire-jus2
Suçage de pomme. Embrassade.
Suce-larbin. Bureau de placement pour les domestiques des deux sexes.
Sucer la pomme (Se). S'embrasser.
Suceur, Suceuse de pomme.
Celui, celle qui embrasse iréquemment, qui a la manie d'embrasser.
Sucre (C'est un). C'est très bon.
Sucre (Casser du). Dénoncer, — dans le jargon des voleurs.
~ Médire, se moquer de, — dans l'argot du peuple.
Sucre (Manger du). Etre satisfait d'un éloge. — Etre applaudi, — dans le jargon des comédiens. On dit plus fréquemment aujourd'hui : Boire du lait.
Sucre à cochon. Sel.
Sucrer. Maltraiter; gagner quelqu'un au jeu et se moquer de lui, — dans le jargon des grecs.
Suée. Correction manuelle.
Suer une (En). Faire une valse, un quadrille, — dans le jargon des voyous. — « Ohé!
Titine! viens-tu en suer uue? »
(V*« Richard, Les Femmes des autres.)
Suer (Faire). Faire donner de l'argent, — dans le jargon des voleurs.
Suer (Faire). Ennuyer fortement. — Faire pitié, en terme de mépris. Mot à mot : c'est donner chaud à quelqu'un à force de débiter des platitudes.
Suei' Thémis (Faire). Eviter de tomber sous le coup de la loi, marcher sur les marges du Code. Dans le monde des voleurs, il existe des praticiens ou plutôt des pratique s y qui n'exercent pas d'autre métier. Ils vivent des conseils qu'ils donnent pour faire éviter les rigueurs de la loi.
Suer les cordes (Faire). Jouer d'un instrument à cordes. — 1 Faire suer les cuivres, jouer d'un i instrument de musique en cuivre, — dans le jargon des musiciens. Pour préciser, ils disent : faire suer le violon, faire suer le violoncelle.
Suer le lustre (Faire). Déplaire au public, — dans le jargon du théâtre. C'est-à-dire :
jouer si mal qu'on fait suer les chevaliers du lustre, les claqueurs. — « Quand Valcourt joue ici, il fait ordinairement suer le lustre. » {Musée Philipon, Théâtre de Bourg-en-Bresse.)
Suffisance (Avoir sa). Avoir bu autant qu'on peut noire. — « Je crois qu'il a sa suffisance. »
{Ces dames du Casino, 1862.)
Suif. Forte réprimande.
Suiffard. Riche.
Suif fard. Tricheur, grec. —
Les suiffards se mettent au vert pour charrier des types.
Suifferie. Tripot. — « Ce qu'on sait moins, ce sont les noms des cercles dont la spécialité est de donner à jouer et de prendre pour la cagnotte. Savourez l'élégance de ces noms : La Suiferie, Gredins'club, les Bonnets verts, les Papas « neuf », les Frères séquenciers,Chenapan club, les Souliers percés. » {Figaro, du 6nov. 1878.)
Supitre. Tramway. Par altération pour pupitre, et par allusion aux sièges des cochers de tramways qui ressemblent assez à des pupitres. (Jargon des voyous.)
Suisse (Faire). — « Ce mot, à la caserne, équivaut à une injure indélébile. — Faire suisse, c'est vivre seul, mesquinement, sans relations amicales et sans appui ; c'est entasser son prêt, lésiner, thésauriser, s'imposer des privations volontaires ou dépenser sournoisement son argent loin des autres. » (A. Camus.)
Suissesse. Absinthe coupée avec de l'anisette ou de la gomme.
Suivez-moi, jeune homme.
Longs rubans tlottants, brides de soie ou de velours, cfue les femmes portaient en 1869-72, derrière la tête ou fixés au col de leurs pardessus. — « Nous avons gardé nos suivez-moi jeune homme. » (Grévin.)
« Ces longues brides, que l'on nomme » Aussi des suivez-moi, jeune homme. »
(A. Pommier, Paris 1867.)
Suivre le soleil. Aller travailler à^la journée chez les parti*
culiers, — dans l'argot des tailleurs. (A. Delvau.)
Sur le gril (Etre). Griller d'impatience ; cuire dans le jus de l'anxiété. — Le condamné qui attend le verdict du jury est sur le gril.
Surbine. Surveillance de la haute police.
Sûreté (La). La police de sûreté.
Surfine. Sœur de charité.
Surgebé (Etre). Etre condamné en dernier ressort.
Surgebement. Rejet du pourvoi d'un condamné.
Surin. Couteau, — Suriner, tuer à coups de couteau. — Surineur, assassin qui travaille au couteau. Ce sont des dérivés de suer, suage.
Surse (Faire la).— -« Quand on s'amuse (au magasin), un des commis fait la surse. Faire la surse, c'est faire sentinelle. La sentinelle veille et observe, et dès que le patron apparaît, un cri de convention, qui ne peut éveiller aucune défiance, retentit dans le magasin et se répète d'un rayon à l'autre. Comme par exemple 8.50! ou 9.50! »
{Commis et demoiselles de magasin, 1868.) Longtemps le mot d'ordre fut sur seize! L'hiver dernier, aux magasins du Printemps, c'était : « Voyez gants Suède n° 1 », ou « voyez Suède
I ». — Nous laissons à de plus savants que nous le soin d'éclaircir l'étymologie et d'affirmer .si le surse de MM. les calicots vient du latin sursum. Pourquoi pas?
II doit y avoir de bons latinistes parmi ces gentlemen. Il y a
bien un ancien prix d'honneur de rhétorique actuelJement cocher de fiacre, et un docteur ès-Jettres, chiffonnier.
Sultan (Le). Le public, — dans le jargon des sociétaires de la Comédie-Française, fidèles gardiens du beau langage, de la tradition et des belles manières.
Sylphider (Se]. Se sauver, — dans le jargon au peuple.
Symbole. Tête; chapeau.
Symbole. Crédit, compte ouvert chez un marchand de vin, un restaurateur, — dans le jargon des typographes. — Symbole fait ici allusion au symbole des apôtres, au Credo, et credo est une forme argotique de crédit. Ce jeu de mots n'est pas au-dessous des connaissances de beaucoup de typographes. — Avoir, demander symbole.
Symphoneries. Bêtises, — dans le jargon du peuple. — Lâcher des symphoneries, dire des bêtises.
Synagogue (C'est). C'est synonyme, — dans le jargon des farceurs.
Système. Un mot fort en crédit chez les ouvriers qui le mettent devant un autre avec le sens de : daîis le goût de, comme chez, semblât le à. — Système Jardinière, habillement complet.
— Système Finaud, chapeau haute forme. — Système ballon, grossesse etc., etc. Le champ est vaste, aussi est-il très exploité.
Système (Se faire sauter le). Se brûler la cervelle.
i-ystéme (Rompre le). Agacer, porter sur le système nerveux.
Système (S'en faire péter le).
Faire, entreprendre une chose au-dessus de ses forces.
Tabac (Manufacture de). Ga-
.serne.
Tabac à trois sous labrouette.
Tahac de cantine, — dans le jargon des soldats.
Tabac (Passage à). Voies de faits auxquelles se livraient, encore au commencement de 1879, les agents de police envers certains prisonniers.
Tabac (Passer au). Maltraiter, brutaliser, bourrer de coups, — dans le jargon de la police.
— « Quand je suis arrivé au service de sûreté, j'ai demandé aux anciens la cause des cris que poussaient des prisonniers, et ils m'ont répondu : Ce sont des individus qu'on ligote fortement en leur demandant s'ils veulent casser du sucre. On appelle cela passer au tabac. » {La Lanterne^ compte-rendu du procès de la Lanterne, déposition de M. Cousin, inspect. de police, 23 janv.
1879.)— « M. Tard, inspecteur de police, déclare qu'en décembre 1876, il a vu amener un jeune homme de dix-huit à vingt ans qui refusait de donner son nom ; on lui a lié les mains si fortement que le sang a coulé, et comme il persistait à garder le silence, on l'a menacé ae chauffer une barre de ter et de la lui passer sous la plante des pieds. »
{IderUf idem.)
Tabac (Donner du, Coller du).
Battre-. — Réprimander fortement.
Tabatière (Ouvrir la). Sacrifier à crepitus ventris.
Tabernacle. Derrière, — dans le jargon des voyous. — Je te vas défoncer le tabernacle. — Ouvrir le tabernacle, sacrifier à crepitus.
Table (Faire le tour de la).
En style de gastronome, c'est manger de tous les plats qui sont servis dans un dmer.
Table (Se mettre à). Dénon-; cer un complice.
Tablette. Brique.
Tablier de cuir. Cabriolet.
Tablier blanc. Bonne d'enfants. La dame aux Camélias du troupier.
Tafe, Taffe, Taftaf, Taftas.
Peur ; fuite. — « Le taf est cette impression étrange qu'éprouve le lièvre devant le chasseur, le soldat au premier coup de canon, et l'acteur au moment d'entrer en scène... Un soir qu'Harel le voyait (Frederick Lemaître) vider une bouteille dans la coulisse : — Que diable faites-vous?
lui demanda-t-il? — Je noie le taf, répondit Frederick. » (Paris-Comédien.) Un exemple de ce mot a été relevé par M. Fr. Michel duos les biyarrures et tou-
ches du seigneur des Accords , 1808. — A la Cour des Miracles (xii* siècle), on appelait thafurs, les vagabonds. Les vagabonds n'ont jamais précisément brillé parle courage. Pourquoi thafur n'aurait-il pas fait taf, peur, et taffeur, poltron?
Taffer. Avoir peur. — TaffeuVy tafeuse, poltron, poltronne.
Taffouilleux. — « Chiffonnier de la Seine, écumant ses bords, ramassant les épaves et volant au besoin. » (F. du Boisgobey.j Ce sont les anciens ravageurs d'E. Sue. Mot à mot : qui fouillent dans les tas.
Taillage. Désertion momentanée de l'atelier, fugue d'un jour ou deux, — dans le jargon des apprentis. — Mot emprunté aux collégiens.
Taille. Terme de maisons de jeu. — « Mais comme il (le croupier) ne peut tenir tout ce paquet de jeux à la main, il le taille ensuite avec de petits cartons en parties à peu près égales, prenant successivement, ensuite, dans le cours du jeu, les paquets partiels séparés par ces cartons. » [Les Joueuses^ 1868.)
Tailler. Tenir la banque au baccarat. — « Avoir une veine pareille et ne pas tailler! »
(Vast-Ricouard, Le Tripot.) — Bien tailler, gagner à la banque ; mal tailler f y perdre, mal connaître le jeu.
Tailler une basane. Exécuter le geste familier aux voyous, geste qui consiste à s'administrer une claque sur la cuisse et à relever vivement jusqu'au bas ventre la main, paume ouverte, les quatre derniers doigts bat-
tant l'air. L'expression appartient aux soldats de cavalerie qui ne craignent pas d'exécuter ce geste sur la basane de leur culotte.
Tailler une croupière. Surpasser, distancer moralement ou physiquement, — dans le jargon des soldats de cavalerie.
Tailler l'école, le collège.
Faire l'école buissonnière; aller galopiner, aller jouer aux billes au lieu d'aller en classe.
Tailleuse de plumes. Fille qui boit de l'eau-de-vie à même la bouteille.
Tal. Derrière. — Tapeuse du tal, fille publique qui en remontrerait à la femme de Loth.
— Taper dans le tal, faire rétrograder Efos.
Talbin. Huissier, — dans le jargon des voleurs.
Talbin, Tailbin. Billet à ordre, — dans le même jargon.
— Talbin de la carre, billet de banque. — Talbin d'encarade, billet de théâtre; mot à mot : billet d'entrée. — Talbin de la sèche, billet mortuaire.
Talons courts (Avoir les). Se dit d'une femme que le moindre souflle de l'amour renverse dans la position horizontale.
Tambouille. Ragoût de ménage; cuisine sans prétention.
Tambour. Brigadier-fourrier,
— dans l'argot des dragons.
Tambour. Chien. — Battre du tambour, aboyer.
Tampon (Coup de). Coup de poing.
Tamponner. Donner un coup de poing.
Tam-tam. Vacarme; dispute.
Faire du tam-îam.
Tangente. Epée, — dans l'argot des polytechniciens.
Tanner. Ennuyer par des redites. — Tanner le cm>, battre.
Tante. Etre hybride que Balzac a nommé le troisième sexe, et Vidocq la femme des prisons d'hommes. — Toutes les tantes ne sont pas des assassins, mais tous les assassins sont des tantes.
