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CHAPITRE XXVIII

Pe l'efficace de l'oraison et d'oïl elle tireprincipatement sa vertu tt sa force.

On i>eutdire avec vérité, que la force et 1,1 vertu de l'oraison n'ont (wint d'autres bornes que celles de In puissance de Dieu ,

puisqu'il s'est obligé de ne rien reiuser g nos prières. />emaRaez, dii-il en saint Matthieu, et il vous sera donné: <-ar tout homme qui demande, reçoit; et gui cherche, trouve; et à celui qui frappe à la porte, il lui sera ouvert: (Slaith. Ml, 7,8). Kt en saint Jean: Si tons demandez quelque chose à mon Père en mon nom, croyez que vous le recevres. (Joan. XVI, 2:)). Ces promesses sont si absolues, que si nous sommes souvent [irivés des grâces dont nous avons besoin, c'est [ihitôt faute de les demander que manque de volonté de Dieu de les accorder.

La terre cède 5 la vertu de l'oraison, et s'ouvre h la [irlère de Moïse pour englontir Coré, Dalanel Abiron. Les eaux n'y sauraient réiisler, et à la (irière du même Moïse se sé- [;areni et font voie au peu|ile d'Israël luxant devant Pharaon. David ne se sert point d'autre remède pour chasser l'infection de l'air, qui en vingt-quatre heures avait éloulfé pins Je soixante mille hommes.

Celte mènie oraison attire du ciel on terre le feu fqui de sa nature monte en haut), pour mettre en rendre à la prière d'EIie les cinqnaniesoldats de l'impie Achab. Elle arrête lu soleil au milieu de sa course [^ar la bouche deJosné; et parcelle merveille, selon que le remarque l'Ecriture {Josue x, ik), elle fait un autre miracle, rendant Dieu obéissant â l'homme.

Enfin chassani les démons du corps dcj homiiics, elle fait paraître le haut degré de sa [>uissance ; puisqu'elle surijionle celle de ces malheureux esprits, que Dieu dit fitrela plus grande de toute la terre, l'no '.\cs plus assurées maximes des philosophes, e»l qu'il n'y R point de relour des [irivations aux habitudes; et cependant ce qui est im[)OssibIe )ila nature est facile à l'oraison; jiuisqua l'aveugle oui était h In [lorte du tcmpl(>, r<:couvrela lumière à la [trière de saint Pierru, et que des morts sont ressuscites |)ar divers prophètes, par les apôtres, et plusieurs autres saints qui ont vécu dani le cours de l'Evang le.

En I Ancien Testament, Dieu s'appelle le Dieu dos vcangeanres; cependant l'oraison surmonte son courroux, et l'oblige è faire la paix avec ceux dont il avait résolu la punition : I.aisse-moi, dit-il à Moïse qui le prie de détourner son ire de son peuple, aGn que ma colère éclate : mais ce cœur cnilanimé de charité [iriant toujours, Dieu révoque sa sentence, et remet en sa grâce le |:nu[ile qu'tlavailrésolodeperdre.(£a:od.xxxii,10.)

Les Pères exaltent à l'envie la [tuissancc de la prière, et se plaisent à en déi ouvrir lescfTels merveilleux. Moïse ne va au comtiat, dit .saint Jérôme, mais il (irie; et alors Israël est vainqueur.

Saint Augustin fait une grande enumération des effets de l'oraison, et les réduit en deux chefs qui comprennent toutes chosus; puisqu'il dit qu'elle obtient tout ce qui nous est utile, et nous délivre de tout ce qui peut nous nuire.

Quelqu'un dira peut-être qu'en ce point la théorie et t'exjiériencene s'accordent pas;

fit?

TRAITE DE LA PERFECTION DU CHRETIEN

puisque Tune enseigne que Dieu ne peut rien dénier h l'homme, et que la pratique nous fait voir, qu'on n'obtient pas souvent beaucoup de choses qu'on demande, bien qu'elles semblent raisonnables.

Ces eontradictions apparentes seraient dif* fie 'les à accorder, si saint Jacques ne nous apprenait au chap. iv, t 3* "O sou EpUre canonique : que nous n'obtenons pas nos demandes, parce que nous ]ne savons pas bien demander. El en effet, saint Thomas remarque doctement que nous ne devons pas prier pour faire changer la providence de Dieu, mais pour en obtenir l'effet par les moyens ordonnés d'elle; c'est-à-dire, par nos oraisons faites avec l'esprit de Dieu, qui soumet absolument l'homme aux volontés de son Créateur.

