‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 4)Chapitre 39 sur 209 · MACHINE 4 TRANSPLANTER LES ARBRES · texte numérisé non relu

MACHINE 4 TRANSPLANTER LES ARBRES

Une nouvelle machine à transplanter les arbres a été vue de (out Paris, à la fin de 185^, et a servi entre autres à transplanter les arbres du bois de Boulogne. Cette machine inventée par M. Slewart Mac Glashen, d*£dimbourg, a fait sa première expérience, au bois de Boulogne, en présence de l'Empereur et de Tlmpéralrice, qui ont exprimé le désir de la voir fonctionner à Saint-Cloud.

M. Mathieu, régisseur des jardins de Saint- Cloud, dirigeait ces expériences, qui ont été couronnées d'un plein succès, comme la prérédenle, et qui ont d'abord porté sur un arbre de près de 10 mètres de hauteur, de plus de 50 centimètres de circonférence, et qu'une force de vingt chevaux aurait à peine suifi à enlever de terre, en supposant accomplies les opérations préliminaires de déchaussement, par lesquelles on facilite l'extraction de tout puissant végétal destiné à être transplanté. Il s'agissait en effet d'un acacia, arbre par sa nature profondément fixé au sol, et dont les racines pivotantes, d'une force de résistance extraordinaire, devaient soumettre la machine à la plus rude épreuve. Vingt minutes suffirent pour déplanter et replacer dans la fosse primitive J'acacia, dont le tronc avait été préalablement dégarni d'une couche de terre rapportée dans laquelle il se trouvait encaissé. Le principe de la machine de M. Stewart Mac Glasben est tellement puissant, qu'avec un appareil de dimensions convenables, il ne serait pas impossible, dit-on, de transplanter les arbres les plus élevés, tels par exemt)le que les ormes ou les marronniers sécuaires de nos promenades publiques.

Une troisième expérience a encore été faite sous la direction de M. Mathieu, à Villeneuve-l'Etang, près de Saint-Cloud, sur un pommier qui offrait aussi de grandes difficultés d'extracliun, et elle a pleinement réussi.

Nous allons essayer maintenant de donner une idée sommaire de l'ensemble de l'appareil. Il se compose d'un châssis en fer, carré ou peu s'en faut» et qui, placé sur le sol, encadre h une certaine distance le tronc de l'arbre sur lequel on veut opérer. Chaque face de ce chAssis est armée intérieurement de deux bêches en fer de qualitâ supérieure, de 50 centimètres de longueur, et d'une largeur un peu moindre, aciérées à leur extrémité et bien tranchantes, et c]ui, enfoncées dans la terre è coups de masse jusqu'au niveau du chAssis qui les maintient, coupent sans difficultés toutes les racines qu'elles rencontrent sur leur passage Une armature en fer, agissant dans un mouvement doublement parallèle sur le manche des bêches, éloigne alors celles-ci à leur extrémité supérieure et les rapproche à leur extrémité inrérieure, de manière à former tout autour du pied de Tarbre et de sea principales racines un entourage où la terre se trouve comprimée et maintenue comme dans une caisse. Le cas où l'action d'une bêche serait paralvsée par la présence d'une pierre enfoncée dans le sol a été prévu, et des tenailles d'une grande force, mises en jeu par le principe même de la machine, sont destinées à faire disparaître les obstacles de ce genre. Cela terminé, on a recours au chariot, dont la partie postérieure mobile permet de le reculer jusqu'à ce que Je premier appareil, avec l'arbre au milieu, y soit complètement enchAssé. Au moyen de chaînes correspondant à des vis puissantes placées sur la partie la plus élevée du chariot, on soulève alors graduellement, sans secousse, Tespèce de caisse formée par les bêches dont nous venons de ;)arler, jusqu'à ce que son extrémité inférieure, arrivant un peu au-dessus du sol, permette de faire avancer le véhicule, dontjes chariots destinés au transport des caisses d*orangers peuvent donneh une idée fort exacte.

Machines hydrauliques. Invention de M. Trouville (1791). La machine imaginée par l'auteur n'a ni rouages ni pompes; l'air est le seul intermédiaire par lequel l'eau qui sert de moteur agit sur celle qu'on élève. Un bAtiment voûté, appelé le grand aspirateur, est disposé de manière à recevoir aU ternativement les eaux d'une source qui sert de moteur, et à les laisser écouler {)ar sa partie inférieure. Plusieurs réservoirs sont établis les uns au-dessus des autres depuis le niveau de la source jusqu'au point le plus élevé où on veut porter l'eau, et au-dessus de chacun d'eux est un petil bAtiment également fermé, appelé petit aspirateur, lequel communique par un tuyau vertical avec le réservoir immédiatement inférieur, et par un tuyau horizontal avec le réservoir voisin dans lequel elle doit verser. Supposons que ces aspirateurs soient presque entièrement remplis d*eau, à l'ex* ception d'une petite hauteur dans leur partie supérieure oui contient de l'air, et soit un long tuyau d un petit dii^mètrequi (>arta de la voûte du grand aspirateur, et (juiv se

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DES INVENTIONS

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prolongeant jusquaui {petits aspirateurs lespios élevés, communique par des embraDchements avec les tètes de toutes les lotres, et serre à mettre Tair en équilibre •iv)5 toutes les capacités. Enfin, supposons .lue \è ToAte du grand aspirateur soit au DiTUu de la source, que le niveau de cha- •|je réservoir supérieur soit un peu au* «rs50U5dela voûte du petit aspirateur qui rrorrespond, et que la hauteur de chaque ftii\ aspirateur soit un peu moindre que relie de Teau contenue dans le grand. Il r^olle de cette disposition, que lorsqu'on dooDeè l'eau du grand aspirateur la liberté ce s'écouler par sa partie inférieure, Tair se ^.iiale dabonl dans le long; du tuyau dont L4as aroDS parlé, et de suite dans les têtes <î« tous les petits aspirateurs avec lesquels rtta?au communique, et qu'alors chacun le fês derniers aspire l'eau du réservoir laférieur; qu'après cela, lorsqu'on fait enter l'eau de la source dans le grand aspiratearjurse rétablit d'abord dans son pre- B.ierétat, et alors l'eau aspirée par chacun <^. ^tits aspirateurs se dégorge dans le n^erToirvoisin. De sorte qu'après ces deux QAUTements, l*eau d'un réservoir quelconq4 se trouve avoir été portée dans celui ^31 lai est imoiédiatement supérieur, e\ qul'tsa de la source parvient ainsi suciesslftffient jusqu'au réservoir le plus élevé. T^/^ est ridée générale de cette machine, •^MTêhi à Tauleur un encouragement de {iûOOfrancs de la part du gouvernement.

^^qailui donne une grande prépondérance l-tqoiU distingue d'une manière particu- 'iér^i c'est la suppression des rouages, ba- 'aoden, pompes et pistons qui embarrassent et ceopliquent les machines ordinaires, et '\% osées par le temps, obligent à des rél«ra(iûQs souvent répétées, et enûn à des recoQiiruclions totales ; au lieu que la ma- 'Uoe i air ne peut avoir besoin que de réparations médiocres, et que ses parties i'HDcipates, telles que les aspirateurs, sont )w ainsi dire indestructibles; enfin la implicite de cette machine en augmente «issi le mérite. On peut l'employer dans ii^i^reotes circonstances, soit pour lui faire Mttire son effet à de grandes distances du i^u où le grand aspirateur est établi, soit \^T élever les eaux du fond des mines, '^i^squ on a une chute d'eau dont on peut '^«l>oser.(i4fw: des arts et man.,i. XV, p. 3.) Kolre toutes les inventions qui illustrent ^ire siècle et la nation française, la ma- ^■'^e hydraulique de M. Lacaze mérite in- ••miesiableoienl de tenir le premier rang. ^<?lte machine merveilleuse, considérée ^^mme impossible par quelques personnes, ''<^i point, suivant ce que dit son auteur, ^° produit du hasard, mais l'heureux ré- ^Bitat de grandes dépenses, de beaucoup ^^ laines et de son obstination à poursuivre ^»^ ôfeouTerte dont il croyait entrevoir la l^'^Wlité, mais enveloppée de nombreuses 'jiBcQliés qu'il fallait vaincre. MM. Brall J^Dumas ont, d'après les ordres du minis- ^ ue Imtérieur, examiné cette machine

avec la plus scrupuleuse attention : le rapport de ces savants mécaniciens atteste Te mérite et l'avantage incalculable qu'elle présente. Elle a été mise pendant quinze jours sous les scellés, et, suivant 1 assertion de quelqu'un qui doit avoir vu le ra|>port, il porte qu'elle a marché sans interruption pendant trois jours ; quelle a éprouvé une suspension d'action par une cause accidentelle, sans doute, mais qu'elle a repris d'elle-même son mouvement, et qu'ensuite elle a marché pendant douze jours sans inlerrijption, avec une augmentation considérable de vitesse, qui est probablement la cause de la rupture du moteur auxiliaire, lequel se trouva fracturé lorsqu'onleva les scellés. Le rapport ajoute que la machine n'a aucune communication extérieure, et gue c'est dans le corps de la pompe que Fauteur a placé son moyen; enfin, qu'elle a donné constamment, pendant les quinze jours qu'ont duré les expériences, un seau d'eau superflue ou d'excédant par minute, et que ce produit a dû augmenle^ proportionnellement à l'augmentation de vitesse que la roue avait acauise. M. Lacaze a onert aux commissaires e faire d'autres expériences, pour constater l'excédant de force que donnerait la machine, mais ils ont pensé aue cela serait inutile, et ils se sont bornes à celle de l'excédant de l'eau. Si après des démonstrations aussi incontestables, il s'était trouvé encore des contradicteurs parmi les savants et les artistes, dit M. Bernard, en rendant compte de cette découverte dans le Moniteur^ l'auteur les aurait engagés à venir se convaincre par eux-mêmes, et h ne pas juger sans examen et par prévention. Voici le juf^ement qu'en porte M. Brall dans un premier rapport : ^ Quelque incroyable que {»araisse cette découverte, je resterai dans e doute, parce que tous les jours l'esprit humain fait des découvertes dont les limites sont incalculablf^s. » On voit, «joute M. Bernard, que M. Brall n'admet ni ne rejette l'existence de cette machine, et qu'il attend les preuves que l'auteur promet de lui donner, pour prononcer sur son mérrte et son utilité. Il a acquis ces preuves par Texamen et l'expérience.

Le ministre cie l'intérieur a pris cette machine en considération, et a chargé son auteur d'en construire une en grand, capable de faire mouvoir deux meules de moulin à moudre le grain; ce è quoi l'auteur s est soumis. On ne détaillera pas les avantages que la société pourra retirer de cette invention, continue le rapporteur, ils sont incalculables. Un savant étranger disait qu'il la préférait au Pérou, et qu'un gouvernement qui la posséderait exclusivement, aurait un très-grand avantage sur ses voisins. Cependant, qui croirait que cette machine miraculeuse, suivant l'expression de M. Brall, et d'une utilité aussi générale, ait été sur le point d'être perdue pour la France, parce que l'envie taxait son auteiar d'imposture, et voulait le forcer par ce moyen à porter celle

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précieuse découYer te àrélrangerl {Moniteur,

1799, page 634.) ^ « .

