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ne peut Yonirque d'un fond de misanthropie, lie paresse ou de vanité : le canoniser et l'ériger en vertu, c^est un trait de démence. — Si les anachorètes, en cherchant la solitude, avaient manc^ué aux devoirs du sang ou de la nature, violé les engagements d'homme et de citoyen, résisté à Tordre de Ja Providence, nous avouons qu'ils n'auraient été ni saints ni louables. Mais c'est h leurs détracteurs de prouver 1* qu'ils ont abandonné leurs parents et leur famille dans dos circons:ances où ils pouvaient avoir besoin de leurs secours ; S" qu*ils n'avaient pas reçu de la nature un goût décidé pour la retraite, pour la prière, pour un travail auquel ils pouvaient vaquer seuls; 3* qu'il n'y avait aucun danger pour eux à demeurer dans le monde; V qu ils n'ont été d'aucune utilité pour leurs semblables. Autrement, nous soutenons qu'ils n*ODt man- «]ué ni è la nature qui les portait au genre tie vie qu'ils ont embrassé, ni à leurs parouts qui pouvaient se passer d'eux, ni è leurs concitoyens auxquels leur retraite ne portait aucun préjudice, ui aux emplois pu- Dlics pour lesquels ils ne se sentaient pas faits, ni à la voix de Dieu, puisque au contraire» ils croyaient lui obéir. Avant de conclure que tout homme fera bien de les imiter, il faut savoir si tout homme se trouve dans les mômes circonstances qu'eux.
Mais si tout homme prenait ce parti, que deviendrait la société 7 Folle supposition. D eu y a pourvu. Il a tellement varié les goûts, les caractères, les talents, les besoins lies hommes, qu'il est impossible que tous embrassent le môme état ue vifi, dès qu'ils seront mdttres de choisir. C'est pour cela ijue toutes les conditions se trouvent toujours à peu prés également remplies, et qu'aucune ne demeure vacante : le choix que font les solitaires, loin de gêner celui des autres, leur laisse une place de plus. * 11 n'est donc pas vrai qu'ils aillent contre les ordres» de la Providence, puisque la Providence veut que chacun choisisse l'état 3ui lui convient le mieux^ ni contre le bien e la société, puisqu'elle est intéressée è ce que personne ue soit gêné dans son choix; ni contre le droit de leurs semblables, puisque C6ux-ci n'en reçoivent aucun préjudice; les solitaires nuisent moins au public que les honnôtes fainéants ^ui surchargent la société du poids et de l'ennui de leur oisiveté. Il n*e.st pas vrai non plus L|u ils soient inutiles au monde. Dans les temps de calamité, de dévastation et de contagion, lorsque la religion s'est trouvée en danger, lorsque les peuples ont manqué de secours spirituels, lorsque le clergé séculier a été è peu près anéanti, on a vu les solitaires quitter leur retraite, accourir au secours de leurs frères, exercer la charité d'une manière héroïque. Souvent les rois sont ailés les chercher au désert pour leur conller les affaires les plus importantes. Ceux de laTbébaïde travaillaient non-seu- Icinent pour se procurer la subsistance, lima encore pour assister les pauvi*es du
prix de leur travail. D'ailleurs, plus les hommes sont vicieux, plus les mœurs publiques sont corrompues, plus il est utile et nécessaire de leur donner des exemples de frugalité, de désintéressement, de mortification, de patience, de piété, de soumission à Dieu, de. mépris des choses du monde.
Quoi qu'on en dise, les solitaires l'ont fait dans tous les temps, et les peuples ne les ont respectés qu'autant qu'ils le méritaient par leurs vertus.
Un homme fatigué du tumultQ de la société, rebuté par les vices de ses semblables, dégoûté des objets qui excitent les passions, ji^a-t-il pas droit d'aller chercher dans la solitude la paix, le repos, l'innocence, la liberté, le calme de la conscience? Celui qui fuit le danger de la corruption, qui s'occupe k prier, à méditer, è travailler, qui s'accoutume à retrancher à la nature tout ce dont elle peut se passer, n'est-il pas louable ? Il donne aux autres une grande leçon, savoir
3ue Ton peut trouver avec Dieu un repos, es consolations, un bonheur que le monde ne peut donner.
. ANDRADA (Alphonse d'), jésuite espagnol, né à Tolède en 1500, fit de si bonnes éludes qu'on lui confia une chaire de nbijosophie, quoiqu'il fût jeune encore; il la quitta h l'Age de vingt-deux ans, pour embrasser l'institut des Jésuites. Il y rut chargé d'enseigner la théologie morale, devint qualificateur de rinquisition, et travailla aux missions d*£spagne pendant près de cinquante ans. Il mourut à Madrid en juin 1672. Outre un Itinéraire historique^ et les Viei de$ JéâuiCe$ t7(u#fref, on a m lui des Midi* taêions pour tous les jour$ de Vannée : une Traduction des cinq livres ascétiques du cardinal Bellarmin, et d'autres livres de niëté dont il est fait mention dans la Bibliothèque des écrivains jésuites de Fotwol.Tous les ouvrages d'Alphonse d'Andrada sont écrits en espagnol.
^ANDRADA (Thomas), plus connu sous le nom de Thomas deJésus^ réformateur des Augustins Déchaussés, naquit à Coïmbre vers 1530. Il était fils du grand trésorier du roi Jean, en Portugal. Il suivit le roi Sébastien dans la malheureuse expédition d'Afrique. Il y mourut en captivité en 1583, laissant un livre plein d'onction, intitulé les Souffrances de Jésus^ composé dans sa prison ; il a été traduit en français, 2 vol. in-12.
ANSELME (Saint), abbé du Bec, puis archevêque de (Jantorbéry. Il mérita les honneurs de la persécution de Guillaume le Roux, pour avoir soutenu les immunités de son sié^e, et passa i)iusieurs années loin '^0 sa patrie. Pendant son glorieux exil, cet homme» si remarquable par son profond savoir et par sa sainteté, reçut un accueil très-honorable en France et à Rome. Sous Hen!i 11, roi d'Angleterre, il revint prendre possession de son siège; il eut le bonheur de réconcilier le roi avec Robert, son frère» au retour de la terre sainte et de calmer la guerre civile. L'ingratitude du prince fût la récompense de cette belle action. Il mourut
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DASCETISME.
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i?n 1109. (Voir au Catalogue^ fin du iom. II, la nomenclature de ses ouvrages ascétiaues. lis sont instructifs, édifianls, pleins d onction et d'une certaine tendresse d*aniour pour Dieu. Un style simple, naturel, clair et ooncis.fait le piincipal mérite de ses lettres. On retrouve partout dans les écrits de saint Anselme, une grande connaissance de la philosophie et de In théologie.)
ANTOINE (Paul-Gabriel), théologien jé- >»uite, né en 1679, à Lunéville, mort, en 1743, à Pont-h-Mousson, où il avait longtemps occupé une chaire de théologie, est auteur d*un ouvrage intitulé : Theoiogiœ ascefîco'fnoralis insiiiuiiones; Cologne, 1769, in-12, et de plusieurs livres de piété.
ANTOINE DE MÉLISSE vivaU dan$ le VIII* siècle, il est auteur de deux livres de sentences tirées des saints Pères; ils peuvent être lus par ceux qui s*occupent de la vie spirituelle.
ANTOINE (Saint), patriarche des cénobites. — Saint Antoine vint au monde Tan 251 de Jésus-Christ. 11 naquit au village de Côme,prè$ d*Hérac]ée,dans la haute Egypte. Sqs parents qui étaient Chrétiens, et encore plus distingués par leur piété que par leurs richesses, prirent un soin particulier de son éducation. Ils le gardèrent toujours auprès d'eux, dans la crainte que les mauvais exemples et les discours des personnes vicieuses ne corrompissent son innocence.
Antoine, ainsi retenu dans la maison paternelle, ne s'appliqua i)oint h l'étude des . belles-lettres, et ne sut jamais lire que Té-
S^ptien, qui était la langue de son paVs (68). ais il était bien dédommagé du défaut de quelques connaissances, dont il n'est que trop ordinaire d'abuser , par les excellentes dispositions que Dieu mit dans son Ame. On le vit dès son enfance aimer la sobriété, assister régulièrement aux odices de l'église et obéira ses parents avec une ponctualité singulière. La mort les lui ayant enlevés, il devint possesseur d'une fortune considérable, et se trouva chargé du soin de pourvoir à l'éducation d'une sœur plus leune que lui. Il n'était point encore dans sa vingtième année (69).
