‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 28 sur 186 · VS · texte numérisé non relu

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• suffit pour alltimnr un eharbon éteint d.e i'approehor d'un charbon en feu, que sera-ce s\ les deux charbons sont embrasés ? Une amitié particulière entre deux ou plusieurs* jeunes gens qu'un caractère sympa- Ihicpie tmit entre eux, à moins de s'élever et de s'ennoblir ^)ar l'amour de la vertu et le zèle pour l'avancement spirituel, ne peut pro(juire que des effets vains, que des dis- •tractions inutiles et étrangères h l'esprit religieux; et cette seule raison suffit pour qu'on l'évite. Il y a en outre un grave danger (témoin bien de tristes expériences!) que de ces inutilités on ne passe à des actes vicieux et scandaleux, et qu'il n'en résulte un dommage souvent Irréparable pour l'honnêteté publique et privée. « Il serait trop long de raconter, dit saint Laurent Justinien, les paroles, les actions, les pensées obscènes que produit, sous ce voile de la charité, une liaison troj) familière peu à peu dégénérée en amitié déréglée. » (De dise, mon,^ c. 22.) Cassien, traitant le même sujet, rapjyorle que chez les anciens moines d'Egypte on veillait avec la plus scrupuleuse attention h ce que deux frères, jeunes surtout, ne restassent ensemble à l'écart, ne s'éloignassent des autres, ne se donnassent la main, (xxi JnslUia,, c. 15.)

VI. L'amilié particulière doit être évitée entre ceux qui se conduisent avec tiédeur dans le service de Dieu. « Que faites-vous le, disait le propriétaire de la vigne h des ouvriers inoccupés, que faites-vous Ih sans travailler do tout le jour : Quid hic statis tota die otiosi? » [Malth, xx, 6.) Ce reproche s'adresse à tous les Chrétiens, et particulièrement aux religieux, qui au lieu de travailler è la vigne du Seigneur, ainsi que ies y oblige leur proi)re vocation, au lieu do planter les vertus dans leur ca-ur el dans celui du prochain, sjlicnnent tout le jour, conime des serviteurs inutiles et des ou- . vriersinot cupés, loin de ceux qui travaillent, et nassL'ul le temps à i\QS riens, à des frivolités en compag'iie d'amis particuliers; ce tenifjs (pj'ils devraient employer au service de Dieu, ils le sacrifient h leur amour-propre; ils devraient toujours, en raison de leur état, avancer, faire des progrès dans la voie de la perfection ; mais non, ils sont là à rien faire, et au lieu d'avancer, ils reculent. Saint Luirent Justinien s'élève av^c véhémence contre une telle conduite. « On

les voir, dit-il, touiours coM-rirçà et là, cherchant ceux qui leur ressemblent ; ils se

louiour

ui leur réunissent à Técnrl, ils se livrent à de longs entretiens pendant le tem|)s du silence, ils attaquent el déchirent les absents, et non contents de leur proj»re damnation, ils s'efforcent de jierdre les autres avec eux Et

afin de p )Uvoir se laisser entraîner à leurs aire.'îlioiis déréglées, ils violent les règles dkis Pères, ils n'observent point les constitutions du inonaslèro, ils font peu de cas du sihMJCc, ils dédaignent la prière, ils néglig<MU le saint et srcrcl repos de la cellule, cl, malgré les remords, (|ui connue un ver voiïocur dcchireut leur conscii^nce, ils se

laissent dominer tout entiers par leurs sentiments el leurs désirs (îénravés... Dans leurs entretiens familiers, hélas I trop assidus, il n'y a que paroles vaines, mépris des autres, détractions, rires boufTons et immodérés : de là dissipation du cœur el distraction do l'esprit, perle de la componction, soustraction de la grâce, scandale du prochain, oubli de la prière, ténèbres et endurcissement de la conscience, et enfin perte déplorable d'un temps si précieux... Ils aiment à se trouver avec leurs amis, avec ceux qui leur ressemblent, ils se livrent à de frivoles amusements, ils se tiennent à l'écart, ils veulent toujours apprendre el voir de nouvelles choses, et ne cessent de s'occuper avec une curiosité inquiète de ce qui concerne les autres ; el ils ne s'aperçoivent pas que, plus ils se repaissent de ces aliments grossiers do la chair, plus l'esprit intérieur s'affaiblit en eux; et que, comme des malades hydropiquc^, plus ils s'abreuvent è-la coupe des joies passagères de celle vio, plus ils sentent une soif cruelle les dévorer. » [De dise, tnon,^ c. 22.)