« Homme ou femme ? On ne sait. Ça rôde,
[chaque soir,
• En tous lieux où le gaz épargne un peu
[de noir,
« Et ça répond au nom de : La Belle
[Gug liste. »
(J. Dementhe,)
Tante (Ma). Nom donné, plus particulièrement, par les étudiants et les commis, au Monlde-Piété. Comme l'argent qu'ils retirent d'un gage est presque toujours destiné A une partie de plaisir, c'est ma tante, la femme à mon oncle, qui est censée l'avoir fourni. Les ouvriers qui ne s'adressent à cet étabhssement que pour pouvoir subvenir aux besoins les plus impérieux, lui ont donné le sombre nom de « clou ».
Tapage. Séduction exercée sur une femme. Est d'un degré plus relevé que le levage, en ce sens que la femme iapée songe moins àses intérêts qu'au plaisir qu'elle aura.
I Tapage. Emprunt.— FoH^apage, emprunt d'une forte somme.
Tape-à-l'œil. Chapeau mou, — dans le jargon du peuple. — « Ils avaient des tape-à-l'œil flambant neufs, des pantalons à raies avec des pièces entre les
cuisses. » {Huysmans, Les Sœurs Vatard.)
Tapé. L'expression si populaire de « c'est tapé », pour « c'est réussi », nous la trouvons déjà en 1823 dans le Voyage à Sainte- Pélagie, d'Emile Debraux. — «En voilà un (un vers) : il m'a donné bien du mal, c'est vrai; mais aussi comme c'est tapé! » — ( Jup ter avait une honnêteté, Mars était tapé, n (Zola, Nana). - TJn travail tapé, un discours tapé.
Tapé à l'as. Tout ce qu'il va» de plus soigné. — « Je vais vous fricoter un dîner, là... tapé à l'as. » (A :^ uvier, Auguste Manette.)
Tapée. Foule. Une tapée, un tas. — Nous avons boul.tté une jolie tapée de moules.
Taper. Séduire à première vue une femme. — Elle est tapée, elle en tient. C'est une abréviation de taper dans Vœily mais applicable seulement a une femme.
Taper dans l'œil. Fascinr, produire une vive impression.
— Cette femme m'a tapé dans Vœil.
Taper. Etourdir, porter au cerveau. — Le vin tape sur la coloquinte.
Taper. Emprunter. Pour certaines gens, an^ demande d'argent à laquelle ils ne peuvent se soustraire équivaut à un coup qui les frappe... d'épouvante; de là taper. — « Il songea un instant à taper Théophile, mai« il était déjà son débiteur de dix louis. » (Vast-Ricouard, Le Tri-
j pot.)
\ Taper (S'en). Boire énorme-
ment. — «Allons-nous nous en taper!... Je vous donnerai l'exemple. )) (Scribe, VHonnem- de ma fille, 1836.)
Taper de l'œil. Dormir.
Taper sur les vivres, sur la bitture. Manger avec voracité.
— Taper sur la boisson, boire avec avidité.
Taper dans le tas. Prendre au hasard. — Frapper au hasard.
Taper sur le ventre, sur la baraque (Se). Sacrifier au jeune Onan.
Taper dans le mille. Réussir.
— Donner du pied au derrière.
— Bing ! enplein dans le mille. Allusion au jeu de Siam, au tir à la cible.
Tapeur, tapeuse. Emprunteur, emprunteuse de profession.
Il y a des gens qui n'ont pas d'autre moyen d'existence. Longtemps le passage Jouffroy et la partie du boulevard comprise entre les rues du faubourg Montmartre et Drouot ont été de préférence fréquentés par les tapeurs. {V. les Soupeurs de mon temps, par Roger de Beauvoir, Portrait du marquis de Saint- Cricq.)
Tapette. Faux poinçon servant à marquer les objets d'or et d'argent. (Fr. Michel.)
Tapette. Bavard. — Jeune tante. De quatorze à vingt ans c'est une tapette, de vingt à...
c'est une tante.
Tapin, Tape-à-mort. Tambour.
Tapis. Auberge, cabaret. — Tapis vert, table de jeu. — Tapis de grives, cantine militaire.
— Tapis de dégelés, la Morgue.
— Tapis de refaite, table d'hôte.
— Tapis bleu, le ciel.
Tapis, tapis d'endossé. Châle,
— dans le jargon des voleurs; mot à mot : tapis pour le dos.
Tapis brûle (Le). Terme des joueurs lorsqu'ils ont hâte de commencer une partie.
Tapis (Etre au). Ne plus avoir le sou pour jouer, regarder les autres jouer, •— dans l'argot des vieux joueurs. — «Quand nous voyons un homme au-dessous de toutes affaires, nous le disons estre réduit au tapis, manière de parler que nous empruntons aux joueurs. » (Pasquier, Recherches, liv.VIII, ch. 47.)— «L'on en voit qui, de pauvres qu'ils ont esté, ou par procès, voyages ou guerres, sont au tapis. » (Brantôme, Vie des dames galantes.)
Tapisserie. Figurante du grand monde. — Femme que l'on invite pour faire nombre, femme que l'on n'invite jamais à danser. — Faire tapisserie.
Tapissier, Orgue tapissier.
Aubergiste, cabaretier, logeur.
— Tapissière, cabaretière, logeuse en garni.
Tapoteur, tapoteuse de piano.
Joueur, joueuse de piano qui martyrise et l'instrument et l'auditoire,
Tapotoir. Piano, — dans le jargon des soupeuses. — <t Garçon, donnez-nous le cabinet du tapotoir. » {Ces dames du Casino, 4862.)
Taqueté. Terme chorégraphique. — « C'est la vivacité, la rapidité^ Cô sont les petits temps
aei
sur les pointes : c'est Essier. »
(Ch. de Boigne.)
Tarauder (Se). Se disputer.
Taroque. Marque du linge.
Taroquer. Marquer du linge.
Tarre. Pour tire. -- Vol à la tarro. (L. Larchey.)
Tartare. Garçon de salle chargé d'empcchcr de sortir, entre deux classes, les élèves externes qu'une pension envoie au collège.
Tartare. Second ouvrier tailleur, ouvrier qui aide le bœuf.
Tarte, Tartelette. Mauvais, faux, — dans le jargon des voleurs.
Tartine. Long couplet de prose ou de vers, — dans le jargon des comédiens. — Long, filandreux et soporifique article politique, — dans le jargon des journalistes. Allusion à la longue tranche de pain enduite de confiture.
Tartiner. Ecrire un long article pour ne rien dire.
Tartines. Vieux souliers.
Tartinier. Rédacteur qui fait la tartine dans un journal.
Tartir. Aller à la selle.
Tas. Personne sans énergie.
Tas de pierres. Prison.
Tas (Faire un). Aller copieusement à la selle.
Tas (Prendre sur le). Prendre en flagrant délit de vol.
Tasse. Verre de vin, ~ dans le jargon des typographes. — Le temi[)S d'aller boire une tasse.
Tasse. Pot- de- chambre, —
dans le jargon du peuple. — « Passez-ieur-z'y une tasse! »
(Huysmans, Les Sœurs Vatard.)
Tasse (la grande). La mer. -- Boire, à la grande tasse ^ faire naufrage, se noyer.
Tasseau, Tube. Nez, ~ dans
le jargon des voyous. — Se sécher le tasseau, se vider le tuhe, se moucher. — Se piquer le tasseau, se coiffer le tube, se soLiler.
Tâte-minette. Sage -femme.
(L. Larchey.)
Tâtez-y. Petit bijou en forme de cœur que les jeunes personnes portent sur la poitrine, à la
naissance de la gorge.
Tatouille. Grêle de coups.
Taudion. Pour taudis; méchante petite chambre, sale cabinet meublé. — « J'ai tout mis au c/oif pour becqueter et payer le taudion où nous couchons moi et Jenny. » (Encore une industrie inconnue.) — « Puis il l'appela et la fit monter dans sa chambre, un taudion formé de lattis et plâtre. » (Huysmans, Marthe.)
Taule, Toile, ToUart. Bourreau, — dans l'ancien argot. — C/«rtr/o^,''sous la Révolution. — Bêquillard, après la Révolution.
— Le Mecque de la camarde^ de nos jours.
Tauper. Travailler.
Taupe. Maîtresse d'un soule-
I neur. Terme méprisant à ! dresse d'une femme.
Taupage.
chel.)
Egoïsme. (Fr. Mi-
Taupin. Elève du cours des mathématiques spéciales. Les taupins se divisent en trois
classes : le Bizut, élève de première année; le Carré, élève de deuxième année, et le Cube, élève de troisiènne année. Le Carré passe pour être quatre fois plus abruti que le Bizut et le Cube neuf fois plus, — dans le jargon des élèves de mathématiques spéciales.
Taupin. Nom donné à l'artilleur, — dans le jargon du régiment. Allusion à la taupe qui passe pour avoir la vue basse.
Nombre d'officiers d'artillerie sont dans ce cas et portent lunettes. M. L, Larchey donne encore ce nom de taupin au soldat du génie.
Taupinière. Cours de mathématiques spéciales, — cours préparatoire pour l'admission à l'École Polytechnique.
Te deum raboteux. Scène de ménage avec accompagnement decoupsde poing. — Faire chanter un te deum raboteux à la bourgeoise, battre sa femme jusqu'à ce qu'elle crie.
Teigne. Méchant, taquin et, vulgairement, méchante teigne.
Teinturier. Manœuvre de lettres, chargé de corriger, de faire même l'œuvre d'un autre et qu'un autre signera. Voltaire a été le teinturier de Frédéric le Grand. — « Une espèce de petit-collet, teinturier, chargé de soumettre le génie de madame aux règles delà syntaxe. »
(Jouy, Guillaume le franc-parteur.)
Télégraphe sous-marin. Langage des pieds en omnibus, au théâtre, à table.
Tempérament (A). Payement I)ar fraction de moi.^ en mois. —
Acheter à tempérament, acheter avec la faculté de payer tant par mois. Ce genre d'opération esttrès usité entre filles galantes et marchandes à la toilette. Ces dames, qui ont le petit mot pour rire, appellent encore ce mode de payement : « A tant par amant ». — « Elle leur avance les sommes nécessaires, qu'elles remboursent à tempérament. » (F. d'Urville, Les Ordures de Paris,)
Temple. Vêtement d'occasion c'est-à-dire acheté au Temple,
Tenante. Chopine ; et particulièrement, chopine d' eau-devie.
Tenir (En). Etre amoureux.
— Je crois qu'elle en tient pour lui. — Etre trompépar sa femme.
Mot à mot : tenir des cornes. — Et vous dites que sa femme t'aurait... Il y a beau jour qu'il en tient.
Tenir la chandelle. Manger son pain sec au fumet du bonheur d'un couple. Variante :
Marquer les points.
Ternaux. Cachemire qui n'a rien à voir avec son frère des Indes. Châle français ; le rêve des portières, la cauchemar des élégantes.
Terreau. Tabac à priser.
Terre-Neuve (Banc de). Partie du boulevard comprise entre la Porte Saint-Denis et la Madeleine, — dans le jargon des souteneurs. — « Lcsmacs disent par abréviation: Aller au banc; c'est aller à la recherche d'une femme. Le soir il viendra voir ledéfilédubancde Terre-Neuve; il trouvera là son affaire dans
les prix doux. » (Le Sublime.) Le poisson s'est fait pêcheur. 11 va à Terre-Neuve pêcher une morue. — « Les mœurs des maquereaux sont assez connues pour qu'il ne soit pas besoin de vous apprendre qu'ils fraient de préférence avec les morues. »
[Tam-Tam du 6 juin 1880.)
Terrer. Guillotiner.
Terreur (La). C'est le surnom que donnent au plus fort d'entre eux les souteneurs d'un même quartier. Il j a la Terreur de Montrouge. et la Terreur de Vincennes, Za Terreur de Belleville et la Terreur de Grenoble, etc..
Tesière. Toi. Et les variantes:
Tésigo, tésigue, tésingard.
Tesson. Tête. — Mauvaise tête.
Faire son tesson^ n'en faire qu'à sa tête.
Têtard. Têtu, entêté.
Tétasses. Seins de la Vénus Hottentote; grands pendards, selon l'expression de Voltaire.
Tête carrée. Allemand.
Tète de Turc. Dynamomètre vivant, soutire-douJeur, mystifié, bouc émissaire.
Tête de buis. Crâne dénudé.
Tête à corvées. Imbécile, tête d'idiot, — dans le jargon du régiment.
Tête deveau. Individu chauve.
— Figure pâle et grasse ; et, encore, tête de veau lavée, par allusion aux tètes de veau trempant dans les baquets des bouchers.
