VIII, W
« Le Koi-Prophète, dans ses adversités, s'efforçait aussi do fléchir la colère de Bieo
fiar le jeûne et la pénitence. Mais pour moi, orsquils m'accablaient de cette sorte, je nu revêtais d'un cilice. — J'humiliais mon dm par le jeûne et je répandais ma prière danstê secret de mon sein. IPs. xxxiv, i3Jlfc.)
« Anne la prophetesse suivait les exea^ pies de David et de Judith. Elle était veuvCf âgée de quatre-vingt-quatr^ans; et elle demeurait sans cesse dans le temple, servant Dieu jour et nuit, dans les jeûnes et dans lesprières. {Luc, II, 37 .j
<K Les saints personnages dont mous venons de raconter la vie pénitente ne faisaient que prêter une oreille docile à la voix des prophètes envoyés de l'Ëtemel : Convertie' sez-vous à moi de tout votre cœuTf dit le Seianeur, dans les jeûnes, dans les larmes et dms les gémissements. (Joël, ii, 12.)
a Mais faui-il penser, comme les écrivains protestants et rationalistes le disent et Tinsinuent sans cesse (238), que la prédicatioo
(228) I Nous ne comprenons pas, disaiinaîTemeni
f un théologien du dernier siècle, comnieoi les pro-
f tants osent blâmer les niortiflcations, tourner ea
c ridicule les austérités des anciens solitaires, à»
f vierges chrétiennes, des ermites et des moines de
c tous les siècles. Us disentgue-Jésus-Chrîst n'a point
c commandé toutes ces pratiques, qu*il a même btimé
f riiypocrisie de ceux qui affectaient un air péni-
c lent, que les austérités^e sontpas une prevftia-
MOI
UAdvtbIidaiL*
MOI
fOU
de TETansilô a complètement anéanti celte doctrine de la mortincatîon (229) qui tenait une si grande place dans la sainteté des an* ciens temps. Je sais qu'on Ta répété bien des fois» mats c'est ce que font ordinairement les écrivains que nous combattons quand ils sont réfutés par Tévidence des faits. Ouvrons l^Evangile et prenons-le pour juge.
H Afin de savoir si la mortification est une Vertu nécessaire, il suffit de consulter les le^ çons de Jésus*Ghrist et de ses apôtres*, le Sauveur à dit ! Henreudn ceux qui pkurent^ parce quils Ètront consolés. {Matth. v, k.)
« H a loué la vie austère » pénitente et mortifiée de saint Jean-Baptiste. (Cf. notfe Histoire de la rédemption.)
« Quétes^vous ailes toir dans le désert? un toseau agité par le vent f — Qu*éteS'Vous^ dis-je^ ùllés voir? un homme vêtu avec mollesse T vom èavez que ceux qui s*habillent de cette sorte sont dans les maisons des fois. — Qu'étes-vous tfofic allés voir? un prophète? Ouiy je vous le dif , et plus qu*un prophêtei-^ Car c'est de lui quil a été écrit t J'envoie devant tous fMoH Ûnge qui Vous préparera la voie où vous devez marcher. — Je vous dis^ en Vérité^ qu entre tous ceux qui sont nés de femmes^ il n'y en a point eu de plus grand que Jean-Baptiste ; mais celui qui est le plus petit dans.le royaume des deux est plus grand que /tit.^-» Or, aepuis h temps de Jean-Baptiste jusqu'à présent^ le royaume des deux se prend par violence^ et ce sont les violents qui l'emportent {Matth. ii| »-12).
« Le Christ a dit de lui-même quII n'avait pas où reposer sa tête. {Matth. yiii, 20.)
« 11 a prédit que ses disciples jeûneront . lorsqu'il leur sera enlevé. (Matth^ ix» 15.)
