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CHAPITRE IV

Lti illuiions de pluëiéun oui font de tous edtéi eonnaisiance avec le$ grandi epirituelif pour en avoir la communication.

Il semble qu'il n'v a rien de plus juste que de n'en pas moins faire dans les choses spi-» rituelles, que ce qui se fait tous les jours, pour trouver son avantage dans toutes les autres choses de la vie, où l'on fait des connaissances et des amis favorables, tant qu'on j eut ; car le sujet de la spiritualité rend cette recherche encore bien plus légitime , parce que la matière en est beaucoup plus noble et plus nécessaire.

Chercher à faire ces connaissances saintes et précieuses, avec toutes les grandes Ames, et être avec elles d'intelligence et de communication pour tous les mystères et les secrets de l'intérieur, est la chose du monde qui naratt le plus d'elle-même se justifier.

1* N'est-ce pas ce qui se doit appeler la communion des saints, à laquelle l'Eglise nous invite, y étant inspirée par le Saint- Esnrit.

2* Pourquoi ne sera-t-il point permis aux gens de piété, de faire ce divin commerce aussi bien qu'aux gens du siècle, qui font tous les jours de nouvelles habitudes, avec tous ceux qui peuvent servir à leur plaisir et à leur ambition?

3* C'est ainsi, qu'étant unis par les liens d'une amitié et d'une connaissance toute céleste, il s'en fait aussi devant Dieu une plus grande et plus agréable conspiration des cœurs et des esprits.

il y a des gens , Théonée , de trop grand mérite et de trop grande piété , qui font ces sortes de connaissances, et ie ne suis pas encore assez téméraire pour les condamner. La chose est sainte et ces personnes la font de plus très-saintement, donnant encore plus de poids à ces communications par l'exemple qu'ils nous en mettent devant les yeux. Mais je les prie de m'accorder une grâce, qu'ayant d'une part tout le respect pour les saintes communications, qu'ils ménagent avec sagesse et avec un zèle véritable de leur sanctification, je puisse aussi faire voir les illusions de celles qui sont mal ménagées,

par des esprits moins sages et moins biei. intentionnés.

Oh î mon Dieu, Théonée, qu'il y en a qui entrent dans ces commerces de spiritualité, et en font des connaissances de toutes parts, comme pour dire qu'ils en savent et qu'ils sont du nombre de ces spirituels de naute réputation. Us n'ont de communication de lettre et d'écrits qu avec les grandes âmes. On veut montrer, qu'on les entead et qu'on sait aussi parler leur langage, et que les voyant et eue parlant d'elles, et que faisant voir leurs écrits, on fait aussi une partie du nombre illustre des âmes élevées. Oui, oui, Théonée, cette vaine opinion ne jette que trop souvent plusieurs dans ces intrigues.

C'est pour cela (remarquez bien , je vous prie, ce que je dis) crue ces personnes ne sont jamais bien satisfaites des spirituels et des directeurs qui sont présents: 61 il en faut de loin :*ceux qu'on a à la main sont trop communs; l'appétit fin et délicat de ces dégoûtés s'en rebute ; c'est comme une viande de tous les jours, pour laquelle on n'a plus tant d'estime et tant de goût. On se lasse d'entendre parler toujours d'une même bouche, une môme spiritualité; et ce qui a paru dans un temps fort excellent commence d avoir un moindre prix et de fatiguer. C'est pourquoi il faut savoir quels sont de tous côtés les grands spirituels; on découvre ceux qui ont vogue dans les villes et dans les provinces ; c'est avec ceux-là avec qui on fait alliance; les lettres volent alors, et cette spiritualité venue de si loin, a vraiment bien un autre goût que celle qui est domestique. Que dites-vous de cette illusion, Théonée? En vérité, la spiritualité mal prise est bien une pauvre égarée.

Et savez-vous ce que cela produit ? Tout ce commerce ne va qu à estimer uniquement les âmes qui sont de haute élévation, et à no parler avec sentiment que des faveurs rares et sublimes, et que des choses spirituelles les plus subtiles et les plus profondes. Mais pour les vertus humbles et solides, ahl ce n'est que pour les âmes communes. Ces personnes en ayant moins d'estime , commencent aussi d'en avoir Quelque mépris ; car ne pensez pas que vous tes voyiez jamais faire .un grand fond de discours sur l'humilité, sur la douceur, sur la simplicité, sur l'abjection. Tout leur langage n'affecte que ce qui est de plus délié, de plus raffiné et de plus élevé dans la vie spirituelle. A votre avis cela se doit-il appeler illusion ?

Je ne vois rien encore qui soit si ca{)able d'entretenir la curiosité des choses intérieures; car on ne va plus dans ces communications de tous côtés par un pur désir de 6a fainteté, mais pour en savoir; c'est pour cela que ceux qui disent le mieux sont les plus estimés et les plus recherchés; qu'on lait toujours plus de cas des lumières nouvelles ; que si Quelque nouvel astre parait dans la spiritualité, on le veut connaître ;

3u'on est toujours plein do cent Questions et e cent difficultés, pour en avoir 1 éclaircissement. En un mot , ce que ces communica-

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lions produisent le plus, c'est un désir et une faim, de satisfaire plutôt ses pensées que de nourrir son cœur de choses saintes.

