CHAPITRE XXVII
Quelles sont les conditions requises à
Voraison.
11 est certain que pour tirer du truit de notre oraison et la rendre pro[»re è impétrer ce que nous demandons à Dieu, il est nécessaire /ic la faire a\tîc attention.
Vsi grand saint, touché de cette considération, s'écrie avec raison: « Ce n'est f>as raerviïille si Dieu ne nous écoute pas, puis-
Sue nous-mêmes nous ne nous écoutons pas. \)\ prie sans attention , est semblable aux bétes à qui on apprend quelques paroles qu'elles profèrent sans dessein et sans intelligence. » La question est de savoir quelle attention est requise à l'oraison.
Il j en a trois différentes qui regardent Toraison vocale. La première est au son articulé des mots qu'on profère. La seconde, au sens et à l'intelligence des |'>aroles; et la troisième, à la fin de Toraison.
Tant s'en faut que la première soit nécessaire, qu'au contraire elle pourrait nuire si on s y rendait trop attaché, en tant que l'âme, dont la vertu n'est pas infinie, ne peut pas f^appliqucr tout h fa fois aux actions de plusieurs facultés différentes, avec pareille vi* çueur et contention: si bien que, si elle était trop attentive au son des paroles, le mouvetnent de son cœur serait [/lus froid et plus languissant.
Quant h la seconde, bien qu'il en faille faire état lorsqu'elle se rencontre, elle n'est pas absolument réressaire, tant parce que, comme la première elh partage les fonctions do Tâine et la rend moins appliquée à exciter les mouvements du cœur, que parce
3ue si le cœur parle, la (irière ne laisse pas 'être agréable a Dieu, qui entend tout, lors Dfième que celui qui parle n'entend pas ce qu'il dit. Il en est en ce cas comme du diamant, qui vaut autant entre les mains d'une personne qui n'en connaît pas le prix, qu'en celles du plus ex)iérimenté lapidaire du inonde .
La prière n'a pas plus de force en la bouche du docteur qui entend ce qu'il dit, et qui est capable de l'expliquer aux autres, quen relie de l'ignorant, pourvu qu'il ait intention d'honorer Dieu selon les ordres de l'E* glise.
Si tous les jours de simples villageois re* çoivent l'effet des requêtes qu'ils présentent aux princes, bien qu'ils ne sachent pas lire ce qu'elles contiennent, il est 'évident q^io l'intention donne poids et prix aux prières, et que Dteu considèr-e ulus le cœur que la langue et que l'esprit.
Ijk troisième e^rt la seule qui est absolument nécessaire, soit à l'oraison vocale, soit à la mentale; elle nous oblige à diriger, par une sainte intention, notre oraison à l'honneur de Dieu, à la faire pour lui rendre l'adoration et l'hommage qui sont dus à sa grandeur et à sa puissance, et à reconnaître notre bassesse et notre impuissance, qui ont besoin de son secours en toutes choses.
C'est Va le principe d'où procède le mérito et la vertu do notre oraison, et sans lequel elle ne peut ê're acceptée de Dieu, et avec lequel il ne la rejette jamais, si d'autres considérations plus importantes à notre bien ne l'y obligent.
CeUe condition semble étonnante, en ce
Î|ue de plusieurs qui prient Dieu, il y en a ort peu qui aient actuellement celte Intention, et qui dirigent leurs oroisoijs h celle fin par un acte qui leur ^oit conjoint. Mais, les esprits les plus craintifs seront rapfKîlés de cet étonnement, quand ils sauront quM suffit qu'en priant ils aient virtuellement cette intention, et qu'ils sont censés l'avoir lorsque, |>ar un acte général non révoqué, et de fois h autre réiléié, ils ont fait état de rendre honneur à Dieu, non-seulement par leurs prières, mais par toutes les actions de leur vie.