VH. Les amitiés particulières mauvaises doivent être évitées avec encore nlustle soin parles gens du wioiuIl'. Adultères, ne stiveX'Vous pas, dit saint Jacques, que Vami^ tié de ce monde est ennemie de Dieu? Celui donc qui voudra être ami de ce sircle, se fait Tennemi de Dieu {Jacob, iv, k^). — N'aimex point le monde, ajoute saint Jean, f7t ce qm est dans le monde. Si quclf/u'un aime le monde, la charité du Père ncst point en lui; parce que tout ce qui at dans le monde nest quû concupiscence de la chair et concupiscence des yeux, et orgueil de la vie: or, cette concupis^ cence nest point du Père, mais elle est du monde (I Joan. ii, 15).

De là il suit que toutes ces mauvaises amitiés particulières, que nous avons combattues jusqu'ici, doivent être, à plus forte raison, évitées par les gens du monde:

1* Pour ce (jui concerne l'amitié particulière fondée sur la concupiscence de la chair, c'est-à-dire la gourmandise et la luxure, voici ce qu'en dit saint Paul : lien est beaucoup dont je vous ai dit souvent et dont je vous dis encore fn pleurant , quils sont ennemis de la croix du Christ, dont la fin est la perdition, qui font leur dieu de leur ventre, rt yu<, n ayant du goût que pour 1rs choses de la terre, mettent leur gloire dans leur igno^ minie (Philipp. m, 18). Le même apôtre énumère, au chap. v de son Epitre aux Calâtes, les œuvres de la chair qui excluent du royaume de Dieu , quoniam qui talia agunt, regnum Dei non possidebunt ; el dans son Epitre aux Romains, chi\[i. xrri, il nous avertit d<* ne point vivre dans Tintempé^ rance el l'ivrognerie, dans l'incontinence et l'im[)ureté. Et quant à ce qui regarde la luxure, saint Grégoire de Nazianze s'adressnnt à la femme trop élégamment [»arée : « Vous vous plairez à voir, lui dit-il, celui (|ui admire votre beauté; vous rendrez regard pour regard; de iloux sourires viendront bienlùt, puis les eîilrclicna d'abord

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quelque peu lirniJes et réserv&s, se changeront en discours libres et sans pudeur. Au reste, jo vous le dis en vérité, en tout ce que les femmes disent ou font en badinant avec les jeunes gens, il y a un dangereux aiguillon pour Timpureté. » (Adv.

mulier. ambU, se ornant,) En eÛ'el, n'esl-il pas évident qu'une telle ai^itié ne peut être chrélienie, (ju'elle ne peut ôlre qu'une amitié faus3e, uéfebonnélo et vicieuse, qu'elle no peut être, en un mot, qu'une liaison d'iîUemf)LT«nce et d'impudicilé?

De lu il faut conclure que toutes les amitiés qui n*onl pour fondement qu'un amour sensible, et que les hommes du monde appellent mœurs polies et galantes, etc., sont pleines de péril, et la source de tristes chutes, et qu'il faut se garder de croire que l'on puisse éprouver et inspirer un amour violent, surtout entre personnes de ditf lurent sexe, pour la beauté extérieure ou pour d'autres qualités (]iii enflamment les sens, et s'en tenir à un amour abstrait, pla- /ont^ue, comme ils disent, et par conséquent ôtre à l'abri de tout danger. De tels discours sont de vrais paradoxes, « Vouloir se fliodérer dans l'amour, dit Sénèque, en s'y laissant aller, c'est vouloir déraisonner avec la raison. » Selon saint François de Sales et saint Laurent Juslinien, l'amour spirituel est dégénéré en amour sensible et charnel, entre personnes de sexe diiférent, lorsqu'eUes. cherchent à se trouver ensemble, qu'elles sont tristes d'ôlre séparées, qu'elles aiment à converser seule à seule.

