DICTIONNAIRE D*E8TUET1QUE
mencer par le ^rand autel en baldaquin qui est vraiment hideux, tant par sa forme que par son excessive disproportion avec la nef.
Quant aux travaux tout à fait récents, cette cathédrale mérite une place spéciale dans rbistoire de l'art» puisqu'elle a été peut-être la première en France h recevoir rempreinte d'une pensée régénératrice. £n 1810, les deux flècnes qui s élèvent à cent cinquante pieds au-dessus de sa façade septentrionale, étant menacées d'une ruine totale, on voulait les abattre ; un architecte» nommé M. Combes, entreprit de les restaurer : il en vint à bout avec un succès complet, et sans altérer leur caractère primitif. II fit ensuite les galeries qui lient ensemble les piliers de la nef, mais qui malheureusement n'ont pas toute la légèreté qu'on pourrait exiger. Son élève, M. Poitevin» a construit auprès de la façade du nord une sacristie en forme de chapelle» remarquable à l'extérieur comme à l'intérieur par la conformité du s>tjrie et des ornements avec ceux de l'édifice primitif. On voit que l'architecte n'a pas cherché à faire de [originalité à lui. Cela me semble un immense pas vers le bien.
Mais à peine l'oéil s'est-il détourné de ce spectacle consolateur» qu'il rencontre un monument victime d'un exécrable vandalisme. C'est la tour dite de Peyberland, élevée, à la fin du xv* siècle» par Pierre Berland» fils d'un pauvre laboureur du Médoc, qui devint, à lorce do piété et de savoir» archevêque de Bordeaux en 1430. Cette magnifique pyramide» qui avait autrefois» avec sa flèche» trois cents pieds de haut» avait été, dit-on, construite avec un zèle patriotique par Tarchitecte que l'archevêque avait chargé d'exécuter son projet, et qui était stimulé par le désir d'élever un monument français capable de lutter avec les flèches de Saint-André» ouvraae des architectes anglais. Aussi réussit-il si bien que le chapitre métropolitain lui vota, en guise de récompense» un habit d'honneur qui fut acheté dix irancs. Les terroristes avaient condamné à périr cette œuvre si pieuse» si touchante, si nationale; mais leur fureur fut impuissante : on ne put faire tomber que la ilèche, la tour résista à tous les efforts, et Ton fut obligé de résilier le marché oui avait été passé avec un destructeur. Elle est donc encore debout» mais déshonorée et dévastée. Toutes les ouvertures ont été bouchées depuis le haut jusqu'en bas ; tous les ornements» les riches et innombrables fantaisies de l'artiste ont été arrachées, il n'en reste que ce qu'il faut pour convaincre que le xv* siècle avait rarement produit une œuvre où se fût mieux développé le luxe inépuisable de son imagination. Klle sert maintenant, cette pauvre tour, comme celle de Saint- Jacques la Boucherie à Pari^ et de Saint- Martin à Tours, elle sert à fabriquer du l)lomb de chasse. C est ainsi que l'on trouve moyen, en ce siècle éclairé et progressif, d'utiliser ces cristallisulions de la pensée
humaine lancée vers Dieu» ees inlkixiblât doigt* levée pour montrer le ciel (854).
