CHAPITRE l
Les illusions de ceux qui s'humilient dans
leurs paroles.
En effet, n'en voit-on pas qui soupirent après toutes les humiliations et les bassesses, n'ayant point de termes assez grands, pour témoigner l'estime qu'ils en font, et rardeur dont Ils sont transportés? Qui se plaignent de n'être pas assez heureux, pour en avoir de bonnes occasions, lesquelles leur fassent boire la lie et goûter I amertume de ces états? Qui n'ont dans la bouche que des paroles d'accusation et une confession continuelle de leurs péchés et do leurs misères?
A votre avis, Théonée, qui ne dirait que tout cela ne part que d'une humilité profonde?
!• Ils semblent ne faire que ce que conseille le Saint-Esprit, savoir que le juste est le premier accusateur de lui-môme pour ne point éparg'îcr la confusion, par sa confession de ce qui le [îcul rendre coupable.
2* Après tout, quoi qu'ils puissent dire pour scmellre dans l'humilialion, il est ocr-
tainqu'ilsne disent que la vérité: et ce peut être une mauvaise chose de la faire connaître, principalement lorsqu'elle nous at)ais5e et qu'elle ruine notre superfaie par celte manifestation?
3" Et nuis, qu'ils en dl>ent tant qu'ils voudront, il est très-assuré que ce sera toujours bien au-dessous de la vérité; car il n'eM pas possible que l'expression de nos paroles égale jamais la corruption de notre fonds. Tout cela ne donne-t-il pas sujet de croire que, parlant avec tant de vérité, ce langago ne peut sortir aussi que d'une humilité véritable.
J'avoue que ce discours de lui-même édifie, et que tous ces beaux sentiments im se doivent pas facilement condamner : mars ne savez-vous pas aussi, Théonée, qu'il n*e5t rien qui tromue comme la parole, et que, plus elle est belle et sainte, plus y est-on pris îloucement?
Dites-moi, combien y en a-t-il qui s'homilient en s'accusant, afin de prévenir IVcusation qui leur serait faite? Leur dessein caché est d'abattre par ce moyen la confusion qui ne leur manquerait pas s'ils étaico: accusés, et de se faire croire humbles, en courant ainsi volontairement à la honte p^r une accusation libre. Ils voient qu'il leur est inévitable d'être humiliés, et ils s'en veulent en quelque façon relever par le choix qu'iû font de feur humiliation. N'e^'t-il yas lacile d'être pris à des pièges si subtils, et à uuc illusion si délic-atc?
Mais remarquez que, d'ordinaire, ces personnes, qui se confondent par les paroles, ne le font qu'en termes généraux» qui se {meuvent indifféremment attribuer a tout nomme, dès là qu'il est pécheur : Oh 1 elles sont trop avisées et trop proches d'ellesmêmes pour rien avancer, qui les taxe en particulier, elles ne font que se naettre dans la masse universelle des pécheurs ; avec cette différence que la vanité de leur confession semble les en retirer, lors même qu'en effet elle les y engage plus criminellenient.
Que si elles s'humilient quelquefois par l'aveu de quelque défaut particulier» ne pensez pas, Théonée, qu'elles le fassent par re qu'elles ont de plus confusible : elles sont trop sages à se ménager : c'est là encore une adresse de dire quelque chose, qui, en effet, est blAmablc en soi, mais qui, étant avoué.
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LES ILLUSIONS DE LA TIE SPIRITIjELLK.
laisfTO i las d*e5l!me dans les esprits que de bas sentiments de la personne.
Voulez-vous encore que je vous accorde, qu'elles ne s'épargnent nullement à dire a'ellestoui ce qui peut les humilier? Je le veux; mais voulez-vous aussi en voir l'illusion? Qu'on les pique des mômes paroles doKt elles s'outragent volontairement; qu'on les charge, sans qu'elles l'attendent, des injures dont elles semblent s'abattre; vra:- .nent vous les verrez bientôt aux rhainpf, et changer de langage, et elles vous feront bien connaître qu'elles étaient trompées beaucoup plus que vous ne l'étiez.