‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 5)Chapitre 205 sur 370 · II. — La vivacité de sa douleur · texte numérisé non relu

II. — La vivacité de sa douleur

Quoique saint Louis de Gonzague n'eût commis que des fautes légères, il en eut un extrême repentir. Sa douleur fut si vive que, la première fois au*i1 s'en accusa dans une confession générale qu'il fit h Florence , la tristesse et les larmes , précédées d'une sueur froide , le firent tomber aux pieds de son confesseur dans une espèce d'évanouissement qui ne lui permit pas de continuer sa confession ce jour-là; et dans la suite de sa vie il ne pouvait se ranpelerle souvenir de ses péchés sans verser aes torrents de larmes.

Et vous, chrétien , chargé de tant de crimes, vous êtes si peu touché des sentiments de la componction , qu'à peine pouvez-vous former un acte de contrition quand vous vous présentez au tribunal de la pénitence. Ah I malgré toute la dureté de votre cœur, la seule vue de vos péchés ne devrait-elle pas sufTIre pour vous arracher des larmes îComptez-vous pour rien le malheur d'avoir offensé Dieu ? regardez-vous le péché comme une bagatelle ? Celui qui ne pleure pas amèrement sur un si grand mat , en a bien peu de connaissance ; il ignore que c'est proprement le souverain mal et le seul qui soit véritablement à craindre. Tâchez donc de vous exciter à la componction, et d'en être pénétré le plus vivement qu'il vous sera possible.

Humiliez voire e$prit profondément (Eccli. yif, J9] : c'est le seul moyen d'éviter ta peine que méritent vos péchés.

UL — La contlouilé et la persévérance de sa douleur.

Saint Louis de Gonzague ne cessa jamais de pleurer ses péchés. Souvent il s'écriait, les larmes aux yeux et le cœur pénétré de la plus vive douleur : Mon Dieu ! vos jugements sont un abîme impénétrable. Qui sait si le Sei» gneur m'aura pardonné les fautes ç[ue fai commises dans le siècle? 11 craignait sans «esse d'être du nombre de ceux que Dieu abandonne en punition de leurs péchés.

Réfléchissez sur les avantages de cette erainte qui est d'autant mieux fondée , que nul ne sait s*il est digne d'amour ou de Aatfii {Eccle. IX, 2).

Moins on pleure ses péchés, moins on est assuré de sa réconciliation avec Dieu. Il n'y a qu'une componction amère et conti* nuelle qui puisse vous en donner quelque assurance ; le Seigneur ne manque jamais de guérir ceux qui ont le cœur contrit ( Ps, ciTi). Cette componction est également avantageuse pour le présent et pour l'avenir : dans le présent» elle donne des forces et de

la vigueur à boire Ame, elle l'anime, elle li soutient, elle lui sert en quelque sorte >i{ nourriture, selon cette parole: Noutitrom nourris du pain de nos larmes^ et nom 6oirons reau de nos pleurs (Ps. lxxix). Dans IV venir, ellp nous attire l'assistance la plus favorable de la grAce divine: Sur (m \tHh rais'je des regards propices^ dit le Seigueur si ce n'est sur le pauvre qui a le cour cmtrit {Isa. Lxvi, 2)?

Accoutumez-vous donc à reojplir Totr« cœur de cette douleur salutaire. Si la douceur du péché corrompt le goût et détruit its forces de l'Ame, elle ne peut être guérie que par l'amertume des larmes, qui lui rend la vie et la santé.

H1X1IU8 DE SAIMT LÔmS D8 60KZAG0I, CTnATVB

BE VEATOS.

