‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 181 sur 315 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

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Les illusions de ceux oui cherchent les directeurs qui ont la plus grande foule de p/nitents.

Je vous confesse, Théonée, que ce n'est pas là, ce semble, s'y prendre si mal, et que je ne pourrais pas* absolument condamner, ceux qui garderaient cette rè^le dans leur choix-

!• Car enfin il ne faut pas penser facilement que lorsqu'un directeur a un grand concours de mande, tout ce monde soit dans l'erreur. 11 n'est pas ordi)iaire, que plusieurs se trompent, quand ils tombent tous dans un même sens, et l'on peut avec asses d'assurance, croire qu'une approbation est bien donnée, quanclil se trouve comme un concours de pensées, pour le même objet.

2* C'est plutôt une témérité bien grande, au jugement de tout le monde, de préférer sou jugement'parliculier au sens commun de tant do gens; et toute personne s'expose, à être condamnée, comme n'ayant pas le sens liien fait, dès là qu'elle témoigne avoir des sentiments contraires, à ce qui est approuvé universellement.

.Après tout, lorsqu'un directeur est grandement suivi cela est ordinairement ibndé sur quelque talent, qui n'est pas commun, et tous les yeux ne sont pas aveugles pour voir ce qui n'est pas, et pour se laisser gagner par un attrait imaginaire. On y af>er- Îfoit quelque chose, quoi que ce puisse être, aquelle em|K)rte de cecêté-îà, et il faut qu'il y ait quelque avantage, dont l'esprit, et les cœurs ne se peuvent défendre. Ceux-là donc semblent avoir très-bonne raison qui , pour faire le juste choix d'un directeur, se jettent du côté où est la plus grande foule.

Je ne veux pas prononcer si hardiment làdessus, Théonée, que d'en condamner absolument la conduite; mais on me permettra aussi de dire, que très-souvent l'illusionne laisse pas de s y couler.

Ne m'avouerez-vous pas qu'un choix, qui ueje fan que par imitation, n*est pas le plus

sage, et le plus avisé T Cet ce n*est plus Ih se servir de l'intelligence et de la raison: et est- il rien où la prudence, jointe à la lumière surnaturelle, doive avoir lieu comme dans le choix d'un directeur, qui est la plus im|)ortante des affaires de l'Ame ? C'est donc ce qui s'y devrait faire, plus qu'en chose du monde, et c'est ce qui ne se fa t pas quand on cherche un directeur où est la plus grande foule de pénitents. Comment doncy va-t-on 7 On suit le torrent dont on se laisse emporter, sans avoir d'autre raison que le nombre, qui attire, pensant qu'on ne peut être que trèi-bien ou l'on voit tant de monde assemblé : ce n'est pas là user d'une conduite tout à fait prudente.

Et voici la raison de cette imprudente manière d'agir : c'est une chose qui ne se i^cot contredire, qu'il y a dea direclcui-s parfaitement intidligents, qui ont dos dons de Dieu extraordinaires , qui voient clair dans les consciences, qui ont toute la science de l'intérieur, et qui n'ont pas pour cela unegranlc suite; soit que cela vienne de ce qu'ainint.t fort la retraite, îls se cachent lioaucoup en eux-mêmes; soit que Dieu, axant d'autres desseins sur eux, permette l'aveuglcaient des esprits [ our ne les pas connaître ; soit que cela procède de te qu'ils n'ont pas peut-ôîic ce je ne sais quoi oui fasse entrer dans les cœurs leur spiritualité. Me direz-vous pour cela, que le peu de suite qu'ils ont soit une preuve qu'ils ont bien moins d'avantages pour la conduite, que ceux qui ont le concours d'une foule de monde? Non sans doute, et les personnes qui les choisiraient (>our direi:teui*s auraient bien la vue plus éclairée.

