‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 5)Chapitre 94 sur 370 · V' DOULEUR · texte numérisé non relu

V' DOULEUR

La mort de Jésus.

Nous avons ici à considérer un nouveau genre de martyre, une mère condamnée à voir son Fils bien-aimé Tobjnl de toutes ses affections, immolé sous ses yeux, quoique innocent, avec la plus horrible barbarie. Or sa mère se tenait au pied de ta croix. C'est tout ce qu'on peut dire du martyre de Marie* dit saint Jean; vovez-la près de la croii. les yeux sur son Fils moribond, el puis (>eQ' sez s*îl y eut jamais douleur pareille à la sienne. Arrêtons-nous donc sur le Calvaire pour considérer ce cinquième glaive, la mort de Jésus, qui perça le cœur de Marie.

Arrivés sur le Calvaire, les bourreaux se jetèrent sur le divin Hédempteur épuisé (Je fatigue, lui arrachèrent ses vêtements <'t clouèrent à la croix ses mains el ses pieds sacrés, avec des clous érnoussés, non pointus, mais aigus, dit saint Bernard (Serm. ^ de Pfl«.).Pour le faire souÇ'rir davantage, »N élevèrent la croix, la llxèrenl el le laissérciil

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DES IXOULGEiNCES.

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mourir. Les bourreaux Tabandonnent , Marie oe le quiHe point. Elle s'approche liaraiilage pour recevo r sou dernier soupir. Je ne reêiais point séparée de mon Fihj et je me tenaû le plus proche de sa croix (comme la révélé la bienheureuse Vierge à sainte Brigitte, iiv. i, c. 6). Mais pourquoi, Vierge divine, aller au Calvaire voir mourir votre Fils ? (lit saint Bonaventure. 0 ma Reine 1 [iourquoi êtos-voas allée au Calvaire ? Pourquoi n*avez-vous pas été retenue par la honte et Thorreur d'un tel crime ? La pudeur devait vous retenir, car i>on opprobre élait aussi le vôtre. L'horreur d'un tel crime devait au moins vous retenir, voir un Dieu cruciiié par ses propres créatures ? Mais , répond le même saint, « votre cœur ne considérait pas l'horreur, mais la douleur. »Ah! \otre cœur alors ne pensait point à ses peines, mais aux douleurs et ë la mort de votre cher Fils. C'est pourquoi vous voulûtes rester auurès de lui pour compatir au moius à SCS douleurs. « Ah l Mère vraiment mère, » dit Tabbé Guillaume, « mère ahnanle, que Vedroi même de la mort ne nut séparer de bou Fils bien-aimé! ISerm. 4, de Ass.) 0 Dieu! et quel spectacle doulouieux n'était* ce pas de voir ce Fils agonisant sur la croix, et sous la croix cette mère qui soutTrait toutes les peines de son Fils 1 Voici comme Sfarîe raconte à sainte Brigitte, dans une révélation, l'état déplorable de Jésus, lorsqd'elle'lo vit sur la croix près de mourir : « Mon cher Jésus était sur la croix accablé de douleur et agonisant, les yeux enfoncés, moitié morts, moitié éteints; les lèvres pendantes, la bouche ouverte, les joues flétries et collées aux dents, les m&choires tiraillées, le uez cflilé, le visage triste. Sa tôte pendait »arsa poitrine, ses cheveux étaient noirs de sang, son ventre collé à ses reins, ses bras et sqs jambes raides, le reste du corps tout couvert de plaies et de sang. » (Lib. i Jlep., c. 10, et lib. iv, c. 70.)