« lidità ses disciples c5t wu^lqu'unveut venir aorès moi, qu'il renonce à soi-m,éme^ quUl se cnarqe desacroix et mesuive.{Matth.xnt 24.) (( La doctrine de saint Paul n'est pas moins propre à confondre les cliimériques inventions des docteurs protestants : Que si vous vivez selon la cAatr, vous mourrez ; mais si tous faites mourir par l'esprit les œuvres de la chair^ vous vivrez. {Rom. yiii, 13.) — Je traite rudement mon corps et je le réduis en servitude^ de peur qu'ayant prêché aux autres je ne sois moi^-méme réprouvé. (/ Cor. ix, 27.) — Nous portons toujours en notre corps la mort deJésue^ afin que la vie de Jésus paraisse aussi dans notre corps. {II Cor. iV) 10.) -^ Agissant en toutes choses comme des ministres de Dieu^ notés nou^ rendons reoomman' éUibles par une grande patience dans les maux^ dans les nécessités présentes et dans les extrêmes afflictions. — Dans les plaies^ dans les prisons^ dans les séditions^ dans les travaux^ dans les Veilles^ dans les jeûnes. {II Cor. vi, 4, 5.) ~ Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses dé*
c faillible de vertiii que sous un extérieur mortiflë» c ou peut nourrir encore des pnssions irès-vives| et t qu*il n*ett pas dilUcile d*en citer des exemples^ i (BcROiBai Dictionnaire de ihéoiogiei uriide Morifieû' tion.)-^î Les Incrédules, ajouie-t il, n*ont pas iiian- I que d*cncbérir sur les satires des protestants, i
DicTionn. d'Asgétissib. L
sirs déréglés. (Gai. v, 24.) — FotVet maikHf les membres de Fhomme terrestre qui M m V0US9 la fornication^ l'impureté^ les abomina^ tions^ les mauvais désirs^ et VaVarite qui est une idolâtrie^ ^puisque te sont ces eâtcis qui font tomber la colère df tHeu iHr tes hommeê rebelles à la vérité. {CbIoss. tti, S, 0.) c Après de telles paroles, notis tl^aVonS as besoin de justifier les mortifications de a vie monastique. Sans doute quelques Sn-^ dividUs, cédant aul transports d un zèle troft ardent» ont pli poussef trop loin les principes de la pénitence ; mais toutes les intelH* f entres vraimenf chrétiennes ont reconnu que Évangile nous impose l'obligation fi^ou** reuse dassut^erla domination de Pespnt en mortifiant tes sens. Saint Augustin» cette âme si délicdte,Ceçoeul*sinobleine rougissait pas davouerqu il était obligé de luttei sans cesse contrôles entraînements de la viema/t4riellei < Je combats» disàitMl, cotitre lé plaisif « que je trouve à me rassasier, afin ()u*il no « nlVmporte pas. Souvent nous sbfcnmes inc certains si c est le besoin de soutenir notice « vie ()ui nous porte à continuer de mangen «t ou SI c*est Tenchantement trompeur de là «t volupté qui nous emportei Notre âme id« « fortunée se platt dans Cette incerllludt^, et « se réjouit de ce qU*il est dîflicilede déter^ d minorée qui sufht auï besoins du corps» « afin que le prétexte dia la santé lui serve « de voile pour satisfaire sans scrupule è la « passion oe la volupté* ^e ni^eflTorce conti» « iiuellcment» Seigneur» de résister è cette e tentation, mais quelquefois la gourtnan-^ e dise» c'est-è-dire le plaisir de mnngef, me < surprend... Vous aurez, s*il vous pTaft, pi« c tiède moi» afin qUe cela n*arrtVe {mis, s (Saint AtJGUSTiN, Confessions^ chap. 31 •)
« Chose remarquable 1 M.B. Saint-Hilaire lui-même, tout lioro penseur qU*il est» tout ardent adversaire qu*il se montre du mjsti* cisme de tous les temps et de toutes les rty« ligionsy H. Bi Saint-Hilaire est obligé d*a* vouer que la moMification des sens est in* dispensable à tout homme qui ne veut pas s'asservir aux entralilemetlts aveugles de ^instinct. Il confesse naïvement que les su* perbes contempteurs des lois de TEvangile» pour éviter les dangers de Tascétisme, oui lait du cofps» sinon leur idole» du moins leur mattre» et qu*il Vaudrait mieui, quoi
au'il en dût coûter» subir les inconvénients *un spiritualisme exalté que d'accepter leS menteuses servitudes qui flétrissent les flmes et qui les avilissent l...*.