MM. Goin et Marperger, de Pans, ont obtenu un brevet de cinq ans pour une machine propre à élever les fardeaux, dans laquelle on distingue deux parties. Dans la première, que MM. Goin et Marperger nomment canon hydraulique, on remarque une cuve hydroma tique ou réservoir, remplie de

faz inflammable obtenu par Tébullition de eau, et dans laquelle on a mélangé un quart d'essence de térébenthine et quelques gouttes d'acide nitrique. Un tube ou canon beaucoup plus gros qui, en formant un angle droit, descend sur le fond supérieur d'un tonneau placé debout et sur lequel fond son extrémité est scellée. La communication du premier tube avec le second est interceptée ou établie à volonté, au moyen d'un robinet. Le second tube, gui est terminé à anglu droit à sa partie supérieure, et au-dessous de la plus petite partie duquel se joint l'extrémité du premier, est percé dans le bout d'un petit trou auquel les auteurs ont donné le nom de lumière. Le tonneau sur le fond duquel est scellée l'autre extrémité dusecond tube, est plongé dans un grand réservoir d'eau. Un troisième tube ascendant, qui est è peu près de la même grosseur que le second, et où se fait la projection de l'eau, prend du fond inférieur du tonneau et s éfève en col de cygne, en passant par le fond supérieur, au-dessus d'un réservoir destiné h recevoir le liquide élevé. Une soupape est placée intérieurement vers le milieu de la partie de ce troisième tube qui plonge dans le tonneau. Une autre soupape, pratiquée au fond inférieur de ce tonneau, laisse entrer dans celui-ci Teau destinée à remplacer celle qui s'est élevée dans le réservoir supérieur, pour s'écouler sur une roue par un tuyau adapté au fond de ce réservoir. 11 résulte de cet arrangement qu'en ouvrant le robinet, le gaz, pressé dans le réservoir ou cuve hydromatique , s'introduit dans le second tube ou canon, et s'y mélange avec l'air atmosphérique. Lorsque ce tube est chargé, il s'écha])pe du gaz par l'ouverture ou lumière. En présentant alors la flamme d'une mèche à celte ouverture, il s'ensuit une forte détonation : l'air contenu dans le canon ainsi que dans la partie supérieure du tonneau se dilate et repousse, avec une vitesse extrême, une masse d'eau dans le tube ascendant, d' >ù elle se rend, comme on vient de le dire, dan* le réservoir supérieur, pour s'échapper ensuite par un tuvau et tomber sur uno roue. Dans la seconde partie de la machine, appelée par les auteurs l'Aries-Hercuie , on voit un plateau qui forme balanc'or. Ce plateau est suspendu en trois points, d'abord par deux chaînes (n. 1 et 2), attachées aux bras d'une bascule, ensuite par une tringle jouant à son point de suspension, ce qui donne à celle j)artie de la machine deux centres de gravitalion qui sont: 1* l'axe de la bascule; 2* l'are ou point de suspension de la tringle. Le plateau devant varier, quant à ses

dimensions et quant aux poids dont il faut qu'il soit chargé* selon le fardeau que Ton veut élever, il s'ensuit que la longueur des chaînes doit varier en conséquence, et que les auteurs n'ont pas cru nécessaire de la déterminer. Le mouvement oscillatoire du

filateau ou balancier amène deux crémaiU ères, qui sont mobiles sur la tringle, sur une petite avec laquelle elles engrènent tantôt dessus, tantôt dessous, suivant que le balancier doit être attiré ou repoussé. Lorsque, dans le mouvement d'oscillation de celui-ci, les deux extrémités de la chaîne n* 1 seront rapprochées du premier bras de la bascule auquel cette chaîne est attachée, les deux extrémités de la chaîne opposée, n* 2, seront éloignées du second bras, où elle est également fixée. Alors nécessairement, disent les auteurs, quand le bras de la bascule auquel tient la chaîne n* 1 sera levé, le bras auquel tient la chaîne n"* 2 sera forcé de s'abaisser pour obéir au nK)uvement du balancier. Mais lorsque le plateau reviendra ou oscillera dans le sens opposé, le bras ,de la bascule auquel est attachée la chaîne n* 1 s'abaissera par le mouvement contraire avec une force égale, à peu de choses près, à la totalité de la charge du plateau; et la bascule, décrivant un quart de cercle à son extrémité, qui est au delà du point où est attachée la chaîne n* 2,^ enlèvera un fardeau quelconque selon l'usage auquel on destinera cette machinct qiû pourra aussi fournir un tnouvemeiit de rotation.

MACHINE A VAPEUR. — L'eau réduite k l'état de vapeur par sa combinaison avec lo calorique occupe 1,700 fois son Volume dans l'état liquide, si la chaleur se pousse à cent degrés de thermomèire. Si on élève ce degré de chaleur en l'enfermant dans des vases clos, la vapeur tend à occuper successivement des espaces de plus en plus grands, et l'effort qu'elle produit en se dilatant arrive jusqu'à briser avec explosion les enveloppes les plus solides, voilà donc une force pour ainsi direirt^sistible,que l'homme peut faire naître par la seule combinaison physique de l'eau et du feu en disposant des charbons allumés sous un rase contenant de l'eau, ou de toute autre manière.

L'application de cette force à divers asa-

§es utiles par des moyens mécaniques a onné lieu à l'invention de divers appareils connus sous le nom de machines à vapeur. Le problème dont la solution est coniiée à ces machines est celui-ci : 1* combiner Je calorique avec le liquide, pour produire la vapeur ; 2" recueillir la force expansive qui résulte de ce changement d'état ; 3* appliquer cette force à des intermédiaires pour pniduire les mouvements demandés.

La première et la plus ancienne machine à vapeur connue est évidemment l'éolipyle tournante, décrite par Héron d'Alexandrie, dans le fameux livre Spiritalia. A la simple inspection de cet api^areil il est aisé de se convaincre que son principe est identiquement le même que celui de nos ma*

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DES INVENTIONS

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chhes modernes à haute pression. Nous

K^fHs même tu dans ces derniers temps les

Q^rhines rotatives dites h réaction, em-

.•îées par rAméricain Every et par d'au-

:^l iDgénieurs» nous ramener simplement

/'eulipvle tournante des anciens, et présen-

;^, lion sans raison, comme un perfec-

Mineraent réel des machines à vapeur des

;'c.ii5tNewcomen, et Waat.

Eiieifa, les inventeurs de ces machines,

,'}Ha science s*est plu à exalter outre me-

^ir^. u'oDt fait que retarder les progrès de

i 11 le renfermant dans des limites que

> anciens n'avaient pas même aperçues.

ti iiiDiiaDlla force expansive de la vapeur

v^adaoj les limites du poids d*une at-

l'M^hère, en réduisant son effet à produire

Mi'Jeparsa condensation, Papi us, New-

'.:]trD, Waat n'ont fait que reculer Tépo-

{Ufoù la force expansive de Teau combinée

•j (ilorique a repris toute sa puissance,

i"r>;ue rejetant les condensateurs et tous

!^ àpp.ireils pneumatiques qui en dépen-

•Kii,ei(juDt la complication fut la base de

'.rriifloffluiée, on en revint, il y a trente

uts,i Tappareii simple de la machine à

'^'A'I'^ssion^ Cetle machine, comme Téo-

:> *"! k Héron, repose sur le principe de

iVi;4j3ioD, poussé à 10, 20, et 100 fois la

preiMoa itmospbérique et n'a d'autres li-

Qiiesi^ue celles de la résistance des pièces

«8i|^vréés dans sa construction. Ainsi, les

i^MJas inventeurs du siècle dernier n'ont

^i te leurs machines dites atmosphéri-

?H à simple et môme à double effet, que

i^parer lartet les procédés pratiques au

Lti.teud^uels on est parvenu plus tard à

l^puiariser le principe de l'éolipyle des an-

(>^Q5 doot l'auteur est inconnu.

^es réflexions étaient nécessaires pour

'rimmr le lecteur contre quelques aperçus

^iarticle suivant, emprunté de l'ouvrage

*'''*(i(, et d*ailleurs si remarquable de M

*iier.

^ (»lupart des écrivains qui se sont oc- '*^<^s (le rhistoire de la macliine à vapeur '^'pl^cé dans l'antiquité le berceau de cette "i^Haion. Cette opinion nous semble inadusMble. La luachme à vapeur est d'origine ^>Jerne, et c'est vainement que l'on essaye- ^*^ (ie cliercher dans les vagues traditions ^ leûtitiques de la Grèce et de Rome la trace <^$ idées (jui présidèrent à sa création. La l^i^oceque nous désignons aujourd'hui sous " %ni de physique n'existait pas chez les *^'^^mi. Quelques connaissances dues au ^s^rd , ou introduites par la pratique des "^{«▼algaires, résument pour nous toute la 't^)^m^ des Grecs. C'est que l'art d'obser- '^. le secret d'étudier un fait en Tisolant ••• une opération de l'esprit de tout ce qui '«loure, fui à peu près ignoré des anciens. ^ ''gue et poétique imagination d»is philo- ^^>w« de la Grèce avait entraîné la science ^Dte dans une voie diamétralement op- '^i celle de ses progrès. Au lieu d'éiu- •^^ la marche naturelle des faits qui tom- '*^i 80US les sens , on voulait pénétrer la ^^ imime des phénomènes et remonter

1>ICTI0^!I. PES I^VE^TÏO!<$. IJ.

jusqu'à la secrète essence de leurs causes. L'importance et la grandeur des faits attiraient surtout l'attention; on s'attachait obstinément à poursuivre des problèmes destinés à rester à jamais insolubles ; on construisait l'univers avc-ïnt de l'avoir entrevu. Cette philosophie , qui arrêta dès le début la marche des sciences phjrsiques , relarda de vingt siècles leur création. Placer au sein d'une pareille époque l'origine de la découverte la |)lus importante des temps modernes, c'est donc fausser ouvertement les traditions de l'histoire , et le rapide examen des laits montrera sur quelles bases futiles cette opi' nion s'était fondée.

C'est à un écrivain grec d'Alexandrie , Héron , qui vivait cent vingt ans avant Tère chrétienne , que la plupart des auteurs modernes rapportent avec Robert Stuart et M. Araço : « l'honneur d'avoir inventé et construit la première machine à vapeur connue (1). »

Le petit traité de Héron, intitulé Spirila^ lia 9 renferme les passages qui ont mérité au philosophe grec d'être proclamé le premier inventeur d'une machine construite dix-huit siècles après lui. Ce livre était loin de prétendre à une destinée si brillante ; ce n'est autre chose, en effet, que ce que nous nommerions aujourd'hui un recueil de physique amusante. 11 renferme la description d'une série d^appareils destinés à manifester certains effets curieux de' lair et de l'eau ; les matières y sont exposées sans ordre et sans liaison logique ; aucune explication , aucune théorie ne s'y trouvent jamais invoquées. Pour que nos lecteurs puissent en juger par eux-mêmes, nous rapporterons les divers passages sur lesquels on s'appuie pour accorder h Héron la première idée de la machine à feu.

Le quarante-cinquième appareil décrit par le philosophe grec se compose d'une marmite contenant de l'eau et fermée de toutes parts , à l'exception d'une ouverture donnant accès à un tube vertical ouvert. Dans l'intérieur de ce tube on place une petite boule ; par l'action de la chaleur, cette boule est projetée au dehors. Dans un travail rempli d'érudition , publié dernièrement dans VEncyclopédie moderne ^ M. Lalanne donne à cet appareil de Héron le nom de marmite à vapeur chassant un projectile. Nous l'appellerions plus simplement marmite soulevant son couvercle^ et nous n'avons pas besoin d'ajouter que la découverte d'un tel fait n'appartient pas à Héron , mais bien au premier homme qui, assis au coin de son feu , vit le couvercle de la marmite où cuisaient ses aliments se soulever par l'effort de la vapeur. Si les titres du philosophe grec à la découverte de la machine à vapeur ne reposaient pas sur des fondements plus sérieux, il aurait à soutenir avec quelque petit-fils d'Adam une discussion de priorité.