Tête qui dépasse les cheveux
(Avoir la). Etre chauve.
Tète (Faire sa). Faire des
embarras; prendre des airs importants. — « Ça veut faire sa tête et ça ne sait pas seulement lire. » (V. Rozier, Les Bals publics à Paris.)
Tête (Se faire une). Se grimer; prendre la physionomie particuhère au personnage que l'acteur représente. Les mouchards et les comédiens habiles excellent dans l'art de se faire une tête.
Téter. Boire. — Donnez-y donc à téter à ce soûlot et qu'il ne gueule plus !
Téton de satin blanc tout neuf. Sein de jeune fille. L'expression est de Marot. Elle estencore usitée de nos jours. — «Des nichons lui étaient venus, une paire de nichons de satin blanc tout neufs. » (E. Zola, L'Assommoir.)
Tétonnière. Femme aux puissantes mamelles. Femme digne de jouer les Junons à la ville, au théâtre et aux champs.
Têtue, Tiquante. Epingle.
Théorie dans les coins (Savoir
sa). Savoir parfaitement sathéorie, — dans le jargon des soldats.
Thomain. Rôle effacé, bout de rôle, — dans le jargon des comédiens
Thomas. Pot-de-chambre haute forme. Allusion au verset de l'hymne de Pâques : Vide Thomas, videpedes, vide manus.
— La mère Thomas, la veuve Thomas, chaise percée. — Avoir avalé Thomas, avoir l'haleine fétide.
Thune. Pièce. — Thune de cinq balles f pièce de cinq francs.
— Thune de camclotte, pièce d'étoffe.
Tiche. Profit, — dans le jargon des commis de la nouveauté.
Ticquage. Mouvement de haut en bas exécuté avec la main qui lient les cartes et aussitôt réprimé. — Le ticquage indique aux j autres joueurs que celui qui l'a fait a pris le point sept au baccarat pour le point de huit.
Ticquer, Ticker. Faire le mouvement, aussitôt réprimé, d'abattre ses cartes, — dans le jargon des joueurs. — « Une émotion violente leur contractait le cœur, lorsque, tickant par distraction, il faisait le geste d'abattre. » (Vast-Ricouard, Le Tripot.)
Tierce. Agents de police en nombre, — dans le jargon des voleurs. — Caletons, il y a de la tierce, sauvons-nous, il y a beaucoup d'agents de police.
Tierce Maj or . Tierce maj eure, au jeu de piquet.
Tigne, Tine. Rassemblement, foule, — dans le jargon des voleurs.
Tigner d'esbrouffe. Voler à la faveur d'un rassemblement.
Tigre. Elève de la danse à rOpéra, qui a eu la chance d'être remarquée sous plus d'un rapport. Le tigre est la seconde incarnation du m^; c'est un rat qui a fait son chemin.
Tigre. Urinoir des étages dans les casernes. — Pourquoi tigre?
Est-ce parce que ce récipient est altéré... d'urine comme le tigre est altéré de san^; ou encore parce que les parois en sont tacbctéus i'
Tigre à cinq griffes. Pièce de ^ cinq francs. — « Quand le café était pris, un de la bande se détachait pour aller à la chasse du tigre à cinq griffes. » [Paris- Bohême, 1854.)
Timbale (Décrocher la). Surpasser, remporter un avantage sur ses rivaux, sur ses concurrents. — « Celui qui a décroché la timbale lyonnaise ne vaut pas mieux comme opinion que l'ex-pensionnairede Clairvaux.»
[Le Triboulet, du 13 juin 1880.) |
Timbre (Salle du). Salle voi- ^' sine de la cuisine où la viande et le poisson reposent sur des dalles maintenues fraîches par de la glace. — « Dans les grands établissements, le timbre consomme en moyenne trois cents livres de glace par jour. » (Eug.
Chavette, Restaurateurs et restaurés, 1867.)
Tinelte. Bouche, — dans le jargon des voyous. — Couvre ta tinette, mets un liège à ta tinette^ tais-toi.
Tinette. Botte. (L. Larchey.)
Tinteur. Jeune tante, — dans l'ancien argot.
Tique (Soûl comme une). Soûl à ne plus pouvoir bouger. — «Ils étaient déjà soûls comme des tiques. » (E. Zola.) Allusion à la tique, petit insecte qui s'attache aux oreilles des chiens, des bœufs et qui se soûle de sang.
Tirage. Difficulté. — « Il y aura du tirage. » (E. Augier, les Fourchambaultf 1878.)
Tirage. Action de tirer une carte, terme de joueurs de baccarat. — « Le tirage à cinq est
un des points les plus controversés de baccarat. » (Vast-Ricouard, Le Tripot.) — U7i beau tirage, prendre une carte qui constitue un beau point.
Tiraillon. Apprenti voleur à la tire. — « Vêtus très mesquinement, souvent même en blouse, ils se bornent à fouiller les poches des habits et des paletots, et exploitent ordinairement les curieux qu'un événement fortuit rassemble dans les rues ou qui forment cercle autour des chanteurs ou des saltimbanques. » (Mémoires de Canler, 1862.)
Tirante. Jarretière. — Cordon de sonnette.
Tirants. Bas. — Tirants de triînilets, bas de fil. — Tirants de fllsange, bas de filoselle. — Tirants doux, tirants radoucis, bas de soie.
Tire. Vol exécuté dans la poche des autres.
Tire (Ça se). Cela tire à sa fin, — dans le jargon des troupiers.
Tire à la chicane. Vol pratiqué en aifectant une pose napoléonienne, les mains derrière le dos. — Vol commis en tournant le dos à celui dont on allège les poches. C'est le summum de l'art du vol à la tire.
Tire-bogue. Filou qui a un faible pour les montres.
Tire -fiacre. Viande aussi coriace que de la viande de cheval. i
Tire-gosse, Tire-môme. Sagefemme.
Tire-jus. Mouchoir, — Tirejuter, se moucher.
Tirelire. Derrière. — « S'il a envie de se faire coller un atout dans la tirelire. )> {Tam-Tam du 6 juin 1880.)
Tirelire. Gagne-pain des fiUes de joie.
Tirer. Voler à la tire.
Tirer. Avoir peu de temps à rester au régiment. Mot à mot :
la fin du service mili-
à la conscriple jargon du
tirer à taire.
Tirer. Tirer tion, — dans peuple.
Tirer. Tirer une carte ou demander une carte au jeu de baccarat.
Tirer. Subir une condamnation. — Combien que tu tires ? par abréviation pour : combien tirestu de longes ?
Tirer une râpée. Sacrifier à Vénus, — dans le jargon du régiment.
Tirer à la ligne. Délayer un article de journal, l'allonger, non plus avec des alinéas et des blancs comme pour le choufliquage, mais avec des épithètes, des synonymes, des périphrases.
Tirer une dent. Soutirer de l'argent sous un faux prétexte.
Tirer le chausson. Décamper.
Tirer aux grenadiers. Forger une histoire pour emprunter de l'argent.
Tirer au mur. Se passer de, se priver, — dans le jargon des soldats. (L. Larchey.)
Tirer une coupe sur le grand fleuche. Aller à la Nouvelle-
Calédonie, des voleurs.
dans le jargon
Tirer sa longe. Traîner la jambe. — Expression primitivement appliquée à la démarche des forçats libérés.
Tirer au renard. Pour un cheval, c'est lever le nez en l'air, quand on le tient par la bride ou qu'il est attaché au râtelier, — dans le jargon des soldats de cavalerie. — Tirer au vent, c'est quand le cheval portant son cavalier lève la tête. 11 n'y a pas moyen d'arrêter un cheval emballé qui tire au vent.
Tirer au flanc. Manquer à sa parole, ne pas tenir ce qu'on a promis, — dans le jargon du régiment.
Tirer ses guêtres, Se la tirer.
Se sauver, partir. Variantes :
Tirer sa coiipe^ se tirer des pattes.
Tirer son plan. Subir un emprisonnement.
Tirer la ficelle. Sacrifier à Onan.
Tirer la langue d'une aune.
Etre très altéré. — Etre misérable.
Tirer les pattes (Se). Bâiller en allongeant les bras au-dessus de la tête.
Tirer d'épaisseur (Se). Sortir d'un mauvais pas.
Tirer une d'épaisseur (En).
Mot à mot : tirer une énorme carotte. — En tirer une de longueur ^ même signification.
Tireur. Voleur à la tire.
Tiretaine. Tireur de campagne. — Voleur à la tire qui fait
un peu de villégiature. C'est dans les loires de village que le tiretaine fait de bonnes récoltes.
Tiroir. Suppression d'une ou de plusieurs cartes dans le but d'aider la chance. — «Le tiroir se pratique à tous les jeux, notamment au piquet, par l'enlèvement des trois as. » (A. Cavaillé, Les Filouteries du jeu.)
Tiroir de l'œil. Economies
provenant de la gratte^ — dans le jargon des ouvriers et ouvrières à façon.
Tirou. Petit chemin, chemin de traverse, — dans le jargon des voleurs.
Tirer des balladoires (Se).. Se sauver; c'est-à-dire : se tirer des jambes. Les balladoires, ce sont les jambes, qui servent à la ballade.
Titi. Nom intime du gamin de Paris.
Titi. Typographe.
Titi. Volaille, — dans le jargon des chiffonniers.
Toc (Du). Du cuivre, bijou en imitation.
Toc, Toque, Tocasson. Laid, désagréable, qui a peu de valeur. — Elle est rien toc cette gonzesse ! cette femme est très laide.
Toc, Togue, Toque. Amusant, amusante. — Rusé, rusée.
Tocasse. Méchant, méchante.
Tocasserie. Méchanceté.
Tocasson. Femme laide et vieille, ridiculement accoutrée.
— Quel tocasson!
Toile (Faire de la). Ne pas
DIGTIONNAIRt: D ARGOT MODERNE.
manger faute d'argent, — dans le jargon des tailleurs.
Toilette (Faire la). Couper les cheveux à un condamné à mort pour faciliter la décollation.
Toilette (Faire sa). Vaquer aux soins de propreté tout intimes, — dans le jargon des bourgeoises qui ne craignent pas l'eau.
Toiture. Chapeau d'homme.
Tôle, taule. Maison.
Tolède. Excellent, de qualité supérieure. Mot dont on a usé et abusé lors des beaux jours de l'école romantique; aussi démodé* que l'école elle-même.
Tout était de Tolède, par allusion aux fameuses lames si exploitées dans les drames du temps. — Parapluie de Tolédt', femme de Tolède, montre de Tolède. Le plus souvent enjoignait l'adjectif bon, bonne,pour mieux observer la couleur locale.
Tombage. Emprunt fait au jeu et qu'on ne rendra jamais.
Tombe dur (Ça). Il pleut à verse.
Tomber. Séduire ; obtenir les faveurs d'une femme. — <* Pour lui faire la cour, pour arriver à la tomber, il faut, etc.. On tombe sans grand'peine une brune. « (Mémoires de Rigolboche.)
Tomber. Vaincre moralement, terrasser moralement son contradicteur; terme que les journalistes ont emprunté à l'argot des luUeurs.
Tomber. Retourner en prison. — Tombé malade, repris.
Tomber. Aooaraître sur le
tapis vert, — dans l'argot des joueurs. — Quand un joueur dit : un louis qui tombe, il annonce qu'il fait un louis au jeu et qu'il va le mettre sur le tableau. — « Vingt-cinq louis qui tombent! cria Servet en quittant le gérant, et en se précipitant à table. » (Vast-Ricouard, Le Tripot.)
Tomber en litharge. Etre au secret, par corruption pour :
tomber en léthargie.
Tomber en figure. Faire une fâcheuse rencontre, se rencontrer nez à nez avec un importun, avec un créancier, avec une ancienne maîtresse.
Tomber dans le bœuf. Etre réduit à la misère.
Tomber sur le dos et se faire une bosse au ventre. Faire une chute amoureuse qui entraîne une grossesse.
Tombeur. Séducteur. — « Le grand Lolo, dit le tombeur des belles, fouilla, du haut de son siège, les deux voyageuses d'un petit coup de fouet d'amitié. »
(E. de Concourt.)
Tombeur. Celui qui vit d'emprunts au jeu.
Tombeur. Critique impitoyable. Polémiste qui l'emporte sur son contradicteur. — « Cette fois le tombeur de M. Bûcheron a pleinement raison. » (E. de Girardin, la France du 23 août 1877.)
Tombeur. Mauvais acteur avec lequel la meilleure pièce court le risque de ne pas réussir.
