‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 185 sur 315 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

Il y en a qui communiquent tout leur intérieur à des hommes qui n'ont point de caractère , dont ils prennent néanmoins la conduite de leur dme.

Ceux qui sont assez bons pour se laisser aller à ces sortes de directions ne manquent pas d'avoir de quoi justilier leur manière.

1* Moi , vous dira un tel , je prends les règles dé ma conduite de cet homme, parce

afuil a une haute intelligence dans les voies le Dieu, qui n'attache pas tellement ses srâces de conduite au caractère , qu'il ne les départe également à ceux qui ne l'ont pas.

2* J'y sens un attrait tout particulier» et comme Dieu imprime ces divines touches à l'égard de qui il lui plaît, j'estime que j'ai aussi une obligation très-étroite d'en sui^ vre le mouvement; car corfime il nous iro* pose les lois qu'il trouve bon , nous y devons aussi obéir sans les examiner.

3* Ce qui me fait voir encore que cette conduite est de Dieu, c'est qu'après lui avoir parlé , mon âme en ressent toujours des effets extraordinaires de ^râce.

4** Et je veux qu'il n'ait point de caractère; ma nierex-vous que Dieu a des voies àe

LES ILLUSIONvS DE LA VIE SPIRITUELLE.

coBduite qui ne sont pas du commun , et que, comme il y a de certains rapports plus conformes d*esprit h esprit , il se sert aussi d'une conduite qui n*est pas ordinaire pour la sanctification d'une âme ?

Vous me demanderez peut-être là-dessus avec étonnement, ïheonee, s'il est possible, qu'un bomme sans caractère entreprenne la conduite des consciences , et qu'il y en ait d'assez simples et d'assez abusés pour s'y, soumettre. J'aurais peine , je ^vous avoue, d'entrer dans cette question, si je ne voyais que tout ce qu'il y a de véritables directeurs me soutiendront et ne seront pas marris gue je touche une bonne fois cet abus , gui se veut ériger contre la vérité et contre Tautorilé de leur conduite.

Je vous dirai donc , Théonée, avec la permission et l'approbation qu'ils m'en donnent, (ju'il n'est que trop vrai qu'il se voit des spirituels sans caractère , qui s'ingèrent dans la conduite des âmes, et qu'il n'est aussi que trop véritable que l'illusion y est toute manifeste.

Il tant avoir mission pour la conduite des âmes , dont remploi est si relevé , et si difficile, que ce serait une grande témérité d'y entrer, sans y être appelé. Dieu seul peut donner cette mission, car il pent seul donner la capacité d'y réussir. Or cette mission n'est point donnée qu'à ceux qui ont caractère et qui sont les oints de Dieu. Dieu donne un roi pour la conduite de son peuple, mais auparavant il commande à Samuel ?u*il soit eint et sacré. Il commet à saint ierre et à tous ses successeurs la conduite de son Eglise, et en même temps il le caractérise comme chef et surintendant de cette grande, conduite. C'est donc à l'imitation de ce çrand apôtre , et par une sorte de dérivation et d écoulement qu'il faut, pour avoir mission dans la conduite des âmes, être auparavant caractérisé; celui qui ne Test donc pas se jette bien témérairement dans cet emploi !

Mais où est sa grâce, pour ce grand ministère de l'intérieur ? Il n'en a pas conséquemment, parce que cette çrâce suit le caractère et y est attachée. S'il n'est donc pas soutenu de cette grâce, que fera-t-il , pour grand spirituel qu'il puisse être en conduisant les âmes ? Il n'aura plus que sa propre suffisance et des lumières trompeuses, avec lesquelles il n'est capable que de s'égarer lui-même, et les âmes dont il reçoit la communication. Ce ne sera donc plus

3ue lui qui conduira , et non pas la grâce ans lui : oh ! quelle conduite I et je vous laisse à penser les beaux effets qui s'en peuvent voir.

Ce défaut de caractère pour la conduite ces âmes ne montre pas moins encore l'incapacité de ces nouveaux directeurs, par l'impuissance qu'ils ont à les entendre de confession. Oui , Théonée , ce sacrement y est absolument nécessaire pour s'en bien aquitter; car si le confesseur ne se doit pas ordinairement séparer du directeur, comme je l'ai montré dans le premier tome des

Maximei^ quoique tous deux portent caractère; il nest pas à douter, ce qu'on doit inférer de celui qui ne l'a pas. Que dira-t-ilt

3ue prononcera-t-il ? quels avis ponrra-t-il onner, ne sachant pas les pauvretés o'une âme, que son impuissance a en recevoir 1& confession ne lui i)ermet pas de connaître? Il ne fera que dire de ses idées les plus belles , faute de pénétrer les secrètes faiblesses de cette âme.

Ne doit-on pas dire alors que c'est voir des séculiers courir sur l'héritage et sur le patrimoine des qints de Dieu ? Que c'est porter des mains profanes sur une portion sacrée ? Que c'est entrer dans le sanctuaire et dans le Saint des saints, sans avoir l'habit du sacerdoce? Comment, à votre avis, cela se doit-il appeler? Les laïcs ne devaient pas autrefois seulement s'ai procherde l'intérieur du temple , et nos gens sans caractère veulent s'introduire tout entiers dans le temple vivant de Dieu , qui sont les consciences , pour en voir les secrets et pour oser on entreprendre la conduite. Cela, Théonée, est . il seulement tolérable ?

Je les prie de penser que tout ce que peuvent faire dans la direction des âmes les personnes consacrées et qui en ont la mission, est d'en éviter les écueils , où il s'en voit bien qui font des naufrages. Comment est-ce donc qu'ils les pourront échapper, eux qui n'ont point tous les avantages des autres pour s'en garantir, et qui ont tout ce qui peut provoquer Dieu à les abandonner à eux-mêmes ? car, en vérité , c'est bien avoir de hauts sentiments de sa suffisance , de se pousser dans un emploi par la seule pensée qu'on a que ses lumières ne sont point communes, et qu'on est un extraordinaire envoyé de Dieu ? Je n'ai qu'à leur mettre devant les yeux , pour les convaincre, ce fameux exemple de monsieur de Renty , le parfait modèle des guides spirituels^^de notre siècle ; car quelque instance qu'on lui fit de tous côtés, de prendre le soin de certaines âmes , qui ne se voulaient conduire que par ses lumières, il le refusa toujours constamment, et tout ce qu'il put accorder à madame la maréchale de la Chastre, après de longues poursuites , et après en voir reçu les ordres de son lirerteur, fut de l'écouter et de lui répondre avec modestie, mais rarement, mais toujours debout , les yeux baissés et le chapeau à la main, selon que le remarque l'auteur do sa vie , comme s'il eût eu honte de faire ce qui n'était pas propre de son état, quoiqu'il le fit par une pure soumission à l'obéissance; en regardant plutêt ces entretiens comme une communication de pensées que comme un point de direction.

Pour moi, Théonée , je vous conseille âe prendre garde à ne vous pas engager d^ns ces sortes de conduites, si vous voulez évi* ter sûrement les illusions qui y sont infailliblement attachées.

suppLKiiErrr au mctiornaire D^AScmsie:

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