Héron décrit divers mécanismes qui per-

(1) Roliert Stuart , Hislùtre deseripties 4s tu tMii* eliint à papeur^ p. 52.

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IHCTIONNAIRE

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mettent, «u moyen de l*air comprimé ou dilaté par l'action du feu, de faire sonner la trompette d*un automate « siffler un dragon de bois , ou tourner en rond de petits bonshommes. Nous ne dirons rien dé tous ces appareils « qui ne sont que des variations sans fin du célèbre instrument connu et expérimentédans nos cours publics sous le nom de fontaine de-Héron. Nous arriverons tout de suite au petit appareil que Ton considère aujourd'hui comme le premier modèle de la machine h vapeur que M. Arago signale comme « le premier exemple de l'emploi de la vapeur comme force motrice (1). » Est-il nécessaire de dire au'cn décrivant ce Joujou qui tourne comme des automaies qui dansent en rond , le philosophe d'Alexandrie ne le

{Présente nullement comme pouvant devenir 'origine d'une force motrice? Toutes les expériences exposées dans son traité ne sont Que des tours de physique amusante « et 1 auteur ne perd pas son temps à étudier les caus*es des phénomènes qu'il décrit. Si l'on voulait d^ailleurs rechercher par auelle interprétation théorique Héron expliquait le faitqu*il nous présente , on ne pourrait, d'après son texte , la rapporter qu'à la seule action de ta chaleur. 11 dit en effet, dans l'énoncé de son problème, « faire tourner une fietite sphère au moyen d'une marmite chaufée, » et non, « an moyen de la vapeur d*eau. » Héron ne pouvait faire jouer ici aucun rdle à la vapeur, par cette raison fort simple que l'existence même de la vapeur d'eau était inconnue de son temps. Avec tous les philosophes de son époque , il ne voyait dans la vaporisation d'un liquide que sa transformation en air, et dans son livre il ne fait jamais allusion qu'aux effets mécaniques produits par l'air comprimé ou dilaté par le feu. Ainsi , les physiciens qui sont venus après lui n'ont pu expliquer le phénomène de la rotation de sa petite sphère que par l'écoulement et la réaction de l'air chaud qui provenait lui-même de la transformation de l'eau en air. On trouve , dans «ne autre partie de son traité, la description d'un petit appareil en tout semblable au précédent , et dans lequel seulement un courant d'air chaud remplace le courant de vapeur.

Le jouet décrit par Héron d'Alexandrie ne nous semble donc mériter à aucun titre l'honneur de figurer dans l'histoire de la machine à vapeur. L'existence môme de la vapeur d'eau étant ignorée des anciens , il est diffictie d'admettre que l'on ait pu à cette époque imaginer une machine fondée sur la connaissance des propriétés de cet agent (2J.

(1) Notice sur la machine à vapeur.* {Annuaire du Bureau du longitudes, i837, p. 226.)

(2) Celle erreur de rancieniie physique sur la iransformaiien de Teau^en air par raciion de la chaleur se proloiiffe d'ailleurs bien longieinps après le philosophe d^lexandrie. Le célèbre architecte romain Vilruve, coiilemporaiii d'Auguste, dit, en pariant de VéoUpyle, appareil très-ancienneinent connu : I Les ëolipyles sont des boules d*alraîn qui sont creuees in qui n*onl qu'un trés-peiit trou par lequel on les rempliNl^eau. Ces boules ne poussent aucun air

On ne sera pas surpris , d'après les idées inexactes qui ont régné si longtemps sur le phénomène de la vaporisation des liquides » de voir des siècles entiers s'écouler sans a^vporter la moindre notion sur les effets mécaniques de la vapeur. Cette circonstance expliaue la pénurie d'arguments et de faits dans laquelle se sont trouvés les écrivains (^ui ont voulu placer à une époque reculée 1 origine de l'invention qui nous occupe. Pour montrer è quelles pauvres ressources on en est réduit sous ce rapport, il nous suffira de rappeler l'anecdote de l'historien byzantin Agatnias , gue l'on a coutume d'invoquer h cette occasion. M. Lalanne, dans le travail cité plus haut, donne, d'après M. Léon Renier, la traduction suivante ue ce passage de l'ouvrage d'Agalhias :

« Il y avait à Byzance un homme appelé Zenon, inscrit sur la liste des avocats, distingué d'ailleurs, et très-bien avec l'empereur. 11 était voisin d'Anthémius, au point Î[ue leurs deux maisons paraissaient n'en aire qu'une et être comprises dans les mè* mes limites. A la longue, une mésintelli*gence éclata entre eux, soit pour une fenêtre ouverte contrairement à l'usage, soitpour un bAtiment dont la hauteur excessive interceptait le jour, soitenGn pour quelqu'une de ces nombreuses causes qui ne manquent jamais d'amener des dissensions entre trèsproches voisins.

« Anthéiiiius, ayant eu le dessous devant les tribunaux, ainsi qu'il devait s'y attendre, ayant pour adversaire un avocat, et n'étant pas capable de lutter d'éloquence avec lui, imagina pour se venger le tour suivant, que lui fournit l'art qu'il cultivait :

« Zenon possédait un appartement trèsélevé, très large, très- orné, où il avait l'habitude de recevoir ses amis et de traiter eeux qui lui étaient les plus chers. Le rez-dechaussée de cet appartement appartenait à Anthémius, de sorte que le plancher intermédiaire servait de toit à l'un et de sol à l'autre. Anthémius fit placer dans ce rez-dechaussée degrandescbaudièrespleinesd'eau, qu'il entoura extérieurement ue tuyaux de cuir assez larges à leur base pour embrasser entièrement le bord des chaudières» mais diminuant ensuite de diamètre comme une trompette, et se terminant dans des proportions convenables. H fixa les bouts de ces

avant d'dtre échauffées ; mais étant mises devant le feu , aussitôt qu'elles sentent la chaleur, elles envoient un vent iropciueut vers le feu, et ainsi ensei^ p;nent par cette peiiie expérience des vérité» importantes sur la nature de Taif et des venu.» Ces vues erronées étaient encore professées au xvi* siècle. Canian, par exemple, s'exprimait ainsi : i Vitruve apprend a faire des vases qui produisent du vent : ils sont ronds et fermés de toutes parts, 6 la réserve d'un seul trou qui est muni d'un tuyau trésétroit; on les remplit d*eau et on les présente au feu ; le liquide se transforme en air, s^échappe par le tuyau , et augmente l'ardeur du brasier. » Au xvii* siècle, Claude Perrault, dans sa traduction de Vtlnive, reproduit cette théorie. Â la même époque, l*illitslra physicien fioyle cotuinuait à admettre la transforiua* tien de Teau en air par le lait de la chaietir.

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DÈS IPiVENTlONS.

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srto

inox dox (H)u(res et aui planches au piA- )^i«elles y attacha avec soin ; de sorte que urqui j était introduit avait le passage br? pour s'élever dans rinlérieur vide des \m\ et aller frapper le plafond à nu, dans ^roii où il lai était permis d*arriver, et rA était eutouré par le cuir, mais ne pou- Kii5Vcouler ni s*échapperaudehors. Ayant Iff un secrètement ces préparatifs, An- CHDiiu allama un grand feu sous les chautfr?5 et y produisit une grande ilamme, et ' lu s'êrbaufTant bientôt et entrant en ébulii;>o, il s'en éleva beaucoup de vapeur ;4b5? et fumeuse qui, ne pouvant s*échafjr'T. nKjDta dans les tuyaux et s'y élança iTK a'autant plus de violence qu'elle était rtSHrrrée dans un plus étroit espace, jusqu'à rep'^lrappaDt continuellement le plafond, ttiébraola tout entier, au point de faire 'âèremeot trembler et crier les bois. Or, 2eiinn et ses amis furent troublés et épou- TMAé$, et ils s*élanGèrent dans la rue en :u.tet poussant des exclamations, et Zét»%i'éiaDt rendu au palais de l'empereur, «xsfïdailaax personnes de sa connaissance " Vdl^ savaient du tremblement déterre, H>n[«leur avait pas causé quelque dom-

I^^r^Dos connaissances actuelles sur '«•^ppjinêiés de la vapeur d'eau, cette exî^ndTfieile qu'elle est rapportée par Açaib<Mioarait en aucune manière produire ^'^'oltals qu'il annonce. Aussi M. de ^<At|^r.v,qni h publié en 1823, dans les An- »*^ rff fmrfiMine, une série d'articles en *-* de rechercher l'origine de la machine à Tapeur ilaos l'antiquité, u'admet-il point que '^ oéeanisœe décrit par Agathias soit le i!>^Q)e qoe eelui qu'employa Anthémius : ' Lextrémité évasée des tuyaux, dit M. de ■wiigéfy, devait être placée sous les pou- ^'-i et iK)n au delà ; elle devait s'ouvrir '''là coup au moyen d'une soupape ou ^01» robinet; alors seulement il y aurait eu i!.' vive secousse (1). » Par malheur, l'his- '^•'ûde Byzance ne fait mention ni de ''^iRet ni de soupape; il est donc plus sim- '•«l'î regarder comme apocryphe l'aventure '^^"««que d'Agathias-

/'^sl afec un sentiment semblable qu'il j-i accueillir l'assertion émise par ttoberi '<urteDces termes laconiques : a En 1563, ^J certain Mathésius , dans un volume * armons intitulé Sarepia, parle de ' possibiliié dft construire un appareil ;'*i^anioQ et les propriétés paraissent ^mks à celles de la machine à vapeur

^« Maihésius, d*après M. Lalanne, était ^'f« 'l'école à Joachimstall, ville de Bo- *J^aulrefois célèbre par ses mines d'ar- ^\aecaiYreet d*élain. Son ouvrage, im- ^J^^^^ Nuremberg en 1362, n'est qu'un «'rt de prières; c^est le Sermonnaire des

te

l^ ^<s àt Cinduitrie nationale et élranqè ! /[J^l^^nStoart, HUtoire detcriptive de la ma-

mines. Le passage auquel l'écrivain anglais fait allusion est ainsi conçu : « Au moyen de l'eau, du vent et du feu, et moyennant de beaux mécanismes, que l'eau et le minerai s'élèvent et soient mis en mouvement de plus grandes profondeurs, afin que la dépense soit diminuée et que ces trésors cachés puissent être d'autant plus tôt percés

et mis au jour Vous, mineurs, gloriQez

dans les chants des mines l'excellent homme qui fait monter aujourd'hui le minerai et I eau sur le Platten au moyen du vent, ei comment maintenant on élève l'eau au jour avec le feu. »

Il faut une bonne volonté bien prononcée pour trouver dans le texte de celte exhortalion évangélique l'indication d'un appareil « dont l'action et les propriétés paraissent semblables à celles tie la machine à vapeur moderne. » Il pouvait exister dans les mine» diverses machines mues par le vent ou par l'air échauffé ; mais rien n'indique, dans la pieuse invocation de Mathésius, l'allusion même la plus voilée à une machine agissant au moyen de l'eau réduite en vapeur.