2" L'amitié particulière fondée sur la concupiscence des yeux, c'est-à-dire sur l'avarice et la curiosité, doit être évitée avec non moins de soin par les gens du monde. Je tQus éçriSf dit saint Paul aux Corinthiens, pour que vous nayez aucun commerce, pour que vous ne mangiez point à la même table y nvec les fornicateurs ni les avares, avec les idolâtres, avec les médisants, avec les ivrognes ni les ravisseurs du bien dautrui (I Cor. Y, 11). Saint Giégoire, (ommeiilant ces paroles de Jérémie : Ascendit mors per fenestrqs nostras (ix, 21), s'exprime en ces termes : c La mort monte par no9 fenêtres et entre chez nous, lorsqu(s (lar les sens du corps, la concupiscence pénètre jusqu'à notre âme, et y lait sa demeure* Celui qui regarde imprudemipent au dehors par ces fenêtres est ordinairement, et malgré lui, entraîné à la délectation du péché; et comnience, poussé qu'il est par la concupiscence, h vouloir ce qu'il ne voulait pas,.. Pour que l'âme se conserve pure dans ses pensées, il faut détourner les yeux de ce qui Jes flatte voliuJtueusemeut : car nos yeux sont comme des voleurs qui cherchent à lui ravir son innocence, v (L. xxi Mor., c. 2.)

3** L'amitié particulière fondée sur l'orgueil de la vie, ou sur l'amour déréglé do sa piopro sujjc'rioriié, doit être principalement évitée par les personnes du monde.

Le commencement, la source de tout péché est l'orgueil, [lïiVEci'iiiM'o. (Eccli.x, 15.) «Aussi, - ajoute saint TUomas, le premier pécUé du

premier honnne fut l'orgueil. » {Secunda secundœ, q.8V, a. 2.) Saint Jean Chrysoslome, prouvant la môme vérité parla chute de nos premiers [)arcnls , remarque les diverses fautes qui amenèrent cette chute lamentable : la première, c'est que la femme, éloignée do la présence de son mari, engage avec le serpent un entretien secret et amical en quelque sorte; la seconde, qu'elle l'interroge indiscrètement sur le dessein do Dieu; la troisième, qu'elle se laisse séduire par l'orgueil et par ces paroles qui flattent son amour-propre : « Vous serez comme des dieux; » la (piatriùme, (}uo, pour se procurer cet honneur divin qui lui est promis, elle mange du fruit que Dieu lui a interdit; etetitin, la cin(|uièmc, qu'elle séduit h son tour son mari, et le porte au même orgueil et à la même désobéissance. Voilà bien tous les caractères de Tamilié ()arliculière fondée sur l'orgueil et l'ambition; car c'est | ar sa triste influence que le pauvre cherche ii devenir riche et noble; le noble h devenir prince; le prince à devenir roi, et le roi h se faire le uïonarque suprême de l'univers. Pour arriver à celle fln, et sr.ns égard h l'ordre établi par la sagesse de Dieu, on emploie toutes sortes do moyens, bons et mauvais; on recherche la faveur des grands et l'amiliédes autres pour l'honneur et l'intérêt d'un ami; le prince ambitieux recherche de nombreux alliés pour entreprendre toutes sortes de guerres justes ou mjustes; le marchand, des associés pour toutes sortes de spéculations commerciales, licites ou illicites; le duelliste des témoins, pour soutenir, par une lutte homicide, un faux point d'honneur. Si un emploi considérable se présente, on y pousse son ami, sans lo moindre égard h sa capacilé, el bien quM doive résulfer de 15 un grave préjudice pour l'intérêt public. Pour ne point contrarier une femme ou des enfants, on les laisse, par una lâche connivence de c(*tle amitié de la chair et du sang, se livrer h leurs mauvaises inclinations, s'adonner au vice, etc. Concluons donc que de telles amitiés ne peuvent que produnc de funestes elfets et doivent êlre évitées avec le plus grand soin.