«t II serait donc temps de renoncer k ces déclamations cent fois réfutées sur le suU cide imposé par la vie monastique. Que de victimes précipitées avant le temp»dim»fr tombeau par les débauches de Tesprit et de la chair! C'est contre ces véritables suicides
(119) c D'attims ont AK tMome HMé Salvador et Munk, que le principe de la nMNrtMicaiton était étfaa ^er à la religion mosaïque. Les leclaurs peuVOul en juger diaprée tes fiiits que nous avons cites. 1
{Discours prélimmai'rem)
aa
liOl
DlCnONNAlRE
MOI
que nous rondrions voir .e rationalismo exercer son zele. Mais a-t-il jus(iii'ici trouvé d'antres moyens qno (Je déclamer contre les austérités de la pauvreté volontaire? Or voici quelle était la vie de Timmense majorité des moines :
« Le jeûne que pratiquaient les solitaires « ava4l pourfln de dompter Tiniempérance, « de prévenir les tentations, de rendre Tes- « prit plus déc^agé des sens et plus appliqué « aux choses célestes; mais ils conservaient ^ assez de force pour travailler sans relâclie; « ils dormaient peu, mais assez pour ne point « ruiner lénr santé. En réalité ils étaient r exempta de maladies et parvenaient à un « âge très-avancé. Les solitaires d'Egypte M réglèrent le jeûne à un repas par jour. Ce « repas était composé de deux petits pains K formant six onces, et ils ne buvaient que « de Teau. » (Marlin Doisy, Origines et [on-déments de la liberté, de régalité et de la fraternité parmi tes hommes, titre m, Hégimes pénitentiaires de TEglise.) ; « Quant au vœu de chasteté, il a, peut-être plus que toutes les autres habitudes de la vie monastique, fourni aux grossières facéties du rationalisme, du radicalisme et du protestantisme. Les uns ont débité gravement que c'était un abus introduit par les manichéens dans TEglisecaiholique, les autres Tont considéré comme un leçs fait par ^e gnosticisme m^iurant à ses vainqueurs; il s est enQn trouvé des savants qui l'ont considéré comme un emprunt aux pratiques des ascètes brahmaniques! (230)
« 11 va sans dire au'on n'a pas manqué de science , à défaut d esprit, pour élayer toutes ces hypothèses chimériques, que l'examen le plus superticici des doctrines du Sauveur suffit pour renverser. Bienheureux, disait le Sauveur, ceux qui ont le cœur pur, parce quils verront Dieu ! [Matth, v, 8.) Il ajoute : Il y en a qui se sont rendus eunuques eux-mêmes pour gagner le royaume des deux.
qu'il leur est bon de demeurer en cet étai^ comme fy demeure moi-même, — Que s'ilê sont trop faibles pour garder la continence^ qu'ils se marient, car il vaut mieux se marier que de brûler. {I Cor, vu, 8, 9 )
« Il dit plus haut: Pour ce qui regarde les choses dont vous m'avez écrit, je vous dirai quil est avantageux à Vhomme de ne toucher aucune femme, (/ Cor, vu, 1.)
« Enlin il est un point de vue capital, que la pétulance de nos adversaires et leurs préventions aveugles les empochent seules d'apercevoir. La mise en pratique des conseils évangéiiques peut-elle être opposée h l'Evangile, comme on voudraitle faire croire? Quelle que soit la forme des institutions rtîligieuses, elles ont toujours pour objet, comme l'a fait remarquer un des nlus illusr très penseurs de notre temps (231), quelque chose de plus élevé que la pure oliservance des commandements divins. L'idée do perfection s'y trouve toujours cofuj rise. Observer les préceptes de Dieu est la condition indispensable du salut éternel ; mais les instituiions monastiques se proposent un but plus noble encore. C'est là qu'on écoute et qu'on goûte véritablement ces paroles mystérieuses du Verbe de Dieu : « ^i vous voulez être parfait, allez, vendci tous vos biens, et donnez-les aux pauvres
« Si l'on nie la vérité de la religion chrétienne, si Ton tourne en ridicule les conseils de l'Evangile, je comprendrai qu'on en vienne à mettre au néant ce qu'il j a de céleste et de divin dans l'esprit des communautés religieuses. Mais la véiité de la religion une fois élablie, je ne puis concevoir comment des hommes, qui se gloriôent do suivre ses lois, peuvent se déclarer les ennemis des institutions religieuses, considérées en elles-mêmes; comment celui quiailmet le principe peut-il en repousser la conséquence? Pourquoi celui qui aime la cause rejetle-t-il l'effet? De deux choses /'une :
Qui peut comprendre ceci le comprenne! ces hommes affectent la religion avec hyno-
— Quiconque abandonnera, pour mon nom, sa maison, ou ses frères^ ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, -ou ses terres, en recevra le centuple, et aura pour héritage la vie éternelle. IMatlh. xix, ;12,29.)