Toutes les souffrances du corps de Jésus étaient autant de souffrances pour le cœur de îiarie^ dit saini Jérôme (Ap. Baldi., tom. 1, p. fc, 9). Ou voyait alors sur le Calvaire deux autels où se consommaient deux grands sacrifices; Tuu dans le corps de Jésus, et l'autre dans le cœur de Marie , dit saint Jean Cbrysostome. L'idée de saint Bonaventure me semble encore plus juste; il n'y voit uu'uu seul autel, la croix , sur laquelle avec I Agneau div;n l'on immole aussi la sainte Mère. C'est no lirquoi ce saint lui adresse ces }>atoles : « 0 Marie, o^ ètes-vous? prés de la croix? Non, vous êtes sur la croix cruciûéo avec votrecherFils» (Ap. Bald. l cit,^ p. tô2]. Et saîut Augustin dit : « La croix et les clous du Fils furent aussi la croix et les clous de la mère. La mère était crucitiée avec Jé- Mis-Chrbt crucifié. Ce que les clous faisaient dans le corps de Jésus, l'amour le taisait au3di dans le cœur de Marie, » dit saint Bernard; de sorte qu'en même temps que « le Fils sacrifiait son corps , la mère sacrifiait sou âme, » comme 1 écrit saint Bernardin tom. 1, serm. 31).

lllCTIO.>Sf. DES InDULGCN

Les mères redoutent la vue d'un fils moribond, elles la fuient; mais si quelque mère est obligée d'assister un fils qui meurt , elle tâche de lui procurer tous les soulagements possibles ; elle arrange son lit, lui donne des rafraîchissements; la pauvre mère console *aiusi sa douleur. Ah! Mère la plus aflli^ée de toutes les mères 1 O Marie! il vous est imposé d'assister à la mort de Jésus; mais il ne vous est pas donné de louvoirhii apporter aucun soulagement. Marie entend ces paroles de son Fils : J'ai soif; mais il ne lui est pas permis de lui donner un peu d'eau pour étaucher sa soif. £lle ne put que lui dire : Mon Fils y je n'ai que l^eau de mes larmes ^ dit saint Vincent Ferrier (ap. Bald., p. tô6). Elle voyait son Fils sur ce lit do douleur pendu à trois crochets de fer; elle aurait voulu l'embrasser pour lui donner un instant de consolation; elle aurait voulu au moins qu'ilexpirât dans ses bras, mais cela ne se pouvait : Elle voulait l'embrasser^ mais ses bras déployés retombaient inutilement sur sa poitrine (Saint Bernard., ap. Bald., p. 463). Elle voyait son propre Fils chercher dans ci'tle mer d'ailliction quelqu'un pour le consoler, comme le prophète l'avait prédit : J'ai foulé seul le pressoir.... J'ai regardé autour de moi, et je n'ai point trouvé de secours; j'ai cherché , et personne ne s'est présenté pour ni aider {isai. lxiii). Mais parmi les hommes, qui aurait pu le consoler? ils étaient tous ses ennemis ! Même sur la croix, il y en avait de tous côtés qui lui disaient des injures et se moquaient de lui. Ceuxaui passaient b'as^ phémaient remuant la tête (Matth. xxvii). Les uns lui disaient en face : 5i' tu es le Fils de DieUy descends de la croix. D'autres : Il a sauvé les autres^ et il ne saurait se sauver lui* même? D'autres enfin : S'il est le roi d'Israël^ (fuil descende maintenant de la croix (Malth. ibid.). La sainte Vierge dit de plus à sainte Brigitte {Rev. 1. iv, c. 27): J'en entendis qui disaient : C'est un imposteur ^ c'est un larron^ il n'en est pas qui ait ptus mérité la mort que lui. Toutes ces paroles étaient pour moi autant de glaives de douleur. Ce qui accrut encore la douleur de Marie et sa compassion pour Jésus fut de l'entendre se plaindre sur la croix de ce que son Père lanandonnait : Mon Dieu^ mon Uieu^ pourquoi m'avex-vous abandonné? (Matth. xxvii, 2G.) paroles qui no sortirent jamais de son esprit tout le reste de sa vie. (Rev. 1. cit.). Ainsi , cette Mère affligée voyait son Jésus tourmenté de toutes manières, et ne (:ouvait lui donner aucune consolation ; sa présence était (K>ur son Fils un surcroît de douleur. Cette pensée lui perçait le cceur. La même peine, dit saint Bernard, qui frappait le cœur de Marie rebondissait contre celui de Jésus, et le remplissait d'amoriume: L'amertume qui inon^ dait la tnire rejaillissait sur le Fils (Hom. in Ev. Stabat.). Jésus sur la croix souU'rait plus des douleurs de sa Mère que des siennes par lacompassion qu'il lui inspirait: J'étais là debout voyant mon Fils, et lui me voyait, et il soulfrait plus de mes douleurs que des siennes. Telh s sont les paroles que sami

