‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 5)Chapitre 280 sur 370 · PROPAGATION DE LA FOL · texte numérisé non relu

PROPAGATION DE LA FOL

§l!'. OEIGltVB ET BISTOIBB DE L^OBL'YaB HC LA PROPAGATION DE LA FOI.

Entre les germes qu'on voit percer avec une sève et une vigueur inespérées» il n*co est point de plus précieux» ou qui promette une récolte plus abondante que l'œuvre connue sous le nom d'Association pour ta pagation de la Foi,

Née fort obscurément à Lyon » en elle a pris , en quelques années , une telle extension qu'il n'y a point sur le globe de contrée oii elle ne compte des membres et des correspondants. Instruit de ses rapides succès et des services qu'elle rendait à U religion, le saint et très-vénéré pontife Grégoire XVI la prit sous sa protection spéciale ; il l'établit à Rome ; il affecta à ses réuDions une église particulière » et lui donna pour protecteur et directeur un membre du Sacre- Collége ; il voulut que cette société, presque aussi étendue que 1 Eglise catholique, Âl eo grand honneur dans la capitale du monde chrétien » tout en conservant à la France les droits et privilégesdusàsaglorieuseinitialive.

Sa Sainteté Pie IX. a daigné donner de nouveaux encouragements aux Conseils de TŒuvre et à tous les membres de l'Associa* tion ; il a ouvert par deux fois, en leur fa*

PRO

DES INDULCëNCES.

pno

Teur, le trésor des induteences (1). C*est sans floute aui bénédictiODS du père commun des fidèles que ia Propagation de I^ Fol doit son accroissement merveilleux ei-san établissement presque immédiat dans tons les Etats de TEurope civilisée. Mais ces béinédictions v{ cette haute approbation, elle en est rcde* vable avant tout à son caractère si bien approprié à notre époque» et qui fait d'elle une des institutions les plus populaires et le pl*is éminemment catholiques des tiimps moderucs.

Elle est populaire « car elle est née du peuple : de simples Gdèles ont été ses fondateurs ; elle est faite pour le peuple ; elle est fondée sur le peupje, auquel elle impose une taxe légère, môme pour Tindigence.

L'Association ne repousse point les largesses plus considérables, mais ces dons sur* érogatoires composent la partie casuelle et tlottante de spn revenu ; sa' recette ordinaire, sa recette assurée est toute dans ce sQu que le pauvre trouve le moyen d'épargner sur son paJQ quotidien, et qu'il vient apporter chaque semaine à la caisse de rOEuvre. Toilà le fonds certain , la vie de. l'Associa lion. Et comment voulez-vous que celte obole, toute treippée des sueurs de' la veuve , de l'ouvrier, du laboureur, ne produise point des trésors devant Dieu? Je dis des trésors de. grâce, de dévouement, de mist^ricorde et de salut.

Une institution si largement populaire ne pouvail élra qu'une institution catholique, car le catliolicisme seul , depuis les temps <^vangéliaues, a connu et pratiqué la véritable popularité. V^ssenceuu catholicisme est. Tunion des ftmes ; sa doctrine enseigne la communauté, des biens spirituels entre tous, 1rs membres , c*esUà-dire le droit et la participatiçndelous au fonds commun des grâces, des m.érites et des récompenses : c est là le dogme si consolant de la communion dts., iainls , coinmunion aussi vaste nue TEglise elle-même , s'éteudnut par delà le temps et l'espace , passant pur-dessus la tombe et ne connaissant d'autre limite que Tenfer. Or, dans rœuvre de la Propagation de la Foi, celte union s'élève aux plus sublimes prérogatives ; chaque associé , en outre des. nouveaux liens qu'il contracte avec les membres iuuombrables de ce grand corps , participe t Pîir le seul effet de son engagement, & tous les mérites des hommes apostoliques qui vont apporter l'Evangile aux quatre coins du njoude; nonrseulement il aune place spéciale dans les. prières si puissantes de ces «mis de Dieu, mais il devient lui-môme apôtre ei missionnaicp ; il^ ^a P^t (l^ns leurs, travaux , dans leurs sou(!^raoces et jusque dans la couronne de leur martyre.

