CHAPITRE XX
De deux autres sortes cV oraison^ la mixte et
la jaculatoire.
Outre les deux espèces d'oraison mentale et vocale, que nous venons d'expliquer et de comjwrcr 1 une avec l'autre ; il y en a encore une troisième, que les spirituels appellent mixte; parce que c'est un mélange des deux autres, e|i tant que la langue et l'esprit y agissent en même temps. Kn cette oraison la bouche tfa pas plutôt prononcé les paroles que Tesprit y faisant réflexion les considère, les examiné, et s'y arrête de telle sorte qu il en tire le suc et le miel qui nourrit les âmes. Celle oraisou est la vie des religieux de Saint-Bruno, qui psalmiulient si lentement que leurs noses leur donnent lieu de méditer ce que leur bouche a proféré.
Les Pères nous en font encore connaître une quatrième csi>ècc dont l'antiquité a fait un cas très-particulier. Ils rappellent jaculatoire, parce que c'est un iet et un élan du cœur de rhoumie envers Dieu; elle estquelfiuofois seulement conçue en l'esprit, d'au- Mes fois l'esprit et la bouche la produisent.
Cependant deux conditions principales la rendent difTérenlc de la mentale et de la mixte, que nous avons expliquées ci-dessus.
La firemière est la brièveté; cette oraison n'étant qu'un élan de notre cœur, nui témoigne en un instant la passion c^u'il a pour «on Dieu.
I^ serondoest la ferveur, qui est beaucoup plus grande que celle des autres oraisons: toutes peuvent être faites ou sans grAre sanctifiante, ou avec la seule habitude de la charité; au lieu que celle-ci n'est jamais faite que par la rerveur de la charité actuelle, qui donne dos mouvements extraordinaires ^ l'homme d^ s'unir à Dieu étroitement. Les transports des Ames prévenues de telles grâces, sont semblables aux bouillons d'une eau, qui ne sortant jamais de son vase que lorsqu'elle est échauffée par l'ard&ur d'un feu violent, ne peut y être contenue lorsqu'elle est dans cet état.
Les Pères la préfèrent en cette considération à toutes les autres ; parce que Dieu ne regarde pas tant la dj^rée de la prière comme le feu qui la produit. C'est ce qui donne lieu à saint Augustin de dire lorsqu'il- en parle : L'etfet qui s'ensuivra sera d'autant
Idus diçne, que l'amour q\ii fi^ précédé a été Ttilanl.
Cassian a di^ q'ie le'bout de ses floches
Îist d'or, si pur etallilé, qu'il ne blesse pas ,c cœur de Dieu moins doucement qu'il le V)M«.hc côitainemeut. L'homme est l'arvher a'\i ^ire, Dieu est le but qui reçoit Je coup,
d'autant plus certainement qu'il s y expose do lui-même ; et étant plus puissant que l'homme, pour un trait qu'il reçoit, il en tire cent à sa créature; et par ce moyen il se lait un commerce de guerre et d'amour tout ensemble, qui n'a autre but que la gloire de Dieu, qui demeure victorieux , et le bonheur de l'homme, qui ne peut être vaincu sans trouver son avantage.
Toutes les oraisons que nous faisons par ordre de l'Eglise, sont les effets de robéis* sance que nous lui rendons, et de l'union que les Chrétiens veulent et doivent avoir avec elle et entre eux : elles témoignent de^ reconnaissances pul)liq,ues, et regardent les intérêts communs ; au lieu que l'oraison jaculatoire est un etfet de la dévotiop particulière d'un chacun, qui y découvre son cœur à Dieu, soit par la voix qu'il pousse, soit p/ir les soupirs qu'il élance, soit par les saints désirs qu'il conçoit intérieurement.
Celte oraison marque précisément les mouvements de l'âme, selon les nécessités et les passions qui la pressent. Si elle est épri«» de l'amour de son Dieu, la ferveur lui tin aussitôt, ou par pensée ou par parole, un» aspiration semblable à celle de David, lers qu'il dit : je t'aimerai, mon Dieu, qui es m? force; je t'aimerai, mon Dieu. {Psal. xvu,2.)
Si elle est éprise de crainte, elle dit ave*: le même prophète: Perce ma chair dei flèches de ta crainte. ( Psal. cxvni, 120.)
Si elle admire la bonté de son Créateur, ces paroles sortent de son cœur et de sa bouche : O Israël , que Dieu est bon ! ( Psal, Lxxii, l.)Si elle considère ses miséri^'ordes, elle s'écrie ; Je chanterai éternellement les miséficorden du Seigneur. ( Psal. lxxvih, 2. ) Si elle rappelle en sa mémoire les divers bénéfices qu'elle a reçus de Dieu, elle dit: (?«e rendrai 'je à Dieu pour tout ce au il ma donné? [Psal. cxv , 12.) Lorsquelle eî?i Couchée d'espérance, si sa bouche est muette, son cœur dit : JTal espéré en fot'. Seigneur, j> ne s^ai jamais confondue. ( Psa!. xxx, 2. ) Si elle se trouve au fort de quelque tcniat'on, on entend ces mots : Seigmurjje souffre violence ^défends moi .[Isa, xxxviii,14..j Enlin, si elle est accablée de tribulations ses soupirs et ses larmes disent souvent: Tu es mon refuge quand l'affliction m'environne. {Psal. XXXIV, 7.) Après la tempête tu me renvoies le calnie; ei après les larmes tu me combles de joie. ( Psal. xxix, 12. )
Saint Augustin donne atteinte à tous ces divers élans; nous apprenant (jue |>ar leur moyen uçie âme presqu en un instant loue Kh puissance de Dieu, admire sa sagesse, re- (onnaitsa bonté, et approuve sa justice; elle expQse en un moment ses nécessités, elle découvre ses infirmités et ses misères, elle reconnaît et confesse ses fautes et ses néchéi? ; et en concevant un yrai repentir, eljo offre et proteste à squ Dieu unç fidèle obéissance pour jamais.
Les plus grands saints ont prflt'jqné cette oraison avec soin ; ce grand esprit Fèoi^eigne ouvertement, quand il dit que , de son temps, QOMK qui vivaient dans les solitudes
TRAITE DE LA PERFECTION DU CHRETIEN
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d'Egypte, lançaient souyenl vers Dieu les mouvements de leurs cœurs, et les traits d'un amour enOammé. Les œuvres mêmes de ce grand personnage en sont parsemées comme d'étoiles, îiarticulièremenl les enlret ens familiers qu'il a avec Dieu dans ses Soliloques: Tu es la vie,vivifie moi; lu es mon Créateur, refais-moi; je suis malade, j'appelle le médecin ; je suis aveugle, je cours K la lumière : ie suis mort, je sou[)ire après la vie . Tu es in lumière, tu es la vie, ô Jésus de Nazareth : ô lumière qui jmsse, attends un aveugle; ô vie vivante, ressuscite un mort! Au livre de ses Méditations^ il dit eu parlant à Dieu : Je vous aime, Seigneur, plus que le ciel et la terre; l'amour que je vous porte est çrand, mais je souhaite incessamment qu'il le soit davantage. Qni voudra t ramasser toutes les fleurs de celle sorte produites par ce divin esprit , ferait un bouquet dont la grosseur serait excessive.