‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 45 sur 315 · RAN · texte numérisé non relu

RAN

REC

idS

d'y être soumis ; il n'a donc fait que conûrmer ses principes par sa propre conduite.

D'ailleurs la question agitée entre Fénelon elBossuet était assez délicate et assez sul>tile, pour que tous deux pussent s'y tromper. 11 s'agissait de savoir s'il peut y avoir un amour de Dieu pur, désintéressé, dégagé de tout retour sur soi-mômo. Or, il paraît certain que, du moins pcnlant quelque moments, une ûme qui médite sur les perfections de Dieu peut les aimer sans faire attention h sa qualité de bienfaiteur et de rémunérateur; qu'elle peut aimer la bonté de Dieu envers toutes les créatures sans penser aduellement

qu'elle-même est l'objet de cette bonté souveraine. Si Bossuet a nié que cet acte soit possible, comme on l'accuse, il avait tort. Mais ce n'est là qu'une abstraction passagère : soutenir que ce peut-être l'état habituel d'une âme, et que c'est un état de perfcrtion; qu'elle ()eut, sans être coupable, y»ousser le désintéressement jusqu'à ne }»lus désirer son snlut, et ne plus craindre la damnation, voiKi l'excès condamné dans les quiétistes, excès duquel s'ensuivent une foule d'autres erreurs. {Voy, Amour de Dieu, Guyon, Fénelon, MoLiNOs Maximes des êainis.)

RABAN-MAUR (Macnence), naquit à Fulde, en 788, de la meilleure noblesse du

t)a.vs. Il fut instruit dans le monastère de •"ulde, et vint achever ses études à Tours sous le célèl>re Alcuin. De retour à Fulde, il en fut élu abbé, et réconcilia Louis le Débonnaire avec ses enfants. Devenu archevêque de Mavence, en 8W, il fit paraître beaucoup de zèle et de charité dans le gouvernement de son église. Après avoir examiné la doctrine de Gotteschalk dans un concile qu'il tint à Mayence en 8i8, il la condamna et envoya Gottoschalk àHincmar, archevêque de Reims, dans le diocèse duquel il avait été ordonné. On sait que Gotteschalk fut enfermé et mourut dans l'abbaye d'Hautvillors. Raban mourut à Winsel, en 856. On « de lui de nombreux ouvrages recueillis en 6 vol. in-fol., Cologne, 1627. On v trouve les Jivres ascétiques suivants : 1** Traité de f Institution des clercs et d^s offices divins ; — 2* Livre sur la vue de Dieu , la pureté du cœur et la r.mnière de faire pénitence; — 3" Traités des ordres sacrés j d^s sacrements et des habits sac&dotaux; — k"* Traité de la discipline ecclésiastique; >— b"" Pénitentiel; — 6' Traité des vices et des vertus, RANGÉ (Don Armand-Jean Le Bouthil- UER de), né à Paris en 1626, devint chanoine de Paris, et obtint plusieurs abbaves. 11 fut reçu docteur de Sorbonne en 1654.. Après le cours de ses études fini, il entra dans le monde et s'y livra à toutes ses passions, et surtout à celle de l'amour. Mais la grâce toucha ce nouveau i-rodigue, qui renonça au monde où il avait ♦•'Pivé la corruption, pour s'enfermer dans l'abbaye delaTraime , oix il fit profession, en 1 66'* , et oii il introduisit une rélorme complète. Ce pieux réformateur, après une vie d'austérité etdc pénitence, mourut le 26 octobre 17G0. Il expira cou^hésur la cendre et sur la paille, en |)rébence de l'évèquede Sèez et de toute sa communauté. L'abbé de Rau'é possédait de grandes qualités, un zèle ardent, une piété éclairée, une facilité extrême à s'énon'^er et à écrire. On a de lui : !• Vue traductinp française des œuvres attribuées à saint Dorothée;— 2' Erp'ication

sur la règle de saint Benoit, in-12 ; — 3* Abrégé des obligations des Chrétiens ; — 4-" RéRexiom morales sur les quatre Evangiles ; 4- vol. in-12, et des Conférences sur le môme sujet, aussi en k vol.; — 5" Instructions et Maximes^ in-12;

— G'* Conduite chrétienne y in-12; — 7* De la sainteté des devoirs de la vie monastique ; — 8° Lettres spirituelles; 2 vol. in-12; — 9" les Constitutions et les Règlements de l'abbaye de la Trappe, 1701, 2 vol. in-12, etc.

RAPIN (René), Jésuite, auteur du Poème des Jardins , naquit à Toulouse en 1621 , et se distingua par son talent pour la poésie latine. Il mourut à Paris en 1687, laissant, outre plusieurs ouvrages de littérature, quelques livres de piété, entre autres : l" La Perfection du christianisme ; — 2" L Importance du salut ; — 3" La Me des prédestinés, etc.

RASPONI (Félice), dame italienne, célèbre par son savoir, sa piété et sa naissance, naquit à Ravenne en 1523. Elle apprit la langue latine, la philosophie, étudia l'EfTiture et les Pères, et s-utinl des thèses publiques avec les plus savants hommes de son époque. Voulant fuir tous les apjâts des grandeurs et les hommages que sa rare beauté lui attirait, elle se retira chez les Bénédictines dans le couvent de Saint-André, et y fit profesion. Elle y mourut en 1579, après avoir mené une vie exemplaire. On a d'elle : 1** De la connaissance de Dieu, Bologne, 1670, en italien;

— 2" Dialogue sur V excellence de la vie monastique et de plusieurs de ses exercices , Bologne, 1672.

^ RÉCHABITES. — Les réchabites étaient des Juifs qui menaient un genre de vie différent de celui des autres Israélites, et formaient une espèce de secte à part. Us étaient ainsi nommes de Réchab, père de Jonadab, leur instituteur. Celui-ci leur avait ordonné trois choses : *de ne boire jamais de vin ni aucune liqueur capable d'enivrer, de ne }ioint bâtir de maisons, mais de vivre à la campagne sous des tentes ; de ne semer ni blé, ni autres grains, et de ne pas planter de vignes. Les réchabites oî)servaient ce règlement à la lettre ; Jérémie leur rend ce témoignage, ch. Mil, V. 6. — Ce 2cnre de xie

REG

OASGETISME.

RCC

D^avait rien jj 'extraordinaire dans la Palestine et son voisinage; c'avait été celui des patriarches, c'était en général celui des Madianites, d*où descendaient les réchabites; c*est encore celui des Arahes séénites, ou errants et pasteurs, qui habitent les bords de la mer Morte, anrionne demeure des Madianîtes. — Comme les réchabites étaient parmi les Juifs, en qualité d'anciens alliés, et presque naturalises , on croit qu'ils servaient dans le temple, qu'ils en étaient les ministres inférieurs, sous les onlres des

f)rêtres. Nous lisons dans les Paralipomênesy iv. II, ch. XI, ^. 5, qu'ils faisaient l'office de chantres dans la maison du Seigneur, qu'ils étaient cinéens d'origine, descendants de Jethro, beau-père de Moïse, y^ar Jonadal), leur chef, et, selon quelques-uns, celui-ci vivait sous Jons, roi de JuJa, contemporain de Jéhu, roi d'Israël.

Saint Jérôme, dans sa Lettre à Pauline^ appelle ]es réchabites des moines: nous no voyons pas en quel sens, puisqu'ils étaient mariés. Quelques auteurs les ont confondus avec lesassidéens et les esséniens; mais ces derniers cultivaient la terre, habitaient des maisons et v gardaient le célibat, trois choses opposées à1a conduite des réchabites. Ceuxci subsistèrent dans la Judée jusqu'à la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor ; mais il n'en est plus fait aucune mention dans l'histoire, pendant la captivité de Babylone, ni depuis le retour. {Dissert, de D. Calmet sur les réchabites^ Bibl. d'Avign., t. X, p. 46.)

RECUEILLEMENT. — Le recueillement consiste en trois choses : l'union des forces de l'âme , l'attention à Dieu et la solide occupation du cœur. Quant à 1 union des forces de l'âme, il faut savoir que l'homme a un penchant dominant à se répandre au dehors sur les objets qui l'environnent, à s'y arrêter et à s'en occuper. Cet épanchement de l'âme partage ses facultés et atlaiblit les forces intérieures ; de Ih vient cette funeste facilité à nous laisser charmer par le faux attrait des créatures, à obéir à nos passions et à succomber aux tentations et aux attaques que nous livrent les ennemis du salut. La grâce, pour combattre ce penchant de la nature, inspire à un homme de retirer du dehors ses puissances qui s'égarent, alin qu'unies ensemble, elles puissent considérer les objets éternels et s'en bien pénétrer, ce qui demande toutes les forces intérieures. La facilité qu'on acquiert à rappeler dans l'intérieur les puissances cle l'âme s'appelle recueillement.

Voici la pratique de ce recueillement : Supposons une femme mondaine qui ne trouve de repos et de contentement que dans les compagnies brillantes, les conversations agréables et la magnificence des meubles et des parures. Si Dieu la touche du désir de se donner à lui, elle commence par renoncer à ces frivolités et à se faire violence pour ne plus aller aux spectacles et ne plus paraître dans les assemblées de jeu et dans les visites mondaines; elle ne pensera môme pas h ces vains divertisseaients. Par là elle iégagero

les puissances de son âme, esclave de Texterieur, et les unira au dedans pour les appliquer aux objets de son salut.

L attention, qui est comme la deuxième partie du recueillement, doit avoir deux objets : le premier, c'est Dieu ; on doit s'étudier h y penser continuellement, et se représenter les choses qui en entretiennent le souvenir, iusqu'à ce que l'habitude soit formée, et que la pensée de Dieu soit devenue familière. Le second obiet de l'attention, c'est nous-mêmes ; il faut veiller continuellement sur son intérieur, pour |)rendre garde qu'il ne se dérange, qu'aucun obiet du dehors n'y jette la dissipation , qu aucune passion ne s'y glisse, qu'aucune attache ne s'y forme , qu'il n'échappe aucun sentiment déréglé, aucune légèreté, aucune précipitation, rien qui

f misse souiller la pureté du cœur ou troubler a paix que l'âme goûte dans la douce pensée de Dieu. Toute personne qui a cette attention à Dieu et sur elle-même est véritablement recueillie.

