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Milan, ^a veille do PÂques, en 387, dans la trente-deuxième année de son âge. Il renonça dès lors à la profession de rhéteur. I>6 retour à Tagaste, il se livra au Jeûne et à Ta prière, donna ses biens aux pauvres, et forma une communauté avec quelques-uns de ses amis. Il se rendit peu après à Hippone, et Valère, qui en était évéque, le fit nrètre malsré lui au commencement de ran 391. L^nnée suivante, Augustin confondit Fortunat, prêtre manichéen, dans une conférence publique, et avec d'autant plus de succès, qu'il avait connu le fort et le faible de cette secte. En 393, il donna une explication si savante du symbole de la foi, dans un concile d'Bippone, que les évô-
3ues pensèrent unanimement qu'il méritait 'être élevé à Tépiscopat. Un autre concile, tenu en 395, le donna pour coadjnteor à Valère. Ce fut alors que Ton vit éclater toutes les vertus et tout le génie d'Augustin. Il eut, entre autres, l'occasion de déployer toutes les ressources de sa science, de son éloquence et de sa pénétration , dans une conférence des évoques, catholiques et donatistes, à Carthage en &il. Il y fit éclater son zèle pour l'unité de l'Eglise, et le communiqua à ses collègues. Consumé de travaux et d'austérités, il mourut en i30, flgé de soixante-seize ans, dans sa ville épiscopalc, qui était assiégée depuis plusieurs mois par les Vandales. Ce grand homme vivait, pour ainsi dire, des succès de la religion et de la gloire de l'Eglise. Possidonius, évoque do Calame, son ami, écrivit sa vie. Cet historien compte 1030 de ses ouvrages, en y comprenant ses Sermons et ses Lettres. On remarque dans tous un génie vaste, un esprit pénétrant, une force de raisonnement admirable et un style plein d'énergie et de vi- Jueur. (Voir pour ses œuvres ascétiques, le atalogue, à la fin du tome H.) AUSTÉRITÉS. — Voy. MoariFiCATiorf.
AVANCEMENT SPIRITUEL. — C'est une mnxime générale de tous les saints, que c'est reculer dans la voie de Dieu, que de ny point avancer. C'est ce que nous prétendons montrer ici, afin que celte considération nous serve d'un moyen efficace pour nous encourager à faire tous les jours do nouveaux
f progrès dans la perfection. Car quel est ceui qui voudrait retourner en arrière après avoir longtemps cheminé, sachant principalement qu*il aurait contre lui celle sentence du Sauveur dans l'Evangile : Quicon(Ji^ue met la tnain à la charrue et regarde derrière soi, n'est pas propre au royaume de Dieu, Voilà des paroles qui devraient nous faire trembler, et le grand saint AugttMiû dit là-dessus : Nous ne pouvons.ngiis empocher de descendre qu'en nous efl^^^nt toujours do monter. Car dès que notfb commençons à nous arrêter, nous descendons, et c'est reculer que de no pas avancer : de sorte que si nous ne voulons retourner en arrière, il faut que nous courions toujours sans nous reposer. Saint Grégoire, saint Chrysostomc, saint Léon Pape et plusieurs autres saints disent souvent la môme chose, et presque
dans les mémos termes. Mais saint Bernard rétend bien davantage. Dans^ deux de ses épttres, s'adressant au religieux l&che et tiède qui se contente de mener une vie ordinaire^ sans songer à son avancement,, il l'interroge, et fait le dialogue suivant :« Eh quoi, ne voulez-vous point profiter? — Non. — Vous voulez donc retourner en arrière?