(68) Saint Alhanase dit (p. 795 A) gue saint Antoine n*apprit puint les lettres, afin d'éviter plus sagement les mauvaises compagnies, gu'il n'est pas tare de trouver dans les écoles publiques. Evagore et d'autres auteurs rapportent qu'un philos4)phe ayant marqué sa surprise de ce qu'U pouvait vivre sans le plaisir que Ton goûte dans la lecture, il répondit ique la nature lui servait de livres (Socrate, t. IV, c. 23; RosvEiDE, VU, Patr., l. VI, c. 4; saint Nil, L IV, p. 60). H paraîtrait naturel de conclure de ces passages que saint Antoine ne savait pas lire, ei saint Augustin a été de ce sentiment, puisque,.selon loi, notre saint n'avait appris l'Ecriture sainte qu'en reaCendant lire aux autres (saint Aug., iDe doct. ..cArtsi., tom* UI, p. 5). n nous semble assez probable, néanmoins, que saint Alhanase a voulu sira- Flement marquer que saint Antoine avait négligé étude des sciences de la Grèce, et de tout ce que ^'bn a appelé belles-lettres Nous nous fondons sur ce qu'il affirme que le rjini aimait beaucoup la lecture, soit lorsqu il éla'i chez son père, soit lorsqu'il
Six mois après, Anloinc entendit lire dans réglise ces paroles, adressées au jeunu homme de TËvangile : Allez, vendex ce que vous avex, donnez-le aux poutres^ et vous aurez un trésor dans le ciel. {Maith. xix, 21.) II s*en nt de suite rapj[)lication à lui-même, et, de retour à sa maison, il abandonna h ses voisins environ 140 arpents de bonne terre (70), à condition qu'ils paieraient pour lui et sa sœur tous les impôts publics, il vendit le reste de son bien et en distribua le prix aux pauvres, ne se réservant que co qui était nécessaire à sa subsistance et à celle de sa sœur. Quelque temps après, ayant entendu lire dans Téglise ces autres paroles : Ne soyez point en peine du lendemain {Matth. VI, 3i), il se dent de ses meubles en faveur dos pauvres, et mit sa sœur dans un monastère de vierges (71), où elle devint la conductrice d'un grand nombre de personnes de son sexe. Quant à lui, il se retira dans un désert du voisinage, afin dMmiter un saint vieillard qui y vivait en ermite (72). Là, il partageait son temps entre le travail des mains, la prière et la lecture. Sa ferveur était si grande, que lorsqu'il entendait parler de qùeloue anachorète, il allait le trouver pour prouCer de ses instructions ei de ses exemples. Ils se fit une règle de pratiquer tout ce que pratiquaient les vrais serviteurs de Dieu ; voila ce qui le rendit en neu de temps un modèle accompli de toutes les vertus.
Le démon, jaloux des progrès qu'Antoine faisait chaque jour dans les voies de la perfection, mit tout en œuvre pour le perdre. Il lui représenta d'abord toutes les bonnes œuvres qu'il eût pu faire dans le monde par le moven de ses richesses, et les difficultés qu'il aurait à surmonter dans la solitude; artifice qu'il a coutume d'employer quand il veut dégoûter une Aine de l'état auquel Dieu l'appelle. Cette firemière attaque ne lui ayant pas réussi, il tourmenta le saint nuit et jour par des (pensées contraires à la pureté. Mais le jeune ermite triompha de cette tentation par une exacte vigilance sur ses sens, par des jeûnes rigoureux, par l'humilité et la prière. Le
vivait seul (Athan., p. 795, % p. 97). Si l'on répond qu'il s agit seulement de la lecture que d'autres lui faisaient, nous demanderons par qui il se faisait lire quand il était seul ( Voyez Rosweide, not, in Vit. sancti AntonU;Bonandus. 17 januar, p. 119, 64; TicLEMONT, not. 1, p. 666; Godescard).
(69) La vie de saint Antoine, résumant celle des ascètes de la primitive Eglise, ne pouvait manquer de prendre place dans notre Dictionnaire.
(70) Le texte dit trois cent aruras. Varura contenait cent coudées, c'est-à-dire, environ la moitié d'un arpent (Voyez le Lexicon de Constmitin, et Fleurt, t. YIIl, p. 418).
(7i) C^est la première fois, selon la plupart des modernes, qu'il est parlé dans l'Histoire ecdésiastîquc d'un monastère dé filles.
(72) On voit que la vie ascétiqne chez les Chrétiens est antérieure à saint Antoine; Cassien fait remonter à saint Marc l'institution de la vie reli- 'gicusc dans les déserts de l'Egypte.
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DlCTlONNAïaE
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démon revint encore à la charge; il se ser- Yit du piège de la vaine gloire, il prit diverses formes pour séduire ou pour épouvanter Antoine. Ses ruses n'eurent point l'effet qu'il en attendait; il fut toujours vaincu, il fut môme forcé d'avouer sa défaite. Antoine, averti par le danger au*il avait couru, redoubla ses austérités. 11 ne prenait pour toute nourriture qu*un peu de nain et de sel, et ne buvait iamais que de l'eau. Une faisait par jour qu^ln seul renas, et toujours après le coucher du soleil. Quelquefois il gardait une abstinence totale pendant deux et mémo quatre jours. Souvent il passait la nuit sans dormir; et le peu qu'il accordait à la nature, il le prenait ou sur une simnle natte de jonc, ou sur un cilice, ou sur la terre nue. Enfin il employait tons les moyens propres à châtier son corps et à le soumettre parfaitement à la loi de l'esprit.
Le désir d une solitude plus entière porta notre saint à se retirer dans un vieux sépulcre, où un de ses amis lui portait du pain de temps en temps. Dieu permit encore
aue le démon vint l'y attaquer. 11 tâcha 'abord de l'effrayer par un horrible fracas. Il le battit môme un jour si rudement, qu'il le laissa tout couvert de blessures et à demimort. 11 fut trouvé dans cet état par l'ami charitable qui pourvoyait h sa subsistance. A peine eut^il repris ses sens, qu'avant môme de se relover» il cria aux démons : « Eh bien, me voilà encore prêt à combattre. Non, rien ne sera capable de me séparer de Jésus-Christ, mon Seigneur. » Les esprit*s des ténèbres acceptent aussitôt le défi, ils redoublent leurs efforts, poussent des rugissements épouvantables, et se revotent des formes les plus hideuses et les plus effrayantes. Cependant Antoine reste inébranlable, parce qu'il met en Dieu toute sa confiance. Un rayon de lumière céleste descend aussitôt sur lui, et les démons prennent honteusement la fuite. « Où étiezvous donc, mon Seigneur et mon Maître?
s*écria-t-il alors. Que n'ôtiez-vous ici dès le commencement du combat ? Hélas I vous auriez essuyé mes larmes et calmé mes peines I » Cne voix lui répondit : « Antoine,
.(73) Saint Antoine mena la vie des Ascètes^ tant
Sn il resta dans le voisinage de Côme, sa patrie, lais, au rapport de saint Athanasc, il surpassa tous les autres par sa ferveur et ses austérités. Son éloignement des lieux habités, et le senre de vie qu*il embrassa ensuite dans les déserts d'Arsinoé, etc., le rcndh*ent le Père et Tinstituicur de la vie monastique et cénobitique, en ce sens, au moins, qu*il régularisa cette institution (V. l'art. Moines). Il y avait des ascètes parmi les anciens Juifs, tels furent les Nazaréens perpétuels, comme Samson ; les fils des prophètes (saint Hier., ep. 15, ad Paulin. ; saint Greg. Naz., Carm., 2, ad virgin,, p. 58), et les thérapeutes dont parle Philon, quoique ces derniers, scion certains auteurs, paraissent avoir été des Chrétiens, au moins en partie, comme nous rassurent Ëusèbe (Hist.y t. 11, c. 17), et saint Jérôme (Catal. vir. illuslr.). Nous trouvons des modèles de la vie ascétique dans celle de saint Jean-B»ptisto, dans celle des premiers Chrétiens à Jénisalem» et
j'étais auprès de toi ; j*ai été spectateur de tes combats, et parce que tu as résisté courageusement à tes ennemis, je te proté-* gérai pendant le reste de ta vie, et je rendrai ton nom célèbre sur la terre. » A ces mots le saint, rempli de consolation et de force, se lève pour témoi^er sa reconnais^ sanco à son libérateur.
Depuis sa retraite, saint Antoine Biaii demeuré dans des lieux solitaires neu éloignés de sa natrie(73) ; mois, à l'âge ae trente* cinq ans, il résolut de s*enfoncer davantage dans le désort. Il passa donc le bras orîen* tai du Nil ; puis, s'étant retiré sur le somme! d'une montagne, il s*y renferma dans un vieux château, où il vécut dans une telle séparation du monde, pondant près de Tingl ans, qu'il ne voyait guère que celui qui loi apportait du pain de temps en temps.
Cependant le bruit de sa sainteté attirait auprès de lui un grand nombre de disciples, il se rendit à la longue au désir qu'ils avaient de vivre sous sa conduite; il descendit donc de sa montagne vers l'an 305, et fonda le monastère de Phaium (74). La dissipation occasionnée par cette entreprise fut suivie d'une tentation de désespoir; mais il s'en délivra par des prières ferventes et par une forte application au travail des mains. Sa nourriture, dans ce nouveau genre de vie, consistait en six onces de pain trempé dans l'eau et un peu de sel ; il y ajoutait de temps en temps quelques dattes. Ce ne fut
3ue pendant sa vieillesse qu'il usa d'un peu 'huile. Souvent il passait trois ou quatre , iours sans prendre aucune sorte de nourriture. Un cilice lui servait de tunique; il portait par-dessus un manteau fait de peaux de brebis, attaché avec une ceinture. Dos aust(^ritésaussi rigoureuses ne l'empêchaient pas de paraître robuste et content. Son plus grand plaisir était de vaquer dans sa cellule aux exercices de la prière et de la contemplation. Etant à table avec ses frères» il lui arrivait souvent de fondre en larmes, et de sortir sans avoir rien pris, tant était vive rimpression que faisait sur lui la pensée du bonheur des saints, qui n'avaient dans le ciel d'autre contemplation une celle de louer Dieu continuellement (75). De là ce
dans celle des disciples de saint Marc à Alexandrie ( Voir Ascètes).