Robert Stuart ajoute : « Trente ans après, dans un livre imprimé à Leipsick en 1597, on trouve la description de ce qu'on appelle un éolipyle, que 1 on peut, dit-on, utiliser en l'adaptant a un tourne-broche. » L'éolipyle, appareil connu depuis une époque très-reculée, a beaucoup attiré l'attention des physiciens du moyen Age, qui ignoraient cependant la cause des effets curieux qu'il produit, et s'imaginaient que l'eau s'y transformait en air. Il n'est donc pas impossible 3 ne l'insignifiante et pauvre application ont parle Robert Stuart ait pu être réalisée, bien qu'il ne nous donne aucune indication positive sur l'ouvrage qui la mentionne.

M. Arago et tous les écrivains français qui, s'occupant après lui de l'histoire de la machine a vapeur, se sont bornés à reproduire ses opinions, admettent que la première expérience qui ait permis de reconnaître la puissance mécanique de la vapeur d'eau a été faite au commencement du xvn* siècle

Êar un gentilhomme de la chambre de [cnri IV, nommé David Rivault, seigneur de Flurance, précepteur de Louis XIU. « Pour rencontrer, dit M. Arago, après les premiers aperçus des philosophes grecs, quelques notions utiles sur les propriétés de la vapeur d'eau, on se voit obligé de franchir un intervalle de près de vingt siècles. Il est vrai qu'alors des expériences précises, concluantes, irrésistibles, succèdent à des conjectures dénuées de preuves.

« En 1605, Flurance Rivault, gentilhomme de la chambre de Henri IV et précepteur de Louis XIII, découvre, par exemple, qu'une bombe à parois épaisses et contenant de l'eau fait tôt ou tard explosion quand on la place sur le feu opre'i l'avoir boucMe^ c'est-à-dire lorsqu'on empêche la vapeur d'eau de se répanare librement dans l'air à mesure qu'elle s'engendre. La puissance de la vapeur d'eau se trouve ici caractérisée par une épreuve nette et suscep*

MAC

DlCTIOISiNAIRE

UAC

Vit

tible jusqu'à un certain point d'appréciations numériques : mais elle se présente encore à nous comme un terrible moyen de destruction (1). » M. Arago nous dit encore, à propos de rexpérience du marquis de Worcester, qui ut, dit-on, éclater un canon par Faction de la vapeur : « Cette expérience était déjà connue en 1605, car Flurance Kivault dit expressément que les éolipyies crèvent avec fracas quand on empêche la vapeur de s* échapper. 11 ajoute même : « L'effet de la raréfaction de Teau a de « quoi épouvanter les plus assurés des 1 hommes (2). »

La meilleure manière de reconnaître si M. Arago a exactement traduit la pensée de Fauteur des Éléments d'artillerie^ c'est évidemment de recourir à l'ouvrage lui-même. Le passage auquel M. Arago fait allusion se trouve au livre m, dans lequel Flurance Rivault cherche à établir la nature des substances qui peuvent entrer dans la composition de la poudre. Voici textuellement ce passage :

« Conjecturer les ingrédients de la bonne poudre à canon. — 11 est certain que cherchans une prompte raréfaction, il faut lavancer par la chaleur : car il n'y a poinct en la nature de plus agissante qualité. Le froid agit : mais il resserre. Les deux autres, sécheresse et humidité, n*ont que fort peu d'action et plustôt nous doivent servir de matière et de patient en ce dessein que d'agent. Voyons du froid s'il nous est propre. L'eau humide qui se convertit en aè'r se raréfie, et en est la raréfaction suivie de violence. Voyez-vous ces instruments d'airain globeux et creux, qui ont un trou par lequel on verse l'eau. Les Grecs les ont nommés portes d'Eole^ parce uue si vous les approchés du feu, le métal en est escbauffé, et [l'eau quand et quand, laquelle peu à peu se convertit en aër par Vaction de la chaleur, et estant faicte rare et ventf elle sort par le trou avec force, et après ravive le feu par son souiBe , qui le premier luy avoit donné estre. 11 y a quelque apparence que si ce nouvel aër ne trouvoit lors issue libre par la petite porte, qu'il briseroit le vaisseau pour se donner jour : ainsi que Vhumidite de la chastaigne aéré fiée par le feu, la faict esclater rudement , pour se donner libre es^ tendue. Que si la furie de cet esclat n'a d'estonnement que pour les enfants, Veffect de la raréfaction de l'eau a de quoy espouvanter les plus asseurés hommes a en l'accident des tremblements de terre. L'eau coulée ez cavernes de la terre au printemps principalement et en automne, y est eschauffée soit par les feux qu'elle y rencontre souvent , soit par les chaudes exhalaisons qui sortent des soupiraux terrestres : tant que raréfiée et

(1) Eloge historique de James V^aii ( Annuaire du liurê0u des longitîides, 4859, p. 981.)

(i) Nol4ce iur la machine à vapeur { Annuaire du Uureamdes iontfUudes, 1837, p. liO.j

convertie en aër, le lieu qui la coutenuît auparavant n'est plus capable d'embrasser si longues et si larges dimensions: tellement que pressée de s'étendre, et violentée par cet hoste devenu puissant , la terre s'entr'ouvre pour luy . faire jour avec un desbriz espouvantable. 11 y a un million d'autres effects de cette raréfaction d'humidité, qui nous pourroyent guider h l'exécution de quelque violence. Mais nous devons y considérer qu'elle ne se fait à coup : ains avec ^temps , et que la matière humide ne s'exhale pas toute à la fois, mais peu à peu. Or, nous cherchons de la promptitude et un effect momentané, principalement pour ce qui est de l'action du canon. Car ce n'est pas qu'ez autres artifices du feu nous ne nous servions quelquefois d'humides , quand nous en voulons faire durer la violence. Mais cela n'est pas de ce lieu. 11 faut donc nous attacher à la sécheresse, et à un subject sec qui ait peu de résistance contre la chaleur, et soit amy du feu. Car l'humide luy résiste : au contraire le sec est de sa nature mesme. Or, n'y l'air qui est humide et chaud, ny l'eau qui est froide et humide, ne nous peuvent donner ce corps sec que nous cherchons. L'eau en est la plus incapable, tellement que toutes choses humides et froides doivent être banies de nostre poudre, etc. (1). »

Quand on a lu ce morceau confus, empreint des idées surannées de l'ancienne physique et tout rempli des lieux communs et des divagations qu'elle affectionne, en se demande comment M. Arago a pu l'honorer d'une interprétation aussi large. Rivault ne

I)arle jamais de vapeur d'eau, comme on e lui ftfit dire ; il parle seulement, d'après les opinions scientitiques de son époque, de la conversion de l'eau en air. 11 ne fait aucune allusion à une expérience qu'il aurait exécutée, et il ne nous dit rien de cette « bombe à parois épaisses, et contenant de l'eau qui fait tôt ou tard explosion quand o*i la place sur le feu après l'avoir bouchée. « Il parle tout simplement de châtaignes « dont fesclat n'a d'esionnement que pour les enfants » et s'il nous dit que « Teffect de la raréfaction de l'eau a de quoy espouvanter les plus asseurés des hommes », il a soin d'ajouter « en l'accident des tremblements déterre», complément explicatif qui ramène le fait à !ia véritable expression. Et convenez que cet accident des tremOlenienis de terre et cette furie des châtaignes, sont bien faits pour ramener à sa juste valeur la prétendue découverte du précepteur de Louis Xlll et pour affaiblir ses droits è la reconnaissance de la postérité.

Ainsi, jusqu'à la Qn du xvi* siecie, on ne trouve aucune notion positive concernant l'application des effets mécaniques de la va-

(1 ) Les Eléments de rartillerie, concernant l«iu ia théorie que la pratique du canon, pal' le sieur de Fl«^raiicc Rivaull, 16U8, p. 150.

HâC

DMS INVENTIONS-

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»jr d'eau. Ce (ait ne surprend poinU quand ds-^rap^ielle que toutes les connaissances •]i» nous résumons aujourd'hui sous le nom r physique étaient enveloppées à cette ["^luê de rot>scurité la plus profonde. La iraiiou des sciences positives pouvait sole apporter des notions précises qui de- V et servir de point de départ à la décou- «^.e des effets mécaniques de la vapeur feiu et son emploi comme force motrice.

C'est de la fin du xvi* siècle que date la

^ïpvr^tion scientitique de TEurope. Jus-

pi^là l^s sciences physiques n^avaiont

it'ie que de nom. Depuis la chute de

(«npire àes Arabes, l'école d'Aristole conr-

t.\ sons son joug Kintelligence humaine.

li fTllogisme pour tout instrument de re-

c^r-hes, de prétendues causes absolues

[^r point de départ et pour but, et

r«îr règle suprênoe la parole du mat-

\^\ le témoignage des sens récusé, les

jM^res de Palcbimie liés aux faits scienti-

*«;iAettoat ce bizarre assemblage de con*

A.)ti"i stériles qui méritent à peine Thon-

-«: d'être rapportées, arrêtaient depuis

:\ ^ies la marche de Tesprit humain.

Cm «Tain que par intervalles quelques

tiO'dSH de génie avaient essayé de lutter

"«ntrtKlespotisme de Tautorlté tradition-

\^\^Hh\{ briller aux yeux du monde les

*VH principes de la philosophie naturelle.

I^ï5ii5. Roger Bacon, Jordano Bruno, Car-

''' rt plusieurs autres courageux réfor-

^tMir5, avaient Inutilement combattu les

^"lîteurs du grand-œuvre.

Ost alors qu'apparaissent à la fois sur la ^ne du monde trois hommes destinés h ^vr dans l'Europe régénérée les bases de Niiice nouveau des connaissances humai- ^« : Bacon en Angleterre (1), Descartes en Ho^^ et Galilée en Italie, sont les auteurs <• «<rlie révolution mémorable. Divers de j^'Ml'espritet de caractère, ils attaquent à ''f'|S selon les formes et les aptitudes par- ^•'Jiières de leur génie, l'échafaudage antiyi" 'ies doctrines qui asservissaient l'esprit ^^m; leurs baniis et salutaires efforts le ^■'•nrsent à Jamais, et élèvent sur ses dép ijoe philosophie nouvelle. Donnant à la

'^^ i^trécepte et l'exemple, ils enseignent *» oionde la véritable méthode à suivre ^^^ les recherches scientifiques, et mar- Tjfcil par leurs découvertes les premiers pas «'« science naissante. -

I l*^ éiail, en fait de sciences physiques, un rj^raes le« plus ignorants de son temps. L'in- 7^ qu'il a exercée réellement sur ses contempo- Jl* Tl!'^'^ à avoir sousiraic Tétude des sciences ^relies aox préjogés de la scholaslique dn moyen ^Jf 2voir subsiiiué une sorte de scepticisme uni- ^ '<! respect des iradilîons consacrées ; à avoir ^^*s déniés dans le lémoignage seul de nos ^pacon ni le vérimblepère de la pnilosophie maaJ"'^* laquelle , il esi vrai, on doit rapporter la Jl'Jj^feimferie» survenues dans les sciences ii»i i» ^V^l'oiivmtfe de 11. Joseph de Maislre,

La révolution sdenliliqiie accomplie par les préceptes de Bacon, les découvertes de Galilée et les écrits de Descartes, embrasse une période bien tranchée. Commencée dans les dernières années du xvi* siècle, à l'époque des premiers travaux de Galilée, elle se termine vers le milieu du siècle suivant, en 16^2, h la mort de ce savant. C*est seulement alors que le triomphe de la philosophie nouvelle est déQnitivement établi, et que la science, fondée désormais sur une base inébranlable, peut marcher saus entraves dans les voies de la vérité. Mais pendant Tintervalle d'un demi-siècle que celte période mesure, la science a péniblement à lutter contre les restes de l'esprit philosophique du passé, et elle n'est pas toujours viclo* rieuse. Pendant longtemps encore l'ombre des vieilles erreurs enveloppe les coiiceptions des savants. Une métaphysique obscure embarrasse les théories de la science ; on raisonne sur le plein et le vide, sur les qualités essentielles et sur les qualités accidentelles des corps; on disserte sur le sec et l'humide, sur le nombre et les propriétés des éléments; on s'obstine à discuter stérilement l'essence intime des phénomènes :

on élève des hypothèses sans Qn sur la nature du feu, sur la mixtion des éléments ; on prête à la nature des affections morales ; on se perd, en un mot, dans la vaine subtilité des théories de la scholastique. Aussi Texpérience est-elle à peine invoquée, et, quand on essaye d'y recourir, c'est toujours sur des sujets puérils ou ridicules que va s'exercer l'imagination des physiciens. On entreprend des recherches mécaniques pour expliquer les sons de la statue de Memnon, le jeu mystérieux de l'orgue du Pape Svivestre , ou le vul de la colonne d'Architas.