Tondeur d'œufs. Avare, tracassier.
Tondre. Prendre une carte à son adversaire, couper, — dans le jargon des joueurs.
TonnQ^u. Acabit. — Etre d'un bon tonneau, être grotesque, ridicule. — Etre d'un fort tonneau, 6lre fort bête.
Tonneau diviseur. Fiacre, — dans le jargon des voyous. — Médcme, faul-y faire avancer vof tonneau diviseur ?
Tonnerre de poche. Crepitus ventris. (ScaiTon.)
Toper. S'accoster en se donnant la main; — terme de compagnon du devoir.
Toper. Mettre la main sur quelqu'un ou sur quelque chose,
— dans le jargon du régimont.
— Lapatromlleatopéunpochard.
— Un pochard a topé mon mouchoir. C'est un mot emprunté à l'argot des compagnons du devoir et auquel on a donné un sens plus général.
Topiser. Reconnaître, regarder avec attention, — dans le jargon des grecs.
Topo. Remontrance de professeur à élève, — dans ie jargon des collégiens; du grec topos, lieu commun, discours banal.
Topo. Topographie, par apocope.
Topo. Etat-major. — Officier d'état-major.
Toquade. Manie, caprice amoureux, amour passager. — Avoir des toquades, s'éprendre facilement de quelqu'un, avoir fortement envie de quelque chose. — Elle a des toquades pour le premier venu.
Toquante, Tocante. Montre.
Allusion au toc-toc du mouvement.
Toqué. Maniaque, excentrique. — « Et cependant Carnavalho n'était pas fou; il n'était que toqué, mais de quoi?» (R. de Beauvoir.) — Celui qui est toqué a, comme on dit, la tête près du bonnet, jadis toque, toquet; c'est-à-dire qu'il est extravagant, un peu fou.
Toquer. Sonner.
Toquer (Se). Se passionner pour. — « On a trouvé un mot très juste pour leurs amours, elles se toquent, elles ont des toquades. » (Jean Rousseay, Paris dansant.) — « Je suis toqué de vous. » (Balzac.)
Torche-cul. Imprimé sans valeur, journal méprisable, — dans l'argot du peuple. — Comptabilité, écritures d'un chef de train, — dans le jargon des employés du service actif des chemins de fer.
Torcher. Tourner avec grâce et facilité un petit travail littéraire; faire dans les mêmes conditions une oeuvre d'art sans importance. — « Monseletîquia si galamment torché le si joli sonnet à l'asperge. » (L. Veuillot.)
Torcher. Donner des coups, battre; d'où l'expression se doubler un coup de torchon.
Torcher le cul de (Se). Mépriser profondément quelqu'un; ne faire nul cas d'une chose.
Torchon. Sale fille publique.
Le torchon est une fille publique placée dans l'échelle de la prostitution bien au-dessous du
linge. — Cuisinière malpropre, souillon de cuisine.
Torchon, Torchon littéraire.
Jouriialméprisable,iournaldont on no partage pas l'opinion, — dans l'argot de la petite presse.
Torchon (Coup de). Fusillade; coups de fusil, coups de sabre.
— Se donner un coup de torchon, se battre en duel à l'arme blanche, se battre contre l'ennemi,
— dans le jargon des troupiers.
Torchon brûle (Le). Ça va mal dans le ménage.
Tord-boyaux. Eau-de-vie commune.
« La riboteuse qui consomme' » Plus de spiritueux qu'un homme » Et lampe sans peur le rogomme, » Le sacré-chien, le tord-boyaux. »
(A. Pommier, Paris.)
Tordre le cou à un lapin, à une gibelotte. Manger du lapin.
— Tordre le cou à une négresse, boire une bouteille de vin rouge.
Tordu. Dupe des mieux exploitées, — dans l'argot des grecs. C'est-à-dire pigeon auquel on a tordu le cou.
TorgnoUe. Soufflet. Chiquenaude. — Allonger une torgnolle.
Torse (Se velouter le). Ingurgiter un petit verre de liqueur.
Tortillante. Vigne, — dans le jargon des voleurs.
Tortillard. Fil de fer, — dans le jargon des voleurs. — Boiteux, contrefait.
Tortillé. Gauche, maladroit.
— Espèce de tortillé.
Tortiller. Déterminer une mort prompte. — Le poison tortille. — Etre tortillé, mourir
Etre tortillé
en peu de temps.
par le choléra.
Tortiller. Faire des révélations, — dans le jargon des voleurs.
Tortiller. Manger, manger vite, — dans le jargon du peuple. — Comme tu tortilles!
Tortiller des fesses. Scander sa démarche, se déhancher en marchant. — Il n'y a jms à tortiller des fesses, il ne faut pas faire tant de façons, il faut prendre un parti; on ajoute, pour donner plus de force à l'expression : il faut chier dur»
Tortore. Repas. — Passer à la tortore, manger.
Tortorer. Man'^er. — Tortorer le pain à cacheter, communier.
Tortu. Vin, — dans l'ancien argot. Allusion au bois tordu de la vigne.
Tortue. Femme, amante.
Touche. Tournure; physionomie. — Avoir une bonne touche, avoir une bonne tournure. Foutue touche, mauvaise tournure.
Touche (Sainte). La paye, le jour de la paye, — dans le jargon des ouvriers. Une sainte en grande vénération, parmi le peuple.
Touches de piano. Dents longues et larges.
Touché (C'est). C'est bien fait, en parlant d'une œuvre d'art, — C'est bien dit, bien répliqué; c'est très bien.
Toucher (Se). Pratiquer l'onanisme. Se dit principalement en parlant des enfants qui ont cette funeste habitude.
Toncher à la marchandise.
Palper la marchande... de plaisir, — dans le jargon des soupeuses.
Touiller, Trouiller. Remuer avec une cuiller, le fond d'un poêlon. — Mêler les dominos, battre les cartes.
Toulabre, Toulmuche. Toulon.
Toupet (Se foutre dans le).
Se mettre dans la tête, s'imaginer.
Toupet. Aplomb, impudence.
— Toupet bœuf, aplomb énorme. Toupet de commissaire, impudence.
Toupie. Femme de mauvaise vie. — Elle tourne comme une toupie dans les bras de tous les hommes.
Tour pointue. Préfecture de police; et la pointue, par abréviation. — Aller faire un tour à la pointue, aller visiter la pointue, être enfermé au dépôt.
Tour de cravate (Donner un) .
Etrangler.
Tour (Faire voir le). Tromper, mentir avec succès.
Tour de bête (Au) . Par rang d'ancienneté, — dans le jargon des troupiers. — (^11 passa capitaine à l'ancienneté, à son tour de bête, comme il disait en rechignant. )> (Ed. About, Trente et quarante.)
Tourbe. Misère. — Etre rien dans la tourbe, être dans une misère profonde.
Tourier. — Terme de pâtissier. — « Le premier tourier prépare la pâte des gâteaux fins et leur donne la forme primitive. »
(P. Vinçard, Les Ouvriers de Paris.)
Tourloure,Tourlourou. Conscrit.
Tourmente. Colique, — dans
Tournant. Jeu de baccarat où chaque joueur fait, à son tour, office de banquier. C'est la variante de chemin de fer. Variante particulièrement usitée dans les cercles. — Faire un tournant, un petit tournant.
Tournante. Clé.
Tourne-autour. Tonnelier.
Tournée. Politesse à coups de canon sur le comptoir du marchand de vin. Chaque camarade offre, à son tour, à la société, la consommation; c'est ce qui constitue le tour ou tournée; puis la tournée recommence.
D'autres fois elle se joue autourniquet. Certaines tournées du lundi, inaugurées à neuf heures du matin, ne sont pas terminées à une heure. — Tournée du mastroquet, le moment où le mastroquet s'exécute à son tour.
Tournée de vitriol. Tournée d'eau-de-vie.
Tourner (Faire). Mystifier, se
moquer.
Tourner l'œil. Avoir envie de
dormir.
Tourner de l'œil. Mourir.
Tourner le feuillet. Retourner aux fastes de Sodome.
Tournevis. Chapeau à cornes.
(L, Larchey.)
Tourniquet. Chirurgien militaire. Il tourne autour des lits.
Tourniquet. Moulin.
Tourtouser.
des cordes.
Train. Derrière. — Coup de pied dans le train.
Train (En). Sur la pente de l'ivresse. Mis en train par la gaieté bachique.
Train (Du). Vite; cjst-à-dire bon train.
Train-train, Tran-tran. Train de vie. — Aller son train-train^ faire petit à petit son chemi i dans le monde, faire un petit commerce à peu de frais et donnant peu de bénéfices, vivoter.
Train direct (Un). Un verre d'absinthe ; c'est-à-dire un train direct pour Charenton. On dit encore grande vitesse pour Charenton. (La petite vitesse sert à désigner l'absinthe panachée.) Le peuple n'ignore pas que
Tourte. TtHe. — Ecrevisse dans la tourte, grain de folie, grande excentricité. Variantes :
06ms dans la casemate, chauvesouris dans la mansarde.
Tourte. Vieille femme ridicule. — Chapeau mal fait, grotesque, — dans le jargon des modistes.
Tourtouse. Corde, corde servant à garrotter un prisonnier.
Attacher
avec
Tourtouserie. Corderie. — Tourtousier^ cordier.
Touser. Aller à la selle par ordre. Autrefois, pendant le voyage de lu chaîne, les argousins intimaient à leurs pensionnaires l'ordre de touser.
Toussaint-Louverture. Double six dun jeu de dominos.
Allusion à la couleur noire.
Tousse (C'est que je). Fornmlc alTirmative, formule ironique. C'est-à-dire : j'ai raison, c'est ainsi, je m'entends bien.
Tout Paris. Les douze quinze cents personnes en vue qu'on rencontre à toutes les solennités artistiques, dramatiques, littéraires, politiques, funèbres et judiciaires. C'est le Paris qui a la primeur de tous les amusements, la virginité de tous les spectacles, la tleur de toutes les émotions.
Trac. Peur. — Flanquer le trac, faire peur.
Tractis. Doux, — dans le jargon des voleurs.
j l'absinthe mène à la folie, mais
I il en boit tout de môme, riant
et de l'absinthe et de la folie.
Train direct coupé. — Un
litre de vin en deux verres, — dans le jargon des bouchers. — Trai7i direct sec, un litre en un vprre. Chez les marchands de vin do la Villctte, il existe des verres de la capacité d'un demiou ! litre et même d'un Htre. Quand les bouchers viennent de faire un bœuf, il leur arrive souvent d'absorber, d'un trait, un train direct coupé et même un train direct sec. A la fin ck; la journée certains bouchers ont ainsi lonné l'hospitalité à six ou sept
litres de vin.
Train de charcuterie. Train omnibus, — dans le jargon des employés des chemins de fer. — « Parce que les voyageurs de secondes et de troisièmes en ont toujours dans leurs paniers, soit
pour leur consommation en route, soit pour cadeaux apportés à leurs familles. » (Aymar de Flagv, Paris-Journal, du 24 mai
Train d'onze heures (Prendre
le). Aller se promener, aller llâner, — dans l'argot des employés du service actif des chemins de fer. Réminiscence du jeu de loto où onze signifie les jambes. Le train d'onze heures c'est donc le train des jambes.
Train (Prendre le.) Se sauver. — À quelqu'un qui vous obsède, on dit : Prends le train.
Train (Manquer le). Manquer une bonne occasion. — Arriver trop tard.
Traînante. Serpette de plombier.
Traîne-paillasse. Fourrier.
Traîneau CFaire). Se dit en parlant des chiens qui, après avoir satisfait aux lois de la nature, frottent contre terre leur train de derrière, parce qu'ils n'ont pas l'habitude de se servir de papier comme les faibles humains.
Traînée. Coureuse, fille des rues. Celle qui traîne ses savates dans tous les mauvais lieux.
— « Je t'ai vu entrer au Grand Balcon avec cette traînée d'Adèle. )) (E. Zola.)
Traîner ses guêtres. Marcher à l'aventure, llâner bêtement en usant ses souliers et quelquefois les souliers des autres.
Traîneuse. Fille qui stationne dans les gares, attendant les trains de voyageurs. La gare du Havre est encombrée do ti^ainemes.
Traits (Faire des). Faire des
infidélités conjugales.
Tralala (Grand). Grande toilette, grand étalage de luxe. — Grande réception.
Tram. Tramway, par apocope.
Tranche-ardants.Mouchettes.
Tranche-fromage. Sabrebaïonnette, — dans le jargon des troupiers.
Tranquille comme Baptiste.
Très tranquille.
Traquer. Trembler, avoir peur.
