TOME SECOND
3 T0L.9 FEix : ik nuHGS.
S'IMPBIME ET SE VEND CHEZ i.V. MI6NE. EDITEUR,
AUX ATEUSBS CATHOUQDES, RUK D*AMBOISB, 90, AU PETIT-HONTROUGK, AUTREFOIS BARRIÈRE D'ENFER DE PARIS MAINTENANT DANS PARIS.
Paris. — Imprimerie MIGNE.
DES
IPËMOl ET DEOTERTeS
HALOS. Voy. Optique.
HARPE. — Instrument de musique monté avec des cordes de boyau que Ton fait résonner en les pinçant, ou plutôt en les accroekdDt avec le bout du doigt et les lâchant immédiatement.
^oiasempranlons Tarticle que Ton va lire à M. inders ; l'historique de ce bel instrument Jes progrès, les perfectionnements que /à, comme dans les pianos {Voy, ce mot)^ ont apportas les Ërrard, y sont on ne peut mieux exposés.
c L'origine de la harpe se perd dans Tobsfurité des temps; mais il est certain que, parmi les instruments à cordes en usage aujourd'hui, c*cst un des plus anciens. On la voit Ggurer sur plusieurs monuments de TEgypte, qui remontent è une haute antiqoité ; et sa construction, de même que ses eroements, prouve qu'elle a dû être inventée longtemps avant Tépoque où ces peintnret et ces bas-reliefs ont été faits (1). Le corps de Tinstrument, sa base et sa partie supérieure ou console^ ont une grande ressemblance avec ces mêmes parties de nos iiai|e»; mais une singularité s'y fait remarquer, c'est Tabsence du montant qui lie la tête <^\abase.On a peine à comprendre comment un iDstmment ainsi construit pouvait résister i fa tnction des cordes et tenir l'accord.
«La harpe a-t-elle été transmise de l'Egypte à la Grèce ? de là a-t-elle passé chez les Konuûos, pour s'introduire chez les peuples eu Nord, où elle était très-répandue plus tard? Ces peuples au contraire i'auraienl-ils eux-ioéroes inventée et propagée dans leurs invasions en pays étrangers ? Voilà des questions importantes, sans doute, mais qui, pour être traitées à fond, nous entraîneraient hors des limites imposées à cet article. Il sufGra de dire que les Grecs n'ont CBS de mot particulier pour désigner la arpe , et que cet instrument, tel qu'on le
(I) Âm misée de {^inlve, au Louvre, on retrouve eaoMielaèirpe.
DlCnONlf. DBS IlfTB?ITIO!IS. IL
voit chez les Egyptiens, ne se trouve sur aucun des monuments qui nous restent de la Grèce. Chez les Romains, le mol harpa ne se rencontre que chez un auteur du VI* siècle, Venanlius Fortmaius (lib. vu, c. 87), et qui, eu nommant cet instrument, 1 attribue aux nations barbares.
Bommuiqae Ijra, plandet Ubi Barbarus lurpa.
«En effet, chez les peuples septentrionaux la harpe existait à une époque fort reculée : plusieurs auteurs ont avancé qu'elle était indigène de ces pays, assertion plus probable que celle de Papias, qui en attribue l'invention à un ancien peuple d'Italie, nommé Arpai, pour expliquer l'étymologie du mot harpe. — Quoi qu'il en soit de l'origine douteuse de l'instrument, son usage se répandit peu à peu dans toute l'Europe, et au moyen âge il était devenu général. Depuis le x* siècle jusqu'au xv, la harpe fut l'instrument le plus estimé. Les rois, les princes et les personnages les plus distingués se faisaient un honneur d'apprendre à jouer de cet instrument. Les ménestrels, les troubadours en accompagnaient leurs chants ; il était entre les mains des dames, qui-le faisaient retentir aux accents de leurs voix. Un grand nombre de passages des poètes de l'époque indiquée font mention de la harpe, et les miniatures des manuscrits nous en retracent la forme. Elle était de dimension plus petite que les nôtres; le nombre des cordes variait suivant la grandeur de l'instrument, il paraît qu'au xiH* siècle les cordes se montaient au nombre de dix-sept, comme on le voit dans une pièce de vers de Guillaume de Mackom ou Mackaut, intitulée le Dictionnaire de la harpe, où il compare sa maîtresse à cet
instrument,etfaituneallusiongalantedes vertus et des qualités de sa dame aux cordes de la harpe. Le même poêle nous apprend la préférence qu'on donnait à la harpe sur tous les autres instruments, en disant :
Mais la barpe, qnl Uwt iostrmneDi pMw, Uaaad wgemeiii bieu eojoue et compaiM;
19 lUR
A ta harpe partout telle renommée Qa'aolre douceur à li iresi comparée.
