‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 5)Chapitre 36 sur 370 · ASSOCIATIONS CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

ASSOCIATIONS CATHOLIQUES

ACTES D^DOEATtON KT DE mAPARATlON AU TaSS-ftAINT SACRBIIETfT.

Foy. ce dernier mot.

ACTES DE foi,d'esp£ra5Gebt de charité.

Mon Dieu, je crois fermement tout ce que croit et enseigne la sainte Eglise, parce (jue c*e$t TOUS, ô mon Dieul qui Tavez révélé, et que vous êtes la vérité même.

Mon Dieu, j*espère, par les mérites infinis de iésns-Christ, mon Sauveur, que vous me donnerez votre ffrâce et votre secours en ce monde, et, si Jrobserve vos commandements» la vie éternelle dans Tautre, parce Se vous me l'avez promis, et que ôtps file h vos promesses.

Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur, f^rce que tous êtes infiniment aimable, et jaiuie mon prochain comme moi-même pour Tamour de vous.

HocLOBRCES accordées h perpétuité à tous

les fidèles qui réciteront avec dévotion et feront en même tempe de cœur les actes de foi, d'espérance et de charité :

1* Indulgence de sept ans et sept quarantaines pour chaque fois ;

2* Indulgence plénière une fois par mois pour ceux qui, tous les jours, pendant un mois, auront récité avec dévotion et fait en même temps de cœur les susdits actes, le jour, à leur choix, où, vraiment repentants, s*étanl confessés et ayant communié, ils prieront selon les intentions de TEglise;

3* Autre indulgence plénière à Tarticte de la mort, pour tous ceux qui feront alors ces mêmes actes avec dévotion et un cœur contrit, et, si cela est possible, après s*ètre confessés et avoir communié (1).

(1) Ces indulgences, accordées déjà par Benoll 1111 le ISjanvier 1728, ont été rf'noavelées et déclarée» perpétuelles par Benoit XlV, par le décret de b

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DiCTIOiNNAlKE

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N. B. l" Ces indulgences sonl applicables aux Ames du purçaloire; 2* pour les gagner, il n'osl point nécessaire de s'astreindre à telle ou telle formule, ainsi que le déclare BeoQÎt XIV dans le décret que nous avons cité. Chacun peut employer la formule qui lui convient, pourvu qu elle exprime et explique clairement les motifs de chacune des trois vertus théologales.

ACTIONSdb grâces pour les privilèges DE Marie IVoy. Trinité).

ADORATION PERPETUELLE. [Yoy. Sacrement (saint).

AGONIE DB NOTRE-SEIGNEUR au jardin

DES OLIVIERS, OU CONFRÉRIE DEL*HeURE SAINTE.

La vénérable Marguerite-Marie Alacoque, si connue par sa dévotion au sacré Cœur de Jésus, eut une révélation dans laquelle Notre- Seigneurlui dit : « J'attends devons que vous passerez en oraison les nuits des jeudis, depuis onze heures jusqu'à minuit, pour partager avec moi les douleurs de mon agonie au jardin desOlivesetpourapaiser ma colère envers 1 es pécheurs. » C'est là ce qui a donné l'idée de l'Heure sainte, laquelle consiste à passer une heure de la nuit du jeudi au vendredi dans l'exercice de la prière mentale ou vocale, principalement pour honorer les douleurs du Cœur de Jésus dans son agonie au jardin des Oliviers.

Celte dévotion a été accueillie avec empressement par les âmes pieuses : les souverains poallfes l'ont howrée U^ leur apt>robation, et l'ont enrichie d'indulgeoces. >io VUI et Grégoire XVI, par (Jes l>refs ou rescrits duMdécerabre 1829,27 juillet 1831, 23 février 1832, accordent une indulgence plénière à tous les Tidèles qui feront l'Heure sainte, pourvu qu'ils se confessent, qu'ils communient le jeudi ou le vendredi, qu'ils prient à l'intention du Souverain Pontife, et qu'ils observent les règlements de l'association.