L'église de Saint-Michel a aussi (ofi clo» cher séparé de l'édifice principal et de la même époque, du même genre de beauté que la tour de Peyberland; ce clocher était surmonté d'une flèche construite en li8(t et que l'on vantait comme la plus belle da miai; elle s'écroula en 1768» et aujourd'hui la tour ne sert plus que de télégraphe. Le projet de rétablissement, conçu et présenté par M. Combes, a été soigneusement repoussé par l'administration. L'extérieur de cette église de Saint-Michel est du gotbiqne le plus riche; la façade du nord est admirable, mais indignement obstruée par la maison curiale. C est i peine sien peut voir le portail central et les bas-reliefs qui la surmontent. Ces bas-reliefs sont du xn" siècle, un peu trop maniérés» mais irès-remarquables : ils sont doubles» c'ast-à-dire qu'il y en a quatre adossés l'un à Tautre» dont deux font face i l'extérieur et deux à Tintérieur de l'église. Ceux du dehors représentent le iocrifice d'Isaae et l'A^iMaai pascal: ceux du dedans» fatnl Michel terrai'' sant le démon et Adam et Eve. Les deux couples de bas-reliefs sont séparés par ua double groupe sculpté de grandeur naturelle, antérieur d'un siècle au moins» ei d'une merveilleuse expression. A l'extérieur c'est le Baiitr de Judas^ à l'intérieur c'est YEcce Homo : rien de plus beau que la tête du Christ dans tous deux. L'intérieur de Saint-Michel a des défauts; de stis cinq nefs» les trois du milieu sont égales en lar-
feur, ce qui, vu le peu de longueur de toute église, produit un très-mauvais effet. 11 y a un transept, mais pas de rond-point; au fond de chacune des trois nefs s élève uu autel éi)ouvantable, surtout celui du ceotre, où Ton voit saint Michel au milieu d'unv montagne de plAtre boufiie destinée à figu<rer des nuages. £n revanche» il y a dans la quatrième chapelle du bas-côté de la nef» à gauche» un autel du xvi* siècle qui est Tua des plus curieux monuments de transition qu'on puisse voir ; l'ogive y apparaît à peine» tout affaissée qu elle est sous le poids des coupoles» des tourelles» des arat>ebques» des ornements de tout genre que lui impose Timagination émancipée et capricieuse de l'artiste. Ces ornements servent d'encadrement à trois charmantes statues» ATalre-AMif et f enfant JésaSy sainte Catherine et saîali Barhe^ celle-ci délicieuse, bien qu'évidemment inspirée par une beauté d'un genre tout dffférent de celle qui régnait sur les imaginations des siècles antérieurs; la foAia de cette chapelle» comme celle de laoe^ est très-ornée et très-curieuse.
La plusancienneet la pluscurîeuse^lise de Bordeaux, est celle de Sainte-Croix: iondée par Clovis 11» en 651» elle a été recoas* truite dans sa forme actuelle à une époque que les autorités les plus comfiétentes sar* cordent à tixer à l'année lOSit sous Goil-
t8o4) Wonlbwoilli. Crue leur a élé depuis rac1ic«fe et réiinîc à la méiiopole.
APPENDICE. — DU TANDALISME ET DU CATHOLICISME DANS L^ART
laume le Bon, duc d'AquitAine. C*est un monument presque unique du eenre mystique» hiératique, qui a précédé 1 architecture fxothiuue, et de la transition qui y a conluit. Je ne me sei1su)asle droit de rien dire sur son caractère mélang.é, ni sur les célèbres sculptures symboliques de sa façade, oui a été démte, ainsi que tout le reste de I édifice, atec autant d'exactitude que de discernement, par M. Jouannet, dans rexceliente notice qu'il a insérée dans le Musée 4fAyuitainef et que tous devez connaître. Mais je serai fidèle è ma mission en dénonçant les ravages que le vandalisme a infligés a cette belle et pure église, qui, saccagée et •mutilée au dehors par la terreur, a été flétrie «o dedans par un goût pitoyable. On ne s'y est pas contenté de radouber toutes les sculptures des chapiteaux, les corniches, les ornements de tout genre avec une épaisse couche de plAlre; on y a profité de tous les espaces que la sculpture n'avait point envahis, pour y peindre des coupoles, des ciels chargés de nuages, un grand balcon dans la Toute au-dessus du malftre-aulel, des portes entre-baillées ingénieusement placées dans des arches à ogives, des abat-jours en vitres simulées , enfin toutes les fadaises possibles, tout cela* en style d'enseigne de cabaret, dans des dimensions colossales, et remplissant les trois ronds-points qui occupent le fond de l'église, de manière à frapper immédiatement les regards de celui qui descend les marches f)ar où l'on entre.