« Sainl«Paul ne parle pas un autre lan- L;«ige : Quant aux personnes qui ne sont point mariées, ou oui sont veuves, je leur déclare
(^50) « 11 nous suflira de ciler les niaises déclamalions du docte proleslani Uuausobre ; selon lui, les Pères avaienl ptiisé leur esiime pour le célibat dans les erreurs des docétes, des cncratiles, des niarcioiiiles cl d(*s nianicKicus! Quelle 1 t:inie! (Cf. Beausobre, liUtoiredu manichéisme ). Opciidaut il avoue «nniveuienl que plusieurs chiëliens donuèreut dans i'<^ fanatisme des le commeucemeiil. (Histoire du ma- Il icliéitme, l'ivre U; chap. 6, §§ 2 et 7.) Il va mènie j iscpfà dire qu'il venait d'une interprétation bornée <!(! )a 1'* aux Corinthiens, chap. vn. (Histoire du ma' mihéisme, livre vu. ch:»p. 4, § 12. ) — Mosheim, i>ien moins irrilalde sur ce point, fait le même aveu. » Cf. IHosuEiM, ///If. Christ., sxc. ii, §35.)
(i!ili) « Balmc . — Cf. A de ULAXCfiE Raffi^t , Jacunes Bulmèi,sa vie et ses ouvrages, ii\ lei iiilcrcs-
crisie, ou bien ils professent une religion* qu'ils ne comprennent pas. »
Rien de plus facile que de constater par il tradition la véritable origine de la vie monastique.
Cassien qui avait étudié avec tant do soin les origines de la vie religieuse, la fait remonter aux premiers fidèles de l'Eglise de Jérusalem (23-2). La vie cénobilique, dit-il, a
sauts arliclcs de M. Tabbo H. de Varloger, dans y Ami de la religion. — Nous sommes bien aise de lions appuyer, dans une si grave question, sur f-iutorilé ifun pbilnsoplie dont loule ftlurope civiijse« admirait les lalcnis, la moiléralion ei les vertus. >
(232) II ne s*agit Ici que du développemeni de h vie nmnasiiquc depuis la formation de Tfclglise caiboliqne. Lec.irdinal Rdlarmin fait remar.|uer judicieusement que d.ins la loi de nature, il y avait eu un« ceriaine ébambc de la vie monastique, qii*il y en avait ou une plus grande expression sous la loi de Moïse , et (|ii on ir.tvail compris qu'au temps des apôtres sa véritable perfection. (Cf. Dellaruin, Dt Moniichis, c. 5.) Saint J rôme nomme saint Jeanttaptisie le prince des anacborètes, saint Jean Cbrysosiomc \c nonim« la prin c ucs nigincs. i
ItOÎ
bASCETISME;
MOI
comuR50€é dès le temps des àpfttries, et c'était rétat où étaient autrefois les premiers fidèles, comme saint Luc le dit dans les ActBs. Toute TEglise était donc alors coinposéede personnes ciui vivaient en commun, avec, une perfection que Ton trouve aujourd'hui chez très-neu de ceux qui vivent dans les monastères. Mais après la mort des anôlres, la ferveur des fidèles venant à s'attiédir, surtout à cause du grand nombre et de la faiblesse de ceux qui se convertissaient du p<iganisme, on vit bientôt « non-seulement les simples fidèles^ mais les chefs mêmes de TE^lise^ se relftcher de leur première perfection. Alors, ceux qui étaient encore dans la première ferveur que les apôtres avaient allumée, et qui se souve^ naient de t^e qu'ils avaient vu pratiquer de leur vivant, se séparant des villes et de la compagnie de ceux qui croyaient que tous les Chrétiens pouvaient vivre dans une vie plus relAchée, se retirèrent dans des lieux écartés auprès des villes. Ainsi, comme peu è peu ils se retiraient de plus en plus du commun des fidèles, qu'ils s'abstenaient du tnhri&ge, et s'éloignaient de leurs parents et de la conversation du monde, ils eurent le nom de moines et de solitaires, à cause de leur vie si retirée et si rude et celui de cénobites parce qu'ils vivaient et demeur raient en commun. Voilà, continue Cassien, la plus ancienne secte des religieux^ et qui tient h premier rang dans l'ordre du temps et dans celui de la grâce: et elle a subsisté seule sans changement jusqu'au temps do Paul et d'Antoine, les anachorètes dont ces deux saints ont été les chtTs et les fondateurs étant sortis de cette tige féconde. (Cassien, Conférences f ch. 6, 6.)