Ce que j'avance est si constant et si véritable, que tout au contraire, nous savons |.ar expérience qu'il y en a qui ont une certaine réputation étendue pour la conduite, et qui ont néanmoins une intelligence très -bornée pour les choses intérieures. On y va pourtant : les uns s'en laissent préoccuper par un certain bruit, qui s'en fait; les autres se veulent persuader, ce qu'ils ne trouvent pas, comma se déti&nt que leur sens s'éeare, de ce que tant de monde, ce leur semble, juge si bien ; d'autres plus vains ne se veulent pasdétacher de la troupe pour ne faire pas croire qu'ils ont mal choisi, ou pour n'en | as souffrir une persécution. Cela doit-il fa re conclure, que ces directeurs ont une grande science de la.vie intérieure? Vous ne le direz pas, Théonée; mais plutôt vous devez dire, si je ne me trompe, que le choix nu'on en fait est bien mal fondé, de l'être sur ic nombre des pénitents, qu'on y voit courir.

Ce qui vous en doit encore bien persuader, est le besoin particulier de votre âme, pour laquelle vous n'auriez pas toutes les assistances que vous pourriez souhaiter:

car un directeur qui a indifféremment uu grand monde (le | enitents de toute sorte de gens, ne peut pas trouver tout le temps nécessaire pour de certaines Ames, qui ont un besoin particulier de conduite; il a peine de se donner à une comme il faut, pour se ruu-

LES ILLUSIONS DE LA VIE SPIRITUELLE

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(Ifi la pratique et de Teiercice, en sorte que toutes leurs raisons doivent céder à celle de leur fin, qui est infiniment plus obligeante.

S'ils mènent donc une vie toute retirée contre la fia de Tétat qu'ils ont professé, n'est-ce pas une conséquence que leur vie se passe oien inutilement ; car leur retraite, et tout ce qu'ils y peuvent faire de plus admirable, n'est plus dans Tordre, et tout ce qui est dans le dérèglement n'a point de mérite : c'est donc bien là chercher un repos stérile et trompeur?

Mais aussi de quelle façon pensez-vous qu'ils soient reffardés dans une communauté où règne le zèle des âmes, et où brûle la charité pour les pauvres malades? On ne les y regarde que comme des bouches inutiles, on ne les y voit que comme des sujets de scandale, on ne les considère que comme des esprits illuminés. Ils n'y sont plus comptés que comme des fardeaux qui pèsent à tout le monde, et qui occupent des places qui seraient bien mieux remplies j-ar dos personnes vraiment zélées et charitables.

Peut-on dire après cela, Théonée, que ces esprits solitaires ne soient pas dans Tillusion? Il ne faut qu'une lumière commune et bien médiocre pour voir clairement celte vérité.

§ in. Les illusions de ceux qui veulent mener une vie solitaire , dans une famille.

Je mets de ce noinbre les personnes mariées qui, étant quelquefois des personnes de grande piété, croient qu'il est nécessaire do mener dans leur maison une vie toute solitaire. Pour cet effet. Monsieur se retire, afin de vaquer à ses contemplations, et on a bien de la peine de l'en tirer pour répondre à toutes choses ; Madame est les journées entières dans son cabinet, et c'est bien tout ce qu'on peut faire que de trouver le temps, afin de recevoir d'elio les ordres du ménage. Si, là-dessus, on leur remontre qu'assurément, c'est mal prendre la dévotion, et que yest trop s'égarer dans un chemin si beau :

!• Ils vous répondront que Dieu ne manquera pas de pourvoir à ce qui est de leur famille; qu'il a quelque obligation débouté de le faire, puisqu'ils ne se retirent que pour s'occuper de lui seul et qu'il serait injuste de ne pas croire qu'il pense à tout ce qai les regarde, tandis que de leur côté ils ne pensent qu'à ses intérêts : il faut bien autrement lui abandonner ce périssable et ce temporel et s'en reposer plus aveuglément sur son amoureuse conduite, pour ne rien diminuer de nos applications avec lui.

2* Ils vous diront encore que Dieu les appelle à cette vie retirée, et qu'étant au-dessus de toutes les affaires de famille, il lui faut obéir : il commanda bien à Abraham de quitter son pays, et n'est-ce pas le même Maître qui nous peut commander de sortir rl,e tous ces soins trop embarrassants de famHle pour entrer dans la solitude, afin de n'y flvo^r que sa compagnie? C'est l'attrait de mon coBUftet de mon Dieu; c'en est assez, il faut donc que je le suive.