C'est au milieu de cette période à demi barbare de l'histoire des sciences, lorsque rien de ce qui ressemble à la physique n'existait et ne pouvait exister encore, qu6 tous les écrivains se sont accordés jusqu ici à placer la découverte de lu machine à va^ peur moderne. £n France, c'est h Salomod de Caus, architecte et ingénieur obscur qui a écrit en 1615 son livre : Les raisom ae$ forces mouvantes^ que l'on décerne l'honneur de cette invention. 11 n'y a qu'une voix en Angleterre pour l'attribuer au marquis de Worcester, politique brouillon et mécanicien contestable qui vivait sous les derniers Stuarts. Enfin les écrivains italiens revend!-

auent pour leur pays la première inventioti os machines à feu, en invoquant à ce sujet les titres du pbvsicien Porta, qui écrivait eu 1605, ou ceux de l'architecte Giovanni Bran* ca, qui a publié à Home, en 1629, un ouvrage sur les machines.

Dans une histoire sérieuse de la machine h vapeur, tous ces noms devraient être écartés. On ne peut* avoir songé à construire une machine ayant pour principe la force élasti* que de la vapeur d'eau, k une époque où

mCTIONNAIRE

MAC

Vou confondait avec Tair almospbériqae les fluides qui se dégagent des liquides en ébullition ; quand on ne possédait sur les effets mécaniques de la vapeur que ces nolions confuses, acquises depuis des siècles par l'observation vulgaire, et ne se liant à aucune vue théorique ; lorsque les principales lois de l'hydrostatique étaient encore un roystère, lorsque les premiers linéaments de Ta physique générale étaient à peine tracés. Cependant, comme Topinion contraire, établie sur l'autorité des noms les plus considérables de la science, jouit aujourd'hui d'un crédit universel , nous sommes tenu de l'examiner.

Les raisons des forces mouvantes avec diterses machines tant utiles gue plaisantes aus quelles sont adjoints plusieurs desseings de groies et fontaines, par Salomon de Caus, ingénieur et architecte de Son Altesse palatine électorale^ tel est le titre de l'ouvrage qui renferme, dit-on, la description de la première machine à vapeur connue.

M. Baillet, inspecteur des mines, est le premier qui ait signalé, dans le livre profondément inconnu jusaue-là de Salomon de Caus, un théorème relatif à l'action mécanique de l'eau échauffée, et qui ait prétendu trouver dans les dii lignes de ce théorème la première idée de la machine à vapeur (1). L'étrange procédé historique qui consiste à décerner à quelque écrivain obscur l'honneur de l'une des grandes inventions modernes, sans tenir aucun compte de l'état de la science à son époque, n'avait jamais été couronné d'un plus entier succès. Dans sa célèbre Notice sur la machine à valseur, oubliée pour la première fois en 1828 dans V Annuaire du Bureau des longitudes^ M. Arago a adopté et développé l'opinion émise par M. Baillet. Appuyée sur l'autorité de l'illustre secrétaire de l'Académie des sciences, elle est aujourd'hui unanimement admise, et le pauvre ingénieur normand, qui ne s'atténuait guère à tant d'honneur, est proclamé d'un accord unanime le premier créateur de la machine à feu. Laubardemont disait, au xvir siècle, qu'avec dix lignes de l'écriture d'un homme il se char* geait de le faire pendre ; notre siècle, plus

f;énéreui, avec dix lignes ramassées dans e livre inconnu d'un écrivain obscur, voue sa mémoire à l'immortalité. Cependant de tels arrêts sont susceptibles de révision, et en ce qui concerne Salomon de Caus, c'est une tâche que nous essayerons de remplir. Il est diiBcile de juger les écrits d'un savant sans connaître les principaux événements de sa vie. Donnons, en conséquence, quelques détails sur Salomon de Caus, autant qu'il est permis de fournir des renseignements positifs sur un modeste artiste du xvr siècle, à peu près ignoré de ses con-

(1) Notice hiêiorique sur les machines à vapeur, ma^ ehines dont ta Français peuvent être regardés comme les premiers inventeurs, par M. Baillet, inspecteur iliviBionnaire an corps impérial des raines. (Journ. des minês, mai i8i5, p. 2ii.)

temporains, et dont la gloire posthume ne devait briller que deux siècles après sa mort.

Le nom de Salomon de Caus n'est cité dans aucun des ouvrages biographiques de son temps ; c'est à ses propres écrits qu'il faut emprunter les particularités qui le concernent. Salomon de Caus naquit en 1576. Il était sans doute originaire de Normandie, car un de ses parents, Isaac de Caus, qui publia quelque temps après lui, un ouvrage d'hydraulique, prend le titre de Dieppois. Dans la préface de l'un de ses écrits, Salomon de Caus nous apprend lui-même que les sciences et les arts l'occupèrent dès sa jeunesse; il étudiait la peinture et la musique, les langues anciennes et les mathématiques. Porté vers la mécanique par un goût Farticulier, il se consacra de bonne heure à étude de cette science. Ensuite, comme tous les artistesde son époque, il voyagea pour perfectionner ses connaissances. Il se rendit d'abord en Italie, où il séjourna quelque temps. 11 passa de là en Angleterre, et réussit à entrer danslamaisonduprince de Galles; il fut attaché comme maître de dessin à la princesse Elisabeth. Le prince de Galles ayant conQé à l'artiste irançais le soin de décorer les jardins de son palais, Salomon de Caus peunla de groupes mythologiques les jardins de Kichemond. Tout le personnel de l'Olymue figurait dans les décorations de cette résidence célèbre; des machines hydrauliques faisaient jaillir les eaux au milieu de ces statues allé» goriques. Cependant la princesse Elisabeth» ayant épousé» en 1613, le duc de Bavière» Frédéric V, se disposait à partir pour l'Allemagne ; elle consentit à emmener avec elle son maître de dessin en qualité d'ingénieur et d'architecte. A peine arrivé en Allemagne, Salomon de Caus fut chargé de diriger la construction de bâtiments nouveaux aue le duc de Bavière se proposait d'ajouter a son )alais de Heidelberg. Il fallait entourer de . ardins le nouveau palais ; on livra donc è 'architecte une sorte de fourré sauvage, le Friesenberg, montagne inculte hérissée de rochers nus et creusée de profonds ravins. L'art changea promptement la face de ces lieux abandonnés. La montagne fut remuée do fond en comble, et bientôt, sur Templacementde ce site désert, on vit s'élever' de beaux jardins, tout remplis d'ombre et de fraîcheur, ornés de maisons de plaisance, décorés d'arcs de triomphe et de portiques, égayés, ^uivact l'heureux style de cette époque, de fontaines jaillissantes et de grottes rocailleuses. Les délicieux jardins du palais de Heidelberg, qui ont été décrits dans un volume in-iolio publié à Francfort en 1620, sous le titre de Hortus palatinus^ ont fait l'admiration de l'Allemagne jusqu'à l'époijue où ils furent détruits, fiendant l'un des sièges suivis de pillage qui désolèrent Heidelberg de 1622 à 1688.

C'est pendant le cours de ces derniers travaux, lorsqu'il dirigeait la construction des jardins de Heidelberg, que Salomon de Caus publia^ dans la boutique de Jean Norton, libraire anglais établi à Francfort, soo

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DSS INVENTIONS.

HAC

cjvrsge sur les Force$ mouvantes. Après Il J^icace, adressée au rot iris-chrétien n.xiis XIII), Tient une poésie laudative due Ibpiume d*un certain Jean Le Maire, peinl' et bel esprit du temps. Un acrostiche du ^M^. sur le nom de Salomon de Caus nous t^resd que Tauteur de cet ouvrage n*étail u>«re qu'en son printemps. Saiouon de Caus Gt paraître, la mémo fiii'éf, un traité sur la musique, intitulé: l%^\iulm harmonique divis'ée en deux par* la.tn ia première sont montrées les profi^im dn intervalles harmoniques^ et en la iguime les compositions éCicelles. Dans la f^falede cet ouvrage, dédié à la tris-illustfHvniueusedame Anne, roynede la Grande- |r'.'apj'au(eur entreprend unedissertation litoriquepourprouver l'excellence de la mu- "ije, et il invoque Thistoire sacrée et This- .>.r¥ profane pour établir Tutilité de cet art, •TiLiiêloD lai, « doit être colloque au-dessus iti^uits Ui sciences humaines. » Entre autres '^jfesdes bons effets de la musique, il nous ' {•reoil que « la pudicité de CÎitemnestre, ''^■*' {Agamemnon^ fut conservée aussi >'*lmp$ quun certain musicien dorien dewireee/Ze. »

U'V]f\M Tarchitecte normand en était

^Y'asoa automne. Il avait quarante-seot

»tis,d depuis dix ans il résidait chez le

l'Aiifi lie Bavière. Le désir de revoir sou

iv'tr tedonné depuis sa jeunesse, ou la

^iâfilé de son humeur, le décidèrent à se

^'Wdu prince. Il revint en France en

|W De retour en Normandie, Salomon de

'-f^^ continua à vivre de son double métier

i limeur et d'architecte. Rien n'indique

ç^peihlifli qu'il possédât comme ingénieur

J« laleois particuliers, car il resta étranger

• foiis les grands travaux de construction

IQi H'xéculèrent sous le règne de Louis Xlll,

tf son nom n'a point laissé de traces dans

Hivioire de l'art. Le seul témoignage qui

tous reste de ses études à cette époque est

Jû denjjer ouvrage qu'il publia à Paris en

I''-* : La practique et démonstration des

wlojei tolairesj avec un discours sur les

fWtim. » Ce dernier livre est dédié au

«•'Jinal de Richelieu.

^ cela se bornent tous les renseignements w*? Thisioire a pu recueillir sur Salomon J'UQs. La galerie d'antiquités de la ville '« Heidelberg conserve son portrait peint "^^ m, à la date de 1619. Sa vie est ra- Jilee succinctement à l'envers du panneau ; ** J fixe à l'année 1630 la date de sa mort. •^« milieu des simples événements de ^ le Tje paisible, partagée entre la culture '2 Tfwx-arls et les devoirs d'une profesp libérale, il est difficile de reconnaître ' safani que Ton a coutume de nous repré- ^^»«r comme devançant son époque et de- 'HJûl, deui siècles avant nous, les applica- :T °»^«niques de la vapeur. L'obscur

(Ont "?"°*"^» qui passa ignoré de ses /"ijmporains et de ses successeurs, est loin

|f^IK)ndre à ce personnage de génie dont fiur ^^^^^^ semble déjà être acquis à

'^^^^te. Examinons maintenant les passa-

ges de ses écrits que l'on a coutume d*invoquer pour lui attribuer la découverte de la machine à feu.