Dieu souvent ne nous exauce pas, dit saint Isidore, selon nos volontés, parce qu'il veut nous exaucer aux fins de notre salut : c'est ce que veut dire le grand saint Augustin en termes différents, lorsqu'il nous enseigne que si nos prières ne sçnt exaucées, trois raisons en sont cause :

La première, est que nous ne demandons pas ce que nous devons; ce qui arrive lorsque nous désirons des choses contraires à notre salut. La secomiJe, que nous ne demandons pas comme nous devons; ce qui arrive lorsqu'on priant nous no nous retirons pas de nos péchés. La troisième, que nos actions ne parlent pas avec nos bouches ; rfiais plutôt y sont contraires ; ce qui arrive lorsque nous demandons grAce à Dieu, sans f A faire à ceux qui nous ont offensés.

En effet. la bonté de Dieu est si grande, qu'il ne saurait nous refuser, si nos demandes étaient toujours accompagnées des condit-ons requises; Dieu étant bienfaisant par son essence, et l'oraison impétratoire par sa nature, rien ne la prive de sa fin que nos défauts.

C'e>t cho^e certaine, que la propre fin de Toraison est d'impétrer de Dieu nos nécessités.

Or parce qu'on peut obtenir ce qu'on demande en diverses façons: ou on le méritant aucunement, ou en le recevant de la pure libéralité de celui qui le donne; de là vient que l'oraison n'est pas seulement pulement impétratoire, mais qu'elle est de } Jus méritore, lorsque celui oui la fait étant en grâre, a par conséquent le principe du mérite, qui consisje en la charité et en la liberté dont les hommes ne peuvent être privés en (elle vie.

Outre ces deux qualités, l'oraison est en-r core satirfactoire, bien que par accident seu-r lement; en tant que toute peine est capable d en paver une autre. Ce qui fait que 1 orai» .«o:i ne se faisant point ^ans quelque peine, qui est pécessflirement conjointe il l'action <ie l'homme, Dieu la reçoit et nous en tient compte, en diminution des temporelle? dont nous lui sommes redevables par nos fautes. Une môme oraison peut produire ces trois «'Ifets, mais ce n'est pas chose nécessaire. Tellç prière est méritoire compic étant

faite en grAce, qui ne sera pas impétratoire , parce quelle n'est pas faite avec les conditions requises pour obtenir.

Les justes peuvent demander par ignorance des choses qui leur paraissent bonnos, bien <{u*elles les éloignent de leur salut; auquel cas leur prière ne sera pas impétratoire de l'effet qu ils demandent aux fins qu'ils s'étaient proposées; et toutefois elle sera méritoire, parce qu'elle proviendra d'un bon principe. Telle fut l'oraison de l'apôtre saint Paul, qui, pressé de tentation, demandait à Dieu d'en être délivré; craignant que cet aiguillon qu'il fouffrait avec tant do violence lui fût un emiiêchement à salut; mais Dieu lui refuse sa demande, et lui fait connaître que la persécution qu'il souffrait n'était pas un moyen contraire, mais plutôt avantageux à son salut; parce, dit-il, que la vertu tiriî force de la laiblesse. {Il Cor. ^ xii, 9.1

Il peut se faire aussi que nos \ rières seront impétratoires, sans être méritoires; telles sont les oraisons aue les saints font dans le ciel pour notre salut, bien qu'ils le^ fassent sans mérite, h cause qu'ils n ont plus la liberté nécessaire pour mériter.

Ainsi l'impétration et le mérite se sé):arent mutuellement, mais il n'en est pas de même de la satisfaction.

Jamais en ce monde l'oraison n'est méritoire ni impétratoire, qu'elle ne soit satisfac^ toire; parce qu'en quelque état qu'elle soii faite, elle a toujours une peine conjointe qui lui donne la vertu de satisfaire; mais ce n'est pas une petite difficulté de savoir si HJo peut être satisfactoire sans être m^»*itoire. L.es deux principaux docteurs do TécoJe, saint Thomas et Scol, sont de diverses opinions en ce point.

Cependant nous dirons avec le premier, que la satisfaction suit le mérite; en sorte que si l'oraison comme faite en grAce, en mérite l'augmentation par quelque espèce de justice , le même égard à la justice portera Dieu à recevoir la peine que nous cause cette prière, en payement de celles dont nous lui sommes redevables.