HAll
«L'Irlande, TEcosse et le pays de Galles ont toujours joui d*une grande célébrité pour les joueurs de harpe ; rinstitution des bardes favorisait beaucoup la culture de cet irishujroent, en. usage dans ces pays d*un temps immémorial. Cbe^ eux aussi la harpe tenait le premier rang; les Irlandais en avaient de quatre espèces do construction et de grandeur différentes. Celle qu*on nomme communément harpe irlandaise est le clarsecte^ qui remonte à une antiquité si reculée qu'on la croit née dans le pays (1). D'autres, au contraire, prétendent qu'elle leur fut apportée, vers le iv* siècle, par les Saxons venus des bords de la Baltique et qui ravagèrent les côtes des Iles Britanniques et de la Gaule. On possède encore aujourd'hui un monument curieux et authentique de sa forme : c'est la harpe d'O'Brien, roi d'Irlande, mort en 101(k. Après avoir passé par un grand nombre de mains, elle tomba dans celles d'un patriote irlandais, nommé William Conyngham, qui la déposa, en 1782, au musée de la Trinitét à Dublin. Une description en a été donnée par Vallancey dans ses Col* lectanea de rébus ïlibemicis,
«(.a harpe irlandaise, restée dans le même (^tat pendant plusieurs siècles, reçut, au xv* siècle, des améliorations notables d'un jésuite, nommé Mugent, qui résida longtemps en Irlande.
9. On sait que la pièce principal dans les armoiries de l'Irlande est une harpe. Ce fut Henri YIII qui^ proclamé roi de ce pays, adopta ces armoiries.
a La harpe, telle Qu'elle était aux époques que nous venons de voir, pouvait suffire aux besoins de ceux qui s'en servaient. Mais lorsque, dans les siècles suivants, la musique ut d'immenses progrès, cet instrument devenait nul pour l'exécution, et il serait peut-être tombé dans l'oubli s'il u*avait subi une réforme complète. C est en Allemagne qu'elle entra dans la voie des proférés qu'elle a poursuivie jusqu'à nos jours. En 1720, un harpiste allemand, nommé Hochhrucker , è Donawert, inventa la pédale et donna ainsi à la harpe un avantage dont elle avait complètement manqué jusque-là, nous voulons dire la faculté de pouvoir moduler convenablement. Avant la précieuse invention de cet artiste, la harpe était trèsbornée dans ses ressources. Accordée diatoniquement dans le ton du morceau que l'on voulait jouer, elle se refusait aux dièses et aux bémols« oui ne pouvaient être produits qu*au moven du pouce, que l'on pressait contre l'extrémité supérieure de la corde pour la raccourcir, au moyen de petits crochets correspondant aux cordes, et que l'on tournait vers celles-ci avec la main, ce qui était fort gênant dans l'exécution d'un fnorceau. L'invention de Mochbrucker remédia à cet inconvénient. Sa pédale consistait en cinq
(V l^es drailles dravidaSf ne rauraîentlls pas appi^rtee de Tlnde ?
leviers placés derrière le corps de Tinsiruinenl et que l'exécutant comprimait à l'aide de ses pieds. Ces leviers, par un certain mécanisme , faisaient tourner les crochets, dont nous avons parlé, vers les cordes correspondantes. Ce premier essai, bien qu'imparfait encore, était un pas immense vers le perfectionnement de Fa harpe ; on y apporta ensuite des améliorations, et la harpe ainsi construite prit le nom de harpe à pédale^ pour se distinguer de la harpe simple^ ou sans mécanique. En 1730, un artiste de Nuremberg, nommé Vetter, porta le nombre des leviers à sept.
« Cette nouvelle harpe eut du succès en Allemagne. Elle fut introduite en France vers HM ; mais les harpistes français , reculant devant la difficulté de l'usage des pédales, continuèrent à se servir de la harpe simple. Ce ne fut que trente ans plus tard que le neveu de Hochbrucker, étant venu pour se fixer è Paris, en 1770, comme maître de harpe, fit valoir l'avantage du nouveau mécanisme, et opéra une réforme complète dans le jeu de cet instrument. Hochbrucker eut de nombreux élèves, et le goût de la harpe s'étant répandu dans toute la capitale, les artistes français se mirent à leur tour à la recherche d'améliorations nouvelles. Cousineau et Naderman surtout y vouèrent des soins particuliers. Ce dernier donna au mécanisme des crochets toute la perfection dont il était susceptible. Mais le système était défectueux : d'abord il avait l'inconvénient de tirer les cordes hors de la position perpendiculaire , lorsaue les crochets agissaient sur elles pour les élever d'un demi-ton, ce qui devait être nuisible à l'accord. Puis, comme les crochets n'opéraient que l'élévation d'un demi-ton, la harpe ne pouvait se prêter à toutes les modulations et restait toujours bornée sous ce rapport. Pour arriver à un résultat plus satisfaisant, il fallait abandonner ce mécanisme, et y substituer un autre principe de construction ; c'est ce qu'entreprit Cousineau : il inventa le mécanisme à béquilles.