Or voici en substance ces règlements : 1* Irois personnes s'associent ensemble et conviennent de faire chacune à son tour l'Heure sainte, en sorte que chacune d'elles fasse cet exercice une fois dans trois . semaines. 2* Elles envoient leurs noms pour être écrits dans le registre du monastère de la Visitation de Paray-le*Monial. 3" Si un des trois associés ne peut faire l'Heure sainte, pour quelque raison légitime, il pourra y suppléer «n s'unissant d'esprit olde cœur aux souffrances de Nolre^eigneur dans son agonie. Si par la mort ou toute autre cause légitime il cesse d'être membre de l'associalion, Il faudra pourvoir à son rj'mplacemenl. k' On peut commencer Texercice de l'Heure sainte dès le coucher du soleil, et le faire ou à l'église ou partout ailleurs. 5* Les personnes qui vivent OB communauté dans un monastère, ou séminaire, ou tout autre établissement religieux, sont dispensées de s'associer avec d'autres : il leur suffit d'envoyer leurs noms à Parayle-MoniaU et de faire l'Heure sainte à l'heure

»acrée c<Higrësalioa des tndiilgeneei, da 3B jnnviin' i75a.

indiquée par leur supérieur. 6* Chaque associépeut gagner l'iridulgcnco plénière, nonseulement le jeudi qu'il fait à son tour l'Heure sainte, mais encore tous les autres jeudis qu'il aura la dévotion de faire ce soiol exercice. (Manuel de Lyon (1). |

SUJKT DE MéDITATIOIfS SUA l'aGORIK DI MOniE-SBIGNEUR jéSt'S^CHBlST,

Que de livres, de traités, de sermoos sur cette agonie digne do nos étemelles loéditations sur cette terre, comme elle est nour les élus l'objet d'un cantique sans fia d adoration, d'amour et do reconnaissance. Hais est-il des pages plus instructives, plus onc* tueuses que celles qu'a écrites à cet égard le pieux chancelier Gerson? Nous les reproduisons telles Qu'elles se trouvent dans un manuscrit trouvé naguère. Les âmes fidèles, loin d'être fatiguées ou distraites par ce vieux style, seront, au contraire, croyonsnous, pénétrées plus vivement par la simpli- j cité, la naïveté, le cœur qu'elles conlienneiit. |

LE CHANCELIER GERSON k SA SOBCR.

De h mort et passion de Nolre-Selgneur

Jhesucrist

{Us* inédit de la bibliothèque du roi.)

Très-chière seur en doulx Jhesu et espcciale amye, en accom|)lissant ce que requis plusieurs fois m'avez, i'ai coppié en françois cesttti petit traicté de la mort et passion de l<b)atre«Seigneur Jhesucrist. AfHn nue plus ddvûtement et profondément puîssies kelU) piteuse, crueulse, doloreuse et très angoisseuse passion contempler, pencer et en votre cuer fichier, pour en faire boucler et targe contre toute mauvaise temptacion, et pour acquérir la vertu de pacience contre toute adversité, persécucion et iribulacion. Car ainsi, comme dit saint Augustin, il nVst si dure chose ne si grant adversité et persécucion que on ne souffre voulentiers et de gré, se on a en son cuer parfaicte mémoire de la mort de Jhesucrist et de sa passion. Et saint Bernard dit qu'il n'est chose si propice ne convenable à curer les vices et les féchiez que souvent pensser es plaies de hesucrist. Et pour ce, ma seur et amye, ouvre ton cuer par vrave amour et dilection ' et le donne à ton doulx espoux Jhesu; lequel voulut faire ouvrir son cousté eu la croix pour loi donner te sien et pour ta rédemption. El icy lu le prieras dévotement cr. disant : O très doulx Jhesu je vous requicr et prie que tu vueilles escripre eu ddou cuer de ton précieulx sang tes playes, afiio que je l'ayme de vray amour sur toutes choses; la doleur afdn que toute peine et doleur^e preigne en gré pour l'amour de toy. Apre> saichiez, ma seur, se tu veulx contempler et toy délicter en la mort et passion de tou espoux il te faut abstenir de trop boire et trop mengier, mais seulement en praudre à sobriété et pou-r la nécessité du corps. Après

(1) Voyez un pelii livre Inlîlnlë : Viteure sainte, par le P. Debrosst,

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DES li>iUIJI.G£iNCES.