A ces cpnsidi^rations , prises de la nature même de Toeuvrp, il fa^t ajouter le bi^t qu*elle ,

(I) Le dernier numéro des Annalen de /«r t^'opa^a" tmtU la Faî (mars 1851) contienl deui décrets acconl:ii\( .d(^ indulgences à celle société, en date 'îu 17 oçu^ |jM7, ei du 10 sioplembr); 18^)0. ( V4fy.

r^tti but.)

sç propose. ^Ue n'en a point d*autre que de porter la lumière de l'Evangile aux peuples epcore assis à l'ombre de la mort, de les faire participer h la rédemption du Christ, de chasser du monde entier ees ténèbres intel- It^ctuellesct morales que le Sauveur est venu dissiper par sa parole , d'appeler à la vie de la grâce, et par suite à la vie do la gloire, une moitié au moins du genre humain , ei de l'élever en même temps à la vie sociale Car le catholicisme ne marche jamais seul ; i( apporte avec lui l'intelligence, Té^lucation, 1^ civilisation tout entière. C'est lui , et lui seul, qui peut tirer ces êtres sans nom du profond avilissement oii ils croupissent, audiesspus des bêtes féroces de leurs déserts , . pour en faire des chrétiens ; et , quand on a des chrétiens , on a des hommes et des citoyens. Ce qu'il a fait, il y a dix siècles, pour nous et pour toutes les nations eurojiéennes , il Topère encore chaque jour dans r.un et l'autre hémisphère, par le moyen de ses humbles |)rédicateurs, dont le plus ignoré a, mieux servi la cause du progrès social aue tous les philosophes et tous les philanthro* pes ensemble.

. Mais si jamais la Propagation de la Foi a éprouvé des besoins , c'est en ce moujent, ou une ère nouvelle s*ouvre fv>ur les missions. Le temps semble arrivé dont pare un Rère de l'Eglise, où il y aura une effusion immense djB la miséricorde de Dieu (1) ; U sang chrétien versé en Orient pousse déjà une moisson qui blanchit à Thorizon. Les ouvriers évangéliques ne vont plus, un à un, ieter quelque grain perdu parmi des milliers d infidèles ; c'est uar bandes , par légions entières qu'ils s'élancent à leurs paci- Qques conquêtes. Tous les océans portent avec joie leurs navires, toutes les côtes sont foulées par ces hommes de paix , dont les pieds sont si beaux (2| !

Et cependant jamais le manque do miss^pnnairesne s'est fait sentir davantage. La terre et la mer les appellent ; TOcéanie leur ouvre ses plages inconnues et ses canaux et ses archipels de corail ; monde sans limites, où la création semble à peine ébauchée et où la mer se pare chaque jour dlles nouvelles, comme au printemps la terre se pare de Oeiirs (3).

I^' Amérique, déjà toute chrétienne , si remarquable par l'institution detautd'évêques, demande sans cesse de nouveaux, apôtres.

Des cris semblables sortent des flancs do la vieille Asie; ils viennent des montagnes de la Perse , des déserts de l'Arménie , des

grands fleuves de l'indoustan, tandis qu'au oui de rOrieut, la Mantchourie, la Mongo* lie, la Corée, s'unissent jusqu'au fond du Thibel ; le Céleste-Einpire s'ébranle comme en travail d'un graiid enfantement, et ren-

(1) S. Jean. Clirysost., in Eoi$L ad Rom,^ bomlL 9 : Âtnplitudinem graîiœ ae dont' Dei^ ac fere ro< êum tri. — Mxd ^x'^ '^^ ^"^ ^^* C^ume, l. l\^ p. 71 L D.

(2) Quam polcbii super montes .pedes anuuntiaik^ tîs et pr«dU:aiUis OjiceBi..* (Isa, ui, 7).

(5) Vrtf^. fart. ac£>,>iE.

PRO

DiCTIONNAinE

PRO

verse di ses propres raains ses murailles iiifranclussables.

