‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 207 sur 315 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le$ illusions de ceux qui s'humilient devant Dieu intérieurement.

Cet exercice intérieur est celui qui est le plus propre de la créature devant Dieu , et où lésâmes, qui ont quelque attrait pour cette vie secrète sont toutes portées de leur fond. Et si vous voulez vous y regarder vous-même, Théonée, avec quelque attention , vous me pourrez dire peut-être que c'est où va tout le penchant de votre âme : Vous me direz, que toutes les raisons vous invitent à prendre inlérieurement cette posture humiliante. La grandeur de la majesté de Dieu, laquelle porte à un continuel anéantissement, quand on lui est exposé; notre petitesse , qui devient encore plus petite , et ne demande qu'à se cacher; ce premier des hommages dus à la souveraineté de Dieu, qu'on reconnaît par sa bassesse; et la nature de celle occupation de Tâme, qui n'en peut

avoir de plus noble , et de plus proportionnée.

Je pourrais vous ajouter, qu'il n'est guère de personnes qui ne soient dans cette sorte de fond sitôt qu'elles entrent dans l'esprit d oraison , comme étant le centre où l'âme eut incontinent poussée par les vues de Dieu qui lui sont mises dans l'esprit, et par une certaine opération de grâce qui l'y attire incessamment. Elle s'y enseveht, elle s'y abtme, elle s'y fait un néant, perdant toutes les formes devant Dieu, afin d'être mieux perdue, n'en ayant aucune. C'est donc là cet état humilié, où elle tâche de s'établir à tout moment.

Néanmoins, quoique cette manière d'opérer soU sublime, digne de Dieu, propre particulièrement de la créature, et qu'il y faille porter toutes les âmes , ne croyez pas , pour cela , que celle qui en fait l'exercice ait une humilité qui ne puisse point être suspecte , et que parce qu'elle s'humilie avec tant de profondeur , elle en soit pour cela plus humble : sachez, Théonée, que ces humiliations intérieures ne sont pas exemptes de bien des illusions.

On a très-souvent de certaines com(daisances secrètes dans tous ces anéantissements intérieurs; on repose avec plaisir dans la profondeur de sa bassesse ; on la contemple ouelquefois plus qu'on ne fait la grandeur de Dieu , qui doit principalement l'opérer; on s'y considère comme dans un état qui est digne des yeux de Dieu; on le regarde comme très-précienx, jusçiue dans son horreur , et jusque dans le jugement qu'on porte alors de son indignité; on se réserve de Certaines ()ensées, cachées et profondes , que Dieu fait dans l'âme en ce temps sa demeure la plus douce. Ce sent là, Théonée, tous les replis secrets, qui se forment le plus souvent dans le cœur, pendant ces opérations anéantissantes. L'aviezvous cru jusqu'ici, et l'aviez-vous compris?

Si toutes tes complaisances se passent dans l'âme, qui s'humilie ainsi devant Dieu, elle ne se persuade pas moins aussi qu*elle est véritablement humble; et elle en est persuadée facilement, parce qu'elle sent et Î qu'elle voit que tout sen être est comme ondu en lui-même. C'est là se flatter bien vainement, Théonée, d'être humble , parce qu'on s'humilie : comme si entre Thumiliation et l'humilité il n'y avait pas souvent une distance infinie; elle doit plutôt dire, et elle dira la vérité, qu'elle n'est point humble par cela même qu'elle se flatte de l'être.

N'est-ce pas encore une illusion bien

Î grande de se donner cette créance qu'on ait auelaue nbose de considérable pour être numble, parce qu'on s'humilie devant Dieu ? Quoi L Est-il de créature au monde qui répugne le moins de le faire ? N'est-ce |)as la posture qui lui est la plus naturelle ? ne lui est-ce pas même une gloire qu'on la souffre ainsi abaissée dans la présence de Dieu? Feut-elle avoir une autre situation

SlPi LEME.NT AL DICTlONNAmï DÂSCLTKSME.

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MRS insoleuce? Etavec cela, on pourra dire qu'elle ne soit pas bien trompée, si elle pense que ses anéantissements intérieurs sont quelque chose qui mérite d^ëtre considéré.

Et pour une preuve bien sensible que rillusion règne très-souvent dans tous ces abaissements intérieurs de Tâme, prenezraoi quelqu'un , Théonée , à qui il est ordinaire dans ces pertes intérieures devant Dieu, dans ces avilissements, dans ces apetissements de son être, comme il en est tant aujourd'hui, qui en font quasi le métier et qui trouvent de tout nouveaux termes pour s'en énoncer; ne diricz-vous nas «m'il dût recevoir extérieurement les numiiiat'ons de la f>art des créatures comme il en prend intérieurement devant Dieu? Rien moins ; car ce sont ces sortes d'esprits, Théonée, ce sont eux qui souffrent aussi impatiemment que les créatures les humilient, qu'ils s'humilient eux-mêmes profondément devant la majesté de Dieu par de certains tours de leur imagination. C>?t c^ ou'il en faut croire , c'est ce (ju'il en faut «lire et c'est ce qu'il en faut inférer: que toutes ces opérations intérieures humiliantes de l'âme ont très-souvent bien de Villusion et de l'égareinent.

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