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il te fault garder de trop parler cl de vaine inutile iococîon ; car qui veult la doleur de Jhesucrist sentir et contempler il ne se doit nasen ris et vaines logucions occuper. Après il te faut fouir et laissier toute délectacion charoelle et te fauit garder le plus que tu pourras de trop grant solitude temporelle. Car délectacion cbarnelte et consolacion tem- Itorelleet contemplacion de la mort de Jhésu lie pourroîeot estre ensemble, car elles sont du tout contraires. Après se tu veulx parfectement comtempier en ceste passion, il confient que par contem^ilacion tu te disposes aussj comme se te feusses présent Suand il fut cruciûé. C*est assavoir en regarant, en doutant el en parlant aussy comme setuveisses présentement ton doulx espoui Jhesu devant toy crucifféé, aftin que tu en ayes plus grant doleur et compassion et aue lu puisses avoir plus parfecte contemplacion de sa passion. Laquelle affm que plus l^èrement et parfaictement tu puisses retenir et avoir en ton cuer et en ta mémoire, je la diviseray en sept parties selon les sept œuvres de miséricorde de saincte Eglise : Complie-s Matines, Prime, Tierce, Mîdy et Nonne et Vespres, selon lesquelles il fut \mus ot tormenté moult griefment pour aous.

Complies.

Heure de compiles est ainsv appellée, enr communément k cette heure le jour est ac enmpiy, et aussy le bon Jhesu après qu'il cu3l accom{)ly ce qui avoit esté déooncié de luy par les pronhëtes et ce qui lui estoit ordonne de faire, ae par son père, et qu'il fust accompli sa saincte prédication, et aue le temps fut accomply qu'il devoit soulirir mort et passion. Il voult accomplir la pasque qui estoit ordonnée selon la loy, et rouit faire la cène avec ses disciples et mangier de l'aignel pasqual, le quel cène, ma seur, tu dois souvent et dévotement recolir et contempler ; car tu y trouveras parfecte humilité, vraye charité, doulce reffection et amoureuse prédicacion. Parfecte humilité, car anrès ce qu'ils eurent mangié iaignel pasqual le bénigne Jhesu se leva du table et dépoilla sa cate et va ceindre ung drap et vinl à saint Pierre, et anrès à tous les aultres appostres et à genoulx sans cbapperon, il leur lava moult humblement les (;iez, eC douicement les essuya; lesqueulx fUoieut bien hors : car ils estoient tous les f'iex uuds et avoient marché colle journée. o ma seur, quelle humilité 1 le Hoy des ro^rs, Seigneur des seigneurs, le Créateur di; toutes choses est àgenoulxsanschappcroo devant une pauvre créature et lui lave les piez ; celluy lequel adouroient et honnouroient les benotstz anges et toute la cour de paradis est incliné jusques h terre devant son disciple et varlet. 0 doulx. Jhesu d*oii te vient ceste humilité, et pourquoy te humilies tu si grandement ? L» response il Ibt à ses apf>ostres quant il leur cust lavé •«piez; sachiez, dit-il, pourquoy j'ay fait «•ty, certes p'Vmr vous donner exemple d'hu-

milité, ainsy comme moy qui suis vostre maistre et seisneur vous ay lavé les piez, vous devez l'ung l'autre vous laver les piez. Et celui qui est le plus grant se doit repputer le plus petit. Tu y trouveras aussy vraye charité; car aussy lava-t-i* les piez h Judas comme il fist es aultres. En nous démonstrant que nous devons, pour l'amour de luy, amer nos ennemis, et leur faire plaisir, amour et charité se mestier en ont et les servir el conforter. Tu y trouveras aussy doulce reffection, car après ce gu'il leur eust lavé les piez, il ordonna le saïut sacrement de l'autel et leur donna son précieulx corps en semblance de pain et son précieulx sang en semblance de vin : et leur dist bien doulcément : Tenez et beuvez et mangiez de cecy, car c'est vrayement mon propre corps et mon propre sang, lequel sera aiyourduy mis à mort et esnandu en la croix pour votre rédemption. Et pour ce toutefiois que vous recepvrez cestuy fait sacrement faictes en mémoire et remambrance de ma mort et passion. Et icy puis pensser son amour

auant il a voulu que nous le puissons prenre et recepvoir pour nostre salut et pour avoir de noz péchiez rémission. Car ainsy comme dient les docteurs, quiconque reçoit cestuy saint sacrement, dévotement et de vraye, pure et necle affection et saincte: il a de SiiS péchiez tant mortez que véniel/ rémission. Et pour ce, ma seur et amye, pensse bien de tout ton cuer à cesty bon et saint amy et te dispose h le recepvoir bien souvent el ayes en cestuy saint sacrement grant amour et dévocion. xVprès tu y trouveras grant amoureuse prédicacion, car après ce qu'il eust lavé les piez el administré son