Si d'autre part l'oraison, laquelle comme faite hors de grAce n'en peut mériter l'aug» mentation par aucun resfject de justice, mérite par l'excès de la bonté de Dieu que ce» lui qui la fait soit retiré du péché; le uiêmQ excès de sa bonté le peut porter h recevoir nos peines en diminution de celles que nous méritons.

Telle eêt la prière imposée à un pénitent, laquelle il fait étant tombé en ( éché dfirès sa confession; elle est satisfactoire pour le$

Ceines temporelles, ii raison de l'excès de la onté de Dieu qui, probablement, l'accepte ^ cette fin ; et en la (nêmo façon elle i eut ôtro méritoire du recouvrement de la grâce sanc^ tifiante que l'homme a f erdue en péchant.

Les théologiens passent outre, et propo» sent une nouvelle difficulté qui mettra les derni(Tes bornes h la vertu de l'oraison. 11^ demandent si Poraison d'un pécheur peu| obtenir ce qu'il demande : saint Thomas» dont la iiolidité est (idmirable, répond qu.«^

SUPPLEMENT AU DICTiONNAlRE DÂSCETISME.

si le pécheur demande des choses qui lui 6ont préjudiciables, Dieu est si bon que souvent il le refuse par excès do miséricorde ; d'autrefois il les accorde par acte de justice, comme châtiment et punition de ses fautes précédenlcs : mais que s'il demande chose utile et nécessaire à son salut, ce oui arrive lorsque prévenu d'une grâce actuelle, 1! supplie Dieu de le tirer de son péché, il le lui accorde souvent, non par elTot de justice, mais par excès de miséricorde. Il est dît dans la sainte Ecriture qu*à toute heure que gémira le pécheur. Dieu ne se souviendra point de ses iniquités. Et en un autre endroit : Mon fils, ne te dédaigne point toimême dans ton infirmité ; mais prie Dieu, et il te guérira. C'e^t par là que rellicace de /oraison paraît particulièrement; puisque c'est chose l)eauroup plus dillicilc à Dieu d'accorder une grâce à un pécheur, que mille è celui qui est en grâce ; et plus difiicile encore de lui accorder ce qui fait contre son salut, lorsque sa justice l'y oblige, que de sauver des millions d'âmes.

Reste maintenant h voir quelle est la cause d'une si grande force comme est celle de l'oraison.

L'excès de la bonté de Dieu qui a peine à refuser à Thomme ce qui lui est utile ; et le Saint-Esprit, qui est le premier auteur de nos prières : puisque l'Apôlro nous apprend (Rom. viu, 26) qu'il demande pour nous avec des gémissements inénarrables les choses dont nous avons besoin ; sont les vraies sources de leur vertu et de leur force.

Il est de l'oraison, selon David, comme de l'encens, dont la fumée et la bonne odeur ne s'élèvent que lorsqu'il est dans le feu. Nos prières font plus ou moins d'effet, selon qu'elles fîartent d'un cœur plus ou moins enflammé. Si la charité de celui qui prie est ardente, son orai.^on est de bonne odeur h celui h qui elle s'adresse.

Au reste , comme l'eau des fontaines monte naturellement par son poids jusqu'à la hauteur de sa source; aussi est-ce chose très-certaine que le Saiiit-Esprit étant auteur primitif de nos oraisons, il leur donne la force de s'élever jusqu'à Dieu.

Et comme le soleil, qui regarde et est re-

Sardé de tout ce qui est au monde, attire es vapeurs dont il arrose ensuite la terre; ainsi Dieu étant l'unique objet de ceux qui prient, il attire la vapeur de leurs prières par la force de sa bonté, pour leur en rendre les elfets comme il fait tous les jours au fort de leurs nécessités; faisant connattre à leur avantage que tout ce qui a relation à sa grandeur en tire force et influence.

lise trouvera peu d'âmes, à mon a/is, qui connaissant la vertu de l'oraison, ne tâchent d'y acquérir quelque habitude, si elles tendent à la perfection , puisqu'elles en wuvent retirer tant de fruits et de si notavles avantages.

Je les y convie autant qu'il m'est possible, avec assurance que si elles s'y attachent avec soin, elles se rendront maîtresses de

leurs passions, se délivreront aoleur^iiuperfections naturelles , et se rendront ardentes à suivre la volonté de Dieu, qui sont les 6us particulières de ce second degré de vie.

Cependant , parce que les sécheresses et aridités sont ordinaires à ceux qui s'appliquent au saint exercice de Toraison; {)Our emi ôcher qu'ils ne s'eq dégoûtent, nous leur ferons voir, dans un des chapitres suivants, que ces épines leur doivent tenir lieu de roses.

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