La troisième chose que demande le recueillement, c'est de donner au cœur une occupation solide, capable de le fixer et propre à lui servir de nourriture. Comme les différents objets qui se présentent à l'esprit donnent occasion à ses pensées, ce sont les pensées de l'esprit qui fournissent au cœur le sujet de ses affections. Les objets vains ne peuvent produire que vanité; les objets qui regardent Dieu et son service, sont une nourriture solide qui remplit l'âme de saintes affections. Il faut donc, pour acquérir l'habitude du recueillement, faire en sorte que le cœur ne s'occupe jamais des objets du monde, mais toujours de ceux qui regardent la gloire de Dieu. Tout ce qui est dans le cœur ne fait pas son occupation , parce qu'il y a bien des choses qui n'y sont qu'en passant, ou par occasion, ou malgré lui-même. Ce qui l'occupe, c'est ce qu il a coutume de ruminer, pour ainsi dire, lorsqu'il est à soi, et que rien ne l'inquiète; car, alors les objets qui le satisfont et qui lui plaisent ne manquent point de se présenter, et il n'y a proprement que ces objets qui fassent l'occupation du cœur. On peut avoir, par exemple, et on a ordinairement, quand on est tranquille, deux occupations à la fois, qui sont très-différentes entre elles. Une femme qui s'applique au dehors à quelque ouvrage , n'est pas pour cela oisive au dedans , tandis que ses mains s'emploient au travail, son esprit et son cœur s'occupent de quelque objet qui n'est pas l'ouvrage que ses mains travaillent. Pour bien connaître le caractère de cette femme, il faudrait voir quelle est l'occupation de son intérieur. Si c'est une femme mondaine, elle aura l'esprit appliqué à de.s bagatelles, aux vanités et aux parures. Si elle pratique la dévotion, elle rappellera dans son esprit et dans son cœur cô qu'elle a lu dans un bon livre, ce qu'elle aura entendu dans un sermon ou quelque autre objet de piété qui est de son goiM. Puisque ro'""unation intérieure peut être difllérentt de i'o:cupft'Oîi extér'cure, le grand secret pour-

REG

DlCTIONNAiîlE

aEC

acquérir en peu de temps Thabitude du recueillement est de faire en sorte, dès qu'où* est à soi, que l'esprit et le cœur soient toujours occupés de quelque objet de piété. Les sources d'où il faut tirer le sujet de cette occupation intérieure sont au nombre de trois : 1" la vie de Jésus-Christ , ses mystères, ses.actions et ses paroles; 2" tout ce qu'on a retenu du sermon, des entretiens de pi'été, de la lecture des bons livres et surtout de celui des psaumes ; 3' on peut s'entretenir avec soi-même des affaires qu'on traite actuellement et qui regardent la gloire de Dieu; car, comme il est impossible de ne pas donner quelque attention aux objets sensibles, et qu'on pense volontiers à ce qui nous concerne, ceux qui travaillent pour la gloire de Dieu ne sauraient mieux faire pour tenir leur esprit recueilli, que de l'occuper par un si saint travail. Un autre exercice très-utile et qui suffirait pour conduire à la perfection du recueillement, c'est de se tenir en garde h la porte de son cœur pour la fermer constamment à tous les objets du monde. D'après cela il est aisé de conclure nu'ily a plus d'une sorte de recueillement. 11 y en a un où notre industrie et nos soins ont beaucoup de part , lorsque , avec le socours ordinaire de la grâce, nous nous étudions à unir nos forces et à occuper saintement nos puissances au dedans. Il y en a un autre qui est un effet particulier de la grâce et de l'opération du Saint-Esprit, oui prévient une âme ou qui , récompensant les efforts qu'elle a faits pendant longtemps pour se recueillir, l'attire au dedans, unit ses forces et les applique à Dieu; de sorte, qu'elle n'a qu à suivre l'attrait pour se trouv«^r dans le cabinet intérieur que sainte Catherine de Sienne avait bâti, uisait-elle, au dedans d'elle-même, et d'où les occupations extérieures, dont on la chargeait dans h. maison, n'étaient pas capables de la tirer. Cette sainte conseillait fort à son confesseur de se ménager une sensible retraite dans son intérieur, en se servant des moyens indiqués ci-dessus. 11 y en a qui établissent leur demeure dans le Sacré-Cœur de Jésus, et c'est là une manière de pratiquer le recueillement, aussi sainte que solide et pleine de douceur. Au reste, quand on s'est habitué une fois à ce saint exercice, s'il arrive qu'on s'en relâche par faiblesse, et que les facultés de l'âme s'égarent , on entend aussitôt au dedans la voix du pasteur, comme un signal qu'il donne à ses brebis pour se rassembler et se défendre du loup. C'est la comparaison dont se sert sainte Thérèse, pour exprimer le soin que prend Notre-Seigneur d'empêcher la diversion de nos puissances, et de réunir nos forces au dedans, afin que nous nous occupions de sa présence divine. Pour peu qu'on réponde à ce soin de Notre-Seigneur, ou arrive bientôt au parfait recueillement qu'on peut appeler le grand ressort de la vie spirituelle, sans lequel on n'avance que bien peu dans la vertu, et on n'est guère en état d'y faire avancer les autres.

RECUEILLEMENT ACTIF, ou Attention

AM0I3RELSE A DIEU (ùraisofi cZc), sa nature^ son excellencCj ses avantages ; marques qu'on y est appelé: manière de s'y conduire, ses défauts y ses tentations'. — L'état d'oraison qui suit ordinairement l'oraisou effective (voir ce mot) , est celui de l'oraison de recueillement actif ou d'attention amoureuse à Dieu présent; je dis ordinairement ; c'est ce qui arrive en effet dans le train ordinaire de 1 oraison , mais ce à quoi Dieu n'est pas cependant obliçé de s'astreindre. Aussi s'élève-t-il quelquefois des âmes tout d'un coup de l'état d'oraison affective aux derniers degrés de la vie intérieure ; il est le maître, et il n'est lié par aucune règle. Nous ne parlons donc ici que de la conduite ordinaire qu'il tient sur les âmes, à l'égard desquelles, dans l'état delà grâce, il se gouverne comme dans celui de la nature , c'est-à-dire qu'il fait les choses par mesure et par degrés. Un homme n'est pas tout d'un coup homme parfait; il passe auparavant par l'enfance, l'adolescence et la jeunesse; ainsi en est-il dans les voies intérieures où il faut passer par différents degrés; et le degré qui suit l'oraison affective est ordinairement l'oraison de recueillement ou d^attention amoureuse à Dieu présent. Elle consiste en trois choses : dans un regard vers Dieu, dans un souvenir de Dieu, dans une tendance à Dieu ; en sorte que notre esprit, notre mémoire et notre volonté concourent ensemble pour produire cette attention amoureuse, qui est tout à la fois regard , souvenir et tendance. Notre esprit a part dans cette attention amoureuse, en ce que par la foi il voit Dieu présent cl qu'il en est très-assuré, infinin>^zît mieux que si on le vovait de ses yeux ; et, dans cette croyance, il le considère d'une simj)!© vue.

11 n'est pas nécessaire, pour croire Dieu présent, de faire un acte de foi, comme on avait coutume de le faire auparavant. On a dit tant de fois, par le passé : Je crois que Dieu est présent, et l'on en est si persuadé, qu'on na le croirait pas davantage, si on le vovait sensiblement. De même qu'il serait ridicule de dire à son père, que l'on verrait et à qui l'on parlerait : Je crois que vous êtes présent ; de même si, en cette oraison. Ton disait à Dieu : Je crois que vous êtes présent. On ne le dit donc pas comme autrefois, quand on n'était pas si pénétré que maintenant de cette divine présence; mais sans s'amuser à aucun préambule, on considère Dieu présent, et ce regard gu'on jette sur lui, et qui se fait sans réflexion, sans raisonnement et sans mélange d'au( un autre acte de notre entendement, n'est autre chose qu'un excellent exercice de foi. La mémoire a aussi part dan^ cette attention amoureuse, en nous faisant souvenir que Dieu est présent. On croit assez la présence de Dieu, il n'est personne qui n'en soit persuadé; mais tous n'y pensent pas, la plupart l'oublient. Or, dans cette oraison , on est dans l'habitude de s'en souvenir souvent, et même, avec le temps, daus la disposition de se le rappeler toujours. Enfin, la volonté a aussi part dans cette a(«

REC

DASCETISME.

REC

AU

tmlion amaureuse, en ce que ce regard et ce souvenir ne sont pas un regard ni un 80uven rfroids et indifférents, mais pleins d'amour; et l'amour étant un* acte de la volonté, elle a conséquemment {)art à cette attention amoureuse, qui est ainsi une production des trois puissances de notre âme.

Ce troisième degré d'oraison prend encore différents noms : les uns le nomment oraison de pure /ot, les autres de simple regardj d'autres contemplation; mais ces noms n'expriment pas assez ce aui se fait dans cette oraison: car ils ne désignent qu'un a»te de l'esprit, et cependant la mémoire y agit et la volonté y a la meilleure part. [Yotr Contemplation.)

L'objet de cette attention amoureuse^ c'est Dieu seul, tel qu'il est en lui-même, sans le restreindre à aucune idée déterminée ni à aucune forme particulière. Tout ce que l'on peut regarder en Dieu dans cette oraison, c'est qu'il est incompréhensible, et qu'il est présent. Si notre esprit allait s'arrêter à quelque autre vue de Dieu, ce ne serait plus un simple regard, tel qu'on l'a dit. Il n est pas nécessaire absolument , surtout dans les commencements de cette oraison, de considérer Dieu en nous, il suffit de le regarder présent. Plusieurs le regardent comme remjilissant tout, selon ce que Dieu dit de luimême : Je remplis le ciel et la terre; ainsi ils marchent en Dieu, parlent en Dieu, voient en Dieu et agissent en lui , sans se limiter et se gêner à le voir en eux-mêmes (W). Cette manière change dans la suite, et surtout dans ceux qui sont altérés de Dieu dans cette oraison ; car ils finissent par regarder Pieu en eux-mêmes, et cela en deux façons : Jos uns au milieu de leur âme, et les autres dans la pointe de Tesprit. Ce n'est pas que notre âme, substance simple et indivisible, ait de milieu ou des extrémités ; mais c'est que SCS opérations se font sentir en différents endroits, selon les différents organes de notre corps; ainsi nous disons que i âme raisonne dans la tète et aime dans le cœur. Or, d'après cela, il y en a qui sont attirés à regarder Dieu comme dans la suprême partie de leur âme, qui leur semble résider au cerveau ; d'autres sont attirés au fond de leur Ame, qui leur semble résider au fond de leur cœur; et là ils le voient de ce regard amoureux dont on parle. Chacun doit en cela suivre son attrait et ce qui lui paraît meilleur. Ce troisième degré d'oraison est

(45) Madame de h Maison fort consultant Bossuet sur sa conduite intcricure, lui disait: c J'aurais ptnne à dire précisément ce que c'est que mon oraison, sinon un simple souvmir de Dieu, ou allenlion à Dieu, sans rien de distinct, sans me le représcnlcr en nul endroit, cl sans même le cberclicr au dedans i\c moi. » Bossuet lui répondail: « Tout cela 3e peut pour le lemps de Toraison. > {Lettres inédite$ de Jiossuel à madame de la Maisonforl, Lett. prcm., dem. et rép. vni. — Ces lettres ont été imprimées pour la première? fois, à Paris, en 1829.)

(46) La distinction entre le recueillement actif et lo passif paraii avoir élé admise et reconnue par Bossuet, comme il semble qu'on doit le conclure du passage suivant: (Je suis bieu persuade, dit-il,

encore appelé recueillement actifs pour le distinguer de Toraison du recueillement passif {h6).

Vattention amoureuse peut s'étendre à la sainte humanité de Notre-Seigneur , en ce qu'on peut penser h Jésus-Christ de plusieurs manières : 1" en raisonnant sur quelqu'un des mystères de sa vie ou de sa moit ; 2° en se formant en soi-même une idée et une image de Jésus-Christ, comme il était sur la terre, ou comme il est dans le ciel ; en le considérant sous cette idée et sous cette image; 3" en se souvenant simplement de Jésus-Christ, le regardant, et tendant amoureusement vers lui, sans faire de raisonnement et sans se former d'images particulières de lui, non plus que de ses mystères ni de ses vertus, mais conservant seulement, dans l'esprit et dans le cœur, cette attention amoureuse, comme on Ta dit plus haut.Cel.a supnosé, on peut, dans Tétat d'oraisen actuelle, se servir utilement de la troisième manière de considérer Jésus-Christ, mais non des deux autres, qui sont le propre des états d'oraison précédents, et non do celuici, où le raisonneuient et les représentations de l'imagination ne doivent pas avoir lieu.

