DOU
archimandrite d*uii monastère célèbre da Pont, qui vî?ait rers Tan iOSO.
DOITCEUR.— !• La douceur est une vertu qui modère la colère selon les règles de la droite raison. 0*où il suit que toute colère n*est pas contraire à la douceur, mais cellelà seulement qui est en opposition avec les règles de la droite raison. C*est ce qui a fait dire à Âristote : « Cet homme est aoux, oui se fâche lor$qu'il le faut, comme il le faut, autant de temps qu'il le faut et pour les choses qu'il le faut. L*homme doux est celui qui ne se laisse aller à Temportement, ne se livre à aucune émotion, tant que la raison ne lui en fait point un devoir. Hais quant h ceux qui ne se fAchf^nt jamais, même quand il le faut, ce sont pour moi des hommes sans caractère, puisqu'ils paraissent n^éprouver ni sentiment, ni douleur. »
Îiv Ethick.^ c. 5.) — « Il n'est point interd't \ eeyai qui s'appliquent à la douceur, dit sainiBasile, d'être quelquefois emportés par une émotion intérieure. De là on peut facilement concevoir que Moïse, le plus doux des hommes, au témoignage même de l'Ëcriture, ait ressenti une violente indignation, lorsque la raison dos circonstances Texigeait ainsi, et en soit venu à un tel degré de colère, qu'il fit périr une foule d'Israélites. » {Conêtii. mon.f c. 15.) En effet, lorsqu'il descendit du Sinaï avec les tables de la loi, il ne put, sans être enflammé d'une sainte colère, voir un peuple inernt qui prostituait son adoration à un veau d or ; et appelant aux armes la tribu de Lévi, il lui onionna de passer au fil de l'épée 23,000 hommes. Ainsi, pour comprendre si la colère est contraire ou non h la douceur, toute la difficulté de la question est de savoir si ella est d'accord ou non avec la droite raison.
Et comme il faut le remarquer ici avec saint Thomas, quoique la colère, considérée en elle-même et selon sou essence physique, consiste dans une certaine inflammation du sang, d'où natt une brûlante émotion , cependant, en tant qu'elle est un acte propre à Thomme, elle n'est point autre chose que le désir de la vengeance exigeant un châtiment proportionné a l'in* jure.
Nous avons dit, en (ani mCMt t$t un acte propre à Vhomme; car l'homme peut éprouver aussi de la colère pour des choses absolument incapables de fair^ une injure et d'être atteintes par la vengeance; il peut s'irriter contre une pierre contre laquelle il se heurte , contre un animal qui ne marche point à son gré, contre une plume mal taillée, contre de l'encre qui ne comIb pas, etc. Cette sorte de colère est semblable è celle des animaux qui, tout incapables qu'ils sont d'éprouver le désir de la vengeance, s'irritent cependant à la rencontre des choses qui leur sont nuisibles, et quelquefois même s'irritent jusqu'à la fureur. De telles colères sont totalement indépendantes de la raison. Il n'y a en elles qu'un feu qui s'allume, soit en nous, soit dans
les animaux, à l'aspect de quelque choso que l'imagination représente comme nuisible. Nous ne voulons point parler ici do cette colère farouche et sanvage. Il y a en outre une autre sorte de colère qui est accompagnée de la raison, en ce sens que la raison prononce qu'une action en particulier est injurieuse et digne de vengeance; et c'est de celle-là que nous traitons, et dont nous disons qu elle est quelquefois mauvaise et contraire à la douceur, quelquefois bonne et compatible avec la douceur. C'est pourquoi la colère, qui est un désir de vengeance, peut être contraire aux règles de la droite raison, et en elle-même, et quant à la manière. Elle est subslantiolleraent opposée aux lois de la raison, lorsqu'elle est exercée par une personne privée qui n'a aucun droit, aucune autorité pour cela; elle l'est encore, si la vengeance, quoique juste, n'est point appuvée sur un motif raisonnable; Tenfin elle lest encore, si la vengeance exercée par un homme revêtu de l'autorité compétente est injuste, c Frapper ou pardonner, dit saint Chrysostôme, ce n'est point là, absolument parlant, cruauté ou douceur; cet homme est doux, qui, pardonnant ses injures personnelles, venge l'injure faite à autrui (si toutefois il est revêtu de l'autorité légitime). » (In psalm. Gxxxi).
D'où il suit que la douceur exige de rhomme qu'il reprime, étouffe et éteigne tout sentiment de colère qui le porte h venger ses injures personnelles. Mais la douceur n'est point incompatible avec la colère par laquelle un homme, revêtu de l'antorité nécessaire, venge les injures faites à autrui et en tire un coAtiment légitime. Or, cette vengeance et ce châtiment, pour être couformes à la justice et à la douceur, doivent être proportionnés k la gravité et à la n.iture de la faute. En outre celui qui est chargé de tirer ainsi vengeance et punition des autres, ne doit point le faire avec un esprit malveillant ni pour satisfaire une aversion particulière; mais uniquement par amour pour la justice, ou par zèle pour l'honneur ^le Dieu, à l'exemple de Moïse. Maintenant Dour n'être pas, quant à la manière, opposée aux lois de la raison, la vengeance, quoique juste et exercée par un supérieur avec une fin droite et raisonnable, ne doit point être accompagnée, dans l'exécution, oun certain excès d'indignation et de colère, ni de paroles inconvenantes et scandaleuses ou d'actes indécents. C'est ce qu'il faut reprocher à un grand nombre de supi's rieurs qui, en corrigeant les fautes de ceux qui sont sous leurs ordres, accompagnent ce châtiment d'une foule de paroles obscènes, de blasphèmes et d'injures ignominieuses qui n'ont aucun rapport avec la punition même : il ne faut voir en cela que les excès déréglés d'une colère sans frein, d'une bile furibonde. Pour conclure en un mot, nous disons donc que cet homme est doué de la vertu de douceur, qui, d'un cêté, ne venge ni ne poursuit les injures qui lui sont faites