‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 75 sur 186 · HM · texte numérisé non relu

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f)iraDt une confiance présomptueuse dans eur aTancemenl spirituel» ei en les faisant se regarder comme moins sous la dépendance de Dieu. De sorte que Dieu se retire peu à peu de ces Ames qui tombent dans de déplorables égarements. La chute de Salomon est un exemple assez frappant, pour nous dispenser d*en citer un plus grand noml>re. Saint Grégoire désigne ces flmos sous le nom de ces Nazaréens (Tkren. ir, 7, 8)» qu'on disait plus blancs que la neîKC,

Elus éclatants que le lait, plus beaui et plus rillants que Tivoire et le saphir; et cepen* dant {fur vitage e$i devenu plue noir que des eharbonê; ils ne sont plus connaissables dans, tes rues, « Car, dit le saint docteur , quand les Tenus s'étendent plus qu'il n'est utile, elles inspirent de la présomption. »

Toutefois, dans l'épreuve de Tabandon pour la purification des Ames saintes, les démons n'oiU pas plein pouvoir de les tourmenter et de les tenter à leur gré; ils sont obligés de se tenir dans les limites iixéos par la divine Providence, dans l'intérôl de sa gloire et du mérite de ces Ames. 1** L'Ecri* ture sainte nous le montre par rexemple.de Job. D'abord Satan reçoit le pouvoir uo lui faire du ipal dans ses biens extérieurs, mais non dans sa personne. Garde^toi de mettre la main sur lui^ dit le Seigneur. [Job v, 12.) Ensuite il est autorisé à le tourmenter dans sa personne, mais non dans sa vie : Mais respecte ses jours. Ainsi encore, dans VApo^ catypse (xx, 1, 2), Dieu charge le démon de chaînes, soit par lui-même, soit par le ministère d'un ange. De quelque manière qu'on l'entende, on voit que le démon est retenu par les ordres divins, toutes les fois et aussi longtemps qu'il plaît h Dieu. — ^ C'est aussi la doctrine des saints Pères. « L'enchaînement du démon, dit saint Augustin, consiste en ce qu'il ne lui est pas permis d'exercer toutes les tentations qu'il voudrait, par violence ou par ruse, afin d'entraîner les hommes h son parti. S'il avait reçu ce pouvoir, notre faiblesse est si grande que bien peu de nous seraient demeurés selon le cœur de Dieu ; il aurait fait succomber les fidèles et étouffé leur foi. » (L. x De eiv.f c. 7, 8.) « 11 faut remarquer, ait saint Grégoire, dans les paroles du Seigneur à Job (i, 13), cette disposition de la divine Providence, par laquelle il lAche et retient tour à tour noire ennemi. » (L. ii Jlfor., c. 7.) « L'esprit du mal ne nous tente et ne nous afflBke pas toujours quand il le veut, mais 9eiifeo)tent autant que Dieu le lui permet. Bieu s^'t toutee que l'Ame peut supporter d^ipreuves et de tentations, et il règle sur telle oonnaissance Tailtorisalion qu^il ac-^ eorde au démon^ » (Saint Ephabm, t; 1, e. 98.) "^'8* En voici la raison. Dieu nous ordonne de lutter oontre les tentations ctii démon et de les surmonter t donc, pour ne pas ordoniieri*impossible, il affaiblit les forces denotre

riasant ennemi,*Sl augmente lés nôtres par grioe, et il contient le tentateur dans de telles limites que nous puissions soutenir la tentation et en tirer profit.

Le démon a clé enchaîné par Jésus-Christ, non dans un sens complètement absolu, mais comparativement, en ce sens qu'avant Tavéneroent do Jésus-Christ, il avait tellement séduit le monde par l'idolAirie, l'absence de la foi et les vices les plus honteux, qu'il en semblait être le roi ou plutôt le tvran ; ce qui arrivera encore au temps de 1 Antéchrist. Néanmoins toujours il a été et sera suffisamment enchaîné, de manière à ne jamais prévaloir contre celui qui lui résistA« C*est ce qu'on remarque souvent dans }% christianisme *et surtout dans la primitive Eglise; c'est ce qu'on remarquerait toujours si, par nos*péchés, nous ne relAchious les chaînes du démon.

Après avoir considéré, d'un côté, la puissance du démon et la malice de ses lenlations; d'un autre côté la providencbr do Dieu, qui ne permet pas que nous soyons tentés au delà de nos forces, nous concluons

Su'il faut, au nom de notre Seigneur Jésqshrist , résister intrépidement à ta tentation» Ost ce que nous montrent, l' les saintes Ecritures, par l'exemple de Job, de David, de Paul, et de notre divin Sauveur lui-môme, qui furent en butte à des tentalions violentes, mais (lui en Iriomphèrent glorieusement; par bien des passages, et surtout par lé psaume Qui habitat tout entier, où Dieu nous promet, outre son secours, la garde des saints anges, à la faveur de laque)io vous marcherez sur V aspic et le basilic et ^ous foulerez au pied le lion et le dragon. Si Dieu elft pour nous ^ dit saint-Paul {Rom. viii, 21), qui sera contre nous? — 2^ Des saints Pères. « Défendu par res armes puissantes, suivant Jésus pour chef, ne craignez pas ces géants : VOUS' verrez comment le Seigneur Jéaiis vous les soumettra; et cqmme vos pères ont foulé aux pi.eds la tôle des nations, de môoio vous foulerez aux pieds la tète des démons ; car il dit lui-même è ceux qui le suiven^fidèlement : Fotcî que je vous ai donné le pouvoir de marcher sur les serpents et les scorpions et sur toute puissance de Vennemiy et il ne pourra vous nuire. » (Origènb, m c^.xii Num.f hom. 7.) « Je ne comprends pas, dit sainte Thérèse» dans sa Vie (c. 35), cet époevantail, ledémon^ fe d/mon, quand nous.)K)ttvous dire> mon Dtau, mon Dièu^ et le foire trenU)ler. Car \l ne peut rien faire, nolit'le savons, sans )a permission de Dieu, iMP^^ S"* Saint Ignaee nous en donne la f9&l0Ki (lib. exercitf die t, hebd. S) : «XeCliriaka trois empires, où il lève de^ soldàin eaint dea anges dans le del, oeltti dea ékU msk la terrot celui des ve^uaqui batritent dans )o oo^r du juste; ces armées sont soutenues dans le combat par le secours de ses. puis- ^sàntes inspirations. St si les efforts du démon 1(|é|ia8sent nos forces naturelliss, nos totets surnaturelles sont beaucoup plus puissantes

fue^les siennes : aussi, si beaucoup vi^Hiefit succomber, c'est qu'ils no font point «Mge de ces forces. »

Donc, puisque nous avons en noua ta grAce de Jésus-Christ, qui nous emptc^e d'é^ tte opgrimés par Satan [H Cor. u, It}, ei

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DtK

McnœofâHiE

qoe li fcri nom enseigne les mojens de résister au iétnon^ nous crorons utile d*expo^ »er ici les différents remèdes qu*il iaut ap* {Miller ant tentations.