Traqueur. Poltron, — Traqueuse, poltronne.
Travail. Vol ; assassinat; commerce de la prostitution, — dans le jargon des voleurs et
des filles.
Travail. Exercices de saltimbanque. — Atelier de modiste.
Travail. Littérature à la vapeur, confection politico-liltéraire à l'usage des revues, — dans l'argot des journalistes.
Le travail consiste à enlever à la force du poignet quatre ou cinq feuilles de copie dans le même numéro. — Grand travail sur V extinction du paupéris^ me ; grand travail sur les caisses d'épargne; grand travail sur les enfants assistés ; grand travail sur Vinfluence du théâtre, etc., etc.
Travailler. Voler ; assassiner ; se prostituer, — dans le jargon des voleurs et des filles.
Travailler les côtes. Médire.
— Battre.
Travailler (Se faire). Etre sifflé, — dans le jargon des comédiens.
Travailler des mâchoires.
Manger.
Travailler pour le roi de Prusse. Travailler gratis. Variantes : Travailler à Vœil, travailler pour la gloirSy travailler gratis pi^o beo.
Travailler pour Jules. Manger dans l'espoir d'une bonne et fructueuse digestion.
Travailler dans le rouge. Assassiner. — « Un meurtre!...
Travailler dans le rouge ! ... C'est grave !. .. » (P. Mahalin, Les Monstres de Paris.)
Travailler l'argent. Faire des tours d'escamotage à l'aide de pièces de cent sous, — dans le jargon des escamoteurs. Un escamoteur travaille bien l'argent lorsqu'il cueille habilement des pièces de cinq francs sur les paletots, sur les chapeaux, sur le nez des spectateurs.
Travailler dans le bât. Voler dans les maisons. Abréviation de travailler dans le bâtiment.
Travailleur. Tricheur, — dans le jargon des grecs.
Traverse. Bagne, — dans l'ancien argot.
Traversin, Tirebraise. Soldat d'infanterie; par allusion à la petite taille des fantassins.
Traviole. Traverse.
Travioles. Tracas, peines, tourments, — dans le jargon
Trèfle, Tréfouin. Tabac à fumer.
Trèfle. Derrière.
Tremblant. Lit de sangle , mauvais lit.
Tremblante. Fièvre, — dans le jargon des voleurs. — Il a la tremblante : v'ià huit jours quil ne décolle pas du pieu.
Tremblement. Mélange de vermout, de cassis et d'eau-de-vie.
— « C'est là (au café des Variétés),
— entre un bock et un tremblement, — que s'ébauchent les engagements de toute sorte. »
(Monselet, Acteurs et actrices.)
Tremblement (Le. — Tout le).
Le reste. Tout le reste.
« Je voudrais, un jour de goguette, » Etre Bon Dieu rien qu'un moment, » Pour brouiller comme une omelette, » L'eau, la terre et le tremblement. » (L. Fcstoau, Le Tapageur.)
Trembler la volaille morte (Faire). Dire une bêtise énorme, affecter des prétentions exorbitantes et déplacées.
Trempage. Ivresse, — dans le jargon des ouvriers imprimeurs.
— Fort trempage, forte ivresse.
— Empoigner un fort trempage.
Allusion à la tremperie.
Trempée, Trempe. Volée de coups. — « Madame, si je ne me respectais pas, je vous ficherais une drôle de trempée! » (Gavarni.)
Tremplin. La scène, — dans le jargon des comédiens.
Trente-sixième dessous (Etre dans le). Etre tombé dans là misère aussi bas que possible. — • Avoir échoué complètement, en parlant d'une œuvre dramatique.
Trente-et-un (Etre sur son).
Avoir mis ses plus beaux habits.
Terme emprunté au jeu de cartes appelé <c trente-et-un ». Le point de trente-et-un prime tous
les autres, c'est le plus beau du jeu.
Trépe. Foule, — dans le jargon des voleurs. — Servir de trépe, faire ranger la foule. (L.
Larchey.)
Trépeligour. Vagabond, — dans l'ancien argot.
Trépignard. Voleur qui profite d'un rassemblement, qui, au besoin, de complicité avec un ou deux compères, fait naître un rassemblement à la faveur duquel il exercera sa petite industrie. En argot, trépe veut dire foule, rassemblement.
Trépignée. Volée de coups. — Flanquer une trépignée dans le gîte, administrer une volée srignée.
Trie. Réunion, — dans l'ancien argot. — Faire le trie, déserter, à un signal donné, l'atelier, pour aller prendre des forces chez le marchand de vin, — dans le jargon des typographes.
L'expression date de 1764.
Tricher. Suivre l'école matrimoniale de Malthus.
Tricoter des jambes. Danser; se sauver.
Triffonnière. Tabatière.
Trifouiller. Fouiller partout, embrouiller, mettre tout sens dessus dessous en cherchant un objet.
Trifouilleur. Brouillon, sans ordre.
Trimancher. Marcher, courir par la ville. Variante de trimer.
(L. Larchey.)
Trimar, Grand trimar. Route, voie publique, — dans le jargon
des voleurs, qui disent également : Trime et gr aride tire.
Trimar. Eventaire^ balle de marchand ambulant, boutique de marchand forain.
Trimar (Patiner le). Raccrocher, — dans l'argot des filles.
Trimar (Aller au). Sortir pour voler sur la voie publique, — dans le jargon des voleurs.
Trimarder. Marcher.
Trimballage. Transport.
Trimbaler. Marcher en portant un fardeau, transporter.
Trimbaler son cadavre. Se
promener. — Trimbaler son crampon, promener sa femme ou sa maîtresse légitime. — Trimbaler un pante, promener un provincial!
Trimbaleur. Cocher; charretier, camionneur.
Trimbaleur d'indigents. Cocher d'omnibus. — « Il y a d'abord la grande joie des« trimbaleurs d'indigents », autrement dit les cochers d'omnibus. » {Evénement, du 3 octobre 4878.)
Trimbaleur de machabées.
Cocher de corbillard. Désigné encore sous les noms de : Trimbaleur de conis, trimbaleur de refroidis, trimbaleur de carne pour la sèche.
Trimbaleur de piliers de boutanche. Filou qui exploite les commis de magasin porteurs de paquets. Après avoir fait une acquisition qu'il doit payer à domicile contre livraison , le trimbaleur de piliers de boutanche se fait accompagner par un commis. Chemin faisant il saura,
en usant de ruse, s'approprier la marchandise.
Trime, Trimin. Rue.
Trimer. Marcher pour placer de la marchandise.
Trimer les mathurins (Faire).
Manger; c'est-à-dire faire travailler les dents,
Trimoires. Jambes, — dans le jargon des porte-balles et des marchands ambulants.
Tringle. Soldat du train des équipages militaires.
« O muse! raconte-nous la grandeui- lic-
[roïque
« De cet humble soldat, qui brandissant
[sa Irique,
« Monté sur un mulet, cheminant pas à
[pas, « Arrose les lauriers... mais ne les cueille [pas. .
(A. Camus.)
Trinquer (Faire). Battre, maltraiter, — dans le jargon des voleurs. — J'ai-rien fait, trinquer le gonse. — Je V vas trinquer le godard à coups de sorlot.
Triomphe. — « Le triomphe est une vieille coutume de Saint- Cyr, qui consiste à promener sur une prolonge d'artillerie les vainqueurs du jour (lors de l'inspection) tandis, que les élèves forment dans la cour une immense farandole et chantent le chœur légendaire de la Galettc. »{Figaro,d\i26imUei\Sll .)
Tripasse. Femme laide et d'un embonpoint excessif.
Triper. Donner le sein. (L.
Larchey.)
Tripes. Seins mous et volumineux.
Tripière, femme très avantagée sous le rapport de la poi-
trine. — Forte tripière, énormément bien avantagée.
Tripoli. Eau-de-vie de très mauvaise qualité.
Tripot. Garde municipal. Dérivé, de tripotée.
Tripotée. Arrangement à coups de poing; scène de pugilat domestique.
Tripotier. Individu qui tient un tripot. — Au féminin, tripotiére, celle qui tient table d'hôte et écarté.
Triquage. Triage de chiffons.
Trique (Etre en). Etre sous la surveillance de la haute police.
— Casser sa trique^ rompre son ban.
Trique à larder, trique à picoter. Canne à épée. — Faire flamber la trique à larder, jouer de la canne à épée, porter un coup de canne à épée.
Triquer. Trier le contenu d'une hotte de chiffonnier.
Triqueuse. Trieuse de chiffons chez un chiffonnier en gros.
Trognon (Mon petit). Terme d'amitié, pour mon petit trognon de chou.
Trognade. Gâteaux, fruits, sucreries, — dans le jargon des collégiens. — Trogner, manger des friandises. — Trognerie^ action de trogner. — Trogneur, qui mange beaucoup de friandises.
Trôler. Rôder.
Trôleur. Vagabond, rôdeur de barrière. — Marchand de peaux de lapins.
Trôleuse. Raccrocheuse.
Trombille. Bête, — dans le jargon des voleurs.
Trombine. Figure. — Tromhine en dèche, mauvaise mine.
TromboUer. Aimer, — dans le jargon des voyous. — TromboUer les gonzesses, aimer les femmes.
Trombone (Faire). Mettre la main au gousset et la retirer à plusieurs reprises sans en sortir de l'argent. Faire semblant d'avoir envie de payer. Les doigts qui vont et viennent dans la poclie du gilet simulent le mouvement du trombone, — dans le jargon des troupiers.
Trompette (Nez en). Nez à la Roxelane.
Trompette, Tirelire. Figure; tête.
Trompette (Jouer de la). Sacrifier à crepitus.
Tronche. Tête, visage. — Tronche à la manque, sergent de ville, agent de police, — dans le jargon des voleurs; c'est-à-dire vilaine tête.
Trône. Pot de chambre haute form e ; chaise percée. — Aller sur le trône, aller aux lieux d'aisances. — Etre sur le trône, être aux lieux d'aisances.
Troquet. Pour mastroquet, marchand de vin.
Trot (Aller au). C'est-à-dire aller au trottoir, raccrocher, — dans le jargon des filles.
Trottant, Trotteur. Rat.
Trotter (Se). Déguerpir, — dans Je jargon des soldats de cavalerie.
Trotteuse. Locomotive, — dans le jargon des mécaniciens des chemins de fer.
Trottignole. Pied , soulier , — dans le jargon du peuple.
Dérivé de trottin.
Trottin. Garçon de magasin qui fait les courses; apprentie modiste qui fait les courses.
Trottin. Pied.
Trottine. Soulier.— Trottines feuilletées, souliers qui plaident en séparation de semelles.
Trottinet. Bottine de femme, soulier élégant, — dans le jargon des ouvriers.
Trottoir (Femme de). Fille publique.
Trottoir (Le j;iand). Le grand répertoire, — dans le jargon des comédiens.
Trou. Prison. Mot à mot :
trou de la réllexion, — dans le jargon des troupiers.
Trou de bise. Derrière. — « Parce qu'il est continuellement éventé des vents du trou de bise. »
(Rabelais, L. i.) — Et les variantes : Trou de balle^ trou du souffleur.
Trou à la lune. Faillite, départ précipité pour cause de faillite. — Faire un trou à la lune, suspendre ses payements et prendre le chemin de fer, via Bruxelles.
Trou (Faire son). Faire soi
chemin dans le monde.
Trou (Faire un). Boire, ai milieu d'un repas, un verre d( cognac. Dans les dîners d'apparat, on fait le trou en se gargarisant avec des sorbets au rhum ou au kirsch.
Trou (Etre dans le). Etre enterré.
Trou sous le nez qui coûte
cher (Avoir un). Avoir l'habitude de bien manger et de bien boire; faire un dieu de son ventre.
Trou-du-cul. Sot, niais, gros imbécile.
Trou-du-cul (Se démancher le). Faire force salutations, se confondre en salutations.
Troubade, Truffard, Truffardin. Soldat.
Trouée. Dentelle, — dans le jargon des voleurs.
Troufignon, Troufignard. Le
fondement.
Trouillarde. Dévergondée.
Trouille. Souillon de cuisine, femme malpropre.
Trouilloter. Puer, répandre une odeur infecte.
Troupe d'argent. Troupe de théâtre qui joue à tour de rôle sur deux scènes; par exemple à Montmartre et aux Batignolles.
— La troupe de fer-blanc joue tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, sans théâtre fixe.
Troussequin. Derrière; pour
pétrousquin.
Trouvé. Nouveau, original, — dans le jargon des artistes.
Trouver bonne, mauvaise
(La). Mot à mot: trouver la plaisanterie mauvaise.
