CHON
FOSSILISATION. — On comprend sous ce titre général tout ce qui se rattache, plus ou moins directement, aux changements par lesquels un corps vivant et jadis aniroo a 'passé d'une éj^oque, alors actuelle, aune au« tre époque qui n est plus , en laissant, dans les roches terrestres , des traces impérissables de sa forme caractéristique.
Conditions de fossilisation dérivant de la noture et delà composition chimique des corps vivants.
Pour qu'un corps organisé soit susceptible de laisser au sein dés couches des traces durables de son existence, il ne suffit pas que sa dureté et sa consistance lui permettent de résister à l'action mécanique des milieux environnants, et de conserver ainsi sa forme jusqu^à consolidation complète des sédiments oii il se trouve enfoui ; il faut encore que sa composition chimique soit telle au'il puisse en même temps échapper à la ëcomposition organique, et que la dissolution de chacune de ses parties ne soit pas immédiate après sa mort.
La nature physique d'un corps organisé, c'est-à-dire sa c/>nsistance, sa solidité , sa dureté, etc., est essentiellement en rapport avec sa nature chimique, et connaître celleci, c'est^ en quelque sorte , déterminer les caractères physiques : or la nature des éiéroents chimiques n'est pas, à beaucoun près, la même chez tous les animaux ; elle présente, il est vrai, des caractères généraui communs à toute la série animale, mais elle comporte aussi des différences particulières propres à chaque classe, à chaque ordre, ou même à chacune des parties d'un même corps organisé. Suivant ces différences, les caractères physiques varieront dans le même rapport , et la fossilisation offrira des modifications semblables.
La composition chimique comparée des fossiles de toute la série animale n^avait guère, jusqu'à ce jour, fixé d'une manière spéciale l'attention des géologues et des paléontologistes; du moins aucun travail d*ensemble n'avait encore été publié sur ce sujet. M. Hugard a essayé de combler cette lacune, en réunissant les matériaux épars dans les ouvrages et en y ajoutant d'autres matériaux bien plus nombreux, fruit de ses prot)res recherches. Une communication quil < aite dernièrement sur ce sujet, à la Société géologique de France , contient le résumé
roâ
ET DE PALEONTOLOGIE.
FOS
de son Irarail» dont nous ne ferons que donner ici une analyse succincte.
Panni les caractères chimiques qui distinguent les animaux entre eux, les uns, atonsnous dit, sont communs à toute la série animale. La présence de l'azote, i>ar exemple , âractérise assez bien toute substance animalei et la distingue des substances végétales; les autres sont propres à telle ou teHe dif ision de cette série, ou même, dans certains cas, à telle ou telle partie d un même corps or^nisé. Les caractères communs ne noos oectjperont pas ici ; leur étude nous entraînerait à de trop longs détails et à des discussions inutiles. I^s caractères chimiques mécioux ont pour nous une importance plus directe; ce sont aussi ceux-là que concerne principalement le travail de H. Hugard. Bans ce travail, l'auteur a groupé les faits, d'après les affinités chimic^ues de composition des corps oi^nisés qu il passe successivement en revue; cet ordre est celui que nous adoptons dans les considérations qui suivent.