a La harpe de Cousineau, fabriquée en 1782, avait un double rang de pédales. Les deux pédales qui correspondaient è une même corde, étaient posées Tune sur l'autre, et l'on obtenait d'une corde le ton naturel, le bémol et le dièse. Mais ces pédales, outre J'inconvénienl d'exiger des forces inégales pour la pression , présentaient un système trop compliqué et devenaient embarrassantes pour Texécutant. Après trois années de recnerches, Cousineau construisit une harpe avec une mécanique plus simple, qui, au moyen de sept pédales, produisait le même effet. Nous ne pouvons entrer ici dans tous les détails de ce mécanisme ; il suffira de dire que ce qu'on appelait béquilles était deux chevalets mobiles, dont les montants se présentaient dans la situation verticale, Tun tourné vers le haut, l'autre vers le bas , lorsque la pédale était levée, et dont les traverses, qui devaient appuyer sur la corde par le mouvement de la pédale , étaient à angU droit à la fois, par rapport à la console et
HAR
DES INYENTIONS.
HAR
(lar rapport à leurs montaots. Quand on baissait la pédale, on faisait faire à chaque béquille environ un quart de tour; alors les irarerses rencontraient toutes deux la corde et la pressaient , l'une par-dessus , Taulre par-dessous» d'avant en arrière, sans l'écarter sensibleroeni de la verticale.
« On conçoit que la harpe ainsi construite devait avoir des avantages sur la harpe à crochets. Malheureusement eUe avait le défaut de manquer de solidité. Cousineau tenta plus tard d^autres essais; il adopta l'idée singulière d'un amateur, M. Ruelle, qui avait ioiagiué d^opérer le changement de notes par des chevilles mobiles, dont le mouvement se réglait par le jeu des pédales. Cette harpe à ckevUUi mécaniques iaumantes Ggiira à l'exposition de 1806, où Cousineau obtint la médaille d'argent. Elle fut encore exposée en 18t9 ; mais , bien que la même récompense fût déeeroée à l'auteur, l'instrument trouva peu de partisans.
c Tandis au*en France on s'occupait à per* fectîooiier le mécanisme des pédales, on essayait eo Allemagne de construire des harpes aoi pussent s*en passer entièrement, sans le céder en rien aux autres pour les ressources des modulations. Déjà en 1787, un luthier de Berlin, nommé Bothe, inventa une Aorpe ekrvmaiique; elle était de plus grande aîffleosion que les harpes ordinaires, ei leseordes procédaient par demi-too comme dsos le piano, se distinguant par la couleur comme les touches du clavier. La multiplicité des cordes, d'ailleurs trop serrées, et la nécessité d'adopter un autre doigté, empèdièrent le succès de cette invention. Elle fut reproduite, en 180fc, par un docteur allemand, nommé Plranger, oui ne fut pas plus heureux. La haqie à pédale conserva la préférence, et c'est vers elle que se tournaient les nouvelles tentatives de perfectionnement. Toutes furent éclipsées par l'invention d'un bomme dont le génie brille d'un vif ^clat dans l'histoire det instruments.
< Sébastien Errard s'était depuis longtemps occo|ié de la harpe. En 1787, il avait déjà substitué au mécanisme défectueux des crochets, celui aue l'on appelle mécanisme à fourdUiies , fonctionnant au moyen d'un disque armé de deux boutons qui, par un mouvement de rotation, saisit la corde dans la position naturelle et la raccourcit de la quaolilé nécessaire pour l'élever d'un demiton. Mais ce ne fut qu'en 17M que sa première harpe ainsi construite parut à Londres, où il avait établi une maison. En 1798, il rintrodoîsit en France et y obtint un brevet de quinze ans. Après l'expiration de ce brevet. Je mécanisme à fourchettes fut imité par tous les focteurs de harpes, dont plusieurs l'avaient combattu dans l'origine.
