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CHAPITRE IV

Les illusions des infirmes , qui prétendent s$ dispenser de toutes tes règles.

Il n'est personne qui soit capable de contester que les malades dans une communauté ne soient dispensés de garder bien des règles ; c'est où le sens commun va tout de grand. C'est pourquoi il serait b'en inutile d'en montrer plus au long la vérité.

!• La raison elle-même, et toute seule, les justifie sans aller nlus loin en chercher d'autres principes et d'autres ] reuves.

2' Leur état seul est une dispense visible par sa simple exposition.

3' Et l'obéissance semble n'exiger point d'eux d'autre régularité que d'être avec douceur et patience dans leur maladie.

Mais autant que cela est véritable, à parler de ceux qui sont malades tout à fait, il Test aussi peu à parler de ceux qui n'ont que quelques infirmités, ou habituelles, ou nar incident. Ceux-ci même n'ont nas une obligation si exacte à toutes les règles , je le confesse; et ils peuvent et ils doivent mémo s'en dispenser selon leurs besoins. Mais voici, Théonée, l'étrange illusion qui en arrive; c'est que d'ordinaire, parmi les infirmes, la plupart se couvrent de quelque infirmité assez légère pour se retirer de toutes les règles , et pour mener une vie que nous pouvons appeler libertine et toute sensuelle. La voilà celte illusion , qui n'est guère reconnue , car il faut avoir quelque haine de son corps , pour en venir à eelte confession. Néanmoins, sans vous haïr bien fort, il me semble qu'il n'est pas si diflîcilc de vous la mettre devant les yeux

Je commence donc par cette'fausse maxime qu'ils ont, que les règles ne sont pas pour les infirmes. Il y en a bien dont ifs ne sont pas capables. Je l'ai déjà accordé; mais ne m'accorderez-vous pas aussi qu'il y en aplu-

SUPPLEMENT AU DICTIONNAmE 0 ASCETISME.

i.iOurs dont robservaiion est compatible avec lus infirmités qui luntéressent point tant la santé ?

l' Il y a des règles d'obéissance. Quoi ! Une personne , pour fttre infirme , est-elle ' exempte d'obéir en des choses que T'obéissance peut accommoder à ses infirmités?

2* Il y a des règles de retenir sa langue, de ne rien dire contre la charité. Me direzvous Ih-dessus qu'un infirme n'en peut pas arrêter le mouvement, et qu'i/ a droit de donner à sa langue toutes les Hbertés ?

3° Il y a des règles de douceur et de patience. Pensez-vous que d*être doux et patient, cela en aigrisse davantage le mal ?

i.** 11 y a des règles de silence. Je vous demande si un infirme ei sera bien plus incommodé pour ne pas duelquefois tant

Imrler, et à des heures indues ? Eh 1 vous e voyez assez , Théonée , c^mme ces sortes de règles s'accommodent trôs-bien avec des infirmes qui les peuvent obrerver fort exactement. Et néanmoins ne sont-ce pas ces lègleSf dont ils se dispensent d'ordinaire, lorsqu'ils se donnent en tout une liberté assez facile de faire leur volonté contre ce que veut l'obéissance ? Lorsqu'ils laissent facilement aller leur langue à se plaindre et à parler de tout ? Lorsqu'ils n'ont que de l'aigreur et de l'impatience pour tout le bien qu'on leur fait? lorsqu'ils ne font que parler indistinctement dans tous les temps et dans tous les lieux, avec les premiers venus, et de toutes choses ? Il y a donc des règles que souffre leur infirmité, et pourtant ils ne laissent pas de s'en dispenser comme vous le venez de voir, ^vec cette persuasion dont ils se flattent, que les règles ne sont pas pour eux. Cette illusion , Théonée , répondez-moi, est-elle supportable?