(74) Ce monastère, qui ost le premier de saint Antoine, ne fut d^abord composé que de quelques cellules éparscs çà et là. 11 u était pas éloigné de la haute EgypUî, et de TEgypte du milieu. Quelquefois il est designé sous le nom de Monastère prêt le fleuve, et on le met à peu de distance d'Aphrodite, dans FHeptamone, ou PEg^^pte du milieu. La ville d*Aphrodite, dont il s'agit ici, était la plus basse el la plus ancienne de ce nom. Saint Athanase semble
B lacer le même monastère dans la Thébaide, ou [aute-Eg\pte, sans doute parce qu'il était voisin des frontières de cette contrée. D'ailleurs, quand on ne divisait l'Egyine qu'en haute et basse, comme plusieurs l'ont urit, les frontières de la premièro avaient Itoaucoup plus d'étendue.
(75) Saint Athanase, Vit, S, Anton.^ n*" A7p page 1^.
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D'ASCETISME.
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zèle à recommander à ses disciples de donner au soin de leur corps le moins de temps possible, aGn quMI leur en restât davantage pour louer et adorer les grandeurs divines. Il était pourtant bien éloigné de croire que la perfection consistât dans la seule mortification du corps; persuadé que les meilleures œuvres ne sont rien sans la charité* il s*appliquait à en allumer de plus en plus le feu dans son âme.
Quelles instructions un tel maître ne devait-il pas donner à ses disciples? Voici
3uelques-unes des maximes qu'il ne cessait e leur répéter : « Que le souvenir de l'éternité, disait-il, ne sorte jamais de votre esprit. Pensez tous les malins que peut-être vous ne vivrez pas jusqu'à la lin du jour; pensez tous les soii*s que peut-être vous ne verrez pas le lendemain matin. Faites chacune de vos actions comme si elle devait être la dernière de votre vie, c'est-à-dire avec toute la ferveur et I esprit de piété dont vous êtes capables. Veillez sans cesse contre les tentations, et résistez courageusement aux efforts du démon; cet ennemi est bien faible quand on sait le désarmer. Il redoute Je jeûne, la prière, l'humilité et les bonnes œuvres ; quoique je parle contre lui, il n'a
Siar la force de me fermer la bouche. Il ne autque le signe de la croix nour dissiper ses prestiges et ses illusions (76). Oui, ce signe de la croix du Sauveur, qui l'a dépouillé de sa
Euissance. suffit pour le faire trembler (77). » e saint fortifiait ces dernières instructions par le récit des divers assauts qui lui avaient été livrés par le démon.
« C'est par la prière, aioutait-il, que j'ai triomphé de tous ses pièges. Il me dit un jour, après s'être transformé en ange de lumière : Antoine, demandez ce que vous voudrez, je suis la puissance de Dieu. Mais je n'eus pas plutôt invoqué le nom de Jésus, qu'il disparut. » Le saint avait merveilleusement le don de discerner les esprits. Voici la règle qu'il donnait à ses disciples sur ce sujet (78). « La vue des bons anges, disait-il, n'apporte aucun trouble; leur présence est douce et tranquille; elle comble Tâme de joie, et lui inspire de la confiance. Us font concevoir un tel amour des choses divines,
Su'on voudrait quitter la vie pour les suivre ans la bienheureuse éternité. Au contraire, l'apparition des mauvais anges remplit de trouble. Us se présentent avec bruit; ils jettent Tâme dans une confusion de pensées, ou dans une frayeur qui la déconcerte. Ils dégoûtent de la pratique des vertus, et rendent l'âme inconstante dans ses résolutions. »
Pendant qu'Antoine était ainsi occupé, dans la solitude, de sa propre sanctification et de celle de ses disciples, l'Eglise se vit attaquée par Maximin,aui ralluma le feu de la persécution en 311. L espérance de verser
(76) Pag. 814.
(77) Cette règle a reçu de justes louanges du cardinal Bona, et de tous ceux qui ont bien écrit sur le discemenienl des esprits.
(78) Pag. 843, éilil. Ben.
son sang pour Jésus-Christ l'engagea à sortir de son monasière. il prit la route d'Alexandrie, afin d'aller servir les Chrétiens renfermés dans les prisons, et condamnés à travailler aux mines, nies engageait tous à rester inébranlables dans la confession de la foi, et cela jusque devant les tribunaux, etdans les lieux où se faisaient les exécutions. Il portait publiquement son habit monastique, sans craindre que le ju^e le reconnût. Il ne voulut pourtant point imiter l'exemple de ceux qui se livraient eux-mêmes aux tyrans, parce qu'il savait qu'on ne peut agir ainsi sans une inspiration particulière ue Dieu. La persécution ayant cessé l'année suivante, il retourna dans son monastère, résolu d'y vivre plus que jamais dans une entière séparation du monde. Ce fut ce qui le porta à faire murer la porte de sa cellule. Il en sortit néanmoins quelque temps après, et quitta la contrée où étaient ses premiers monastères, que saint Athanase appelle les MonaS" tères au dehors. Ils étaient aux environs de Memphis,d'Arsinoé, de Babyloneet d'Aphrodite (79). Le nombre des solitaires ae ce premier désert de saint Antoine s'accrut prodigieusement ; et Rufin, en parlant de saint Sérapion d'Arsinoé, peu après la mort de saint Antoine, dit qu'il était supérieur de dix mille moines. Il ajoute qu on ne pouvait presque compter ceux qui habitaient les solitudes de Memphis et de Babylone. De ces solitaires, les uns vivaient ensertible et formaient des corps de communautés. Les autres menaient la vie anachorétique dans des cavernes séparées. Saint Athanase, qui les visita souvent, n'en parle qu'avec des transports d'admiration.
« Il y a, dit-il, des monastères qui sont comme autant de temprles remplis de personnes dont la vie se passe à chanter des psaumes, à lire, à prier, à jeûner, à veiller; qui mettent toutes leurs espérances dans les biens à venir, qui sont unies par les liens d'une charité admirable, et qui travaillent moins pour leur propre entretien que pour celui des pauvres. C'est comme une vaste fégion absolument séparée du monde, et dont les heureux habitants n'ont d'autre soin que celui de s'exercer dans la justice et la piété. » Tous iM. solitaires étaient conduits par le grand Sm^ Antoine, qui no cossait d animer leur ferveur par sa vigilance, ses exhortations et ses exemples. Et, quoiqu'il eût établi des supérieurs subalternes, il ne laissa pas de conserver toujours sur eux une surintendance générale, même après qu'il eût changé de demeure.
Cependant le saint, après avoir recommandé à Dieu ses disciples, résolut de pénétrer plus avant dans les déserts, afin d'jr vivre plus éloigné du commerce des hommes, et, pour ainsi dire, seul avec Dieu seul. Par là il se préservait encore de la tentation de
(79) C'est-à-dire, dans les déserts, situés autour de la montagne, où était le vieux château qu'il avait habite, et d'où il était sorti pour fonder aet gouverner ces monastères.
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DlCTIONNAïaE
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la vauité, qu'il craignait extrî^aiomout. Il se délermina donc à s.^ relirer dans un lieu de la haute Egyple, où il n'jr avait crue des hommes sauvages. Etant arrivé sur le boni du Nil, il s'arrêta dans un lieu commode, attendant qu'il passât un bateau sur lequel il pût remonter le fleuve vers le sud. Mais, par une inspiration particulière de Dieu, il changea de dessein; et au lieu de s'avancer vers le sud, il se ioignit à quelques marchands arabes qui allaient vers la mer Rouge, du côté de l'Onent. Enfin, ayant marché trois jours et trois nuits porté apparemment sur un chameau, il gagna le lieu où le ciel voulait qu'il fixât sa demeure pour le reste de ses jours. C'était le mont Colzin, gu'ona depuis nommé le mont Saint-Antoine, et
Iui n'est qu'à une journée de la mer Rouge, u bas est un ruisseau sur le bord duquel on voit un grand nombre de palmiers, qui contribuent beaucoup h rendre ce lieu commode et agréable. Cette montagne était si haute et si escarpée, qu'on ne pouvait la regarder sans frayeur; on la découvrait du Nil, quoiqu'il y eût trente milles ou douze lieues (80), à l'endroit où elle en était le plus proche. Saint Antoine s'arrêta au pied (le cette montagne, et fixa sa demeure dans une cellule si étroite, qu'elle ne contenait en carré qu'autant d'espace qu'un homme en peut occuper en s'étendant.
Il y avait deux autres cellules toutes semblables, taillées dans le roc, sur le sommet de la montagne, où Ton ne montait que trèsdifficilement, par un petit sentier fait en forme de limaçon. Le saint se retirait dans l'une de celles-ci, lorsqu'il voulait se dérober À la presse ; car il ne put rester longtemps inconnu. Ses disciples le découvrirent h la fin, après beaucoup de recherches, et se chargèrent du soin de lui procurer du pain; mais il voulut leur épargner cette peine. Il les pria donc de lui apporter une bêche, une cognée, et un peu de blé qu'il sema, et qui lui rapporta suffisamment do quoi se nourçir. Sa joie fut extrême quand il vit qu'il n'était plus à charge à personne.