Au fond d'une poudreuse chapelle, la première du bas-côté à gauche, derrière la cave baptismale, revêtue elle-même d*une sculpture très-curieuse (jui représente la Cène dans une salle gothique, j'ai distingué une planche ]>ointe, mais recouverte d'une épaisse poussière. Après l'avoir fait légèrement éponger, j*ai reconnu que c'était un tableau sur bois à l'italienne, d'une école toute fait primitive, entouré d'une inscription en caractères gothiques indéchiffrables pour moi ; on y voit une Pieta^ où la sainte Vierge portant le corps de Notre-Seigneur sur ses genoux, et des deux côtés, dans des compartiments sép.irés, sainte Barbe, saint Dominique, saint Sébastien, saint André, sainte Catherine ; tous ces personnages m'ont paru être d*un caractère aussi naïf qu'original. H est déplorable que jusqu à présent oi l'autorité ecclésiastique, ni aucun amateur de l'art ancien, n*ait songé à placer dans un lieu convenable celte pointure que son antiquité seule suffirait pour rendre intéressante.
Aprè<( Sainte-Croix , Téglise la plus ancienne de Bordeaux est celle de Saint-Seurin, qui fut la cathédrale avant Saint-André. L'intérieur , d'un gothique très-ancien , est encore sombre et beau, malgré la dégradation des colonnes de la nef, en 1700, H un badigeonnage général en 1822. Sur le mur latéral de droite , on voit dans le tym|>an d'une porto k ogive , aujourd'hui murée, un bas-relief du plus haut intérôt, qui représente un pape disaut la messe; un
cardinal, dont la tête est merveilleusement belle, Tassiste; Jésus-Christ, entre deux anges, plane sur l'autel. Cette sculpture inappréciable remonte au xiv* siècle, et sa rapporte probablement à Bertrand de Gotti, archevêque de Bordeaux, qui devint Pape , sous le nom de Clément V, en 1305. Vis-àvis, sur le mur latéral de gauche , dans un tympan semblable, se trouve un autre basrelief de la même époque qui représente Notre-Seigneur au milieu des douze apÀlres.
En entrant dans le sanctuaire, on retrouve Tempire du vandalisme : j'ai déjà parlédu trône épiscopal dont le conseil de faoriqueavait YOté la destruction , et que le curé a défendu avec succès ; mais il n'a pu le préserver d'un blanchissage funeste. Les trois croisées romanes qui occupent, par une dispotion assez rare , le fond du cnœur qui n est pas arrondi, croisées à triples arcades avec enroulements très-ornés, ont été peintes en brun. Un malheur pareil a atteint les élégantes boiseries des stalles dn chapitre, de même que les sculptures du dessous des sièges, qui représentent des scènes populaires et souvent burlesques, entremêlées à des traits de l'Ecriture sainte: ainsi une querelle d'ivrognes ^ un homme qui fait cuire des poissons sur un gril, à côté de Samson armé de sa mâchoire ; tout ce beau et curieux travail a été surchargé tout récemment d'une peinture en rouge garance.
On a heureusement épargné de toute manière le monument le plus précieux de cette église ; le retable du maltre-autel, formé de huit bas-reliefs en marbre , réunis en un seul cadre, traités avec la plus grande finesse, et représentant l'intéressante lé^^ende de saint Seurin ou Séverin, évêque de Bordeaux au V* siècle. 11 y a au-dessous du chœur une chapelle souterraine qui renfermait les reliques de saint Fort, qui a toujours été l'objet d'une immense vénération, et^où chaque année les mères et les nourrices viennent faire dire la messe sur ia tête de leurs nourrissons, pour attirer sur eux la protection du saint : cette chapelle à trois nei< en plein-cintre est curieuse, mais elle a été cruellement dégradée ; d*abord elle a été badigeonnée en dépit du sens commun, puis on lui a volé pièce par pièce un pavé en mosaïque, dont il ne reste que quelques pierres. On y voit encore le tombeau du saint, ouvrage très-soigné de la renaissance.
L'extérieur de Saint-Seurin est en général très-irrégulier, mais n'en est pas moins très-remarquable. La chapelle de la Sainte- Vierge, à droite du chœur, est beaucoup f)tus moderne que la nef. Dans un angle de a sacristie, qui est aussi du xv* siècle, il y a une charmante statue de sainte. Le clocher quadrilatère à double rangée d'arceaux en plein-cintre, est d'une grande beauté. L'ordre supérieur rap|)eHe quelques-unes des plus célèbres églises du moyen Age en Italie. Au milieu de la façade latérale du midi se trouve un porche de la renaissance, assez élégant, qui couvre et protège un triple portail du i>lus li^ut intérêt, dout iei
IKCTIONNAIRE D*£STHETIQUE.