I. Qoand le démon nous lente jrar des tisfons effrâyanles ou par des afflictions corporelles, il faut nous défendre par une foi inébranlabto. Dieu e$$ fidUe damé êesprawuêàti^ dit TApOtre; il fu eotis laisêera pa$ Mu Êêcoutê. (/ Cer. x, 13.) Ainsi Job, se toup* fiant Vers le Seîgneurt lui dit : MMtx-moi ûuprh de touê^ ei alors que la main de qui que ëe soit ê'armê eontre moi. (Job ivii, d.) Saint Antoine s'écriait^ au plus fort do sa lutte contre le démon : « Si tous pouvez quelque chose, si le Seigneur tous a donné Mf moi quelque pouToir, me Toici, empare^Tous de Totre proie. Hais si tous ne pouvez rien, pourquoi tentez-TOus de Tains eflbrtsT Le signe oe la croii et la foi en Dieu sont pour nous uo rempart inexpugna*ble. »

II. Pour résister au tentations de volupté, il faut se mettre sous la protection du Très* ■antf OUI noue fera fouler aux piede le lion «I le dragon. (Pt. xc, 13.) Saiut Augustin ncMis dit h ce sujet: « Vous avez vaincu le lion» TOUS Taincrez le dragon : le lion ne tous A pas terrassé, le dragon ne pourra tous surprendre. » Vous lui écraserez la tèie; lar, ainsi que dit saint Grégoire (I. xtii Mor.t c. 20) : « Si Ton ne résiste du fond du cœur à ses suggestions, aussitôt et tant qu'elles se font sentir^ on finit par y succomber. » ^- <« Conabien ne donnons*nous pas prise au démon^ en nous aifaiblissant nousmêmes par notre amour des honneurs, des richesses et des plaisirs? Nous faisons alors •Uiance avec lui, nous devenons nos propres ennemis, nous aimons et nous désirons ce i}ue nous devrions haïr : Aussi nous cause- V4I toute sorte de maux. Nous lui livrons des armas contre nous-mêmes, et nous tendons à %tè fers les mains avec lesquelles nous doTrions lui résister. C'est là un grand malheur; car si nous haïssions à cause de Dieu toutes ces choses» et ai nous embrassions la croix, le tentateur nous fuirait comme la peste. » (Sainte TuéRÀSB» m Ft7a,

m. Quant aux tentations du démon par rapparence du bien, nous y résisterons par Mtte prière : Envoyez-nous voire lumière et •elr» vérité. {Ps. xtii^ 3.) « Le moyen de r^oonnaltre Terreur, dit Rossignol (DediscipL Ckriei*)f c'est de suivre le conseil de TEcriture» des saints Pères et des maîtres spirituels : or pour profiter de ces conseils, il faut réunir rbumilité et une sainte frayeur : Thumble prière est d*un grand secours, mais le secours le plus puissant, c*est d*avoir d'humbles sentiments de soi-même. » Gerson nous donne à ce sujet un excellent avis (Tn de div^ tent^ diab^) : « Quelquefois le démon nous pousse a mépriser les conseils des hommes, et à n'attendre de secours que do Dieu seul ou de la prière, ou à nous appuyer

sur noire propre sa^sse, ef h noua dire eo quelque sorte : Je sais rooi<^méme mieux que tout autre ce qu'il faut faire en pareille cir* constance ; [>ersonne mieux que moi ne cou* naît ce dont il s*agit, n'apprécie quel esC moa caractère et quelles sont mes ressources*... Cette tentation est la plus funeste et la plus dangereuse, surtout pour les |)ersonnes qui ont beaucoup de dévotion et d'intelligence i car elle est un Tif sentiment d'orgueil. »

IV. On résiste aux tentations d er^iinl et de présomption, en ayant touiours présentes è l'esprit ces paroles de saint Jacques (it, 6) : Dieu résiste aux superbes, et il domne saifrâtee aux humbles. Kn etfet, selon saint Augustin (ep. 56) : « Si l'humilité ne précède, n'aocompagne et ne suit tont ce que nous iaisou» de bien; si elle n*est pas le but de uos efforts, l'appui auquel nous nous tenons attachai, la force par laquelle nous refusons toute pensée d'orgueil, cet orgueil nous fait perdre et nous arrache en quelque sorte des mains tout le fruit de nos bonnes oau- Très; tous les autres Tices sont à craindre dans les actions coupables; l'orgueil est recueil des bonnes actions : le désir exagéré de la gloire corrompt nos actions glorieuses. » Aussi saint Antoine, Toyant tout le monde rempli de pièges, stcc peu de moyens d'y échapper, fut instruit de Dieu que c'était par I humilité seule qu'on pouvait s'en préserver. (Voir Possession et Obsession.)

DENYS L'ARÉOPAGITË (Saint).— Denys l'Aréopagite fut disciple de saint Paul et premier évèque d'Athènes. Est-il le même aue saint Denvs de Paris? Esl-il surtout 1 auteur de la fameuse théologie mystique que nous avons si souvent citée, et quo certains auteurs lui attribuent? Telle est la double question qu'il s'agit d'examiner.

Sans vouloir trancoer une controverse qui n'est pas de notre compétence, et malgré Topinion contraire de Godescart, nous peusons avec MM. Darboy et Rohrbacher qu'il y a de grandes raisons pour tenir l'aflirmative sur les deux questions posées (155).

L'identité de saint Denys l'Aréopagite et de saint Denvs de Paris nous jparaît plus probable. Kn effet, nousavons trois Vies rédigées Ear des auteurs grecs :1a première par saint téthodius, patriarche de Constantiuople, né vers la fm du viii' siècle, et mort en Ski; la seconde par Michel Syngelle ou SyncclJe,

Brètre de Jérusalem, contemporain de saint léthodius, et qui souffrit comme lui pour la cause des saintes images; la troiaièmo par Siméon, homme considérable par sa famille, ses emplois et sa science, qui, dans le X' siècle» rassembla toutes les Vies des saints qu'il put découvrir. Au plus gjrand nombre, comme on peut s'en convaincre par la comparaison avec les vies antérieures, il n'a lait d'autre changement que de transformer les phrases , pour rendre le style plus agréable, ce qui fui a fait donner le nom de Métaphraste ou transformateur de phrases. A ces trois vies, on peut join-

155) Y. Hist. Eccléê. de M. RonaBÀCHES, auquel nous empruntons cette dissertation iatéres»aiUc*

,909 IMËN

dro rabrégé qn'*en donne le grec Nicéphore dans son Histoire ecclésiasligue (156).