Quelque désir qu'il eût de vivre dans la retraite, il ne put résister aux instances qu'on lui fit d*aller visiter ses premiers monastères. Il y fut reçu avec les démonstrations de la joie la plus vive. Ses discours
(80) Saint Antokie passa les dernières années de sa vie, et mourut sur sa 'montagne. 11 est dit, dans la vie de saint Hilarion, qu'un oiacre d*Apbrodile, nommé Baisan, louait des chameaux à tous ceux qui avaient envie de visiter notre sainte et qu'il y avait trois journées de chemin à faire pour gagner sa montacne; encore lallait-il que ces animaux allassent fort vite. Le monastère de saint Antoine, fondé sur cette montasne, a toujours été célèbre d(^puis par un grand nombre de pèlerinages
(Voyez les Cmnmentaires de Kochbr sur les iutes des Abyssins^ dans le Journal de Berne^ an i76i, t. V\ p. 160 et 169). On voit encore un peu au-dessus de Tancienne ville d'Aphrodite, sur le bord du Nil, un monastère dont saîut Antoine est patron. On l'appelle dans le pays der Mar. Anto-' nious el bahr., c'est-à«dire, le monastère de saint Antoioe sur le fleuve (Voyez PococKE,.p. 70, avccla
ins[)irèrent h ses disciples une nouvelle ardeur de croître en vertu et en sainteté. Ce fut dans ce même voyage qu'il visita sa sœur, supérieure d*une communauté de vierges, qu elle édifiait par l'exemple de toutes les vertus. Après avoir satisfait à ce devoir de charité, il reprit la route de sa montagne. Les solitaires et les personnes affligées venaient de toutes parts le consulter. Il donnait aux uns des avis salutaires, et obtenait, par ses prières, des miracles du ciel en faveur des autres. Nous apprenons de saint Athanase quMI guérit un nommé Fronton, de la famille de l'empereur, d'une nuiladio si extraordinaire, qu'il se cx)upait la langue avec les dents. Il rendit la santé h une fille paralytiaue et à plusieurs autres malades. Si quelqueiois Dieu n'accordait pas à ses prières la guérison des malades, il se soumettait à la volonté du ciel, et exhortait fortement jes autre's è faire la même chose. Souvent il les envoyait à d*autres solitaires, afin qu'ils obtinssent parleurs prières ce qui avait été refusé aux siennes. « Je leur suis bien inférieur en mérite, disait-il, et je m'étonne qu'on vienne me trouver, tandis qu'on pourrait s'adresser à eux. »
Le lieu de la retraite du saint ayant été découvert, comme nous l'avons dit, plusieurs de ses disciples se rendirent auprès de lui; mais ils ne purent, malgré l'envie qu'ils en avaient, obtenir de lui la permission de s*établir sur sa montagne. Ils bâtirent donc, avec son consentement et par son avis, le monastère de Pispir ou Pispiri (8t). Ce monastère, peu éloigné du Nil, et peut-être sur le bord de ce Qeuve,'était du côte de Torient, et à douze lieues de la montagne du saint. Macaire et Amathas y restèrent jusqu'au temps où ils demeurèrent auprès du saint,
(louc le servir dans son extrême vieillesse. 1 s'y forma une communauté aussi nombreuse que dans les déserts d'au delà du Nil. On dit qu'après la mort du saint patriarche, Macaire y eut sous sa conduite jusqu'à cini} mille moines. Dans la suite, Amathas et Pithirion gouvernèrent aussi uq grand nombre de moines, qui habitaient dans des cavernes, sur la montagne même du saint. Il y avait beaucoup de ces cavernes, à cause de la quantité de pierres qu'on avait tirées pour la construction des pyramides d'Egypte.
carte quHl a mise à la tète de cette partie de ses
p. 520, etc.).
(81) Quelques-uns appellent saint Antoine fondateur du monastère de Pispir; d'autres donnent ce titre.À Macaire, son disciple, qui en eut la conduite. Pispir était situé sur le bord du Nil, dans la Thébaidc. Pallade {Laus^ c. 63), le met à trente oiQfuiet de la montafpie de Saint-Antoine. Les critiques sont partagés sur les mesures, appelées en grec lem^a. Les uns les entendent des milles romains, les autres des schœnes égyptiens, dont chacun était de 50 stades. Pispir devait être fort éioî* gné des premiers monastères de saint Antoine ( Vcyez KocuER, lac, cit.).
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DâSCETISME.
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Saint Antoine était trop éloi^é do ses premiers disciples pour les visiter souvent; mais il ne négligeait pas pour cela leurs besoins spirituels. Outre les instructions |)articulières qu*il donnait à ceux qui venaient le visiter de temps en temps, il leur écrivait encore, comme nous l'apprenons de saint Jérôme. Quant au monastère de Pispir, qui était plus près, il v allait fréquemment. Ce fut là qu'il confondit les philosophes et les sophistes qui voulurent disputer avec lui. C'était là aussi qu'il instruisait les étrangers, surtout les grands, qui ne pouvaient avec leur suite gagner le haut de la montagne, Maisairc, son disciple, chargé de recevQiîr les étrangers, l'informait de ce dont vt^laieint lai parler ceux qui demandaient à Téntretenir. Ils étaient convenus entre eux d'appeler Egyptieni les personnes du monde, et JéroÉolymitains celles qui faisaient profession d'une rare piété. Ainsi, lorsque Macaire disait à son maître que les Jérosoljmitains étaient venus pour le visiter, il s'asseyait avec eux et leur parlait des choses de Dieu ; s'il lui disait au contraire que c'était des Egyptiens, il se contentait de leur faire une petite exhortation, après laquelle Hacaire les entretenait et leur préparait des lentilles. Dieu lui ayant un jour fait voir toute la surface de la terre tellement couverte de pièges, qu'il était presque impossible de faire un pas sans y tomber, il s'écria tout tremblant : « Qui pourra donc, Seigneur, éviter le danger? » Une voix lui répondit aussitôt : « Ce sera l'homme vraiment humble (81*). »
Antoine était assurément dans le cas de né' rien craindre, car il se regardait toujours comme le dernier des hommes et comme le rebut du monde. Il écoutait et suivait les avis qui lui étaient donnés par toutes sortes de personnes ; ses leçons sur l'humilité étaient aussi admirables que son exemple. Il disait à son disciple : « Lorsque vous gardez le silence, ne vous imaginez pas pour cela faire un acte de vertu; mais reconnaissez plutôt que vous n'êtes pas digne de parler. »
Antoine avait auprès de sa cellule un petit jardin, qu'il cultivait de ses propres mains. Il en tirait de quoi procurer quelques rafraîchissements aux personnes qui. pour arriver jusqu'à lui, étaient obligées de traverser avec beaucoup de fatigues un vaste désert. La culture de son jardin n'était pas le seul travail auquel il s'occupait ; il faisait encore des nattes. Un jour qu'il s'affligeait de ne pouvoir se livrer avec une continuité assidue au saint exercice de la contemplation, il eut la vision suivante : un ange lui apparut; cet esprit céleste se mit à faire une natte avec des feuilles de palmier, et il quittait, de temps en temps son ouvrage pour s'entretenir avec Dieu dans l'oraison. Après
(8i*) RoswEiDE, t. 111, c. 12^; Cotel, etc
(82) Saint Nil, ep. 24; Cotel, Apophth. Patr., p; 540; RoswEiDE, t. 111, c. i05; l. V, c. 7.
(83) Pallad., JLaus.
(84) Cassian., Collât. 9, cap. 51, p. 405.
avoir ainsi entremêlé plusieurs tois ie tra» vail et la prière, il dit au saint : c Faites la même chose, et vous serez sauvé (81). » Antoine n'omit jamais cette pratique, et il ' tint toujours son cœur uni à Dieu (tendant que ses mains travaillaient. Qu'on juge de la ferveur de ses prières et de la sublimité de sa contemplation par ces traits Ml se levait à mfnuit, priait à genoux, les mains ir levées au ciel, jus(ju'au lever du soleil, et souvent jusqu'à trois heures après midi (83)* Quelquefois il ^e plaignait de ce que le re- ■ tour de l'aurore le rappelait à ses occupations journalières (84). « Qu'ai-je affaire de ta lumière, disait-il au soleil, lorsqu'il commençait à paraître, pourcruoi viens-tu me distraire? pourquoi ne te lèves-tu que pour m'arracher a la clarté de la véritable lumière? » Cassien, qui rapporte ce trait, igoute que, pendant l'oraison, il disait que celle a'un religieux n'était pas pprfaite lorsqu'en priant il s'apercevait lui-môme qu'il priait : ce c|ui fait voir combien son oraison était sublime.
Les visions dont nous avons déjà parlé ne furent pas les seules dont Dieu favorisa son serviteur. Il lui découvrit, sous la figure de mulets qui renversaient l'autel à coups de pieds, les horxibles ravages que les ariens ; causèrent deux ans après dans la ville d'Alexandrie. Et de sraves auteurs (85) nous assurent au'il prédit clairement les excès . auxquels la fureur de ces héréticiues se porta. Il détestait, en général, tous les en<* nemis de l'Eglise; il les chassait de sa mcm-r tagne, en les traitant de$erpent$ ventmeuâ? (86), et jamais il ne leur parlait, à moins qu'il ne fût question de les exhorter à rentrer dans l'unité.
Plusieurs évoques, persuadés que per- * sonne n'était plus propre que notre saint à confondre les ariens , l'engagèrent, vers l'an 355, à faire un voyage à Alexandrie. 11 . se rendit à leurs sollicitations. A peine fut-il arrivé dans cette ville, qu'on l'entendit prêcher hautement la foi catholique. Il, enseignait que le Fils de Dieu n'était point une simple créature, mais qu'il était consubstlantiel au Père : « 11 n'appartient. disait-iL qu'aux sectateurs impies d'Anus, de le traiter de créature. Autfi ne diffèrent-ilspas des païens, qui reiiHkU un culte sacri" lége à la créature^ au lieuWàdorer le Créateur. • Tout le monde s'empressait d'aller le voir et de l'entendre. Les idolâtres uartageaient cet, empressement avec les Cnrétiens. Nous voulons voir rhomme da Dieu, disaient-ils. il y en eut plusieurs d'entre eux qui, frappés de ses discours et de ses miracles, demandèrent le baptême. Antoine vit à Alexandrie le célèbre Dydime, qui, quoique aveugle dès l'âge de quatre ans, s'était. néanmoins rendu très-habile dans toutes sortes de sciences, et qui, à cause de son zèle à dé-
(85) Saint Athan.^d. 82, p. 857; saint Ghrtsmt., » hom. 8 in Matth,; saint Jérôme, ep. 16; SoiOM., t. \I c. 5.
