CHAPITRE Ul
// y a aujourd'hui de grandes tpirituellet
Sut font profeision d'en conduire d'auirei e leur iexe.
Vraiment, Théonée, Toici bien une taire misère de toutes ces communications, et nous sommes dans un étrange siècle, eu il se troure aussi bien des directrices que des directeurs. Je n'en suis pas maintenant à ces illuminés dont j'ai parlé tout sur la fin du second todie des Maxime$ $pirihtelleSf où j'ai dit qu'il j avait même des hommes assez bons et assez infatués pour les consulter et pour les écouter; je ne fais ici mention que de ces spirituelles qui prennent une juste direction de leur sexe: je leur pourrais faire Toir leur égarement^ par les mêmes raisons qui ont prouvé celui de ces fiersonnes qui s'en mêlent, n'ayant point de caractère; mais il y en a de particulières dont on peut encore mieux leur mettre derant les yeux, et la conviction de cette vérité et leur confusion.
J'entends bien ce qu'a coutume de dire lidessus un sexe faible pour s'en autoriser.
1* Qu'étant une si grande disette de directeurs bien intelligents, il n'est pas défendu de se servir de ce qu'on a et de recourir è celles de son sexe à qui Dieu a départi de grandes illustrations.
2" Qu'on a plus de facilité de se communiquer à ses semblables , n'en prenant pas si facilement de la honte lorsqu on leur découvre ses misères les plus secrètes.
3^ Et qu'il y en a qui parlent de Dieu si divinement qu'on ne peut pas se défendre de leur ouvrir son cœur: mais qu'elles se donnent la patience de voir combien elles sont trompées, et celles qui dirigent et celles
3ui sont dirigées : la preuve n'eu est pas ifficile,
C'est un renversement intolérable que celles qui n'eurent Jamais d'autre emjiloi dans riiglisc de Dieu, que celui de prier, veuillent maintenant |)rendre un nouveau rang, en prenant celui de conduire les âmes ; l'Eglise n'a pas jugé qu'elles fussent ca])ables d'aucune occupation hiérarchique, et elles se veulent élever contre son jugement en s'a ppro priant, iiar une étrange confusion d'ordre, ce qui n appartient qu'à l'homme, et en s'ingérant d'une chose à laquelle elles n'ont pas la moindre capacité.
Quoi 1 peuvent-elles entreprendre ce métier sans une extrême présomption d'ellesmêmes? Car, en vérité, n'est-ce pas bien en avoir autant qu'il en peut être, de croire qu'une personne du sexe 'ait une suffisance assez grande pour conduire l'affaire des consciences, qui est la plus obscure et la plus délicate de toutes les affaires ? Je de mande où est «son expérience, elle qui à peine est encore entrée dans le fond d'ellemême et en qui tout est extraordinairement borné? Je demande où est sa science et son érudition, sans laquelle il n'est presque pas possible de discerner iustement ce qui se passe dans les Ames? N'est-ce donc pas une
présomption hautement superbe, de vouloir se mêler d'une chose pour laquelle Ton n'a aucun talent, et où ceux qui en sont les mieux partagés ont toutes les peines du monde d'v bien réussir.
Elles doivent plutôt se persuader "avec beaucoup d'humilité que le propre du sexe sont les ténèbres et le silence, et que e'est le lieu où elles { euvent uniquement être avec sûreté; car dès-là qu'elles éclatent ou qu'elles [ arlent, il est d ordinaire înlkillible qu'elles s'égarent, mais beaucoup plus quand elles voudront prendre cet éiiat du côté de la conduite des Ames, soit que cela vienne de ce au'il leur est facile de s'éblouir dans la lumière, soit qu'il arrive de ce que leurs vues sont fort limitées.
<^'elles sachent enfin qu'elles ne causent pas un petit scandale à tous ceux qui entendent cette nouvelle direction, et qu'elle» sont obligées de ne point scandaliser toutes les l»onnes Ames principalement qui ont un juste sujet de condamner une conduite si vaine et si égarée. Hél qu'elles se retiennent plutôt en elles-mêmes, où toute leur lumière sera encore bien courte pour leur propre conduite, et que, voulant faire les directrices, elles ne i)oussent iias avec elles beau* coup d'autres dans leurs égarements.
J'excepte néanmoins de tout ce ((ue je viens de dire les supérieures des religions à qui Ij'estime que Dieu donne ^Ace pour la conduite intérieure des religieuses oui sont sous leur obéissance, et principalement «celles à qui leur institut donne plus qu'aux autres cet esprit de direction sur leurs filles. Cette manière ne peut être sujette à blAme parce qii'elle est dans l'ordre, et que la grAce supplée beaucoup à ce qui peut manquer du coté de la nature.
Je pense néanmoins, Théonée (et je crois que vous serez de ma i)ensée), qu'on ne peut mieux faire en ce point que de suivre ce qu'en a dit sainte Thérèse dans ses règles: cette sainte, dont le sens et les lumières surnaturelles avaient une grandeur toute extraordinaire, désire bien que les inférieures rendent compte à leur supérieure de ce qui se passe en leur Ame, elle y porte et elle en fait règle pour cela; mais* elle veut aussi que les supérieures n'exigent pas ce compte dd leurs inférieures, et qu'elles ne les appellent pas règlement pour cet effet, ]>arce que ce serait (>our donner queloue gêne à leur esprit et Caire par là qu'elles s'occuperaient mal à propos de ce qu^elles auraient à dire, et que souvent elles se mettraient en peine de trouver ce qu'elles n'auraient pas; elle veut seulement que les supérieures soient toujours préparées avec un Ï;rand cœur pour les recevoir et que les Jnérieures s'y portent avec grande simplicitéet confiance, selon les besoins de leur Ame. Voici ses propres termes :
0 Co qui est dit (chap. XIV, Comtii.)^ que les novices h[ rendront compte à leur maitresse, et les autres religieuses à la prieure, et du profit qu'elles font eu ioelles; cela se doit faire en sorte qu'il procède de la volonté
LES ILLUSIONS DE LA \1E SPIRITUELLE
de ceilea qui ont à le rendre, connaissant le grand profit spirituel qu'elles en recevront ptutôtque d'j être contraintes. Pource, nous défendons aux prieures et maîtresses des novices de presser beaucoup leurs relig eu:es sur «e point, et les religieuses sachent que tant ceci que le surplus des constitutioBS ne les oblige è coulpe. »
Je VOUS laisse à conclure, Théonéo, si les supérieures qui, dans la conduite intérieure de leurs religieuses, en useront autrement, feront mieux que ce quen a jugé cette grande sainte. Au moins je sais Lien • qu'en imitant sa manière sans prétendre aller curieusement plus avant, qu elle n'est pas allée, elle seront dans une conduite sase, douce, point gênante, et bien plus capable d'attirer et d'ouvrir les cœurs.