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(le peine dans nos cœurs, que rarement eHe s'y manifeste par quelque nolion, bien qu'elle ne cesse pas d'exister dans la région suprême de l'âme : c'est ce qui arrive quand Je feu du saint amour est en quelque sorte étoulîé, comme sous un amas de cendres par la multitude des péchés véniels. » Or, qii ne s'efforcera pas d'éviter la maladie de l'âme avec autant de soin , avec plus de soin môme que celle du corps?
3* Le péché véniel déplaît à Dieu, notre ami, iiotre père et notre époux le plus cher, en môme temps qu'il contriste le Saint-Esprit. {Ephes. iv, 30.] Nous devons donc éviter par-dessus tout de lui déplaire. 4' Dieu punit très-sévèrement le péché véniel en cette vie et en l'autre. Ainsi , en celte vie, l'incrédulité et le doute de Moïse et d'Aaron ont été punis d'une mort prématurée, avant l'cr.trée dans la terre promise. {Num,^ XX, 12.) Ainsi les soixante-dix mille Bethsaraites ont été jmnis de mort, pour avoir jeté sur 1 arche un regard indiscret. ( IReg.yu 10.) Ainsi sept mille Juifs ont été frappés de la peste, en punition tde la vaine gloire de David, etc. — Dans l'autre vie, le péché véniel est puni par le purgatoire : Le feu mettra à C épreuve l'ouvrage de chacun.... Si l'œuvre de quelqu'un est conêum/e par le feu y il en souffrira la perte: il ne laissera pas néanmoins d'être sauvé, mais comme en passant pur le feu. ( I Cor. m , 13, 15.) Saint Césaire d'Arles dit ( hom. 8 Ad popul.), en parlant de la gravité du péché véniel : « Ce feu du purgatoire sera plus douloureux gue toutes les souffrances qu'on peut ressentir ou imaginer dans ce monde. Et comme il est écrit, en parlant du jour du jugement, qu'un seuljour sera aussi long que des milliers d'années, et que des milliers d'années passeront comme un seul jour , il s'ensuit que personne ne sait s'il restera dans ce feu , plusieurs jours , ou plusieurs muis, ou môme plusieurs années. » Saint Antoine enseigne \l Sum. tit., et c. 5) que le feu du purgatoire est de môme espèce que celui ae 1 enfer ; et qu'il surpasse en activité le feu de ce monde , autant que notre feu véritable surpasse le feu imaginaire. 5" Souvent ce qu'on regarde comme véniel est un péché mortel; aussi tombe-t-on souvent dans le péché mortel, en croyant à tort ûe commettre qu'un péché véniel. Saint Augustin l'atteste en disant : « C'est à Dieu seul, et non pas à l'homme, déjuger si une faute est grave ou légè'^e. » (£ncAtr., c. 78.) Aussi, bien des choses, où nous ne voyons aucun péché, sont des fautes vénielles; et bien des fautes, que nous croyons vénielles, sont mortelles. « Qui croirait, ajoute saint Augustin, que celui qui traite son frère de fou mérite l'enfer, si îa vérité elle-naôme ne l*avaitdit ? » ( Matth. v, 22. ) Il montre encore, en citant VEpitre de saint Paul aux Galates (iv, 10), que c'est un grand péché que d'observer les jours heureux par une vaine 'superstition. Les théologiens eux-mômes ne peuvent distinguer souvent d'une manière ^ion sûre le péché véniel du péché mortel; car
DiCTiOîi.N. d'Ascétisme. II.
Jans tout juçement humain il est facile de reconnaître s'il y a excès ou défaut, mais il est bien difficile *^el souvent impossible de préciser d'une manière certaine jusqu'où l'onjet s'écarte plus ou moins du juste milieu.
6" La multiplicité des péchés véniels dispose au péché mortel: Celui qui méprise les petites choses tombera peu à peu. [Eccli. XIX, 1. ) La matière du péché véniel, d'abord légère, devient facilement plus grave. Les fautes vénielles, par suite d'une délibération imparfaite, tendent vite, sous l'effort de la passion, à une délibération pleine et entière. Les fautes vénielles tournent à la gravité par leur propre poids, surtout quand une mauvaise habitude ai croît les coutumes vicieuses, étouffe les sentiments vertueux qui résistent au péché mortel et nous empoche de recevoir le secours divin, pour éviter ce péché mortel, quand le ménris survient, quand enfin on commet un péché véniel, avec 1 intention de le commettre môme s'il était mortel. ( Voy. Tiédeur.)