Mais.je les prends par eux-mêmes pour leur montrer combien ils sont trompés. Pourquoi prétendent-ils d'être dispensés de. la vie régulière ? Parce que, disent-ils, ils n'ont

f)as les forces nécessaires pour en supporter a rigueur. Quelle réponse ? Mais ils en ont bien pour tous les dérèglements qùeie viens de marquer, où ils se laissent aller avec autant de licence que de lâcheté. Mais ils en ont bien pour tant de petites intrigues et tant de remuements, où leur esprit et leur corps en fournissent assez. Et ils n'en trouveront pas pour une seule règle , et encore pour celles qui favoriseraient plutôt leur santé, étant bien gardées, qu'elles ne peuvent y préjudicier. Fut-il jamais de personnes dans l'illusion comme ces demimalades ?

Il nous est facile de la découvrir encore de plus en nlus. D'où pensez-vous que vienne tout ce désordre? Il ne vient que d'une tendresse particulière qu'ils ont pour leur corps. Car à votre avis, que font ces infirmes, ces malades délicats ? Il n'y a point pour eux de soins assez doux «t assez appliqués. Il n'est jamais rien de trop bien pour les conten^.er. Les petites plaintes ne manquent jamais , quoi qu'on leur puisse faire. Ce sont (les empressements, quelquefois m^me in«

quiets, pour avoir tout ce qui est de meilleur. Enfin il n' y a de règle qui tienne et dont ils se mettent en peine , et qu'ils n'immolent pour flatter la délicatesse d'une égère infirmité. A ce coup, les croyez- vous trompés , Théonée ?

Vous le croirez peut-être encore mieux , si j'ajoute quelque chose qui n'est pas moins plausible; et comme quoi? Dites-moi si cène sont pas ces infirmes qui , mettant toute règle sous les pieds, cherchent partout, et aux dépens de tout leur divertissement ? Il n'est rien de trop beau pour leur vue. Ils courent après tout ce qui peut satisfaire doucement leurs sens. Il leur faut incessamment de l'entretien, en un point, que ces infirmes en fatiguent quelquefois ceux qui ont la meilleure tête, qui sont de la meilleure santé et qui ont l'humeur la plus complaisante.

Oh I qu'il faut dire que les règles sont bien plus malades entre leurs mains, que ne sont leurs corps ! C'est ce corps qu'ils devraient immoler aux règles, et ce sont les règles qui sont immolées à leurs corps. Voilà des santés bien précieuses, nuisqu elles coûtent la ruine des règles et cle la religion : c'est où les portent une santé si chère et leur délicatesse pour de légères infirmités. Ne vous laissez pas gagner, mon Théonée, par une pareille illusion, et que vos règles vous soient toujours plus considérables que le soin bas et lâche de votre corps.

Moyens pour éviter les illusions de la ?ie régulière.

Vous pourrez facilement vous défendre d'un si mauvais pas, si vous ne laissez aucun des moyens que j'ai à vous présenter, et si les règles ne vous sont pas ainsi moins à cœur, qu'elles sont ou méprisables ou indifférentes à tous ceux dont nous avons parlé: elles vous le doivent être, Théonée, puisque leur ruine est celle de la religion, et que le nombre de ses destructeurs n'est que trop grand.

1" Si vous n'avez pas des attraits si particuliers pour la vie intérieure, et si la nature même ne vous y favorise pas beaucoup, ne vous en abattez pas comme ceux qui laissent alors tout aller, et qui ne se donnent en rien à eux-mêmes aucune gêne, parce qu*ils ne sont intérieurement retenus par aucun doux charme de la grâce : c'est là très-mal le prendre. Tout au contraire n'étant pas possédé ni lié dans votre fond par la douceur des divines opérations, liez-vous extérieurement par vos règles. Si vous n'êtes pas de ces erands spirituels, soyez de ces grands réguliers. Récompensez par une vie trèsexacte ce (jue vous n'avez pas du cûté des hautes élévations; et ne croyez pas que vous en fassiez guère moins, étant ainsi esclave de vos règles, que si vous Tétiez des opérations les plus liantes de la grÂce. Tout le monde n'est pas appelé à ce profond intérieur et n'en est pas capable, mais tout le monde a vocation et capacité pour les règles.