D*après le récit de cet auleur, Denys TAréopagife naquit dans la ville d'Athènes» d'une illustre famille; cultiva les sciences» notamment l'astronomie, et fat un des juges de l'Aréopage. Encore païen, il remaraua l'obscurcissement eiLtraordinaire du soleil à la mort de Jésus*Cbrist, et conclut de deux choses l'une : ou le Dieu de la nature souffre, ou la machine du monde se détraaue. Lorsque saint Paul vint annoncer aux Athéniens ce Dieu inconnu^ qu'ils adoraient sans le connaître, Denys fut un de ses disciples. Il protita aussi des leçoujs d'un savant Chrétien, nommé Hiéroihée, fut fait premier évoque d'Athènes, et ne se distingua pas moins par son zèle et sa vertu que par sa science. 11 mérita d'être présont, avec les apôtres, au tréuas et aux funérailles de la sainte Vierge Marie, mère de Dieu, donc Je corps fut transporté, par les mains des apftires, de la montagne de Sion dans le sépulcre au jardin de Gethsémani, d'où elle fut reçue dans le ciel. C'est ce que dit expressément le prêtre de Jérusalem. Plus de deux siècles auparavant, saint Sophrone, patriarche de la même ville sainte, chantait avec amour, dans une hymne sur les saints lieux, cr le jardin de Gethsémani, qui reçut autrefois le corps de la sainte Mère de Dion, et où était son sépulcre ; » mais il ne parle

Sas du corps même comme y étant (157). . ious avons donc ici sur cet événement mémorable la tradition expresse et constante de l'Eglise de Jérusalem, et même de tout l'Orient.

De Jérusalem, saint Denys ne retourna point se fixer à Athènes, mais s'en alla dans l'Occident, suivant l'exemple des apôtres, en particulier de son maître, saint Paul. A Rome, il se présenta au Pape sairit Clément, disciple et successeur de saint Pierre. Clément l'envoya dans les Gaules, avec plusieurs compagnons. Saturnin, l'un d'eux, prêcha l'Evangile dans l'Aquitaine. Denys , cherchant les contrées où l'ido- Ifltrie dominait encore, s'avança jusqu'à Paris, petite ville, mais remplie de paga* nisme. Son compagnon Lucien alla prêcher le vrai Dieu h Deauvais. Deux autres, le prêtre Rustique et le diacre EieuthèrOi demeurèrent avec lui pour travailler h la conversion des Parisiens. Leur ville, nommée aussi LMtèce, était renfermée dans une lie. Denys jr érigea un temple au vrai Dieu, et convertit un bon nombre do personnes, tant par ses prédications que par ses miracles. 11 soucfrit la persécution avec une merrailleuse constance, sous Domitien, et continua d'évangéliser les peuples jusque sous l'empire de Traian. Enfin, il couronna une vie d apôtre par le martyre, et fut déca-

(156) CEwrei de $aini Denys PAréap., çn grec rt «n latin, S vol. in-fol. ; Paris, 4644, loiii« 11, p. 315, et suiv.

{IS7) Spicilegium romnnum , du cardinal Mai, t. IV, D. 116, ver» 95-100.

(158) < Propusitio, sancluui Dîo|iysium primo

DASCETISME.

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pilé avec les saints Rustiane et Efeuthère^ saint Méthodius et Siméon Xfétaphraste ajoutent que Denys prit sa tête entre ses mains, la porta l'espace de deux mille pas et la déposa entre les mains d'une femme chrétienne. Tel est, en somme, le récit des auteurs grecs. Comme jamais les grecs n'ont été accusés de chercher à flalter les latins, ce récit [inspire naturellement une certaine confiance.

Les plus anciens martyrologes placent le martyre de saint Denvs l'Aréopaçite au 3 octobre,sous l'empire d Adrien, qui commença de régner l'an 119. On lient que la colline, où il fut décapité avec ses compagnons» a

Ïris de là le nom de Mont des Martyrs ou fontmartre. Plus loin, et plus tard a été bftli le monastère de Saint-Denis, dont l'é-

flise est devenue la sépulture des rois de rance, et au tour duquel s'est formée une ville. Vers le milieu du ix* siècle, 83<h, Loui$ le Débonnaire, se croyant redevable à saint Denys de sa restauration sur le trône, ordonna à Hilduin, abbé du célèbre monastère, de réunir tout ce qu'il pourrait trouver sur la vie et les œuvres du saint pairon. Hilduin, sous le nom d'Aréopagitiques, composa des mémoires tirés des histoires des Grecs, des livres de saint Denys , même d'auteurs latins, d!anciennes chartes de l'Eglise de Paris, en particulier des Actes du martyre de saint Denys^ écrits par Visbius, témoin oculaire. Le Dominircain français Noël AleiLondre croit à l'aur thenlicité de ces Actes; il en conclut, ainsi

Îue de dix-huit autres, preuves, que saint enis est venu dans les Gaules au V sièle; que l'évêque d'Athènes et celui de Paris est le même personnage; que c'est vraiment saint Denys l'Aréupagile, et que les argUr menisdes contradicteurs ne sont pas sapis réj)lique (158). Nous pensons comme le Dominicain français, et comme les Jésuites français Lansely Cordier, Halloix et autres; ou plutôt nous pensons comme les grecs saint Méthodius, patriarche, de Gonstantinople, le bienheureux Michel, prêtre de Jérusalem, et Simiion Mélapbraste. 1EX.CQ qui nous confirme danV ceUe manière , de voir, c'est l'origine et les argumehU 4u parti contraire. Les auteurs de la Gaule chrétienne^ article Eglise de Paris^ exposent tCQis opinions : la première, qui tient et prou vapar des arguments positifs qua )é prenàier évêque d'Athènes et le premier évêque de Paris, c'est le même saint Denys l'Aréd* pagite envoyé dans les Gaules par le Papa saintCiément^disciple et sucesseurde salut Pierre ; la seconde qui, sansadnoieltre l'idcatité de la personne, tient et prouve, par des arguments afiirmatifs que, saint DenyS, premier évêque de Paris, y a été envoyé dès le i*' siècle par le Pape ^saint Clément.;

sseculo io Gailiat venisee; umiiiMiae et enindeiii essa Atbeaieosivfn ei Partsiensiiim epi90(»pym, virre Arepi pagilam, probabîle est ; iicc incoiicussa suni ^% invicla virorum cruditorum , qui haiic opiuioncui inipugnarunt. arcjUDCiita* > (In. Ui^^oruim ccçlK^itl^ fHcam swculi iiVi%ienzi\i>i \^.) « •