''lous trouvons eu efl'et, dans les Actes des apôtres^ les premiers rudiments de la vie commune, telle qu'elle fut plus tard organisée au sein des monastères, avec les modifications qu'exigea le développement de cette grande institution (233).
Toute la muUilude de ceux qui croyaient n'avaient qu'un cœur et quune âme; et nul ne considérait ce quHl possédait comme étant à lui en particulier t mais toutes choses étaient communes entre eux. — Il n'y avait aucun pauvre parmi eux^ parce que tous ceux qui possédaient des fonds de terre ou des maisons^ les vendaient et en apportaient le prix qu'Us mettaient aux pieds des apôtres^ et on le distribuait ensuite à chacun selon qu'il en avait besoin, [Act. iv^ 32, 34, 35, trad. Sacy<)
Cassien ajoute que les monastères d'Ë- ;} pie furent fondés par saint Marc, disciole
(9Sù) lleslindiibiuble, dit uncnlûiuclrés^difficile, t qiie les vériUibles religieni se sont propoaé pour modèle la première égKse deiériisalein. » (Tillcno.'«t, flémotres poar servir à l'hia. ecctés.^ saiiii Aiiiuiiie.) Ctfite opinion est celle de saint AugiisUn.
(i34) Cf. CikSSiEN , Institutions mona$i$que$t liv« ii, rliap. 5.
(i55) Cf. EusfcBB, Hist. ecclés,i liv. ii, cliap. 17.
(â3at Cf. Baillet, Vie de saint Marc,
;tô7y Cf. .Fleurv, Hist. eeeiés., i, 17.— Nous ne iiouii anèieroiis pas ici à renverser les olijfciious.
de saint Pierre (234); qu'on v pratiqua dès l'origine une perfection suporieure à celle des Chrétiens de Jérusalem, bien avant ceux qu'on accuse d*avo*r introduit au sein du christianisme les principes du quiélisme oriental. Il s'appuie non-seulement sur l'anlurilé d'Rusèhe, qui est si grate dans une pareille question (235), mais sur le rapport mâme des gens du pays. Plusieurs critiques font remonter les monastères d'Egypte au temps de saint Marc. Baillet dit (^uil vst ceriain qu'à l'époque où. vivait saint Marc, plusieurs chrétiens animés du désir de mener la vie parfaile recommandée par TKvangile, se retirèrent à la campagne, non loin d Alexandrie où ils se tenaient renfermés dans des maisorrs, priant Dieu, méditant l'Ecriture sainte, travaillant de leurs mains, et ne mangeant qu'après le soleil couché (236). Fleury adupie la même manière de voir (^37)*
Eusèbe, Cassien, Sozomène et autres his-, toriens célèbres regardent les thérapeutes d'EgypIe comme appartenant à celte classe de Chrétiens, que les exhortations de saint Marc décidèrënl à embrasser la vie parfaite* Quand l'évangélisle, disciple de saint Pierre, eut fondé Téglise d'Alexandrie, ses prédications ayatit attiré h la foi de Jésus-Christ un grand nombre de per-sonhes, beaucoup embrassèrent les règles de la perfection evangélique. D'après ces auteurs, ceux qui consacrèrent ainsi toute leur existence à Dieu, quittèrent leurs parents et leurs amis, et 80 retirèrent dans la solitude pour s'y livrer aux pratiques de la vie ascétique, ce qui leur fit donner le nom de thérapeutes^ c'est-à-dii*e médecins ou serviteurs, pafcô qu'ils avaient soin de leurs âmes et servaient Dieu. Leurs premiefs établissements se firent Sûr les bords du lac Mœris. Pour se conformer aux conseils do l'Evangile, ils abandonnaient leurs biens et quittaient pour toujours leurs femmes, leurs enfants, leurs parents et leurs amis. Ils avaieiit pour ha bitation une Cellule séparée appelée semnéé ou monastère. Le matin et le soir ils faisaient des prières. Le matin ils priaient Dieu de leur accorder une paisible journée et d*éclalrer leur intelligence de sa lumière divine. Le soir, ils le suppliaient de les dé* livrer de l'affection des choses terrestres, l.eur vie était austère, ils ne mangeaient çiu'après le coucher du soleil. Tous les sent jours ils se rassemblaient dans une grande sernnée^ afin de s'entretenir ensemble des saintes pensées qui faisaient l'objet continuel de leurs méditations (238j.