On ne prétend pas qu'il ne faille plus penser à Jésus enfant, ou conversant avec les hommes, ou flagelle, couronné d'épines, etc., mais seulement que la pensée que l'on a de Jésus-Christ dans cet état d'oraison est plus simple et plus spirituelle que dans les états précédents. On pense au même Jésus- Christ qui a été enfant, qui a conversé avec les hommes, qui a été crucifié, qui est mort pour nous ; mais on y pense d'une manière plus parfaite qu'auparavant. On ne veut pas nous défendre de songer à la naissance de Notre-Seigneur, ni à tous les autres mystères de sa vie et de sa Passion; mais il n'est pas nécessaire qu'on les ])renne pour sujet d'oraison, comme autrefois, en les méditant, les savourant et se représentant ce qui s'est

Eassé dans ces mystères. La chose a été onne dans le temps, mais non à présent. On pourra penser aux mystères du Sauveur d'une vue simple, d'un simple souvenir du mystère, c'est-à-dire sans que cela puisse apporter d'obstacles à Vattention amoureuse à Dieu présent, qui doit toujours être l'objet princiial. On y pensera autant de temps qu'il en faudra pour fortifier et augmenter notre attention amoureuse à Dieu présent; en sorte que, du moment où l'on

qu'en se livrant à la seule foi, qui de sa nature n'est

{>as discursive ni raisonneuse, on peut faire cesser e discours sans être dans l'impuissance d'en faire. Je ne veux pas assurer qu'on soil alors dans Pélat . d'oraison passive^ ainsi que fapi^llc S. Jean-de-la- Croix ; mais, quoi qu'il en soil, cet élal est bon et conforme à la doctrine de sainl Panl,qut ne demande pas le discours, mais la seule foi, pour la conviclion des choses qui ne paraissent pas. Quand donc je trouverai un clirélien qui, sans être dans cette impuissance de discours, ou sans songer qu*il y est, priera sans discours, je ne lui dirai rien, sinon qu'il croie et vive en paix. » (Lettre de Bossuet à madame de la Maisonfort, Lettr. pi*em., rcp. iv.)

REC

REC

s'apercevra de cet effet en nous, on fera cesser cette vue et ce simple souvenir du mystère. On peut penser aux mystères : 1* quand Dieu les met dans Tespril; 2" dans les solennités où on les célèbre; 3" quand on croit en avoir besoin mur ranimer envers Dieu son attention amoureuse qu'on sent ralentie.

Dans cet étal d'oraison, on peut et Ton doit penser à la sainte Vierge, au\ anges et aux saints, car il est to-.ijours très-utile et très-important de le faire, mais par un .«impie souvenir, qui, loin de détourner /*a//cniion ainoureu^ie à Dieu , Tairermisse emoi e davantage 11 faut prier la sainte Vierge et les saints, mais en sorte, cejîcndanl, que les trières qu'on leur fera n'interrompent pas l'attention amoureuse à Dieu présent.

Ddns ce troisième degré d'oraison, on peut faire des actes distinctifs de l'acte d'attention amoureuse de Dieu présent , mais rarement et fort simplement. Voici la règle à ce sujet. Comme Vattention amoureuse e.^l un ai:te des plus excellents qu'on puisse faire, quan 1 on se sent dans rexercicc de cet acte, il n'en faut point faire d'autre. Mais si cet acte vient à diminuer ou à s'interrompre tout à fait, alors, loin q\i'il soit mauvais, il est nécessaire d'en faire d'autres ; seulement ils doivent être fort simples, et consister en de doux élans vers Dieu, ou en de i^etits signes de la volonté pour témoigner à Dieu, tantôt n:trc indignité, tantôt le regret de l'avoT irrité, tantôt la confiance nue nous avons en ^a bonté, tantôt le désir d être tout h lui.

On pourrait prouver l'excellence de cette oraison par un grand nombre de témoignages ÛQ^ saints ; mais il suffit d'en rapporter deux. L'un de saint Denis l'Aréopagite, ancien docteur dans la science de l'oraison, et l'autre de saint Franc )is de Sales, qui est plus moderne, mais dont les livres sont approuvés de tout le monde. Vo'ci comment le premier, après avoir exhorté Timolliée h s'adonner à cette oraison, lui fiiit l'éloge de ce sa nt exercice : « Mon cher Timothée, si vous voulez arriver à la contemplation divine, élevez-vous au-dessus de tous les sens et de toutes les opérations sensibles; passez m4me au-dessus ûq:^ opérations intellectuelles; volez, par une grande force d'esprit, au-dessus de toutes les choses corporelles et spirituelles, de tout ce qui est et de tout ce qui n'est j»as, et, autant que possible, montez aveuglément, sans lumière et sans connaissance, jusqu'à l'union avec Dieu, qui est au-dessus de tout entendement, de toute lumière et de toute substance; élevez-vous au-dessus de vous-même et des créatures, I^ar la contemjilat-on; lorsque vous aurez jmrgé votre esjrit de tous ses fantômes, votre cœur de toutes ses nllections, alors vous arriverez au grand jour et à la lumière surnaturelle et suressentielle de l'incompréhensibililé de Dieu; vous entrerez dans des ténèbres plus claires que le solei! du midi; dans une obscurité sa; rée, dans un silence intérieur, dans u:i profond repos où vous

verrez ce que vous ue sauriez comprendrei où vous sentirez ce que vous ne pouvez toucher, où vous posséderez ce que vous ne pourrez assez aimer. » (S. Dionys. AnEOP., De mystira theologia^ cap. 1. § 1.) Voici comme saint François de Sales parle de cet état d'oraison : « La méditation^ dit-il, est semblable à celui qui odore l'œillet, la rose, le romarin, le thym, le jasmin, la fleur d'oranger, Tun après l'autre indistinctement ; mais la contemplation cs{ pareille ii celui qui odore l'eau de senteur composée de toutes ces fleurs. Car celui-ci en un seul sentiment reçoit toutes les odeurs unies que l'autre avait senties divisées et séparées ; et il n'y a point de doute que cette unique odeur, qui provient de la confusion de toutes ces senteurs, ne soit elle seule plus suave et plus précieuse que le3 senteurs desquelles elle e.'-tcomp/osée, odorées séparément l'une après l'autre. C'e^t pourquoi le divin Euoux estime tant que sa bien-aimée le regarde d'un seul œil... Car qu'est-ce que c'est regarder l'Epoux d'un seul œil, sinon de le voir d'une simple vue attentive fans multiplier les regards?... Oh 1 que jjienheureux sont ceux qui, après avoir discouru sur la multitude des motifs qu'ils ont d'aimer Dieu, réduisant leurs regards dans une seule vue , et toutes leurs pensées en une seule conclusion, arrêtent leur esprit en l'unité de la contemplation, » (Traité de Vamour de Dletf^ 1. vi, c. 5.)

Les avantages de l'oraison abattent ion amou" reuseàDieuprésent peuvent se réduireà neuf. Le premier consiste à connaître mieux Dieu cl soi-même (juc dans les états d'oraison précédents. 1° On connaît mieux Dieu, parce qu'on a sans cesse les yeux fixés sur lui. Dans les autres états, i! n'en était pas de même : tantôt on considérait le paradis , tantôt l'enfer, tantôt le jugement dernier, tantôt la mort; tantôt une vertu, tantôt un vice; quelquefois un mystère, d'autrefois un attribut de Dieu, etc. Mais ici ou lient s^ vue fixe sur Dieu même, et par là on em-

Kreint dans son esprit tous les traits de ieu. 2" On se connaît mieux soi-même, parce qu'on se voit en Dieu comme dans un miroir, où toutes les taches paraissent à découvert; la pureté de Dieu nous fait voir jusqu'à nos moindres souillures; sa bonté nous fait connaître nos moindres malices; sa fidélité, la plus petite de nos infidélités.

Le second avantage, c'est qu'elle est un moyen excellent pour nous détacher absolument de toutes choses et nous attacher à Dieu seul ; car c'est dans ce saint exercice qu'on éloigne son esprit et son cœur de tous les objets créés pour se porter vers Dieu ; en ne s'alfectionne même [as, comme auparavant, aux choses bonnes et saintes; on n'a d'alfection que pour Dieu seul, en sorte qu'une âme adonnée h cette oraison, quand elle y est parfaitement établie, ne tient plus h rien et vit dans un dénûment total de tout ; c'e.>t alors qu'elle peut prononces véritablement ces paroles de David : Çayct-tM pour moi dans le ciel, et que désiré-je sur la terre y sinon vous seul, à mon Dicul qui

REC

DASCETiSME.

REC

êtes le Dieu de mon cotur et mon parlaye pour V éternité.

Le troisième avantage, c'est que Ton commence à pratiquer sérieusement celte belle maxime des saints : tout et rien; on regarde Dieu comme tout, et le reste comme rien ; on est persuadé que Dieu seul mérite le nom d'ôtrc> que le reste n'est que néant et qoe vanité; on est dans la i^ratique continuelle de cette prière de David à Dieu : Seigneur, détournez mes yeux y pour quils ne voient pas la vanité. Dès gu'on s'aperçoit que Ton fait quelque réilexion sur les grandeurs du monde ou le? plaisirs de la terre, ou autre chore créée, quelque bonne, excellente et parfaite qu'elle soit, on anéantit cette réflexion, pour s'enfoncer, pour ainsi dire, dans l'attention amoureuse à Dieu présent y c'est-à-dire qu'on regarde toutes ces choses comme rien , et Dieu comme tout. C'est l'oraison, dans laquelle saint François d'Assises passait les nuits entières, en disant ce peu de mots : Mon Dieu et mon tout. Du reste, ]i0ur pratiquer véritablemect ces paroles, il n'est pas nécessaire de les prononcer de bouche, il suffit de les goûter au fond du cœur et d'y conformer sa conduite.

Le quatrième avantage , c'est que l'on exerce parfaitement l'humilité que Jésus- Chrisi est venue enseigner aux hommes. En effet, ou se reconnaît pour si peu de chose en présence de la souveraime majesté de Dieu; on s'estime si neu devant le grand tout; on se croit si digne de mépris aux yeux du Dieu de majesté ; on se voit si pauvre devant lui ; on se trouve si faible devant le Tout-Puissant, que non-seulement on se voilerait la face en sa présence, comme les séraphins dont parle le Prophète, mais qu'on s'abîmerait et qu'on s'anéantirait devant Dieu s'il était possible ; c'est en cet état qu'on dit avec David : Mon être y Seigneur , est comme rien devant vos yeux... fai été réduit au néant. C'est donc à tort que des personnes qui n'ont pas d'expérience de ces sortes d'oraison, pensent qu'elle porte à l'orgueil, et qu'on ne peut la pratiquer sans être souvent sujet h ce vice.

Le cinquième avantage, c'est l'exercice continuel de la mortification de l'esprit et du cœur, mortification la plus excellente et la plus nécessaire de toutes, qui consiste à arrêter les mouvements intérieurs et à les tenir en sujétion et en captivité ; ce qui se fait merveilleusement dans cette oraison; car on tient resjTit attentif à Dieu seul, et on l'empêche autant que possible de se répandre sur aucun autre objet que sur celui qui fait la joie des bienheureux; et ainsi on le captive, en le privant d'une trop grande liberté de raisonner. Pour ce qui est du cœur, qui voudrait naturellement se porter à dilFérentes affections, il en est empêché dans cette oraison; car tous les désirs lui sont ôlés, et toutes les tendresses pour autre chose que Dieu, lui sont défendues. Ainsi dans cet état, l'on est, de cœur et d'esprit, dans une continuelle pratique de la mortification.

