‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 30 sur 186 · AN · texte numérisé non relu

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gner plus rolre amour-propre. Vous pouvez vous élourdîr, vous enivrer pour un peu de temps et vous donner des forces trompeuses telles que la Oèvrc ardente en donne aux maJades qui sont en délire; mais la vraie paix n*est que dans la mort. On voit en vous, depuis quelques jour^, un mouvement convulsif pour montrer du courase et de la gaieté, avec un fond d*Hgonie. Oh! si vous faisiez pour Dieu ce que vous faites contre^ quelle paii n'auriez- vous pasl Oh! si vous souffriez, pour laisser faire Dieu, le quart de ce que vous vous faites souffrir pour Tecn* pôcfjcr de déraciner voire amour-propre, quelle seroit voire tranquillité! Je prie celui à qui vous résistez de vaincre vos résistances, d*avoir pitié de cette f)rce contre lui, qui n*e't que foiblesse, et de vous faire, malgré vous, autant de bien que vous vous faites de mal. Pour moi, comptez queje vous poursuivrai sans relâche, et que je ne vous quitterai point. J*espère beaucoup moins de mes paroles et de mes travaux pour vous, que do ma peine intérieure et de mon union à Dieu dans le déstrde vous rapprocher de lui.» AMOUR PUR. — Foy. Charité, BÉATITUDE,

QciÉTIfMK,M0LIIf0SISIlE,FÉNEL0N,M'*'GuT0?l.

AMPHiLOQUE (Saint), issu d*une noble famille de Cappauoce, se livra d'aliord au barreau, nuis se retira dans la solitude, par le conseil de saint Grégoire de Nazianze. Elevé sur le siège épiscopal d*lcone, vers Van 3%ki il se montra plein de zèle contre rhérésie arienne; il assista au premier concile général de Constanlinople, en 381, et présida celui deSide. Il mourut vers 394. Saint Grégoire de Naziafize rappelle unançe tt un héros de la vérité. Les œuvres ascétiques de saint Amphiloque sortt: l'un Dttcours iur la pénitence. — 2° Une Lettre à Se* /crticuf, en vers ïambiques, sur les vertus chrétiennes.

ANACHORÈTES. — Ermite ou solitaire, homme retiré du monde par motif do reli-

Sion, qui vit seul, atin de ne s'occuper que e Dieu et de son salut. Ce mot vient du grec av«xa>ffcv, se retirer, de même qu*erunie est dérivé d*ifi3fiioc, solitude, lieu désert. Dans Torigine on a encore donné aux solitaires le nom de moines^ tiré de fi^voc seul, retiré.

Ce genre de vie a toujours été connu dans rOricnt. Saint Paul {Hebr. ii, 38) dit que les prophètes ont erre dans les déserts et lur les montagnes, qu'ils ont demeuré dans les antres et les cavernes de la terre. Saint Jean-Baptiste, dès son enfance, se retira dans le désert, et y vécut jusqu'à Page de trente ans; Jésus-Christ lui-même (Itréloge de sa vie austère et de ses vertus. {Matêh. ii, 7.) Mais saint Paul de Thèbes en Egypte est regardé comme le premier ermite ou ana^ chorile du christianisme. Il se retira dans le désert de la Thébaide , Tan ^0, pendant la persécution de Dèce et de Valérien ; bientôt il y fut suivi par saint Aiitdine et par d'autres qui voulurent mener le même genre do vie. Plusieurs se réunirent ensuite pour vivre en commun, et furent nommes cénobi-

tes. Cet exemple fut môme suivi par les femmes; quelques-unes s'enfoncèrent dans los déserts pour faire pénitence et pour éviter les dangers du siècle, d'autres se renfermèrent dans les cloîtres pour y vivre ensemble sous une môme règle. Telle a été rorîgine de Tétat monastique. (Voy. Moinb, Céno- BrTE, Religieuse, etc.)