Oïl en trouvera la réfiilalion dans Héltot, HiU. des
rciices profondes qui li^s séparaient. (Cr. Baronius, Annales, année 64 ; Godeau, Ilist. ecctés,, liv. i, année 04.^ D*aulre$ savants ont cru qne les lliéra^ }>cnies irelaicnl ni moines ni chrétiens. On trouvera les raisons contre cette dernière hypothèse dans IIÂ- I.VOT, Histoire des ordres monasnqufs, Dissertafloii préliniiiiairc.
MOI
McnoNn\ihi!;
MOI
lu«\>
Mais quand oiônie, à Texeinple de Bergier et d*un grand nombre d*auteurs graves » on se refuserait à considérer les thérapeutes comme les ancêtres des moines d'Egypte, on ne saurait contester que* la vie monastique ne remonte, chez les Egyptiens, aux premiers temps du christianisme; du reste, il est fort essentiel de remarquer que ce faiC n'était pas particulier aux églises d'Egypte; mais que, aans d'autres contrées, la vie monastique se développa pendant les deux premiers siècles, autant que le permirent les circonstances.
Le savant Tillemont fait remarquer que Texistence des ascètes remonte au berceau mémedu christianisme. Celaient des hommes qui faisaient profession d'une verXu plus sublime que celle du commun des Chrétiens, qui menaient môme au milieu des villes, et plus souvent dans les villages ou aux envi-, rons, une vie très-oieuse et très-retirée (239). L'opinion de cet liistorien célèbre s'appuie sur un grand nombre de faits. — Eusèbe suppose que les ascètes existaient en Egvpte, môme sous l'épiscoçat de saint Marc (2V0). Il raconte aussi de saint Pierre d'Alexandrie, qu'il traitait son corps avec austérité, à la manière des ascètes (^i). Il nomme ascètes du culte de Dieu, ceux qui s'occupaient particulièrement des œuvres de piété et de eharité (2^2]. Il raconte du martyr saint Pierre Apseiame, qu'il menait la vie ascéli*que (243). Il dit que saint Pamphile, qui souffrit le martjçre un peu auparavant, sous Maximin II, était ascète (2U).
Origène , dans son livre contre Celse , âcrit sous le règne de Philippe, vers 2i9, parle des ascètes comme d'une institution connue de tout le monde; il fait remarquer qu'ils ne mangeaient pas de viande, et il compare leurs abstinences à celles des disciples de Pythagore (21^5). — Saint Epiphane raconte que, près de cent cinquante ans au-
1>aravant, Marcion, qui depuis tomba dans 'hérésie, avait embrassé la vie solitaire dans le Pont, et qu'il pratiquait la chasteté parfaite (246). —Saint Jérôme, parlant de Pierius, prêtre d'Alexandrie, qui avait un amour particulier pour la pauvreté, dit qu'il pratiquait admirablement la vie des ascètes (247j. — Saint Athanase, racontant la retraite
' (239) Cf. TiLLEMOMT, Mémoires pour servir à CHist. tcclés, vil, 103.
(2i0) Cf. Eusèbe, Hi$t. ecclés,^ liv. n, ch:ip. 17.
(iil j Cf. EusfcBE, Hûu. ecctés., liv. vu, cb. 3i.
(242) Cf. Eusèbe, Les martyrs de la Palestine, isb. ii*
. (243) Cf. EusÈBB« Les martyrs de la Palestine, Ib. iO.