L'ouvrage de Salomonde Caus, Les raisons des forces mouvantes ^ se compose de trois livres, qui ont pour titre, le premier : Les raisons des forces mouvantes: \q second : Desseings de grottes et fontaines propres pour r ornement des palais^ maisons de plaisance et jardins ; et le troisième : Fabrique des orgues. C'est dans le premier livre. Les raisons des forces mouvantes^ que se trouve l'article concernant la vapeur d'eau.

Le titre de cet ouvrage pourrait faire croire qu'il est consacré tout entier à Tétude des forces qui mettent en jeu les machines. Cependant il ne renferme aue six pages relatives à l'équilibre de la balance, du levier, de la poulie, des roues à pignons dentelés et de la vis ; le reste est consacré à la description de diverses machines hydrauliques f)ropres à l'élévation des eaux. Vient ensuite 'exposition des moyens à employer pour construire des grottes artificielles » des fer\taines rustiques et des cabinets de verdure

f>our l'ornement des jardins. Le troisième ivre est un traité pratique assez complet de la fabrication des orgues d*église.

Donnons en quelques mots une idée des matières contenues dans le premier livre.

Dans un court préambule, l'auteur, suivant les principes de la physique de son époque, annonce qu'il se propose de définir les quatre éléments des corps, parce que tous les effets des machines se rapportent, selon lui» à ces éléments. Comme la définition du feu contient une ligne que l'on invoque quelquefois en faveur de Salomon de Caus, nous citerons textuellement le passage qui la renferme.

«r Définition première. — Le feu, dit Salomon de Caus, est un élément lumineux, chaudf très-sec , et très-léger, lequel par sa chaleur fait grande violence.

« 11 v a deux espèces de feu, l'un élémentaire, lequel n'est sujet à corruption, lequel je crois être la chaleur du soleil, car tout autre feu ou chaleur est sujet à. pourriture ; la seconde espèce de feu est la matériel, lequel est dit ainsi, à cause qu'il est nourri et maintenu de matière corporelle, laquelle matière venant à faillir, faut aussi la chaleur; quant à ce qu'il est dit lumineux, c'est à cause du soleil qui est la vraie lumière naturelle, et mesmement la lumière artiQ-

cielle procède du feu matériel ; et quant

à la violence du feu, la plus grande procède du feu matériel, chacun sait le dommage qu'il fait où il se met, soit par accident ou entreprise délibérée. En Sicile, le feu s'est rois dfedans la cavité du mont Gibella, autrement dit iEtna, lequel brusie il y a fort longtemps ; toutefois, il y a apparence que ce feu prendra fin, quand toute la matière sulfurée qui l'entretient finira ; la violence aussi de plusieurs inventions de machines de guerre est admirable, lesquelles se font avec la poudre à canon ; ainsi le feu matériel nous sert aussi bien à faire du mal comme à faire du bien, et quant au feu élémentaire, il y a

HAC

HAC

aucunes macnines en ce livre, lesquelles ont mouvement par le moyen d'iceluy, comme Télévation des eaux dormantes et autres machines suivantes icelles uon démontrées par cy-devanl. »

A4^)rès cette singulière définition du feu,

3ui peut donner une juste idée de la force e ses raisonnements et de ses vues, Salomoii de Caus passe à la définition de i'air.

a L'air, dit-il, est un élément froid, sec et léger, lequel se peut presser et se rendre

fort violent L*air est aussi dit léger, car

quelque quantité qu'il y ait d'air dans un vaisseau, il n'en sera plus pesant ; et quant h ce qui est dit ici qu'il se peut presser, j'en donnerai ici un exemple : Soit un vaisseau de plomb ou cuivre bien clos et soudé tout à Tenlour, marqué A, auquel il y aura un tuyau marqué BC, duquel le bout C approchera près du fond dudit vaisseau d'environ un pouce, et au bout B il y a un petit récipient (entonnoir) pour recevoir l'eau, laquelle verserez dans ledit récipient, et de là descendra au vaisseau, et d'autant que l'air qui est au dedans ledit vaisseau ne peut sortir, et qu'il faut gu'il y ait (Quelque place, on ne pourra emplir ledit vaisseau , et si le tuyau BC est haut de dix ou douze pieds, il y entrera environ jusques au tiers d'eau, tellement que l'air se pressant, causera une compression, et fera môme enfler le vaisseau, s'il n'est pas fort épais, ce qui démontre c^ue l'air se presse, et que cette compression lait violence, comme il se pourra voir en diverses machines en ce livre ; mais la violence sera grande quand l'eau s'exhale en air par le moyen du feu et que ledit air est enclos , comme , par exemple , soit une balle (ballon) de cuivre d'un pied ou deux de diamètre, et épaisse d'un pouce, laquelle sera remplie d eau par un petit trou, lequel sera bouché bien fort après avec un clou, en sorte que l'eau ni Tair n'en puissent sortir; il est certain que si l'on met ladite balle sur un grand feu, en sorte quelle devienne fort chaude, qu'il se fera une compression si viofente que la balle crèvera en nièces , avec bruit Semblable à un pétart. »

La lecture du texte original de Salomou de Caus suflit pour rectifier Tinterpréiation inexacte que l'on a faite de ce passage. On voit que la première expérience qu'il rapporte n'a d'autre but que de démontrer la rompressibilité de l'air et de manifester l'un des effets auxquels donne naissance l'air comprimé. L'air condensé par l'afflux de l'eau, ûans Tespace AC, s'oppose par sa pression à ce que l'eau vienne occuper la capacité entière du vase. La seconde expérience n'est destinée qu'à montrer les effets de la compression de rair^cAau//V et non delà vapeur, comme on Va si souvent avancé. Salomon de Caus nous apprend que, [)ar l'effet de la pression de l'eau exhalée enair^ un ballon de cuivre peut éclater en mille pièces. Cette phrase : La violence sera grande quand Veau $*exhaU en air par le mouen du feu^ si souvent invoquée en faveur de Salomon de Caus, prouve seulement qu'il connaissait le fait

vulgaire d'un vase métallique rempli d'eau, hermétiquement bouché, et qui éclate par l'action de la chaleur. Mai3 ce fait était depuis longtemps connu ; on le trouve cité dans plusieurs écrits des alchimistes, et Salomon de Caus se borne à le reproduire, sans su douter de la véritable cause de ^e phénomène; il n'y voit autre chose que l'effet de l'air engendré par la chaleur et agissant sur l'eau dans un espace fermé.

Après ces définitions, Salomon de Caus passe à l'exposition de {divers théorèmes. Le premier est ainsi formulé : Les parties des éléments se meslent ensemble pour un temps^ puis chacun retourne à son lieu. L'auteur rappelle d'abord que tous les corps de la nature sont « composés et mixtionnés d'éléments..., comme, par exemple , le bois et toute autre chose que la terre procure sont mixtionnés de sec et de l'humide. » Dans le développement de ce théorème, qui est loin d'être toujours intelligible, l'auteur se propose de montrer qu'après la décomposition des corps par l'action de la chaleur, chacun de ses éléments retourne en son lieu, « comme, par exemple, le bois se détruit par le moyen de la chaleur, l'humidité s'évapore en haut par extraction que fait la chaleur. Laquelle vapeur, venant à monter avec la chaleur jusqu'à la moyenne région, se quittent l'un l'autre, puis chacun retourne eu son lieu, l'humidité retombant sur la terre, qui est ce que nous appelons pluie. » 11 donna à l'appui (le ce fait une expérience confusément exposée, qui ne saurait réussir telle qu'il l'indiaue, et qui prouve qu'une certaine quantité deau évaporée par la chaleur retourne en eauy en produisant la même quantité do liquide (1).

Le théorème II des Raisons des forcer mou» vantes est consacré à discuter le principe du plein universel, thème favori delà physique du moyen âge. Il est ainsi conçu : // n'y a rien à nous cogneu de vide.

Dans les théorèmes suivants, l'auteur arrive aux divers moyens pour élever Veauplus haut que son niveau. Les quatre moyens que Salomon de Caus indique comme propres à élever l'eau sont : 1* le siphon, dans lequel l'eau monte d'abord au-dessus de son niveau dans la branche ascendante » pour

(1) Il ne faudrait pas conclure de remploi du inot vajfeur par Tau leur des liaisons des (or ces mouvanies^ qu'il posséd&t des nolions exactes s»ur la vaporisai, lion des liquides. Le terme de vapeur existait dans le langage, parce qu*U représenUiil une forme de U matière depuis longtemi:^ observée, mais la nature du phénomène qui donne naissance aux vapeurs était inconnue à cette épo(|ue. La tliéorie de la vaporisalion, entièrement ignorée au temps de Salomon de Caus, fut encore un mystère plus d'un siècle après lui. Pendant tout le xvii' siècle on continua de confondre avec Tair atmosphérique les vapeurs qui se dégagent pendant rébuUition des liquides. Salo> mon de Caus avait des idées si inexactes à cetégani que, dans le théorème dont nous parlons, il prétend que la vapeur d'eau est plus légère que la vapeur de mercure, narce que celte dernière se condense sur la v;jisselie dorée, tandis que la vapeur d'eau continue de s'élever dans lair.

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,«oa!6rplDS bas que son niveau dans la niât descendante ; 2^ la capillarité des m^ de laine ou de coton ; 3- la compresqonde Tair, comme dans la fontaine de |!fn.n, faanetfe, dit-iU est une tiM?en<ion fort 9itilUft subtile ;k' la vis d'Archimède, de LiKrU Diodare, Sicilien, et dit qu Egypte ilif^ehit par la vis d'Archimède ; Vitruve atà m fait mention^ comme aussi fait Caria, H dit quun de Aubeis, Milanais, pen- .jilArf Upremier inventeur de cette machine^ néfXÏMt fou de joie.