[)récieulx corps, il leur dénonça comme 'ung d'eulx le devoit trahir, et comme il devoit souffrir mort et passion et ressusciter le tiers jour et comme tous le laisseroient; et aussi leur adnonça comme ils amnssenl l'ung l'autre ainsy comme il les avoit aimez. Et après leur va dire qu'il devait être livré aux Juifs, et leur dist allonsnous en d'icy, levez sus. El certes ma seur jcy dois-tu dire par contemplacion et demander à ton espoux : û mon très doulx espoux ou veux tu aler ; et il te respondra : je vueil aler è ma passion au lieu où je serai séparé de vous corporellement. Et ad oncques lui respondras en disant : ô mou doulx créateur je te prie et requier que tu ne veuilles faire que ne soies tousjours avec toi et à la vie et à la mort. Après cecy Jhesucrist se sépare d'avec ses disciples et va prier Dieu soi père en disant : Mon père je te prie que s'il est possible que la rédemption d*Umaing lignaigc se face sans moy souffrir si crueulse mort q.ui soit fait. Toulevois non mie ma voulento, mais la tienne soit faicte. Et icy le doulx Jhesu nous voulut enseignier la manière comme nous le devons nrier. Car premièrement nous devons lessicr les créatures et devons quérir lieu secret. Après nous devons agenoillier et h terre incliner et regarder droit devant vous non pas derrière. C'est aî>savoir que nous devôn:*

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avoir parfectement en notre pencé ce que prions et non pasdire de la boche une chose et une aultre pensser du cuer, et devons longuement orerfervement et en grant amertume'du cuer comme lui qui sua sang. O ma seur, pensse icy quelle doieur quelle angoisse et affection avoit ton doulx espoux quant en lieu d*eaue son précieulx corps mettoit hors de toutes pars goûtes de sang et si habondamment qui dégoutoit.jusques h terre. O doulx 1 Jhesu quelle sueur! quelle peine ne quel labour souffrez-vous 1 Et con* jiidère, comme te prie trois fois en toy en- ^eignanti que tu dois prier pour toy et pour tous tes amys et pour les mors et pour les vifs, et garde que comme il flst en toutes ses prières et oraisons tu mettes tousiours là voulenté de Dieu ton père devant. C'estè-dire que tu requierez que sa voulenté soit accomplie non mie la tienne; et saiches de vray se tu pries ainsy ton créateur, Tange ainsy comme il flst à luy t'aydera et viendra et te confortera et représentera ta prière devant Dieu. Après, regarde comment il eust petit déconfort de ses disciples ; car tous se prindreut à dormir et ne leur challoit de leur maistre ; et pour ce après ce qu*il eust prié Dieu son rère, il vint a eulx et les admoniicsta moull doulcement, en disant : et qu'est cecy et comment m'avez-vous si toust oublié? levez sus et veilliez et vous mettez en oraison afÙn que vous n'entrez en templacion, car saichiez que l'esprit est tout prest; mais ma chair est moull tormentée et malade. Et Icv tu diras è ton doulx espoux : O mon frcs doulx Dieu vous commandez que nous veillons et orons, mais saichiez que nonobstant que notre esprit et voulenté soit prompte ad ce faire, toutevois nostre misérable chair est toute malade et toute paresceuse et sompulante et si débile à toy prier; car elle ne peult souffrir que seulement nous soions avec toy par l'espace d'une heure en dévoie oroison et par vraye contemplacion. Et pour ce, nous te prions que de ce faire tu nous vueilles donner povoir et puissance.