VIII. Si l'amitié particulière fondée sur un principe mauvais et portant au mal doit être évitée, il n'en est pas de même de l'amitié particulière dans le Seigneur; celle-ci n'a pour but que ravancemenl spirituel dans la perfection chrélienne, et, par conséquent, elle est fort louable , et même un religieux doit la pratiquer. Faites amitié, dit l'Kcri- UiVQ, et trouvez- vous souvent avec Vliomme saint, avec celui qui a la crainte du Seigneur, et dont lame est en rapport avec votre dme; si vous venez à trébucher dans les téi\cbre$, il vous relèvera et vous consolera (Eccli. \\\yii, 15.) — Quil est bon, quil estaoux pour des frères d'habit :r ensemble et dans Cunion! k\\i le Psalmiste. {Ps, cxxxii, 1.) Saint Basile, traitant de celle amitié, s'exprime ainsi: « On doit avoir soin (!ans toute communauté, lionobslant la charité généi'ile (pii nous iniit à tous les mvmbiesy de rendre cependant

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lus d*b:inncur i ceux qui sont plus utiles noire avaocenienti et de leur témoigner plus de «conQaoce et d^alTection» » (Serm. 3 A$cH.) Ce saint docteur en a donné lui-même un eremple admirable par sa liaison indtssolu!>le et sa tendre amitié avec saint Grégoire de Nazianze. « Nous paraissions, .lit ce dernier h ce sujet , n'avoir ciu'une Ame animant deur corps. L'un et Tauire, nous n*avions qu*un désir, qu'une occuj;)ation, la pratique de la vertu; nous ne vivions que pour les espérances immortelles, et nous cherchions à n'ôtre plus de ce monde même avant notre mort. Les yeux constamment fixés vers ce but sublime, nous dirigions nôtre vie et nos actions dans la voie des commandements de Dieu, nous nous animions l'un l'autre h l'amour de la vertu, et, si vous me permettez de le dire, nous étions le mo<ièle I un de l'autre , nous étions l'un pour l'autre la règle qui nous faisait distinguer le bien du mal. » (Serm. SO In obit. S. Basil.) Selon saint François de Sales, l'amitié fondée sur la vertu et n'ayant pour but que la vertu, la charité, la dévotion, la perfection chrétienne, doit être appelée une amitié sublime : sublime, parce qu elle vient de Dieu ; sublime, parce que Dieu même on est le lien; sublime, parce cju'elle doit durer éternellement avec Dieu. {Vtedévoiet ii* part., ch. 19.) En effet, deux ou plusieurs personnes, unies par une telle amitié, no s'aiment que pour s'animer davantage à l'amour de Dieu par de saints entretiens et par des prières réciproques; et en s'aimant parfaitement dans le Seigneur, elles remplissent dans sa plus haute perfection le beau précepte d'aimer le prochain comme soi-même, selon celte parole de saint Augustin : « Heureux celui qui vous aime, 6 Dieu, et qui aime son ami en vousl... car celui-là seul ne perd aucun de sqs amis , puisqu'il lès aime tous en celui qui no se perd point. » (Con/€$ê,. 1. IV, c. 9.)

• IXl. Celte amitié dans le Seigneur est encore plus louable dans les personnes du siècle. Ëiposées comme elles le sout à toutes sortes d'ennemis de part et d*autre, elles ont besoin d'un ami tidèle qui les environne de sa p;oleclion et les aide à se procurer la sainteté de vie et l'immortalité. {Ecclû vi, 1^.) C'est aux gens du monde (lue s'adresse particulièrement cet avis de 1 Ecriture CjBO nous avons rapporté au numéro précédent : Faites amitié ei trouvez-vous souvent avec rhomme sainte avec celui qui a la crainte de Dieu^ et dont Vàme est sympathique à votre âme: si vous venez à trébucher dans les té^ nrbreSf il vous relèvera et vous consolera. (Eccli. xxKVii, 15.) — « La consolation de celte vie, dit saint Ambroisc, c'est d'avoir quelqu'un à qui nous ouvrions notre cœur avec ses pensées et ses secrets, c'e^t de se choisir un homme Qdèle nui prenne part h nos joies, qui compatisse a nos douleurs et nous soutienne dans Tadversilé. » (L. m De offic, c. 22.) Sainte Thérèse et saint François de Sales recommandent siuguliè.emont ces saintes amilics paiiiculières, et en cnsci*

gnont même la nécessité pour les gens du monde: « parce moyen, dit ce dernier, ils sont animés, aidés et conduits au bien. » [Vie dév.)