Faisons donc tous nos efforts pour éviter le péché mortel, autant qu'il nous est possible avec le secours de la grâce, et détournonsnous nous-mômes de ces fautes légères dont nous ne pouvons être tout à fait exempts. «Est-il rien qui répugne plus à la raison, dit saint François de Sales (/n/rodwc, p. i, c. 23), que de voir une âme génc'reuse prendre plaisir à déi>laire à Dieu, à désirer et à vouloir ce qu'elle sait lui ôtre désagréable et hostile? » Suivons l'avis de saint Augustin (Z,. de decem chordis, cil)- « Ke méprisez pas ces fautes, parce qu'elles sont légères, mais craignez-les, parce qu'elles sont nombreuses.... Ce ne sont pas des botes féroces comme le lion, qui vous déchirent d'un seul coup de dent, mais c'est une nuée de moucherons, dont la multitude donne la mort. Faites donc attention aux fautes légères, parce qu'elles sont légères, et gardez-vous-en soigneusement, à cause de leur grand nombre. » « Il ne faut pas éviter seulement les péchés graves, dit le cardinal Bona {Manuduct ad cœlum, p. i, c. 3), mais aussi les plus légers. Bien qu'ils ne donnent pas la mort, ils détruisent peu à peu les forces et disposent à une maladie mortelle. Quelle différence y a-t-il entre un naufrage où le navire est englouti par une seule vague, et un autre où l'eau, s'introduisant goutte à goutte et méprisée par négligence, finit par emplir le navire et le submerger? Ils sont d'autant plus préjudiciables, qu'ils pouvaient être plus facilement évités. Plus l'ennemi est laible, plus vous aurez de honte à vous laisser vaincre par lui. » Saint Bernard dit de môme ( serm. 1 De conv. S. Pauli) : «Qu'on ne regarde pas comme une faute légère, de commettre de propos délibéré une faute sans gravité. Que personne ne dise en son cœur : ces fautes sont légères; il n'y a pas erand mal à y demeurer et h continuer de les commettre. Car, mes trèschers frères, ce serait de l'impénitence, : ce serait un blasphème contre 1 Esprit-Saint. » ( Voy, Voie illuminative — cnitive. )
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AbCA!<IBS de la YOIE PURGATIYE. — I. LcS,
commençants éprouvent habiluellemei.t plus de dévotion, de tendresse et de lariBCs, que les parfaits ; car la dévotion sensible est comme le char enfantin de la vie spirituelle. Et comme les commençants ne sont que des enfants par rapport à la vie spirituelle, Dieu* a égard àleuriail)lesse et leur accorde gratuitement cette faveur, afin de les renjre plus fermes dans la voie de l'esprit.
II. Les enfants et les femmes, qui sont touchés de dévotion, ont plus de larmes et de tendresse que les hommes, parce qu'ils sont communément d'une nature plus tendre et plus facile à émouvoir. Chez eux, les accès de dévotion sensibles dissolvent plus facilement les humeurs voisines des yeux, si abondantes à cet âge et sur ce sexe, et provoquent ainsi une effusion de larmes. C'est là un [ihénomène purement physique. Mais si on le considère sous son côté surnaturel, le don des larmes est une partie de la dévotion sensible ; et comme les enfants et les femmes ont besoin d'une dévotion sensible iK)ur être affectés , ils reçoivent en môme temps le don de larmes délicieuses.
III. Los commençants, qui éprouvent de la dévotion , ont coutume d'ôtre inconstants dans leurs vertus et leurs résolutions, parce que leurs vertus et leurs bonnes résolutions sont habituellement fondées sur la dévotion sensible, laquelle n'est, la plupart du temps, qu'une grâce actuelle et transitoire; de soi te ç'.ie, si ce fondement vient à manquer, il cause la chute des vertus qu'il soutenait. C'est pourquoi les personnes d'une dévotion excessive ne doivent pas se lier par des vœux.
IV. Les gens sanguins ont ordinairement de la dévotion, une âme généreuse, un caractère complaisant et docile : les tempéraments bilieuxsont d'habitude magnanimes et pénitents, car ces vertus ont beaucoup d'afliiiité avec le tempérament, et s'exercent facilement avec la grâce ; mais personne ne brille d'ordinaire dans une vertu opposée à son tempérament.