Après, ma seur et amye, considère et regarde une grant multitude de gens et une très fervelle compaignie secrecle qui vient pour prandre ton doulx espoux et comment il va au devant d'eulx et ses disciples avec luy les queulx il confortoit. Ad oncques le faulx Judas s'aprocha de luv et luy dit : Dieu te gard maistre ! Et regarde la douleur de ton créateur; car il appelait celui qui le trahist son amy ; en disant : mon amy, pourquoi est-tu veuuz ? que demandez-tu ? Et regarde après comme il interroguabénignement cette faulce coropaignie et leur dit : Que querezvous? si vous me querez , vez me cv tout prest ; mais gardiez que vous ne toucFiiez à mes disciples. Ad oncques le prinrent et le lièrent moult cruellement de toutes pars. Après considère quelle douleur et angoisses eurent ses disciples quant il convint qu'ils fussent séparés de leur maistre et seigneur. O comment estoieot-ils tristes , désolez et plains de pleurs et de gémissemens. Quelles vv)i\ et quels soupirs donnoient-ils au dâ-

partement et disoient : A nostre bon maistre, 0 doulx père, ô nostre bénigne seigneur comme sommes-nous ainsy séparés de vous, comment nous en sommes-nous ainsy fouiz; hélas I que ferons-nous et où irons-nous? Et comment se tenoient-ils souvent en regardant comment leur seigneur estait liez et cruellement traictié. 0 quantesfois se giectoient-il souvent à terre en criant et souppirant. Après, ma seur et ma mye, consiuëre se ta dame sa douice mère y feust qu*elle eust fait. Or parle luy et luy dy en ton cuer : ô madame, peussez tu point ne songer comme ton doulx enffant est traictié. A madame tu auras demain cruelle journée. Hélas , que diras-tu, ne que feras-tu quant tu le verras si cruellement démener. O doulx Jhesu qui est le cuer si dur qui ne soit tout roronu de douleur et compassion, se il veult parfectement pensser comme vous très doulx aigpel pur et innocent allez entre les loups. Les

aueulx comme chiens enragiez vous moroient de toutes pars et vous mistrent une grande cheine à vostre doulx col et vous^ lièrent très-aprement vos mains tant que le sang en sailloit, etaussy ferant et frapant eo tirant et boutant très honsteusement etaogoisseusement vous admenèreot à Anne et dilecques à Cayphas là où les princes de la loy estoient assemblez et vous attendoient. Et icy peux-tu bien pensser comment il fut meschamment resceuz sans honneur, et comme ilz le firent seoir à terre comme vil garnison meurtrier et larron. Et icy te suffise quant à heure de compiles.

Matines.

Quant viendra à heure de Matines, après dormir que tu esveilleras; tu retourneras à pensser a la passion de ton doulx époulx et regarderas des yeulx du cuer comment il est tout seul entre ses ennemis assis e! lié, et do tous ses amys et disciples délessié et accom* paignié de très crueulses et mauvaises personnes. Et adoncques viendras è luy et lui diras : ô mon très non Jhesu comment estezvous assis à terre tant despiteableroent taot deshonsteusement et vilainement, où sont maintenant vos amys et disciples qui se van* toient si fort de ne vous point lessier?0 mon bien, ma singulière joye, mon conseil et mon espoulx, que feray-je ? ne que devieudraj-je quant je vous voy ainsy délinqué et desprisié. Et après retourne à Pierre et à Jehan qui sont là au deloiug et leur dy : Hélas I com* ment est nostre maistre et seigneur ainsy délessié et desprisié; et pensse quelle dou* leur ils a voient de lui en leurs cuers quant ils le regardoient ainsy traicter. Après regarde et considère les injures et villenies qu'ils disoient, et comme de luy se truffoient et fauicement devant le prince de la loy l'accusaient. Et regarde après la patience et t>énignité de luy. Car nul mot il ne respondoii: mais paciemmo.nt tout escoutait, et tant que mesme le prince de la loy en fut tant éwer* Veillé et luy va dire : noys-tu pas ce que ceulx cy disent contre toy? que ne repons-tu et que ne te excuse-tu? Auquel il ne resfioodU