— Je veux demeurer comme je suis, et ne devenir ni meilleur ni pire. — Vous voulez donc l'impossible, puisque dans le monde il n'y a aucun état de consistance ? C'est un avantage qui n'appartient qu'à Dieu seul, dans lequel il n'y a point de changement, ni même la moindre ombre de vicissitude : Je suis le Seigneur ^ dit-il, et je ne change point. — Mais toutes les choses du mondo sont sujettes à un changement perpétuel. Ils s*useront comme un vêtement^ oit le Psa7miste, parlant des cieux, et vous les change:* rez aussi aisément qu'on change d'habiC;^^ mais pour vous, Seigneur^ vous êtes toujjours. le mime , et vos années sont éternelles. L'homme surtout, selon le témoignage de Job, n'est jamais dans une même situation. Il fuit comme l'ombre et ne demeure jamais dans le même état. Et Jésus-Christ même, ajoute saint Bernard, tant qu'il a été sur la terre, et qu'il a conversé avec les hommes, s'est-il arrêté? — Il croissait en sagesse, en flge et en gr&ce devant Dieu et devant les hommes : c'est-à-dire qu'à mesure qu'il croissait en flge, il donnait des marques plus éclatantes de sagesse et de sainteté, et se préparait à courir comme un athlète dans la carrière des peines et des souffrances. Saint Jean dit aussi que celui qui veut demeurer avec Jésus-Christ , doit marcher dans le même chemin et au même pas que lui. Mais si, lorsqu'il court, vous vous arrêtez, n'estil pas évident que vous vous éloignez de lui, au lieu de vous en approcher? L'Ecriture sainte nous aprend que Jacob vit uno échelle qui tenait depuis la terre jusqu'au ciel, au naut de laquelle Dieu était appuyé et c^ui était pleine aanges qui montaient et qui descendaient incessamment sans qu'aucun d'eux s'arrêtât, pour nous donner à entendre, dit saint Bernard, que dans le chemin de la vertu il n'y a point de milieu entre monter et descendre, entre avancer et reculer. Lorsqu'on travaille au tour, la roue retourne sur elle dès qu'on veut l'arrêter; de môme aussi , dès qu'on cesse d'avancer dans la vertu, on recule nécessairement en arrière. » L*abbé Théodore nous explique les mêmes sentiments en ces termes, rapportés par Cassien : « Nous devons, dit-ii,, nous appliquer sans relâche à l'élude de la vertu , et en pratiquer sérieusement les. exercices, de peur que cessant d'y profiter, nous ne commencions aussitôt à y devenir moins parfaits; car l'esprit, comme nous l'avons dit, ne peut demeurer dans une même assiette ; il faut ou qu'il augmente ou qu'il diminue en vertu; c est perdre qu& de ne pas acquérir, et Ton est en danger de déchoir bientôt, dès qu'on ne se sent plue rejivio de ftire dos progrès, «
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Le raêino Cassîen nous explique cette vérité par une comparaison Irès-jusle, gui est aussi de saint Grégoire : « Ceux oui marchent, dit-il, dans la vie spirituelle , ressemblent à un homme qui serait au milieu d -un fleuve rapide; s'il voulait s'arrêter le moins du monde, et qu'il ne s*e(rorç&t pas toujours d aller contre le courant, il risquerait d'en être emporté. Le chemin que nous avons è tenir est si directement contraire au penchant de notre nature corrompue par le péché, que si Ton ne travaille, et si 1 on ne s'efiforco daller toujours en avant, on sera sans doute entratné par le cours impétueux de ses passions. Le royaume du ciel souffre violence; il n'y a que les violents qui l'emportent. Quand on s'avance contre m marée, on doit toujours ramer sans relâche, et l'on ne peut cesser un moment, qu'on ne se trouve fort éloigné du lieu où l'on était. De môme ici, il faut toujours ramer sans relâche, et il faut toujours voguer, et faire force contre le courant do nos passions déréglées, si nous ne voulons nous voir bientôt extrômemenl éloignés du degré de perfection où nous étions auparavant arrivés. »
Les six moyens qui contribuent surtout à notre avancement spirituel, sont le recueillement, la paix du cœur, le détachement des créatures, le renoncement h sol-môme, Tesprit de douceur et de résignation parfaite h U volonté do Dieu.
