IV* DOULEUR
Marie rencontre Jésus portant sa croix.
La Chananéenne dit i Jésus, en te priant de délivrer sa fille du démon qui la tourmentait : Ayez pitié de moi, de moi qui suis sa mère, plus que de ma fille : Miserere mei. Domine, fili David^ filia mea a dœmonê vexaiur {Matth. XV, 22). Et quelle mère aima jamais son fils comme Marie aima Jésus? 11 était son Fils unique; elle l'avait élevé avec tant de peines ce Fils aimable dont elle était si tendrement ain!iéé, ce Jésus qui était en môme temps son Fils et le Fils de Dieu, venu pour allumer sur la terre le feu de son divin amour, comme il le dit lui-même : Je suis venu apporter le feu sur ia terre ; et miest^e que je veux, sinon qu'il soit allumé? {Luc. xn, 59). Quelles fiammes ne dut-il pas allumer dans le cœur de sa sainte Mère, dans ce cœur si pur^ «i vide de toute atfection terrestre ! En un mot, la sainte Vierçe dit elle-môme à sainte Brigitte aue, par l'amour qu'ils se portaient, leurs deux cœurs n'en faisaient
Ïu'un : Unum erat cor meum et cor Filii met. ette double qualité de servante et de mère^ de fils et de Dieu, allumèrent dans le cœur de Marie un incendie composé de mille kicendies. Mais lors de la passion, cet incendie devint une merdedouleurs : «Toutes les douleurs du monde, » dit saint Bernardin, < quand elle seraient réunies, n'égale* raient jamais la douleur de la glorieuse vierge Marie. » (Tom. III, v. i5.) Quanta dilexit terurius, tanto est vulneraiaprofun^ dius^ dit saint Laurent Justinien. Elle ressentait d'autant plus de peine de voirsouf' frir son Fils, que son amour était plus grand ; quelle fut donc sa douleur, lorsqu'elle le rencontra portant sa croix au lieu dé soo supplice? (/est la it' douleur que nous allons considérer.
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La très-sainle Vierge r('îv61n h sainte Brigitte qu'aux approches du temps de la passion^ ses yeux étaient toujours pleins de larmes; pensant qu'elle était sur le point de perdre en ce njonde son Fils bien-aimé, et au une sueur froide parcourait tous ses membres^ lorsque la terreur de cet horrible spectacle qui approchait assaillait son esprit (Lib. i Rcv., c. 10). Le jour flxé étant arrivé, Jésus versa des larmes en quittant sa Mère pour aller à la mort. Saint Bonaventure contemplant ce que faisait Marie pendant cette affreuse nuit, lui adresse ces paroles : Vous la passiez sans fermer C œil; et tandis que les autres dormaient, seule vous veilliez. Le malin étant venu, les disciples de Jésus allaient vers celte Mère affligée lui porter l'un une nouvelle, Tautre une autre, mais toutes plus tristes les unes que les autres, selon ces paroles de Jérémie qui se vérifièrent alors : Elle fondit en larmes toute la nuit; et les larmes inondaient son visage; et personne d'entre ses nombreux amis ne la pouvait consoler (Thren. i, 12). On lui rapportait tour à tour les mauvais traitements frtiis à son Fils dans la maison de Caïphe, cl l<s méi)risd'Hérode. EnQn saint Jean arrive (je passe toute le reste pour en venir à mon sujet); il annonce à Marie que Pilate, ce juge inique, Ta condamné à mourir sur la croix, le dis ce juge inique, parce que, comme le remarque saint Léon, il condamne à la mort celui-là même qu'il vient de déclarer innocent. Ah ! Mère de douleur, lui dit saint Jean, l'arrêt do mort est porté contre votre Fils, il est déjà sorti portant sa croix pour aller au Calvaire (comme il le rapporte dans son Evangile, chap. xix, 7). Venez si vous voulez le voir et lui dire le dernier adieu, venez sur son passade.
Marie part avec saint Jean : au sang qu'elle vil dans le chemin, elle reconnut que son Fils y avait déjh passé, comme elle le révéla à sainte Brigitte : Je connaissais le chemin par où mon Fils avait passé à ses vestiges; car partotiU où il passait, la terre (n)paraissaîi teinte de sang. (Liv. iv, c. 77.) Saint Bonaventure dil que cette Mère affligée prit le chemin le plus court, el se mit au milieu d'une rue par où il devait passer, aûa de rencontrer son malheureux Fils. « La mère Irès-douloureuse alla au-devant de son pitoyable Fils, dit saint Bernard. Arrêt,ée en ce lieu, que de paroles ne dut-elle pas entendre injurieuses è son cher Fils, et peut-être à elle-même? Uélas ! quelle douleur ne fut pas pour elle la vue des clous, des marteaux, des cordes, funestes instruments de sa mort, que l'on portait devant lui. Quel glaive pour cette lenure mère que le son de la trompette qui publiait son jugement! Après avoir vu les inslrumenls de mort et les bourreaux, elle lève les yeux et voit , 6 Dieu ! quelle vue, un jeune homme couvert de sang el de plaies depuis la lêle jusqu'aux pieds , porlanl une couronne d'épines sur fa tête et deux grosses poutres sur les épaules 1 Elle le considère, à [>eine le reconnaît-elle : Ei vidimus eum, et non erat aspectus, ditelle avec Isaïe (isai. un). Les blessurcts.
les meurtrissures, le sang extrava^^!' lui i!onnait l'aspect d'un lépreux : Pulavimus tum quasi leprosum [Ibià.]. De sorle qu*on ne pouvait le reconnaître : Et quasi absconditut vultusejus et despectus; undenec reputavimui eum. {ibid.) Le cœur de Marie le reconnut bien, mais de quels sentiments de crainte el d'amour ne fut-il pas agité, dit saint Pierre d'Alcantara dans ses méditations. D'unc6t^ elle désirait le voir : de l'autre, elle redoutait la vue d'un objet si digne de compassion. L'on voit dans les révélations de sainte Brigilte que Jésus, ôtant de ses yeux un caillot de sang qui l'empêchait de voir, regarda sa mère, et Marie regarda son Fils, Oh 1 regards de douleur I comme deux flèches acérées ils percèrent ces deux cœurs pleins d'amour. Lorsque Marguerite, fille de Thomas Morus, rencontra dans la rue son père marchant à la mort, elle ne put que lui dire deux fois: 0 mon père! ô mon pirel et elle tomba évanouie à ses pieds. Marie ne s'évanouit pas à la vue de son Fils montant au Calvaire, parce qu'il ne convenait pas à la grandeur de Marie de perdre un seul instant l'usage de la raison, comme dit Suarez. Elle ne mourut pas, parce que Dieu la réservait h de plus grandes peines, mais elle eut une douleur capable de lui donner mille fois la mort.
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Mère affligée, par les mérites de la douleur que vous éprouvâtes en vovanl Jésus conduit à la mort, obtenez -moi la grâce de porter avec patience les croix que Dieu m en* voie. Heureux si je puis vous accompagner avec ma croix jusqu'à la morll Jésus et vous,avez porté une croix si pesante, et moi pécheur qui ai mérité l'enfer, je refuserais de porter la mienne ? Ah 1 Vierge immaculée, j'espère que vous m'accorderez votre secours, pour souffrir mes croix avec i»a* lience. Ainsi soit-il.