CHAPITRE III
Les illusions du côlé du défaut d'un directeur.
La seconde espèce d'illusion prend son principe tout d'un autre côté. Il y a des pcr* sonnes qui ont la meilleure volontédu monde d'entrer dans l'intérieur, et en ert'et eHes y entrent, comme elles peuvent, emportées par leur ferveur. Elles savent qu'un directeur est absolument nécessaire, pour y bien faire, et pour ne s'y pas tromper. Aussi n'épargnent-elles rien pour le rencontrer; eHes en cherchent avec tous les soins imaginables; elles tentent tous les esprits; elles parlent; elles font des demi communications; elles courent toutes les églises et tous les confessionnaux; si après cela elles ne trouvent pas ce qu'elles souhaitent, elles s'adressent à Dieu par leurs soupirs et par leurs, prières, afin qu'il leur envoie un homme de son choix.
Avec cela, Théon.ée, il arrive tous les jours que ces personnes si droites et si bien intentionnées ne peuvent rencontrer, ee qui leur est nécessaire et ce qu'elles désirent avec tant d'ardeur. Certainement ces pauvres âmes sont dignes de compassion et semblent mériter, ou de ne s'égarer jamais dans leurs voies, ou qu'un ange visible vienne plutôt prendre le soin de leur conduite.
Tout cela est bon, ïhéonée, mais il arrive pourtant que ces âmes si bien intentionr«jes, et qui n'ont rien omis, pour marcher avec sûreté à la lumière d'autrui, sont trèssouvent sujettes à bien des illusions^ fauté d'un directeur. Voilà ce que porto la condiT tion déplorable de notre état et de notre nature, et la raison même nous peut encore facilement découvrir cette vérité.
1* C'est que nos propres lumières sont toujours fort bornées jjour nous - mômes , et nous ne voyons jamais ce qui nous touche , qu'avec un demi-jour. Cela fait que chacun se peut tromper aisément dans le discernement qu'il fait de ses états, et dans les divers jugements qu'il porte de ce qui est à faire ou à laisser; et il n'y a qu'un directeur qui
f misse redresser nos vues et corriger nos umières.
2* Et puis, il y a peu de personnes qui no portent toujours un jugement avantageux de tout ce qui se passe en leur âme ; c'est finolination de l'homme de penser toujours bien de soi, et de ne tenir jamais guère pour «uspects les biens qu'il remarque en luimême. Il n'y a qu'un directeur qui le puisse bien détromper et lui découvrir le mensonge où il pense qu'est la vérité.
3' Mais ne savons-nous pas que les causes secondes s'égarent infailliblement, si d'autres causes secondes ne les conduisent; c'est un ordre qui a été ainsi établi de Dieu parmi les hommes?
4* Mais aussi, me dites- vous. Dieu ne peut- Il pas suppléer par lui-même le défaut d'un directeur, pour empêcher les illusions de toutes les personnes qui semblent no point manquer au cours de sa Providence ? Il le
peut, Théonéo; mais n'attendez jamais de miracle dans le cours réglé qu'il a mis parmi les choses. Oui, Dieu permet plutôt que de très-bonnes âmes s'égarent dans leurs illusions> n'ayant point de directeur, que de les en préserver par des voies miraculeuses. C'est où je trouve que l'abîme de ses conduites est impénétrable et où il n'y a pas moins sujet de trembler que de l'adorer.