Vrticienfin le dernier moyen d'élever Teau, nf lequel on fait reposer la gloire de Salo- :«j àfî Caus :

. l'm montera, par aide du feu, plus 'rit que son niveau -

♦ Le (roisièrae moyen de faire monter

roQ esl par l'aide du feu, dont il se peut

!rjf diverses machines ; j'en donnerai ici la

îîioDslraiion d'une. Soit uneballede cuivre

îj->)ué€ A, bien soudée tout h Tentour, à

'<'Kte il y aura un soupirail marqué C,

;iî(.ùronmeUra l'eau, et aussi un tuyau

.«7Jï AB, qui sera soudé en haut de la

'A et dont le bout approchera près du

î'. ïm ? loucher, après, faut emplir ladite

\^>'im par le soupirail, puis le bien re-

Wa^ le mettre sur le feu : alors la

'^bJijnlonnant contre ladite balle, fera

12 c!r(/)ale l'eau par le tuyau AB (1). »

hl est rappareîl qui, selon M. Arago, '^(one véritable machine à vapeur propre "frerdes épuisements (2). » Malgré no- > JQ.te déférence pour les décisions de

• i'islrc secrétaire perpétuel de l'Académie vs sciences, il nous est impossible de partner son opinion. L'appareil décrit par 'viomon lie Caus ne peut servir qu'à IVpui- ^fnl (le l'eau contenue dans le ballon A. ^a^ en élever davantage, il faudrait au'il •iMilun moyen d'introduire dans ce ballon "•'inouTelle quantité d'eau après la sortie ^ la première. L'auteur ne donne aucune 'mhim sous ce rapport; il dit formelle- «ï-it, au contraire, qu'il faut « remplir ladite

île par le soupirail C, puis le bien rebou- •*^. » Saos doute si l'on ajoulait.au robinet ''■îin tube plongeant dans un réservoir d'eau 'oide, le vide se faisant dans l'intérieur du An par l'effet de la sortie du liquide, ap- I^Iltrail, par aspiration, une quantité d'eau * peu près égale à celle qui a disparu, et f^'e-fi s'élèverait à son tour après s'être ^ bâuffée. On obtiendrait de cette manière '»îi< sorte d'appareil intermittent c|ui pour- 'ïil servir \ opérer l'épuisement d une cerlijne masse d'eau, à la condition toutefois '•Imr l'eau chaude et d'en vaporiser une tiiniiiéconsidérable. MaisSalomon de Caus ^M'fopose rien de semblable, et la raison *»eit bien simple : c'est qu'il ne songeait Nullement à construire une machine. Le rti appareil qu'il décrit est un objet de pare démonstration, une simple expérience

<-' ^i rnioru det forces mouvantes, 1615, p. 4. ^')pfotue$nria madiine à vapeur, (Annuaire du *'«« rfei longitudes, ifô7, p. 236.)

de physique ; c'est dans l'article consacré aux théorèmes et non dans le chapitre des machines, que se trouve sa description.

Aussi, lorsque M. Arago nous parle plus loin d'un ouvrier qui, dans la machine de Salomon de Caus, est chargé de remplacer l'eau expulsée, en ouvrant un orifice qui s'ouvre et se ferme à volonté (1), il est permis de dire que l'illustre écrivain prêle è Salomon de Caus une pensée qui n'entra jamais dans son esprit. Si Salomon de Caus avait voulu présenter cet appareil comme une machine de son invention, il n'eût pas manqué de donner à sa description tous les développements nécessaires. Il nous fait connaître en effet, dans la suite de son ouvrage, diverses petites machines qu'il a inventées, entre autres, une machine tort subtile par laquelle on pourra faire élever une eau dormante au moyen des rayons solaires ; il ne manque pas alors de décrire minutieusement le mécanisme de son appareil, la situation des soupapes, la disposition des tubes, le nombre des bassins et des citernes : en un mot, tout ce qui intéresse le jeu de sa machine.

M. Ara«o, revenant dans son Eloge ae Watt sur l'ouvrage de Salomon de Caus, a dit : « Je ne saurais accorder que celui-là n'ait rien fait d'utile, qui, réfléchissant sur l'énorme ressort de la vapeur d'eau fortement échauffée, vit le premier qu'elle pourrait servir à élever de grandes masses de ce liquide à toutes les hauteurs imaginables. Je ne puis admettre qu'il ne soit dû aucun souvenir à l'ingénieur qui, le premier aussi, décrivit une machine propre à réaliser de pareils effets.... L'appareil de Salomon de Caus, cette enveloppe métallique où 1 on crée une force motrice presque indéfinie à l'aide d'un fagot et d'une allumette, figurera toujours noblement dans l'histoire de la machine à vapeur (2). » Nous avons fait connaître les idées inexactes professées par Salomon de Caus et par tous les physiciens de son temps sur le phénomène de la vaporisation des liquides ; il nous semble donc difficile qu'il ait jamais pu réfléchir « sur l'énorme ressort de la vapeur d'eau fortement échauffée. » Entre la phrase si simple de Salomon de Caus : « la chaleur donnant contre ladite balle fait monter l'eau par e tuyau AB, » et cet « énorme ressort de la vapeur d'eau, » il y a un intervalle assez difficile à comprendre. Quant a à élever de grandes masses de liquide à toutes les hauteurs imaginables », il nous semble que c'est encore ajouter beaucoup à la pensée de l'auteur, qui ne parle que de faire monter l'eau au-dessus de son niveau, hauteur que l'on peut s'imaginer sans trop de peine.

(\) € Dans la machine de Salomon de Caus , dés que la pression de la vapeur a produli son effet, uu ouvrier remplace l'eau eipulsee à 1 aide d un orifice siiué à la pariie supérieure de la sphère meiaUique et qui s'ouvre ou se ferme à volonté, i ( Nottce iur la machine à vapeur. Annuaire du Bureau de$ longun^ rfe«, 1857, p. 256.) ^ . . ,,

(î) Annuaire du Bureau des longitudei , ISo^ •

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Il ne sera pas inutile de faire remarquer « en passant, que la découverte de ce nouveau raoyen d'élever l'eau était loin d'appartenir h Salomon de Caus. Dans une traduction italienne de l'ouvrage latin du physicien napolitain Porta, Pneumaticorum libri (res^ punliée à Naples en 1601, on trouve la description d'un petit appareil qui a pour but de déterminer en combien de parties d'air peut se transformer une partie d'eau (Per sapere una parte di acqua in quanto di aria si risolve). Porta détermine en combien de parties d'air se transforme une partie d'eau, en se servant de la pression qu'exerce de la Tapeur d'eau sur de l'eau liquide contenue dans un petit réservoir. Or, ce moyen d'élever l'eau en exerçant sur elle une pression par l'effet de la chaleur* Porta est loin de le décrire comme une invention qui lui appartienne. 11 était, en effet, connu bien longtemps avant lui, et dans l'ouvrage de Héron on trouve plus de vingt appareils fondés sur ce principe, dont la cause seulement échap-

Imit aux physiciens de cette époque. Aussi *oria est-il loin de s'attribuer la première observation de ce fait ; il le prend dans le courant des opinipns communes, et le présente avec simplicité, comme un moyen d'établir par l'expérience une vérité qu'il recherche. On ne peut donc admettre, avec M. Arago, que Salomon de Caus ait fait le premier une observation de ce genre.

Nous ne pouvons davantage admettre que l'architecte normand ait eu la pensée de

Î)résenter son appareil comme créant «c une brce motrice presque indéfinie. » Salomon de Caus est bien loin d'élever des prétentions aussi hautes. Le petit appareil qu'il fait connaître, il le met sur la ligne du siphon, de la fontaine de Héron et même des tissus humectés. Que pensez-vous des effets mécaniques d'une machine destinée à rivaliser avec la capillarité des tissus I Certes, si Salomon de Caus avait eu le projet qu'on lui prête, s'il avait voulu présenter son appareil comme susceptible de créer une force applicable aux travaux de l'industrie» le lieu était bien choisi de le déclarer nettement dans un livre sur les forces mouvantes. S'il avait eu quelque pensée de ce genre, il n'eût

{>as manqué de s en exprimer clairement et brmellement : il eût ainsi évité aux bisto* riens les épineux commentaires où il les a contraint de s'engager.

Ainsi Salomon de Caus trouva dans la science de son temps la notion vague, imparfaite et confuse, des effets mécaniques de la vapeur d'eau, effets que Ton n'avait

1)as encore réussi à distinguer de ceux de *air échauffé. Il signala ce fait dans l'un de ses écrits sans y ajouter plus d'importance qu'on ne le faisait à son époque, et sans songer un instant à l'appliquer à la construction d'une machine motrice utile à l'industrie. Ce gui prouve qu'il n'ajoutait rien aux idées scientifiques de son temps, c'est que son ouvrage ne produisit aucune impression sur l'esprit de ses contemporains. Consulté seulement par quelques personnes

de sa profession, le livre de l'architecte normand, qui traite au même titre des forces mouvantes, du dessin des grottes et fon* taines et de la fabrication des orgues, oc» cupa fort peu les physiciens. Le jésuite Gaspard Schott est le seul qui, dans un ouvrage imprimé en 165?, sous le titre Meekanica hyaraulicO'pneumaticay fasse mention du nom et de l'ouvrage de Salomon de Caus. Aucun autre auteur de son siècle n'a parlé de cet appareil, et son parent, Isaacde Caus, qui écrivit , quelques années après lui, un traité sur les movens d'élever les eaux, ne cite pas môme l'ouvrage de son homonyme. Nous sommes donc contraint de rejeter l'opinion universellement répandue qui fait de Salomon de Caus un savant du premier ordre qui , par la forcp de son génie, sut deviner et construire, il y a deux siècles, la machine à vapeur. Nous sera*t-il permis d'ajouter, par forme de conclusion,

au'ii serait bon, dans l'histoire des sciences, e se montrer sobre de ces types romanes- Sues d'hommes de génie qui devancent leur poque, et qui tout d'un coup font briller la lumière aux yeux de leurs contemporains, plongés dans la nuit de l'ignorance et des préjugés? Rarement un savant devance son époque. Appliquer les notions acquises de son temps, en déduire toutes les conséquences qu'elles renferment, cette tâche suffit à occuper son génie. Raisonner autrement, c'est introduire la fantaisie dans le domaine de l'histoire; c'est donner une idée fausse de la marche ordiuaire de l'esprit humain et des lois qui président k l'évolution de nos découvertes; c'est enfin placer les esprits sur une pente dangereuse. En effet , quand un savant , raisonnant de bonne foi, a contribué à répandre dans le

f>ublic un de ces préjugés scientifiques, ce aux germe jeté dans la foule ignorante ne tarde pas à porter ses fruits. On ne se fait pas scrupule de renchérir sur la donnée primitive, et sur la trame de cet épisode enjolivé de l'histoire scientifique, on se met à broder sans façon un chapitre de roman. En ce qui toucne Salomon de Caus, cette conséquence ne s'est pas fait attendre. En 183&, quelques années après la publication de la notice de M. Arago, le MtMée des fa^ milles publia une prétendue lettre datée du 9 février 16(hl, adressée par Marion Delormc à Cinq-Mars. Cette femme trop célèbre raconte dans cette épître les détails d'une visite qu'elle a faite è Bicôlre, en compagnie du marquis de Worcester. Pendant leur visite aux aliénés de Bicôtre, Marion Deiorme et le marquis aperçoivent, à travers les barreaux de son cabanon, un homme réduit à l'état de folie furieuse, qui ne cesse de crier à tous les visiteurs qu'il a fait une découverte admirable consistant à faire marcher les voilures et les manèges par la seule force de l'eau bouillante. Le marquis de Worcester s'extasie sur l'infortune et sur le génie de cet homme, et Marion écrit le tout a Cinq-Mars en style badin :