* (8(5) Saint ATii.i!*., n. 08. 69, p. 847
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léodre la foi de Nti:ée, était fort estimé de saint AtbaDase et de tous les évéques catholiques. Il lui dit» un jour quMIs s'entretenaient ensemble : « Poumez-Tous regretter la perlé de la rue? Les jeux tous étaient communs arec les mouches, les fourmis et les animaux les plus méprisables. Vous devez plutôt tous réjouir de posséder une lumière qui ne se troure que dans les apôtres, les saints et les ançes, lumière par laquelle nous Toyons Dieu même, et qui allume dans nous le feu d*une science toute céleste. La lumière de Tesprît est infiniment préférable è celle du corps. Il ne faut qu*un regard impudigue pour que les yeux charnels nous précipitent dans Tenfer. » Le saint ayant passé quelques jours à Alexandrie, ne
ednsa plus qu*è retourner dans sa cellule, n Tain le gouverneur d*Kgypte Toulut le retenir plus longtemps; il ne répondit k ses inTitations que par ces paroles : « Il en est d*un moine comme d*un poisson; Tun meurt 8*il quitte Teau, et Tautre s*il quitte sa solitude (87). » Saint Afbanase le reconduisit par respect jusqu'aux portes de la ville, où il le vit guérir une fille possédée du démon.
Plusieurs philosppbcs païens, curieux de Toir un solitaire dont la renommée publiait tant de merveilles, visitèrent souvent Antoine, dans le dessein de disputer avec lui. Il leur prouvait d'ane manière invincible que la religion chrétienne est la seule vraie, la seule ^ qu'on puisse professer avec sûreté. « Nous autres Chrétiens, leur disait-il, en prononçant seulement le nom de Jésus-Christ crucifié, nous mettons en fuite ces démons que vous adorez comme des dieux. Leurs presti-
S[es et leurs charmes perdent toutes leurs orces où le signe de la croix est formé. » Il confirmait ce qu'il avait avancé en invoquant le nom de lésus, et en faisant le signe de la croix sur des possédés qui, se trouvant tout k coup délivrés, se levaient pour témoigner k Dieu leur reconnaissance (BS).
Quelques-uns de ces philosophes lui demandèrent un jour k quoi il pouvait s'occuper dans son désert, puisqu'il était privé du plaisir que l'on goûte dans la lecture. « La nature, répondit-il, est pour moi un livre qui me tient Heu de tous les autres. » Quand il V en avait qui voulaient tourner en ridi^ cuie son ignorance dans les sciences profanes, il leur demandait, avec une simplicité admirable, qui de la raison ou de la science était la première, et laquelle des deux avait produit l'autre? c C'est sans doute la raison, répondirent-ils. La raison suffit donc, reprenait le saint. » C'était ainsi qu'il réfutait ces prétendus savants, et qu'il prévenait toutes leurs objections. Ils s*en allaient si frappés de la sagesse de ses discours, qu'ils ne pouvaient lui refuser leur admiration. D'autres, dans le dessein de le trouver en défaut, l'interrogeaient sur les raisons qu*il avait de croire eo Jésus-Christ. Mais il leur ferma la
(87) Saint Atiun'., n. 85, p. 859.
(88) Saint Athah., n. 89, p. 855.
(89) Saint Antoine, comme le rapporte saint
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bouche en leur montrant que d'attribuer, comme eux, les vices les plus infimes i la Divinité, c'était la dégrader ; que le mystère purifiant de la croix était la preuve ui plus sensible de la bonté divine, et que les humiliations passagères de Jésus-Christ avaient été amplement effacées par la gloire de sa résurrection et par les miracles saus nombre qu'il avait opérés, en rendant la vie aux morts, la vue aux aveugles, la santé aux malades. Il établissait ensuite que la foi en Dieu, et les œuvres dentelle est le principe, avaient quelque chose de bien plus c!air et de plus satisfaisant que les rêveries des Grecs (89).
On ne peut douter de l'attachement de saint Antoine à la doctrine ^du concile de Nicée après ce que nous avons dit de son voyage a Alexandrie. Ce n'est cependant pas la seule occasion où il fit connaître ses seutiments; car il n'eut pas été plutôt informé que le faux (lalriarche Grégoire, soutenu de
I autorité du duc do Balac, persécutait les orthodoxes avec fureur, qu'il lui écrivit de la manière la plus pressante pour l'exhorter à ne pas déchirer le sein de l'Eglise. Halbeusenient sa lettre ne produisit aucun effet; le duc, au lieu d'y avoir éeard, la mit en piùces, cracha dessus et la foula aux pieds.
II menaça même le saint de décharger sur lui le poids do son indignation. Mais la justice de Dieu ne tarda guère à le punir. En effet, allant cinq jours après i(90), sur des chevaux de sa propre écurie, avec Nestor, gouverneur d'Egypte, ces animaux se mirent a^oifer ensemble, et celui que Nestor montait, quoique très-doux, se jeta sur Balac, le renversa par terre, et hennissant contre lui, le mjrdit plusieurs fois è la cuisse. Le duc, exlraordinairement maltraité, fut porté à la ville, où il mourut aubeut de deux jours.'
La vénération qu'on avait pour notre saint était si universelle, que le grand Constantin et ses deux fils. Constance et Constant, lui écrivirent vers l'an 337. Ces princes, dans leur lettre commune, sollicitaient le secours de ses prières, et lui témoignaient le plus vif empressement de recevoir une réponse de sa part. Les disciples d*Antoine étant surpris de Thonneur que lui faisait le mettre du monde, il leur dit : « Vous ne devez pas vous étonner de oe que je reçois une lettre de Tiimpereur; c'est un homme qui écrit à un autre homme. Mais étonnez-vous de ce que Dieu nous a fait connaître ses volontés par écrit, et de ce qu'il nous a parlé par son propre Fils. » 11 ne voulut pas d'abord faire de réponse, alléguant pour raison qu'il ne savait pas comment sy prendre. A la fin pourtant il céda aux représentations réitérées de ses disciples, et écrivit à l'empereur et à ses enfants une lettre dans laquelle il les exhortait à mépriser le monde, et à ne ja* mais perdre de vue la pensée du jugement
Athanase, n. 77, p. 882, se servit d*an imerpréCe pour discuter contre ces phîlosoplies grecs. (90) Saioi ATHA!(.,ii. 86, p. 860.
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D^ÂSCETISME.
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dernier. Elle nous a été conservée par saint Athanase.
Le saiat écrivit aussi plusieurs lettres(9l) k divers monastères a*£gvpte, dans les* quelles on trouve le style aes apôtres et la solidité de leurs maximes. II insiste fortement, dans celle qui est adressée aui moines (l*Arsinoé } sur la nécessité d'opposer aux tentations la vigilance, la prière, la mortification et Thumilité. Il y obseive , pour mieux faire sentir le danger de l'orgueil , que c'est ce péché aui a perdu le démon , et par conséquent celui dans lequel il s'efforce particulièrement d'entraîner les homme«. Il répète souvent que la connaissance de nous-mêmes est l'unique moyeu de nous élever à la connaissance et à l'amour de Dieu (92). Il ne paraît pas que saint Antoine ait écrit de règle pour ses disciples (93), du moins les anciens auteurs n'en ont rien dit. Ses exemples et ses instructions étaient une règle vivante à laquelle les saints moines de tous les siècles ont toujours essayé de conformer leur vie.
Dieu fit connaître au saint ta décadence future de l'état monastique. Il en avertit ses disciples un jour qu'ils marquaient leur surprise de ce qu'un si grand nombre de personnes venaient pratiquer dans la solitude tout ce que la pénitence a de plus ri- (;oureux. « Un jour viendra , leur dit-ii les armes aux yeux , que les moines se construiront des bâtiments magnifiques dans les filles , qu'ils aimeront la bonne chère , et
Su'ilsnese distingueront plus des personnes u monde que par leur habit. Cependant , malgré cette corruption générale , il s'en trouvera toujours quelques-uns qui conserveront l'esprit de leur état ; aussi leur couronne sera-t-elle d'autant plus glorieuse, que leur vertu n'aura pas succombé è la multitude des scandales » ( Roswetdb , Vit. Paîr.^ t. V, c. 8). C'était dans l'intention de prévenir ce malheur, que le saint inculquait si fréquemment à ses disciples le mépris du monde, la nécessité d'avoir toujours la mort
[)résente à son esprit, d'avancer continuelement dans la perfection , d'être sans cesse
(91) SâiDt Jérôme fmrle de sq^t. Les originaux écrits en langue égyptienne se conservent encore dans plusieurs monastères d'Egypte. Nous n'en avons qu'une assez mauvaise traduction latine faite sur le grec {InBibL Patr. Colon.^ tom. IV, p. 26). Voyez le livre intitulé : S. Antonii Magni Enittolm 20, cura Abraham Eckellentis, imprimé à Paris, en 1641. De ces vingt lettres attribuées à saint Antoine, il n'y a que les sept dont nous avons parié ci-devant qui soient véritablement de lui ; on ne peut pas no» plus lui ôter les discours rapportés dans sa vie par saint Athanase.
(92) Les BoUandistes ont publié, Maii, tom. III,
Ç. S5d, une courte lettre de saint Antoine à saint héodore, abbé de Tabenne, dans laquelle U dit que Dieu lui avait assuré, dans une révélation, que tous les pécheurs sincèrement repentants de leurs fautes en obtiendraient le pardon.