Le sixième avantage, c'est que celte orai-

son renferme la pratique constante d'une vertu fort chérie de Notre-Seigneur et peu connue du monde , la simplicité par tequclle on regarde purement Dieu en toutes cnoses. En cet état , on a cet œil simple dont il est parlé dans l'Evangile, et Ion ne cherche pas ses intérêts, ses goûts, ses satisfactions; res[)rit n'est occupé que de Dieu , le cœur ne tend qu'à lui , comme l'a'guille aimantée tend toujours vers le nord sans détourner ni à droite ni à gauche et , si quelquefois elle en est détournée par une violence étrangère, elle reste dans un mouvement perpétuel jusqu'à ce qu'elle retourne vers le pôle. Ceux qui ont Texpérience de cette oraison le comprennent bien et savent combien celte comparaison est juste.

Le sej)tième avantage , c'est que cette oraison conduit à un grand amour de Dieu. En effet, ne voir que Dieu, ne vouloir se souvenir que de Dieu et ne tendre qu'à lui, c'est le moyen de parvenir à l'aimer de tout son cœur , de tout son esprit et de toutes ses forces.

Le huitième avantage , c'est que cette oraison procure la véritable paix. Qui ne sait que Dieu est notre centre, et que hors de lui nous sommes aussi peu à notre ])lar.0

3u'un î:oisson hors de l'eau ou un membre isloqué ; or, dans cet étal d'oraison on commence à trouver Dieu après en avoir été longtemps éloigné et l'avoir bien chercha ; l'âme commence à gortler la paix que lui cause la présence de Dieu , nfîn [as encore aussi parfaitement que dans les états suivants, mais toujours infiniment mieux qu'elle n'a fait ju5:qu'ici.

Le neuvième avantage , c'est qu'à force de voir Dieu et de tendre à lui , on est enfin comme divinisé ; ainsi Ton peut dire avec saint Paul : Nous tous, noyant point de voile qui nous couvre le visage et contemplant la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même imacfe, nous avançant de clarté en clarté par î illumination de l'esprit du Seigneur. [Il Cor. ni.) En effet, si l'on prend les mœurs des personnes qu'on voit fréquemment et avec lesquelles on converse souvent; si un peintre qui est attentif à regarder un portrait en tire une parfaite copie, pourquoi, étant habituellement dans celte attention amoureuse à Dieu présent, ne se rendraiton nas semblable à Dieu autant que noire faiblesse peut le permettre ?* Si l'on ne peut demeurer longtemps dans une boutique de parfumeur sans retenir l'odeur des parfums, et si un fer ne peut être longtemps dans une fournaise ardente sans devenir tout rouge et sans prendre les qualités du feu , comment pourrait -on demeurer longtemps dans un exercice qui met dans l'heureuse nécessité de ne presque point se séparer de la vue et de la com|;agnie de Dieu , .'ans participer aux divines quai tés de Dieu même, et sans devenir, en quelque sorte , tout divins? Ce serait une chose bien étonnante.

11 y a dans l'oraison aussi bien que dans tous les autres exercices, le commencement, les progrès et Ki perfection Ceux <iui s'ap-

REC

DICTIONNAIUE

pliquent à l-élude de quelque science n'y sont pas maîtres tout d!^un coup , mais ils commencent; puis ils profilent et enlin se perfectionnent. De même dans Toraison, ceux qui commencent à s'y appliquer commencent aussi à en goûter les avantages, mais imparfaitement ; ceux qui sont plus avancés y participent plus aussi que les commençants , et ceux enfin qui sont très-avancés les précèdent en perfection. D'après cela on aurait tort de se scandaliser du procédé de quelques-uns qui, faisant profession d'oraison , s'échappent quelquefois en paroles indiscrètes, montrent un peu de passion dans leur manière d'agir ; sont délicats sur le point d'honneur, sensibles dans les maladies , ou font quelques actions par humeur ou par boutade de tempérament. 11 faut bien se garder ou de les condamner comme trompés , ou de s'en prendre à l'oraison comme si c'était une route qui conduisît dans l'erreur et dans l'égarement; on ne peut être parfait dès le début. Avec un peu de fidélité à suivre l'attrait de l'Esprit-Saint, ils se défieront de ces sortes d'imperfections et participeront abondamment à tous les avantages dont on a parlé.

Outre les ra.isons qu'on vient de donner, savoir, que ces âmes imparfaites sont peutêtre des novices dans cet état, on saura qu'il y a deux sortes de personnes qui tombent dans le malheur dont on parle. Les unes sont celles qui croient être dans VOraison d'attention amottreuse à Dieu présent^ et qui n'y sont pas du tout ; les autres sont celles qui sont lâches et infidèles dans leur état. Les premières ont prétendu entrer sans vocation et sans les autres qualités requises dans ce saint état, et à celles-là cette oraison est plus nuisible que profitable , à moins qu'y étant entrées de bonne foi et avec simplicité. Dieu ne les y appelle par la suite, ce qui peut avoir lieu quelquefois. Les secondes y ont étjé appelées ; elles y ont eu une entrée , mais dans la suite elles se sont relâchées ; elles ont ])erdu leur première ferveur ; elles se sont accoutumées à une vie molle; elles ont mis toute .leur perfection à goûter le repos de cet état ,' sans se mettre en peine de s'y avancer , de s' v perfcctiontier , d'ôter lès obstacles qui s opposaient à leur perfection et de pratiquer lés vertus propres à leur état ; et voilà pourquoi elles sont les mêmes qu'auparavant. 11 arrive môme parfois qu'elles viennent tout à fait à déchoir. Pour se préserver de ce malheur, il faut bien comfjrendre que ce n'est rien d'être dans un état élevé , si on ne veut y vivre conformément. L'état des religieux est saint , et cependant tous ceux qui l'ont embrassé n'y vivent pas saintement ; ce n'est donc pas précisément l'état qui fait les saints , mais la fidélité qu'on apporte à bien vivre dans celui où l'on est.

Une chose aussi excellente que VOraison d'attention amoureuse à Dieu présent n'est pas bonne pour tout le monde, et il ne faut pa« s'en étonner. La viande solide est excellente en elle-même; mais elle n'est pas

bonne pour les enfants qui ont besoin de lait, ni pour les malades qui ne peuvent prendre que des choses légères. Les armes de Saiil étaient bonnes, riches et belles; mais David ne s'en accommoda point. Il en est de même de cette oraison qui est très-excellente en elle-même, mais qui n'e^t pas bonne pour ceux qui y entrent sans les dispositions nécessaires, dont la principale, qui renferme en quelque façon en elle toutes les autres, est la vocation de Dieu. Il n'y a point de roi qui n'ait la liberté de se choisir des favoris, et personne ne peut entrer de lui-même dans le cabinet des princes pour savoir leurs secrets ; de même, comment osera-t-on prétendre à une grande familiarité avec Dieu sans y être appelé ? Il y a deux sortes de vocations : l'une extraordinaire et l'autre ordinaire. Dieu appelle de la première manière les personnes 3u'il y met lui-même par une grâce extraorinaire. 11 accorde celte faveur quand et à qui lui plaît, sans qu'on ait rien fait pour l'acquérir, sans qu'on s'y attende et quelquefois sans iamais avoir entendu parler de 1 existence d une telle oraison. Dans ce cas l'attention est tout à coup attirée avec force et suavité par une grâce non commune ; ou se laisse aller à l attrait; on y consent et Ton se trouve, sans s'en douter, aaas l'étal d'oraison dont nous parlons. Dieu n'accorde cette grâce ordinairement qu'aux âmes qui s'en sont rendues dignes par les grands services qu'elles lui ont rendus, et par leur fidélité à le chercher le mieux qu'elles ont pu.

La] vocation ordinaire a lieu quand on se sent porté à entrer dans c^t état par de* mouvements ordinaires de la grâce. On a entendu parler de cette sorte d oraison, on en a lu les avantages, on a vu le profit des personnes qui marchent dans cette voie, on est édifié de leur conduite; là-dessus oa se sent pressé intérieurement de prendre la même route pour arriver à la perfection. Cette sorte d'appel est une vocation ordinaire de Dieu. 11 est vrai qu'on peut se tromper en cette importante affaire, et que pour éviter cette erreur on doit examiner avec soin si l'inspiration vient de Dieu, de la nature ou du démon; le meilleur moyen de s'assurer si c'est une inspiration de Dieu, c'est de voir si on a certaines marques qui doivent persuader que c'^est Dieu qui nous veut dans cette oraison.

La [première de ces marques est une certaine absence de goût pour les précédentes manières d'oraison, et le peu de profit qu'on en retire malgré la bonne volonté d'en profiter. Ainsi lorsqu'il arrive qu'une personne d'oraison qui a une estime particulière pour l'oraison, qui l'aime de tout son cœur, qui fait bonnement ce qu'ellepeut pour la pratiquer dans les premiers états, c'est-à-dire, dans la méditation et dans l'oraison affective ; qui ayant été un temps notable dans ces deux premiers degrés, ne trouve plus aucun goût ni aucun profit dans ces sortes d'oraison, et se sent pressée

REG

DWSCETISME.

REC

d'entrer dans ceile-ci, c'est une marque qu'elle est appelée de Dieu.

On ne peut pas limiter de temps donné aux états aoraison précédents ; cela dépend de la fidélité qu'on y aura apportée et du progrès qu'on y aura fait. Quelques âmes ; profitent plus dansToraison en six mois que ' d'autres en plusieurs années; ainsi il en est qui auront retiré toute l'utilité désirable dans un petit espace de temps, tandis que d'autres y trouveront à profiter pendant un temps plus considérable. 11 ne faut donc pas quitter aussitôt les oraisons précédentes, pour le moindre dégoût qu'on y ressent et pour le peu d'utilité qu'on en retire ; aussi remarquez qu'il s'agit d'une personne de bonne volonté, amie de l'oraison, qui, après avoir pratiqué pendant un temps notable la méditation et l'oraison affective, ne pouvant plus les continuer, ni s, y ap[)liquer comme auparavant, et n'en tirant aucun fruit, se sent pressée d'entrer dans l'oraison dont il s'agit ici. Supposons encore qu'elle aura essayé plusieurs fois, pendant plusieurs jours et même plusieurs mois, de trouver dans les oraisons précédentes les mêmes avantages qu'elle y avait rencontrés autrefois sans avoir réussi ; or cela étant, cette âme doit faire ses efforts pour entrer dans le troisième degré d'oraison ; car il est vraisemblable que Dieu l'y appelle. Combien cependant qui perdent plusieurs années à vouloir continuer un exercice contre les ordres de Dieu et à vouloir aller dans un pâturage où il n'y a plus rien à paître I Elles ne prennent pas garde que Dieu leur ferme l'entrée aux oraisons, auxquelles autrefois elles s'appliquaient avec fruit, pour \qs ot)liger à cnercher une autre voie où il les veut, et où elles trouveront à repaître leur âme avec abondance.

La deuxième marque, c'est lorsque dans les oraisons pré/*^dentes on se sent porté à l'unité, et éloigné de la multiplicité, c'est-àdire qu'une simple pensée et une simple afTection nous occupent pendant un temps considérable. Alors on ne se sent plus porté à cette multitude de pensées qu'on avait autrefois, ni à cette foule d'actes qu'on avait coutuoie de produire, mais il commence à se faire dans l'âme une espèce de silence; tout y est plus tranquille, tout s'y passe à petit bruit. Ce ne sont plus ces aflrections véhémentes et redoublées, ces désirs et ces mouvements tout sensibles; il n'v a plus rien que de doux et de paisible. C est là un signe que Dieu conduit l'âme peu à peu à l'oraison dont nous parlons, et qu'il la prépare suavement à ce saint exercice. S'il se trouve beaucoup de personnes qui sont telles qu'on vient do le dire, et qui cependant n'entrent pas dans cette oraison, c'est qu'elles ne savent pas, pour la plupart, ce que Dieu demande, et que bien loin de correspondre à ses desseins, elles s'y Oi'posent; car au lieu de regarder comme venant de Dieu et comme un avantage, l'état où il plaît à Dieu de les réduire, en le:-.r ôtant cette multiplicité d'actes et de pensées, elles pen-

sent qu'il y a de leur faute, s'accusent de lâcheté et de négligence, font des efforts jiour se remettre dans leur ancien çenre de vie, et quoique leurs efforts soient inutiles, ne laissent pas de les redoubler et s'opiniâtrcnt à demeurer dans un élat d'oraison d'où Dieu voudrait les tirer; et voilà ce qui les recule au lieu de les avancer. Une autre raison, c'est qu'il ne se trouve personne qui les aide à faire ce passage important d'un état à un autre. Quelquefois Dieu pour les tirer des premiers états d'oraison et les faire passer dans un plus relevé, leur donne cette oraison par infusion: alors il agit exlraordinairement et hors de la voie ordinaire qu'il a coutume de tenir enversles âmes. Pourquoi fait-il cette grâce aux uns et non aux autres ? On n'en sait rien, et nous ne devons pas lui en demander la raison. 11 est le maître de ses dons, et il les distribue selon sa volonté et selon sa sagesse qui est toujours admirable et infiniment supérieure à notre faible intelligence.

