‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 182 sur 315 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Les derniers cherclienl des directeurs qui qui soient bons et faciles.

Ceux-ci ne semblent pas tout à fait si blâmables, quoique leur choix ne soit pas entièrement si spirituel et si pur.

!• Ces directeurs si exacts, vous disentils, et qui tiennent les conscienues de si près, les révoltent aussi bien souvent; ils veulent le bien, et néanmoins, en le voulant, ils le détruisent ou ils Temiiéchent, et leur exactitude trop sévère ne sert qu à reboucher les esprits et non pas à les faire soumettre, tant l'esprit humain est ennemi d'une captivité si gênante.

2° Non, jamais on ne peut avoir assez de douceur avec un pénitent, car ce ne lui est pas une [letile peine et une légère victoire de se pouvoir résoudre à dire toutes ses misères; pourquoi donc aurait-on de la dureté a l'égard de celui qui en exerce assez contre lui-même? La raison et la sage conduite semblent plutôt demander qu'on l'adoucisse i-ar toutes les bontés imaginables.

3* Ajoutez que les avis de ces directeurs qui s'y prennent de la sorte, s'insinuent bien mieux dans les esprits pour v faire tout leur effet, n'y trouvant aucune résistance, parce qu'ils ne causent aucune aigreur, et que ces avis sont portés avec toute la douceur et toute la circonspection.

Ne diriez-vous pas, Théonée, que cette justitication a tout le bon sens ? Vous savez pourtant, qu'entre tous ceux dont nous venons de parler, il n'y en a point dont l'illusion soit si trompeuse dans le choix d'un directeur.

Prenez garde que ceux qui parlent de la sorte et qui choisissent ainsi, sont des esprits mous, fainéants, amateurs d'eux-mêmes, et qui ne veulent de directeurs que pour en faire façon et dire qu'ils en ont. Pour peu éclairé qu'on soit, on ne les

peut voir qu'on n'en forme ce jugement, et vous n'y remarquerez pas le moindre trait d'une âme née a la grande direction et à de hautes entreprises.

Etant ainsi si mal disposés de la nature et si oi>posés à la grâce, n'est-ce pas une vérité qu'ils ont tous les besoins d'être piqués et pressés, et de recevoir de la part d'une forte direction ce qu'ils n'ont pas ée celle d'une disposition basse et imnoort fiée? Est-ce là le moyen d'être réveillé dans la pesanteur matérielle de leur âme, de faire choix d'un directeur qu'ils appellent bon et facile et qui a peine de piquer seulement d'une ï>arole? Ils doivent chercher les bontés d'une mère dans un directeur, c'est ce qui ne leur est pas refusé ; mais ils n'.v doivent pas moins chercher la fermeté d'un père ; autrement ils ressemblent à celui qui ne voudrait pas seulement souffrir de la pointe d'une lancette, pendant que toute la masse de son sang est corromuue. C'est là se tromper bien doucement et bien grossièrement.

Leur illusion fait encore un autre progrès; voyez-la, je vous prie. C'est qu'ils se pensent être en très-bonne conscience, pîarce que leur directeur ne les presse de rien , et ils en demeurent là, non avec moins d'opinion de leur vertu que dans le repos et 1 assurance de leurs voies. Et ils ne s'aperçoivent pas que c'est la trop grande facilité d'un directeur qui les endort dans cette opinion et dans ce calme, comme s'ils en étaient mieux, parce qu'ils ne sont pasrel>ris, et connue si leur corruption en était moindre, fiarce qu'on ne la fait pas sortir.

Ils devraient considérer quils ont fait choix d'un directeur, dont la trop grande bonté naturelle s'accommode aussi trop à l'immortification de leur esjirit et de leur humeur. 11 n a pas de vigueur pour les redresser, quoique leur besoin en <:oit grand; il diminue tout, il excuse tout, il donne à tout un bon visage. Ce n'est pas là ce qui leur fallait; mais ils l'ont voulu, c'est-à» dire que, faisant le choix d'une conduite si accommodante, ils ont voulu être trompés. Nous ne nions pas qu'un directeur ne doive être accommodant ; si cela n'était, il n'y aurait point de conduite qui fût supportable; mais nous disons que ces accommodements si indulgents, entretiennent rimmortiOcation et l'illusion de ces pénitents qui ne veulent point être conduits autrement.