« Suivant le désir que vous m'en avez

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eiprimé, dit Manon, je fa s les honneurs de Fins h TOtre lord anglais, le marqnis de Worcester, et je le promène, ou plutôt il me

rmèoe de curiosités eu curiosités, témoin mite que nous sommes allés faire à Bicétre, ei oeil prétend aToir découvert dans BD foa un homme de génie. Comme nous traversioiis la cour des fous, un homme se montre derrière de gros barreaux, et se met a crier : — Je ne suis pas fou; j*ai fait une déconrerte qui enrichira le pays qui voudra la mettre à exécution. — Et qu est-ce que sa découverte? dis-jeà celui oui nous montroit h oiaîsoa. — A.h 1 dit-il , en naussant les épaules, quelque chose de bien simple et c|ue vous ne devineriez jamais : c'est l'emploi de feau biuillanle* Je me mis à rire. — Cet homme, reprit le gardien, s'appelle Salomon de Caus. U est Tenu de Normandie, il y a quatre ans. pour présenter au roi un mémoire sur les effets merreilleux de la vapeur. Le cardinal reDvoja ce fou sans l'écouter. Salomon de Caos, au lieu de se décourager, se mita nâfre pertout monseigneur le cardinal, qui, tas de le trouver sans cesse sur ses pas, et iJiifKîftnné de ses folies, ordonna de 1 enfermer à Kcéire, où il est depuis trois ans et 4cnL 11 crie à chaque étranger qu'il n'est poibl vn ion, et qu'il a fait une découverte admiraUe. — Menez*moi près de lui, dit WoRcstcr; je veux l'interroger. On l'y condoiât, mais il revint triste et pensif. — Ihffltftnant il est bien fou, dit-il; le malheur et là capliTité ont altéré à jamais sa raison. Tous Tarez rendu fou ; mais quand vous Tarez jeté dans ce cachot, vous y avez jeté le plus grand génie de votre époque ; et dans mon pays, au lieu de l'enfermer, on Taoroit eomblé d'honneurs et de richesses. » Cette pièce fabriquée par un mystificateur hardi , eut un succès prodigieux, et Ton ne manqua pas dédire que le marquis de Worcester, à qui ses compatriotes attribuent la découverte de la machine à vapeur, en avait puisé Tidée dans sa conversation avec le fou de Bicétre. On pouvait cepen- «iant élever contre Tautbenticité de cet .écrit quelques otiyeclions qui ne manquent pas de solidjlé. On pouvait faire remarquer, entre autres choses, que Salomon de Caus, mort en 1630, aurait pu difficilement être renfermé en 164^1 dans un hôpital de fous ; — que Bicétre était alors une commanderle de âaiot'Louis , où l'on donnait asile à d'anciens militaires, et non un hôpital ; ^ que Salomon de Caus n'avait jamais pense à construire une machine utilisant les effets mécaniques de la vapeur; — enfin qu'il D avait jamais reçu que de bons offices de 13 part de Richelieu, puisque dans la dédicace de son livre : JLa praeiique et démanstrati^m des kartoges^ il exprime sa reconnais- . sance pour les bontés du cardinal. Mais le ' f-ublie n*y regarde pas de si près, et bien <^es gens ne renoncent pas sans douleur à i) bonne fortune historique d'un homme de génie mourant à l'hôpital. Un sujet si bien trfiUTé revenait de droit aux œuvres de Vï-- Bugînation et de Tart. Tout Paris a vu à

l'une des expositions du Louvre un lablé^u de l'un de nos peintres, M. Lecurieux, dans lequel Salomon de Caus, enfermé à Bicétre, e.>l représenté les yeux caves et la barbe hérissée, tendant les mains, à travers les barreaux de sa prison, au couple brillant de Marien Delorme et du marquis; la lithographie et la gravure ont consacré à Tenvi ce préjugé historique, le roman Ta exploité (1), de telle sorte que l'architecte normand tient aujourd'hui sa place à côté de Galilée et de Christophe Colomb sur la liste des hommes de génie persécutés et méconnus.

Pendant la période qui nous occupe, les physiciens ne possédaient sur la vaporisation des liauides que quelques notions confuses, Ticiées par une interprétation théorique des plus inexactes, consistant à rapporter à Tair échauffé la plupart des phénomènes qui proviennent du ressort de la vapeur. Les faibles effets mécaniques que Tobservation vulgaire avait révélés concernant la force élastique de la vapeur d'eau n'étaient alors l'objet que d'applications insignifiantes ou ridicules. Si quelques doutes pouvaient subsistersurce point, les faitsqu'il nous reste à présenter seraient de nature à les dissiper.

Le P. Leurechon, jésuite lorrain, a publié en 1626, sous le titre de RécréatiwM nuUhémaiiqueSf un ouvrage souvent réimpri* mé depuis, et qui donne un refiet fidèl<^ de l'état ms connaissances physiques et mécaniques au xvii* siècle. Le petit appareil connu sous le nom d'/o/ipy/e fixait beaucoup Tattention des physiciens de Tépoqne. Le P* Leurechon va nous montrer quelles applications on imaginait alors d'en tirer.

« Les éolipyles, dit le P. Leurechon (problème 75), sont des vases d'airain, ou autre semblable matière qui puisse endurer le feu ; ils ont un petit trou fort étroit par lequel on les emplit d'eau, puis on les met devant le feu, et jusqu'à ce qu'ils s'échauffent on n'en voit aucun effet ; mais aussitôt que le chaud les pénètre, Teau» venant h se raréfier, sort avec un sifflement impétueux et puissant à merveille... Quelques-uns font mettre dans ces soufflets un tuyau courbé à divers plis et replis, afin que le vent qui roule avec impétuosité par dedans, imite le bruit d*un tonnerre. D'autres se contentent d'un simple tuyau dressé à plomb, un peu évasé par le haut, pour y mettre une petite boule qui sautille par-dessus, fait à fait que les vapeurs sont poussées dehors. Finailement, quelques-uns appliquent auprès du trou des moulinets ou choses semblables» qui tournevirent- par le mouvement des vapeurs, ou bien, par le moj'en de deux ou trois tuyaux recourbés en dehors, font tourner une boule. »

Ces moulinetSf ou choses semblables qui toumevireni par le mouvement des vapeurs^ nous allons les retrouver chez d'autres phy-

(1) M. François FeriiauU a poblié sous le litre dv ; €n martyr de CinteHigence^ un poëfoe ÎDspiré p:ir Tidée de réhabiliuiion combatUie par Tauleur de cci ariicle. (Soie de Vidileur.)

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sicieDS dd xtii siècle : les appHciitions puériles que Ton fait alors des propriétés de la Tai'eur d'eau montreront suffisamment

Juei rôle jouaient, dans la science de cette f)oc|(je, les notions relatives à la vapeur. Giovanni Branca, architecte de l'église de Lorette, savant très-peu connu et qui n'a laissé que quelques ouvrages sur Tarchitec* tnre et la mécanique, a publié h Rome, en 1629, sous le titre de Le Machine^ un recueil des principales machines connues de son temns. Branca n*est point Finvenleur des machines qu'il décrit ; c'est seulement à la prière de ses amis qu'il fait, dit-il, cette publication, car il ne connaît point les noms des auteurs des différents appareils dessinés dans sou ouvrage. L'une des machines décrites par Giovanni Branca est un éolipjle ainsi composé : le buste d'une statue métal* lique creuse est placé sur un brasier ; un irou qui se ferme h vis sert à introduire de l'eau dans ce buste ; un tube adapté à sa bouche lance la vapeur contre les augets d'une roue horizontale. Celle-ci, au moyen d'une roue dentée, met en action deux pilons; « ces pilons, dit Branca, broieront de la poudra ou toute autre matière que l'on voudra (1) .»

J'imagine que cet appareil était destiné à

brojerlotire otf/re ma/tVre, car l'existence d'un foyerà quelques pas de la pondre n'aurait pas été marquée au coin d'une prudence excessive, • Je n'ai pas encore deviné, dit M. Arago en parlant de l'appareil Branca, d'après quelles analogies on a pu voir dans cet éolipjle le premier germe de la machine à vapeur employée de nos jours. » La liaison serait en effet difficile à saisir. Le principe de la machine à vapeur moderne repose sur la force élastique de la vapeur d'eau contenue dans un espace fermé ; ici il s'agit au contraire, du simple effet d'impulsion' que produit un courant de vapeur. Un courant d air chassé par un soufflet et dirigé contre /es augets de la roue aurait produit un effet tout semblable. Celte assimilation est tellement fondée, que Branca décrit, dans une autre partie de son livre, une machine analogue à la précédente, dans laquelle seulement l'action de la vapeur est remplacée par celle de l'air chaud. Une roue h augets, placée au sommet du tuyau d'une cheminée cil activité, tourne par l'effet du courant d air échauffé qui s'élève du foyer ; divers engrenages communiquent le mouvement de cette roue à un Liminoir qui transforme des lames de métal eu médailles ou en pièces de monnaie (2). '

Cette insignitiante application de l'éoli-

(I) U Machine^ del signer G. Brancn, p. 24.

(i) Au XVI* siècle, Cardan avait décrit une machine à peu prés semblable sous' le nom de machine à fumée. Elle était formée de feuilles de tôle Uillëes'il peu prés comme des ailes de moulin et disposées de la même manière autour d'un aie mobile; on la plaçait horizontalement dans le tuyau d*une cheminée. On attribuait à la fumée le principe d*aciion de «eue machine, mais Cardan remarque a?ec raison que la flamme semble plutôt contribuer à ses effets.

pyle, faite par l'architecte romain, est cepen* dant revendiquée par Robert Stuart en faveur de l'un de ses compatriotes, c L'ingénieur et savant évèque Wilkins est le premier auteur anglais, dit Robert Stuart, qui parle de la possibilité de faire mouvoir des ma* chines par la force élastique de la vapeur (1). 9 Jean Wilkins, beau-frère de Cromwel et évèque de Chester, qui, malgré ses travaux de théologie, s'était rendu habile dans les sciences physiques et mathématiques, a publié sous le titre de Maihemaiical magick un ouvrage oil il dit quelques mots de l'éoiipyle. « On peut, dit l'évéque de Chester, employer les éolipyles de diverses manières, soit comme amusement, soit pour enfler et pousser des voiles attachées à une roue placée dans le coin d'une cheminée, au moyen de laquelle on peut faire tourner un tournebroche. »

Robert Stuart nous a déjà parlé d'un éolipyle appliqué au xvi* siècle à faire marcher un tournebroche. Il parait qu'à cette époque l'emploi mécanique de la vapeur d'eau ne pouvait s'élever au-dessus de cet engin de cuisine.

Ainsi, jusqu'à la période à laquelle nous sommes parvenus, on connatt vaguement quelques-uns des effets mécaniques que peut exercer la vapeur d*eau. Mais là s'arrêtent toutes les notions. Les applications de ce fait sont à peu près nulles, car on ne s en sert que pour la démonstration de principes erronés ou pour faire manœuvrer des jouets d'enfant. Quant à ta théorie du phénomène, on continue d'admettre à cet égard l'erreur de l'ancienne physique, c'est-à-dire la transformation de l'eau en air par le fait de la chaleur. Nous avons vu Porta, Salomon de Caus et le P. Leurechon professer cette théorie ; le P. Kircber va la formuler pour nous d'une manière encore plus explicite.

Le P. Kircher, dont l'esprit fécond et l'imagination active s'exerçaient sur toutes les branches de la science de son époque, a publié à Rome, en 16U, un ouvrage intitulé : magneif sive de magnetica arte^ dans lequel il décrit plusieurs de ces appareils curieux qu'il aime tant à faire connaître. L'un de ces appareils est un vase métallique allongé contenant de Teau à sa partie inférieure. Cette eau étant portée à l'ébullilion, la vapeur s'introduit, à laide d'un tube, dans un va&e supérieur, et par le fait'de la pression qu'elle exerce sur de l'eau contenue dans ce vase," elle fait jaillir celle-ci par un ajutage. Rien de plus simple, on le voit, que le mécanisme de.cet appareil. Or, voici comment le P. Kircher nous rend compte de ses effets :

« L'appareil étant ainsi préparé, si vous voulez qu'il chasse le liquide à une grande hauteur par la force du feu^ placez le vase sur le feu après l'avoir rempli d'eau. L'ai> de ce vase y comprimé par la raréfaction et ne trouvant d'issue que par le tube, y passera avec violence et tentera de s'échapper daD>

(1) Histoire dacnpiivc de la machine à rapeur^ p. 55.

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