La troisième marque qu'on est appelée à cette oraison, c'est quand on a la vertu requise et les dispositions propres pour ce de gré d'oraison ; alors il est sûr que cette voie nous sera très-utile, et que Notre-Seigneur, qui désire que nous soyons parfaits comme son Père céleste est parfaif [Matth, v), veut que nous y entrions ; car il n'a rien de plus à cœur que de nous mettre dans l'état qui pourra le mieux nous aider à acquérir la perfection, pourvu que nous ayons tout ce qu'il faut pour y entrer. La vertu des personnes qui prétendent entrer dans cette voie, doit être constante et solidcy éprouvée et accompagnée d'une grande pureté d'âme et d'un désir sincère d être tout à Dieu, et de mourir à tout le reste. Une vertu constante et solide est celle qui consiste non en de certaines petites ferveurs passagères, comme ces feux de paille qui s éteignent presque aussitôt qu'ils sont allumfe, ni en de certaines idées de piété qui n'ont d'existence que dans l'imagination, ni en une dévotion faible qui ne lait que de naître, et qui n'est encore que comme dans son enfance; mais on entend une vertu qui a jeté des racines profondes et

Juel'ona exercée pendant un temps consiérable.

On entend par vertu éprouvée celle qui a été attaquée par diverses tentations auxquelles on a fidèlement résisté, et dont on a heureusement triomphé, qui a été combattue par les efforts de la nature, du monde et du démon, et qui a remporté de grandes victoires. — La pureté de l'âme est l'exemption non-seulement du péché mortel et de l'affection à ce péché, mais même de toute attache au pécJié véniel. Car comment une attention véritablement amoureuse à Dieu présent, pourrait-elle subsister avec la moindre inclination au péché ? Comment se présenter amoureusement devant le Dieu de pureté avec une affection volontaire au mal? Je dis une affection volontaire, car nous ne serons jamais exempts de chutes légères, de surprise et de fragilité; mais autre chose est de corn-

REC

REC

mettre des fautes par fragilité, et autre chose de conserver la volonté de les commettre. 11 faut absolument exclure cette affection au mal, si Ton veut entrer en familiarité avec

Dieu.

Par h désir sincère d'être tout à Dîeu^ on ei'itendla chose la plus importante de toutes en cette matière, et la condition sans laquelle toutes les autres marques de vocation seraient toujours suspectes. Quiconque aspire à Toraison {ïattentxon amoureuse à Dieupré^ sent doit avoir absolument la ferme volonté de se donner tout à Dieu sans réserve. 11 est rare de trouver des âmes qui veuillent être à Dieu de.cette manière, et lui faire un sacriflce total et non partiel l Les unes se réservent une partie de leur esprit pour disposer de leurs raisonnements, de leurs lumières, de leurs pratiques et de leur liberté, les autres une partie de leur cœur pour de petites affections sans nombre dont elles ont de la peine à se dégager : c'est vouloir se donner a Dieu avec limites, et pour ainsi dire, capiluler avec lui, tandis qu'il faut un entier abandon et une ferme résolution d'être à Dieu sans partage.

Ces paroles mourir à tout signifien* qu'il faut être comme un mort à l'égard de tous les objets créés. Un mort ne se divertit plus, n'aime plus les belles maisons, ne se soucie plus de promenades, est indifl'érent à toutes sortes de situations; qu'on le mette en haut ou en bas, à droite ou à gauche, sur un bon lit ou sur la terre nue, tout lui est égal, il ne cherche point les honneurs, il naime point les louanges. 11 ne sent point les coups, il est insensible aux outrages ; qu'on le jette dans la boue, ou qu'on le c-juvre de Heurs, qu'on le mettedans un cloaque ou au milieudes parfums, tout cela lui est indifférent. Un mort ne cherche plus rien en celte vie, il n'a plus d'espérance au monde, plus de désirs de fortune, plus de prétentions sur la terre. C'est ainsi qu'on doit désirer d^tre, si l'on veut avoir entrée dans ce troisième état d'oraison. 11 faut avoir au moins ce désir, pourvu qu'il soit sincère et efîicace ; car, pour être véritablement mort à tout, on ne peut l'être sans le secours de cette oraison. En entrant, on a la volonté de mourir atout, et la raison nous en fait venir à l'exécution, ou plutôt c'est dans cette oraison que Notre-Seigneur nous met par sa grâce dans cet état de mort, et qu'après l'avoir pratiqué avec fidélité, nous pouvons dire véritablement avec saint Paul ; Le monde est mort et crucifié pour moi ^ comme je suis mort et crucifié pour le monde, {Gai. VI.) Mais qui sont ceux qui veulent ainsi mourir à tout ? 11 s'en trouve assez qui ledisent; mais je ne sais s'ils entendent bien ce qu'ils disent, et s'ils ont dans le cœur ce qu'ils ont dans la bouche. On s'accoutume souvent à cette manière de parler pour l'avoir lue dans les livres, ou pour l'avoir entendue dire à d'autres; on n'a pas de peine à prendre l'habitude de tenir ce langage, la difTicîulté est de le mettre en pratique. Pratiquons-le donc, et entrons dans l'oraison aver. •ce sincère et généreux désir d'être tou* à

Dieu, et de vouloir mourir k tout. Que cette condition ne vous effraye pas, car nous devons savoir qu'en nous donnant èDieu tout de bon, sans condition, sans re^striction et sans réserve, il se donnera tout à nous, et nous quitterons alors le rien pour le tout, et en mourant à tout ce qui est créé, nous perdrons une misérable vie pour en recouvrer une qui mérite bien ce nom.

11 n'est pas un Chrétien qui ne doive aspirer à cette oraison, mais tous ne doivent pas se mettre en devoir d'y entrer sitôt. Ceux qui remarquent en leur âme la vocation de Dieu par les qualités dont on vient de parler, ne doivent pas balancer de se donner à ce saint exercice ; et ceux qui ne les ont pas doivent faire leur possible pour les acquérir, afin qu'ainsi disposés ils puissent participer au bonheur des autres. Toutefois on ne prétend \ms qu'il n'y ait des Chrétiens que Dieu ne veut point conduire par cette route, et qu'il veut sauver par d'autres voies; on prétend seulement que, dans l'ignorance où nous sommes des desseins de Dieu sur nous, nous devons tâcher d'acquéiir les vertus et les autres qualités requises pour entrer en cet état. Ce sera ensuite à Dieu à nous exclure de ce saint exercice ou à nous y introduire, soit d'une tnanière extraordinaire j comme nous l'avons ditj soit d'une manière ordinaire^ en nous donnant sur cela des inspirations et des mouvements gui nous portent à nous mettre dans cette sainte voie. Mais ce qu'il y a de très-important sur ce sujet, c'est de ne pas se faire juge soi-même de la vocation ordinaire ou extraordinaire, non plus que des dispositions et des qualités nécessaires pour y entrer, mais de s'en rapporter au jugement d'un directeur prudent, vertueux et expérimenté dans les voies de la vie spirituelle.

Les dispositions naturelles de l'esprit les plus propres pour entrer dans cette oraison, sont d'avoir un esprit, bon, bien fait et raisonnable. Certains petits esprits pourraient s'égarer dans cette route, et donner dans plusieurs illusions; il y a des esprits grossiers pour qui cette sorte d'oraison est tpop spirituelle et trop dégagée ou sensible. Quant aux esprits solides versés dans les sciences, ils font des merveilles dans cette sorte d'oraison, quant ils s'y donnent sérieusement, mais malheureusement il s'en trouve beaucoup qui, loin d'y entrer, la combattent ; il semble que ce soit de ces âmes, et pour le sujet que l'on traite, que Jésus-Christ disaU à son Père : Je vous rends gloire, mon pêre^ seigneur du ciel et de la terre^ de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents^ et que vous les avez révélées aux simples et aux petits. (Matth.xi.) Ces beaux esprits ne veulent pas mourir à leurs lumières, ils ne veulent pas devenir petit?, la simplicité n'est pas de leur goût; ils disputent de tout, ils veulent censurer tout, et voilà les grands obstacles qui s'opposent à leur entrée dans cette oraison; au lieu qu'un bon esprit, quoiaue médiocre, et ignorant dans les sciences numaines, y pourra faire de très-

REC

DASCETISME.

REC

f;rands progrès. C'est une erreur de croire que es ignorants doivent être exclus des sublimes étals de la vie intérieure ; ils peuvent y arriver, pourvu quils soient de Donne volonté, il ne lient qu à eux d'être des hommes d'oraison; en commençant par les premiers degrés, et y étant fidèles, la bonté de Dieu les introduira dans l'état dont nous parlons, état qui sera pour eux un banquet délicieux, dont leurs âmes seront abondamment rassasiées. A la vérité Dieu a convié à ce festin bon nombre de personnes, mais elles se sont excusées d'y venir sur des raisons humaines. Celles qui sont riches en la foi, et dociles à la voix de Dieu, doivent remplir leurs places. Pour nous il nous suffit d'être du nombre de ces serviteurs à qui le père de famille, en voyant que ceux qu'il avait conviés à son festin n'y voulaient pas venir, ordonna d'aller dans les places et dans les rues, en disant : « Amenez-ici les pauvres, les e.^^tropiés les aveugles et les boiteux ; allez dans les chemins et le long des haies, et forcez-les d'entrer, afin que ma maison soit remplie. »

Dans ce troisième degré d'oraison, on doit s'acquitter de ses exercices spirituels autrement que dans les deux autres parties; car on doit agir diversement selon les difFércnls états où l'on se trouve. Pour lamesse, [)arexemf)le, il faut l'entendre sans sortir de l'attention amoureuse. Les méthodes qu'on a observées autrefois et les pratiques dont on s'est servi pour bien l'entendre étaient bonnes dans le temps, maintenant elles ne sont plus de saison ; il eût été mauvais de les quitter ulus tôt, mais à présent elles nuiraient si on les conservait encore. Ce n'est pas qu'on doive repousser comme des choses mauvaises et comme des tentations, certaines prières qui viennent à l'esprit, certains souvenirs de la l'assion de Notre-Seigneurdont lamesse est lin mémorial, certains désirs de s'offrir au Père éternel avec son Fils, certains sentiments de regret de ses fautes et autres actes semblables qu'il plaira à Dieu de donner; tous ces actes ne nuiront pas à l'oraison,

Îourvu qu'on ne s'excite pas trop de soi-même les produire ; mais si on les recherche par sa propre industrie, si on s'y attache et qu on veuille les conserver plus long-temps que Pieu ne veut, ils ralentiront et étoufferont même le regard amoureux.