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Bernard met dans Ja bouclie de Marie (A p. Sinise. Cons. 28). 11 dit aussi qu'elle vivait en mourant sans pouvoir mourir : « La mère était au pied de la croix ; elle i^tait sans voix; elle vivait mourante, elle mourait vivante. Elle ne pouvait pas mourir , parce que vivante elle était morte. i> (De Lamtnt. virg.) Passino écrit que Jésus-Cnrist partant un jour à la bienheureuse Baptiste Varano de Camerino, lui diWuela vue de rafflictiun de sa Mère au pied de la croix le toucha tellement u il mourut sans consolation. Aussi ayant ait éprouver à cette sainte la force de cette douleur» elle s'écria: C'est assez. Seigneur, c*est assez; ne me parlez plus de vos peines, je n*en puis plus.

« L'on était saisi d*étonnement, dit Simon de Cassia, de voir cette Mère garder le silence sans se plaindre au milieu de tant de douleurs; mais si la bouche de Marie se taisait» son cœur ne se taisait pas; il offrait la vie de son Fils à la justice divine pour le salut de tous les hommes; par le mérite de ses douleurs, elle coopéra à nous faire renaître à la vie de la grâce. Nous sommes donc les fils de sa douleur. »

« Le Christ voulut, dit Lansperse, qu'elle fût là présente pour coopérer à 1 œuvre de notre rédemption, elle qu'il avait résolu de nous donner pour Mère. En effet, il fallait qu'elle- nous enfantât au pied de la croix » (Uom» U, de Pass. Dom.). Et s'il y eut quelque soulagement dans celte mer d'amertume (c'est-à-dire le cœur de Marie), ce fut de j)enser que par ses souffrances elle contribuait à notre salut éternel.

vr DOULEUR.

Du coup de tance et de la descente du corps de Jésus de la croix.

O vous tous qui passez par le chemin ! faites attention^ et voyez sHl est une douleur comme ma douleur. (Thren. 1, 12.) Ames dévotes, écoutez ce que vous dit cette Mère affligée: a Filles bien-aimées, ne cherchez pas à me consoler; non, mon cœur n'est plus capable de recevoir aucune consolation sur la terre depuis que mon Jésus l'a quittée. Si vous voulez me croire, jetez les yeux sur moi, et voyez s'il fut jamais douleur pareille à la mienne. Jésus, mon Fils bien-aimé, l'objet de toutes mes affections, m'a été enlevé avec tant de cruauté I » Ah! ma Mère, puisque vous ne voulez point de consolation, et que TOUS êtes si avide de souffrances, elles n'ont pas fini à la mort de votre Fils; vous serez encore aujourd'hui blessée d'un autre glaive, une lance cruelle percera son côté, et lorsqu'on l'aura descendu de la croix, vous le recevrez dans vos bras ! — Considérons aujourd'hui la sixième douleur qui affligea celte pauvre Mère. Jusqu'à présent elles sont venues Tune après l'autre, aujourd'hui elles viennent l'assaillir toutes à la fuis. Il saflit d'annoncer à une mère la mort de son fils pour qu'elle sente bientôt se rallumer tout l'amour qu'elle avait [)Our lui. Pour alléger ta douleur des mères, quelquefois on

leur rappelle les chagrins queleurontcausés leurs enfants ; mais si je voulais user de ce moyen pour vous consoler, ô ma Reine !

