‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 165 sur 315 · MOYENS POUR ÉVITCH LES ILLUSIONS DU JEUNE · texte numérisé non relu

MOYENS POUR ÉVITCH LES ILLUSIONS DU JEUNE

Je ne vous dissuaderai jamais de bien haïr votre corps et do lui faire sentir les incoramod ités du jeûne, aussi bien que de toutes les autres rigueurs. Non, Théonée, je vous porte plutôt à bien faire jeûner ce corps sensuel, et à refuser toujours ce qui est agréable à votre appétit, et quelquefois le nécessaire à votre besoin.

1* Mais estimez cent fois plus le jeûne de vos passions que celui de votre corps. Eh! mon Dieu, on voit tant de jeûneurs qui sont immoitiflés, et qui, sous des peaux hflves et tirées, conservent un leu de passions, qui sont quelquefois aussi scandaleuses qu'elles sont vives. Ne faites point de cas de tous ces jeûnes qui ruinent beaucoup plus la conscience que le corps, et qui dans l'abaissement de la chair, laissent une extrême enflure d'esprit. Si vous avez plus à cœur d abattre vos passions affamées, (jue votre corps alfamé, et de voir les feux éteints de celles-là que la peau desséchée de celuici; vous aurez aussi plus de soin de refuser à vos passions, ce qui les peut faire vivre,

![u'à votre corps, ce qui peut en satisfaire la aim. Avec le jeûne du corps, on peut être absolument dans les voies de sa perte, et avec le jeûne des passions, on est dans un chemin assuré de grftce et de salut. C'est pourquoi réjouissez- vous bien davantage d'une passion arrêtée dans quelque incident, que plusieurs jours, où vous n'auriez accordé à votre corps que du pain et de Teau.

2" J'ajoute, ce qui vous pourra paraître un peu plus surprenant, que vous devez beaucoup plus faire d'estime de manger les choses les plus délicates, par espritd obéissance, que de faire les jeûnes les plus rigoureux , par le choix que vous en feriez. Oh l que ces personnes si volontaires dans toutes leurs mortifications sont opposées à cette vérité, lis feront des mystères et un grand point de conscience de goûter quelque chose qui soit agréable ; et s'ils voient des gens de piété en user bonnement, selon que la vertu et la discrétion le peuvent exiger, ils ne manquent

Eas de s'en scandaliser. Mais ils feraient ien mieux de mander de tout, dans la simplicité de ceux qui le font par le mouvement de l'obéissance; et quils remarquent bien, que souvent avec tout leur jeûne ils mangeront avec plus de sensualité des choses très-grossières que ceux-là ne feront les plus délicates. Les choses de bon goût changent de nature quand il est commandé

qu'on eh mange, et l'abstinence que vous en feriez alors vous souillerait, au lieu qu'en les mangeant vous vous sanctifierez.

3' Lorsque vous jeûnez, Théonée, ayez gran(} soin, plus que du reste, de manger saintement, et ne faites pas d*une action sainte en elle-même un sujet d'immortiOcation. V^oici donc les règles que je vous propose làndessus, afin que la corruption ne s'y glisse pas.

1' Mangez avec moJestie , et prenez garde que tous les mouvements du corps, de \n main, de la bouche et des yeux ne soient pas déréglés dans une action où tout invite au dérèglement.

2° Ayez toujours attention sur vous-même, pour retenir la sensualité de votre goût, et tant que vous le pourrez, tâchez à ne pas savourer les choses où il est extrêmement facile de se laisser aller.

S"" Arrêtez encore celte manière précipitée, qui porte à dépêcher promptemenl ce qu'on a devant soi; car, quoi qu on dise là-dessus pour s'en excuser, et du côté de sa vivacité naturelle, et du côté de ne pouvoir être .*^i longtemps à satisfaire son corps, ce n'est d'ordinaire qu'un esprit glouton qui fait ainsi plutôt dévorer que mander.

k" Surtout n'apportez jamais de recherche à manger les choses qui sont le plus à votie goût; mais prenez-les sans façon, comme elles se présentent. Les chercher, est une immortification trop grossière; les vouloir éviter avec trop de soin est une chicane importune.

5* Veillez enfin sur vous-même, afin de ne passer point la nécessité et de donner simplement à la nature ce que vous sentez à peu près que son besoin peut demander.

6" Quand le jeûne vous incommode notablement, demandez avec beaucoup de simplicité ce que vous pensez vous être nécessaire; assurez-vous qu'il y a plus de vertu à découvrir son infirmité et à bien recevoir le refus de ce que nous demandons , qu'à s'en cacher. Celte retenue ordinairement n'est pas tant un efi'et de la haine qu'on a pour son corps, que d'une fierté à ne pas dire ses faiblesses, ou d'une crainte orgueilleuse, qu'on ne nous accorde pas nos besoins.

7" Lors même que vous jeûnez , Tbéon<j^, que vos abslinemes, si vous m'en croyez, soient toujours modérées, donnant à votre corps ce qui lui est raisonnablement nécessaire. 11 vous en arrivera deux biens ; voii e santé en sera meilleure, pour le service de Dieu, et vous n'aurez pas sujet d'en prendre des pensées si avantageuses de vous-môaie. C'estainsiquelestho>es se faisant a veiju^t^ ment la nature et la grûee s'en trouvent toujours mienx.

8' Si vos infirmités vous cm[;êchent dô jeûner, ne faites point de difiîculté de donner à votre corps ce qu'il lui faut. Ceux qui en <ie semblables disjjositions se travaillent l'esprit, se donnent cent scrupules, font dos efforts indiscrets, sont à eux-mêmes mal à nropos leur propre tourment, et tout cela, a le bien prendre, est une véritable révolte can-

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LES ILLUSIONS DE LA VIE SIHRITUELLE

Ire les orJres de Dieu. Faites bien plus sagement, Théonée; adorez les desseins de Dieu dans le partage quil vous a fait d*un tel corps, aimez-en tendrement toutes les faiblesses ; car alors c'est aimer et adorer Tœuvre de Dieu en vous et vous accorder avec ses conduites. Donnant donc à votre corps toute la nourriture, qui est due à ses infirmités; dites: Je suis bien aise de mo voir dans celte humiliation où Dieu m'a ré-

duit, d'avoir soin d'un misérable corps, pendant que les autres en sont les ennemis par des jeûnes si louables et si sanctifiants; et je ne serai pas moins ravi si mon iniirmitd fait encore penser au monde que j'en fais un prétexte pour flatter ma délicatesse et mon immortiûcation : c'est ainsi que la ruine de mon corps achèvera de me ruiner à mes jjropres yeux et à ceux des autres.

TRAITE IV

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