‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 5)Chapitre 32 sur 370 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Devoirs des curés.

I. Les conciles ne se sont pas contentés de prescrire aux evéques dlnsiituer de nombrnufs confréries^ ils leur ont encore recommandé de prendre soin des confréries instituées^ four les maintenir dems la régularité^ et les exciter à avancer dans les vertus spirituelles (1)»

Mais comme les evéques ont besoin, pour l'accomplissement de ce d(;uble devoir, du erincours des pasteurs du second ordre, il faut reconnaître que ceux-ci sont également obligés de travailler à établir des confréries et à cultiver celles qui existent (2).

En rappelant k nos coopérateurs dans le ministère pastoral leurs devoirs envers les confréries, nous crojons qu*il ne sera pas inutile d'indiquer quelques règles propre à leur eo faciliter Taccomplissement (3).

II. Ayant parlé, plus haut, de rétablissement des confréries, nous nous bornerons à ajouter sur ce point quelques réflexions qui seront surtout utiles aux jeunes prêtres sans eipérience.

il y a deux excès à éviter : Si Ton ne peut assez blâmer lar coupable indifférence d'un nrétre qui remplit seulement les devoirs extérieurs ordinaires du saint ministère, laisse l«s choses suivre le train habituel, et ne s'occupe d'aucun des moyens propres à ranimer la foi; on ne doit pas approuver non plus ces prêtres inconsidérés, qui veulent réaliser tous les projets enfantés par leur imagination, et établir toutes les confréries dont ils étendent parler : à ceux-ci nous dirons : Oportet sapere ad sobrietatem.

Il est incontestable qu'il vaut mieux avoir un petit nombre de confréries bien soignées qa'un grand nombre de négligées : nous croyons même que, dans l'étatactuel, deux confréries Kuvent suffire pour répondre aux besoins de la plupart des paroisses, surtout des paroisses de campagne ij^)- Avec une confrérie du Tris^Saint-Sacremenlf ou du Sacré Cœur de JésuSf

(l) Qoa majw in dies ad clirisliaiKBpieialîs stu- <lf«iD proftressiis ait fidelium; id ciiret episcopus, ut mji diMîiplinaloruni pœnllenliuinque sodaliuies, II— ye cjnsmcdî fréquentes insliluni, tum instîiuus '^rifti pasioraU studio adjuvel, et ad conservandas lUsdisciplinae, ac pœnilenti» raiiones, et ad alias «^-lUfidasspirifinilium virlQlum progressiones. {Act, ktef. Ued.^ p. 305, ir f .)

i^ Pëstorai de saint Charles Borromée, p. 357.

(3) Jbid.

(A) Cette téficsion ne s'applique pas aux associations telles ciné U Propagation de la Foi, les Confé^ rences de Saini-Vincem-de-Paid , ic Rosaire vivant ^ etc., qui, n*ayant que fort peu d*eiercircs pii<> blics, peuveut être établies partout, et exister ahiiiiltanéinent avec tes deux confréries qiae nous dësirous ériger dans cfiaquc paroisse.

SW5 INTRODUCTION. t\i

et une confrérie de la Tris-Sainte Vierge^ bien organisées et bien dirigées, dont les membres s'appliqueraient aux œuvres qui seraient les plus utiles dans la localité, un curé aurait de puissants moyens pour opérer le bien.

Pour le choix* des confréries à éiablir, un prêtre doit moins consulter sa piété particulière qde les besoins do son troupeau : car une confrérie est une œuvre d*utilité générale, appelée à concourir à la sanctification de la paroisse entière. Au surplus, comme les curés doivent gouverner leurs paroisses dans la dépendance de révèaue, et ne rien faire d'extraordinaire sans son consentement (i) et même sans son conseil (2), dès qu^un ecclésiastique a conçu le projet de rétablissement* d'une confrérie, il doit nous en informer, et ne pas le réaliser avant d*avoir reçu nos avis.