(h, dtntij cartilages des mammifères. — La composition chimique des os de mammifères peut se résumer par les chiffres moyens suivants: cartilage, complètement sofuble dans Teau, ^,17; vaisseaux, 1,13 ; phosphate basique de chaux, avec un peu de fluorure de calcium, M,Ol; carbonate de chaux, 11,30; phosphate de magnésie, 1,16; soude avec une très-petite quantité de chlorure de sodium, 1,20, =100 (Berzélius). Ces différents chiffres, comparés, nous démontrent que les matières terreuses l'emportent de beaucoup, par leur quantité relative, sur les matières animales, et que le phosohate de rhaax forme même, à lui seul, plus de la moitié de Tensemble de la matière osseuse. Le phosphate de chaux possède une dureté considérable ; sa stabilité chimique est trèsgrande; faits qui seuls nous expliquent déjà pourquoi les os et les dents sont de toutes les parties d'un mammifère celles qu'on rencontre le plus fréquemment à l'état fossile. Do reste, tous les os du squelette, ou même les différentes parties d'un même os, ne contiennent pas les mêmes quantités proportionnelles de matière animale et de matière terreuse. Les os longs des membres offrent plus «je matières terreuses que ceux du tronc; les o^ des membres supérieurs en renferment un peu plus que ceux des extrémités inférieures, et en général les extrémités soumises à un travail plus actif, en présentent plus f^ue ceux qui le sont moins. Les os sponrieux sont aussi toujours relativement moins lerreax que les os plus compactes. De ces (lits, il est naturel ae conclure que telle ou fclle partie du squelette, tel ou tel os, ou fuéme les différeutes parties d'un même os, ti'offrîront pas des conditions semblables de Arçsilîsation. C'est ce que prouve, en effet, ic nombre comparé des différentes parties tia squelette qu on trouve à Télat fossile.
Les cartilages, c|ui, sous plus d'un rapport, l^eo^ent être assimilés aux os proprement ^aits« offrent cependant une composition chi-
mique assez différente par les proportions, sinon par la qualité des éléments qui les constituent. Les principes terreux que nous avons vus s'élever jusqu'à 66,50environ pour 100 dans les os, ne sont plus que de 1 à 2
Gur 100, au maximum, dans les cartilages, gélatine en constitue la majeure partie; or, on sait que ce dernier principe est bien peu stable : nous n'aurons donc pas lieu de nous étonner si l'existence des parties cartilagineuses du squelette des mammifères n'a pas souvent été constatée à l'état fossile, malgré la dureté et la résistance presque osseuse que présentent quelques-unes d'entre elles. Du reste, ce que nous venons de dire des cartilages des mammifères s'applique également a ceux d'oiseaux et de reptiles, mais non aux cartilages de poissons.
Les dents de mammifères offrent, dans les différents groupes, une composition chimique à peu près semblable à celle des os dan^ les mêmes vertébrés, du moins quant à 1? nature des éléments qui les forment ; il n'en est pas de même de la quantité relative dei éléments comparés entre eux. L'un des principes terreux, le phosphate de chaux, est ic5 en quantité bien mus considérable que dani les os en général. Nous avons tu que dans ceux-ci la quantité du sel terreux s'élevai< en moyenne à 54,0V pour 100 ; dans la substance des dents, cette quantité n'est jamais au-dessous de 60 et peut aller même jusqu'à 64 et 66. Les dents doivent k leur dureté et leur ténacité considérable la forte proportion de phosphate qu'elles contiennent. Du reste, la composition de la dent n'est pas identique dans chacune de ses parties ; l'émail contient une bien plus forte proportion de phosphate que l'ivoire, et la substance corticale qui existe chez quelques mammifères contient, à son tour, bien moins encore de principes terreux que \es deux précédentes; de là des différences essentielles de dureté; de là aussi des conditions variables de fossilisa* tion.
Les défenses de divers mammifères, et en particulier de certains pachydermes, l'ivoire de quelques animaux du même ordre , les cornes de cerfs ont la plus grande analogie de composition avec les dents. Les cornes, toutefois, contiennentuneplusfaible quantité de phosphate et de carbonate terreux. Cependant les cornes de cerfs ne semblent pas différer par leur composition des os euxmêmes.
La composition chimique des os d'oiseaux diffère peu de celle des os de mammifères; les proportions seules des éléments varient, pour un même poids. A volume égal, un os d'oiseau contiendra une aussi forte proportion de sels terreux que l'os d'un animal appartenant à la première classe de vertébrés, bien que, sous ce volume égal, sa densité soit beaucoup moindre à poids égaux. Cette même proportion des sels terreux dans un os d*oiseau sera de beaucoup supérieure à la quantité des mêmes éléments dans tout autre os de 'vertébré. Si donc la qualité des éléments constitutifs des os d*oiseaux no