Il n'y a pour les prêtres aucune obligation, sous peiuc de péché, dans aucun état d'oraison cle faire les prières marquées pour la préparation et pour l'action de grâces; ces prières sont de simple dévotion et non de précepte. Cela posé, je dis qu'elles ont pu être très-utiles autrefois ; mais qu'à présent

(47) Une 5me de bonne foi ne se confesse pas, disait M. Boudon, sans avoir les dispositions nécessaires au sacrement de pénitence. En allant à confesse, son inlcnlion est non-scuiemcnl d'exposer ses l'autCK, mais de les haïr; celte haine la porto à n'en plus commettre cl à cherclicr le pardon autant qu'il i'sl inséparable de la grâce el de Tamoiir de Dieu, ôonl elle ne veut jamais déparlir Il n'e^t pas nécessaire que ces disposilions soient sensibles, ni d'ôlre sûr d'avoir fait ces actes dislinclcmcnl. Con-

la multiplicité des prières vocales pourrait préjudicier h Vattcntion amoureuse qui doit être la principale préparation, et la principale action de grâces. Pour ce qui e^t de l'intention, les prêtres doivent toujours «la former, mais non comme autrefois, il a été un temps où Ton mettait des quarts d'heure entiers à diriger son intention, c'est que Ton voulait traiter avec Dieu comme avec les hommes. Pour faire savoir ses intentions aui hommes, il faut s'expliquer, se faire entendre; ce qui ne peut se faire en peu de paroles; il n en est pas ainsi à l'égard de Dieu : d'un seul regard de notre espnt, d'un signe de notre volonté, on lui fait entendre tout ce qu'on veut lui dire.

Dans l'oraison actuelle, il faut faiie sqs examens de conscience au moins aus^i souvent qu'autrefois, mais non de la même manière; autrefois, on éjduchait toutes les pensées qu'on avait eues, les paroles qu'on avait dites, les actions qu'on avait faites, les lieux qu'on avait fréquentés, les personnes à qui 1 on avait parlé, et toutes les omissions où l'on s'était laissé aller; et tout cela était bon, il fallait alors le faire ainsi, mais nonf}lus à présent. Cette manière de s'examiner ferait sortir du regard amoureux dont' il faut conserver l'attrait dans les différents exercices^ sans jamais l'interrompre volontairement.

On se tientra donc devant Dieu dans le désir de connaître ses fautes, le priant de nous les découvrir, et sans détourner de Dieu \qs yeux de son esprit, on ne laissera pas de se souvenir de ses péchés. Qu'on ne dise pas que c'est tenter Dieu que d'agir ainsi : car on a en cet état, une si grande délicatesse de conscience, que les fautes, toutes petites qu'elles soient, se découvrent facilement, et souvent même avant qu'où se soit mis en disposition de les vouloir examiner. De même il ne faut pas se tourmenter pour faire expressément dans la confession un aite de contrition, il suTlit qu'on ait cette contrition ; ce qu'en doit toujours présumer dans les personnes de bonne volonté, quoiqu'il ny ait pas eu d'acte distinct. « Pour faire un acte de contrition, dit saint François de Sales> (entretien i\i^De$ sacrementSy) il ne faut que se prosterner devant Dieu en esprit d'humilité et de repentir de lavoir offensé (4.7). » En cet état d'oraison, on vous conseille de vous confesser une fois la semaine; il n'est pas nécessaire de vous approcher i lus souvent du tribunal de la [énitence, quand même vous communieriez plusieurs fois dans la semaine, à moins de quelque chute dans une grande infidélité. On n'entend point par celte infidélité notable un f éché

snllé sur ce qu'il fallait penser de ce sentiment de M. Boudon, Uossiiet répond : • Il a raison, el je suii de son avis. En effel, mul cela suppose un n.ouvemenl vrai el acluei, dans Tàinc, conlro le pc chr. ... El il est impossible «iu'unc pirsonnc de boiise vo lonlé aille à confesse sans avoir ce mouvement dans le cœur, quoique souvent on puisse ne pas y faire réflexion, ou en faire plus ou moins. » {Lettres de Boisuet à madame de la Maisonfort, Lettre prcm.» rép. XX, xxii.)

REC

REC

mortel ; car tout le monde sait que si Ton en a commis, et même dans un certain doute, il faut se confesser avant de s'approcher de la communion; mais on entend par une infidélité notablsj une faute qui, quoique légère, a été faite avecadvertance, ou contre les remords de la conscience. Que si dans toute la semaine on ne connaît pas avoir commis de faute, qu'on se confesse d'un péché de la vie passée. 11 est môme toujours bon, dans presque toutes les confessions, après l'aveu de ses fautes, de s'accuser d'une faute passée dont on espère, avec la grâce de Dieu, avoir un véritable repentir. C'est le moyen d'assurer la validité de l'absolution.

Quant aux pénitences, si elles sont sacramentelles, il faut s'en acquitter le plus promptement possible, et dans un esprit de componction très-compatible avec notre re-

f;ard amoureux. Il est môme à désirer que es confesseurs ne donnent point aux personnes fort occupées de Dieu, et attirées au dedans d'elles-mômes, des pénitences trop embarrassantes, comme de longues prières et des pratiques multipliées. 11 vaut mieux leur 'donner à faire quelque chose de fort court, comme une aumône, une petite austérité, une prostration de corps, ou choses semblables, qui ne peuvent nuire à leur état, comme des pénitences longues et embarrassantes. Quant aux pénitences volontaires, on peut suivre la règle donnée ailleurs sur ce siijet. Il suffit de remarquer qu'il y a des personnes que Dieu conduit par la voie des austérités, et d'autres par une autre voie. Le directeur ne doit pas être trop réservé pour en refuser aux premières, ni trop facile pour en accorder aux secondes.

La communion, en cet état d'oraison, doit être en rapport avec la pureté de l'âme et la fidélité qu on apporte à s'avancer dans la vertu. Les personnes bien fidèles pourront communier deux ou trois fois la semaine, et môme plus, selon l'avis du 'directeur, gu'il faut toujours consulter là-dessus pour raire ce qu'il |)rescrira. Quant à la préparation à la communion , on redoublera seulement de soin pour demeurer dans une plus grande aUention amoureuse à Dieu, S'il lui platt do nous mettre dans Tesprit quelque vue de l'amour infini que Notre-Seigneur nous porte au Saint-Sacrement, et dans le cœur quelques sentiments de reconnaissance pour ce grand bienfait, recevons-les, mais sans préjudice de notre regard amoureux.

Quant aux prières vocales, il y en a qui sont d'obligation, comme l'office divin pour les ecclésiastiques, les religieux et religieuses; les pénitences reçues à confesse; les prières auxquelles on serait obligé par vœu ; pour celles-là, il faut les faire. Quant aux autres, qui sont purement de dévotion, on en fera peu, et en certain temps on n'en fera pas du tout, lorsqu'on ce trouvera dans un grand recueillement, et gu'on se troublerait infailliblement si l'on faisait quelque prièi^e vocale. Souvenons-nous du reste, quand on récitera les unes et les autres, c'est-à-dire celles d'obligation et de dévotion, de faire en

sorte qu'elles n'éloufl'ent pas notre aUention amoureuse. Il est à désirer qu'en les faisant on fasse plusieurs pauses, qu'on les récite doucement, sans grande contention ni effort; on ne doit plus s'arrôter au sens des paroles, quand l'attention qu'on y donnerait troublerait celle qu'on doit avoir pour Dieu intimement présent; car sa présence est préférable à Tinlelligence des paroles, qui ne doit ôtre qu'un moyen pour aller à Dieu. 11 suffit d'entrer pour cela dans les sentiments de l'Eglise.

Il faut autant que possible, en cet état d'oraison, commencer la journée, la continuer et l'achever en ce saint exercice. En s'éveillant, aussitôt qu'on ouvre les yeux du corps, il faut ouvrir ceux de l'esprit pour regarder Dieu. Le sommeil, qui a interrompu l'actuelle attention à Dieu, ne nous a pas privés de rhabitude qu'on en avait; il n'y a donc (|u'à continuer ce saint exercice dès que 1 obstacle , qui était le sommeil, a disparu. S'il nous vient dans TesjTit d'adorer Dieu, de lui offrir la iournée, on le fera par un petit . signe de la volonté ; si la pensée n'en vient pas, on ne s'en met pas en peine ; car, si autrefois c'eût été une faute d'y manquer, ( o n'en est plus une à présent; car le regard amoureux étant un acte excellent, puisqu'il renferme un acte de foi et d'amour, il faut s'y tenir tant qu'il dure.

On peut porter ce môme attrait dans les différents exercices de la journée, et môme pendant plusieurs jours, comme on pourra s'en convaincre par sa jropre expérience. 11 est vrai que cette attention est quelquefois imperceptible, c'est-à-dire qu'elle se fait sentir plus en certains temps que dans d'autres; mais vouloir faire de cette oraison un état continuel et non interrompu, ce serait exclure la demande, l'espérance, l'action de grâces, et les autres actes que Dieu prescrit pour le cours de la vie, et qu'il faut produire distinctement dans les temps convenables.

•ï La contemplation, dit saint François de Sales ( car c'est le nom qu il donne a cette oraison ), a toujours cette excellence, qu'elle se fait avec plaisir, d'autant qu'elle présuppose que l'on a trouvé Dieu et son saint amour, qu'on en jouit , et qu'on s'y délecte en disant : J'ai trouvé celui que. mon âme chérit y je l'ai trouvé^ et je ne le quitterai point; en quoi elle diffère de la méditation, qui se fait presque toujours avec peine , travail et discours, notre esprit allant, paricelle, de considération en considération, cherchant en divers endroits, ou le bien-aimé de son amour, ou l'amour de son bien-aimé. »

A cela on ajoutera que si cette oraison est passive et infuse, elle se fait sans peine, puisqu'on ne fait que la recevoir et jouir du don que Dieu nous fait ; si elle est acquise, l'habitude donne la facilité d'agir. C'cft comme une rivière, qui, après avoir fait mille détours en différents pays, vient onQa se jeter à la mer; ce qu'elle fait, non-seulement sans peine , mais avec une si ^ande rapidité, que si elle en était empochée, ell

REC

D'ASCETISME.

ftEC

en souiTriraiti si elle était capable de souffrance.

Pour ce qui concerne les aflaires, il ne faut s'en mêler que par Tordre de la Providence, ne point les entreprendre par inclination et par mouvement de la nature, mais, seulement parce que Dieu le veut. 11 fîiut, de plus, ne pas agir par esprit humain, par des voies humaines et des vues d'intérêt, mais dans l'esprit de Notre-Seigneur, par lequel on doit se laisser conduire, se souvenant do ces belles paroles de saint Paul : Que U$ enfants de Dteu sont tous ceux qui sont poussés et conduits par l'Esprit de Dieu. (Rom. VIII, 1^. ) Alors les affaires n'étoufferont pas le regard amoureux ; agir autrement, c'est le moyen de le perdre bientôt.

Quant aux divertissements , il y en a de mauvais, comme de boire et de manger avee excès, tenir des discours contre la charité; il y en a de dangereux, comme la danse , les spectacles; il y en a qui sont inconvenants à quelques personnes, à i;ause de leur condition, comme aux ecclésiastiques la chasse et certains jeux. Il y en a d'autres qu'on appelle honnêtes, comme la promenatfe, la musique. Les trois premières espèces de divertissements sont interdites aux personnes qui sont dans cetle oraison. Pour la quatrième, on n'en doit pas prendre iK)ur le simple plaisir; car ce motif est irop opposé à l'élat do mort dans lequel on doit vivre; mais on en peut prendre : 1** par raison de santé; 2** par complaisance chrétienne envers ceux qu'on «dpérc gagner à Dieu par cette condescenoance; 3" par nécessité, quand on se trouve en certaines occasions quon ne peut quitter couven<fi)iement; mais on doit bien prendre g/îrde que le cœur ne se laisse si fort pénétrer de ces divenisscnienls, que l'attention amoureiLie n'eu soit bannie.