Cette observation doit même s'étendre aux anciennes confréries qui peuvent avoir besoin de réforme : quoique nous ayons un vif désir de voir entreprendre une pareille œuvre, nous conseillons cependant, à raison des difficultés qu'elle peut occasionner, de ne pas la mettre à exécution avant de nous avoir préalablement informé de l'état des choses, ainsi que des moyens qu'on se propose d*employer et des chances de succès , et d'attendre nièoie notre réponse.

On ne doit pas négliger surtout de préparer les.Yoies à l'établissement et au renouvellement des confréries, par la prière et par des instructions développées qui en fassent connaître les avantages ; il faut en outre savoir saisir te moment opportun pour la réalisation du projet.

III. Lorsqu'une fois une confrérie est établie par l'autorité de l'évèque, il n'est pas permis à un curé de la supprimer ou de lui en substituer une autre sans son consentement. On doit même se défendre de cet amour du changement qui porte à négliger les œuvres anciennes pour en créer de nouvelles : c'est une dangereuse et bien funeste illusion ! Un prêtre doit continuer son prédécesseur, adopter et soigner les œuvres bonnes établies par lui, et ne pas songer à les remplacer par d*aulres plus conformes à ses goûts. Lnc conduite opposée est propre à scandaliser les tiJèles.

Mais c'est peu de chose d'avoir organisé une confrérie, si on ne lui donne pas des soins continuels : le zèle des fidèles ne tarde point à s'éteindre lorsqu'on ne travaille pas à l'entretenir et è le faire croître. C'est par un travail opiniâtie et persévérant que le vigneron et le laboureur obtiennent des fruits ; ce n'est de même qu'au moyen d'une culture longue et continuelle qu'on peut attendre des fruits de salut d'une confrérie.

Puisque, nonobstant la foi*mation du conseil, la direction de la confréiie appartient princi{)alement à l'ecclésiastique qui est placé & la tête, c'est aussi sur lui que tombe lobligation d'en prendre soin. Le succès est entre ses mains et sera proportionné à ses eflorls : il est véritablement, par rapport à elle, l'atde de Dieu^ le ministre de Jésus-Christ (i Cor. ni, 9; IV, 1), et il doit tenir pour certain que, s'il ne seconde pas l'action divine, l'œuvre périra.

IV. Comme Dieu seul peut donner l'accroissement, et qu'il subordonne souvent so grâces à la coopération de ses ministres, c'est un devoir pour les pasteurs de prier sans cesse pour les confréries qui leur sont confiées, et de recourir aux moyens propres à les faire réussir.

Les |)rincipaux moyens à employer pour cela sont : i' de procurer l'entière observalion des règlements ; 2* de faire aimer les exercices religieux et d'y attirer; 3'' de préparer des sujets capables et de ne laisser admettre que des personnes dignes d'en faire partie; i'dû s'attacher à former les confrères k la vie chrétienne, à leur en faire pratiquer les vertus et è leur inspirer l'esprit qui doit animer l'association.

1* Pour procurer Vobservation des règlements^ les ecclésiastiques directeurs des confréries doivent s'appliquer à les connaître et à se pénétrer du sens et de l'esprit de leurs disposition>, à les faire connaître aux confrères et è les leur expliquer. Renouvelant l'ordonnance d'un dd nos prédécesseurs, « nous enjoignons à tous curés et vicaires d'avoir par-devant eux les statuts et les règlements des confréries .érigées en leurs paroisses, et tenir la main à ce qu'ils soient exactement observés : comme aussi d'avertir et d'exhorter souvent les confrères a les garder, et de nous donner avis si l'on y contrevient.