V. Les novices ont coutume d'être plus dévots^ plus composés et plus minutieux extérieurement que ceux qui marchent depuis longtemps dans la voie de la perfection ; car le soin de composer son attitude extérieure, quand il ne dégénère pas en affectation, provient fréquemment du caractère, ou bien de la composition extérieure, de la dévotion et de la présence de Dieu. Or, comme les novices fervents ont ces sentiments en abondance, ils ont toujours un extérieur bien composé.Mais l'affectation dans ce cas est une j^ravG imprudence; elle dégénère en excès, et (iovient fastidieuse à tout le monde.
VI. Les novices sont plus faciles à scandaliser, parce qu'ils manquent de sagesse i aussi prennent-ils leur propre conduite pour règle de celle des autres, et sont-ils excessivement étonnés que les autres puissent rire, causer, manger, marcher autrement qu euxmêmes.
VIL 11 arrive souvent de voir des novices, d'un bon caractère et d'une excellente voca-
tion, manquer à cette vocation, soit, !• parce quU y a beaucoup d'appelés^ mais peu d'élus; soit 2* par la faute de maîtres inexpérimentés, qui ne savent jas, dans les choses permises, s'accommoder à leur caractère.
VIII. Des personnes capables et assurément intelligentes ont coutun.e d'être, pendant et ai rès Torai-'^on , assaillies par des tentations déshonnêtes ; car l'aj titude ce l'esprit et la sensualité [;roviennent du mên:e tempéran:ent ; aussi communément les es; rils supérieurs sont poités à ces faiblesses en cette matière; toutefois il faut observer que là où le démon intervient, ce n'est plus affaire exclusive de tempérament.
IX. La sainteté oui fiappe les regards, toute véritable qu'elfe puisse être, est ordinairement dançCieuse, ou du moins suspecte, [ arce qu elle est extérieure plus qu il ne faut, et que lapplaudisfemenC ce la nn 1titude est le poison de Thumilité, ï^ans laquelle il n'est pas de sainteté vér. table.
X. Les personnes spirituelles, de condit'on grossière et d'une lourde intelligence^ ontordinairement moins de sainteté que les hommes de cœur et doués de sagesse et d'urbanité; et cependant elles ie livrent aux mêmes exercices. A la vérité la sainteté ne réside pas dans le plus ou le moins de vivacité d'esprit , mais dans la grâce habituelle et l'exercice des vertus. Cependant ceux qui n'ont pas grande intelligence , guidés jar la faiblesse de leur raisonnement , nratiquent ces vertus d'une manière en quelque sotte lourde et grossière. Ils sont comme les forgerons, à qui leurs fatigues et leurs sueurs ne rapportent pas grand profit. Les personnes spir.tuelles, au contraire, et qui ont 1 /ïme généreuse, ressemblent aux lapidaires, qui, en taillant un diamant, n'ont aucune fatiguo et gagnent cent fois plus. C'est ainsi qu'un saint personnage ," d'un espnt supérieur , aura moins de mal et une récompense beaucoup plus glorieuse.
XL La seule voie pour arriver au salut éternel, c'est de remplir ses obligations et ses devors.
XIL Le sentier le plus court vers la perfection, c'est l'amour divin , enviionné d^ patience et d'humiliation.
XIII. Le vice et le péché sont en quelque sorte le genre et l'espèce : tout péché est un vice, mais tout vice n'est pas un péché. Ainsi les enfants avant Hge cie raison et les insensés ont des vices, mais non pas de péchés, l'arce qu'tls n'ont pas l'usage delà raison ni de la liberté. Le vice est aonc un défaut naturel, et le péché un défaut moral ; car ce dernier f rovient de la volonté libre , jointe à une connaissance suffisante du mal.
XIV. Toute action qui s'écaite des obligations et des convenances de l'état qu'on professe, est une im| erfection. Ainsi, la distraction dans la prière est une imperfection; lever les yeux d'une manière peu modcîrte, lancer un trait mordant et peu charitable, entretenir une conversation oisfuso sans n:otif et sans né- essité , sont autant
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DASCETISME.
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d'imperfections. Si elles sont voluiitaircp, cries constituent des iiécliés véniels ; si elles sont involontaires, elles ne sont fas mat. ère de confession.