2" Oh I je vous conjure, si je l'ai pu jamais faire, Théonée, ayez toute l'horreur pour ces complaisances séculières et politique*, •

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LIlS ILLUdlOMS D£ LA VIE SPIRITUELLE.

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qoi font qu'on u*a ni considération, ni respect pour des règles, afin de ne pas déplaire au monde. Ne rougissez jamais de faire votre devoir ; ayez plutôt honte d'en avoir rougi tant de fois, et réparez par votre assurance et par votre fermeté, les lâches prévarications que vous y avez apportées. Quoi 1 seriez-vous la victime de je ne sais qui, pour ne lui être pas désagréable? Et pourquoi ne lui jetterez-vous pas plutôt la honte sur le front, par une sainte liberté à garder vos règles, que d'appréhender de la recevoir par une politique pernicieuse à votre conscience?

3* Persuadez-vous bien qu'une légère faute devient extraordinairement griève , quand elle e^st affectée ; et pensez que c'est la justement ce qui se fait, lorsqu'on passe froidement par-dessus une règle, soit que la chose se fasse par auelque respect humain, soit qu'elle vienne ae négligence ou de méprLs. C'est pourquoi regardez une rupture de rèçle faite avec vue, comme ce qui est capaole de vous attirer tous les abandons et toutes les malédictions de Dieu.

4* Au contraire, ayez aussi celte persuasion, et vous ne v«)us y tromperez pas, que des règles bien gardées sont la semence et Je fona de la perfection la plus élevée. C'est qu'une personne, qui extérieurement sait bien s'assujettir h ses règles, a beaucoup plus de disposition de Tétre intérieurement à la grâce : elle fait au dehors ce qui dépend d'elle absolument, et la pâce achève au dedans avec un doux empire, ce qui n en dépend pas si précisément.

5* De ce que je viens de dire, inférez-en rette conséquence, que vous devez infiniment plus estimer une vie régulière, que tout ce que vous pourriez faire d'actions les plus saintes, par le choix de votre propre -volonté. Oui, Théonée, soyez de vous-même dans tous les exercices de piété, dans l'oraison, dans les communions, dans les plus dures pénitences et dans tout ce qui vous plaira a'actions, qui font le plus à la sainteté.

et dites qu'une vie régulière vaut plus que tout cela, et renvoyez bien comme des illuminés tous ceux qui en jugent et qui en parlent autrement.

6' Si les règles bien gardées vous sont un grand avantage pour la perfection, sachez que ce sont encore elles qui vous y disposent plus que toute autre chose, par la mort do vous-même; car l'expérience fait voir qu'il n'est rien qui soit dur à la nature pour la dompter, comme le sont les règles, en ce qu'elles ne donnent jamais de relâche et qu*elles ne laissent pas un moment de liberté.

7" Mais voici le grand avis que je pense vous devoir être le plus fortement inculqué. Soyez déterminé sans y recevoir jamais le moindre doute, à ne laisser jamais une seule de vos règles, quelque raisonnement que vous puisse présenter votre esprit, et quel-

Jue considération des créatures qui puisse tre ; si ce n'est dans ces trois incidents ou 3ue l'obéissance vous en fasse le comiuanement, ou que la pure nécessité vous y oblige, ou que la charité le demande ainsi de vous. Avec ces conditions, la dispense de vos règles est légitime et vertueuse, et sans elles vous n'en pouvez être que le prévaricateur.

8* Je vous exhorte, autant qu'il m'est possible, quelque infirmité que vous puissiez avoir, à garder toujours quelques régies de celles qui ne peuvent pas empêcher le rétablissement de votre santé ; par ce moyen vous ferez que votre esprit ne suivra pas la mauvaise disposition de votre corps, mais

au'il s'attirera par là des grâces qui le fortieront, tandis que le corps sera dans ses faiblesses; car autrement savez-vous bien ce qui a coutume d'en arriver? C'est qu'à me-» sure que ie corps se rétablit et reprend sa santé, par des soins trop tendres et par des délicatesses trop déréglées, l'esprit de son côté en devient lui-même plus malade, sans qu'on pense à chercher aucun remède pour sa guérison.

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