être votre douleur? Montrez-la-nous vousmême, ô Marie 1 telle que vous l'avez éprouvée. Un pieux auteur dit que la première pensée de cette bonne mère fut d'accompagner l'âme sainte de son Fils, et de la présenter au Père éteruel. « Je vous présente, ô mon Dieul l'âme imranculée de votre Fils, qui est aussi le mien; elle vous a obéi jusqu'à la mort; recevez-la entre vos bras: votre justice est satisfaite, votre volonté accomplie; le grand sacrifice est consommé à votre gloire éternelle. »Et puis, revenant au corps e son Fils, à ses membres iTÎvés de vie: <i P plaies, dit-elle, plaies amoureuses, je vous adore et me félicite avec vous! c'est par votre moyen que le salut a été donné au monde. Vous resterez ouvertes sur lecorpsde monFilspourôtrelerefugedeceuxqui recour* ront à vous. Oh I qiie de pécheurs recevront par vous le pardon de leurs péchés, et s'enflammeront d amour pour le souverain bien ! •

Afin que rien ne troublât la joie du jour suivant, samedi pascal, les Juifs ne voulaient pas que le corps de Jésus restât sur la croix, mais comme ou ne devait pas ôter les condamnés de la croix au'ils ne fussent morts, on vint leur rompre les jambes.

Marie pleurait la mort de son Fils, elle rit des gens armés qui s'avançaient contre son Jésus. A cette vue elle frémit d'horreur, et leur dit: « Ah] mon Fils est mort, ne l'outnv gez plus I cessez de me tourmenter, moi sa pauvre mère. » Elle les pria de ne point lui briser les jambes (Saitit Bonaventurej. Mais en disant ces mots, ô Dieul un soldat plonge avec impétuosité sa lance dans le côté de Jésus : Ifn des soldais lai ouvrit le côté de sa lanccy et tout à coup il en sortit du sang H de l'eau (Joan. 19). Au choc de la lance la croix trembla, el le cœur de Jésus fut divisé comme il a été révélé à sainte Brigitte: te fui au point que les deux parties se séparirefit (Rev. liv. 3, chap.21);il en sortit du sang et de l'eau, il n*y restait que quelquesgoutttd de sang, et le Sauveur voulut encore les répandre, pour nous montrer qu'il n'avait plus de sang à nous donner. Ce coup de lance fut un outrage à Jésus, mais la douleur in fut pour Marie, a Le Christ partagea, dit le dévot Lansberg, la souffrance de cette blessure, en sorte qu'il en eut l'outrage, et sa mère la douleur. » Les SS. Pères disent que celte douleur fut le glaive prédit par Siméon : glaive non de fer, mais de douleur, qui perça son âme sainte dans le cœur de Jésus où elle h.ibitait toujours. Voici ce qu'eu dit saint Bernard: La lance qui ouvrit le côté de Jésus per^a Tâme de la sainte Vierge, qui ne pouvait jamais en être arrachée (De lament. Yirg-h et la sainte Vierge dit en révélation à sauite Br igitte : Lorsque Von retirait la lance^ te dard apparut rouge du sang de mon Fils. Il ^^ semblait alors que mon cœur était percé lots-

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D;:S INDILGENCKS.

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que feuM vu percé celui de mon Fils si chéri. L*aiige dit h sainte Brigitte (|ue les douleurs de Marie furent telles que, si elle n'en mourut point alors^ ce fut un grand miracle. Mais dans ses autres afflictions Jésus compatissait à sa douleur; dans celle-ci, elle n'avait plus son Fils pour la consoler.