En môme temps l'Afrique, endormie dans une éiernetle nuit , se réveille frappée sur tous les pointa par des rayons de lumière. La France a enfin compris que son drapeau ne pouvait avancer ni peut-élre tenir sur la côte d* Alger, s'il n'était surmonté de la croix ; et tandis que cette croix , entourée de tout Véclat de nos armes, voit tomber è ses pieds les populations mauresques et bédouines , quelques mains désarmées de missionnaires la dressent parmi les HoUentots du cap de fionne-Espérance. L'Abyssinie renoue avec Rome des lien<s romfius depuis tant de siècles ; et voici qu*à la côte occidentale se prépare une entreprise dont les résultats ne jieuvent être appréciés. Il s'agit d'évangéliser la race nègre dans ses propres foyers. Jnsqu*ici toute tentative avait échoué contre CCS peuplades abruties et profondément vi« ciées, dont Tidiome offre n'ailleurs d'insurluontahtes difficultés. Un seul moyen semblait praticable, c'était de leur envoyer des prêtres de race nègre : c'est ce qui a été exécuté avec un grand succès. Des prêtres noirs, ordonnés h Paris , ont repris le chemin du Sénégal , pleins d'ardeur pour la conversion de leurs frères ; ils ont été reçus en triomphe. De jeunes noirs , élevés à Rome , au Collège de ja Propagande , se disposent à suivre leurs aînés et à leur venir en aide. Fières d'entendre enfin la parole évanjjéliqup, ces misérables tribus semblent avoir éprouvé quelque sentiment de la dignité humaine , en vojrant leurs enfants revêtus du sacerdoce chrétien. Une mission fondée à Gorée et à Dakar commence, avec le concours de deux évô- (fues et d'une congrégation de filles sous rinvocation de Marie Immaculée, Or, la conversion de l'Afrique occidentale, c'est Tabolilion de la traite des nègres et l'entière destruction de l'esclavage. Savez-vous pourquoi ce double but» si longtemps poursuivi par la philanthropie européenne, n'a pas encore été atteint ? C'est parce qu'on n'a jasjais attaqué le maj à sa source. Les premiers auteurs de la traite, les vrais n^yrier» , sont les nègres eux-mêmes , qui s'achètent et se vendent comme un vil bétail aux trafiquants de chair humaine. C'est en Guinée qu'il faut couper la racine de ce honteux commerce. O profonds politiques 1 que votre vue est courte I Vainement armez-vous des Hoîtes. Que peuvent vos croiseurs et soivQ droit de visite? Voulez-vous abolir la traite sur l'Atlantique , civilisez le Niger. Voulez-vous tuer l'esclavage au Nouveau-Monde i plantez la croix à Tombouctou .

Ainsi le monde entier se remue , et il le faut, car le monde se fait vieux ; et pourtant il est écrite toutes les pages d'un livre qui ne vieillit pas, que toutes tes nations doivent être un jour réunies dans le même bercail^ que le nom du Seigneur doit être adoré et béni par toute chair sur toute terre , et que Uê derniers confins du monde salueront la lumière du Dieu vivant I La Propagation de la Fui , avec tous ses coopéraleurs et tous ses

associés, travaillent directement à ce graM objet, qui est la fin de la créatio;i. El lou pourquoi tous doivent lui prêter assistao^t, s'inscrire sur ces listes , la faire coonaitrt, l'étendre autour d'eux.

L'Œuvre fait sans doute des progrès biei consolants ; mais qu'est-ce, en vue de niDmensité des besoins et de ce mie la cban-: catholique pourrait produire ? Qu'est-ce surtout (disons-le à notre confusion) que o.i deux ou trois millions , comparés aux immenses trésors réalisés la même itonéei'i: une société destinée à propager rérreortl à se mettre partout è la traverse de nos mii* sionnaires?..,.

Dire cependant que les produits [courraient être doublés , c'est rester bien aidessous de la réalité ; car il n'est pas ui* seule paroisse qui ne pût former au moi s une dizaine : la preuve en est que les i^^i'clations connues pour être les plus panrpj ne sont point celtes qui ont donné lemnu^

Que tous les catholiques s*afT]lient i cr> association ; que tous ceux qui ont quel]/ infiuence preunent à cœur une œuvres! Lk'.> et si méritoire ; ce sera , nous n'en douin.) pas , un moyen d'attirer sur eux les bétndictions célestes , car rien n'est agréab!e i Dieu comme la charité unie à l'apostohL Qu'on ne craigne pas surtout de fatiguer h générosité des Ames chrétiennes ou de tliminuer les ressources locales. Cette peo^ée égoïste n'est pas une pensée chrétienne. Les offrandes (lemandées par la Propagatioi de la Foi ne sont pas onéreuses ; et déplus, qu'on ne l'oublie pas, la charité chrétienne est semblable aux terres grasses et fertiles: plus on les travaille profmdément, plus h moisson est abondante. {Univers^ k mai 1851.:

Après ce sommaire sur l'histoire de Tceuvre, nous allons entrer maintenant dans Quelques détails mie nous puisons daus les Annales même de l'œuvre sainte.

Maux a/freux et nombreux de ndolâtrit.