On pratique le recueillement en gardant le silence et la retraite et en ne se mêlant ])oint des affaires d'autrui. Le silence consiste à ne parler que lorsqu'il est nécessaire, et alors môme è parler peu, h moins qu'on ne s'entretienne sur des matières qui regardent Dieu; autrement, parler beaucoup nuit toujours à la dévotion. On garde vraiment la retraite, lorsqu'on suit ce conseil du ])rophète Isaïe : Entrez dans le secret de votre chambre^ fermez vos portes sur vous (Isa, XXVI, 20) ; c'est-à-dire qu'il faut se tenir chez soi, s'éloigner du commerce des créatures, ne chercher leur conversation que pour la nécessité, ou lorsque la gloire de Dieu l'exige; se passer des visites et de toute communication au dehors autant que la bienséance et l'état de chacun peuvent le permettre. On ne s'éloignerait pas autant cni'il est nécessaire de ce qu'on appelle affaires d'autrui, si Ton n'était déterminé à se borner à son emploi, et 5 s'intéresser simplement à ce qui est du devoir; à ne point s'informer des nouvelles et iios bruits.qui O0urent, et à renoncer aux connaissances mondaines; car toutes ces choses doivent être mises au nombre des inutililés dont il ne faut jamais permettre à Tesprit de s'occuper, ahn que, donnant toute son attention h la présence de Dieu, aux mystères dj JésusChrist et aux paroles de l'Ecrituro sainte, on ne perde jamais de vue la pratique (Ves vertus et surtout de la charité et do l'humilité, et qu'on entretienne toujours en soi une ferme résolution de s'y perfectionner.
Trois choses contribuent surtout à entre-
tenir la paix du cœur : la première est de renoncer a toute affection aux objets créés ; de n'avoir nulle prétention, nul désir, nul soin qui inquiète : quand on ne prétend rien, qu'on ne chercno rien hors de Dieu, on possède son âme en paix; la seconde est de réprimer tout mouvement de passion, tout sentiment un peu vif et tout empresse* ment qui pourrait troubler le calme intérieur. Pour y réussir, il faut avoir soin d'éviter toute sorte de contestation avec le prochain ; la troisième est de conserver le goût des choses divines et de faire toutes ses actions dans le môme goût, prenant garde do ne donner aucun lieu au trouble. On sent alors comme un baume céleste qui se répand sur le cœur et qui contribue h le maintenir dans une assiette tranquille. Par ce moyen, on parvient à la paix dont parle saint Paul, laquelle surpasse toute pensée (Philip. IV, 7). Cette paix s'arrôto quelquelois dans la partie supérieure de l'âme, sans passer jusque dans les sens. Alors l'âme, Quoique sans goût sensible, ne laisse pas (t'ôtre tranquille, parce qu'elle est pénétrée d'une suavité divine purement spirituelle.
Le détachement des créatures consiste, 1" à renoncer par un dépouillement effectif ou du moins par détachement du cœur à tous les biens de la terre, de sorte qu'il n'y ait rien de temporel en quoi l'on cherche qui'lque appui ou le moindre contentement ; 2** à user avec modération de toutes choses extérieures, à fuir l'abondance, à se passer de tout ce qui est précieux, de tout ce qui ne sert qu'aux aises de la vie, ou à contenter la curiosité; de tout ce qui n'est pas précisément nécessaire; 3* en un entier dégagement de tout ce qui nous environne, si bien que nous ne tenions à rien et que les choses les [)lus nécessaires nous deviennent indifférentes.
Le renoncement à soi-mômo consiste h sacrifier ses intérêts pour ne se chercher en rien, h se mortifier en tout, combattant sans relâche les inclinations et les sentiments déréglés de la nature, et n'accordant è son esprit et à son corps aucun soulagement ni aucune satisfaction, que la raison et la nécessité ne l'ordonnent; à s'oublier, à se haïr soi-même d'une sainte haine, et à se traiter comme une créature insupportable qui mérite que tout le monde la foule aux pieds.
L'e5pril de douceur comprend deux choses : 1"* une égalité d'âme et une humeur accommodante t^qui se prête h tout dans la société civile, el qui ne sache ce que c'est que de témoigner de l'aigreur el du ressentiment, lorsqu'elle se voit contrariée; 2" une invincible patience dans les accidents fâcheux, h l'exemple de Jésus-Chri'st et des saints à qui ce divin Sauveur a expressément recommandé celte vertu, lorsqu'il leur a dit qu'il les envoyait comme des brebis au milieu des loups; voulant leur faire entendre, (juc les plus grandes adversités cl les pcrscculi'jns les j»Yus cruelles ne
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