Sur la fin du iv* siècle, la vie ërëmitique passa d^Egypte en Italie, et bientôt après dans les Gaules; on y vt des anachorètes et des cénobites. L'irruption des barbares» arrivée au commencement du y* siècle, contribua à les multiplier: pour se soustraire au brigandage, un grand nombre d'hommes se retirèrent dans des lieux déserts; plusieurs guerriers, tourmentés |>ar des remords et |)ar la crainte de retomber dans de nouveaux désordres, allèrent expier leurs crimes dans la solitude : on admira leur courage et leur vertu. La même raison, oui faisait augmenter le nombre des monastères , servit aussi à multiplier les ermites ou anachorètes, et le goût pour ce çenre de vie s'est conservé jusqu'à nous. Hais les supérieurs ecclésiastiques ont reconnu depuis longtem|is quMl était mieux de réunfr plusieurs ermites dans une môme habitation que les laisser vivre absolument seuls.

Cette manière de vivre singulière ne pouvait manquer d*exciter la bile des ennemis de la religion ; aussi a-t-elle été blAmée avec autant d'aigreur par les protestants que par les incrédules. Ils en ont censuré l'origine, les motifs, les pratiques; ils en ont relevé les inconvénients et les pernicieuses censé* guences. Leclerc, Mosheim, Brucker, et la foule des protestants, ont déclamé è Tenvi: sur ce sujet, et nos philosophes mouton<* niers ont enchéri encore sur leurs invectites-

Les uns ont dit que le goût pour la vie solitaire était, dans TOrient, et surtout en Egypte, un vice de climat, un effet de la mélancolie et de la paresse c^ue la chaleur inspire; d'autres ont jugé qu il a été augmenté chez les Chrétiens par les notions de la philosophie de Pythagore et de Platon, selon lesquels on croyait que plus l'âme se détachait du corps et des sens, plus elle s'approchait de Dieu. Quelques-uns ont deviné que dans les premiers siècles du christianisme, on renonçait au monde, parce que l'on croyait qu'il allait finir. Presque tous ont décidé que 1 estime pour la vie austère est née d'une notion fausse et absurde de la Divinité. LtB Chrétiens, disent-ils, se sont persuadés que Dieu, non content d'exiger ^e sang de son Fils pour a(>aiser sa justice, se plaisait encore au tourment de ses créatures.

A toutes ces réflexions, il ne manque que du bon sers. Si tous ces- savants disserlateurs avaient passé la plus grande partie de leur vie à la campagne et loin du tumulte des villes, ils auraient éprouvé par eux-mômos que l'on contracte très*aisément le goût de la solitude absolue, sans penser à In fin du monde, sans connaître la philo« Sophie de Pythagore, et s.nns avoir des no-^ tions absurdes de la Divinité. Une preuve

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u'il ne Tient point du clim l, c'est qu il a té pour le moins aussi commun et aussi tif dans les contrées du Nord que dans les régions du Midi. Mais bornous-nous k des considéra lions religieuses.

H est fAcheux d*abord que les protestants aient condamné avec tant de hauteur un genre dévie que Jésus-Christ a daigné louer dans son saint précurseur, et que saint Paul a proposé pour modèle dans les prophètes. Dirons-nous des uns ou dos autres ce que Mosheim a osé dire de saint Paul, premier ermite, que, retiré dans le désert, il mena une vie plus digne d'une brute que d*un homme t {Hi$t. eecUi. du m* ttVc/e, ii* part., c. 3, S 3.) Ou penserons-nous qu*Elie, les autres prophètesetsaint Jean-Baptiste avaient puisé le goût de la solitude dans les écrits de Pjrthagore ou de Platon, dans la crainte de la fin du monde, etc.? Voilà comme les protestants respectent l'Ecriture sainte.

En second lieu, nous les défions de faire contre les solitaires aucun reproche qui n'ait été fait aux premiers Chrétiens par les

Çaïens. Nous voyons, par V Apologétique de 'ertullien, que ceux-ci appelaient les Chrétiens insensés, hommes inutiles au monde» misanthropes ou ennemis du genre humain; on tounfait en ridicule leur air austère et pénitent, leur goût pour la solitude» la société particulière qu'ils faisaient entre eux» etc. Les protestants semblent n'avoir fait que copier tous ces sarcasmes, en faisant la satire des moines et des anachorètes.