Marie,craignantqu*onnefltencored*autres outrages àson cher Fils, pria Joseph d'Arimathied'obtenirdePilate le corps de Jésus, aûu qu'au moins après sa mort elle pût le garder et le préserver des outrages. Joseph alla trouver Pilate, lui exposa la douleur et le désir de celte Mère affligée, et saint Anselme dit que ce fut la pitié que lui inspira Marie qui le loucha et le porta è lui accorder le corps du Sauveur. Voilà qu'ils descendent Jésus de la croix; 6 Vierge sainte I vous Tavez donné au inonde avec tant d'amour ce Fils chéri, vous l'avez donné pour notre salut. Le monde vous le rend; mais ô Dieu 1 comment me le reods-tu? lui dit Marie; mon Fils était rose et blanc, tu me le rends noir et livide; tu me le rends rouge des plaies que tu lui as faites, non de sa couleur naturelle; il était beau, il est difforme : son aspect inspirait l'amour, il n'inspire plus que de l'horreur. « Oh I que de glaives percèrent l'Ame de cette mère 1 » dfC saint Bonaventure, lorsqu'on lui présenta son Fils descendu de la croix. Considérez donc quelle peine éprouverait toute mère à qui l'on présenterait le corps mort de son fils I 11 fut révélé à sainte Brigitte que, pour descendre Jésus de la croix, les disciples, ap* pliquèrent trois échelles à la croix; ils déclouèrent d^abord les mains, puis les pieds, et les clous furent remis à Marie, comme Métaphraste le rapporte. L'un d'eux prit en* suite le corps de Jésus en dessus; l'autre le soutint en dessous, et ils le descendirent de la croix. Bernardin de Buste considère cette îlùre atlligée soulevée sur la pointe des pieds, les liras étendus pour recevoir son cher Fils ;. elle l'embrasse, puis s assied au pied de la croix ; elle voit sa bouche ouverte, ses 3 eux otocurcis; elle regarde sa chair lacérée, ses os découverts ; elle ôte sa couronne, et voit le déchirement fait par les épines h cette lèle sacrée, ses pieds et ses mains percés d'outre CD outre, et s'écrie : Ah I mon Fils, où vous a réduit votre amour pour les hommes ? quel mal leur avez-vous fait pour qu'ils vous aient traité de la sorte ? O vous qui étiez mon pere^ mon frirez mon époux^ mes délices^ ma gloire et mon tout ! lui fait dire Bernardin de Buste : mon Fils, regarde mou afilictiop, jette les yeux sur ta mère ; console-moi ; mais tu n'es plus, tu ne me regarde plus ! O cruelles épines, d clous 1 ô lance impitoyable I comment avez-vous pu tourmenter ainsi votre Créateur? disait-elle en se tournant vers ces instruments barbares. Mais quels clous, quelles épines 1 Ah t pécheur, s écriait-elle, c'est vous qui avez ainsi maltraité mon Fils !

Ainsi disait alors Marie; elle se plaignait de nous, mais que dirait-elle auiourd'hui, si elle pouvait éprouver de Ja douleur? Quelle IHîine n'éprouverait-elle pas en voyant que les hommes continuent à déchirer et à cru-

