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D^ASGETISIIE.
Toaer}, qui signifie s^oflfrir ou se livrer au service, au cuUe.de quelqu'un^ se consacrer à lui. Cette consécration, par rapport à Dieu, se fait par vœu ou par jurement; si elle consiste dans une simple intention de se vouer à lui et dans le sentiment de cette intention* elle constitue proprement la dévotion dont nous parlons et qui a été diversement dé- Éinie. L'auteur du livre De ipir. ei amim. {OBuv. de sanU Auguitmf c. 50) dit : « La dévotion consiste dans Taction de se tourner vers Dieu par une pieuse et humble affec-* tioft ; bomnle, par la conscience de notre propre faiblesse ; pieuse, par la considération de la clémence divine. » Saint François de Sales définit la dévotion une charité au moins générique, par laquelle nan^eulemeiU on fait le 6ten, maie encore on le fait avec aom, fréquemment ei prompiemenl; c'est-àdire, comme H l'explique lui-même, en ce sens, gue la dévotion nous procure une agilité spirituelle, par laquelle la charité exerce en nous, ou nous exerçons par la charité les œuvres ae précepte ou de conseil. Toutes ces définitions reviennent à celle de saint Thomas, citée en tôte de cet article. Remarquons aussi que par la promptitude, il fiiut entendre la ferveur. 1 affection fervente, qu*on ne doit pas confondre avec l'héroïsme, car quelqu'un peut prier dévotement, sans cependant prier «vec la perfection spéciale des parfaits, ni avec la perfection plus spé* ciale de Tacte héroïque. Quant à la ferveur,
lli(iesté divine de répandre sa grflce dans le cœur de Thomme. (T. III, d. 6, g. IJ
La*déV9iion, selon le même saint Thomas, prise en un sens spécial, est un acte de religion, parce qu'elle a le culte divin pour motif. Le même saint docteur remarque que la dévotion est principalement un acte de la volonté, à cause du sentiment affectueux de celui gui se consacre h Dieu ; mais en un sens indirect, elle renferme aussi un acte de rintelliftence, qui excite la volonté ; de sorte que iViraison et la méditation, en tant qu'élévation de l'âme vers Dieu, s'appellent quelquefois dévotion. Et il observe que le commencement de cette excitation, comme se faisant en nous sans notre concours, consiste dans une certaine pensée et une certaine affection spontanée ; alors ces sentiments de dévotion viennent de Dieu comme cause extrinsèque, mais opérant principalement, tant par lui-même immédiatement Sue par une grAce actuelle intrinsèque. Enn, il remarque encore que la dévotion est spécialement attribuée a l'oraison, bien qu'elle s'étende, en effet, aux actes des autres vertus, surtout du culte divin, soit en les ordonnant, soit en les provoquant l'oraison est singulièrement propre a l'exercice de la dévotion , tant par les actes des autres vertus en particulier, que par l'acte fréquent de dévotion, dans celui qui prie.
La cause extrinsèq^ue et principale de la dévotion est donc Dieu lui-même qui, par
le secours d« sa grtce, now iMpira ta rth lonté de le servir avec empressement. I« cause intrinsèque est la méditation de Im bonté divine et de ses bienfaits, qui excite Tamour, comme cause prochaine de dévo* tion; la méditation de notre faiblesse, qui exclue la présomption^ laquelle, en nous donnant confiance en nos propres forces^ nous empêche de nous soumettre à Dieu ; de sorte que la méditation cause la dévotion comme cause morale formatrice, en nous représentant les motifs de se dévouer à Dieu, et la dévotion cause la méditation comme cause morale efficiente, en appliquant notre intelligence à chercher et à trouver de noit» veaux motifs.