(95) Celle que l'on trouve sous son nom dans Abraham Ediellensis est de beaucoup postérieure lài temps où il vivait. En Orient, plusieurs moines de Saint-Basile portent, depuis le xvu* siècle, le nom de moines de Saint-Antoine, mais ils suivent
on sarde contre les arllGces du démon , et de bien discerner les esprits (S. Athan.» n. 16 et kS ).
Antoine , qui sentait que sa fin approchait , entreprit la visite de s&s monastères ; ses disciples, aux(]ue1s i! prédit sa mort prochaine, le conjurèrent tous , les larmes aux yeux , de rester avec eux jusqu'à son dernier moment ; mais il ne voulut jamais y consentir. Ils craignaient qu'on n'embaumAt son corps, suivant la coutume des Egyptiens , abus qu'il avait lui-même condamné» comme ayant la vanité et quelquefois la superstition pour principe; et ce fut pour empêcher qu'on né le commit à son égard , qu'il avait expressément recommandé à Macaire et à Amalhas, qui demeurèrent avec lui les quinze dernières années de sa vie, de l'enterrer comme les patriarches l'avaient été , et de garder le secret sur le lieu de son tombeau. De retour dans sa cellule , il y tomba malade i)eu de jours après; il réitéra à ses deux disciples les ordres qu'il leur évaitdonnés précédemment sur sa sépulture, puis il ajouta : « Lorsque le jour de la résurrection sera venu , je recevrai ce corps incorruptible des mains de Jésùs-Clirist. Partagez mes habits ; donnez à Tévôque Athanase une de mes peaux de brebis , (94) avec le manteau (95) sur lequel je coucne; donnez à l'évèque Sérapion l'autre peau de brebis, et gardez pour vous mou cilice. Adieu , mes enfants, Antoine s'en va et n'est
Eus avec vous. » Quand il eut ainsi parlé, acairo et Amathns Tembrassèrent, il étendit ses pieds et s'endormit paisiblement dans le Seigneur. Ceci arriva l'an 356. II. parait que ce fût le 17 janvier , jour auquel les plus anciens Martyrologes le nomment, et auquel les Grecs célébrèrent sa fôte peu de temps après sa mort. 11 était Agé de cent cina ans, et malgré ces grandes austérités, il n avait éprouvé aucune de ces infirmités
aui sont le partage ordinaire de la vieillesse ; fut enterré comme il l'avait ordonné.
Son corps ayant été découvert en 561 , il fut transféré avec beaucoup de «solennité à Alexandrie (96}. Les Sarrasins s'étant em-
toujours la rè^le contenue dans les ouvrages ascétiques de saint fiasile. Ils observent encore les jeunes et les autres pratiques oui sont en usage dans les monastères d^ T^bAre Baiut-Basile. U en est de même des Maronites,^èt TiUemont se trompe en disant le contraire.
(94j Saint Athanase se sert du mot épendytei (n. 46, p. 851), ce qui a fort embarrassé les critiques. U semble que* c*était un manteau de laine blanche.
(95) 11 voulait montrer par là qu'il mourrait dans la communion de saint Athanase.
(96) La translation des reliques de saint Antoine à Alexandrie a été révoquée en doute par plusieun
Çrotestants; mais eUe est attestée par Victor de unres (Chron., p. S», in Sgàliger. Thesauro), qui était alors relégué à Caiispe, bourg éloigné seulement de quatre à cinq lieues d'Alexandrie, et qui pouvait avoir été témoin oculaire de cette cérémonie. Saint Isidore de Séville, qui vivait dans le même siècle, Bède, Usuard, etc., ont aussi parié de ceitt translation, comme d'un fait certain.
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farés de l'Egypte » vers Tan 635 , on le porta ConslontinopJe (Rolland., p. 16â, 113^).
De cette Tille il fut transporte dans le diocèse de Vienne en Daupniné » h la fin du X* siècle ou au commencement du ici% vers Tan 980. Un seigneur de cette province , nommé Josselin, auguel Tempereur de Constantinople en avait fait prissent, le déposa dans l'église priornlede La Motte-Saint- Didier (97|, laquelle devint dans la suite le ehef-lieu ae l'ordre de Saint-Antoine. Il s'est opéré plusieurs miracles par l'intercession du saint, dont les reliques, è l'exception d*un brns, furent transférées, sur la fin du XIV* siècle» à l'abbaye de Montmajour-les- Arles; elles j sont restées jusqu'au 9 janvier 1^91, qu'elles furent transférées de nouveau , et déposées dans l'église paroissiale de Saint-Julien de la ville d'Arles , où elles étaient enfermées dans un beau reliquaire de vermeil (98). Voici un des plus célèbres miracles du saint ( Voyez Bollan- DiJs). Un érysipèie contagieux, connu sons le nom de feu sacré y causait, en 1039, d'horribles ravages dans plusieurs provinces de France.*On ordonna, pour écarter ce fléau , des prières publiques et des processions. Un grand nombre de personnes s'étant trouvées miraculeusement guéries, après avoir prié devant tes reliques de saint Antoine, il se fit un concours prodigieux à l'église uù elles reposaient. Toute la France implora la protection du saint contre une maladie qui emportait tant de monde, et lY^vé H roînt prouva que ce n'était pas en vain qu'on avait mis sa confiance dans l'intercession du serviteur de Dieu (99).
L'amour extraordinaire de saint Antoine pour la n traite lui mérita le don de la prière et de la contemplation dans le plus sublime degré. Ces saints exercices avaient pour lui tant de charmes , qu*il j consacrait les nuits entières , encore lui paraissaient-elles trop courtes. Une union avec Dieu aussi intime et aussi continue sui)poi5ait nécessairement dans notre saint une pureté incomparable, QB détachement sans bornes , une humilité profonde, une mortiHcation absolue des sens et de toutes les puissances de l'Âme. De là cette inaltérable tranquillité qui annonçait un honime accoutumé h maîtriser toutes ses [ assions. Il ne faut pourtant
(97) Ce prieuré relevait alors des Bénédictins de Tabbaye de Montmajour, prés d*Arles.
i98) On peut consulter Thistoire manuscrite de »baye de Montmajour, qui était à Sainl-Germain-des-Préâ.
(99) Un seigneur des environs de Tienne, nommé Gaston, fonda, de concert avec son fils Giroud, qui avait recouvre la santé par rinterccssion de saint Antoine, un hôpital auprès du prieuré de La Hotte- Saini-Didier, afin d'ôtre à portée de servir tous les pauvres qui seraient attaqués de la maladie du feu sacré {appelé d^ttis le feu de Suint-Antoine). Sept autres personnes s'étant jointes à eux, il se forma une cougrégatîoD de laïques, oui se dévouèrent au service des pauvres malades. Bonifacc Vlll fit du fN'ieuré de La Motle-Saint -Didier une abbave qu'il donna k ces Frères Hospitaliers. Il ériaea leur société en religion, leur prescrivit la régie des cha-
pas s'imaginer qu'Antoine fôt un de ces dévots sombres et farouches qui n'ont rien que de rebutant. Nous apprenons le contraire de saint Athanase (100). La misanthropie n'approche pas d'un cœur où régnent , avec la paix', la simplicité, la douceur et la charité. La vraie rwin , toujours inflexible lorsque le devoir parle, ne peut rendre iolraitable celui qui la possède ;e1ie sait que le (iéfaut d'aflabiiité et de complaisance pour le prochain a communément sa source dans l'orgueil , vice qui ternit l'éclat de toutes les vertus que l'on aurait d'ailleurs, et qui, en nous éloignant de cette ressemblance que nous devmis avoir avec la nature divine , nous rend en quelque sorle participants de celle des démons; et nous apprenons encore de saint Athanase, que saint Antoine possédait la vertu de patience dans le plus héroïque degré; la paii do son âme paraissait sur son visage par une douce sérénité et une gr&ce merveilleuse , qui faisaient que ceux qui ne l'avaient vu le reconnaissaient au premier abord , et le distinguaient aisément des autres frères, lorsqu'il était en leur compagnie ( Fotr les art. Asci^TES, Moines , Caloters, Anichorè- TES , Abbés, Abbate ).
APATHIE SPITITUELLE.— Le moi apathie, dans le langage mystique, désigne ou la tiédeur ipiritueUe^ ou cette impassibilité de rftn?e dont les quiétistes ont si souvent abusé. Nous expliquons au motTiéoEUR Vs'^ pathie entendue dans le premier sens. Reste donc à établir ce qu'il faut pense.r de cette doctrine de l'impassibilité ou de l'apathie des âmes parfaites.
Depuis que les erreurs do Jovinien et de Pelage ont rendu l'Eglise plus attentive à cet'e matière, saiiit Jérôme, en écrivant contre ce dernier, a remarqué qu'Evagre de Pont avait publié un livre et des sentences sur l'apathie, «que nous pouvons» diî«il, appeler impassibilité ou imperturbabilité. C est un état où l'âme n est émue d'aucun trouble vicieux, où , à parler franchement, on est une pierre ou un Dieu. Les Latins n'avaient jamais donné dans ces sentiments, et ne connaissaient pas ces expressions; mais Ruffin traduisit ce livre de grec en latin, et le rendit commun en Occident. Cassien, dans les conférences qu'il
noines réguliers de Saint- Augustin, et créa leur abbé général du nouvel ordre, qui était connu sous le nom de Chanoines réguliers de Saint-Antoine. On Ta supprimé et incorporé à celui de Malte, par bulles des 17 décembre 1776 et 7 mai 1777. Il y avait en France plusieurs maisons d^Antonins, qu'on appelait Commanderies, à cause de la destination primitive de cet institut. De là vient que les supérieurs de chaque maison portaient le titre de commandeurs. Le général seul était qualifié abbé, étant abbé de SaintrAntoine en Dauphiné, cbef-lieu de rOrdre. Celte abbaye est à c[uatre lieues de Romans, et à une demi-lieuè de liséré. La magnifique église subsiste encore (Voye2 Bollarbus; Bauniek, t. U, p. 980; le Père Longueval, Util, de PE^L Gallio., I. xxn, t. Vlll, p. 46, et la nouvelle éditiOD de Mo- RÉRi, par Droiiet, au mot Antoine.