cilier Jésus ;)^ leurs péchés, même apiès sa mort? Ne toi#mciUons donc plus cette Mère afiligéc, et si par le passé nos péchés ont été pour elle un sujet de douleur, faisons maintenant cequ'elle nous dit : Revenez, pécheurs, revenez au cœur blessé de mon Jésus ; repentez-vous, il vous accueillera ; revenez au cœur deJésus,prévaricateurs{Isa. xlvi, 8.) ; « de Jésus allez i^ Jésus, du juge au Rédempteur, du tribunal à la croix, » continue labbé Guerric. Marie révéla à sainte Brigitte qu'elle avait fermé les yeux à Jésus lorsqu'on lui avait remis son corps, mais qu'elle ne put lui fermer les' bras ; àésus voulut nous faire entendre |Kir là que ses bras seraient toujours ouverts jtourrecevoir les pécheurs repentaats.Omond^', dit Marie,voi<à Ion temps ^ le temps de ceux quiaiment (Ez. xvi, 8.);à |)résent uue mon Fils est mort pour te sauver, ce n est plus un temps de crainte, mais d'amour; c'est le temps d'aimer celui qui pour te montrer son amour a voulu tant souffrir pour toi. a Le cœur du Christ a été blessé, afin de nous faire voir par une blessure visible la blessure invisible de son amour. » {Serm. de Pass. Dom. saint Bernard.) « Si donc, continue Marie avec ridiot, mon Fils a voulu que son côté fût ouvert pour te donner son cœur [son trop grand amour lui ouvrit pour toi le flanc pour te montrer son cœur), il est juste, 6 homme ! que tu lui donnes le tien ; » et si vous voulez entrer sans obstacle .dans le cœur de Jésus, enfants de Marie, allez-y avec votre Mère, elle vous obtiendra cetle grûce: Fils de Marie, entre avec elle dans le secret du cœur de Jésus: en voici un bel exemple.

rhlilHE.

O Vierge de douleur, grande par vos vertus, grande par vos douleurs, qui naissent les unes et les autres de ce grand incendie d'amour de Dieu, allumé dans votre cœur, qui ne sait aimer que lui ; ah I bonne Mère, ayez pitié de moi qui n'ai pas encore aimé Dieu et l'ai tact offensé.

vu* nOLLEt'R.

Marie au tombeau de Jésus.

Marie serrait dans ses bras le corps de son Fils, elle était absorbée dans son affliction. Lessaintsdisciples,craignantnu'elle n'expirât de douleur, se mirent bientôt a lui ôler Jésus pour l'ensevelir. Ils le tirèrent de ses bras avec une respectueuse violence, l'erabou-* mèrent avec îles aromates, l'enveloppèrent du linceul qu'ils avaient préparé, sur lequel le Seigneur voulut bien laisser au monde l'empreinle de son corps, comme on le voit encore h Turin. Le triste cortège se met en route, les disciples portent le divin corps sur leurs épaules, les anges du ciel l'accompagnent, les saintes femmes le suivent, et avec elles la Mère ailligée suit aus<:i son Fils au sépulcre. Arrivés au lieu destiné, ohl que Marie serait descendue de bon cœur dans le sépu'ore pour s'y ensevelir toute vive avec son cher Fils! OA/ comme ;> me serais ensevelie vivante avec mon Fils, si c'eût été sa ro-

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CÎÎE

hnté, dit-elle à sainte Brigitte (Liv. i Hev,) Mais comme ce irétait pas la volonté de Dieu, elle se contenta d'accompagner jusau au sépulcre le corps sacré du Sauveur. Baronius dit qu*OD y déposa les clous et la couronne d*épines. Puis, élevant la pierre du sépulcre pour en fermer rentrée, ilsdurentdireà Marie: Allons, bonne et tendre Mère, résignez-vous I ii faut fermer le sépulcre; regardez-le pour la dernière fois, dites adieu à ce cher Fils. « Je ne te verrai donc plus, 6 mon cher Fils, dut dire alors la malheureuse Mère, je ne te verrai plus ! reçois donc pour la dernière fois le dernier adieu de ta pauvre mère; reçois aussi mon cœur : il rest« avec toi dans le sépulcre. » La Vierge soufiaita fortement d'enfermer son âme avec le corps de Jésus-Christ^ dans son^ombeau,ditsaintFulgence. Marie dit ellemême à sainte Brigitte : Je puis bien vraiment dire quà la sépulture de mon Fils^ il y eut comme deux cœurs ensevelis en un seul sépulcre. {Rev. lib. II, ch. 21.)