1. Plus la vie est longue^ et plus onâlim de craindre pour son salut. C'est pourquoi n« vous persuadez jamais que vous élêsti»/^ de votre salut, mais travaillez-y avetimu et tremblement. N'imitez pas ceux i^^^ Saint-Esprit fait un reproche de ce qu% je vent dans une fausse sécurité ^ commti^ avaient acquis les mérites et pratiqué Utztrtu des justes {Eccle, viii, ik),,

2. // est à craindre que les anges, f»t iw/ présentement nos guides, ne deviennent ms «ccusateurs au jour du jugement. Vivez do'ic dans la crainte ; faites lousles soirs,& Teiean pie du saint, un examen sérieui de votre conscience ; et pour rendre cet eiam^s plus exact, adressez-vous à votre ange gardien, qui a été témoin de toutes les fautes que vous avez commises, en œuvres, eo paroles ou en pensées, et concevez une nouvelle douleur de vos péchés ; demandez-en pardon à Dieu9 en Iiii disant, comme le Rni- Prophète : Purifiez-moi de plus en phn, Sdgneur, de mon iniquité { Ps. l ).

3. Celui qui tombe dans une faute, ftfOifK légère^ doit aussitôt se relever, s'adnsttr a Dieu, lui en demander pardon et la grâce it u plus la commettre.

Commencez donc par mettre cette maxiiDf en pratique. Imitez celui qui, ayant eu leintlbeur do tomber dans la boue, se relève proonplement pour se nettoyer, et marche ensuit avec plus de précaution. Car si le juste tosa^ sept fois, il se relève; mais les impies teprf eipitent dans Vabîme du mal {Prov. xxtv, 16 . et ils ne fout aucun effort pour en sortir.

Il* GONSIDiEATlOlf •

Pour te 9' Dimanche.

Saint Louis de Gonzague, modèle de mafiif' cation et d'aïutérité.

Considérez quelle fol sa morlificttion, î' ésuk monde; i« dans Ntat religUns; Z» gnUtéin mort.

1. — Mortification de saint Louis de Goniagoe lartqu*ll vivait dans le monde.

Tout chrétien doit marcher dans ia rnf étroite qui conduit à la vie étemells {Mslts. VII, 14). Et par conséquent, Tesprit du cbrstianismo est un esprit de mortification et

LOU

DES INDULGENCES

LÔU

d*austéHlé. 9aînl Louis de Gonzagùe com*

Eril celte vérité dès se plus tendre enfance, e Saint-BspHt la lui ût connaître au milieu de la cour. Quoique enfant, quoique séculier, quoique prince, il se mortifiait par des jeûnes assidus ; il retranchait tous les jours de sa nourriture jusqu'à la réduire au poids d'une once ; il déchirait sa chair par de rudes disciplines ; il inventait tous]esjoui*sde DOUïelles mortifications pour la tourmenter ; il mettait sous ses habits des pointes de fer pour suppléer au cilice.

Que dites-vous, chrétien, d'une pénitence si rigide? Comment pourrez-vous excuser votre délicatesse T Eles-vous plus jeune, plus faible et plus délicat que lui? Oserez-vous dire qu'il vous est impossible de Timiter? Mais que ne souffrez-vous pas tous les jours pour Totre intérêt, pour satisfaire votre caprice ou pour vous procurer du plaisir 1 Ne renouvelez-vous pas pour ainsi dire les prodiges de la manne , qui résistait au feu le plus violent et qui se fondait au premier rayon du soleil ? Cependant il sera toujours vrai de dire que la mortification des sens est la maraue d'une âme choisie et agréable à Diea. Ceux qui sont à Jhus-Christ^ dit TApdire^ ont crucifié leur chair avec tous ses «îees et tous ses désirs {Galat. v, 2^ ).

!!• — Sa mortification dans Tétat religieux.

11 pratiqua les mêmes austérités dans l'état religieux, autant que ses supérieurs voulurent Te lui permettre. Aucune action ne lui plaisait, si elle n'était accompagnée de quelque mortification : outre les jeûnes, les chaînes de fer et les disciplines, soit qu'il marchât» soit qu'il fût assis pu qu'il se tint debout, il était toujours dans un état de souffrance. 11 disait à ceux gui s'étonnaient de ses austérités, que Taffaire du salut ne réussit que par la pénitence ; que le vrai moyen de la rendre douce et facile est de la mettre continuellement en pratique, et qu'elle ne fiaralt difficile que par le peu d'usage qu'on en fait.