Errard augmenta le mérite de ses harpes, en perfectionnant la courbe de la console de manière à donner une meilleure proportion aa diapason, et il améliora une foule de détails que nous passerons ici sous silence. Tous ces travaux ne furent que i'avaot-coureur de la harpe à double mouve-
ment^ découverte ingénieuse qui fit arriver l'instrument à sa perfection.
«Dans cette harpe, chaque pédale fait une double fonction pour élever à volonté chaque corde d*un demi-too ou d*un ton. Il y a deux fourchettes semblables à celles qu'Errard avait employées dans ses harpes précédentes. Au premier mouvement de la pédale, la première fourchette saisit la corde et rélève u*un demi-ton; au second mouvement, la seconde fourchette agit et porte l'élévation à un Ion. Le relâchement de la corde peut s'opérer successivement, ou d*un seul coup.
«La première harpe de ce genre fut vendue à Londres en 1811 ; elle eut un succès prodigieux. Importée en France par l'inventeur, elle y obtint le même accueil. En 1815, elle fut soumise à l'examen de l'Académie des sciences et de l'Académie des beaus-arts réunies, qui firent sur elle un rapport trèsétendu.
« Après la mort de Sébastien Errard, en 1831, Pierre Errard a continué à fabriquer des harpes sur le même principe : il y a apporté plusieurs perfectionnements.
« La harpe se trouve aujourd'hui dans un état de perfection qu'il serait difficile de dépasser. Cependant les amateurs de ce bel instrument diminuent sensiblement, et i.
semble être menacé d*un abandon complet. Avant que le piano fût porté au degré de
Eerfection qu'il a atteint de nos jours, la arpe luttait avantageusement contre un rival qu'elle surpassait pour la richesse de la sonorité; mais peu à peu le piano a envahi le terrain et a fini par occuper presque seul la place que la harpe devrait partager avec lui; car la harpe, qui, par ses nuances insensibles . peut oasser du son le plus éclatant au plus léger murmure, produit des effets magiques que les touches du piano ne sauraient rendre; et, si jamais elle devait disparaître du nombre de nos instruments, il y aurait une lacune que rien ne pourrait remplir. Chose étrange I un instrument qui, dans un état déplorable d'imperfection, a joui de la vogue, tomberait en désuétude au moment môme où son mécanisme, rendu le plus parfait possible, ne laisse rien à désirer I Espérons que cet abandon est passager, et que la harpe, remise en faveur, reprendra le rang qu'elle est appelée à occuper dans nos concerts. »
HARPE EOUENNE, ou haepb d'Eolb. ^ On donne ce nom à un instrument ou plutôt appareil musical destiné à produire des sons harmonieux, sans le concours d'un artiste, par la seule action du vent. — C'est Eole qui est le virtuose : de là Tépithète jointe au nom de l'instrument dont la forme,du reste, ne ressemble nullement à celle de la harpe. C'est tout simplement une boite de bois de sapin, longue d'environ trois pieds, large et haute de six à huit pouces, munie, dans la partie inférieure, dune table d*harmonie, sur laquelle passent huit ou dix cordes de boyau fixées aux extrémités de la ho2te et reposant sur deux chevalets. Après avoir
HAR
ACTIONNAIRE
HEL
\ accordé toutes les cordes à l*unissoni on fixe
rinslrument contre une fenêtre entr'ou-
' verte ou ailleurs, de manière qu*un courant
d*air assez intense vienne frapper les cordes.
' Alors se produit un phénomène des plus eu-
; rieux. D'abord, les cordes commencent à -ré-
I sonner à Tunisson ; mais à mesure que le
•' Vent augmente, elles font entendre un char-
' mant mélange de tous les sons de la gamme
diatonique, ascendants et descendants, de
même aue les accords harmonieux, et des
ereicenao et decrescendo inimitables.
L'invention de la harpe éotienne a été attribuée au P. Kircher, qui en traite dans sa Phonurgia, Hais, longtemps avant ce savant jésuite, on avait remarqué Teffet du vent sur les cordes sonores. Sans parler des talmudistes , qui prétendent que la harpe de David, frappée à minuit par le vent du nord, résonna d'elle-même, on peut citer Eustathe, qui, dans son commentaire sur Homère, fait mention du phénomène dont il s'agit. C'est en lisant ce passage que le poëte anglais Pope fît revivre l'idée de Kircher, depuis longtemps tombée dans l'oubli. Il la communiqua à un musicien nommé Oswald : celui* ci, après beaucoup d'essais infructueux, la réalisa avec bonheur. On apporta ensuite quelques modifications à l'instrument, et Koch, auteur d*un dictionnaire allemand de musique, imagina une harpe éolienne double, dont il donna la description dans cet ouvrage.