L'intention même générale qu'en a l'Kglise est suffisante pour mettre les âmes en repos, pourvu qu'elles n'en aient j^oint de contraire, ce qui ne peut arriver <|ue par une malice presque inouïe. C'est la doctrine de saint Thomas qui enseigne qu'en toutes les actions méritoires que nous faisons il n'est pas nécessaire que notre intention soti toujours actuellement bandée h la fin de ^ou œuvre. La première vertu qui a donné le mouvement à notre action c^l toujours e.'^tiinée subsistante en son œuvre, pourvu qu'elle ne soit point rélraclée par une intention contraire, autrement nos esprils n'auraient jamais de rejîos, et douteraient toujours d'avoir perdu le mérite de leurs actions, parce qu'il est difiirileque l'attention de lliomnie, pour dévot qu'il puisse être, soit si ferme qu'elle ne se divertisse quelquefois, particulièrement quand son opération est lungue et d'une forte contention.
Cette attention enveloppe et contient virtuellement trois actes; l'un de foi, par le-** quel nous «croyons Dieu tout-puissant et tout bon, pour nous accorder ce que nous demandons. Un autre d'es()érance, par lequel, bieq qu'il ne soit pas indubitable qu'il entérine nos requêtes, nous l'espérons toutefois, e( l'en supplions avei; confiance en sa bonté. Lo troisième u*hunûlité , reconnaissant notrQ indignité, et nous confiant au seul mérita de l'Auteur et Rédempteur du genre bu-« main.
Trois conditions sont encore requises ii ce que nos pi-èrcs soient exaucées.
La première, que nous soyons nettoyés du péché par la grâce, ou au moins que nous ayons la rfej>entance au cœur, et !e ilésir d'aiiKindement lorsque nous faisons notre orai« .son; étant certain que si Dieu exauce queN
SliPPLKÏIENT AU DICTIONNAIRE DASCETISME.
(lit
ijuefois ceux qui demeureni obstinés en leurs [léchés, c'est jiar un« extraordinaire boulé dont il n'use \ins souvent.
La seconde est que nous sojons persévérants tnnos prières; Dieu ne voulant pas que nous lui demandions seulement «ne fois nos nécessités, mais jilusieurs fois pour ronnaltre notre fermeté. Itien n'est plus agréabin ù Dieu que la prière ; par ce que ni Tes hommes ni les anges ne le peuvent prier, sans professer par un seul acte, et les infinies perft'Ctions de Dieu, et la bassesse de leur condition, et la dépendance avec laquelle leur Être relève de lui. S'il prend plaisir Ji nous ieds, invoquant sa puissance et ie [liait cnrore davantage à nous s demandes; |:uis(iuc par co fait [larallre tel qu'il est, et qu'il igralitude de nos cœurs en re- B. C'est pour cela que l'Apôtre , , 17) nous oblige h prier sans
intermissioQ : toutefois il entend la cause jMir l'effet, la charité [wr l'orsison, et le désir du cœur par la voii q\ii l'exprime; autrement il nous obligerait h une chose im|K)ssibIe. Ton désir môme est ton oraison, dit à ce propos saint Aiigiistifi au livre des Hérésies. Si le désir est continu, l'oraison l'oït aussi; si tu veux prier «ans intermission, ne soulTre pas que tes désirs soient interromims : si tes vœux sont continus, ta langue parle sans cesse; si lu cesses d'aimer, elle garde le silence; et de rechef pesant ces paroles du Fils de Dieu : Quand l'init/jiité aùondf , la ckiriié te reftoidil (Jtfatlh. xsiT, 12} ; il dit que ce silence du cœur est la froidn'ur de la charité, et que l'amour de if même cœur est l'ardeur de celte mémo vertu.
Ia troisième condition nous oblige h ne demander que des choses nécessaires, ou [loiir le moins utiles à noire salut; élant clair (jue l'homme qui demande chose contraireà son salut mérite non seulement de n'être fias viaucé, mais d'âtre chfltié; et que cctni qui demande des choses inutiles, ne convie jias la bonté divine à exaucer ses requêtes par la considération de Jésus-Christ, dont la mort arrivée jKiur nos néjcsilés donne force à nos prières.
C'est ainsi que tous les Pères expliquent les promesses [<ar lesquelles Dieu semble s'obliger en divers lieux de l'Ecriture h exaucer toutes nos oraisons ; et c'est ce qu'il dit en termes exprès en saint Jean par ces mots: Nous avons cette confiance en Dieu,
3u'il nous exercera en tout ce que nous lui emanderons scion sa volonté; et sa volonté, ajoute l'Apôtre {/ rAe«. iv, 3) , embrasse tout ce qui est nécessaire à notre sanctiQcattoD.