Ils se peuvent bien persuader que ces sortes de directeurs, qui ont trop de facilité et de bonté, peuvent avoir aussi de grandes qualités pour se sanctifier eux-mêmes; qu'ils en pensent donc tout le bien, qu'ils en fassent des saints et les canonisent ; mais qu'ils soient aussi persuadés qu'ils n'ont pas toujours tous les avantages pour la sanctification des autres. Cette bonté si grande et si excessive les aveugle souvent sur les défauts de leurs pénitents, tandis qu'elle leur est avantageuse à eux-mêmes, couvrant tout dans les âmes dont ils ont la conduite, par de certaines entrailles de mère autant qu ils

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LES ILLUSIONS DE LA YIE SPIRITUELLE

sont tiiojours sur eux , pour ne se pas épargner la plus légère faute.

Moyens pour éviter les illnsioos dans le choix d*nn directeur.

Quoique je vous on aie assez dit, Théo-' née, dans le premier tome des Maximei spirituelUê^ pour ne pas vous égarer dans le choix d'un directeur, néanmoins je ne veux pas ici omettre de vous en dire encore quelque chose, puisque la matière y conduit et y invite d'elle-même.

1* Comme je suppose que vous voulez tout de bon votre perfection, je vous conseille de choisir un directeur qui ne vous laisse rien échapper ; je ne veux pas dire un impitoyable €t un esprit austère et dur dans sa conduite, cela n est bon qu'à rebuter les âmes les mieux préparées a la vertu: mais j'entends un esprit vigilant et délicat

?ui ait toujours l'œil sur vous et qui fasse tat des moindres fautes que vous commettez, sans vous en cacher ni diminuer Tirapureté; c*est là, Théonée, l'homme qu'il vous faut, et pour vous l'énoncer plus en particulier, ie veux dire, un directeur qui ait tout le zèle pour la perfection de votre Ame; qui soit incessamment appliqué à observer toutes vos démarches ; qui n'estime rien de petit dans les choses qui vous peuvent mener à Dieu ; voilà celui qu'il vous &ut.

8* Je vous exhorte encore particulièrement à faire choix d'un direcfleur qui détruise partout votre entendement, et qui rompe en toutes choses votre volonté. Il y en a qui ont pour cela une adresse singulière, de faire mourir tous les raisonnements d'uR pénitent, et de tourner leur volonté à tout ce qui lui répugne : ce serait là votre vrai fait; car le bon et le parfait directeur entre tous est celui c]ui fait sans cesse en son pénitent un sacrifice de ces deux puissances, faisant qu'en quelque manière il ne soit plus raisonnable, et qu'il ne suive jamais les

mouvements propres de sa volonté. Un directeur qui fera tout sans cela, n'ira commo on dit, qu'à fleur de peau, et, en usant da toute autre façon de conduite, ne fera pins qu'entretenir le mal d'une conscience qu'il a obligation de guérir.

3* Je désire de i;lus, mon Théonée, que vous apportiez une grande attention pour trouver un directeur qui vous puisse apprendre toutes les voies de mort ; je m'explique : je veux dire par là un homme qui ne laisse vivre en vous chose du monde, d'une vie naturelle, qu'il ne l'élève aussitôt ou ne lui ôte sa bassesse ; qui vous dépouille, soit pour l'extérieur, soit pour l'esprit, de tout ce qui vous pourrait être agréable d'une manière un peu humaine; qui persécute incessamment, sans en laisser passer aucune, toutes les plus légères attaches qua vous pourriez avoir. Et où en trouve-t-on ordinairement qui entreprennent une Amo jusque-là? Et où trouve-t-on des pénitents qui le désirent, qui le cherchent et qui le veuillent souffrir? Dieu ne manquera pourtant Ipas , Théonée, de vous envoyer ae ces directeurs, si vous les cherchez en vérité.

4* Je vous conseille enfin d'avoir Tœil bien ouvert pour en trouver un qui soit dans le parfait dégagement de tout ; s'il est tel, ce seront ici ses qualités. Il ne cherchera jamais que votre Ame pour la donner uniquement à Dieu, sans se réserver rien pour soi. Il sera au-dessus de toutes les considérations humaines pour vous conduire selon les pures maximes du crucifix, sans se mettre en peine de ce qu'on en pourra dire, et sans regarder tant votre condition. Il aura une indépendance si généreuse, qu'il n'attendra jamais de vous rien autre chose

2ue votre pure sanctification, laquelle peut tre seule une digne récompense de ses soins.

Si vous suivez exactement toutes ces règles, je ne doute pas que l'homme de Dieu, qui est destiné pour votre conduite, ne vous soit envoyé.

TRAITE VIIT.

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