Nous devons ajouter que la harpe éolienne a fourni à l'acoustique des expériences curieuses et importantes sur les vibrations des cordes. On a vu avec élonnement qu'une même corde rend non-seulement plusieurs sons successivement, mais qu'elle produit à elle seule des accords comiJO«és ordinairement de la tierce majeure, ae la quinte juste et de l'octave , auxquelles vient se joindre quelquefois la septième mineure. O'est pour cette raison que toutes les cordes doivent être accordées à l'unisson , parce que sans cela le mélange des accords de chaque corde produirait des dissonnances et une confusion très-désagréables.
L'idée toute naturelle d''Bppliquer le principe de la harpe éolienne a de nouveaux instruments et d'en construire oi!^ le vent ferait résonner des cordes au gré d'un artiste, est venue à plusieurs facteurs. L'essai le plus remarquable de ce genre fut celui de l.-J. Schneli, qui fabriqua, en 1789, un grand piano dans lequel les cordes étaient mises en vibration au moyen d'un soufiSet artificiel. Cet instrument, qu'il nomma anémocorde (avtfiop, le vent), eut du succès pendant plusieurs années, mais on ignore ce qu'il est devenu. Tout récemment, un luthier de Paris, H. Isoard, -s'est livré à des recherches analogues sur lesauellesil présenta, en 1836, un mémoire à I Académie, annonçant en même temps la construction d'un violon éolique^ c'est-à-dire dans lequel l'action de l'archet serait remplacée par celle du vent. C« violon n'a pas encore été achevé; mais, en attendant, H. Isoard nous a donné un
autre instrument l)asé sur le même principe, qu'il appelle ^o/tcorde. On en a même publié une méthode qui, du reste, ne semble pas avoir servi à répandre cette nouveauté (1).
HEUCE. — (Propulseur a). — Appareil destiné et employé à remplacer les roues dans la navigation à vapeur.
L'hélice, dépouillée de tout attirail scientiflque, n'est en réalité que la vis ordinaire, celle que nous voyons employer chaque jour, qui attire ou repousse sous nos yeux l'ecrou selon le sens de rotation qu'on lui donne : tout comme cette tige de fer ou d'acier sur laquelle la coutellerie a ménagé et tourué une lame de même métal en forme de spirale, et que Ton nomme tire-bouchon; car c* est eticore la même chose. De telle sorte que l'eau dans laquelle une machine à vapeur fait tourner ce tire-bouchon ou cette vis de grande dimension, avec une excessive rapidité, k rivotutions par ieconde : — »oit ÛhO par minule; l'eau, dib-je, remplace le bouchon ou l'écrou dont nous venons de parier. On me pardonnera cette comparaison fa* milière; je l'ai crue nécessaire pour bien faire comprendre à ceux de nos lecteurs qui n'auraient point vu d'hélice ce que peut valoir cet appareil mû dans un Ûuide et destiné à mettre en mouvement, en lui procu* rant une grande vitesse, une masse telle qu'un grand vaisseau, dont le poids, lorsqu'il prend la mer, s'évalue à plus de quatre millions de kilogrammes.
Le Journal des Débats du 1& août 1843 n'a as craint d'annoncer en termes pompeux e succès de cette imparfaite application : a II restait, dit-il, à résoudre le dernier point du problème, par l'emploi d'un a{»* pareil qui permit au navire de porter une voilure considérable qui ne le laissAl jamais abandonné sur les Ëots à la merci d'une machine détraquée. La question est résolue par la substitution aux roues è aubes, de l'hélice dite improprement vis d'Archimède. »
Cette grande question que l'on dit résolue ne l'est en réalité que dans l'imagination du rédacteur.
Montrons d'abord que j application de la vis comme moyen de propulsion n'a rien de nouveau. Quelques preuves que nous allons fournir à cet égard sulQront pour l'établir jusqu'à l'évidence, et probablement des recherches plus étendues pourraient multiplier ces preuves.
Système Duquel. — Vers 1731, la vis fui essayée à IMarseille par Duquet, qui ne l'avait pas plus inventée que les Tartares, pour faire remonter les bateaux contre les courants. Voici l'explication de ce système :
Un double bateau est amarré è un pieu solidement enfoncé. Il est muni d'une vis portant sur les paliers, et sur l'axe de la-> quelle est fixée une poulie à gorge. Cette poulie communique à d'autres poulies autour desquelles passe le cordage de louée. Un bateau contre- poids (qui n'est pas iodi-
(1) Extrait de VEne§ciojiédie des gens du monde.