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DES INDULGENCES

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rien ; pourquoy ii iut tout courroucié et esbahy; et le va conjurer en disant et commandant de par le Dieu le vif tout puissant que se tu es filz de Dieu que tu le dies devant tous plainement. Adonc le douli Jhesu respondit : tu as dit vrai. Je le suis vrayment et saiches que encores me verres vous seoir à la dextre de Dieu mon père. Adoncques le prince de la loy fut moult doulant et va dessirer sa robe en disant : avez-vous ouy le erant blapheme qu'a dit cestuy mauvais nomme cy que vous ensemble il?Lesqueulr respondirenl tous ensemble qu'il esloit digtie de mort. Hal Dieu 1 quelle sentence, ne quel jugement I Car, pour dire vérité Jhesus est à mort condompné. Mais ce n'est pas mer- . veilles, car ceulx mesmes sont juges et parties. Et ici ma seur et amie, regarde bien des jeux de pitié comme toutes c*^lles mauvaises gens tantost vindrent à ton doulx esponix. Les ungs luy donnaient de très grans buffes en son saint visaige; les aultres lui baloient $ont doulx chef; les aultres son benoist cof; (es aultres luy crachoient nu visaige; les aultres le tiraient par ses cheveulx vénérables, et gectuient contre terre et lefrapoient et marcTioient moult aspzement de leurs pies; les aultres se galoient de luy, et lui mu^saient sa clerc face et luy bailloient de très grans collées en luy disant prophétize qui t'a féru? Et ainsy sans pitié, sans cora passion très viilénement traictoient ton Créateur, et ne. t'en esbahis pas; car ilz estaient très cnieulx et sans miséricorde et pour ce tout le mal qu'ilz luy povoient foire, ilz luy laisoient. Et aussy pour complaire aux princes de la loy qui estoient aussy crueulx comme eux. 0 ma douice seur que eusses-tu fait se tu eusses esté présente, quant on traictoit ainsy viilénement tondoulxespoulx? Ne te feusses tu mie gettée sur luy en disant auxfaulx juifz: ne veuilles pas ainsy tourmenter mon Créateur, véez me cy frappez moy, et le laissiez eu paix. Et adoncques te feusses agenoillée devant luy etieusses mis doulcement en ton giron, et eusses reçeu les ^ coups pour luy. Et ce que tu eusses fait pré-* sentement fay maintenant par cogitacion et contem{ilacion en luy disant : 0 mou doulx amy et |)ère, qu^est cecv que tu es ainsy crueulsement traictié et viilenié; n'es tu pas filz de Dieu! Que fait ton père qui ne tedeffant maintenant de ses mauvais enffans du dyable qui te font tant de maulx. Certes puis que ainsy est, je me serre à terre avec loy et te tiendray compaignie; car je voy bien qu'il n'y a personne qui t'ayme, mais sont tous tes ennemis morteiz. Après regarde comment Pierre est au feu, et comment il renioit son maistre trois fuis si honteusement; et considère la bénignité de Dieu qui le regarda de ses yeulx de miséricorde, et tantost Pierre t'en ala, et s'en repentit et ploura moult amèrement. Et considère la douleur qu'il eut au coer quant il considéra les biens et amour (|ue son maistre luy avait faitz , et comment 1 avait renié si faulcement, et après retorne à Dieu et dy : O doulx Jhesu benoist soient tes yeulx qui ainsy toust enflament la créa-

ture à ton amour et luy font congnoistresoii erreur. Je te prie qu'il te plaise de m'en regarder souvent, afin que je te puisse dueuer aymer et mesfaultescongnoistre et amender. Après considère et voy en ton cuer comment les princes de la loy et les juifz et leurs faulz ministres quant ilz eurent ainsy torment4, Jhesucrist, ilz s'en alèrent dormir et le laissèrent tout seul ainsy tormenté et très es* troictement lié et le mistrent en un anglol de la maison là où il souffroit moult de douleur et d*aflliction et de grant froidure, car il estoit en y ver et estoit nuyt. Et adonc ma seur tu l'en viendras à luy et teoffrerask ses piez doulant et gémissant, et ti*ès dévotement (u luy bayseras ses mains et ses piez et ses liens dont il est liez et luy diras : O mon doulx Jhesu, puisque ainsy est que je ne vous puis délivrer, au moins plaise vous de vous repouser ung petit en mon giron et enclinervostretestesurmes espaules. Et adonc dévotement tu te recommanderas à luy et moy aussy et tous tes amys les vifz et les mors. Et saiches de certain que tout ce que tu luy demanderas il le te octroyera. Et après luy diras : Ha sire! que diray je demain à vostre douice mère et ainsy tu luy tiendras compaignie jusques au matm. Et amsy finira heure de Matines

Primi.