Quoique la véritable dévotion présuppose Tamour de Dieu el soit très-intimement liée avec cet amour* elle en diffère cependant^ en ce sens, que la charité fait observer, en général, tous les préceptes de Dieu, selon cette parole de Jésus-Christ : Si vous m*ai» mexp obêervex mes commandements; la dévo* tion a cela de plus, qu'elle les fait observer avec un certain empressement et une joie toute particulière. C'est pourquoi, comme le dit saint François de Sales, ce maître su-' blime de dévotion, la charité est en quelque sorte un feu, et la dévotion est, pour aind dire, la flamme de ce feu. De sorte que, pour être appelé véritablemeni dévoi il faut avoir nécessairement, outre la charité, une cer^ taine vivacité d*âme à accomplir les actions qui sont le propre de la chanté.
Il est une autre dévotion subsianlielle oa inielleeluelle » dont l'empressement s'appuie sur la considération des principes de foi ^ qui dans une flme établissent la solide ré* solution de se dévouer à Dieu par-dessui tout et en toute occasion , dans la prospérUé comme dans le malheur. Getto dévotion est appelée subsianiielle f parce que sans elle né peut exister l'empressement requis pour le dévotion , et qu'elle est suffisante pour agir dévotement en substance. Elle est appelée inielleeluelle 9 non qu'elle exclue la volonté ^ mais parce qu'en elle ressort plus vivement l'action de rintelligence que de la volonté; 11 est encore une autre dévotion , nccideiM ieUe f intégrale ou affective ^ quant h Tempressement dont nous avons parlé, se joint une certaine affection suave, qui, d'une manière ineffable, rend doux tout ce qu'il y a de f pénible dans la voie du Seigneur^ Elle se nomme accidentelle ou iniegrule^ parce qu'elle nous disposé à agir avec plus d'empressement; de sorte que dans un sens vulgaire une personne est regardée comme ayant de la dévotion ou nren ayant pas ^ selon qu'elle agit avec cette sorte de consolation ou avec aridité, bien qu'elle conserve encore la dévotion substantielle. Elle se nomme affective, parce qu'en elle éclate plutôt l'affection de la volonté que l'action de l'intelligence , quoique ces deux facultés y concourent. Cette dévotion accidentelle et affective , quand elle n'est sensible qu*inté^ rieurement dans l'Ame, s'appelle simplev^ ment affective ; mais si elle éclate djftus le
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corps par les larmes de la sensibilité oa par fi*au(ro8 aflfeclioos, elle peut s'appeler a/fee^ iive et êemiblê à la fois , ou divoiion jeu* sible.
H faut s'attacher en tout temps à la dévo« lion substantielle , mâme inJé|)eDd8mment de la dévotiou accideotelto» comme étant nécessaire à Toraison et à toute vie cbré-^ tienne ot parfaite^ 1* L'Ecriture sainte nous Ja propose souvent pour exemple. Elle dit nolammenl des enfants d'Israël : lis offrùremi au Seigneur avec une volonté prompte et pleine d'affection les prémices de leurs bienis {Exod. XXXV, 2i.)Je voui offrirai voipniairement un sacrifice, ^t je louerai votre nom^ parce qu'il est rempli de bonté. ( Ps. lui, 8.) Mon cœur est préparera mon Dieu!, mon tœur est préparé : Je chanterai vos louanges et je les ferai retentir sur des instruments. { Ps. cvu , 3. ) Lq Suiçnour Jésus dit par son prophùle : // est écrit de moi au commencement du livre que je ferai voire volonié. Cesi ee que j'ai voulu ^ ô mon Dieu, H votre sainte loi est au fond de mon cœur, ( Ps. xxxix , 8, 0.) Dans tous ces passages se trouvent recommandés la promptitude et Tempresse- 'ment volontaire à oITrir à Dieu nous-mêmes et nos biens ; et c'est en cela que consiste la dévotion «ubetantielle. Cette môme dévotiou nous est montrée » indépendamment de la dévotion accidentelle , comme sufllsaute et nécessaire, alors que l'Ecriture nous fait voir notre Seigneur Jésus-Christ , priant dans le jardin accablé de tristesse , et repoussant par une répugnance naturelle le calice de sa pjsssion. Si je ne puis itre dispensé de h boire , aus votre voionté se fasse. (Matih. xxvi, tô.)
