CHAPITRE
Lés illusions de la patience dans les maladies.
11^ a une certaine opinion vulgaire, par laquelle on estime, au'une personne qui ne
murmure point dans les maladies, a toute la vertu de patience ; que si cela n'est pas, au moins la chose a-t-e)le toute la piooabilité qui peut être.
Car je vous demande, Théonée. s'il y 4 rien, a quoi la nature se laisse aussitôt emporter dans les maladies, comme aux murmures ? Tout son premier mouvement, est de se plaindre et de s'en prendre à ce qu'elle pense être la cause de son mal ; et pe mouvement lui est si propre, qu'elle s'y laisse incontinent aller d'elle-même, fsi elle n'est retenue par une grande attention. Pour le comprendre, il ne faut que considérer où en sont tous les jours les malades; car que sont-ils autre chose, étant pressés par 1 aigreur du mal, sinon 'de s'emporter en des plaintes continuelles;'de se déplaire de leur mal qu'ils ne peuvent approuver, ni souffrir de dire tout ce qui leur vient pour s'en décharger, et pour se soulager et de se rendre fâcheux à eux-mêmes, bien plus par tous les tours qu'ils donnent à leurs esprits, que par ceux qu'ils donnent à leurs corps? Aussi n'est-ce pas là, ce qui fait qu'ils perdent tout le fruit des maladies, et que Dieu n'en remportant pas ce qu'il prétend, ils s'écartent grandement de ses desseins ? N'est-ce pasp
SUPPLEMENT Al} IMCTIONNAïaE D*ASCCT1SME.
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quon soit oblige fesser que ceux qui reliennent leurs plaintes et qui arrêtent leurs murmures, ont toute ]a patience qui se peut désirer; puisgu*on refuse ainsi à la nature ce qui peut favoriser sa passion, et qu'on parait avoir toute la soumission que peut demander cette vertu.
Il est tout vrai , Théonéc, que les flmes spirituelles sont ici bien tromiiées, et parce que leur bouche n'éclate |ioint en des murmures, elles y reposent avec bien de Tillusion! Elles écoutent volontiers ce témoi-
Snage de leur conscience, qu elles patientent e la l>onne façon, voyant qu'elles n'aiicordent point à la nature ce oui a coutume de rendre les malades criminels; mais elles ne s'aperçoivent pas que se couvrant de ce beau prétexte, elles se contentent \mr ailleurs en tant do manières que toute leur patience n'en a que le nom ; vous lallez voir.
Qu'il en soit donc ainsi, que ces malades ne laissent pas échapper de leur bouche la moindre niainto ; que cela soit dit de vousmême, Tliéonée ; mais avec cela voyons un I>eu où en est alors le fond de votre disposition; le voici : c'est que si d'autres compatissent à votre mal, vous n'en êtes pas marri , et vous recevez et vous goûluz assez volontiers la compassion qu'ils vous donnent ; vous no vous plaignez pas, mais vous aimez les plaintes qu'ils font de votre mal : et lequel vaut guère mieux, ou que vous vous plaigniez vous-mfimc« ou que vous le fassiez amsi, })ar la bouche d autrui; ils louent encore votre patience et la sainte manière dont vous acceptez la maladie, et c'est ce qui ne vous est pas bien désagréable, faites-y réflexion : de sorte que, de votre part retenant toutes les saillies u une nature impatiente, allez, vous n*ôtes pas ai fâché qu on vous applaudisse et qu en vous plaignant, on fasse ce que vous n'osez fias faire par quelque conscience. Pensez-vous que ce soit là une patience bien pure?
Mais regardez encore, s'il n est f)as vrai que vous |>arlez bien volontiers h tout venant de vos intirmités? Ne faut-il (ms que vous les contiez toutes? Que vous en disiez tous les accidents, la longueur, la pointe, les manières ditférentes? Que vous disiez comment vos nuits se sont |)assées? Que vous en fassiez des redites continuelles? Non, vous ne vous on plaignez *f)as, mais il faut toujours qu'on sache tout ce que vous souffrez. Et vous no voyez |)as que vous faites exercer h ceux <|iii vous entendent* une véritable patience, lorsqu'il souffrent doucement, que vous rebattiez tant de fois une même chose, accordant cela à votre esprit, qui est plus malade d'immortitication que votre corps ne Test de ses maladies : et cela s'appelle souffrir avec une patience parfaite ?
L'adresse de la nature, à qui on refuse ces plaintes, en gagne bien d autres ; mais comme quoi? Je vous le demande, Théonée,
pour toutes ces plaintes que votre bouche retient, ne l'ouvrez-voas {»as, pour dire devant le monde cent paroles de soumission? Le fond en est louable ; qui loserait blftmer? liais n'est-ce pas le, comme prendre pour témoins de votre vertu, ceux qui tous entendent et qui peuvent ainsi juger du grand cœur avec lequel vous recevez la maladie? Retournez bien sur vous-même, et vous trouverez que vous ne vous complaisez pas peu à faire sortir ces sentiments de votre âme; le dirai-je? Comme si tous étiez le panégyriste de votre patience. N'estce pas là un tour bien agnéable de la nature qui se retrouve clans nos belles soumissions, ne l'ayant pu faire dans nos plaintes?
Parmi tout cela, et quelque soumis que vous puissiez dire que vous soyez aux ordres du ciel dans votre maladie, eh I mon Dieu, que ne faites-vous pas pour vous en faire quitte? Dites, y épargnez-vous cent délicatesses? N'accordez-vous pas à votre goût tout ce qui dépend de vous? Est -il de moyen délicieux, recherché et de coût crue vous ne preniez, s'il vous est permis ? îrécoutez-vous (las alors vos sens en tout ce qu'ils peuvent demander, pourvu que tous eu puissiez recevoir quelque douceur? £n voilà bien, en vérité, pour recouvrer sa santé et pour se délivrer d'une maladie à laquelle on témoigne avoir des soumissions si proioudes. Et c'est là, Théonée, votre patience précieuse, qui se doit plutôt nommer une patience délicate et empressée.
Vous me permettrez bien de vous dire, que je comprends assez d'où vient cette délicatesse : c'est que sur ce fondement, que vous vous mortifiez, en ne vous plaignant pas de votre mal, vous jugez que pour les autres mortifications, le temps n en est pas, et qu*ainsi, tout ce que l'appétit et Tinclinat.on peuvent demander, est de justice et de saison; et vous penseriez faire contre toute la lionne conduite et contre la vertu même, si vous vous gêniez en rien qui vous mortifiât le moins.
Je ne sais plus, je vous avoue, oh est la patience dans les maladies si celle-là xi'cs'^^ une illusion manifeste;