XV. La sainteté diffère de la charité en ce que la sainteté est la grâce hat>ituelle donnant une forme à la substance même de Vûme, tandis que la charité est une première jîassion propre émanant de la sainteté comme de son essence. Par la sainteté, Dieu nous aime |)ratiquement, en nousrendantformellement saints. L'acte de charité est la i)lus noble des dispositions qui augmentent la sainteté.
Aphorismes de la voie purgative, ou pour les commençants. — L Les sacrements, les bonnes œuvres et le fréquent recours h la prière, voilà la voie qui mène directement à la perfection.
H. Les flagellations, les cilices et le-? macérations corporelles sont les premières provisions à faire pour entrer dans la vie spirituelle.
IIL Le commençant qui aspire à la perfection sans un maître pour le guider dans l'oraison, est comme un navire sans pilote pour tenir le gouvernail.
IV. Briser souvent sa volonté personnelle cJans les petites choses, c'est bien disposer son âme à de plus grandes faveurs.
V, La mortifKal'on obtient et conserve la dévotion; elle rend fervente môme la prière la plus tiède.
VL La dévotion envers le très-saint Sacrement et envers Marie est la voie et Taliment de ceux qui tendent à la perfection,
VIL Quiconque veut éviter la distraction dans la prière , doit de temps en temps garder le silence et se livrer à des réflexions intérieures.
yiIL L'usage de vêtements pauvres et déchirés est la livrée du Christ sur un cœur religieux'.
l\. La modeslie, la décence, la pénitence et la mortification viennent du cœur de l'homme qui aime véritablement Dieu.
X. Le religieux qui ne fait aucun cas de l'obéissance, montre la fausseté ou la faiblesse de sa perfection.
XL II faut prévoir les points de l'oraison et ne pas omettre la lecture spirituelle, quand on veut bien faire l'oraison mentale.
Xlî. L'homme naturellement chagrin c'.
d'un (ara\,tèrc difficile, avance plus p^r la pénilon; e que i ar la contemplation.
Xlil. Celui qui veut reievoir du ciel des grâces s| éciales, do«t rejeter les jouissances superflues, les amitiés particulières.
XIV. Quiconque veut avec persévérance acquérir la perfection, doit, avec l'autorisaton de son directeur, fréquenter la sainte table.
XV. Vouloir pratiquer la chasteté et traiter son corps avec trop de complaisance, c'est vouloir unir la clarté aux ténèbres.
XVL Ce serait un miracle que de pouvoir réunir les délices de lesi rit et celles de la chair.
XVIL L'homme imparfait trouve dans ses fautes un motif de découragement; l'homme parfait y trouve unmotifdecontritionctd'humilité.
XVIIL Un homme adonné aux plaisirs el à la gourmandise doit rougir de se dire ami de la perfection et de la ) énitence.
XIX. Celui qui veut se livrer à Toraison doit s'attacher d'abord à se taire et à ne pas s'adonner aux plaisirs.
XX. Quand nous faisons la lecture spirituelle, c'est Dieu qui nous jarle; quand nous faisons l'oraiscn, c'est nous-mêmes qui parlons à Dieu.
XXL Celui^qui veut agir largement avec Dieu , doit n'açir que rarement avec Jes hommes, et seulement quand il y est forcé.
XXIL La tendresse du cœur est le bâton des faibles; mais pour un homme spirituel, c'est la lumière spirituelle qui est son appui et toute sa force.
XXIII. Celui qui veut surmonter la sécheresse, doit souvent produire des actes de pénitence.
XXIV. Une certaine affectation extérieure ne dénote pas Thommo intérieur; un soin trop recherché du corps est opposé à la modestie religieuse.
XXV. Bien -qu'on soit intérieurement spirituel, on ne doit pas moins, à Texlérieur, agir comme les autres hommes , dans les choses permises.
^ XXVI. 11 se trompe grossièrement celui qui regarde l'absence de la i)ropreté et le mé;Tis des convenances comme une marque de sainteté.
OUAGLLX (Jean-Genès), Franciscain, né dans l'État de Parme, et nommé aussi quelrpiefois, à cause de cela, FrtreJran deParmc^ vivait au xiii* siècle, selon l'historiographe VVadding; car le P. Aflb, Ré.^.ollct, le fait vivre aux xiv* et xv' siè. les. 11 fut ministre général de son ordre, et mourut h Camérino en 1289. On a de lui : i" Ve convcrsaîione religiosoram iibri duo; — 2* De bencflciis Creaioris; — 3" Sacrum comnicrciiim sancd
Francisci cum domina paupertate ; — 4* Officiuin passionîs Christt.