Heure de Prime, ma sœur tu pensseras comment quant vint au matin les princes de la loy et les Juifz rassemblèrent et tindrent leur conseil comment ils feroient le doulx Jhesu morir. Adoncques le vindrent quérir les ministres et luy aistzent liève toy, liève Jhesu , que fais tu dors tu ou quoy viens t'en ; car les princes et les prestres de la loy sont au conseil et te actendent pour toy mener et livrer h Pylate pour toy faire morir. Et adoncques toy qui seras encores avec lui

f^ar contemplacion et ne l'auras point laissié, ui diras : Ha 1 Sire, hélas 1 que feroy je, car ilz vous veullent perdre et livrer à mort. Ha! Sire, que véez cy crueulses nouvelles et doloureuses rimeurs. Ha! Sire, quant vostre douice mère et tous vos amys orront telles terribles nouvelles que feray je? Iray je avec vous, ou se iray je aire à vostre mère qu'elle viengne a vous. Après cecy, tu considéreras comment il est admené au conseil et comme chacun se mouquoit de luy et le monslroieot au doy et luy disoient : Jhesu se lu es prophète comme tu dis pourquoy ne Tes tu gardé de nos mains et de ce qui t'est advenu, et moult d'aultres opprobes et injures. Et adoncques ainsy lié et vitupéré le menèrent ar la cité de Jérusalem cheulx Pylate pour e faire jugier à mort, et ainsy finira Prime.

Tierce,

Quant viendra leure de Tierce* ma soeur, tu penseras et considéreras comment la rimeur vient |)ar la cité de Jérusalem que Jhesu est tenu es prins et que on le veult faire crucifier. Et adoncques tous ses amys furent moult doulans et corroaciéz. Et pour augmenter ta dévocioo, tu pensseras corn*

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DiCTIONiNAlRE

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ment tu vioadras dénoncer ces nouvelles è sa mère; et comme tu viendras à son liostel ei en plourant et gémissant demanderas, est

{>oinl seans la mère de mon Seigneur Jhésu? ît quant tu seras devant elle : Ha! Madame, bal la mère de Jbesu; liai mon espérance, }e vous viens adnoncer dures nouvelles; certes , il me desplaist moult de les vous dire, mais amour my contraint et nécessité. Adoucques toute esbabie et doulente te dira : Qu*as tu , pourquoy pleures tu d^ le moj tantost et ne le me vueilles plus celler, et tu luy respondras : Ha I ma très douice dame, venez tantost à vostre doulx enffant, car certes on le lient prins et lié et le veullent iugier h mort ; venez tantost affin que vous le puissies trouver vif. Et tantost qu'elle ouyt ses nouvelles elle cheit à terre toute pasmée; et ne pouvoit parler ne ouvrir les^reulx, et perdit avec son sens et sa mémoire , et aussy tous ses amys qui estoient avec elle. O ma sœur, pensse bien qu'elle doleur elle avoit et en cette doleur on la mena par la cité de Jérusalem en plourant et gémissant, en disant : Hélas I pouvre mère, où es ton très saint enffant! O mon très doulx filz où es tu? où te troveroy je? Hélas! comme Tay je perdu pourquoy le mont emble les Juifs. Après pensse quelle douleur elle eut quand elle fut devant son filz ; elle le vit si tormenté et de tous ses amis' destitué elle cheoit à terre comme morte, et ses seurs qui estoient venues avecques elle. O ma sœur, arresto toy ung petit icy et pensse quelles douleurs avoienl le filz et la luère. 0 bon Jbesu, tousjours sa multiplient tes douleurs , et toy douice dame es toute raempiie de douleur et affliction. Après re* tourne au doulx Jhesucrist et regarde com* ment il est devant Pylate et comment les princes Taccusent faulcement en disant que c'estoit un très mauvais bomme plain de Tennemy, qui subornoit tout le peuple de Galilée et de Jérusalem , et qui deffendoit qu'on ne baillast le tribut à César et qu'il se disoit estre roy : desquelles choses il n*estoit riens. Et touttefois il ne respondit ' oncques riens à toutes ces choses en donnant signe de patience, et quant on dit mal de nous nous devons tout endurer pour l'amour de luy et ne devons dire mot. Après, considère comme il fut mené à Hérode et comme tout le monde aloit après lui et s'en trufToit. Et quant il fut devant Hérode, il le interroga de plusieurs choses ; mais le doulx Jbesu estoit là comme ung aignel doulx et débonnaire qui ne disoit mot. Adoncques Hérode fut moult doulant et luy tist vestir une robbe blanche en signe de fol et le renvoya à Pylate. Et ici ma seur tu dois pensser comment ton doulx espoulx Jhesu avoit ses tendres piez tous desrompus et mal menés, car il les avoit tous nudz et les faulx juifs le menoient moult durement et haslivement.

