CHAPITRE XXVI
Explication plus ample de Poraison mentale avec les enseignements de sa pratique.
L'oraison mentale est une opération de notre âme, en larpiellc, par la pénétration d'une vérité de la foi, noire volonté est excitée à souhaiter et demander à Dieu la perfection chrétienne, ou d'y faire quelqu'avancemenl notable.
Lorsqu'on veut vaquer à cette oraison, la première chose qu'il faut faire est de se représenter, que c'est avec Dieu que nous voulons traiter, afin de nous séparer par cette considération des objets de nos sens, de chasser de nos esprits toutes les pensées du monde, et nous excitera la révérence que mérite la grandeur et la bonté divine; i^ faut ensuite s'anéantir devant Dieu, et lui demanJer par une singulière grûcc, Tatlention et le respect que requiert une telle action. Celte préjiaration présupposée, il faut concevoir fortement le mystère qu'on s est proposé [)our sujet de sa méditation, sajis toutefois y travailler beaucoup son esprit, qni doit être doucement abandonné à la conduite décelai de Dieu. L'esprit étant bien rempli de la vérité du suiet qu'on a pris, il faut remarquera quoi elle nous oblige particulièrement; et considérant que celte obligation est perpétuelle et non pour un temps seulement, faire rétlexion sur soi-môme, et bien examiner si l'on a toujours agi conformément à cette vérité. Si on l'a fait, reconnaissant que c'est un bénéfice de la grâce- de Dieu, iî J'en faut remercier avec grand ressentiment : si aussi on se trouve convaincu d'avoir manqué à cette obligation, ilfaut s'humilier et se confondre, el tirer divers actes d'une vraie repentance. Ensuite, il faut rechercher soigneusement les moyens de réparer le passé par l'avenir, dont il faut former une forte résolution, et parce que l'homme ne f)eut rien de soi sans fa grâce, et que cette divine çrâce ne produit rien on l'homme sans lui-même» il la
demandera ardemment à Dieu, et lui promettra toute sorte de fidélité de sa oart pour y correspondre.
11 produira, en ce faisant, tous les actes des vertus qui seront enveloopées dans son sujet, et s'attachera particulièrement à celles qui sont contraires à ses défauts et h ses imperfections. Cela fait, il considérera la méfiance qu'il doit avoir de soi-môme, et la grande conflanîc qu'il est obligé de prendre en la bonté de Dieu ; et par ce moyen il entrera en la paix intérieure, qui estle fruit de son oraison, en laquelle il se maintiendra autant qu'il lui sera possible jusqu'à ce qu'il | asse à un autre point de sa méditation, s'il s'en prescrit plus d'un ; auquel cas il remettra en pratique la môme méthode dont il aura usé au premier, excepté qu'il entrera en la contemplation de son suiet sans nouvelle préparation.
Voila en peu de mots ce qui est de l'oraison mentale, selon qu'elle est conununément pratiquée entre les hommes.
Il y en a d'autres espèces, dont Dieu donne l'usage à qui bon lui semble ^ par un effet extraordinaire de sa bonté et de sa puissance; nous en parlerons ci-aprés, afin que les âmes les plus élevées trouvent aussi bien de quoi se satisfaire en cet ouvrage que les autres.
Cependant ie ne veux pas oublier de remarquer que l'oraison dont je parle présen* tement doit être pratiquée diversement, selon la diversité de la constitution naturelle et de l'attrait ou mouvement de la grâce de ceux qui s'y appliquent.
Tel fera jdus d'opération d'esprit en un instant qu'un autre en une demi-heure, cl tel tirera plus de désirs p»leins de feu pendant la durée de deux versets d'un psaume qu'un autre pendant le temps qu'il faut pour réciter le plus long du Psautier.
il y a certains esprits si ratiocinants et si subtils de leur nature, que, s'ils ne se retenaient dans la pente de leur inclination, ils demeureraient dans les termes d'une simple spéculation théologique, au lieu de venir h la pratique du saint exercice auquel ils aspirent.
Il se trouve assez de différence entre ces deux opérations pour en éviter la confusion ; mais aussi y a-t-il assez de conformité pour prendre Tune pour l'autre, si on n'a l'œil bien ouvert à éviter cette méprise. La spéculation considère un objet simplement pour le connaître, et la méditation considère et connaît les mystères qu'elle se représente, pour en tirer du fruit et devenir meilleure. La première ne recherche que la faison des choses, et la seconde en tire l'utilité et se l'applique à soi-même.
La première est comme le rayon, qui» n'étant arrêté par aucun corps qui le réfléchisse, ne produit aucune chaleur ; et la seconde, par la réflexion qu'elle fait sur soi-même, fait que ce qui était simple ra^ou de connaissance dans l'entendement, devient ardeur et amour dans le cœur.
Il y a certains esprits si inquiets et si dis*
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