11 dit , lorsqu'il s'apprête avec un empressement admirable k souffrir sa passion ; Levez -'VOUS oi marchons, ilbid., k%.) Et lorsqu'il trouve ses disciples endormis au milieu de leur prière : Veillez et priez , leur dit-il , afin de ne peint succ<Mnber à la ténias lion ; car l'esprit est prompt , mais la chair eet fàibloi {Ibid.^ ki.) il montre ainsi que Êes disciples, bien qu'ils n'eussent aueune dévotion sensible , a cause de la faiblesse de leur chair ^ avaieni cependant une oer* taine dévotion substantielle , qui avait i>esoin d'être ranimée , sinon acciaentellementy «u moins substantiellement par la prière.
2* On Je prouve par les saints Fères : a La dévotion 9 dit saint Amboise^ estnpe vertu du premier ordre , et le fondement ées «u^ 1res. 9 {L.i De Mraham y c. S. } Saint Bona* Tenture dit aussi ( Opuse. de sex alis^ c. 8) : « Sans l'aile de la dévotion , les autres ver^ tus ne peuvent s'élever k la perfection; c'est ce qui la rend la plus nécessaire. » •— « La ferveur de la <lévotion est la langue de l'âme : sans elle l'âme eet muette » et ne
feut avoir aucun entretien «vec la parole. » Saint Bernard , serm. 45, inCoiei.) Sr Par la raison. Sans la dévotion eubs^ lantielle, intellectuelle, ou, comme l'af^r pelle Btosins, ratiouneile, il ne peut y avoir ^'oraison. Car on ne peut prier Dieu digne* ment , quand on ne le prie pas comme il en
adonné les moyens è i'Iiorome, e'est-à-dîre avu Mile et dévotion ( C. Dolentes de cekbr. misMr), et sans elle il est impossible d'aroir l'attention requise. Sans elle aussi , point de charité^ et par conséquent |f)oinl d'amitié de l'homme avec Dieu , amitié qui est le fruit de la charité. Car l'affection nous donne de l'empressement à rendre service â nos amis , -et c'est cet échange empresrà de services qui conserve et augmente l'amitié comme le remarque* saint Thomas (2-9, q.'SS, a. S, ad. â). Sans elle enfin point de vie ehrélienne ni parfaite ; car sans elle , d'un côté , ne peut exister cette charité et cette amitié avec Dieu , nécessaire à la vie chrétienne et parfaite*; d'un autns côté « on ne peut éviter la tiédeur., cet écueil de la vie chrétienne et parfaite ; et enfin, on triompiie aussi peu des ennemis acharnés de notre âme , qu'un soldat qui dans une bataille remuerait à peine les bras.
Puisque la dévotion provient principalement de Dieu, comme Texcitant senl, ou comme y coopérant è titre de creuse imîocî^ f>ale, nous devons puiser dans la foi la certitude que Dieu, de son côté, nousdonnora les moyens d'obtenir au moins la dévoiit^a substantielle. Nous devons donc, dociles è l'excitation de Dieu, te prier de nous aider puissamment par cette dévotion substantielle fondée sur la foi, aln de ne pas suc-^ comber dans la voje du salut. Et comme notre coopération est nécessaire, îl nous faut nous livrer à la méditation ; elle nous inspirera d'humbles et pieuses affeetioas «par la considération de nos péchés, laquelle suggère à l'homme d'humbles sentiments de lui-même; par le souvenir des châtiments.
de la vie étemelle, qui le pousse â la perfection et le contraint h détacher sa volonté des affections terrestres. • fSmient.^S. Bbr- ■ARD.) Mais pour que ^iue dévotion soit solide pour tout état, pour celui de consolation comme pour celui de trU>ulation, elle dmt nécessairement s'apposer sur les vérités de foif profondément méditées dans l'oraison. Et bien que souvent la divine Provictonce ne nous accorde pas la dévotion accidentelle, nous devons toujours rechercher la dévotion substaiitieUe, qui ne nous manque que par notre faute. En «ffet» comme nous le dit saint Bonaventure : « Lorsque vous êtes privé de la douceur des consolations intérieures, ne perdez (las confiance et ne eroyez pas que Dieu vous a abandonnés et qu'il n'agrée pas vos bonnes iGBuvres ; mais recourez à ces véritables témoignages et €herchez-y votre consolation. Ayezeonfiance en Dieu, qui est la vérité n>ême; tant que vous ne vous Àoiçnerez pos de lui» en transgressant volontairement ses préceptes, il ne "VOUS ai>andonnera pas et ne cessera d'avoir pitié. de vous. (L. cit., c. 1.)