Quant il fut devant Pilate, pource qu'il re trouvoit en luy cause de mort il le voult délivrer, et pour ce qu'il estoit de coustume que à Pasques il leur délivroit ung prison* nier tel qu'ilz demandoient il leur dist lequel

voulez vous que je délivre ou Barrabas qui est ung larron meurtrier ou Jhesucrist au-

3uel n'a point cause de mort. Adoncques ils isrent haultement : Nous voulons avoir Barrabas, et voulons que Jhesu soit cruciflié. 0 faulx juizl aue vous estes aveugles de faire ung tel escnangel Adoncques fist Pylate le doulx Jhesu devestir tout nudetleOst lier à une colompne, et le fist tant batre de corgiez, que le sang luy coulait à terre de la teste jusques aux piez, et que la terre estoit autour de luy couverte de sang tant que tout son corps estoit plain de plaies. Et se lu veulx savoir le nombre , saiches qu'il fut révellé à une saincte personne, qu'il eut en son corps cinq mille quatre cens quatre vins et dix plaies, et se tu les veulx adourer, dy chacun jour quinze fois le Pater Noster et autant Ave Maria^ et au bot de l'an tu auras adouré toutes ses plaies. Hélas ! ma seur, pensses tu doncques comment son corps fut tout desrompu et destranchiél Après ilz luy mistrent une couronne de roiigmarin qui estoit toute plaine d'espinos poignans commo aguilles sur son benoist chief, et prindrenl ung baston, et frappoieot sus celle couronne, tant que les espines perçoient la chair et le test et entroient jusques au cervel, tant aue le sang et la cervelle desccndoient à Las et lui couvroient son cler et bel vîsaiue entant qu'il sembloit estre mézel. Et apr^s luy mistrent uug ceptre en la main , et par dérision et mocqucrie s'agenoilloient q^ vant luy en luy disant : Dieu te gard, roy des Juifz, maintenant semble tu bien estre roy ; car tu es très bien couronné et ordonné selon ton estât, et luy crachoientau v)saige,et luy donnoieiit de très grans collées par ses joues et sa teste. 0 ma seurf pensses bieQ icy les douleurs que avoit ton doulx espoulx, et regarde que luy qui estoit le plus bel et le plus plaisant qui oncques fut, estoit le plus lait et le plus deffiguré et hideulx à veoir que oncques fut homme ; car son doulx visaige estoit tout couvert de sang, de cervelle et de crachats ensemble, qui est très hideuse chose à regarder et moult abhomi' nable. Après, considère en quelle tristesst^ estoit sa benoiste mère quant elle le veoit ainsy villenement ordonne et defliguré. Certes, on ne le pourroit expliquer. O très araère mère ! je te prie que tu me faces sentir une partie de ta douleur, affin que je puisses pleurer et douloir avec toy. Aprè>, regarde comme en icelluv estât ainsv vitu-

E creusement ordonné, Pylate le fist admcnor ors devant tous et va dire: Regardez ccsiuy homme, en quel estât il est et comme il e^t très durement tormenté; laissiez-le aller, car s*il a de riens méprios, il a très bien porté la pénitence, et en est très griefment tormenté. Adoncques les faulx Juifz se prindrent à crier à haulte voix : Nenny, Dennjt hoste, hoste le et lefay cruciffier, ou aucunement nous te accuserons à César; car il i.;ut contre sa magesté en tant qu'il a dit qu'il estoit notre roy. Adoncques Pylate le cou* dempna h mort et le livra pour le cruciffier. Pensse quelle tristesse cust sa mère quant

AGO

DES INDULGENCES

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elle rouyi condempner à mort , et si cruelle cooime de la croix. Car si tu ^ pensses bien, lu ea auras grant coinpassiOD. £l cecy te suffira de l*beure de Tierce.

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