(lOO) N. 67, p. 817; n. 75. p. 850.
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D'ASCETISME.
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publie des Orientaux, parle beaucoup dV pathie, umls avec de grands éclaircisseuients. Du lemps de saint Jérôme, cette matière fut un grand sujet de contestation parmi les solitaires. Ce Père, comme tous les Occidenlaux, fut fort opposé à Tapathie, et encourut pour cela I indignation de la plupart des moines d*Orient, comme il paraît dans Palladius. A la un, les livres d'Evagre furent condamnés dans le cinquième concile, avec ceux d'Origène, dont il était sectateur, et la doctrine de l*apathie a été mise, depuis ce temps-là , parmi les erreurs. On voit môme, dès auparavant, et mOme dans saint Jérôme, qu*Ëvagre avait été condamné de son temps nar les évoques, et la co?idam* nation de Vapathie passe pour constante. Il faut pourtant demeurer d*accord que ce terme (ïapaChie était familier aux spirituels parmi les Grecs, tant avant le cinquième concile que depuis. On le trouve dans saint Macaire, disèiple de saint Antoine. L'apathie fait un des degrés de TËchelle de saint Jean Climaque ; mais partout on en parle plutôt comme d'une chose où Ton tend, que comme d'une chose où l'on arrive. Voyez ces spirituels Grecs dans un combat perpétuel contre leurs pensées, et, selon Isaac Sj« rien, ce combat durait jusqu'à la mort. Combattre ses pensées, c'était combattre les passions qui les faisaient naître. C'est à cause des passions, qu'on n*avait jamais as-, sez vaincues, que saint Jean Climaque disait c qu'après avoir passé tous les degrés des vertus, il fallait encore demander la rémission de ses péchés, et avoir un continuel recours à Dieu, qui seul pouvait&xernos inconstances. » Il n'^ avait rien qu'on fît tant craindre aux solitaires <\ué la pensée d'être arrivé à la perfection ; et on raconte de saint Arsène, ce grand solitaire, dont la vertu était parvenue à un si haut degré, qu'en cet état il faisait à Dieu cette prière: « O mon Dieu! faites-moi la grâce qu'aujourd'hui, du moins, je commence à Lnen faire. » Ainsi, lésâmes les plus consommées dans la vertu, bien éloignées de se croire dans la perfectionde l'impassibilité, ou défaire cesserleurs demandes, faisaient celles des cominençants.Comment,s'ilsnesentaient rien à combattre en eux? Il faut avouer après cela que le terme d'apa/Ate n'est guère de saison en cette vie. Saint Clément d'Alexandrie s'en est servi très-souvent pour attirer les philosopher, qui ne connaissaient de vertu que dans cet état : tous y aspiraient, jusqu'aux épicuriens. C'est par là qne ce Père a mis ce terme en vogue; mais il y a apporté les tempéraments qu'on a vus, qui reviennent h la doctrine de saint Augustin et do toute l'Eglise catholique, sur les combats et l'imperfection de la justice de cette vie. Après saint Clément d'Alexandrie, celui des anciens le plus propre à confondre les novateurs, c est tassien, parce que, comme saint Clément, il a expressément traité de Toraisondes parfaits contemplatifs, et môme de leur apathie, qu'il appelle, comme lui, leur immobile et perpéfueile tranquillité.
mais avec les mômes corrcctils; car, d'abord , dans la|^ neuvième conférence ^ où l'abbé Isaac commence à traiter de l'oraison, il enseigne que les parfaits doivent «tendre à celle immobile tranquillité de l'esprit, et h la parfaite pureté de cœur, autant que la fragilité humaine lé peut souffrir : quantum humanœ fragilitati conceditur. » Or, cette fragilité qui reste dans les parfaits consiste en deux points, dont l'un est le perpétuel combat de la convoitise jusq^u'à la fin de la vie; le second est rinévilanle assujettis- ' sèment au péché tant qu*on est sur la terre.
11 pousse si loin le premier point, dans ses institutions monastiques, qu'il ne craint pas d'assurer que a les combats augmentent avec les triomphes, de peur crue l'athlète de Jésus-Christ, corrompu par roisivté, n'oublie son état ; » ce ({ui est vrai principalement de i*orgueil, à qui tout, jusqu'à la vertu et à la perfection, sert de pâture : « Et, dit-il, l'ennemi que nous combattons est enfermé au dedans do nous; il ne cesse de nous combattre tous les jours, afin que notre combat soit un témoignage de notre vertu. »
Pour venir aux conférences, la sixième, qui est de Tabbé Théodore, nous montre les plus pàrfaijls en cette vie, « comme des gens qui, remontant une rivière, en combattent le courant par de continuels efforts de rames et de bras; d'où il conclut que, pour peu qu'on cesse d'avancer, on est entraîné, ce qui oblige à une sollicitude qui ne se relâche jamais; » par où il fait voir, dans les plus parfaits, des exercices actifs jusqu'à la fin de la vie. Il conclut encore qu'il n'y a personne de pur sur la terre; ce qui démontre que le repos et la pureté dé cette vie ne peut' jamais avoir ce nom à toute rigueur, ni autrement qu*en comparant un état à l'autre.
Dans les vingt-deuxième et vingt-troisième conférences, Tabbé Théonas entreprend de prouver que ce n'est pas en la personne des infidèles, mais en la sienne propre, c'est-àr dire eji celle de tous les ndèles, sans en excepter les plus parfaits, que saint Paul a dit : Je ne fats pas le bien que je veux; et lé reste: où ce saint apôtre porte ses gémissements sur le combat de la convoitise jusqu'à cette exclamation : Malheureux homme que je suisi Le docte abbé conclut de là « que les plus, forts ne soutiennent pas, un combat si continuel, sans y recevoir quelques blessures; que les plus saints et les plus justes ne sont pas sans péché; que ce n'est pas seulement par humilité, mais en vérité qu'ils se reconnaissent impurs. »
APHORISME. — On désigne sous ce nom une sentence ou une maxime énoncée en peu de mots expressifs. Tout le monde connaît les Sentences ou Aphorismes d'Hipnocraie; en jurisprudence, le livre des Aphorismes, les Pandectes de Pothier. Par imita» tion, les auteurs ascétiques ont désigné sous ce nom les plus belles maximes de là perfection chrétienne. C'est ainsi qu'aux mots Pervection, Abandon, etc., nous donnons les principaux aphorismes qw y ont rap**
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port» tels que nous les ont laissés les meilleurs mailres de la vie spirituelle.
ÂPOTACTITES ou ipot4gtiqije8, en grec
&iror«3rrir«(9 COmpOSé de ènro Ot rarru, je renonce. — C'est le nom d*une secte de faux mystioueSv qui renonçaient k tous leurs biens et voulaient imposer à tous les Chrétiens Toliligation de laire de m6me, pour suivre les conseils évangéliques, et pour imiter Texeraple des apôtres et des premiers fidèles.
H ne paratt pas qu'ils aient donné d'abord dans aucune erreur. Selon quelques auteurs ecclésiastiques, ils eurent des vierges et des martyrs sous la persécution de Dioclétien, au iv siècle. Ensuite ils tombèrent dans l'hérésie des encratites.
APPARITION. — Action par laquelle un esprit tel que Dien , un ange bon ou mauvais, l'flme d'un mort, se rend sensible, asit et converse avec les hommes. Les exemples en sont fréquents dans TEcriture sainte [Voir Vision.)
Les auteurs profanes ont aussi rapporté une multitude aapparitions des esprits; les philosophes du m' et du iv* siècle do l'Église, entêtés de théurgie, de théopsie et de magie, croyaient ou faisaient semblant de croire que l'on pouvait converser avec les génies ou dieux du paganisme; que plusieurs hommes en avaient vu, leur avaient parlé et en avaient reçu des réponses. Quelques Pères de l'Église ont été persuadés qu'en effet le démon s'était rendu sensible h ses magiciens, en particulier à Julien l'Apostat, et que Dieu l'avait permis pour punir leur impiété. On ne peut savoir avec certitude jusqu'à quel point l'imagination , les prestiges de l'esprit impur, ou Pimposture, ont eu lieu en ces circonstances. Comment nous fier à de prétendus philosophes, dont la mauvaise foi allait de pair avec leur fanatisme? Porphyre et Jamblique, moins entêtés c|ue les autres, ont témoigné c|u*ils n'ajoutaient aucune foi à toutes ces visions; les Chrétiens ont plus d'une fois défié les païens de faire agir en leur présence ces génies dont on vantait la puissance (Ter- TULLiBN , Apolog., ch. S2 et 23.) Si Ton veut en croire les voyageurs, les mngicieus ont souvent commerce avec le démon.