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la troisième qui , pour rejeter les deux premières et ne faire arriver saint Denys dans les Gaules qu*au m' siècle » s*appuie non pas tant sur des arguments aOirmatifs que sur des arguments négatifs (159). Les auteurs de la Gaule chrétienne citent en faveur de la troisième opinion l'autorité scientifique du docteur Launoj et l'autorité judiciaire de Louis Antoine de Noailles* arche- Tèque de Paris, lequel, en 1700, réforma la croyance et la pratique do son église^et d'un seul et môme saint Denys en iït deux, dont il plagaVAréopagite au troisième jour d'octobre» et le Parisien au neuvième.

Mais tout le monde sait que ce prélat , nlus remarquable par sa piété que par sa aoctrine , fut toute sa vie la dupe et le jouet de la secte jansénienne. Quant au docteur Launoy » nous avons déjà appris , et en son temps nous apprendrons encore mieux è le connaître comme un esprit téméraire , d'un catholicisme pour le moins douteux; et qui , pour soutenir ses nouveautés, ne crai-

Snait pas de falsifier les textes des Pères et es conciles. En un mot , c'est par la même influence de secte que le Bréviaire de Paris a divisé sainte Marre Madeleine en trois , et saint Denys en deux. Le Bréviaire romain continue, avec les auteurs grecs, à regarder saint Denys l'Aféopagite comme le mémo évèque d'Athènes et de Paris. Cet accord de Rome et de la Grèce ne laisse pas que de mériter attention, mémo de la part des catholiques.

Pour ^lea jansénistes , c'est diO'érent. A eux il suûit que Rome approuve ou semble approuver une chose, pour qu'ils la contredisent. Cette antipathie est tellement sincère qu'elle s'étend & tous ceux qui s'accordent avec Rome, fusseo.t-ils des Grecs et des Grecs du Bas-Empire. Ainsi, saint Méthodius , patriarche de Constantinople, Michel, prêtre de Jérusalem , que Cédrénus qualifie de bienheureux , Siméon Métaphraste , Nicéphore Calllste, s'accordent à dire que Denys l'Aréopa^tea été évoque d'Athènes, ensuite de Paris; cela est incontestable. Oui; mais Rome dit la même chose, donc lés Grecs Méthodius, Michel, Siméon et Nicépbore ne savent ce qu'ils disent et ne méritent aucune créance. Il est un autre motif jK)ur les jansénistes de répudier ces historiens grecs : e'est que, d*après leurs histoires, saint Denys l'Aréopagite, avant de venir en Occident aurait assiste arec les ApOtresaa trépas et aux funérailles de la iainia Vieffl[e à Jérusalem et non pas à Epbàse, oùies jansénistes et compagnie la ' font mourir et enterrer, parla raison quîly avait dans cette ville une église de la sainte Vierge Marie.

^L'autorité de Tabbé Hilduin et des autres écrivains d'Ocèident , sur Tideatité de saint Denys d'Atbènea et de saint 9enys de Paris, ne prouve rien, attendu qu'ils ont emprunté cette opiuiou anx Grecs; d'un autre cAté

(48^ € Restât jam tertii opbio, non tam argu* mentis aflkmantîlmi qaam negantîMis mea. >

l'opinion des Grecs sur l'identité de saint Denys do Paris et de saint Denys d'Athènes ne prouve rien, attendu qu'ils ont emprunté cette opinion \u\ Latins d'Occident, l'abbé Hilduin et ancres. On trouve un complaisant et fidèle écho de cette augmentation la même où l'on ne sV attend guère (160).

La cause fondamentale de l'antipathie des jansénistes contre saint Denys de l'Aréo- IMge et ses œuvres, c'est que, sur ces matières, il ne pense pas comme eux , mais cokime l'Eglise romaine.

L'Eglise nous l'enseigne , avec saint Thomas : La grâce est un don surnaturel que Dieu accorde à l'homme nour mériter la vie éternelle. Cette grâce est un don surnaturel, non-seulement a l'homme déchu de la perfection de sa nature, mais h l'homme en sa nature entière ; surnaturel , non-seulement k l'homme , mais à toute créature, non-seulement h toute créature actuellement existante, mais encore k toute créature possible. En voici la raison, développée par rAnge de Pécole. La vie étemelle consiste h eonnsltre Dieu, à voir Dieu, non plus à travers le voile des créatures , ce qui fait la théologm naturelle ; non plus comme dans un miroir» en énigme et en des similitudes, ce qui Ait la foi ; mais k le voir tei qu'il est, à le cotinattre tel qu'il se connaît. Nous le verrons .comme il est, dit le disciple bien-aimé. ( / Joan. m, 2. } Et saint Paul : Maintenani nous le voyons par un miroire en énigme; mais alors ce sera face à face. Maintenant je le connais en partie; mais alors ie le coimultrai comme f en suis connu; ou plutôt suivant la force du texte original, /eMiperconnal/raî comme je suis superconnu. ( / Cor. xiii, 12. } Or tout le monde sait, tout le monde convient, que de Dieu k une créature quelconque il y a l'infini de distance. Il est donc natoreflement impossible h une créature, quelle qu'elle soit, de voir Dieu tel au'ii est p tel que lui-même il se voit. Il lui laudrait pour cela une faculté de voir infinie , une faculté que naturellement elle n'a pas, et que naturellement elle ne peut pas avoir. 11 y a plus. La vision intuitive de Dieu, qui constitue la vie éternelle , est tellement au* dessus de toute créature , que nulle ne saurait par se^ propres forces en concevoir seulement l'idée. Oui, dit saint Paul • après le prophète Isaïe : Ce que Fait n'a point vu , ce ^e roreille n'a point entendu , ce fui n*èst potnt monté dans te cetur de rhomstief voUâ ee que Dieu a préparé à ceux qui Faimeài, II Cor. II, 9; Isa. lxiv, 4.) Pour donc que l'homme puisse mériter la vie éternelle , et ménie en concevoir la pensée, il lui faut, en tout état de nature , un secours sùmatnrel , une certaine participation k la nature divine. L'homme ne pouvant s'élever en ce sens jusau'k Dieu, il laut qtie Dieu descende jusqu*k 1 homme , pour le déifier, en quel-

3 ue sorte. Or cette ineffable condeseenance de la part de Dieu , cette participation

(160) Aet'a sanetomm^ 9 oclobr., CommentUrifu prœvius^ notammenC ( 4 et 5.

