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CHAPITRE VT

Les illusiais de ceux qui sont humiliés.

Voici, Théonée, une nouvelle sorte de personnes, qui ne s'humilient pas, mais qui sont humiliées et qui, paraissant humbles, n'en ont pourtant souvent que l'apparence et non pas la vérité. Je vous en oTs seulement quelque chose en fort peu de mots, pare que n'étant pas de celles qui pensent bien faire, puisqu'elles ne font que recevoir leur abaissement, il n'est plus question, selon mon dessein, de les retirer de quelque égarement où elles se perdent.

Les unes sont humiliées de la nature en ce qu'elles ont beaucoup de disgrâces du corps, qui en est souvent pour c^la trèsdésagréame aux .yeux. L'esprit en est fort grossier et terrestre, et ne paraît avoir rien ue bien raisonnable ; elles n'ont d'aptitude à quoi que ce soit, tant tout y est bas et bfirné. Cette humiliation, qu'elles ont reçue avec la naissance, peut faire penser qu'elles >ont vraiment humbles; cpla peut être:

mais d'ordinaire ce n'est qu'une certaine masse de stupidité où l'on ne découvre aucun esprit qui leur fasse aimer cette bassesse dont elles ont été partagées.

Les autres sont humiliées de leur état: ou elles seront d'une naissance fort basse iftforl obscure, qui les oblige à tenir un rang très-méprisablo ; ou elles auront ouelque emploi qui, n'étant de nulle considération , les met aussi dans le méjiris, ou elles seront à peine connues, tant leur vie se pas^e dans les ténèbres. Toutes ces choses peuvent faire croire qu'elles en tirent une ^:randc humilité, rjui est Tavantaze qui I ourrnil leur revenir de la bas^.e5se de leur

état; mais le tout en étant bien examiné, on trouve le plus souvent qu ellei y sont avec beaucoup de dégoût, de rebut et d'impatience.

Il y en a qui sont humiliées de la part des créatures, par des persécutions qui ne leur donnent point de repos , par des calomnies qui les noircissent, par des injures qui les outragent : voilà la plus belle matière qui puisse être pour avoir l'humilité , et l'on a sujet de croire que ces personnes n'en sont pas moins riches que des peines qui leur sont faites. Néanmoins, Théonée, ne le croyez pas tout à fait; car rbnroiltté fait qu'on aime les sujets de son humiliation; et elles, paraissant humbles sous leur& outrages, n'y sont souvent qu'avec dépit et regret , et ne manqueraient pas de s*cn défaire si elles pouvaient.

Il y en a enfin qui sont humiliées de la part de Dieu. C'est par des permissions effroyables, lorsou'il souffre qu*elles tombent dans des abîmes d'égarements; c'est par des reproches intérieurs, quand une voix intérieure ne cesse ni jour ni nuit de parler, et de persécuter une conscience criminelle ; c'est par la vive représentation de leurs péchés, dont l'horreur est toujours devant leurs yeux. En voilà bien assez, afin qu'elles soient profondément humbles; mais souvent elles le sont aussi peu que le sujet en est grand et légitime ; car q\\qs ne foat ou que se désespérer dans leurs chutes , ou que s'endurcir dans leurs reproches, oo que fuir et s'abattre dans leurs représentations.

Moyens pour éviter les illusions de I*hamiUt6

1* Quoi que vous puissez jamais foire, Théonée, dans quelque posture humiliante que vous soyez, quelque humrliation quo vous receviez de Dieu et des créatures, ne pensez pas que vous en soyez pour cela plus humble. Plus une âme est humble, moins elle croit qu'elle l'est ; et quand elle est dans les bassesses les plus humiliantes, soit qu'elle s'y mette elle-même, soit qu'elle y soit mise , c'est alors qu'elle pense avoir moins d humilité, parce qu'elle dit que U violence de ses remèdes est une marque de la grandeur de son orçueil qui ne se |^eu^ guérir sans qu'elle soit couverte et pécé^ trée d'humiliations. Ayez les n èmes pen sées de vous, pour ne vous laisser ^«ast égarer dans tous les sujets qui vous pouN ront humilier.

2** Je vous recommande f:articulièreraent mon Théonée, de ne dire jamais de vou ni bien ni mal. On ne doute pas qu'en di du bien répugne à l'humilité, mais on rroi assez facilement qu'en dire du mal est \i\ chose qui est le bien propre des humbles. Mai non, cela n'est pas ; et il est presque au peu de son devoir de se blâmer que de louer. L'humble se laisse là j)our ce qn 1 est ; il ne se défie guère moins de ses al^id sements volontaires que de ses louanges: parce qu'il sait que la vanité se glisse j«i* tout. Le hlûmc qjî'on 5c donne est ordina

Les ILLUSIONS DE LA VIE STIRITUELLE.

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rement tourné en louancçe par ceux qui nous amendent; c'est ce qui lui fait aimer Je silence et le préférer de beaucoup à toutes ces invectives qu'on fait contre soi. Quand vous ne direz aucun mal de vous, on pourra croire que vous pensez assez bien de vousmême ; et c'est justement dans celte opinion qu'il faut laisser le monde, cherchant votre humilité intérieure par votre propre destruction dans leurs esprilîj.

3* Mais comme il n'est pas défendu de faire extérieurement des actions d'humilité, et que, pour bien des raisons il est trèsh propos qu on en fasse ; néanmoins , Thét»née, n'affeiitez jamais de le faire ^ar des voies, qui soient singulières ou pour leur nouveauté , ou pour ne se voir que dans votre personne : les communes sont si bonnes, et pourquoi vouloir l'emporter jusques dans sa propre confusion? Ah! que notre superbe va loin , et qu'elle sait aussi bien s'abaisser que s'élever, pourvu Qu'elle se trouve partout 1 11 faut que la simplicité conduise et règle Thumilité dans tous ses abaissements y aussi bien que les autres vertus.

4.' Si vous ne devez pas manquer de vous humilier v.ous-même de temps en temps, selon les bonnes règles qui en sont don- Jiées, et si vous devez faire une grande estime de ce saint exercice , oh! faites-en infiniment davantage, de vous voir humilié sous la main d'autrui , et pensez qu'un seul de

$es coups vous fera plus de bien, pour vous anéantir , que ne feront pas cent de votre part : une main étrangèi:e ne manque

i'amais guère d'aller où est notre plus sensi- )ic , et notre corruption et notre propre main, en nous humiliant, ne nous frappe presoue jamais où il nous fait plus de maL

5* £n vous humiliant, soit aux yeux du monde, soit autrement , ne prétendez jamais rien autre chose que votre destruction ; et prenez carde qu'il ne vous reste au cœur une inclination secrète de passer pour humble; ce serait vous établir dans les esprits par la ruine de votre extérieur, et vous travailleriez à vous élever d'une part , pendant que de l'autre vous vous abaisseriez ; dites donc, je m'humilie par des actions confusibles : afin d'être par ce moyen, si je pouvais, aux yeux des autres, ce qu'en vérité je suia à mes propres yeux.

6" Quand vous serez humilié de la part d'autrui , contentez-vous de cela, ïhéonée, et n'augmentez jamais votre humiliation, par vos actions ou par vos paroles; c'en sera bien le meilleur nour vous, quand on ne saura pas de quelle manière vous raure;^ reçu, et que vous vous serez simplement contenté de n'y témoigner aucune opposi-» tion.

J'espère, que si vous observez bien fldè^ lement tous ces avis, votre humilité sera toujours en assurance , et vous ne serez jamais surpris d'aucune illusion.

TRAITÉ II

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