Quelque grand que soit le nombre des ( eu-

f>lcs qui , par un etfet de la roiséricordo réeste, sont éclairés des lumières de TEva'igile , le nombre de ceux qui ignorent le mi Dieu ou le méconnaissent, est bien plus grand encore Sur huit cents millions d'hom* mes qui couvrent la surface de la terre, cinq cents millions peut-être, suivaut l'énergioue expression de l'Ecriture, sont assisàromrf de la mort ! Voilà donc une grande nioltitude d'âmjes placées hors de la voie du salut; que deviendront-elles, si, par le mo^eo de la prédication , ou par un mincie de sa providence , le Tout-Puissant ne vient à leur aide ? Que fussions-nous devenus nous* mêmes, si, dans les premiers temps (in christianisme , les Pothin et les irénée n'eussent apporté à nos ancêtres le précieux flambeau de la foi?... Aussi l'esprit de cbarilé qui anime l'Eglise de Jésus-Christ a-Hl suscité dans tous les Ages un certain nombre de ces hommes apostoliques, qui , au péril de leur vie, au milieu des dangers et des fatigues sans nombre, se sont dévoués pour

SGSd

ruo

DES INDULGENCES

PPO

AlliT nnroncor la bonne nouvelle aux peuples idolâtres ou infidèles ; les aider, c*est concourir aux desseins de Dieu ; c'est faire <ia volontés car Dieu veut le salut de tons les : hommes, il veut que son Evangile soit prêché par toute la terro.

En second lien , nous avons tous des devoirs h remplir envers nos frères ; le Seigneur a commnnué à chacun, disent les saintes Ecrilnres, de prendre soin de son prochain; ne pensons pas toutefois avoir rem|)li cotte obligation en la restreignant h nos concitoyens et à nos proches ; la foi nons montre un horizon bien autrement vaste ; tous les hommes sont notre prochain , car tous ne forment qu'une seule famille eu Adam et'en Jésus-Christ ; nous devons donc (|u 'Iq te chose aussi à ces peuples qui , séparés de nos contrées par de vastes mers , n*ont point reçu encore le don de Dieu, et qui, s*ils le iiossédaient , en feraient peut-être un meilleur usage que nous-mômes. Ce qu'on demande pour eux est bien peu de chose, mais ce peu de chose est suffisant, si cet appel est entendu de tous, pour leur procurer l'avantase inestimable de connaître la vérité , et cela sans nuire aucunement à ce que peuvent réclamer d ailleurs les besoins de ceux qui nous environnent ; que si nous refusions à ce prix de les secourir, ne devrions-nous |)as craindre que ces peuples ne s'élevassent, au jour du jugement dernier, pour nous reproclier notre égoïsme et l'insensibilité de notre cœur?...

Enfîn, quoi de plus glorieux que d'aider h étendre le règne de Dieu dans tout Tunivers , à le faire connattre et adorer de tous les hommes? Pourrait-il dire qu'il Taime, ci'lui qui refuserait de concourir h le faire aimer?... Rien aussi de plus méritoire, ()isons-le plutôt, rien de plus divin que de s'associer en quelaue sorte à la rédemption de Dieu même, d'être ses coojiérateurs dans rœuvre admirable du salut drs Ames, en y contribuant chacun selon la mesure de nos forces; or, une prière, une faible aumône, nous procureront cet avantage, et en participant aux récompenses promises à ceux qui s/iiivent leurs frères, nous attirerons sur nos friinilles et sur notre patrie les bénédictions les pins al>ondantes. Jésus Christ lui-même y a engagé sa parole ; car il a dit que nous rt^cevrions à proportion de nos propres dons : « De la même mesure dont vous vous serez servis envers les autres on se servira envers vous. »

Voulons-nous donc réveiller au milieu de fions toutes les œuvres de charité, ou en sn^^citer de nouvelles, soutenons de tous nos etforts VOEuvre de la Propagation de la Foi : celle-là nous répond des autres : l'expérience du passé est, h cet égard, un sûr garnrit oe l'avenir; les lettres fréquentes reçues ûcs missions, distribuées périodiquemont parmi les membres de TOEuvre, les n^cits touchants qu'elles renferment, tant «IVif^mpIcs delà ferveur primitive et du plus sublime héroïsme , deviennent en effet comme une exhortation vivante , un ensei-

gnement religieux toujours accessible, une mission venue aussi des climats lointains qui exercent à leur tour une sorte d'apos* tolat : c'est ainsi que se ranime et se conserve l'esprit de foi , mobile toujours actif, soutien toujours efficace de toutes les œuvres de charité.

Les considérations suivantes feront comprendre la haute importance des missions catholiques, et combien sont pressants les motifs qui doivent engager à les soutenir.

