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ILLUSION PREMIÈRE

Plusieurs ne veulent point absolument d'au^ tre règle dans V oraison que le Saint-Esprit.

Ne direz-vous pas, Théonée, qu'on ne peut former un dessein plus juste .et plus saint que celui-là? Et n est-on [ws obligé d'avouer que l'oraison ne peut être plus dignement conduite et animée.

1" Vous me direz, et je le dirai aussi avec vous, aue la grande maxime, qui se donne pour l'oraison, est de mourir peu à peu à toutes ses opérations intérieures, et que c'est où doit aller toute l'industrie d'un directeur et la docilité d'un pénitent.

2" Que ce travail de l'un et de l'autre n'est pas seulement pour opérer dans Tâme une divine mort , mais que c'est afin que son oraison ne soit uniquement inspirée que de cet Esprit-Sainti

3* Que l'oraison n'est bonne qu'autant qu'elle est animée de ce divin soufile, et qu'elle n'est sûre qu'autant qu'elle en a la conduite.

fc* Que ce serait, être bien égaré de s'y engager par le mouvement de son propre esprit? Quoi? que ne peut-on pas dire làdessus, pour montrer que nos oraisons ne doivent point avoir diautre règle que le pur mouvement du Saint-Esprit.

Je le sais bien, Théonée, que voilà le plus beau jour ({ui se puisse donner à cette illusion. Et, de fait, il en est tant aujourd'hui qui rejettent toutes les règles oui se donnent pour l'oraison; on les appelle des amusements ou des retardements de ce divin exercice; des inventions de l'homme, des empêchements à la grâce ; et là-dessus on prétend que pour y bien réussir, il ne faul

£oint prendre d'autre règle que celle de s'aandonner simplement au Saint-Esprit par un dépouillement total de toutes les opérations de l'âme.

Ehl que dit-on là, Théonée? Mon Dieu, que de façons 1 On ne doute pas qu'il ne soit à désirer que le Saint-Esprit seul fas.^e oraison dans nous, et que ce ne soit la fin à laquelle il faut tâcher de parvenir par la pureté de nos âmes; mais que tout aussitôt, et toujours, il faille ne se donner point d autre règle d'oraison que la pure motion du divin Esprit. Ahl je vous le confesse, que cette illusion mérite les indignations les plus justes.

Je ne vous dirai pas que c'est tenter Dieu d'une manière qui en rend la personne tout à fait indigne; car j'en ai déjà dit mes pensées au commencement du second tome des Maximes spirituellesy a^^ant montré les inconvénients et les misères qui ont coutume d'en arriver; je vous y renvoie , si vous voulez vous en donner la peine.

Mais je vous dirai bien que c'est la superbe, la plus haute et la plus déliée, de ne vouloir aucune rèçle d'oraison q»je la simple opération de l'Esprit divin. Oh ! c'est que les voies communes, de matière préparée, de points réglés, de sujets qui fixent et qui arrêtent Tesprit, sont bien au-dessous de ces personnes qui fuient la dépendance et la conduite. Elles ne veulent pas s'humilier jusque-là : il faut pourtant labourer et creuser dans le champ de celte conscience pour y trouver le trésor de l'oraison, et elles ne veulent pas se donner ce travail, parce que cette manière d'occupation semble trop basse à leur vanité.

Mais aussi elles en sont souvent très-bien punies; car comme elles sont toujours attendantes, par le refus qu'elles font de se donner aucune règle d'oraison. Dieu permet qu'elles prennent de certaines pensées naturelles , qui leur tombent dans 1 esprit , pour des inspirations de celui de Dlettj

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qu'elles s\v attachent à heurtement; qu*elles s y complaisent et qu'elles s'en idolâtrent , et qu'elles se flattent, qu'elles pâtissent les choses divines, lors même qu'elles n'ont qu'une opération grossière et terrestre,

Elles leraieut bien mieux de s'humilier dans l'oraison, par l'usage des règles qui y sont ordinaires; car c'est là pour arriver justement où elles prétendent arriver. Elles n'aspirent au 'à se voir uniquement sous Toraison de rEsprit divin pendant Toraison, et elles ne considèrent pas que rien ne l'attire et ne le fait descendre comme Thumiliation de l'âme, qui se juge indigne de laire plus que de se servir des règles communes ; car cet Esprit-Saint, voyant son abaissement et le soin qu'elle se donne, il l'en décharge souvent pour faire tout en elle par la suavité de ses opérations

Mais en rejetant ainsi toutes ces règles de l'oraison, si judicieuses et si bien sensées^ pour s'abandonner, disent-elles, à la seule règle du Saint-Esprit, où vont-elles ordinairement? Il se trouve qu'elles s'abandonnent plutôt à l'esprit de ténèbres, ne sachant plus où elles en sont. C'est qu'elles n'ont pas l'esprit de discernement, qui ne se fait bien que par les justes règles de la raison, accompagnées ae la grâce; et, comme elles renoncent à foute règle, il leur est inévitable de se perdre dans les ténèbres par de grands égarements.

N est - ce pas encore par là qu'elles se rendent capables de toutes les suggestions du démon ? car, comme au temps de Toraison, elles sont toujours en attente de quelque motion extraordinaire; quelque im- Îiression qui leur soit faite pour lors, elles a reçoivent aveuglément, comme ne doutant pas qu'elle soit de l'Esprit de Dieu; ce qui donne lieu au démon de contrefaire en elles tout ce qui lui plaît, parce qu'il est toujours bien reçu de ces esprits qui n'attendent que des opérations infuses.

Je ne m'étonne pas encore une fois de ces oraisons égarées, parce que c'est une loi <Hablie de Dieu, que pour y être capable de toute l'infusion de son Esprit, et pour en recevoir son unique règle, il s'y faut auparavant disposer par des règles, que tout le bon sens, et la sage conduite ont coutume de présenter : qui veut donc faire le contraire, veut passer témérairement par-dessus ses ordres, et par un faux abandon au Saintï^prit, se retirer de toutes les conduites d'oraison prudentes et avisées, et se faire une sorte d'oraison à sa mode.

Ohl Dieu, Théonée, le concevez-vous, combien ces illuminés ont aujourd'hui un grand cours 7

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