Le corps est destiné, par sa nature, h être Tesclave de l'Ame; si on liii laisse trop de liberté, il en abuse. Or, la vraie manière de l'assujettir est d'imiter les saints qui le traitaient durement, et travaillaient sans cesse à le domptef. Je châtie mon corpSf disait saint Paul, et je le réduis en servitude (/ Cor. ix, S7 ). II ne Suffit donc pas de l'avoir châtié quelquefois, comme quelques-uns le disent, casiigavi: il ne suffit pas non plus d'avoir la pensée de le châtier à l'avenir, comme d'autres s'en flattent, en disant castigabo^ je le châtierai : il faut le châtier continuellement comme un esclave toujours rebelle, et ne pas être un moment sans pouvoir dire comme saint Paul : Je châtie mon corps, et le réduis en servitude.

RI. — Sa iDortIfIcaUon ao Ht de la mort.

A la vue des étonnantes austérités de saint

Louis de Gonzagùe, plusieurs disaient qu*il aurait du scrupule à l'heure de la mort, d'avoir abrégé ses jours par les excès de sa péhiteuce: mais qu'arriva-t-il? Ce saint, après avoir reçu les derniers sacrements de l'Eglise, protesta que non-setdement il n*avait aucun scrupule aes pénitences quil avait faites^ mais plutôt d'avoir omis beaucoup d'autres mortifications qu'il aurait eu peut-être la force de supporter, 11 pria ensuite son supérieur de lui permettre de se faire déchirer de coups depuis les pieds jusqu'à la tête ; et n'ayant pu l'obtenir, il demanda au moins d'être jeté sur la terre nue, afin d'expirer en vrai pénitent. Vous vous récriez peut-être contre cette rigueur; et vous demandez si c'est le le véritable esprit du christianisme t Mais réfléchissez sur tous les remords q[ue votre excessive délicatesse vous causera mfailliblement à l'heure dé la mort. Songez combien vous vous croiriez heureux à ce dernier moment, d'avoir mortifié, par la pénitence, une chair qui sera sur le point d'être abandonnée aux vers et à la pourriture. Malheur à vous qui riez présentement^ dit le Seigneur, malheur à vous qui avez votre consolation en ce monde {Luc. vi, 24 U

HâXIIIES de SilIfT LOUIS DE GOIfZÀGCB, ET PHATIQOES

DE TEETUS.

1. On n* a jamais vu personne s^ élever à une haute perfection^ sans avoir traité son corps comme un animtU indocile que Von dompte à force de coups.

Ayez donc soin de pratiquer toujours quelque pénitence corporelle, comme de porter le cilice, la haire, la chaîne de fer ou autre semblable, et persuadez-vous, à l'exemple d'es saints, que la grâce de Dieu ne se conserve pas longtemps au milieu des satisfactions ae la mollesse ; elle ne se trouve point dans le séjour de ceux qui goûtent les délices de la vie { Job xxvin, 13 ).

2. La pénitence volontaire du corps ne doit point se différer jusqu'à la vieillesse^ temps où il ne reste plus assez de force pour la soutenir. Il est surtout nécessaire de la pratiauer dans rage où la chair ne peut être ménagée que Ves* prit n*en souffre.

Ne cherchez donc jamais de prétexte pour omettre ou pour adoucir cette pénitence ; songez plutAt k la rendre plus pénible et

S lus rigoureuse dans le temps de la tentation. [ésistez au démon avec force^ disait raoôtre saint Jacques, et il s'éloignera de voué [Jac. IV, 7).

3. Quand quelqu^un vous exhorte à traiter plus doucement votre corps^ il faut répondre que Dieu vous Fa donné en garde^ comme un esclave rebelle qui ne cesse de se révolter con-^ tre son maitre.

Animez-vous de plus en plus è la pénitence par le désir de plaire à Dieu : Vn esprit abattu et humilié est pour lui un sacrifice agréable ( Ps. t ).

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