11 faut bien se persuader d'abord qu'une grande partie de cet univers que Dieu a créé pour sa gloire, est encore soumise aux lois tjranniaues du démon, et que partout où le catholicisme n'a point pénétré, de quelque côté que nous tournions nos regards , les peuples nous offrent le spectacle hideux de tous les désordres et de tous les crimes.

Jetons un coup d'œil sur cet univers , et voyons dans auel abtme sont tombés tous ceux que n'éclaire pas la lumière de l'Evangile. Dans rindoustan , d'après une coutume barbare consacrée par la religion atroce du pays, une femme qui survit è son mari, doit se brûler toute vive sur le même bûcher où est jeté le corps de son époux , et l'on a vu dans une seule année, jusqu'à sept cents victimes de cette cruelle superstition. Les Anglais , maîtres de ces contrées , ont bien cherché à arrêter le cours de si abominables sacrifices , mais ils ne sont point parvenus jusqu'ici à les empêcher entièrement. Rien n'égale la stupidité des habitants de ces pays; et on peut dire que tout est Dieu pour eux à Texception de Dieu lui-même. Ils se prosternent devant les animaux les plus mal&isants, se laissent dévorer par eux et regardent une telle mort comme le chemin le plus c ^urt pour aller au ciel. A des divinités si cruelles ils consacrent un culte également barbare : dans certaines de leurs rêtos il faut qu'un homme s'offre à elles en holocauste. Après l'avoir longtemps frappé et de telle sorte que tout son corps soit meurtri et enflé, on lui enfonce jusque dans les côtes des crochets en fer, puis on le susf)end à un poteau autour duquel on le fait tourner longtemps , pendant que tous les spectateurs noussent des cris iie joie et des hurlements épouvantables. D'autres fois des chariots immenses , hauts comme des tours , promènent dans les rues d'une ville les idoles , leius i^rêtres et des femmes sans pudeur. Mille, deux mille personnes s'atlèient pour traîner ces énormes masses , portées sur quatre ou six roues massives, et il n*est pas rare de voir des fanatiques se précipiter sous ces roues pour être écrasés en l'honneur de ces in- Clmes divinités.

Dans la Chine , c'est une maxime reçud que les narents ont le droit de conserver leurs enLints , ou de les faire périr à leur volonté ; de là cet usage birbare de tuer les enfants naturels extrêmement nombreux dans ce vaste empire, ou de les exposer, ou même de les jeter dans des ordures. Il est vrai que pour les enfants légitimes, on ne se porte h faire périr les garçons que dans

rr.o

DICTIONNAIRR

PRO

iJf»

une détresse extrême ; mais dans plusieurs

rôt de mort est dès rinstant prononcé , la mère prend aussitôt sa fille et Tétouffe de ses propres mains.

Chez presque toutes les nations infidèles » le sexe le plus faible a été réduit à un étal d'abaissement inconcevable. Dans les Indes, dès leur plus tendre enfance , on enseigne aux femmes qu'elles sont, pour ainsi dire , d'une nature inférieure à celle des hommes, qu'il y a entre elles et eux une distance immense, et elles en sont si persuadées que lorsqu'il leur arrive de tomber dans quelque 'faute, leur principale excuse est de dire : < Vous savez bien que je suis femme. » Pour augmenter leurs sentiments d'humilité , on ne leur apprend ni à lire rii à écrire , pas même dans les classes les plus élevées ; enfin 9 quand un homme se marie , il ne prend point une femme, niais il l'achète.

Dans le royaume de Sram , la loi accorde au mari le droit de la battre , de la renvoyer ou de la vendre comme une esclave ; H est mémo telle circonstance où il lui est permis de la tuer; aussi quand les enfants commencent à grandir, qu*ils se révoltent contre elle, qu'ils l'insultent, qu'ils aillent jusqu'à la irapper, le père regarde avec une froide indifférence un outrage si révoltant.

Les sacriiices humains sont établis presque partout dans les lies innombrables de TOcéanie ; ici , comme dans l'Ile de Timor, des esclaves sont enfermés vivants dans la tombe de leur roi nour aller le servir dans l'autre monde. Là, le prince qui monte sur le trône sacrifie une jeune fille parée de fleurs aux crocodiles du rivage dont il se dit le fils ; ailleurs, comme dans l'île de Célèbes,on immole une îeune vierge sur le tombeau du chef, un mois après la pompe de ses funérailles ; dans presque toutes ces îles , c'est un usage constant que certaines familles doivent le tribut d'une victime toutes les fois que la mort enlève un individu de la race royale.