D*A8eETISIiE.

k la nature dmne $ cette déification de rhomme, c*e8t la grfloe. Voilà ce que saint Thomas enseigne dans sa Somme de Thiolo* gie (161) et I £gtise |)ar ses décisions, et saint Denys TAréppagite dans ses œuvres.

Or, les jansénistes pensent différemment et de saint Denys, et de saint Thomas, et de TEglise. Baïùset les jansénistes supposent . que, dans le premier homme, la grâce n'était autre chose que la nature ; que le premier homme pouvait linsi, par ses seules forces naturelles, s*élever au*-'de8sus de lui-même, franchir Tintervalle infini qui sépare la créa* ture du Créateur, et voir Dien immédiatement en son essence. D*où ils concluent nécessairement que, si Thomme déchu a besoin de la gi^ce proprement dite, ce n'est que pour guérir et restaurer la nature. U est aujourd hui encore des catholiques sincères, mais si peu sur leurs gardes, qu'ils admettent ou laissent passer le venin du jansénisme pour la doctrine de rEglise. Ainsi, dans un 'ouvrage, recommandable d'isilleurs par les religieuses intentions de sou auteur, avons-nous lu avec étonnement oes mois : c La grAce de Dien par Jésus-* Christ est le retour de la vie primitive. Anssi parattrclle surnaturelle, et elle Test en effet, mais par rapport à la nature corrompue seulement. Car, par rapport à la nature primitivo, elle est naturelle, puisqu'elle est celte nattire même réintégrée en nous (16S). » Ces m )ts renferment précisément l'erreur que rSglise a condamnée dans les janséniste", notamment daqs cette proposition de Quesnel : « La gfAce du premier homme est une suite de la création, et elle était due à lu nature saine t jl entière (163) ; » et dans oette autre de Baïus : « L'élévation de la nature humaine h la participation de la nature divine était due à rintégrité de la première création, et par conséquent on doit l'appeler naturelle, et non pas surnaturelle (iw). » L*on conçoit que des savants catholiques Blêmes, avec de pareilles préventions, ne soient pas compétents pour apprécier au juste les (Buvres de saint Denys rAréopagite, ni les questions qui s'y rattachent.

Les critiques modernes ont posé en pnneipe: Les œuvres attribuées à Denys l'Aréopagite ne peuvent être de lui. Une preuve, o'est nue dans le i*' et le ii' siècle on ne partait pas comme il parle : on n'avait ni les idées, ni les expressions qu'il a, telles que superessence, supersubstantiel, superbonté, lionté supéréminente, superscienCe, superconnaissance, etc. (IfiS). Ces critiques, si nombreux qu*ils soient, permeilront cependant de leur opposer certains ouvrages du 1^ siècle» où les mèmea idées et les

mêmes expressions se retrouvent. Ces ouvrages curieux, ordinairement imprimés en un volume, sont les quatre Evangiles et les Epttres des apôtres, en particulier les Epltres de saint Paul, le maître même de saint Denys l'Aréopagite. Une pièce assez connue de ces ouvrages, c'est TOraison dominicale. Dans le texte grec, qui est l'original, on lit cette demande: Donnex-^ous aujourd'hui noire pain supereeêenêielt eupenubsiontiel ( iiaiih. VI, U ; Luc. II, 3); ceaue la Vulgate traduit ainsi dans saint Matthieu : Panem noetrum superiubtianêialem da nobie hodie I Serait-ce exiger trop des critiques modernes, avant de juger les Pères de rEglise, qu'ils sachent au moins leur Pater T . Saint Paul, dans toutes ses Epltres, notamment dans celles aux Chrétiens d'Bphèse et de Colosse, exhorte tous les fidèles h s'élever, par la srAce de Dieu et la sainteté de leur vie, à la connaissance parfaite de Dieu et de son Christ. Cette connaissance parfaite, il ne l'appelle pas simplement gnose, connaissance, science, mais épignose, superconnaissance, superscience (Ephee. i, 17 ; IV, 13; Colosi. I, 9 et 10; ii,2; m, 10); attendu qu'elle donne de Dieu, de son essence, de ses attributs et de ses œuvres, des idées infiniment au-dessus de tout ce que la science humaine peut ima^ner de plus sublime. La sriencef eonnatseanee ou gnose, dit-il aux Corinthiens, sera détruite. Car nous connaissons en partie^ et en partie nous prophétisons. Mais quand viendra ce qui est parfaiti, alors disparaîtra ce qui est partiel. iÊalntenant nous voyons par un mtroir en énigme ; mais edors ce sera face à face. Main^ tenant Je connais m partie ; mais alors je supereonnattrai , comme je suis superconnu. (I Cor. xm, la.) Saint Pierre, dans sa seconde Epilre, se sert de la même expression, et plusieurs fois. (// Petr. i, 3, 3, 8.)

Il y a plus, l'unique mettre des apêtres, Jésus-Christ, leur donne l'exemple de ce langage. Dans letextejKrccdesaintMattbieu, il dit littéralement: Toutes choses m'ont été remises par mon Père ; et personne ne superconnaît le Fils, si ce n'est le Pire ; nt personne ne superconnait le Père, si ce ffest le Fils , et à qui le Fils le voudra révéler. (Maith. Il, 37; Lue. x, 22.) C'est ici, on le voit, la connaissance suréminente, superscientifique, superinteileetuelle, que le Père a essentiellement du Fils, elle Fits ooeaeeDtiellement du Père. Nulle créature ne peut y participer que par la grâce et la révélaUon du Fils. Aussi ce même Fils dit^i jusqu'à deux fois k ses apêtres : Vous nawexqu un wsoUreou docteur, e*est le Christ. (Matlh. ^sxu, 8, 100 ^^^ premiers hérétiques, som

(lêl) SuMiMsaBeli Taou, t-S, q« IW, aru 5; 114, art. t, 5, et alibi.

(leS) Etvdee pkîlosopkUflies sut U Ckriêtisnisme,

Îar Augusce Nicolas, secoade ëdilioii ; Bniielles, US. i. Il p^ «07.