X. Hais pour qne cette bonne amitié particulière ne dégénère point, et ne soit point nuisible; mais utile è la perfection, quelques précautions sont nécessairement à prendre. 1* La première est aue toute amitié, ou indifférente, ou moralement bonne, telle que l'amitié naturelle entre parents, ou l'amitié civile entre concitoyens, etc., soit relevée par le motif de la charité et de la perfection chrélienne,et qu'elle tende à une fin surnaturelle. Aussi, le Saureur a*t-ii dit : Si vous aimez ceux qui vous otmfii/, quelle récompense en aurez-vous? {àiatth, y, 46.) De là encore, quoique Dieu nous commande d'aimer plas spécialement nos père et mère, il dit aussi : Si quelqu'un vient à moi^ et ne hait point son père et sa mère, etc., ilnepeui être mon disciple (Luc,Yf 26). «Or, dit saint Grégoire, commentant ce texte, nous devons régler cette haine de nos parents, de telle sorte que nous aimions en eux cequ'ils sont, et que nous haïssions en eux ce qui nous empêche d'arriver è Dieu.» (Homil. 3T in Evang.) Saint Thomas nous enseigne la manière de relever ces amitiés par la charité : « Je puis, dit-il, youloir par un principe de charité, que cette personne qui m'est parente soit meilleure qu'une autre, et puisse par là obtenir un plus haut degré de^ioiro et de béatitwle dans le ciel. Cela peut encore se fiiire autrement, selon que nous aimons de direrses manières. Car, quant à ceux qui ne nous sout point unis par le sang, nous n'avons pour eux qu'une amitié de charité; mais, pour ceux qui nous sont unis par le sang, nous les aimons de diverses manières, selon les divers degrés de parenté qu'ils ont avec nous. £t ainsi , cet amour que nous avons pour quel(]u'un , ou parce qu'il est notre parent, ou parce qu'il e^t noire compatriote, on pour quelque autre motif louable et susceptible d'ôlre relevé par la charité, cet amour peut être commandé par la charité. » CW ainsi que les hommes vraiment spirituels aiment ceux qui leur sont unis par le sang; ils les aiment d'une amitié purement spirituelle, en rapportant tout motif de les aimer au désir et à la recherche de leur bien spirituel. On peut lire à ce sujet les excellents avis de sainte Thérèse. [Voie de la perfection^ ch. 9.)

2* L'amitié. particulière dans le Seigneur ne doit point exclure, mais plutôt renfermer et produire l'amitié générale et proportionnelle pour tous,même pour les pécheurs-et los ennemis. Car le précepte de la charité dit sans exception : Vous aimerez votre prochain comme vous-même {Matlh. xxii, 39). Et Nuire- Seigneur ajoute : Pour moi te vous le dis^ aimez vos ennemis {Matth, v, (3). « Nous ne devons haïr dans les pécheurs que le péché, dit saint Thomas, et nous devons lesaimt*r en ce qu'ils sont a)>pelés è la béatitude céleste, et c'(»sl ainsi que l'on aime véritiibloi meut pour Dieu. » (2-2, q. 23, a. 1.) « V;h

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mîliâ de charité, ajoule-t-il, s'étend aussi aux ennemis « que nous devons aimer de charité et pour Dieu, à qui se rapporte principalement lamitié de charité. » {Jbid,, a. 6.) Or, cet amour de charité envers les pécheurs et les ennemis peut véritablement se dire amitié , parce que c*est un amour non de concupiscence v mais d'amitié , bien qu'il mançiue de retour et qu'il n'y ail point communication et réciprocité de biens. C'est aussi une amitié fondée sur l'honnêteté, en ce sens que; si elle n'est pas fondée sur rhonnôteté du prochain, elle Test sur Thonnètcté qu*on lui désire. Enfin cette amitié universelle n'est point un obstacle à une amitié plus grande pour quelques-uns, ni à une amitié particulière pour une ou deux personnes, ainsi que nous allons le dire pour terminer ce long article.