Enfin ils prennent h pierre, et renferment dans le saint sépulcre le corps de Jésus, K:rand trésor, qu aucun trésor ne surpasse ni sur la terre ni dans le ciel. Faisons ici une digression. Marie laisse son cœur dans le sépulcre avec Jésus, parce que Jésus est son seul trésor : Là où est votre trésor^ là aussi est votre cœur [Luc. xii.) Et notre cœur, où est-il enseveli? peut-être dans les créatures , dans la fao^e? pourquoi ne Tost-il pas en Jésus, qui, quoiqu'au ciel, a voulu rester vivant (uiriui nous dans le saint sacrement de Tautel, uniquement pour ^ posséder nos cœurs? Mais revenons à Marie; saint Bonavcnture veut qu'avant de quitter le sépulcre, elle ait béni cette pierre sacrée en disant : Toi qui renfermes aujourd'hui celui que j'ai porté neuf mois dans mon sein, je le bénis et te porte envie. Garde mon Fils, c'est tout mon Lien, tout mon amour. Puis, levant les yeuxau ciel :Pèreéternel,dit-elle,je vous recommande votre Fils qui est aussi le mien. Ayant ainsi fait son dernier adieu à Jésus et au sépulcre» elle retourna dans sa maison. Cette pauvre mère était si triste, que, dit saint Bernard, « plusieurs étaient comme malgré eux forcés de pleurer en la voyant; que tous ceux qui la rencontraient versaient des larmes : Tous ceux qui la rencontraient pleuraient. » 11 ajoute que los disciples et les saiutes femmes « pleuraient sur elle plutôt que sur le Seigneur. »

Saint Bonavcnture veut que ses sœurs l'aient voilée d'un manteau de deuil : « Les sœurs de Marie la voilèrent comme une veuve, lui couvrant presque tout le visage.» 11 dit aussi que, passant à son retour auprès de la croix encore toute mouillée du sançde Jésus, elle fut la première à l'adorer. O sainte croix, dit-elle alors, je te baise et l'adore, tu n'es plus un bois infâme. Elle voit les clous, les épines, les chairs de son Fils en lambeaux, ces plaies profondes, ces os décharnés, celte bouche ouverte, ces yeux éteints. Ah 1 quelle nuit de douleur ne fut pas celle-ci pour Marie l Elle disait au disciple bien^aimé : AU ! Jean^ où est donc votre MnUrr'f à Ma^do-

Icine : Où est ton bien-aiméfô Dieu! qui nous ia ravi? Elle pleurait, et tous ceux qui étaient av( c elle pleuraient aussi. Et toi, t mon âme, tu ne pleures pas! tourne-toi vers Marie et dis-lui avec saint Bonaventurc: « Laissez-moi pleurer, ô ma divine maîtresse! vous êtes innocente, c'est moi qui suis le coupable. » Prie-là au moins de t'admellreà pleurer avec elle : Faites aue je pleure otec vousl L'amour cause ses pleurs ; que la douleur de tes péchés cause les tiens.

PRIÈRE

Mère afilij^^e I je ne veux pas vous laisser pleurer seule : non, je veux mêler mes larmes aux vôtres. Je vous demande aujourd'hui la grâce d'une tendre dévotion à la passion de Jésus et h la vôtre, aQn que tous les jours qui me restent à vivre soient employés, ô ma Mère! à pleurer vos douleurs et celles de notre Rédempteur. J'espère qu'à l'heure de ma mort ces douleurs me donneront confiance et force pour ne pas me désespérer à la vue de tant de péchés que j'ai commis contre mon Dieu; elles m'obtiendront le pardon, la persévérance et le paradis, oix j'espère me réjouir avec vous , et chanter la miséricorde inûnie de mon Dieu pendant toute l'éternité. C'est mon espérance. Ainsi soit-il. Amen, amen.

(Toy. art. Compassion de la sai^ite Viebge, et Douleurs de la sainte Vikuge.)

CHAPELET ou Couroxmb du précielx Sang. Voy. Sang.

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