Aussi les incrédules n'ont pas manqué de tourner contre le christianisme même la censure que les protestants ont faite de la Tie monasti(]ue ou érémitique. Ils disent que les maximes de l'Evangile tendent à séparer l'homme d'avec ses semblables, et à le détacher absolument du monde; que c'était déjà la morale des esséniens et des thérapeutes, et que Jésus-Christ aTait puisé sa doctrine parmi eux. Ils soutiennent que les premiers Chrétiens furent de vrais moines, puisque saint Antoine ne prétendit faire autre chose que de suivre l'Evangile à la lettre, d'où ils concluent que la in<^râle évangéli que n'est faite que pour les moines. « En effet, saint Antoine, dit M. Fleiiry, saint Hilariou, saint Pacôme et les autres qui les imitèrent, ne prétendirent pas introduire une nouveauté ou renchérir sur la vertu de leur père; ils voulurent seulement conser^ ver la tradition de la pratique exacte de l'Evan^le qu'ils voyaient se relAcher de jour en jour. Ils se proposaient toujours pour modèles les ascètes ou les Chrétiens fervents qui les avaient précédés. » (Mœurs des Chrit.^ § 32.) Bîngham lui-raôme, quoique

r Protestant, avoue qu'à l'exception de la soitude absolue, la vie des Ascètes était la môme que celle des anachorètes et des moines. (Orig. eccUs. , 1. vu, cl.) — VoysM AsciTBS.

Nous prions \es protestants de vouloir bien iustifier, contre la censure des incrédules, les premiers Chrétiens formés par les leçons de Jésus-Cb^î^t et des apdtres, ce

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qu'ils diront nous servira de même à faire

I apologie des solitaires qui ont renoncé au monde. Mais ils n'en feront rien; peu leur importe de livrer le christianisme au mépris des incrédules, pourvu qu'ils satisfassent leur propre haine contre TEglise romaine.

On ne sait que penser quand on lit leurs lamentations sur la multitude des erreurs

3u'a fait naître dans l'Eglise la philosophie e Py thagore et de Çlaton. De là est née, disent-ils, cette folle idée que l'on pouvait mener une vie plus sainte que celle de Jésus- Christ et des apôtres, et pratiquer des vertus plus parfaites que celles qui sont commandées dans l'Evangile; de là l'fstime insensée pour les austérités corporelles, pour l'abstinence et le jeûne, pour le célibat et la virginité ; de là la condamnation des secondes noces, le mépris [)0ur l'état du mariage, etc. (Brucker, JErt«^ philos.^ tom. III.) On croit entendre raisonner des déistes ou des épicuriens. En parlant de ces différents articles de la discipline chrétienne, nous leur ferons voir que tous sont fondés sur l^riture sainte, sur les leçons formelles de Jésus-Christ et des apôtres, et nous les mettrons à couvert de leur folle cetisure.

II s'ensuit déjà que les i^latoniciens et les pythagoriciens, qui ont fait cas de toutes ces pratiques, étaient plus raisonnables que les protestants et les incrédules modernes.

Ajoutons que la vie des solitaires de la Thébaïde, qui nous parait si terrible, était à peu près la même que celle des pauvres et du peuple en Egypte. Selon le récit des voyageurs, le seul habit des deux sexes est une chemise ou un morceau de toile. Tous couchent sur la dure, dans la rue ou sur les toits des maisons, et avec deux poignées de riz un homme peut vivre pendant vingt-quatre heures, sans avoir besoin d'autre nourriture. Il en est de même dans les Indes; et telle y fut toujours la vie des brachmanes, ou des philosophes de ce pays-là. Hais des épicuriens septentrionaux sont effrayés de ce genre de vie; gâtés par un luxe4désordonné, ils regardent les austérités comme un miracle lent et comme une folie; ils s'emportent contre les anachorètes, parce que ceux-ci étaient plus robustes et plus sobres qu'eux.

Ecoutons néanmoins leurs déclamations.

Si saint Paul, disent-ils, et saint Pacôme ont bien fait de renoncer au monde et de se retirer dans les déserts, tout homme qui fera comme eux sera aussi louable qu'eux ; il faudra donc rompre toute société avec nos semblables, et vivre comme les animaux sauvages, pour être Chrétiens parfaits. Dès que Dieu a créé l'homme pour la société, il est absurde d'imaginer un état plus saint et plus respectable que Tétat social, ou des devoirs plus sacrés que ceux du sang et de la nature. Se détacher du monde et s en séparer, c'est dans le fond renoncer à l'humanité et se soustraire à l'ordre général de la Providence, se rendre inutile aux autres: c'est unilnvers, un attentat punissable, il

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