Quant aux apparitions des morts, rien n*e$t plus commun chez les historiens païens ;
mais aucun de ces faits, dont les auteurs
i)aïens repaissaient leur crédulité, n*est bndé sur des preuves assez fortes pour nous obliger à le croire. S'il y en avait de bien prouvés, nous n'aurions aucune répugnance h y ajouter foi. D'autre part, les doutes que nous inspirent des narrations apocryphes ne dérogent en aucune manière à la certitude des faits rapportés dans les livres saints; vainement les incrédules se croient en droit de tout nier, parce que tout n'est pas également prouvé.
!• Ceux qui admettent un Dieu peuventils mettre des bornes h sa puissance, régler ses décrets, prescrire la conduite qu'il a dû tenir envers les hommes depuis la création? Dieu, sans doute, peut se revêtir d'un corps, c'est-à-dire rendre sa présence plus sensible, par la parole et par l'action qu'il donne à un corps quelconque; que ce corps soit igné, aérien, lumineux ou opaque, cela est égal ; on ne prouvera jamais que cette inafiière d'instruire les hommes, de leur dicter des lois, de leur prescrire une reiîgioa, est indigne de la sagesse et de la majesté divine; Dieu a donc pu s'en servir, Cfommcnl prouvera-t-on qu'il ne l'a pas fait? Une preuve qu'il l'a fait à l'égard des patriarches, de Moïse, et d'autres, c'est qu'ils nous ont laissé les monuments d'une religion plus pure, plus sainte, plus sensée, plus vraie que toutes celles des peuples qui n'ont pas pas eu le même secours* Il faut donc que Dieu la leur ait révélée.La manière dont ils disent que cette révélation leur a été faite était donc convenable, puisqu'elle a produit l'effet que Dieu se proposait.
Les apparitions des anges et des morts ne renferment pas plus de diOicultés que les apparitions ae Dieu. 11 ne lui est pas moins aisé de donner un corps à un ange que d*en revêtir une âme humaine. Lorsque celle-ci eit séparée de nos corps. Dieu peut certaiiiement la faire reparaître, lui rendre le même corps qu'elle avait, ou un autre, la remettre eâ état de faire les mêmes fonctions qu'elle faisait avant la mort. Ce moyeu d'instruire les hommes et de les rendre dociles est un des plus frappants que Dieu puisse emplover.
^ Les matérialistes mêmes, qui ne croient à Dieu ni aux esprits, et qui nient tous les faits capables d'en prouver l'existence, ne raisonnent pas consôquemment. Bayle a démontré que Spinosa, dans son système d'athéisme, ne pouvait nier ni les esprits, ni leurs apparitions, ni les miracles, ni les démons, ni les enfers. {Dict. criï., art. Spinosa^ rem. Q et suiv.)
En effet, selon l'opinion des matérialistes, la puissance de la nature , c'est-à-dire de la matière, est inQnie ; or, elle ne le serait pas, si elle ne pouvait pas faire tout ce qui est rapporté dans l'Ecriture sainte. Un défenseur de ce sytème nous dit que nous ne savons pas si ^a nature n'est pas actuellement occupée à produire plusieurs êtres nouveaux , si elle ne rassemble pas dans son laboratoire les éléments propres a faire éclore des générations toutes nouvelles, et qui n'auront rien de commun avec ce que nous connaissons. {Système de la nat. , tom. I*', ch. 6, pag. 86, 87. ) Donc nous ne savons pas non plus si, plusieurs milliers d'années avant nous, elle n'a pas produit des phénomènes .singuliers, et que nous ne concevons pas. Nous ignorons si, par quelques combinaisons fortuites de la matière, il ne s'est pas allumé au sommet du mont Sinaï un feu terrible, d'où sortait une voix qui a dicté le Décalogue. Nous ne pouvons décider si
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D ASCETISME.
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par d'autres combinaisons il no s*cst pas formé tout à coup une figure d'homme quia conduit, protégé et comblé de biens lo jeune Tobie; si, par magie ou autrement, il n*est pas sorti de terre un spectre semblable h Samuel, qui à parlé à Saiil, etc. Puisque la nature, par sa toute-puissance, a fait des hommes tels que nous sommes, pourquoi ne pourrait-elle pas former des anges beaucoup plus puissants que les hommes, des corps ignés ou aériens capables de faire des choses supérieures aux forces humaines? 3^ En bonne logique, les sceptiques peuvent encore moins rejeter le témoignage des auteurs sacrés; selon leur système, il n'y a aucune connexion nécessaire entre les idées qui nous viennent à l'esprit par les sensations et l'état réel des corps existants hors de nous; nous ne sommes pas sûrs s'ils sont réellemenls tels qu'ils paraissent à nos sens. Donc le cerveau de Moïse a pu être affecté de manière qu'il ait pu voir, entendre, et faire tout ce c[u'il raconte; les sens des parents de Tobie ont pu se trouver dans la môme situation que si un ange leur était apparu, leur avait parlé, et avait fait tout ce qu'ils ont cru voir et éprouver ; les organes de Saiil ont pu être modifiés de la même manière que si Samuel était réellement sorti du tombeau, etc. Nous aurions donc tort de suspecter la sincérité de ceux qui ont écrit ces faits. A la vérité , si c'étaient des illusions, tous chs gens-là n'étaient pas dans leur bon sens ; qu'importe ? nous ne sommes pas sûrs si à ce moment notre cerveau et celui des scepti-
aues ne sont pas aussi malades que celui es personnages dont nous parlons.
Si donc les incrédules savaient raisonner, ils ne borneraient jamais les foroes de la nature, ni le nombre des possibles; ils seraient aussi crédules que les vieilles, les enfants et les ignorants les plus grossiers. Ceux qui croient à la uiagie sans croire en Dieu ne sont pas ceux qui raisonnent le plus mal.
V Le grand argument est de dire : Si tout cela était arrivé autrefois , il arriverait encore; puisqu*il n'arrive plus depuis qu'on est mieux instruit, c'est une preuve qu'il n'est jamais arrivé. Faux raisonnement.
Selon l'opinion des matérialistes, il est sorti autrefois du sein de la terre ou de la mer des hommes tout formés, il n'en sort plus aujourd'hui; tous viennent au monde par une suite de générations régulières; si nous en croyons les sceptiques, il n'y a aucune connexion nécessaire entre ce qui se fait aujourd'hui et ce qui s'est fait autrefois. Dès qu'il n'y a point de providence qui entretienne dans la nature un ordre constant, il n'est rien qui ne puisse arriver par hasard, ou par des combinaisons inconnues de la matière.
Les déistes, è leur tour, se fondent mal à propos sur ce môme argument. S*il y a un Dieu , il a pu, et il a dû conduire auti'ement le genre humain dans son enfance que dans >€S âges postérieurs. Ii fallait alors
dos miracles, des prophéties, des apparitions et des inspirations pour établir la vraie religion ; une fois fondée, elle n'en a plus besoin; les mômes faits qui lui ont servi d'attestation dans l'origine lui en serviront jusqu'à la fin des siècles ; il n'est donc plus nécessaire que Dieu fasse aujourd'hui ce qu'il a fait autrefois. C'est la réflexion de saint Augustin. Il s'en faut beaucoup que les dissertations de dom Calmet sur les apparitions aient été faites avec la sagacité et le bon sens qu'exigeait une matière aussi délicate. L'abbé Langlet lui a fait, avec raison, plusieurs reproches dans son traité sur le môme sujet ( tome II, p. 91 ). Celui-ci prouve fort bien que le très grand nombre des apparitions des morts rapportées par les écrivains des bas siècles manquent de preuves et de vraisemblance (p. 393ct8uiv).
APPETIT. — Pour traiter ceci à fond, il est nécessaire de supposer, en premier lieu, qu'il y a deux parties principales dans notre ame, (]Ui sont appelées par les théologiens supérieure et inrerieure, et qu'on distingue ordinairement sous les noms de raison et d'appétit sensitif. Avant le péché, et dans le bienheureux état de l'innocence et de fa justice originelle où Dieu créa rhomtne, la fartie inférieure était parfaitement soumise la partie supérieure, comme une chose moins noble à une plus noble, et comme un serviteur à son maître. Dieu fit l'homme droit, dit l'Ecriture. H ne le créa pointdéréglé comme nous ie sommes. L'appétit obéissait alors à la raison, sans peine et sans répugnance; et l'homme se portait lui-môme à aimer son créateur et à le servir, sans que rien l'en détournât. Cette sujétion de l'appétit sensitif à la raison était si grande iqu il ne pouvait alors exciter aucun mouvement désordonné dans l'homme, ni aucune tentation, s'il ne le voulait de liiimôme. En cet état nous n'eussions été sujets ni à la colère, ni à l'envie, ni à la gourmandise, ni à l'impureté, ni à aucune autre inclination corrompue, si de nous-mêmes, et par une volonté déterminée, nous ne nous y fussions
f)orlés. Mais la raison s'élant depuis révolée contre Dieu par le péché, l'appétit sensitif se révolta aussi contre la raison; de sorte que malgré nous, et contre notre consentement, il s'élève quelquefois dans notre appétit sensitif des mouvements et des affections que nous condamnons suivant ces paroles do TApôtre : Je ne fais pas le bien que je veux : mais xje fais le mal que je ne veux pas. Que si l'homme n'eût point péché, le corps aurait toujours été disposé à raire sans peine et sans contradiction ce que l'âme eût voulu de lui ; mais à présent la corruption du corps appesantit l'âme. Le corps l'ompôche de bien des choses qu'elle pourrait et qu'elle voudrait. C'est un méchant cheval sur leque on a beaucoup de chemin à faire; qui n'a point de pas, qui va un train rude, qui bronche souvent, qui se lasse en moins de rien, qui est quelquefois rétif et ombrageux, et qui se couche lorsqu'on a le plus de be-