QUARHÉ (Jacqies-Hugles), docteur de Sorbonne, ne à Poligny, eti Franche-Comté, vers 1596, entra dans TOraloire en 1618. Ses sermons, ses ouvrages et ^cs vertus lui a.'quircnt une grande réputation. 11 niouiut en 1656, laissant plusieurs écrits qui respirent une ]néii douce cl tendre. Les princi!)aux sont : V La Me de la bienheureuse
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mire AngiUf première fondatrice de$ mères de Sainte-Ursule, tn-12; — 2' Traité de la pénitence chrétienne, in-12 ; — 3" Trésor spirituel, contenant les excellences du christianisme et les adresses pour arriver à la perfeclion chrétienne par les voies de la grâce et d'un entier abandonnement à la conduite de Jésus-Christ, in-8" (six éditions); — k'' Direction spirituelle pour les âmes qui veulent se renouveler en la piété, avec des méditations, in-S".
QUENTAL (Barthélémy du), né dans l'îl6 de Saint-Michel, Tune des Açores, en 1626, donna dès son enfance des maraues d'une rare piété. Devenu confesseur de la chapelle du roi de Portugal, et l'un de ses prédicateurs ordinaires, il profita de son crédit pour fonder la congrégation de l'Oratoire en Portugal, l'an 1668. Il refusa l'évôché de Lamego, et mourut saintement en 1698. Le Pape Clément XI lui donna le titre de vénérable. On a de lui, outre des Sermons en portugais, remplis d'onction , des Méditations sur les mystères.
QUEUX (Claude le), chapelain de Saint- Yves à Paris, mort en 1768, s'est fait connaître par des Traductions de plusieurs Traités de saint Augustin et de saint Prosper, sur la grâce et sur le petit nombre des élus. Il a, on outre, compose : 1" Les dignes Fruits de pénitence, 1742, in-t2 ; — 2" le Chrétien fidèle à sa vocation, VîkS, in-12 ; — 3" i.c Verbe incarné, 1759, in-12 ; — i'* Tableau d'un vrai Chrétien, 17W, in-12.
QUIÉTISME. — Doctrine de quelques théologiens mystiques, dont le principe fondamental est qu'il faut s'anéantir soi-même pour s'unir à Dieu; que la perfection de l'amour pour Dieu consiste à se tenir dans un état de contemplation passive, sans faire aucune réflexion ni aucun usage des facultés de notre âme, et à regarder comme indifférent tout ce qui peut nous arriver dans cet état. Us nomment quiétude ce repos absolu, de là leur est venu le nom de qmétistes.
On peut trouver le berceau du quiétisme dans l'oriffénisme spirituel qui se répandit au IV' siècle, et dont les sectateurs, selon le témoignage de saint Epiphane, étaient irrépréhensibles du côté des mœurs. Evagre, diacre de Constantinople , confiné dans un désert et livré à la contemplation, publia, au rapport de saint Jérôme, un livre de Maximes, dans lequel il prétendait ôter à l'homme tout sentiment des passions; cela ressemble beaucoup à la prétention des quiétistes.
Dans le xV et le xiv* siècle, les hésychas* tes, autre espèce de autV/t^^es chez les Grecs, renouvelèrent la même illusion, et donnèrent dans les visions les plus folles ; on ne les accuse point d'y avoir mêlé du libertinage. ( Yoy. HÉsTGHASTEs. ) Sur la fin du XIII*, et au commencement du xiv* siècle, les béguards enseignèrent que les prétendus
Îmrfaits n'avaient plus besoin de prier, de aire de bonnes œuvres, d'accomplir aucune loi, et qu'ils pouvaient, sans offenser Dieu, accorder à leur corps tout ce qu'il demandait. {Jo^x SfiGUAups.) Voilà donc deux es-
pèces de quiétisme, l'un spirituel et l'autre très-grossier.