(244) Cf. Eusèbe, Les martyrs de la Palestine,
'245) Cf. Origène, Contra C'e/c.,lîv. v.
(246) Cf. Sailli Epipkame, Antidote contre les héréttev^' Mrésie.
(2l7) Sailli Jérôme , Des hommes illustres, ch. 76.
(248) ^Ev^oïavt'n iv^tvxmti
(249) S;iiiil ATHANJLîiE, Vie de saint Antoine, {25U) Cf. MoNTFAUc(>N, Observations sur la lettre de
Philon, De la vie contemplât,, ii« pari., § 3.
(251) Pour rappréciaiioii de ce bel ouvrage, Cf. NoEHLKR, Athanase la Grand , iraduclion Cohen.
de saint Antoine, vers Tan 270, dit quil
Î)ratiqua les exercices usités chez les ascètes, 2i8) et il ajoute que ceux qui alors avaient 0 zèle de leur sA Jt, se retiraient à la cam* pasne pour s*y appliquer aux œuvres (fh piété (2^9) (Voy. I*art. Ascètes.).
Les Frères dfu canton d'Arsinoé, aveclesquels saint Denis d'Alexandrie eut, en S60, une conférence célèbre sur la question du millénarisme, étaient (selon les Acta san" ctorum , 17 Janvier) des solitaires. — Saint Palémon , auprès duauel saint Pardme se retira, vers l'an 31&, était, h cette époque, fort flgé. Il avait lui-même été instruit par d'autres anachorètes dans les pratiques de la vie monastique. Il parait même que les moines avaient un habit particulier, et qu'il le Qt prendre à saint Pacôme. {Acta êancio^ rum , 1^ Mai.) — Les monastères de Chénobosquo et de Moncose , antérieurs ^ la fondation de la congrégation de Tabenne, étaient, selon Bulteau, de véritables abbaves* (BuLTBAU, Hisl. monast. de VOrient , 83.] Le vénérable Eponychus était abbé do Cbénobosque, et cette maison était habitée par des religieux très«anciens et très-parfaits. (Cassien, conférence 18, ch. 5.)
Les monastères de Nitrie étaient aussi antérieurs aux fondations de saint Pacdme, et le P. de Montfaucon va jusqu'à dire qu'il V avait des couvents sur cette montagne, lorsque saint Amon s*y établit (250).— On ne peut donc pas dire que saint Antoine ait été rinstituteur de la vie monastique; mais sa vraie gloire a été de donner à ce genre d'existence une organisation plus solide et une popularité beaucoup plu» grande. Saint Hilarion et saint Pac6me le secondèrent puissamment dans une œuvre qui devait exercer une si salutaire inûuenee sur les destinées de TEglise de Jésus-Christ.
Parmi les solitaires d*Orient , il n*en éft guère de plus illustre que saint Antoine, et dont la mission ait été moins comprise. Si nous étudions avec un peu de soin la vie de cet homme illustre, qui a été écrite avec un si rare talent par saint Athanase (251), il sera facile de convaincre nos lecteurs, que ce serait en vain qu'on voudrait le présenter comme un imitateur de*« quiétistes de Tliide. Si nous remontons aux
c Personne n*ignore, dil Tiliemonl, que saint Alhanase a cru employer uiilemenl un leuips aussi précieux que le sien à écrire la vie de saint Antoine, et pour ravaiiLigc qu*il irouviiil lui-même dans le seul souvenir de ce saint, ei pour celui qu*il espérail procurer à tous ceux qui embrassaient Tétat monastique, dont la vie de saint Aiiiuiue est, dit-il, on parfait modèle, i (Tillemont, Mémoires, vu, saÎDl Antoine, art. xv.) — Nous avons surtout insisté dans cet article, sur saint Antoine, saint Macaire • saiot llilnrton, saint Pacôme et saint Basile, parce qv^ selon M. Guizol, ce sont eux qui ont gouverné psr leur esprit tous les soliiairesde l'Orient. Nous avons été obligé de parler irès-brié veinent de saint Htcaire, à propos de sainl Antoine; mais le trait qoe nous avons cilé ne laisse aucun doute sur ses hitiitudes et sur ses doctrines par rapport à b sainte loi du iravaîL.^Kofr les art, saint Antoine, salut PAcdxE* sainl Basile.)
lOil