tOIS
trois portes sont entourées par une série de sculptures datées de 1267 et travaillées avec un soin infini, représentant la Vigne du 5eiqneur et le Juaemeni dernier ^ sujet Irèsfréquent dans les belles églises gothiques de ces contrées. Ce triple portail est flanqué par les statues des douze apôtres et de deux personnages couronnés, en pied et de
Srandeur naturelle, malheureusement enommagées» mais produisant encore un excellent effet. La façade occidentale » qui devait servir d'entrée principale • n*a point été achevée d]i temps de la construction
Erimitive de Téglise. Il n'y a qu*un vestiule très-curieux , et qui remonte évidemment aux premiers temps de la fondation, au IX* ou au x* siècle^ formé de trois voûtes basses, se prolongeant Tune après Tautre , séparées et soutenues par trois arceaux cintres dont les chapiteaux sont couverts de sculptures très-bizarres et du genre le plus élémentaire. Je n*ai pu distinguer qu'un seul sujet connu, le Sacrifice a Abraham. Au bout de ce vestibule s'élève aujourd'hui une façade, dessinée par M. Poitevin (qui a été destitué par l'admiuistration éclairée de nos jours), et exécutée par son successeur, M. Lasmolle. Cette façade a le mérite d'avoir été conçue de manière à se rapporter au caractère général de l'édiQce , et la partie inférieure répond assez bien à ce dessein. Mais, en élevant tout à fait inutilement la partie supérieure, décorée d'une balustrade beaucoup trop lourde, on Ole au spectateur la vue d un ordre entier de Tadmirable clocher. On m'a même assuré qu'il Y avait sur ce même clocher d'excellents oas-reliefs, aujourd'hui recouverts par le prolongement du toit en ardoises et complètement inaccessibles. Puis on a surchargé cette nouvelle façade de statues absurdes, exécutées par un artiste espagnol ; il y en a Quatre colossales, deux évoques, qui ont coûté 10,000 francs chaque, et deux évan^élistes, à 5,200 fr. la pièce , tous les quatre détestables en tous points. Voilà de compte fait 30,W)0 francs d'inutilement dépensés sur les <k5,000 qu'a coûté la façade entière. Je ne dis rien d'un bas-relief qui est encore pire que les statues, et qui a dû coûter proportionnellement. Ces calculs montrent que ce sont bien moins les ressources matérielles qui manquent à la restauration de nos vieux monuments , que l'intelligence de leur caractère et l'instinct des convenances.
Je reprocherai ensuite i M. Lasmolle de n'avoir pas employé dans sà nouvelle façade le portail qui terminait auparavant le vestibule dont j'ai |iarlé; portail double, sans arc, divisé par un pilier qui supportait une statue de saint Seurin , et surmonté d'une charmante corniche avec modillons à OKive tui ressaut. Ce portail se trouve aujourd hui dans le jardin de M. Coudère, imprimeur.
M. Lasmolle a encore fort bien restauré, en 1828, la façade de la petite église de Saint-£loi, pour laquelle il a choisi l'ogive surbaissée et ornée, copiée avec esprit des monuments de la ^n du xv* siècle. Je ne
sais si c'est lui qui a restauré le porcbe oùcidental de Sainte-Eulalie , égaleoient en harmonie avec le gothique du corps de Téglise, sauf les deux contreforts qui soiil lourds et disprm)ortignnés. L'intérieur db Sainte-Eulalie oflrre des sculptures remarquables dans les clefs de voûte du chcMUv mais elle est honteusement défigurée par des peintures et des dorures rïdicules.
Dans l'église du collège, remarquable par la hardiesse de sa voûte è arcs doubleaax en ogive, on voit le tombeau de Monlaiçie et sa statue, beau morceau de la statuaire du XVI* siècle. Il est couché tout de sm long, les mains jointes et le cor[is tout bardé de fer, à la manière des anciens chevaliers. Cela parait d'abord en contradiction avec son caractère, tel qu'on se le figure généra* lement ; mais on se rappelle bientôt I éuoqpe guerrière où il vivait, et la piété qu il déploya sur son lit de mort.