3* Mais savez-vous enfin leur défense pour nous fermer la bouche? Nous ajoutons, disent-ils, à tout ce que nous venons de dire ^ que cette vie toute retirée en Dieu nous rend môme bien jdus capables de pourvoir à tout le domestique, et c'est dans cette retraite que, nous dégageant bien mieux de nos passions, nous en aurons après des conduites aussi plus éclairées pour toutes nos affaires.

11 nous faut, Théonée, si nous le pouvons, tirer de la retraite ces esprits abusés dont l'illusion a quelque chose de bien plus mauvais que celle des deux premiers. Je ne leur nie pas que Dieu n'ait le pouvoir de suppléer à tout, et je dirai toujours avec eux qu'on ne peut reposer en lui avec trop de confiance; mais je dis en môme temps, ce qu'ils ne m'accorderont pas, qu'on ne doit point appiiyer, du côté de Dieu, sur des conduites miraculeuses, et qu'il est bien téméraire que des personnes mariées laissent le soin de leur famille, s'en reposant tout sur Dieu, pour mener une vie retirée.

Ces personnes doivent savoir que le premier soin qui leur est commis de Dieu est celui de leur famille, à qui ne doit jamais préjudicier la dévotion et les grandes retraites. On ne leur refuse pas d'entrer dans toutes les voies de l'intérieur, quelque engagement qu'elles aient dans le mariage; d'avoir leur temps ré^lé pour Toraiscn et d'aspirer à tout ce qu'il y a do plus sj-irituel; l'état conjugal ne répugne point a tout cela, mais il ne peut souffrir une telle solitude que la famille elle-même en souffre. Elles ne doivent pas oublier que la première manière de se sanctifier elles-mêmes est de sanctifier leur maison par des soins assidus qui éclairent tout ce qui s'y passe.

Ce que j'avance est si vrai, Théonée, que cette solitude déréglée d'un mari dévot ou d'une femme dévote, n'est jamais sans apporter bien du désordre dans le ménage ; car il n'est pas possible que la confusion n'y soit, quand la vigilance n'y est pas de ceux qui peuvent uniquement bien établir les choses, et il ne l'est pas moins que de voir une armée en désordre, lorsque les chefs en abandonnent la conduite pour goûter le repos dans leurs tentes.

Mais encore, pensez-vous bien à ce que vous faites. Monsieur et Madame, lorsque vous passez la meilleure partie de vos jours à de longues dévotions; dans la retraite de vos cabinets? Vous ne voyez pas que pendant que vous tâchez de goûter DiCu, vos enfants et vos domestiques goûtent en effet les fruits d'une mauvaise liberté; c'est voire solitude, c'est votre absence, c'est cette dévotion mal prise qui occasionne leur dérèglement. Cet attrait de vie retirée est donc un faux attrait, car l'esprit de Dieu n'inspire \)as à un père et à une mère un genre de vie qui détruit l'éducation de leurs domestiques. Ce sont ces enfants et cette famille qui devraient faire les meilleurs points de votre oraison, et vos yeux ne les devraient guère plus quitter que vous-mêmes. Croyezivous après cela que vous êtes trompés?

SUPPLEMENT AU WCTlONNAlftE D'ASCETISME,

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illusyin, c'est que tous en verrez qui ont une très-petite capacité pour les choses de rintérieur. Ht néanmoins, oh! il leur faut les plus grands spirituels pour directeurs, et ce sont d*ordinaire ces Âmes , petites et bornées , qui feront plus d'empresseracnt que les autres pour en avoir des plus choisis. Elles devraient plutôt penser, avec un sentiment bien humble d'elles-mômes, que n'étant que dans des voies trèscommunes, elles n'ont besoin que de directeurs fort communs, et que les nlus communs ont encore trop de capacité pour la petitesse de leur intelligence et de leur vertu. Elles ne sont bonnes qu'à tourmenter un homme de mérite, voulant comprendre des choses dont elles ne peuvent pas seulement afïprocher, et elles ne sont propres qu'à faire tout ce que Dieu ne veut pas, en affectant de s'élever par des conduites qui ne leur sont point dues. Je ne crois pas, Théonée, qu'à l'exemple de ces sortes de gens, vous veuillez vous arrêter à ce second choix, non plus qu'au premier.

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