Trouver mal sur (Se). Chiper, s'approprier un objet. — Qu'estce qui s'est trouvé mal sur mon trèfle?
Troyen. Trois d'un jeu de dominos. Les dilettanti manquent rarement l'occasion de dire : Troyen de Berlioz.
Truc. Métier, — dans l'argot des voleurs. — A la Cour des Miracles le truc était un genre de vol qui consistait à dépouiller celui dont on implorait la charité.
Truc. Ruse, mensonge ingénieux. — « Est-ce que je ne connais pas toutes les couleurs?
J'ai le truc de chaque commerce. » (Balzac, Vlllustre Gaudissart.) — « Son chef-d'œuvre est l'invention du truc à l'amour. »
{Mémoires de Thérésa.)— « Ce farceur de Mes-Bottes avait eu le truc d'épouser une dame très décatie. » (E. Zola.)
Truc. Commerce infime en plein air, petit trafic de toute sorte d'objets sans valeur. — «Le gamin de Paris fait tous les petits commerces qu'on désigne sous l'appellation de trucs. C'est sa qualité native. » (Ménetier, Les Binettes des cafés-concerts.)
Truc. Machine servant à produire un changement à vue au théâtre. — Le changement à vue lui-même. Les féeries sont des pièces à truc.
Truc (Grand). Assassinat. C'està-dire : grand moyen.
« Puis au grand truc voua marcliez en ftafTant. »
{Mémoires de Lacenaire, 1836.)
Truc (Repiquer au). Recommencer. Uécidiver.
Truc (Donner le). Donner le mot d'ordre, dans le jargon des voleurs. — Boulotter le truc, oublier le mot d'ordre; c'est-à-dire manger la consigne.
Truc (Débiner le). Révéler le secret d'un métier, les ruses d'un métier, la manière d'opérer. — « .le vois que vous êtes du
PICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
métier : ne débinez pas le truc. »
(G. Escudier, Les Saltimbanques.)
— Maquiller le truc, organiser une affaire.
Trucage. Art de la fabrication du vieux-neuf.
Trucageur. Fabricant d'antiquités, fabricant de vieux-neuf.
— <( Et, surtout, défiez-vous du trucageur j ô millionnaires!...
Le trucageur est un artiste modeste, bien différent des autres artistes ses confrères. Il fait du vieux avec du neuf, l'innocent. »
(Ed. Texier.)
Trucher, Tuner. Mendier, — dans l'ancien argot.
• Trucheur, Tuneur. Mendiant. — Trucheuse, tuneuse^ mendiante. Truche, mendicité.
— La faire à la truche, implorer la charité. Les mots « trucher, trucheur », sont des dérivés de l'ancien mot truc. (V. truquer.)
Truelle. Composteur, — dans le jargon des typographes.
Truelle , Pelle. Cuillère, — .
dans le jargon des francs-maçons, qui appellent encore les fourchettes, des pioches; les couteaux, des glaives; les verres, des canons; lés bouteilles, des barriques; le vin blanc, poudre blanche; le vin rouge, poudre rouge; l'eau, poudre faible; les liqueurs fortes, poudre fulminante; les bougies allumées, des étoiles; les mouchettes, des pinces; le sel, dn sable; le poivre, sable jaune; les chaises, stalles; ractiou de manger, mastiquer.
Truffard, Truf farde. Heureux, heureuse; celui, celle qui a de la chance.
Truffe. Pomme de terre. — Gros nez, nez d'ivrogne.
Truffe de savetier. — Marron.
Une dinde aux truffes de savetier.
Truffé. Rempli, bourré. N'est guère employé qu'avec le mot chic : Truffé de chic, — Dans son roman des Quatre sœurs, publié dans les Débats, (1842) Frédéric Soulié cependant a dit, en parlant d'un boudoir, qu'il était truffé de meubles.
Truffière. Femme qui a beaucoup d'embonpoint, principalement dans la région des hanches.
Trumeau. Femme de mauvaise vie. — Vieux trumeau, prostituée hors d'âge.
Truqueur. Industriel en plein vent qui exerce toute sorte de petits métiers; vendeur de montres à dix sous, de chaînes de sûreté, de cartes transparentes, de porte-monnaie, etc., etc. — Individu qui court de foire en foire avec un jeu de hasard.
Truquer de la pogne. Mendier. Mot à mot : ruser de la main.
Truqueur. Habile, malin.
Tube. Gosier. — Nez. Se pU quer le tube^ se griser.
Tube à haute pression. Chapeau haute forme, — dans le jargon des voyous.
Tuber. Fumer la pipe. Le mot est d'importation méridionale. — Si nous en tubions une?
Tué (Etre). Etre r-nme pétrifié par la stupéfajuon, être saisi, étonné au point de ne • plus pouvoir faire un mouve-
ment. — Argot du collège. (L.
Larchey.)
Tuer le ver. Boire la première c^outte, le premier verre j de vin blanc, le matin à jeun.
M. Cil. Rozan fait remonter l'origine de cette expression au temps de François 1er, et cela d'après l'autorité du journal d'un bourgeois de Paris de cette époque, qui prétend qu'un ver extrait des intestins d'une noble dame passa .de vie à trépas dès qu'on lui eut administré du pain trempé dansdu vin. — « Parquoi il ensuyt qu'il est expédient de prandre du pain et du vin au matin, au moings en temps dangereux, de peur de prandre de ver », conclut ce Prudhomme du XVI® siècle. — «J'aime beaucoup moi-même à tuer le ver sur le zinc, et je me fais un plaisir de vous offrir une tournée. » (Bernadille, Esquisses et croquis parisiens^ 1876.) — La variante donne : Tuer le colimaçon, mais l'expression est beaucoup moins répandue ; et encore : Asphyxier le ver.
Tuer le ver. S'étourdir, mettre des liqueurs fortes sur ses remords pour essayer de les éteindre, — dans le jargon des voleurs. C'est-à-dire tuer le ver qui ronge la conscience.
Tuer (Bon à). Ouvrier qui ne fait rien qui vaille; celui qui gâche l'ouvrage.
Tuile. Contre-temps, événement fâcheux.
Tuile. Chapeau. — Assiette, — dans l'argot des francs-maçons. — Tuiteau, casquette.
Tuiler (Se). Se soûler à fond;
arborer les tons rouges de la brique.
Tulipe orageuse (Le pas de la). Pas chorégraphique très risqué au point de vue de la décence. Cavalier seul exécuté par une danseuse de bal public qui enlève ses jupes à la hauteur de la tête en tournant sur elle-même. — La tulipe orageuse est le nec plus ultra du cancan, et laisse bien loin la rémouladej le passage du guet, le coup du lapirij et le présentez armes! — « Son amour pour la chorégraphie s'était développé au Prado otielle dansait la tulipe orageuse avec un chic qui lui avait valu les applaudissements frénétiques de la galerie. » (Abbot, La Princesse Mathilde.)
Tune, Tunebée. Bicêtre, —
dans l'ancien aigot.
Tuneçon. Prison, — dans
l'ancien argot.
Tunnel. Le fondement, — dans le jargon des médecins.
Turbin. Travail. — Ce mot, primitivement employé par les voleurs, a passé bientôt dans le langage populaire. Les ouvriers disent couramment le turbin pour le travail, aller au turbin pour aller travailler.
Turbin (Aller au). Pour un voleur, c'est sortir pour voler. — Pour une fille, c'est aller faire une proipenade prostitutionnelle. — Pour l'ouvrier, c'est se rendre à l'atelier. — Pour chacun c'est aller au travail à sa manière.
Turbinement , Turbine. Besogne, action de travailler, jour de travail. — « En voilà de la
turbine! On se casse les ongles sur ce papier-là. » (Huysmans,
Les Sœurs Vatard.)
Turbiner. Travailler beaucoup, se donner beaucoup de mal. — « Il y a des gens qui arrivent avec une mise de fonds de dix francs, turbinent toute l'après-midi et font dix opérations pour gagner quarante sous. »
{Le Figaro, du 30 nov. 4878.)
Turbiner une verte. Boire un verre d'absinthe, — dans le jargon des voyous. Mot à mot :
travailler la liqueur verte.
Turbineur, Turbineuse. Ouvrier, ouvrière.' — Une bonne turbineuse, — dans le jargon des souteneurs, c'est une tille publique d'un bon rapport.
Turc. Tourangeau.
Turcan. La ville de Tours.
Turellement. Pour naturellement. Un mot qui avait réellement besoin d'être un peu raccourci.
Turlutine. Mélange de biscuit pilé, de riz et de lard; alimentation du soldat en campagne. (L. Larchey.)
Turne. Chambre de pauvre.
•^ Méchante habitation.
Turquie. Touraine, — dans le jargon des voleurs.
Tutoyer. S'approprier un objet. — Tutoyer un porte-morningue. — Fréquenter, s'approcher de. — « S'abstenir de tutoyer le zinc. » (Le Sans-culotte, 1879.) C'est-à-dire : Ne pas prendre des
familiarités avec le comptoir du marchand de vin.
Tuyau de poêle. Chapeau haute forme. — Pantalon des soldats d'infanterie de ligne, — dans le jargon des troupiers.
Tuyau à merde. Derrière. — Va donc faire sonder ton tuyau à merde.
Tuyaux. Jambes. — Ramoner ses tuyaux, se laver les pieds.
(A. Delvau.)
Tuyaux de poêle. Souliers
dont les extrémités sont béantes, — • dans le jargon des peintres vitriers. — « Des tuyaux de poêle qui reniflent la pous- ! sière des ruisseaux. » (E. de La Bédollière.) La variante est:
Bottes à soupirail.
Type. Individu à tête d'imbécile, tête do dupe. — « Avec quarante sous qu'un type m'a I passés, j'avais fait venir trente ' francs. » (A. Cavaillé.) — Dans le jargon des filles « type » signifie homme qui paye; c'est un synonyme du mot michet qu'il tend à remplacer.
Typesse. Femme, et , particulièrement, femme dont on paye les faveurs. La typesse est celle que le type honore momentanément de sa confiance.
Typo. Typographie. — Ouvrier typographe.
Tjrpote. Compositrice d'imprimerie.
Tyran. Roi d'un jeu de cartes, — dans l'argot des républicains.
Ulstérien, ulstérienne. Homme vêtu, femme vêtue d'un ulster, sorte de capote russe très Jongue et très ample, à la mode en 1872-77.
Un de plus. Un de plus dans le régiment des Georges Dandins, un mari trompé de plus.
Unch (Nom d'). Nom d'un...
sous-entendu un juron ad libitum; c'est nom d'un avec augmentation de ch, trouvé, sans doute, plus euphonique. — « Bravo, le bon Dieu! Nom d'Unch!
C'est presque aussi bien qu'à l'Ambigu. » (V. Hugo.)
Une à quinze, une à vingt.
Une bouteille de vin à quinze sous, une bouteille à vingt sous.
— Vil à quatorze, un à seize, un litre ù quatorze sous, un litre à seize sous, — dans le jargon des ivrognes qui pratiquent souvent le laconisme. Les paroles l'ont perdre du temps, un temps qu'on peut employer à ingurgiter.
Urf. Superbe, exquis, excellent. Apocope de surfin, par suppression de la première et des deux dernières lettres. {Argot des voyous.)
Urine de lapin. Mauvaise eaude-vie claire, — dans le jargon du peuple.
Urle. Parloir d'un prison.
Urne (Avoir un députe dans
H i')- Etre enceinte. {Jargon des voyous.)
Urpino. Pour rupino, rupin,
c'est-à-dire élégant, distingué, bon genre. — C'est urpino, aux pommes, c'est le comble de l'élégance.
User le tapis. Jouer très petit jeu. La variante est : Amuser le tapis. — User ses bottes, faire des démarches souvent inutiles, aller d'un côté et de l'autre pour chercher de l'ouvrage. — User sa salive, parler beaucoup sans parvenir à persuader. — Ne pas avoir usé ses culottes sur les bancs du collège, ôtre ignorant.
User la pierre ponce. Etre condamné aux travaux forcés. — H faut beaucoup de temps pour user la pierre ponce.
Ustensile. Maîtresse d'un souteneur. — M'en parle pa<i, fat changé d'ustensile. — Moi j'en ai deusses, c'est plus profitant.
Ustensilier. Employé chargé, dans un théâtre, de la disposition et de l'enlèvement des accessoires de petite dimension.
(A. Bouchard.)
Ustoches. Ciseaux, — dans le jargon des couturières ; c'est une déformation d'eustache. — Passe-moi tes ustoches.