3* Dans l'amitié particulière entre deux personnes , principalement dans la mémo communauté, on doit éviter avec soin toute communication extérieure qui ne soit pas purement spirituelle, ou qui cause quelque scandale. Prenez garde^ dit saint Paul, que cette permission que je vous accorde ne soit un scandale pour tes faibles (/ Cor. viii, 9), « La sainte amitié, selon saint Jérôme, ne connaît point ces petits présents, ces petites coteries, ces douces et tendres correspondances, ces billets flatteurs. Toutes ces ex* pressions de tendresse, ces petites politesses, ces empressements , ces prévenances ridicules nous font rougir même dans des amants do comédie» et nous les détestons dans les personnes du monde; que serait-ce, si nous les trouvions chez les religieux et les clercs?» (Hiseon., Epist. 2 ad Nepot.) Saint Jean Climaque rap()orte qn'il connaissait deux jeunes gens qui s'aindk lient de l'amitié la plus chaste et selon Dieu, et qui, cependant, s'apercevatit que la conscience d^s autres en était offensée, convinrent entrie^ux de s'éloigner pour quelque temps. Sainte Thérèse, qui permettait les amitiés uarticulières dans les communautés nombreuses, les défendait dans les petites communautés. Il est évident , enfin, que si l'amitié particulière était accompagnée de quelque communication extérieure et sensuelle, ou si elle était pour les autres une source, une occasion de scandale , elle ne serait plus alo^s une amitié vraiment spirituelle, et n'aurait plus pour fin l'avancement et le jfvrogrès dans les Yoies spirituelles et parfaites.

AMOUR DE DIEU ET DU PROCHAIN. -^ Voif, Charité.

AMOUR-PROt'RE. —C'est l'amour exagéré de nous-mèm^ L'amour-propre n'est consi* déré généralement que comme un diminutif de l'orgueil : souvent il a le même sens que vanité^ c'est-i»dire qu'il s'applique à des choses plus superficielles. Quoi qu'il en soit, il tient do la nature de l'orgueil, et doit être combattu par les mêmes moyens. Saint Paul a caractérisé durement l'amour-propro en parlant prophétiquement des hérésiar* ques : Il viendra, dit-il, des hommes amouttux

d^eux-mémeSf hautains^ superbes^ violents, etc.

Un homme qui s'aime à l'excès rapporto tout h son propre intérêt ; il veut une préférence exclusive, ne rend justice à personne : c'est un ennemi commun; plus il est sensible et chatouilleux, plus il est aisé de le chagriner et de le morlilier.

Voici comment le peint un moraliste que nous nous garileron.« bien de citer souvent, Larochefoucauld : « Rien n'est si impétueux que ses désirs, rien de si caché que ses desseins, rien de si habile que sa conduite

L'araour-propre est le plus grand de tous les flatteurs. »

L'amour de nous-mêmes, pris dans un sens raisonnable et mesuré, esl légitime, puisque Jésus-Christ nous commande d aimer noire prochain comme nous-mêmes; l'amour que nous avons pour nous-mêmes est un modèle que Dieu nous propose.

Charité bien ordonnée, disent les théologiens, commence par soi-même; et Abbadie dit très-philosophiquement : Tamourpropre entre essentiellement dans l'exercice des vertus, et une l^nne action n'est qu'une manière de s'aimer plus noble que les autres. Dieu intéresse famour-propro par ses promesses et par ses menaces, et il on fait un motif pour nous conduire è la sanctification. Ainsi on peut, on doit même s'aimer, mais selon la règle, c'est-à-dire en aimant Dieu par-dessus tout, et en aimant son prochain comme soi-même et en respectant tous ses droits, en pratiquant onvei^ lui tous les égards que commande ou qu'ins{)ire la charité.

On doit s'aimer, mais sans oublier ses défauts, sa petitesse, ses misères, ses péchés, ses mauvais penchants, ses torts effectifs envers le prochain, ceux dont on est encore capable. On doit s'aimer» mais en songeant quenousn'avonspasledroitdenous enorgueillir beaucoup de ce Qu'il y a de bon en cous, puisque la grAce lie Dieu, les dons naturels comme les surnaturels, les bons exemples, les bons avis, y entrent pour une si grande part, et que ce qui reste notre propriété dans nos bonnes œuvres n'est presque rien en com- [)araison de ce qui nous est étranger.

Nous devons nous aimer, et si nous voulons le faire parfaitement, il faut nous aimer tout pour Dieu qui nous a mis au monde pour sa gloire, et qui désire que nous tendions sans cesse et simplement et purement vers ce but digne de lui et de nous.

L'amour- propre trahit ses intérêts % force d'être intéressé. Cette maxime est vraie, même appliquée aux intérêts de ee monde ; elle est encore vraie appliquée aux choses du ciel. Plus on aime Dieu fwt lui-même, avec le moins de retour pofsible vers l'amour de soi, plus nous sommes agréables à Dieu, et plus aussi nous faisons belle la part qui noua est réservée dans le royaume de Dieu.

François de Sales a parlé de Tamour-

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