Daiis les compagnies et les conversations, on i>e doit avoir a enlielien avec le monde qu'à •'*aison des bienséances, de la charité, ou do la nécessité; quand on se trouve en com|i»a^nie par une de ces raisons, on doit l>arairre modestement gai, et éviter ce trop grand sérieux qui épouvante le monde, décrie la dévotion , et sert au moins de prétexte pour s*en éloigner; mais il faut pourtant tellement tempérer la gaîté» que Ton ne dise ni (|u'on ne fasse, non-seulement rien contre Dieu et le prochain, mais qu'on ne perde pas même la principale occupation, qui est la présence de Dieu.

La maladie, si on n'y prend garde, est un des grands écueils des personnes d'oraison. 11 est vrai que c'est par leur faute; car les maladies nous sont envoyées de Dieu pour en profiter , et nous nous en servons pour nous relAcher. Un malade, sous prétexte de relâcher son esprit , lui donne plus de liberté que de coutume , et ne veut pas se gêner. Sous prétexte de se soulager, il prend

(ses commodités quand ils les trouve, cherche à se satisfaire dans le boire et dans le manger , surtout dans la convalescence qui est un temps fort dangereux , si Ton ne se met extrêmement sur ses gardes. Pour évi-

DlCTI0N!fAIBC d'AsCÉTISMK. H

ter cet écueil, il faut qu'un malade soit tldèld à se tenir dans le regard amoureux^ qui est assurément compatible avec les plus riolentes maladies. Il serait bon au'il priât ceux qui viennent le visiter de lui parler de Dieu; et, si le mal pouvait le permettre, il devrait se faire lire quelque bon livre. Il ne faut pas qu'il oublie de se. mortifier en toute occasion, quand ce ne sera pas au préjudice de sa santé ; un malade a assez lieu de le faire en prenant volontiers les remèdes les plus difficiles, en n'écoutant pas mille petites envies de se satisfaire , qui viennent en foule dans l'esprit; en se soumettant aux ordres des médecins et de ceux qui ont soin de lui.

Il est bon de savoir comment on doit se comporter dans les contradictions assez fréquentes qu'on reçoit de la part du monde. Le Saint-Esprit nous assure par saint Paul

Îue tous ceux qui veulent vivre avec piété en ésxiS' Christ seront persécutés. (Il Tim, m , 12.) Si celte parole est vraie de tous ceux qui font profession d'être gens de bien , elle 1 est surtout de ceux qui sont dans ce troisième degré d'oraison ; car ce ne sont pas seulement les méchants qui leur font la guerre , comme aux autres chrétiens , mais souvent, ce qui est plus difficile à supporter, ce sont des personnes vertueuses aui, ignorant les vo:es d'eraison, croient onner gloire à Dieu en persécutant celles gue Dieu y a appelées. Mais que doivent faire celles-ci ? Ne jamais sortir de leur a(tention amoureuse^ quelque chose qu'on

f)uisse leur dire ; éJiher tout le monde par eur patience ; garder pour l'ordinaire un {irofond silence dans les accusations qu'on èra contre elles ; se tenir attachées h Dieu , dans la confiance qu'il prendra en main leur cause et la sienne, s'il le juge à propos ; ne pas se mettre en peine si Dieu fait connaltro leur innocence ou* non; offrir leurs petites mortiûcatiobs , leurs oraisons et quelques communions pour leurs iilus grands persécuteurs, les aimer cordialement, comme ceux qui leur font le plus de bien , en donnant lieu d'exercer la patience et de devenir semblables à Jésus-Christ.

On n'est pas plus exempt de distractions dans cet état que dans les autres. Il arrive quelquefois que les puissances de notre Ame sont dans un si grand recueillement , que l'imagination même leur tient compagnie» et reste en ref)os et dans un grand calme avec elles ; mais cela n'est pas toujours ; d'autres fois elle court de tous côtés comme un cheval fougueux. Il faut alors con«* tinuer son attention amoureuse , et tendre h Dieu malgré cette foule d'images que l'imagination représente. Si elle entraîne avec elle nos pensées, ce qui arrive souvent, il faut , autant que possinle, bien rentrer au dedans de soi-même , s'élever à la hauteur de son esprit pour se mettre au-dessus de toutes les distractions. Si cela est inutile , on doit se mettre devant Dieu comme nn but contre lequel il prend plaisir à décocher ses traits; et cependant , il faut se tenir

fiDC

WCTIONNArilE

REC

en rnix jusqu'à ce cpi'il plaise à sa divine bonté de commander aux vents et de faire cesser la tempête.

Là conduite à tenir dans les tentations est à peu près la même que dans les distractions : ne pas s amuser à y répondre , et à raisonner avec la chair et le démon ; ii faut se retirer dans le fond de son cœur comme dans un rempart assuré contre la violence de Tennemi. Une personne de cette oraison avait coutume de dire qu'elle s'y croyait dans un lieu d'assurance, comme sur une haute tour, environnée de bêtes féroces rugissant, hurlant et s'élançant de toutes leurs forces pour en atteindre la hauteur; mais que voyant bien leurs efforts inutiles , elle ne s'en inquiétait point. Ainsi en est-il du fond de notre âme qui est un lieu inaccessible aux tentations de la nature et du démon.

Si Von a des biens et des charges, il ne faut pas y avoir d'attachement; car il est dit : Si les richesses vous viennent en abondnnce^ h'ymtttezjjfas votre cœur. [Psal. lxi.) Il .faut se souvenir qu'on fait profession dé la pauvreté la plus étroite, puisqu'on doit se défaire de la moindre pensée qui ne porte pas à Dieu, et du moindre désir qui ne tend pas à lui. On fait aussi partie de ces véritables pauvres d'esprit dont parle Noire- Seigneur et gu'il nomme bienheureux ; et on sera en effet bienheureux, puisque du moment qu'on n'aura plus d'affection à rien de ce qui est crée, on sera rempli de Dieu. Si l'on doit ménager son bien , soit parce qu'on a des enfants ou pour tout autre raison , on doit le faire , mais sans empressement et sans que notre oraison en souffre; te qui demande une grande vigilance sur soi-même et une grande union avec Dieu.

La conduite qu on doit tenir envers sqs parents et s^^s amis consiste à se souvenir souvent de ces a'Jmirable^ paroles du Fils (le Dieu : Je suis venu séparer le fils d*avec le père y la fille d'avec sa mère j la belleftile d'avec la belle-mère ^ et l'homme aura pour ennemis ceux de sa maison. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n'est pas diine de moi ; et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi, n est pas digne de moi. (Matth. X.) Ce n'est pas que Notre-Seigneur op]>renne à avoir de l'aversion pour les parents; mais il enseigne à s'en détacher et à ne plus les aimer que spirituellement. Voici l'avis que sainte Thérèse donne à ses religieuses; il peut convenir à beaucoup de monde : « Je ne saurais , dit cette sainte ,

Knser sans étonnemant ' au dommage que n reçoit de converser avec ses proches. 11 est tel, que je doute qu'on le puisse croire, si on ne l'a expérimenté ; et je ne suis pas mqins étonnée de ce que la perfection de notre jôtat , qui nous oblige de nous en séparer, paraît aujourd'hui si effacée dans la plupart des maisons religieuses , qu'il n'en reste presque plus aucune trace. Je ne sais pas ee que nous quittons en quittant c^e monde, nous qui disons que nous Quittons tout pour Dieu , si nous.ne(ju,itton3 le prin-

cipal gui e&t nos parents. Cela est venu à uo tel point, qu'on prétend faire passer pour un défaut de vertu en des personnes religieuses de ne pas aimer beaucoup leurs proches, et l'on veut même prouver par des raisons que c'est un défaut de ne pas converser souvent avec eux. Mais , mes filles , ce que nous devons faire en cette maison , après nous être acquittées des devoirs dont je vous ai parlé, et qui regardent l'Eglise , c'est de recomnaander beaucoup nos parent» à Dieu , et d'effacer ensuite le plus gue nous pourrons de notre mémoire ce qui les regarde, parce que c'est une chose naturelle que d'y attacher notre affection plutôt qu'aux autres personnes. » Pour ce qui reçarde les amis d'inclination, d'intérêt et de divertissement, on ne sait ce que c'est d'en avoir dans cet état d'oraison, et si on se laissait aller à en avoir par une malheureuse complaisance , on en ressentirait bientôt un préjudice notable.

Quant à la charité corporelle qu'on doit rendre au prochain , les personnes de cette oraison satisfont .à cette obligation plus parfaitement que jamais, mais non pas peutêtre avec une ardeur si sensible et avec autant d'empressement que lorsqu'elles étaient dans l'oraison afleclive. Ainsi elles servent les malades dans l'occasion, mais elles ne sentent pas toujours , comme par le passé, cette compassion sensible pour les maux corporels du prochain ; elles ne s'empressent f)as non plus d'aller dans les hôpitaux, comme elles le taisaient habituellement ; mais quand Dieu le demande d'elle-s, ce qu'on connaît, ou par les mouvements qu'il en donne, ou par les avis d'uti directeur, ou parce que l'état et la condition le demandent, aussitôt elles y vont; et sans quitter leur attention à Dieu, il n'y a rien de si bas, de si rebutant qu^elles ne fassent, regardant les malades en Dieu. Elles comprennent alors comment saint Louis, saint François , saint Xavier, sainte Catherine de Sienne et autres saints , baisaient les plaies des malades et que^uefois même en suçaient le pus; car eîies se sentent dans la disposition d'en faire autant, si l'occasion s'en présentait, et s'il n'y avait sujet de craindre la vanité pour de pareilles actions qui paraissent fort extraordinaires aux yeuT (îu commun du monde. Pour l'aumône, elles la font sans peine ; n'étant attachées à rien» elles ne ressentent pas la privation de leur bien qu'elles donnent en partie aux pauvres. Le zèle qu'elles ont pour le salut des âmes n'est pas toujours fort ardent, du moins sensiblement; mais il ne iaisse pas que d'ôtre fort efficace ; il n'y a rien qu'elles ne fassent pour sauver une âme ; pas de travaux qu'elles n'entjpeprennent pour cela, et elles seraient pêtes a tout. Elles s^offrent comme Moïse a être effacées du livre de vie pour le salut de leurs frères, ou, comme saint Paul, à être analhème pour eux. On les voit entrer dans les sentiments de. sainte Catherine de Sienne ui souhaitait que Notre-Seigneur fermA»

e son corps l'entrée de l'enfer, afin qu'il no descendit plus d'Ames dans ces horriLIu»

REC

D'ASCKTISMK.

REC

iî4

cachots, et qu'elle seule fût privée des joies du paradis (48). Un saint homme très-expérimenté dans les voies spirituelles avait coutume de dire que c'étaient les personnes de cette oraison qui soutenaient le monde, qui désarmaient Dieu, et qui fléchissaient sa colère irritée contre les pécheurs.

Quant à la solennité des fêtes, tous les jours sont égaux pour ces âmes ♦ en sorte que pour l'intérieur, il n'y a point de différence chez elles entre les fêtes et les jours ouvriers ; seulement celles qui sont obligées, à raison de leur état, de passer la plupart de leur temps à travailler, et qui en ont peu pour l'employer spécialement à l'oraison, en consacrent davantage les jours de fête , et font alors leur petite provision pour la semaine- Du reste, elles entendent la messe, et celle de paroisse autant que possible, et assistent aux autres offices ; donnant en tout cela bon exemple par leur régularité.