Enfin ces connaissances étudiées avec les spirituels de grande vo^^ue , engendrent une secrète pensée, qu'on n'est pas comme les autres et qu'on fax une espèce de corps , de gens, qui ont seuls la grande intelligence de la vie intérieure.

En voilà bien, mon Théonée, de toute cette sorte de commerce spirituel; j'eusse bien voulu ne vous en point tant dire, mais comme c'est d'une part la vérité qui ne vous doit pas être cachée, et que de l'autre, c'est tout mon soin que vous ne vous égariez pas, j'ai été obligé de ne vous rien dissimuler sur ce sujet, vous en montrant, autant que j'ai pu, toutes les illusions, quelque saintes ^ue soient les connaissances et les communications de ceux qui les font dans le vrai esprit de Dieu.

Moyens pour éviter les illusioDs de toutes ces connaissances, et ces communications spirituelles.

Je VOUS conjure, cher Théonée, de donner tout votre cœur et toute votre application, jjour entrer parfaitement dans les avis , que j'ai à vous présenter, afin que vous ne soyez pas dans les égarements dont je viens de vous parler.

V Je vous conseille extraordinairement d'aimer une vie qui soit obscure, et de ne chercher jamais à connaître ni à vous faire connaître. Qu'à peine sache-l-on si vous êtes, ou du moins, si vous êtes un spirituel. Votre adresse serait infiniment sainte et digne delà plus haute louange, si étant très-intelligent daus les voies de Tintéricur, vous en saviez si bien cou vrirla vérité, quejamaison ne s'en aperçût. Ohl que cette extinction, ohl que cette perte serait admirable aux yeux de Diçu môme I Je vous y invile de tous mes désirs, mon Théonée.

2^ Vous n'aurez pas tant de peine d'y venir si vous avez toujours de bas sentiments de ce qui se passe en vous. Il n'y a d'ordinaire que la grande opinion de sa conscience qui fait qu'on aiïecte de connaître et de communiquer avec tous les grands spirituels; mais si vous jugez que tout ce qui s'opère dans votre intérieur ne inérite pas seulement de voir le jour, vous jugerez aussi que vous ne le méritez non plus vousmême; et, bien loin d'aller après toutes ces connaissances précieuses et de grande réputation, vous ne. penserez qu'à vous retirer dans vos ténèbres, comme vous diiant.

qu'entre les spirituels vous n'êtes qu'un rien dont il ne doit pas même être fait mention.

S" C'est encore pour cette raison que vous croirez que votre directeur suffit à la bassesse de vos voies, et qu'il n'en faut pas tant pour comprendre ce qui se passe en votre âme. Vous penserez même qu il a trop d'intelligence pour vous, et au*uR bien moins éclairé pourrait encore suffire à votre petitesse. C'est ainsi , Théonée , que vous n'aurez jamais ce sentiment vain et superbe, qu'un directeur n'en sait pas assez pour entrer dans les mystères de votre conscience, et que, n*en étant pas compris, * vous n'en pouvez aussi être bien conduit. C'est ainsi que vous ne conclurez pas vainement que vous devez aller consulter d'autres oracfes, qui vous donneront bien à'autres résolu-' tions , vous estimant trop heureux que celui que vous avez daigne vous dire ses pensées.

4" Ce qui vous doit rester de tout ceci, c'est que vous ayez seulement honte de parler parmi les personnes spirituelles, étant de votre devoir de les écouter, comme n'ayant rien qui soit digne d'être produit. Avec cela vous n'aurez garde de vous y ingérer, et de faire le spirituel de conséquence, puisque même vous ne vous estimerez pas digne de parler ; mais bien moins, oserezvous faire voir sur le papier les opérations de votre intérieur, et aspirer à ces commerces considérables de lettres avec les grandes âmes. 0 1 Dieu, qu'une âme fondue en ellemême revient de tout cela t

.S** Aimez, Théonée, ah ! aimez toute votre vie à être toujours soumis et à ne commander jamais ; à être toujours conduit et à n'ambitionner jamais de conduire. Si vous n'avez. point de caractère, oh I que vous serez bien éloigné de prendre le nom de directeur, ni d'en faire l'exercice, et que toutes ces idées présomptueuses de sa propre suffisance et d'une vocation de Dieu extraordinaire pour cet emploi s'évanouiront de votre esprit I Et pour ce qui est du sexe, ah ! qu'il aura seulement honte de penser à avoir quelque intendance sur les consciences,' et

aue le seul nom de directrice lui donnera 'indignation et d'horreur!

Si vous suivez fidèlement ces avis, je ne doute pas que vous n'évitiez les illusions de toutes ces communications dont je vous ai fait le tableau, et que vous ne puissiez saintement vous ménager celles qui sont judicieuses, bien choisies, modérées et profitables.

TRAITE IX

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