Je n'ai rien à dire de Saint-Bruno» toot rempli de statues dans le goût du Bernin, par le cardinal de Sourdis, au commeoee* ment du xvii' siècle, ni de Saint-Paul, Saint-Dominique et autres mauvaises égli» ses des xvii* et xvui* siècles.
En fait d'architecture civile , Bordeaux a conservé deux de ses anciennes portes, la première, au-dessous d'une des quatre toats de l'hôtel de ville, bâties en 1216, qui s'élevaient à deux cent cinquante pieds de haut, et dont la réunion devait former un ensemble unique. 11 n'en reste aujourdlmi que celle dite la Tour de l'Horloge, surmontée de trois tourelles en flèche , d*un gothique noble et imposant. La secondé porta» dite du Caillau, lut bAtie en 1493^, en mémoire de la bataille de Fomoue; quoique dégradée , elle u*en offre pas moins toute l'élégance et tout le charme des nuMMUMBls de cette époque. Ses trois toorellee et ses croisées , en carré arrondi, gui ont tous les caractères de la belle renaissance, prodei* sent un effet très-piltoresaue, surtout Ionqu'en la contemplant de la rivière » on la voit s'élever au milieu du mouvement industriel du port sur lequel elle donne*
D'après tout ce que je viens de vous dire, Monsieur, vous reconnaîtrez, j'espère, que Bordeaux est une ville qui p^pcure une véritable satisfaction aux défenseurs de Tad antique. Malgré la profusion de manvais goût qui règne dans les ornements intérieurs des églises, malgré plusieurs neai* pics du vandalisme que j'ai cités, il est îsik possible de ne pas reconnaître chez les architectes de cette ville une tentative de reconstruction et de régénération gothtqee, tentative accompagnée de tâtonnements et d'erreurs que j ai osé signaler, mais dins de toute notre sympathie, de tous nos éloges, d*autant plus qu'ils persévèrent sileecieusement et obscurément depuis plus dt vingt ans. Personne que je sacne ne leva rendu sous ce rapport la lustice qu'ils néritent; mais ils ont inscrit leurs droits à la reconnaissance nationale, d'une manière plus éclatante que dans Tes joumauii sor
APPENDICE. — DU TANDALISME ET DU CATHOLICISME DANS L*ART
tow
les pierres immortelles de Saint-ADdré et de Saiot-Seurin.
Ba un mot, Bordeaux est une tille conso* lante; elle l'est surtout, comparée è Paris,
Îui semble condamné à ne jamais se relever e Tespèce d'interdit jeté sur lui par le bon goAt depuis près de trois siècles. 9i la France a la honte d être moins avancée en feit â*art que le reste de l'Europe, Paris a la doubte bonté d'être encore en arrière de toute la France. Tandis que généralement, en pro- Tince» Tétude et la protection de nos chefsd*CBuyre anciens devient le signe de ralliement de tous les architectes distingués , tandis que des essais de restauration intellijsente, en harmonie avec le caractère original de$ édiflces, et motivés par des besoins réels, ont lieu dans plusieurs localités, Paris seul reste indifférent et livré sans défense aux caprices dévastateurs, aux projets ineptes, mais heureusement interminables, des maçons ministériejs et académiques. A part ' ouelques jeunes sens chez qui rtotre-Dame ae Parii a réveille un nouveau sens, et qui depuis jettent en passant sur la vieille basilique un regard de tristesse et d'admiration ; è part quelques artistes proscrits par les académies et méconnus du public, Paris n'offre nul espoir de régénération. En fait de constructions nouvelles, peu de villes au monde sont, è ce que je pense, assez malheureuses pour que des ndèles soient condamnés à échanger la grotesque rotondité de l'Assomption contre la masse informe et inintelligible de la Madeleine, contre l'indécente coquetterie de Notre-Dame -de-Lorette. En foit de restauration, on en est toujours à ee même esprit qui fit équarrir et revêtir de marbre le chœur de Notre-Dame, dès la première moitié du grand siicle. Ce que
C connais de plus neuf en ce seùre, ce sont s incroyables chapelles de la Sainte-Vierge è Saint-Etienne du Mont et è Saint-Germain des Prés. Le grotesque, le faux, le ridicule, n'ont jamais atteint plus haut.
