‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 167 sur 315 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ily ena qui ne refusent pas toutf*s les occasions de mortifier leurs sens^ mais quijugent aussi que c'en est assez^ sans se don' ner la peine d'en rechercher aucune,

!• Pour moi, dit un de ceux-là , je fais ma grande maxime jrte recevoir lès choses selon

Su'elles viennent dans le cours de la Provience; comme je ne refuse rien, aussi je ne cherche rien, et j'en laisse tout le soin à celui qui me conduit et qui a do meilleures vues que moi sur mes besoins : Et ainsi, je ne rejette pas ce qui se présente pour en mortifier mes sens , quand on me met dans la possession de ce qui les peut salistisfaire ; mais aussi je ne me tourmente pas, pour chercher des sujets de les mortifier, et pour leur faire une peine qui serait peutêtre plus de mon choix que de celui de Dieu.

2* Je ne sais pas comment l'entenaent les autres, mais pour moi je reçois ce qui se

E résente d'agréable à mes sens, et j'en loue >ieu ; ils y feront toutes les façons qu'ils leur plaira , mais je pense ne reûdre pas moins d'honneur è Dieu en coûtant ce qu'il m'envoie , qu'en le remerciant de son présent par un honnête refus. Si bien que je m'en *ien3 simplement à ce qu'il me donne,

et je laisse mes sens jouir doucement du bien qu'il leur envoie.

3'Je souflfre volontiers la frivation de tout ce qui peut satisfaire mes sens; voilà où j'en suis : et pourquoi ne me sera-t-il pas permis de le recevoir avec la môme simplicité? J'en aime la mortification quand ils sont privés de ce qui leur est doux, et j'en aime la douceur quand elle se [)résente d'elle-même. Je pense que c'est le mieux d'être égal dans l'un et dans l'autre.

N'est-ce pas là, Théonée, une illusion bien agréable et bien insinuante? Si elle n'était découverte, qui n'y serait pris? J'avoue, avec ces personnes, qu'il est très-bon de recevoir la mortification des sens; mais ils ne font qu'un pas , et ils font mal de disputer le second, qui est de mortifier les sens avec dessein et de leur procurer ce qui leur peut causer quelque peine, et les conduire peu à peu à la mort, car il faut, Théonée, il faut absolument en user ainsi.

Si vous ne le faites pas, vos sens seront presque toujours attachés à la terre, parce que les objets qui les peuvent satisfaire se présentent à eux très-souvent; si vous demeuriez donc dans celte maxime, de leur accorder tout ce qui se peut présenter de soi-même capable de les contenter, ne seraient-ils pas ainsi toujours dans un état bas et charnel, par le continuel usage de ce qui satisferait leur inclination; puisqu'on passe dans la nature des choses qu'on goûte souvent, et avec lesquelles on a beaucoup de commerce.

Ce qui prouve encore ce que j'avance est le penchant de la nature vers ce qui lui est agréable : or, il n'est plus ici question qu'elle y tende simplement, puisqu elle serait secondée, et même prévenue par la disposition de la personne, à recevoir volontiers tout ce qui peut satisfaire les sens ? Et comment est-il croyable qu'alors cette personne en pût user avec modération, puisque la nature et lavolonté sembleraient conspirer à une même jouissance?

Non, non, Théonée ; il se faut retirer de cette illusion; car la loi en a été portée, comme saint Paul nous le déclare* qu*on doit positivement mortifier ses sens. Qui se

Page 1