(ie3) c Gratia Âdami est sequda creationis , et

ffàc mita natiirae sans et uitegrae. » (Prop. ZS).

1164) € Hiunaoss naïuxs suUimatio et eialtatie in

eensoitiua divin» nalur» defcha Aiit Intetrilari urina creationis, ac proinde nataraUs dieenda Ml, a non supematuraUs. » (Prop. «4).— Voir de pins amples dâalls sur ces maiiéras, dans nn enuseulc J^ la gràee et de la nainre, chea Ganoie cl Ghatt» dre, par l^aoteur de cette Histoire.

(166) Voir entre autres le Dictiommire de FsMJit édition de MM. ^eiss el Dussoïk.

MM

DiCTIOMNAIRE

DEN

prétexte d*ane soi-disant gnose, cherchaient a rabaisser léaus-Cbrist au-dessous des^ puissances célestes. VoiHi pourquoi lesapô* tresy dans presque toutes leurs Epltres, notamment samt Paul dans ses EpUns aum Ephésiens et atâx Cologrienê^ rap|)ellent que Jésus-Christ est l'image substantielle du Diou invisible, qu'il est né ayant toutes les créatures. C'est par lui et pour lui que tout a été créé au ciel et sur la terre, les choses visibles comme les invisibles, les trônes, les dominations, les principautés, les puissances. Il est avani toutei ckonàj et tovtu^ Me concentrent et subsistent en lui. Il est assÎM à la droite de son Pire dans les régions super* célestes {Ephes. i, 20), par-dessus toute principauté, toute puissance, toute vertu, toute domination, et tout nom qui peut se nommer, non-seulement dans le siècle présent, mais encore dans le siècle futur. Et tout est soumis à ses pieds. Il est le chef du corps de rfiglise, le premier*né d'entre lea morts; afin qu'il soit le premier en tout, imrce qu'il a plu au Père de mettre en lui la plénitude de toutes choses el de tout réconcilier par lui avec soi-même, purifiant, par le sang qu'il a répandu sur la croix, et ce qui est sur la terre et ce qui est dans les cieux. Cest en lui que sont renfermés tous les trésors de ta sagesse et de la science; trésors dont la participation produit Vépignose^ la connaissance surnaturelle et parfaite du mys* tire de Dieu et de son Christ IColoss. lU 2,3).

Or, ce que font les apôtres contre les gnostique dans toutes leurs Epîtres, ce que lait pariiculièrement saint Paul, son disci-^ pie» saint Denys le continue contre les mômes gnosiiques dans ses œuvres. C'est le môme but, cîest le môme fond de doç^ trine, ce sont bien souvent les mêmes expressions, ou des expressions semblables : expressions qui paraissent étranges, quand on n'est pas familiarisé avec le texte original du Nouveau Testament; mais quand on sV connaît, elles deviennent comme le signalement d'un disciple et contemporain des apôtres.

Les ouvrages de saint Denvs l'Aréopa-.

gile ont éie très- célèl>res depuis le v* sièi'.le, cl méritent leur célébrité par la haute théologie qu'ils renferment : ce sont tes livres de la Hiérarchie céleste et de la Hiérarchie ecclésiastique , les traités des Noms divins ei de la Théologie mystique^ avec dix lettres. II avait composé encore quelques autres écrits, mais qui ne sont pas venus jusqu'à nous. Quant aux ouvrages de taint Denvs on général, on les voit cités dans une homélie d'Origèno, traduite par Ruûn. Saint Denys d'Alexandrie, contemporain d'Oriffène, écrit des notes pour servir à riiiieTirgenee de Saint Denys de l'Aréopage, qui est cité avec éloge dans un sermon de saint Jean Chrysostome. Saint Cyrille d'Alexandrie, qui appartient aux premières années du v* siècle, invoque, entre autres témoignages, celui de saint Denys l'Aréo- I>agite, contre les hérétiques, qui niaient

le dogme de l'Incarnation. luvéoaT, évôquo de Jérusalem, dans une lettre è l'eiïiperaur Marcien, touchant le trépas de la sainte Vierge, cite comme une tradition de l'E« * glise le récit môme de notre Aréopagite sur ce sujet : « Il y avait le, dit-il, avec les apôtres, Timotnée, premier évoque d'É^-

fmèse, et Denys TAréopagite, comme il nou»^ 'apprend lui- môme en son livre. »j(l>sf noms divinsj chap^ 3.) Dans la prjsmière moitié du VI* siècle, Léonce de Bysance en un livre qu*rl composa contre Nestorius et £u^|rehès, cite en premier lieu, parmi les anciens, Denys TAréopagite, oonieniporain des apôtres. Dans un autre traité, il donne la liste des Pères qui ont illustré l^lise depuis Jésus-Christ jusqu'au règne de Constantin, et ' il cite parmi eux notre auteur : • Ces docteurs, dit-il, furent Ignace, surnommé Théophore, Irénée ; Justin , philosophe et martyr, Clément et Hyppolite, évoques de Rome , Denys l'Aréoitagite »

Méthodius de Patare, Grégoire, thaumaturge, » etc. Saint Anastase Te Sénaïte écrivit des réflexions mystiques sur l'œuvre des six Jours : le, il rappelle en ces termes un passagô du livre des Noms divins : « Ce Deoys^ célèbre contemporain des apôtres, et versé dans la science des choses divines, enseigne en aa sublime Théologie que lo nom donné par les Grecs è la Divinité signifie qu'elle contemple et voit tout. » Le Pape saint Grégoire le Grand explique quelques fonctions des esprits bienheureux aveoles propres paroles de saint Denys, et en lo nommant ancien et vénérable Père.

Si les ouvrages de saint Denys ne se voient pas cités plus souvent dans les quatre premiers siècles, il y en a une raison particulière dans la nature môme de ces ouvra* ges. L'auteur v développe la plus sublime théologie, celle qu'on n'enseignait pas à tous les fidèles, mais seulement aux plus parfaits, comme saint Paul nous rapprend dans sa première Epitre aux Corinthiens : Sapientiam aulem loauimur inter perfectos. (/ Cor. II, 6.) Aussi rauteur adressort-il ses^ '... écrits à un évoque, è Timothée, en IuL rappelant .robligalion du secret suc ees choses devant les personnes qui ne seraient pas capables de les bien entendre.

