CHAPITRE
Les illusions de quantité de personnes qui^ par un lien d'amitié^ se communiquent sans permission d'un directeur tous tes mouvements intérieurs de grâce dont elles sont favorisées.
Ne direz-vous ps, Théonéo, qu'il ne fut jamais rien de niieux.
1* Car, quoi? c'est pour s'animer mutuellement ; nos ferveurs sont si languissantes si elles ne sont un peu réveillées ; le souffle que nous y pouvons donner de nous-mêmes à nous-mêmes est si froid ; mais le discours qu'on fait de part et d'autre, par la communication de ses petits biens, échauffe bien autrement les cœurs.
2* Quand nous n'aurions que cet avantage de donner sujet de glorifier Dieu de nos laveurs par la manifestation que nous en faisons, n'en serait-ce pas assez, puisque, demeurant étouffées dans notre sein, elles n'auraient pas la louange qu'elles méritent?
3* Et puis toutes ces communications de nos biens et de nos grâces nous en lient davantage dans la charité, et nous commençons par là de nous en aimer plus dans celui qui nous témoigne lui-même son amour avec tant de profusion.
4* 11 se peut ajouter qu'en nous communiquant de part et d'autre nos grâces et nos faveurs, nous en recevons une instruction partimiière, chacun recevant de l'autre ce qu'il n'a pas.
Je ne loindrai pourtant jamais à ces raisons, Theonée; et voici rilmsion de ce commerce; je vous prie, jugez-en. Je ne feindrai point de vous dire une chose que parmi le seie, d'ordinaire, il dégénère à une certaine puérilité. ChacuTie en dit des plus belles, chacune fait l'intelligente et l'extasiée; et Ton parle de ses grâces avf*c plus de faste et de dévotion affectée que de vérité. On sait et on dit que cdle-la «st dans de telles voies, aue cette autre a u n tel attrait, •que celle-ci a des visites rares de Dieu. 11 ne se voit ordinairement que de l'enfant dans ces manifestations mutuelles de ses grâces particulières.
Elles n'en demeurent pas là; il en natt ensuite une inclination à ne se pouvoir tenir de dire ne qui se passe en son âme. 11 Uni que chacune trouve la sienne, à qui elle découvre tous ses trésors; et les faveurs intérieures qui leur sont faites sembleraient n'être pas capables de les satisfaire, si elles ue passaient à la connaissance d'autrui. C'est pourquoi elles ont une impatience de faire voir, le jour à ces fruits divins, qui n'ont été que conçus dans leur conscience ; si bien que ces ^ces de faveur ne sont plus le secret du voU mais une odeur éventée qu'on a impatience de faire sentir plutôt pour la Caire estimer que pour autre chose.
Elles passent encore plus avant; c'est qu'elles contractent par ces communications un désir qui les porte à entrer dans les dis* positions de celles dont elles entendent les grâces, si leur état n'est pas si élevé. Elles
ne se pourront même tenir qu'elles n y fas* sent des efforts , autant par jalousie que par imitation, et qu'elles ne disent après «bose approchante, comme si elles ava e t déjà quelque entrée dans leur élévation ; car, de penser qu'une personne dévoie et du sexe voie et, sache les dons rares d'une autre qui lui en lait part dans le discours, sans qu'elle ait pour cela au un mouvement de goûter les mêmes faveurs, ô Tbéonée, il faudrait auparavant avoir changé la nature de sou sexe, ou que Dieu fit une suspension de ce mouvement par quelque opération miraculeuse.
Ce qui prouve encore parfaitement ce que je dis, cest qu'elles se font ordinairement une mutuelle communication de la beauté de leurs voies, sans l'aveu d'un directeur. Elles ne doutent pas qu'un directeur bien sage ne serait jamais pour leur donner cettesorte de permission , lui qui a coutume de traiter les dons de Dieu avec silence , avec secret, avec gravité. C'est ce qui lâît aussi qu'elles ménagent parleur volonté propie ces petites intrigues, dont elles n'ont garde de se découvrir a leur directeur.
N'ai-je donc pas bien dit , ïbéonée , que ces entretiens de sexe à sexe dans la communication de leurs grâces, dégénère d'ordinaire à des puérilités ? On ne leur refuse [ms de dire les effets et les sentiments de eur grâce : on ajoute même que le discours ne se peut autrement soutenir, car chacun ne peut débiterque cequ'il2a ; mais on n'approuve pas quelles l'énoncent, comme chose de leur fond et comme des privilèges dont elles sont prévenues ; c'est ce qui se doit observer très-particulièrement.