Le premier fut renouvelé il y a un siècle, ar Michel Molinos, prêtre espagnol, né dans e diocèse de Saragosse en 1627, et qui s'acquit à Rome beaucoup de considération par la pureté de ses mœurs, par sa piété, par son talent de diriger les consciences. L'an 1675, il publia un livre inlitulé Le guide spirituel^ qui eut d'abord l'approbation de plusieurs personnages distingués, et qui a été traduit en plusieurs langues. La doctrine que Molinos y établissait peut se réduire à trois chefs : 1" La contemplation parfaite est un état dans lequel l'âme ne raisonne pas ; elle ne réfléchit ni sur Dieu , ni sur elle-même ; mais elle reçoit passivement l'impression de la lumière céleste, sans exercer aucun acte , et dans une inaction entière. 2- Dans cet étal, l'âme ne désire rien, pas même son propre salut, elle ne craint rien, pas même i enier. 3" Alors l'usage des sacrements et la pratique des bonnes œuvres deviennent indifférents; les représentations et les impressions les plus criminelles qui arrivent dans la partie sensitive de l'âme, ne sont pas des péchés.
11 est aisé de voir combien cette doctrine est absurde et pernicieuse. Puisque Dieu nous ordonne de faire des actes de foi, d'espérance, d'adoration, d'humilité, de reconnaissance , etc. C'est une absurdité et une impiété de faire consister la perfection de la contemplation dans l'abstinence de ces actes. Dieu nous a créés pour être actifs et non passifs ; pour pratiquer le bien et non le r.ontempler; un état purement passif est un état d'imbécillité ou cle syncoije ; c'est une maladie et non une perfection. Dieu peut-il nous dispenser de désirer notre salut et de craindre l'enfer? 11 a promis le ciel à ceux qui font de saintes actions, et non à ceux qui ont des rêves sublimes. 11 nous ordonne à tous de lui demander l'avènement de son royaume et d'être délivré du mal ; il n'est donc jamais permis de renoncer à ces deux sentiments, ^ous prétexte de soumission à la volonté de Dieu. Puisque les sacrements sont le canal des grâces et un don de la bonté de Jésus-Christ, c'est manquer de reconnaissance envers ce divin Sauveur de les regarder comme indifférents. Il dit : Si vous ne mangez la chair du Fils de Vhomme, et ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. De quel droit un prétendu contemplatif {leut- 11 regarder la participation à l'Eucharistie comme indifférente?
Lorsque Molinos ajoute que, dans l'état de contemplation et de quiétude, les rej)résentations, les impressions, les mouvements des passions les plus criminelles qui arrivent dans la partie sensitive de l'âme ne sont pas des péchés, il ouvre la porte aux plus affreux dérèglements; et il n'a eu que trop de disciples qui ont suivi les conséquences de cette doctrine perverse. Une âme, qui se laisse dominer par les affections de la partie sensitive, est certainement coupable ; il lui est toujours libre d'y résister, et saint Paul l'ordonne expressément.
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Âusâ4, après unsédeuiexamen^îa doctrine de Molinos fut condamnée par le Pape Innocent XI, en 1687; ses livres intitulés' La conduite spirituelle ou Le guide spirituel et Y Oraison de quiétude^ furent brûlés publiquement ; Mdinos fut obligé d'abiurer ses erreurs en présence d'une assemblée de cardinaux, ensuite condamné à une prison perpétuelle, où il mourut en 1689. Mais, en censurant sa doctrine, le Pape rendit témoignage de rinnocence de ses mœurs et de sa conduite.
L*événement a prouvé que Ton n'a pas eu tort de craindre les conséquences du mo/tnosismej puisque plusieurs de ses partisans eu ont abusé pour se livrer au libertinage , et ont été punis par l'inquisition. Mais ils ne faut pas confondre ce quiétisme grossier et libertin avec celui des faux mystiques ou faux s[)irituels, qui ont adopté les erreurs de Molinos sans en suivre les pernicieuses conséquences.
Il s est trouvé en France des quiétistes de cette seconde espèce; et parmi ceux-ci une ferame nommée Bouvier de La Motte, née à Montargis en 16^8, veuve du sieur Guy on, fils d'un entrepreneur du canal de Bnare, s'est rendue célèbre. Elle avait pour directeur un Père Lacombe, Barnabite, du pays de Genève. Elle se retira d'abord avec lui dans le diocèse d'Annecy, et elle s'y acquit beaucoup de réputation par sa piété et par ses aumônes. Mais, comme elle voulut faire des conférences, et répandre les sentiments qu'elle avait puisés dans les livres de Molinos ou de quelqu'un de ses disciples, elle fut chassé de ce diocèse par l'évoque, avec son directeur. Us eurent le môme sort à Grenoble, où madame Guyon réi)andit deux petits livres à sa façon, lun intitulé le Moyen court^VsLXxive les Torrents. Us vinrent à Paris en 1687, ils y firent du bruit et y trouvèrent des partisans. M. deHarlay, alors archevêque, obtint un ordre du roi pour ùire enfermer le Père Lacombe et mettre madame Guyon dans un couvent. Celle-ci, ayant été élargie par la protectionde madame de Maintenon, s'introduisit à Saint-Cyr; elle y suivit les conférences de piété que faisait dans cette maison le célèbre abbé de Fénelon, précepteur des enfants de France,, et elle lui inspira de l'estime et de l'amitié par sa dévotion.