Usure aux fines herbes. On
désigne amsi les prélèvements de la cagnotte ou dessous du chandelier dans les tripots, tables d'hôte tenues par des femmes qui ont eu des malheurs. — « Les llibustiers des deux sexes
qui vivent de cette malhonnête industrie , déguisée en table d'hôte, ont le mot pour rire, et
l'appellent, dans leur argot, l'usure aux fines herbes. » (Adrien Paul, Floueurs et Floués.)
Vache, Veau. Femme de mauvaise vie. Comme la vache et le veau, elle aime à se coucher; son métier l'oblige à se coucher.
La vache a, naturellement, plus d'expérience et partant plus de rides que le veau.
« Elle (la duchesse de Berry) est morte, la [vache à panier, » Elle est morte, il n'en faut plus parler. » {Correspondance de la princesse Palatine.)
Vache. Femme avachie. — Dans ce sens-là une vache peut être encore honnête. Les Italiens disent en parlant de ce genre de femmes : grossavacca, ou grossa porca.
Vache. Agent de la sûreté, — dans le jargon des voleurs. — « Partout (à la prison de la Santé) on lit cette imprécation: Mort aux vaches ! Les vache s sont \es Sigenis de police. » (H. Cochin, Le Moniteur universel, du 13 fév. 1881.)
Vache enragée. Bœuf au naturel, bœuf bouilli, — dans le jargon des collégiens. (Albanès.) — Manger de lavache enragée, subir la misère, être très malheureux.
Vache (Faire la). Paresser.
Rester longtemps au lit; se traîner d'un endroit à l'autre sans avoir le courage de rien faire.
Vache qui pisse (Il pleut comme). Il pleut à verse.
Vache (Tirer la). Faire aller
le soufllet d'une forge, — dans le jargon des forgerons.
Vacherie. Débit de liqueurs servies par des femmes, — dans le jargon des voyous, qui traitent sans façon « de vaches » les Hébés de caboulot.
Vacquerie (Aller en). Sortir pour s'entretenir la main... au vol. C'est-à-dire aller vaguer en cherchant une bonne occasion.
Va -de -la gueule. Orateur, beau parleur, bavard, — dans le jargon du peuple. Le mot est du Père Duchêne l'ancien.
Va-te-laver, va t'faire panser. Soufllet, coup de poing détaché en plein visage. — Décrocher un va-te-laver qui n'est pas piqué des vers. — « Je lui ai flanqué un va 't'faire panser sur l'œil. )) (Randon.)
Vadrouillard , Vadrouilleur , Vadrouilleux. Noceur, bambocheur, crapuleux.
Vadrouille, Vadrouilleuse, Vadrouillarde. Prostituée de bas étage; sale femme. C'est la sœuf de la gadoue, de la gousse, — dans le jargon des voyous. Allusion à la vadrouille dont on se sert pour nettoyer l'intérieur d'un canot; c'est un chilfon de laine emmanché au bout d'un bâton. — « Les autres ne s'achar-
DICTIONNAIRE D'aUGOT MODERNE.
nent pas après leur proie avec l'âpreté de ces vadrouUleuses dégoûtantes. » (F. d'Urville, Les Ordures de Paris . )
Vadrouiller. Faire la noce, s'aoîuser crapaleusement.
Vague. Va-et-vient des filles sur la voie publique. — Lancer une gousse auvague, envoyer une femme faire le trottoir, — dans le jargon des voyous. — Se làcher du vague, aller promener sur la voie publique.
Vaisselle de poche. Argent.
Valade. Poche de redingote, de paletot, — dans le jargon des voleurs.
Valet de cœur. Amant de cœur, — dans le jargon des vieilles filles entretenues.
Valoir son pesant de mou-
tarde.Expression employée pour apprécier, en riant, un propos idiot.une excentricité, une chose ridicule, une personne grotesque. — Il vaut son pesant de moutarde. Les gens tout à fait sans façon disent : Valoir son pesant de merde.
Valser. Décamper.
Valtreuse. Valise, — dans le jargon des camelots.
Valtreusier. Voleur de malles.
Vanage. Piège. — Maquiller un vanage, amorcerune dupe en lui laissant gagner une ou deux parties, — dans le jargon des grecs.
Vaner. Se sauver.
Vaneur. Poltron, fuyard, — dans le jargon des voleurs.
Vanné. Harassé. — Ruiné. — « Tous ces oisifs dangereux, décavés ou vannés qui sacrifient
jusqu'à leur dernier sou pour s'afficher à la porte d'un café.»
(F. d'Urville, Les Ordures de Paris, \Sli)
Vanterne. Fenêtre. — Lanterne, — dans l'ancien argot, de l'espagnol vantana. — Vanterne sans /oc/ies lanterne sourde.
Vanternier. Voleur qui, à l'exemple des amoureux de l'ancienne école, entre par la fenêtre.
Vaser. Pleuvoir. — La variante est : Tomber de la litharge, — dans lejargon des chiifonniers.
Vasistas. Monocle, — dans le jargon des voyous. — « Bon, je retire ma provocation et mon vasistas. » (P. Mahalin, Les Monstres de Paris.)
Vaticanaille.Toutce quiprend le mot d'ordre à Rome est traité de Vaticanaille par les démocrates libres-penseurs, qui à leur tour sont traités de Républicoquins par la Vaticanaille. 0 courtoisie des partis politiques dans le pays le plus civilisé du monde I
Veau morné. Femme ivre.
Morné est pour mort-né. (L. Larchey.)
Vécu (C'est). C'est étudié sur le vif; c'est senti, compris pour avoir vécu, dans le milieu où l'action s'estpassée, — en terme d'artistes et d'hommes de lettres.
Veiller au grain. Surveiller avec soin. Pour un patron, c'est veiller à ce que chacun soit à son ouvrage, à ce que tout marche bien et économiquement.
— Pour une fille, c'est faire en sorte de n'être pas flouée.
Veilleuse. Estomac, — dans
DICTIONNAIRE D ARGOT iMODERNE.
le jargon des voleurs. — Veilleuse à sec, estomac qui crie famine.
Veinard, veinarde. Heureux, heureuse. Celui, celle qui a de la veine; mot très usité parmi les joueurs.
Vêler. Accoucher, — dans le jargon des voyous pour qui toutes les femmes sont des vaches.
Vélin. B'emme, dans le jargon des ouvriers. — Arrang émaner, secower son véZm, battre safemrae.
— Les variantes sont: Tortue, baleine et bourdon^ ce dernier pour désigner une femme bavarde.
Vélo. Postillon. Abréviation de véloce.
Velours. Pataquès. — Le velours est un cuir grammatical, mais un cuir doux . — Ainsi je suis Coté n'est pas un velours; c'est un cuir bel et bien. Donnez-moi z'en, est un velours.
Velours. Liqueur douce. — Un petit verre de curaçao, d'anisetle, de crème de moka, c'est un velours sur l'estomac.
Velours. Crepitus ventris. — Lâcher un velours, sacrifier à crepitus ventris. — « 11 lâche tout bonnement en douceur un léger velours. »( Le Père D«c/i67ie, 1879.) Le velours se produit dans le monde avec une certaine timidité mélancolique et rappelle les sons filés de la ilûte. (Ceci pour les gens qui aiment la précision.)
Velours (Faire du). Jouer le bon apôtre, chercher à amadouer, — dans le jargon des voleurs. Mot à mot : faire patte de velours.
Velours (Jouer sur le). .Jouer avec l'argent du bénéfice.
Véloze. Poste aux chevaux.
Velu (C'est). C'est distingué, c'est remarquable, — dans le jargon des écoles. Par allusion au poil du menton, le rêve de la jeunesse lycéenne. (L. Larchey.)
Venelle (Enfiler la). Fuir en tremblant. Vieille expression française. On la trouve dans la chronique bordeloise de Gaufreteau. — « Lesquels gagnèrent la venelle, de peur d'être capturés. »
Venette. Peur. ~ Avoir la venelle, avoir une fameuse venette.
Ventrée. Repas plantureux.
— Se flanquer, s'administrer, se coller une ventrée, faire un repas plantureux.
Ventre (Se brosser le). Ne pas avoir de quoi manger.
Ver rongeur. Voiture à l'heure.
— Avoir unver rongeur à la porte,
Verdouse. Fruit. — Verdousier, verdousiére, fruitier, fruitière.
Véreux. Individu sous la surveillance de la haute police, — dans le jargon des voleurs.
Véreux (Chignon). Fausse natte, faux chignon grossièrement fabriqué.
Vergne. Ville. — Vergne de Miséricorde, ville d'un mauvais rapport au point de vue du vol.
Vermicelles. Veines. — Avoir du raisiné dans les vermicelles, avoir du sang dans les veines. — M Tu es sans raisiné dans les vermicelles, » (Balzac.)
Verminard, Vermineux. Homme de néant. {Jargon des écoles.)
Vermois, Vermeil. Sang, — dans le jargon des voleurs.
Véronique. Lanterne, — dans le jargon des chitfonniers.
Versigot. Versailles.
Vert-de-gris (Un). Un verre d'absinthe.
Vert-de-gris. Domestique de charlatan à carrosse. — Surnom du joueur d'orgue de Mengin, devenu le surnom des accompagnateurs ordinaires de MM. les arracheurs de dents.
Vert (Se mettre au). S'asseoir à une tahJe de jeu, — dans le jargon des grecs.
Vert en fleur (Monter le).
Tendre un piège.
Verte. Absinthe. Allusion à la couleur de l'absinthe. Un verre de verte.
Verte (La). Gonorrhée, — dans le jargon des voyous.
Verver. Pleurer, — dans le jargon des voleurs.
Vessard. Poltron.
Vesse, Vestige. Peur. Coquer le vestige, ellrayer, — dans le jargon des voleurs.
Vesse. Attention! — dans le jargon du collège. — C'estrexclamation que poussent les écoliers pour prévenir leurs camarades de l'arrivée du maître d'étude.
(L. Larchey.)
Veste. Le contraire de la réussite, — dans le jargon des acteurs. — Remporter sa vestCf ne pas réussir.
Vestige. Vivacité, vitesse.
Vestiges , Vestes. Légumes secs, — dans le jargon des prisonniers. Allusion à la conduite des légumes secs dans leurs rapports avec messire Gaster,
Vesto. Petite vesse.
Veuve. Corde, — dans l'ancien argot. (V. Hugo.)
Veuve (La). Guillotine, — dans l'argot classique des voleurs. — Epouser la veuve, être guillotiné. — Crosser chez la veuve, monter sur l'échafaud.
Veuve poignet (La). Exercice de l'onanisme.
Veuve j'en tenons (Etre logé chez la). Etre enceinte. — L'expression date de 1739. Elle est d'ailleurs démodée.
Veuve Chapelle (La). La dame de pique, — dans le jargon des I joueurs de baccarat, ainsi baptisée du nom d'un joueur. D'après une superstition de joueurs de baccarat, la dame de pique est connue pour porter la guigne.
Veuve Rentrée (La). Vendeur pour le compte duquel un objet est resté aux enchères, — dans le jargon des commissaires-priseurs. L'objet non vendu rentre chez le marchand ou en magasin. — La variante est : Monsieur Dufour.
Veuve d'un colonel mort à Waterloo... d'un coup de pied dans le cul. Veuve pour rire. Femme qui se prétend veuve d'un officier supérieur.
Vezouiller. Sentir mauvais, par allusion à l'odeur de certain vent interne.
Viande. La chair humaine. -^
as
Montrer sa viandej se décolleter.
— Cacher i>a viande, cacher un sein qu'on ne saurait voir. — « Cache donc ta viande que ie mange mon pain ! » (E. Zola.)
Viande à canon. Soldat. — En temps de guerre le canon en fait une grande consommation.
— Sous le premier Empire, alors que la gloire coûtait à la France des monceaux de cadavres entassés sur les champs de bataille, on appelait les soldats :
de la chair à canon.
Viande de morgue. Personne qui commet des imprudences.
— Vagabond, coureuse sans feu ni lieu. — « Le marinier Lausard lui cria même ; Viande de mor- (/we, rangez-vous donc ! » [Liberté, du 25 août 1877.)
Viande de seconde catégorie, Basse viande. Femme dont les chairs sont bouffies et molles.
Viande dans le torchon (Se coller la). Se coucher, — dans le jargon de MM. les voyous.
Viande (Ramasser sa). Se ramasser. — Quand un voyou voit tomber quelqu'un, il ne manque pas de dire : a Ramasse ta viande ».
Viauper. Pleurer, pleurer comme un veau.