Lo vir srèele tout entier est plein de la gloire de saint Denys. Les meilleurs écrivains, de saints évoques, des Papes et dea conciles, TOrient et 1 Occident le proolameni l'auteur des livres que nous possédons au-^ jourd*hui sous son nom. Pas une voix discordante ne rompt l'unanimité solennelle.

L'hérésie elle-même invoque ou subit cette autorité incontestée. Le philosophe el martyr saint Maxime la cite au monothélite Pyrrhus, qui se convertit : de plus, il enricnit de pieuse^ et savantes notes les œuvres du docteur apostolique. Le Pape saint Martin, en plein concile ue Latran, invoque contre le monothélismo l'autorité de saint Denys d'Athènes. « L'illustre Denys, dans son livre des Noms» divins^ nous appreuci que le Seigneur fut formé dii pur sang

vn

DEN

D'ASGETiSME.

DEN

d'une Vierge, conlrairemenC aux loisde Ia|natntef et qu'il foula les flots d'un pied sec^aans que leur mobilité cédât sous le poids de son .<sorps. Kt ii dit encore dans sa lettre à Caïus : Le Seigneur, s'abaissent jusqu'à notre substance, lui a communiqué la supériorité de son être, » etc. Et le concile de Latrai^^ oomposé de cent quarante évèques, enlendU ces •citations faites par l'ordre du Pape» et les •approuYa, et en tant qu'elles expriment le do^roe catholique, et en tant qu'elles venaient de saint Denys l'Aréopagite. Un autre Pape, saint Agatbon, dans sa jettre •auK empereiifs, s'appuie également sur les passages qu'on fient de rappeler, et. en désigne l'auteur par ces mots : Denjs l'Aréopagite, évoque d'Athènes. Les citations du Pape furent collationnées dans le sixième «ooncile général, et trouvées conformes. Saini Sophrone, patriarche de Jérusalem, dans une leUre à Sergius de Constantinople, fauteur du monothélisme, recourt à l'auto** rite de isaint Denys, comme les Papes et les conciles précités. Et ni le mo&othélite Ser^ gius de Gonslanlinople, ni le monotbélite Cyrus d'Alexandrie» ni Macaire d'Antioche9 ne déclinent l'autorité qu'on leur opj^se» seulement ils l'interprètent k leur manière. Comme on le voit, tous les grands sièges ,de la catholicité, Rome par la bouche de seê pontifes ; Alexandrie, Antioche, Jérusalem» Consteniinople, par leurs patriarches ; l'E* jglise dans plusieurs conciles affirme tenir

Cr authentiques les œuvres connues sous lom de saint Denys l'Aréopagite.

Parmi les témoins subséquents de cette 'tradition, on distingue, au viii* siècle, sainl Uéthodius de Constantinople , saint Jean Damascène , le Pape Adrien, le deuxième concile c^uménique de Nicée; au ix*, Michel, prêtre de Jérusalem, lè savant Photius, rabbé Hilduin, Hincmar de Reims»

le Pape saint Nicolas ; au x*, Suidas et fiiméon Métaphraste; le célèbre moine Sulhrmitis dans le xi* ; aux xir et xiii*, rhistorien iieorge Pachimère parmi les tirées, et parmi les Latins, Humes de Saint* Victor, Pierre Lombard, Alexandre de Balès, Albert le Grand, saint Bona?entUfe, saint Thomas. Plus tard, le concile de Flo* rence, les illustres cardinaux Bessarion , Saronius, Bellarmin, les savanis Marcile Ficin et Pic de la Hirandole. Depuis le XVI* siècle, certains critiques, soit protestants» soit d'un catholicisme douteux, se sont inscrits en faux contre cette tradition tiés siècles, et ont élevé des doutes sur l'authenticité des œuvres de saint Denys l'Aréoj^agite; mais d'autrescritiqaes, et des plus judicieux, Halloix, Schetstrate, le P. Honoré île Mnte-Marie, le P. Noël Alexandre, ont fait voir que les raisons alléguées pour cela ne sooi pas concluantes* Nous pensons •comme «ux. A«ssi, avons-nous vu avec

bonheur cette question éclairoie de nooveea dans up ouvrage que nous ne laison^ qufi .résumer, çt auquel nous renvoyons |Hiur le détail des preuves (166), ainsi qu'è la dissertation du P. Noël Alexandre (167).

SainlDenys de l'Aréopage composa d'abord

des luiiUuUùns IhéologiqueSf qu'il rappela

)lus d'une fois, mais qui ne sont pas venues

jusq^u'à nous. 11 y expliquait ce qui concerne

'unité de nature et la Trinité des personnes

en Dieu.

Le livre des Noms divins est adressé à aaint Timolhée. Saint Denys y pose pour règle, comme dans ses Institutions, de montrer la vérité sur Dieu, non parles parolea persuasives d'une sagesse humaine, mais par la démonstration & la puissance insiû^rée de l'Esprit-Saint.

Après le livre des Nowu divins, saint Denys composa une Théologie symbolique^ qui n'est point venue jusqu'à nous. Il y faisait voir comment les choses divines portent des noms empruntés aux choses sen«> aibles; comment Dieu a forme et figure» membres et organes; comment il.babite.des lieux et revêt des ornements; poqrquoi'en* lin on lui prête du courage, des tristesses et de la colère, les transports de Tivresse; des serments et des malédictions, et le sommeil et le réveil, et les autres symboles et pieuses images sous lesquels nous est représentée la Divinisé. Enfin il composa en cinq chapitrais assez courts une Théologie mystique dont iJ nous montre celle image dans Moïse. Dieu lui ordonna d'abord de se sanctiQer et de s'éloigner de tout ce qui eat

Srofane. Après toute cette purification, loïse entend diverses trompettes, voit do nombreuses lumières qui lancent de toutes parts de très-purs jrayons. Ensuite il est Réparé de la multitude, et, avec l'élite dés prêtres, jl atteint au sommet des élévations divines. Avec cela il ne communique pas encore familièremenl avec Dieu, il ne le contemple nas encore lui-même ( car nul bomme ne le verra et vivra); mais il voit le lieu où il est.

C'est ainsi que des âmes d'élite qui sV disposent par la purelé du cœur et par la prière. Dieu les élève amoureusement' dès ce monde, non pas iusqn'è le voir en lui-^ même comme nous le verrons dans le ciel» mais jasqu*à le connaître, jusqu'à rentrevoir avec une clarté au dessus de toute pensée» de toute . parole» de toute science terrestre. Tels étaient Moïse et Elle : tel fut saint Paul, ravi jusqu'au troisième ciel : tels nous verrons saint Bônaventure, saint Thomas d'Aquin, sainte Thérèse, saint |ean de la Croix. Cette connaissance de Dieu et des choses divines forme la Théologie mys* tique.