«Et c'est afin que personne n'ignore les règles de la confrérie dont il est membre, qu'avec saint François de Sales, nous enjoignons encore de tenir chaque année une assemblée générale, à laquelle tous les confrères et sœurs seront exhortés d'assister, et dans laquelle on fera lecture des statuts de la confrérie ; et recommandons aux directeurs de saisir celte occasion pour inspirer à tous une nouvelle ferveur et pour corriger les abus s'il s'en est glissé ^3). »

Comme le bon gouvernement d*une confrérie est de nature à influer puissamment sur son succès, les prêtres placés à la tête des confréries sentiront la nécessité de tenir spécialement la main à l'observation des dispositions du règlement relatives à la nomination et au renouvellement des dignitaires et membres du conseil, aux assemblées du conseil) à la tenue des registres, à la reddition des comptes et à l'emploi des fonds, etc., etc.

2* Comme c'est au pied des autels que l'on s'unit pour prier ut que l'on vient réveiller

M) Sinevoluntaleepiscopi. {Can..4f»o«<.,can.>{^.) (5) Coiut. Synod. de saint François de Sales, [i) SineconsîHo cpiscopi. (Cour. Laod., eau. 57.1 loin. U, chap. vi, n« 2. — iiiluel de Itellfy, lom. U —Sine consciemia episcopi. (Coik, Arel. i, can. 19.) p. 148, u« ;>i9.

sa piété el puiser Tespril de 1 œuvre, il est fort important que les exei'ckes religieux de la confrérie soient fréquentés. Les directeurs ne négligeront aucun des moyens qui leur naraîtroDt propres à Us faire aimer; ils ciiercheronl à y attirer^ par ta décoration de la cnapeïle^ la pompe des cérémonies^ la beauté du chant et la solidité des instructions.

Il est sunout nécessaire de rappeler souvent aux confrères les dispositions du règlement vi nos recommandations relatives à la communion, et de les exhorter vivement à s'approcher fréquemment des sacrements.

11 faut avoir soin encore» au moins une fois par an, de parler des indulgences, et de rappeler aux membres de chaque confrérie celles dont ils peuvent profiter (1).

3* Pour préparer de bons membres^ les pasteurs doivent s'attachera élever chrétiennement les enfants des deux seies de leur paroisse dès TAge le plus tendre, et à cultiver» avec un soin spécial, ceux dans lesquels ils remarqueront des dispositions h la piété.

Ils sauront présenter, avec adresse, l'entrée dans les confréries comme une récompense de la bonne conduite t et profiter de réooque de la première communion et de celle de la confînnaUon , pour faire choix des plus dignes, qu'ils auront soin de recevoir avec solennité.

DsanI du droit que leur confère le règlement, qui porte qu'aucune admission ne pourra œotr lieu sans leur consentement^ ils seront attentifs à ne pas laisser admettre les personnes dont Texemple pourrait devenir funeste, et à faire exclure celles qui auront mérité cette peine.

V Comme une des fins des confréries est de porter les membres à vitre d'une manière

))lus chrétienne que le commun des fidèles , et qui puisse servir d'exemple au reste du peuple^ es pasteurs doivent s'appliquer à inspirer aux personnes qui composent ces sociétés une piété tendre et solide, à les former à la pratique des vertus chrétiennes ^ h leur Caire remplir tous les devoirs de leur état, en un mot, à les rendre parfaits en Jésus-Christ {Col, i, 28). Ils mettront à profit leur zèle pour faire exercer les bonnes œuvres dont il a été parlé dans le chapitre précédent, pour faire cesser les scandales, éteindre les procès, apaiser les inimitiés, etc. Ils tireront parti de leurs exemples pour montrer la beauté de la vie chrétienne et exciter à l'embrasser, pour ramener les fidèles à la pratique des bonnes œuvres, r>ur mettre en honneur la piété et la fréquentation des sacrements. Ils recourront enfin leurs prières pour attirer sur eux, sur leurs travaux et leurs paroisses, ces grâces et ces bénédictfons que Dieu est disposé à accontar à la prière d'un juste, qui est toute-puissante auprès de lui (2), et qu'il ne refuse jamais aux prières unies de toutes les Ames saintes d'une paroisse (3).

Page 1