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CHAPITRE IV

Le trop grand jeûne est une illusion^ quand il empêche de travailler au salut du prochaùif à V étude et à son emploi.

Voici encore les cas particuliers où j'es-

time aue l'illusion du jeûne n'e^t pas inotfi5 préjudiciable qu'elle est certaine.

Je siippose que votre profession est do travailler au salut du prochain, et que, par le caractère de votre vocation, vous devez être une personne publique; cela étant, je dis que, Quelque ardeur que vous puissiez avoir pour la rigueur des abstinences, vous serez assurément dans l'illusion si vous en suivez le mouvement, lorsque ces mêmes abstinences, vous ûtant les forces naturelles, vous ôtent aussi le pouvoir de travailler au salut des âmes. Que les personnes dont Tétat et la vocation sont essentiellement pour la vie retirée', se consument le corps de jeûnes comme des autres sortes d'autérités, elles ne font rien qui répugne à la profession qu'elles ont faite ; la république chrétienne n'en soufi'rira point; elles agiront même plus conformément aux desseins de Dieu.

Et, quoique le salut du prochain crie de tous côtés au secours, elles n'en doivent pourtant pas relâcher une seule de leurs rigueurs, pour être plus capables de lui prê^r assistance : ce serait une illusion de courir à cet emploi, car ce seriût sortir des bornes de leur état. Mais que des personnes dont le caractère les a consacrées au salut des âmes se fatiguent de grandes abstinences jusqu'à ne pouvoir suflire à leur emploi, c'est une illusion qui ne se doit point tolérer. Ces âmes, Théonée, ces âmes qu'on abandonne, demanderaient à Dieu raison du jeûne peu charitable et inhumain des personnes qui, s'oubliant dt* leur vocation, s'attacheraient à une mortification si dommageable. C'est pourquoi saint Ignace a recommandé avec un si grand sens que les siens eussent uu soin modéré de leur santé; i\ n'a pas dit empressé ni exact, mais modéré simplement, autant qu'il est nécessaire pour avoir une santé raisonnable, afin que par ce moyen ils se puissent consumer, et plus facilement et

Elus efiicacement, à la plus grande gloire de lieu.

Si, pour travailler à cette même gloire, sans se mêler néanmoins parmi le prochain, il est conforme à votre vocation d'être sur les livres et de composer, et que d'ailleurs les abstinences auxquelles vous croyez être attiré par une dévotion particulière y mettent quoique obstacle, ne doutez pas que ce ne soit une grande illusion de se laisser emporter à cet attrait. Etudier et composer selon que le demande votre état, afin de pouvoir être utile au prochain, vaut mieux incomparablement que l'austérité d'un jeûne qui en pourrait empêcher les fonctions. Vous vous bornez à vous-même- par votre abstinence , n'en remportant que l'épuisement avec le mérite que vous en pouvez retirer; mais, par vos -études, par vos compositions, outre c-e que vous^n ave» de mérite devant Dieu, vous portez iusoue dans la postérité et au delà des sièoles les fruits de vos tra^ vaux pour le salut de& âmea.

Je dis enfin, que saH<; paner maintenant de l'intérêt cm prochain^ si vous avez quelque commission de l'obéissance et que,

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pour TOUS en bien acquilier, vous ne puissiez contenter les saintes inclinations que vous pourriez avoir, pour la cigueur des abstinences, ce serait vous égarer de le faire; car Ja parfaite exécution de ce qui vous est «njoint de vos supérieurs est d'une vertu bien plus relevée que votre jeûne; vous le devez donc laisser pour faire les choses de l'obéissance dans la perfection la plus exacte, et vous souvenir qu'aimer mieux le jeûne dans une pareille conjoncture, c'est aimer son illusion.

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