Pour diriger les <)réatures fnléllectaelles vers ce bonheur in&ùi dont eelui de Slo'iise

(166) Œuvres de iaini Denif9 tAréopMgiU^ tradanes du grec; précédées dune introduction où Ton dls^te raatheuticité de ces livres , etc., par

ra1>bé Dârbot ; Paris, 1815.

(167) Natal. Alexard., Bisi^re eedésfait, s»c. i, disseruUo i2.

MCnONKàllUS

DEV

8to

ne ftat qa*un araoHtottlt Diea a établi Mrnii riiea deux admiDialralions : la biériarehia oéleate parmi las aogea» la liiérar* ^ie eodésiasligoe parmi les hommes.

Saint Denjra a lait un traité de l*iine et de l'autre

Depuis le oemmencemeot du monde, nous ne cessons de Toir ces esprits administrateurs, enroyés de Dieu pour le salut des hommes. Ce sont les ohémbins à la porte du paradis terrestre, les trois anges che2 Abraham, les deux chez Lotb. C'est la providence ministérielle de l'anse sur Agar et sur Ismsël, père des Arabes, l'ange de Dieu au sacriflce d'Isaac ; les anges de Dieu montant et descendant sur l^chelle de Jacob. Lutte de Jacob contre un Mfç. Les anges devant Dieu, et Satan parmi eux. L'ange de Jéhova dans le buisson ardent, donnant sa mission h Moïse. L'ange de Dieu conducteur du camp d'Israël. Après le péché du Seuple, Dieu se fait remplacer par un on^e. fn ange apparaît h Ralaam. L'ange de Dieu donne ses ordres à Josué. Un ange apparaît h Gédéon, et l'établit sauveur du peuple. Un anse annonce la naissance de Samson. Le prophète Blie est nourri par un ange. Isaïe voit les séraphins devant le trône de Dieu, et en reçoit sa mission. L'ange Raphaël et Tobie. Les chérubins vus par le prophète EzéchieK L'ange Gabriel révèle à Daniel l'époque de la venue du Christ. Les trois an- 8» des Perses, des Grecs et du peuple de ieu. Les anges protecteurs de Judas llachabée. L*ange Gabriel annonce h Zacharie la naissance du Précurseur. Il annonce h Marie la naissance du Sauteur môme. Les anges annoncent le Sauveur né aux pasteurs de Bethléem. Jésus-Christ nous signale les anges des petits enfants. Un ange assiste Jésus-Christ dans son agonie. Les anges annoncent sa résurrection. Les apôtres, particulièrement saint Pierre, mis en prison, sont délivrés par un ange. Saint Paul, dans ses Bpttres, notamment dans celle aux Cotosiiem nomme plusieurs degrés dans la hiérarchie des anges. Saint Jean dans sa RMlaiion voit les chérubins ainsi que le ministère des anges sur les nations et sur l'élise.

De ces faits et autres, ainsi que de l'enseignement des prophètes et des apôtres, Îu'il appelle les antiques théologiens, saint ^enys déduit tout le fond de ss hiérarchie céleste. Hiérarchie une, mais distincte en trois ordres, et chaque ordre en trois chœurs. Les séraphins , les chérubins et les trônes forment le premier ordre ; les vertus, les

f puissances et les dominations, le deuxième; es principautés, les archanges et les anges, le troisième.

Il V a plus. Des critiques modernes ont dit, d*autres ont répété : « Les œuvres attribuées à saint Denys l'Aréopagito ne sauraient être de lui, attendu qu on y parle de cérémonies qui n'ont été en usage que dans le v* siècle, par exemple, les encensoirs et les encensements dans le divin sacrifice. » Tout ce que prouve cette objection,

c*est que ceux qui la font ou la répèteBl* y compris, les Bollandistos du neuvièmna Jour d'octobre, n'ont pas lu ou ont oublié les écrits des apôtres, en particulier ceux de Tapôtre saint Jean. Car nous y avons va« nous y voyons dès lors une liturgie pompeuse. C'est un jour de dimanehe que saint Jean a sa divine révélation. C'est um assemblée à laquelle préside un Pontift vénérable, assis sur un trône, et environné de vingt-quatre vieillards ou prêtres. Ce sont des habits sacerdotaux, des robes blanches, des ceintures, des couronnes, des instruments du culte divin, un autel, des chandeliers, des encensoirs, un livre scellé. Bi cet autel, ces couronnes, ces ceintures, ces chandeliers, ces encensoirs sont d'or. Il y est parlé d'hymnes, de cantiques et Œune source d'eau qui donne la vie. Devant letrône, et au milieu des prêtres, est un agneau en état de victime, auquel sont rendus les honneurs de la divinité. Sous l'autel sont les martyrs qui demandent que leur sang soit vengé. Un ançe présente è Dieu de Pen*cens, et il est dit que c'est l'emblème des prières des saints ou des fidèles. En un mot, saint Jean nous fait voir nos c-érémonies saintes, ou transportées du ciel, ou transportées au ciel. Hais on dirait que, depuis trois siècles, certains critiques ont fermé les yeux pour ne pas voir.

Pour résumer, les fidèles catholiques qui auront lu avec foi, amour et intelli-^ gence, surtout dans le texte original, d'iu côté, le Nouveau Testament, en partieuliw les Epttrea de saint Paul, et, de raiilre les œuvres de saint Denys l'Aréopagite, n'auront pas de peine à reconnaître que saint Paul et saint Denys sont deux écrivains du même temps, qu ils ont la même pensée^ et que le second est vraiment disciple du premier.

DENIS LQEWIS, surnommé le Chartreua^.

naquit à Ryckel, dans le pavs de Li^e* vécut quaraute-huit ans chez les Chartreux de Ruremonde, et mourut en 1471, âgé de soixante-neuf ans, après s'être rendu utile è TEglise par son savoir et par ses vertus. Son attachement continuel à la contemplation lui fil donner le nom de Docteur extatique. On a de lui un grand nombre d'ouvragos pleins d'instructions salutaires et d*une onction touchante, mais écrits sans élévation et sans style. Il était sobre et sage dans sa spiritualité, et il n'y a guère d'auteurs niysti- 3ues dont les ouvrages se lisent avec plus e plaisir et de fruit. Ses œuvres ont été recueillies en 21 vol.in-fol., Cologne, 1549.

DESESPOIR.— Foy. Espérancr, ABAnooN.

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