Vice (Avoir du). Avoir de la malice. — « La femme qui a un peu de vice, s'émancipe tôt ou tard de la tutelle d'une maîtresse de maison et travaille pour son compte. » (E. de Concourt.)
Vice (Aller au). Aller chez une fille de joie.
Vice-Versailles. Vice-versâ.
Jeu de mots par à peu près.
Vidé (Etre). Etre ruiné. — Ne plus produire rien qui vaille,
— dans le jargon des hommes de lettres. Variante : Ne plus rien avoir dans le ventre. — « Je lis ses chroniques... C'est d'un toc!... Il n'a rien dans le ventre, ce garçon-là. » (A. Dreyfus, La Vie moderne, du 24 avril 1879.)
— « Robinet est vidé. » [Id.
Ibidem.)
Viédaser. Faire traîner un ouvrage en longueur, travailler avec nonchalance, (xvii® et xviii®.
siècles.)
Vieille. Mère, — dans l'argot du peuple.
Vieille. Eau-de-\ie vieille, vieux cognac.
Vieille (Ma). Terme d'amitié.
C'est-à-dire vieux de la vieille garde, ancien camarade, — dans le jargon des cabotins. — Un vieux pi lier de café m'a assuré que le mot était employé par allusion à la vieille eau-de-vie, que les habitués aiment beaucoup; d'où quelqu'un pour qui on a de l'ati'ection ou simplement de la sympathie devient « votre vieille ». — « Apollon, Epicure et le sultan Belboulase succèdent en s'appelant ma vieille. » (Monselet, Acteurs et actrices.) — « Bientôt le café fut plein... il y avait des renommées, même des gloires... hommes et femmes s'appelaient ma vieille, ma petite vieille. C'est courant, et il y a longtemps que cela dure. » (L. Veuillot, Les Odeurs de Paris.)
Vieille garde. Vieille courtisane. (H. Meilhac.) Celle-là se rend et ne meurt pas.
Vieille culotte de peau. Offi-
cîer en retraite. Officier émérite qui a conservé dans la vie civile les habitudes militaires.
Vieille (Elle est). La plaisanterie, l'histoire est vieille, connue.— «On me dit: madame est au bain. Je dis : elle est trop vieille celle-là ! » (Th. Barrière et Lambert Thiboust, Les Jocrisses de l'amour.)
Vieux. Amant sérieux, à lunettes, ventru, riche, et frisant la cinquantaine.
Vieux. Père, — dans le jargon des ouvriers. — Le vieux se décatit joliment.
Vieux (Se faire). Attendre quelqu'un avec impatience; se tourmenter. Les variantes sont :
Se faire viocque, se faire antique. — « C'est rasant... C'est que je me fais vieux. » {La Vie moderne^ 2 août 1879.)
Vif -argent. Argent comptant, — dans le jargon des voleurs. Au xvi» siècle , solder argent vif, voulait dire payer comptant. (Bovillé.)
Vignette. Figure, — dans le jargon des typographes. — Piger la vignette, être distrait, regarder voler les mouches au lieu de travailler.
Vin blanc (Marchand de).
Moutard dont la culotte laisse passer par derrière un pan plus ou moins long de chemise plus ou moins blanche. — D'un moutard ainsi accoutré, l'on dit <( qu'il vend du vin blanc. »
Vingt-deux..Poignard, — dans
l'ancien argot.
Vinaigre des quatre négo-
ciants. Acide acétique. — On disait aLuiveîois, vinaigre des quatre voleurs.
Viocque. Vie, — dans le jargon des voleurs.
Viocque. Vieux.
Violon (Sentir le). Sentir la misère.
Violoné. Misérable.
Virgule. Ponctuation excrémentielle qui tapisse les murs de certaines latrines publiques.
Essais de peinture impressionniste tentés par les voyous sur les murs de ces étabhssements.
Visage de constipé. Mauvais visage, mine allongée et jaune.
Visage à culotte. Vilain visage digne de figurer dans un pantalon.
Vise-au-tréfle. Apothicaire du temps de M. de Pourceaugnac.
Viscope. Visière; casquette.
Vitrier. La couleur carreau d'un jeu de cartes. • — Quinte mangeuse dans les vitriers, quinte majeure à carreau, — dans l'argot du peuple qui aime à jouer sur les mots en jouant aux cartes.
Voie de bois (Foutre une).
Donner des coups, — dans le jargon des chiffonniers. — C'est l'ancien : charger quelqu'un de bois. — « Soit, mais gare le bois, si j'apprends quelque chose. »
(Molière.)
Voir (Se). Se livrer à l'onanisme.
Voir en dedans. Dormir.
Voir. Avoir ses menstrues, —
dans le jargon des bourgeoises.
— Voir Sophie, — dans celui des ouvrières.
Voir. Arrêter, — dans le jargon des voleurs. — Se faire voir, se faire arrêter.
Voir la farce (En). En faire l'expérience; satisfaire sa curiosité.
Voirie. Vagabond; sale individu, sale femme.
Voite. Voiture.
Volant. Oiseau, — Manteau.
Volante, vol-au-vent. Plume.
Voltigeante. Boue.
Voltigeur. Apprenti maçon, aide-maçon. Il fait de la voltige d'échelle en échelle.
Volontaire de cinq ans. Soldat. Par opposition ironiffue à volontaire d'un an. Le soldat doit cinq ans de service militaire au pays.
Vomir tripes et boyaux. Vomir copieusement et avec de grands elïorts.
Voulu (C'est). C'est une mode, c'est entré dans les mœurs, c'est une chose de convention.
— « C'est voulu! ce n'est pas sincère. » (V. Sardou, Daniel Rochaty ac. 1. se. 2.)
Vouzaille, Vouzigaud, Vozière, Vozigue. Vous. Avec un peu d'imagination, on peut varier!
la terminaison à l'infini. j
Voyage (Le). Le tour dej France, — dans le jargon des saltimbanques.
Voyager. Terme chorégraphi- 1 que. Dévier de place en faisant une pirouette. — « Dans les ballets de mélodrames une pi-
rouette commence au fond du théâtre et s'achève près de la rampe. » {Petit dict. des coulisses.)
Voyageur. Voyageur de commerce. — L'illustre Gaudissart a été le Napoléon des voyageurs. (V. Le roman de Balzac.)
Voyageur. Saltimbanque. — C'est, par euphémisme, le nom sous lequel les saltimbanques se désignent.
Voyageurs à quinze francs le cent. Voyageurs d'impériale d'omnibus, — dans le jargon des cochers de fiacre.
Voyou.Gamin de Paris. — Dans les Mystères de Paris, Eug. Sue a doté le voyou, son l'ortillardj de tous les vices. — Dans les Misérables, M. Victor Hugo a poétisé le voyou sous le nom de Gavroche. — « C'était le même regard pénétrant et astucieux joint à cet air insolent, gouailleur et narquois, particulier au voyou de Paris, ce type alarmant dé la dépravation précoce, véritable graine de bagne. » (E. Sue.)
— « Ses parents l'avaient jeté dansla vie d'un coup de pied. C'était un garçon bruyant, blême, leste, éveillé, goguenard, à l'air vivace et maladif. Il allait, venait, chantait, jouait à la fayousse, grattait les ruisseaux, volait un peu, mais, comme les chats et les passereaux, gaiement, riait quand on l'appelait galopin, se fâchait quand on l'appelait voyou. » (V. Hugo).
— a C'est le gamin de Paris, l'enfant de la voie publique, le produit de la boue et du caillou, le fumier sur lequel passe l'héroïsme, l'hôpital ambulant de toutes les plaies morales de
riiiimanité. Laid comme Quasimodo, cruel comme Domitien, spirituel comme Voltaire, cynique comme Diogène, hrave comme Jean-Bart, athée comme Lalande, un monstre. » (A. Delvau, La Journée d'un voyou.) — « Le voyou, le parisien naturel, ne pleure pas, il pleurniche ; il ne rit pas, il ricane; il ne plaisante pas, il blague; il ne danse pas, il chahute; il n'est pas
amoureux, il est libertin. » (L.
Veuillot, Les Odeurs de Paris.)
Voyou. Grossier, mal-appris, canaille et crapuleux personnage.
Voyoucrate. Qui tient à la canaille, partisan de la canaille.
Voyoucratie. Prétention de la canaille à primer les autres classes de la société.
Wagon. Grand verre de vin de la contenance d'un demilitre.
Wagon à bestiaux. Sale prostituée.
Wallacer. Boire de l'eau, — dans le jargon des voyous.
Allusion aux fo ntai nés "" publiques données à la ville de Paris par Richard Wallace.
Waterloo. Derrière, — dans le jargon des voyous. — J'te vas secouer le Waterloo.
X (Aller à 1'). Aller à l'école polytechnique. — Candidat à
rx, aspirant à cette môme école.
Yeux culottés. Yeux cernés.
Chez une femme cela ne tire pas à conséquence; chez une jeune fille ce décor répond à la situation que Sapho a traduite par le célèbre : w Et moi, je couche seule. »
] Yeux de cochon. Petits yeux j clignotants. — Yeux en boules de ' loto, gros yeux à fleur de tête; ' ou, encore, yeux de bœuf, les yeux dont Homère a gratifié j Junon.
I Yeux en trou de vrille. Petits
gue ! Ce sont eux qui sont pauvres... d'imagination.
Yeux comme des tasses (Ouvrir des). Ouvrir de grands yeux étonnés.
Youtre. Juif.
Youtrerie. Réunion de juifs.
— Avarice ; usure.
yeux bien bêtes, sans expression. On dit encore, dans le même sens : yeux en trou de pipe. Cette dernière expression présente une variante, grâce au changement d'une seule lettre, variante que je ne puis citer.
Et il y a des gens qui gémissent sur la pauvreté de notre lan-
Zéph. Vent; c'est Tapocope de zéphyr. — Se pousser du zéphyr, se sauver. — Rue des Quatre-Zéphs, rue des Quatre- Vents.
Zéphir. Soldat du bataillon d'Afrique. — « Les zéphirs, qu'on nomme aussi joyeux^ se recrutent dans tous les régiments d'infanterie et cavalerie, et forment une petite légion fougueuse, irascible, hostile aux règlements, rebelle au devoir, qui approvisionne très consciencieusement les prisons et les conseils de guerre. » (A. Camus.)
Zéphirien. Qui a rapport aux zéphirs. — « Jacques Durivet revint à ses souvenirs zéphiriens. »
(A. Camus.)
Zig. Marchandise non conforme à 'l'échantillon. — Marchandise qu'un filou livrera d'autant moins qu'il aura touché une avance sur échantillon.
Zig, Zigue. Camarade, ami.
— Bon zig, zig d'attaque, bon camarade, camarade sur lequel on peut compter. — Le premier
venu. ConnaiS'tu le zig? connaU tu l'individu?
Zig à la rebiffe. Récidiviste J — dans l'argot du régiment. "
Boiteux.
Zinc. Argent. — Comptoir de marchand de vin. — Prendre un canon sur zinc. — « Des poivrots, le coude sur le zinc, riaient au nez des petites. » (Huysmans, Les Sœurs Vatard.)
Zinc (Tomber un). Prendre un verre de vin ou de liqueur sur le comptoir du marchand de vin. Mot à mot : avoir raison d'une consommation servie sur le comptoir de zinc.
Zinc (Avoir du). Avoir de l'aplomb, de l'élégance; c'est avoir du chien à un degré de plus.
Zinguer. Boire debout devant le comptoir d'un marchand de vin, vulgo sur le zinc.
« Zinguer tout seul, c'est pas mon blot.» {La Muse à Bibi, Nocturne.)
Zona. Fille publique , — dans le jargon des marchands juifs.
Zouzou. Zouave.
Zozotte. Argent; — pour pézotte, — dans le jargon des souteneurs. — Mettre le doigt sur la zozotte j toucher à l'argent, voler de l'argent. — La zozotte à la Louis, l'argent de la maîtresse d'un souteneur.
Zut. Non; ça m'ennuie. Au diable ! — Ah! zut alors. — « Zut pour le naturel, » (Clairville et ^iraiuàin, Le Mot de la fin,) — «Le jour où j'aurai assez de cette
chère amie, je lui dirai zut. »
(X. de Montépin, Les Viveurs de Paris.) Il y a cinquante ans, pour donner plus de force au zut! on ajoutait et bran : zut et bran, comme on dit aujourd'hui zut et crotte. Zut ne me paraît qu'une déformation du mot zeste qui lui-même n'est qu'un travesti de peste !
a Et zeste, si quelqu'un vous pouvait prendre au mot. »
Destouches, Le Philosophe mané.)