Un chef des fies Salomon punit de la pe'ne capitale le sujet audacieux qui marche sur Tombre de soi corps. — Un chef des lies Sandwich, aïeul de celui qui règne aujourd'hui, faisait mourir sons pitié tout homme qui l'aurait aperçu pendant le jour, ne fûtce qu'un instant et par hasard.

Les peuples abrutis de fiotany-Bay enterrent vivant dans la tombe de sa mère renfaut que celle-ci allaitait encore; plusieurs tribus de la Halriisie vendent assez souvent leurs iils ; presque tous les insulaires de la Polynésie sont cannibales. Chez quelques-uns , J*usage de manger de la chair humaine se j>ratique avec des circonstances qui le renduut encore plus horrible : il n'é^t pas rare de voir les Célébiens et les Javanais se repaître du Cœur de leurs ennemis.

Dans l'archipel Mendana les sauvages ne mangent pas seulement leurs prisonniers, ils dévorent, eu t^mps de disette, leurs parents

ûgés 61 jusqu'à leurs enfants et leurs pro|tm femmes. Dâiis la grande lie de Sumatra J(i indigènes rtiangênl non-seulement delaclttir humaine par principe religieux, mais ils dévorent leurs victmiés toutes vivantes. Celui qui est condamné à être mangé e4 at(a(!hé à un arbre les bras tendus. Alors le chef, ou la partie intéressée, si c'est untimpable, s'approche, coupe les narines, te oreilles , la chair qui se trouve dans le creui des mains et sous la plante des pieds, tnorceaux qu'ils estiment les plus délicats. Après lui, les autres assistants mutilent k renvil* malheureux patient jusqu'à ce que, (ouchacl les organes essentiels, ils lui ôtent enfin la vie. Les femmes ne sont pas exemptes deœ traitement affreux. Naguère dans les lies Adamans , et dans plusieurs autres lies da ces mêmes parages, lorsqu'un père de?endit très-vieux , ses fils rassemblaient tons les jeunes ^ens de leur connaissance , ils cr«- Iraignaient le vieillard à grimper au baitl d'une perche qu'ils agitaient ensuite i^t violence; si le malheureux tenait bon, il<4 reconduisaient dans sa maison et le laissaiv^i vivre encore un an ; mais s'il venait à tomber, ils se jetaient sur lui, Tassommaienlue coups, et , après l'avoir tué, se partageai»^r.i ses membres palpitants. Les mêmes e\ré$ sont en usasi; |)armi les hordes sauvagesqce renferment les deux Amériques.

Voilà une faible esquisse des désordres, des crimes , des abominations de toutgeorf, qui ont lieu dans tous les pays privés its bienfaits de la foi.

Bienfaits des missions eaihoKqêes,

Qu'il vienne donc dans ces contrées dé$(vlées, le catholicisme avec sa morale pore, ses dogmes consolants et son autorité divine: à l'approche de sa céleste lumière, la barbarie disparaîtra , comme elle disnarat jadi^ de l'Europe devant les premiers nérauts de l'Ëvangile; car il ira, lui, parler de chariié à ces riches planteurs d'Amérique qui (;* rannisent leurs esclaves ; il leur rappelleri les maximes saintement libérales de 1 Evsdgile, l'égalité de la tombe, le rcodemeoi de compte au souverain Juge , et pêul-^lre brisera-t-il les fers de quelques-uns de ces pauvres Africains ; du moins s'il ne p««l accomplir entièrement ses vœux, il fera descendre avec la foi l'espérance dan5 le «wr de ces infortunés, il y étouffera les désinàt vengeance ; et d'une main e^uyant leon larmes , de l'autre il leur montrera ietr^ qui les attend, s'ils vivent en cbrétieas,dio* la demeure céleste du grand £sprit. il'P* prendra aux veuves de flnde quily ^^^^ le ciel un Epoux et des joies ineffables p^'^ les âmes pures,et souvent en versantsor M' tète l'eau salutaire du baptême, il éteijuln le feu du bûcher déjà tout prêt pour ie^ dévorer.

En Amérique, il rétablira |a piJté fil>'l^ dahs tous ses droits ; il aéra TangedelK^i^' arrêtant le bras du fils levé sur la téiede ^<^" père, et les vieillards apprendront^ ''''^ petits enfants à le bénir et à I aimer. Aillai ^^

îcs:

PRO

Page 1