Dans la crainte de se tromper sur les principes de cette femme, il lui conseilla de se mettre sous la conduite de M. Bossuet et de lui donner ses écrits à examiner; elle obéit. Bossuet jugea ses écrits répréhensibles. Féiielon ne pensa pas de même. Celui-ci, nommé àrarcnevôché de Cambrai, en 1695, eut, à Issy, près de Paris, plusieurs conférences h ce sujet avec Bossuet,. le cardinal de Noailles et 1 abbé Tronson, supérieup du séminaire de Saint-Sulpice. Après de fréquentes disputes, Fénelon publia, en 1697, son livre des MctQcimes des saints^ touchant la vie spirituelle ou contemplative, dans lequel il crut rectifier tout ce que l'on reprochait à madame Guyon, et distinguer nettement la doc-
trine orthodoxe des mystiques d*âvec les erreurs. Ce livre augmenta le bruit au lieu de le calmer.
Enfin les deux prélats soumirent leurs écrits à l'examen et à la décision du Pape Innocent XII, et Louis XIV écrivit lui -môme à ce Pontife pour le presser de prononcer. La congrégation du Saint-Ofiice nomma sept consulteurs ou théologiens pour examiner ces divers ouvrages. Après trente-sept conférences, le Pape censura, le 12 mars 1699, vingt-trois propositions tirées du livre des Maximes des saints , comme respectivement téméraires, pernicieuses dans la pratique, et erronées, aucune ne fut qualifiée comme hérétique.
L'archevêque de Cambrai tira de sa condamnation même un triomphe plus beau que celui de son adversaire ; il se soumit à la censure sans restriction et sans réserve , il monta en chaire à Cambrai, pour condamner son propre livre ; il empêcha ses amis de le défendre, et il publia une instruction pastorale pour attester ses sentiments à tous ses diocésains. Il assembla les évoques de sa province, et il souscrivit avec eux t l'acceptation pure et simple du bref d'Innocent XII, et à la condamnation des propositions. Il fit faire pour la cathédrale un soleil magnifique pour les expositions et processions du Samt- Sacrement ; des rayons de ce soleil partent des foudres qui frappent des livres posés sur le pied, dont l'un est intitulé Maximes des saints. Ainsi finit la dispute. Madame Guyon, renfermée à la Bastille, en sortit cette raônie année, 1699, et sfe retira à Blois, ou elle mourut en i717 dans les sentiments d'une tendre dévotion.— Pendant que toutes
paix ae l'Egli la vaine gloire et aux délicatesses de l'amourpropre, des esprits mal faits ont tâché de persuader que ce grand homme avait agi par pure politique et par la crainte de s'attirer des affaires ; gue sa soumission n'avait pas été sincère. Mosheim a osé dire : « On con- *ï vient généralement que Fénelon persista « jus(iu^ la mort dans les sentiments qu'il « avait abjurés et condamnés publiquement <t par respect pour l'ordre du Pape. » {Hist. ecclés.^ TLYiV siècle, sect. n, i" part., c. 1, 5. 51.) N'en soyons pas surpris : un hérétique infatué de ses propres lumières, et opiniâtrement révolté contre Tautorité de l'Eglise, ne se persuadera jamais qu'un esprit droit peut recbnnattre sincèrement qu'il s'est trompé ; que s'il n'a pas mal pensé, il s'est du moins mal exprimé. Mais dans toute la vie de l'archevêque de Cambrai trouve-t-on
auelque signe d'un caractère hypocrite et issimulé ? Connalt-on- quelqu'un qui ait montré plus de candeur? Pendant les seize années qui se sont écoulées depuis la condamnation de Fénelon jusqu'à sa mort, a-t-il donné quelque marque d'attachement aux opinions que le Pape avait censurées dans son livre ? Personne n'a soutenu avec plus de force l'autorité de l'Eglise et la nécessité