Les personnes obligées d'étudier par leur condition ne laissent pas de s'appliquer à l'étude, quoiqu'elles soient dans cette oraison ; et la dévotion, qui ne çâte jamais rien, ne les empêche pas ae satisfaire en cela à leur devoir. 11 est vrai qu'il y a des temps uù elles. le font avec peine, et c'est lorsqu'elles sont beaucoup altérées de Dieu ; mais pour l'ordinaire, elles ont la liberté de s'y appliquer quand il le faut. 11 est encore vrai que l'étude peut être une pierre d'achoppement si l'on n'y prend garde, surtout dans les commencements de cette oraison, H lorsqu'on n'y est pas encore solidement établi ; car Tattention à Tétude combat Tattention à Dieu, et souvent la surmonte et J'étouffe. Que faut -il donc faire? Il faut étudier pour faire son devoir, mais non pour d'autres motifs. Ainsi :

1" L'on doit étudier sans empressement. Il sera donc utile, pour rompre 1 activité naturelle et la passion de savoir, de faire plusieurs petites pauses pendant l'étude ; pendant ces pauses, l'on se tiendra dans l'attention amoureuse^ qui se fortifiera par ce moyen, et ne sera pas vaincue par celle qu'on doit avoir à l'étude. 2* On ne doit jamais étudier par curiosité; cependant il se trouve des personnes faisant profession d'oraison, surtout des femmes, qui se laissent emporter par la curiosité, et veulent plus savoir qu'il no convient à leur sexe, à leur état et à leur condition. On ne comprend pas comment elles peuvent s'imaginer

Îu'elles conservent Yatteniion amoureuse à iou pendant ces études inutiles et curieuses ; la chose paratt tout à fait impos-

(48) Ces souhaits se réduisent a ceci : Je voudrais élrc anallicmc pour mes frères, si par impossible lear salut pouvait <tre procuré aux dépens de mon propre salut, c Le souliait ou consentement de S*« Calberine de Sienne, dit Bossuet, est le nusinc €\a4»t celui de Moïse ou de S. Paul, qui procède toujours par rimpossible, c'est-à-dire sous une condition impossible de sot, et ainsi ne présuppose aucun souhait réel, puisque l'impossible même ne peut pas être Tobjet de la volonté....* Et ailleurs: « Je ne nie donc pomi cos absti actions, mais je ne le^t crois pas

sible. Pour éviter la curiosité, il serait hon de se faire régler par son directeur l'étude qu'on doit faire et les livres qu'on doit lire; et ne jamais passer les règles qu'il aura prescrites sur ce sujet. 3* On ne doit jamais étudier pour le plaisir et la satisfaction qu'on y trouve ; ce motif es»t indigne d'une personne d'oraison. Mais on doit le faire pour la volonté de Dieu, s'instruire de ses obligations et enseigner les autres quand on y est obligé. fc° On ne doit mettre ni trop m trop peu de temps à l'étude; ceux qui seraient obligés d'y vaquer, et qui voudraient faire de longues oraisons, iraient contre leur devoir, et contre ce que Dieu demande d'eux. Ceux qui donneraient tout leur temps à Tétude, et n'en réserveraient que très-peu pour l'oraison , seraient en danger de se

{)erdre. Pour éviter ces deux extrémités, il iaut encore se faire marquer par son directeur le temps qu'on doit donner à l'étude. 5" Enfin il faut éviter dans Tétude toutes les nouveautés en ùit de doctrine, et se donner bien de garde surtout d'embrasser nonseulement des sentiments contraires à io foi de l'Eglise, mais môme des opinions qui, quoique non condamnées, sont cependant moins approuvées. 11 faut que les personnes qui font profession d'être mviolablement et continuellement unies à Dieu, le soient aussi à l'Eglise et à son chef visible.

Qnani à la nourriture et aux vêtements, si l'on est dans un lieu où Ton n'ait pas besoin de pourvoir à sa nourriture, on peut s'en tenir a cette règle de Notre-Seigneur à ses apôtres : En quelque ville que vous entriez^ et où Von vous aura reçus , mangez ce qu*cn vous présentera. (Luc. x.) Si la nourriture est à votre choix, la plus commune, la moins recherchée et la moins délicate sera la meilleure: il serait à désirer, qu'à l'exemple des saints, on ne prît pas garde à la maiiiere dont les viandes sont apprêtées, et que l'attention à Dieu fût si forte, qu'elle emportât celle qu'on a en mangeant. Voilà pour la qualité de la nourriture ; quant à la quantité, cnacun doit connaître ce dont il a besoin. Tous les saints qui ont recommandé Toraison ont recommandé en même temps la sobriété ; mais plusieurs aussi sont tombés dans un excès contraire en prenant trop peu de nourriture. L'expérience et les avis des médecins de l'âme et du corps doivent faire notre règle en ce point. Pour ce qui concerne le vêtement, il sera bon qu'il soit d'étoffe fort commune, sans rechercher aucune affectation. On ne sait comment ceux qui suivent exactement les modes, qui s'anécessaires pour la perfection. Les vrais motifs essentiels à la perfection, c'est d'y regarder le réel, comme Dieu Fa établi, et non ce qu'on imagine sans fondement. Ainsi ces expressions ne sont tout au plus que des manières d'exprimer que Pamour qu'on a pour Dieu est à toute épreuve; j'ajoute qu*il est dangereux de les rendre si communes; i^ar elles ne sont sérieuses que dans les Paul, les Moïse, dans \ca plus parfaits, et après de grandes épreuves. » (Lettres de Bossuet à madaiue de la Maison fort, Lettre prcm., rép. xxix xxsi.)

ll£C

MCTiœCUttE

KBL

josteot arec soin, qoi perdent da temps à s*habiller, qci, pour lenrs habits, ne dif> fèreot en rien des sens da monde , penrent se conserrer dans Fesfnit d'oraison. On pent parfois garder certaines apparences, et s^babîller comme les personnes les plus modestes de sa condition ; mais il font qae ce soit pour de bonnes raisons, par esprit d'obéissance, qu'on ne tienne à rien, et qu*on se débisse de tous ces vains ornements, si on le juçe àj)ropos pour notre avancement. On dit ou on peut s'habiller comme les personnes les plus moiestes de $B condition , pour faire comprendre qu'on ne doit jamais permettre des nabits où éclatent le luxe et la mondanité, et encore moins tolérer chez les femmes des vêtements trop découverts et certaines parures qui les feraient plutôt prendre pour des cornéliennes que des personnes honnêtes.

Il est des personnes qui peuvent s'habiller de manière que le monde s'aperçoive qu'elles font profession ouverte Je dévotion, et d'antres qui ne le peuvent pas. Ainsi une femme ne peut s'habiller ainsi Sans le consentement de son mari, une ûUe sans l'agrément de sa mère, un domestique sans la permission de ses maîtres. On ne conseille pas non plus ces sortes de vêtements : 1* aux personnes qui peuvent iaire plus de bien sous un habit ordinaire que sous un autre qui les rendit singulières et leur fermât l'entrée des maisons et des compagnies où leurs visites sont nécessaires et utiles; 2* à celles qui sont encore chancelantes dans le bien et qui ne sont pas encore affermies dans l'oraison, de peur qu'en quittant cette dévotion avec cette manière de se vêtir, elles ne donnent au monde quelque sujet de se railler de la piété. Mais, hors de ces cas exceptionnels, on louera toujours ceux qui feront profession ouverte d'imiter dans leur pauvreté Notre Seigneur et sa sainte Mère. Quand on a assez de courage pour renoncer par cet extérieur aux maximes du monde, on s'ouvre un chemin à une haute perfection, à laquelle on s'en-

Sage irrévocablement par cette manière 'agir. 11 faut cependant se souvenir de garder dans ses habits une certaine propreté et une certaine décence que les saints ont pratiquées et qui empêchent de rendre la dévotion ridicule.

Les retraites spirituelles peuvent être trèsutiles dans l'oraison éTatUntion amoureuse. Aussi saint François d'Assise, tout parfait qu'il était, n'omettait pas cette sainte pratique, et ce fut dans une retraite qu'il fit sur le mont Alverne, qu'il reçut les sacrés stigmates de Notre-Seigneur. On peut donc très-utilement se retirer pour quelques jours dans des lieux où il est d'usage de faire les exercices spirituels, ou en quelque autre endroit écarté du bruit et du commerce du monde, ou se tenir dans sa propre chambre au début d'un lieu plus commode, et là donner tout le temps possible à roraison. Cette assiduité à cet exercice nous y fefa avancer et nous fortifiera. Quand nous re-

tooroeroas dans le tracas des albîres «cdsis le tumulte des compagnies où l'on e^ oUigé de se trouver, nous ne serons point détour* nés de l'attention à Dieu, même au milieu des plus grands embarras. De plus, b retraite nous servira à coonaltre nos débuts; car c'est dans le loisir et le calme de la retraite qu'on vient à les connaître. Quant à la manière de se comporter dans cette oraison, on! ne doit pas méditer conune par le passé. On peut cependant lire des suiets de méditation, à moins d'en être empè<£é par quelque grand recueillement. Le mieux est a'emplojer presoue tout le temps à Foraison* et à des revues fort simples sur ses actions et sur ses emplois, pour voir ce qu'il y i à retrancher et h ajouter; tâchant de connaître ce que Dieu demande, afip de l'exécuter ensuite fidèlement.

Les défauts à éviter pour avancer dans cette partie de l'oraison sont au nombre de cinq. Le premier est l'incertitude sur la bonté de cet état, et sur la vocation. On ne peut avancer avec de l'indécision; on appréhende toujours de faire de fausses démarches, et cette crainte fait perdre le temps en mille réflexions inutiles; on feuillette les livres qui traitent de cette matière, pour voir si ce qu'ils disent de cette oraison est conforme ou non à cequ'on éprouve; en consulte» pour s'éclairer, autant de personnes qu'on en peut rencontrer ayant quelques lumières sur cette voie d'Oraison; mais souvent, après toutes ces enquêtes, on n'est pas plus instruit qu'auparavant, ni plus certain de la bonté de son état. Dans ces circonstances, il faut une bonne fois choisir quelqu'un di^ne de confiance, et s'en tenir à sa décision, sans jamais plus admettre aucun doute; sans cela on ferait comme ceux qui, marchant par un chsmin douteux, retournent sur leurs pas, faute d'un guide qui les rassure et les tire d'incertitude. Si 1 on ne peut rencontrer un guide instruit et éclairé, qu*on lise ce qui précède sur la bonté de cette voie d'oraison, et qu'on examine les marques de vo:ation rapportées ci-dessus, et après s'être assuré que cette route est bonne et qu'elle convient, qu'on avance sans hésiter davantage.

Le deuxième défaut à éviter, c'est la résistance aux desseins de Dieu sur nous. Dieu veut que nous nous défassions de certaines attaches, et nous n'en voulons rien faire; il veut que nous nous corrigions de certaines imperfections, et nous ne taisons point d'efforts; il nous sollicite de iaire certains actes de vertu, et nous ne faisons pas semblant de récouter. C'est un grand défaut qui souvent cause la perte de beaucoup de personnes, lesquelles, s'apercevant qu'elles ne font aucun progrès dans cette voie, la quittent et ne savent plus que faire, ni par quelle route marcher, au lieu de se dire a elles-mêmes : Ce n'est pas par la faute de la voie que je n'avance pas, mais par ma paresse et mon

£eu de correspondance aux grâces de Dieu. e remède à ce mal, c'est qu'en même temps qu'on regarde Dieu, il faut écouter ses ordres pour les exécuter, conformément à ces belles

MX

Page 1