Malgré toutes les misères que je vous ai racontées, je ne veux pas ternuner sans reconnaître comme un fait accompli l'existence d*une réaction en faveur de l'art historique et national, réaction timide et obscure, mais progressive et pleine d'avenir. Cette réaction. Monsieur, c'est vous qui Tavez commencée, qui l'avez popularisée; je ne me lasse pas de le répéter, car j'aime à vous bire un patrimoine de cette gloire. Elle se manifeste aujourd'hui de deux manières : d'abord par des recherches approfondies sur les divers caractères et les dé» veloppements successifs des monuments locaux; tels sont les excellents travaux de M. de Caumont et de la société archéologique de Normandie, è Caen ; ceux de MM. Liquet et Langloîs, à Rouen ; de M. Jouannet, à Bordeaux ; de M. du Mége (855), à Toulouse; enfin, de M. Charles Magnin dans cette mâme Retue. Il n'y a pas jusqu'au
(S55) Ce MYaot écrÎYain ? leoi d*aniH>ncer la pu- Micatloa^d^an ou? rag« qui Mra du plus gmoJ inlérél, lociuilë : Archéologie Pyrénéemiê.
ConitituHonnel qui ne nous ait prêté le cours de son autorité populaire, et qui 9 dans un feuilleton très-remarquable du 17 octobre 1832, n'ait arboré, lui aussi, le drapeau de la réaction historique.
D'un autre côté, il v a d^a des applications de cet esprit régénère, peu nombreuses et peu étendues, il est vrai, mais qui n'en sont pas moins louables et consolantes. Ainsi, à côté des travaux de MM. Combes, Poitevin et Lasmolle, à Bordeaux, on peut citer ceux de M. Pollet, à Lyon : il a rétabli l'église d'Ainay, qui date des premiers siècles du christianisme, dans sa forme originale, et réparé celle de Saint-Nizier, la plus belle de Lyon, avec une parfaite intelligence de son caractère. Dans la cathédrale de Metz, il y a quelques essais de gothique moderne, mais bien malheureux. Ce qui surpasse, à mon gré, toutes les entreprises de ce genre, ce sont les restaurations vraiment surprenantes des sculptures de la cathédrale de Strasbourg, exécutées par MM. Kirstein et Haumack, avec une exactitude si parfaite, un sentiment si profond et si pieux, qu'au premier abord on est tenté de les confondre avec les originaux que la hache du terro-* risme a épargnés, et qui comptent à juste titre, surtout le grou{)e de la mort de la Vierge au portail oriental, parmi les chefsd'œuvre de la statuaire chrétienne. Dans une sphère plus restreinte, vous connaissez les charmantes œut res de M. de Triquéti et de Mlle de Fauveau.
Un jour peut-être surgira-t-il au sein de nos chambres un législateur assez éclairé, àsseï patriotique, pour demander des dispositions s[iéciales en faveur des monuments nationaux, comme on en demande chaque jour en faveur de Tindustrie et du commerce. La loi sur l'expropriation offrait Kur cela une excellente occasion : mais ne des deux chambres Va déjà laissée échapper, et l'autre n'en profitera certainement pas.
Il serait è désirer que nous vissions bientôt s'organiser à Pans une association centrale pour la défense de nos monuments historiques, association qui offrira un point de ralliement à tous les efforts individuels, un foyer d'unité pour toutes les recherches et toutes les dénonciations, qui sont en ce moment nos seules armes contre les dévastations des*adm;nistrations et des propriétaires. Peut-être viendrait-on ainsi à bout d'engager peu à peu tout ce qui est jeunç, intelligent et patriotique dans une sorte de croisade contre le honteux servage du vandalisme, et purifier, par la force de la réprobation publique, notre sol antique de cette souillure trop longtemps endurée (856).
Toutefois je ne vous dissimule pas l'intime conviction où je suis, que cette réaction n'aura jamais rien de général, rien de puissant, rien de populaire, tant que le clergé ny aura pas été associé, tant qu'il
(aS6) n faut se rappeler que ceci éuU écrit e« 1833. Noos rendrons justice à ce qui a été fait de« puis, dans notre Appeodicci a.; I.