‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 97 sur 315 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Je cède ingénument à a vertu et au mérite de tous ceux qui ont écrit du sujet que je traite: mais la plupart de leurs ouvrages paraissant si longs ou si obscurs, que beaucoup d'esprits ne sauraient sans grande peine y trouver ce qu'ils cherchent ; la charité, h qui rien n'est impossible, me fait entreprendre de tracer un chemin, aussi aisé qu'il ssera court, pour parvenir à la perfection dvi chrétien.

Quoi que je fasse, ceux qui m'ont devancé en un pareil travail ne laisseront pas d'avoir beaucoup d'avantage sur moi, en ce qu'ayant mieux pratiqué ce que j'enseignerai peut-être plus clairement qu'eux, ils ont heureusement fourni la course, dont j'aplanis seulement la carrière. Mais je prétends, •pour imiter leur vertu, orofiler des instruc-

tions que je donne aux autres, apprenant moi-même la pratique des enseignements qu'ils trouveront en ce livre.

Si ceux qui le liront me veulent croire, nous marcherons d'un même pied dans les voies que je leur découvre : leur salut m'étant si cher, qu'en ce sujet je ne distingue point leur intérêt du ncien.

Les philosophes apprennent que la fin attire et détermine tout agent à son action ; aussi, fiour porter les âmes au bien gue je leur propose, je les conjure de considérer que deux fins les obligent de travailler pour parvenir h la perfection chrétienne. L'une est attachée à leur intérêt particulier, puisque c'est leur salut, et l'autre h celui de leur Créateur, puisque c est sa prc pre gloire

SUPPLEMENT A(J DICTIONNAIRE D*ASCET1«IIE

Je considère ces deux fins comme différentes ; parce que quand même la première ne sérail pas, la dernière ne laisserait pas d'avoir lieu, c' est-à-dire, ;quand Thomme n'aurait point à se sauver, il demeurerait toujours obligé pour la pure gloire de Dieu, à rechercher Ta perfection dont Jésus-Christ nous a donné l'exemple ; mais étant impossible d'aspirer à la gloire de Dieu sans se sauver, et de se sauver sans procurer la même gloire, à proprement parler, ces deux fins se peuvent réduire à une seule.

Sans examiner en ce lieu comme la perfection dont je traite oblige les âmes à considérer différemment l'intérêt de l'homme et celui de Dieu, il me suffit de dire eh général qu'elles doivent suivre par ces deux raisons le chemin que je prétends leur faire voir. Je m'attacherai d'abord à leur représenter l'importance de la première, tant parce que c'est elle, comme la plus sensible, qui peut plus aisément les mellre dans le cnemin que je leur ouvre, que parce qu'il n'appartient qu'à ceux qui ont déjà acquis la

Serfection, dagir pour la pure gloire de lieu; et comme les enfants apprennent à marcher avant que de pouvoir courir, et sont nourris de lait en attendant que leur estomac soit capable de digérer les viandes solides; de même il faut en s'accommodant à rinfirmilé de l'homme, le faire entrer doucement dans les voies de la perfection, par la considération de son propre intérêt , afin de l'y faire après marcher à grands pas, sans autre motif que celui de la gloire de Dieu, la-

auelle seule peut le faire parvenir au bout e la carrière.

Pour cet effet, les cinq premiers chapitres de ce livre ne contiennent que les divers motifs qui doivent porter l'homme à être soigneux de son salut, pour l'amour de luimême.

Après, je déclare en quoi consiste la perfection que je veux imprimer dans les cœurs, et traite au même temps des trois vies, pur-

gative, illuminative et unîtive, qui sont trois degrés pour parvenir à \\ne si heureuse fin.

Je recherche ensuite les moyens qui peuvent porter à la perfection de ces trois yies, et les réduis à quatre, à l'amour de Dieu, à la considération de sa présence, et au fré-

auent usage des sacrements de pénitence et e l'Eucharistie.

Reprenant après en particulier les trois divers degrés de la vie parfaite, dont le sixième chapitre donne une connaissance générale, je m' étends sur les observations qui sont nécessaires à leur pratique, et traite assez amplement tout ce qui est de l'oraison, et particulièrement ce qui concerne la mentale, parce que c'est l'âme du second degré de ces trois vies.

Je montre ensuite qu'en toutes conditions on peut parvenir à la perfection enseignée dans ce livre.

Et après avoir fait un chapitre de conseils spirituels utiles à la conduite des flmes, je finis par deux chapitres auxquels le premier de ce livre m'engage.

L'un fait voir qu'il est impossible de ne connaître pas la vérité d'un Dieu, qui est le fondement de toutes choses.

L'autre prouve l'immortalité de l'Âme, sans laquelle on chercherait en vain la perfection de la vie chrétienne.

Pour tirer profit de cet ouvrage, il le faut lire avec attention d'esprit, et avec assez de loisir, afln de faire réflexion sur ce qu'il enseigne. Mais il faut surtout en le lisant élever son cœur à Dieu, et lui demander sa grâce pour le bien entendre et le bien pratiquer.

Ensuite il faut penser et repenser à ce qu'on aura lu ; imitant les animaux, qui ruminants mâchent et remâchent leur pâture, pour eu tirer un suc plus épuré. L'importance du sujet requiert un tel soin, puisqu'il s'agit de l'élernité, et d'y parvenir par la voie la plus parfaite et la plus infaillible.

DE LA PERFECTION DU CHRETIEN

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