On doit aus» toujours rechercher la dévotion même acciden^fK^, soit simplement affi30tiv;€, soit affective et sensible à la fois,
S85 DEV D'ASCETISME.
comme tres^utile et parfois nécessaire à To^ raison et h la Tte chrétienne et parfaite.
1* L'Ecriture sainte la recommande :
GaûteM et voyez combien le Seigneut eèi doUx^ (Ps. xxxni, 9.) Que vos paroles me sotU dot*ces ! Elles le soni plus que le miel ne Fesi à ma bouche. {Ps. Gxvifi, 103.) Je vous reverraif et votre cœur se réjouira^ et personne ne vous ravira votre joie A Joan. xvi, 22.) Demandez et vous recevrez^ afin aue votre joii^ soit pleine et entière. (Ibid.f 2k) Le fruit de VesûrU est la charité^ ta joie, la paiXf etc. {Gat. ▼, 22.) Tous ces passages nous proposent la joie comme Tun des fruits de TEspril-^Saint qu*il faul se procurer.
2^ Les saints PèreS s'accordent aussi à nous la recommander. « Il faut implorer de notre Créateur, aTcc de profonds gémisse* ments, le don des larmes. » (Saint Grâgoirb, 1. 111 Dialog.^ c. 34.) « La dévotion cause par eile-méme, et principalement, là joie spirituelle, car cette coosiaéralion (celle de ia bonté divine, de laquelle elle procède) a rapport au terme du mouvement de la toionlé qui se livre à Dieu, et par elle-même elle produit le plaisir. » (Saint Thomas, 2-2, q. 88, a. 4.) Saint Bonayenture dit de f ette dévotion : « Bile est Tonction de TEspril, elle enseigne tout ce qui est utile au salut. » {Opusc. de sex alis^ c. 8.) Enfin le catéchisme romain (De contritione) ensei-
5 ne « que dans ia contrition les larmes oivect être désirées et recherchées avec le plus grand soin. »
3* La raison elle-même nous en fait un devoir. La dévotion accidentelle en effet en elle-même et d*une manière principale est causée par la dévotion substantielle : elle la perfliKionne et Taide h atteindre le but qu'elle se propose, comme nous Tavons vu plus haut par le passage de saint Thomas; et cette dévotion accidentelle a pour effet de rendre plus agréables h Dieu et k cekii qui les offre les sacrifices de prières et de bonnes œuvres, seloo ces paroles : Que maft âme soii remplie et comme rassasiée ou mgtaissée^ et ma bouche vous louera dans de sainte transports de Joie. (Ps. lxii, 6.) En outre la dévotion même sensible perfectionne, comme nous l'avons dit, la dévotion substantielle. /*at couru dans la voie de vos commandements lorsque vous avez élargi mon cœur. (Ps. cxviii, ^2,) Par elle la partie inférieure concorde avec la supérieure, en se nourrissant ensemble de la douceur dés mimes viandes... dans un parfait accord. {Ps. liv, 16 ) Les larmes mêmes qui émanent de la dévotion intérieure sont un don de Dieu; elles associent d'une manière ineffable les délices spirituelles avec la douleur du cœur. EntinDieu, la souveraine douceur, ne cherche pas, à proprement parler, k nous voir dans l'amertume'; il veut, au contraire, que nous trouvions des consolations dans nos bonnes œuvres ; et si parfois il semble agir autrement, c'est par accident, ou à cause de notre peu do disposition, ou par le défaut de coopération de notre part, ou pour nous éprouver dans notre intérêt, afin de récompenser
DicTiONN. d'Ascétisme. L