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DICTIONNAIRE D*ES1 H£T1QI]E

temps qoe Rome et Florence» dans sa vie

[)ubnque comme dans son école de peinture, 'empreinte religieuse qui distingue particulièrement les républiques italiennes au moyen ftge. « Venise, » dit-il, « a été la plus chrétienne des républiques ; » et à ee propos il s*élèveavec une trop juste indignation, non moins contre les calomnies du rationalisme moderne, que contre « la honteuse négligence avec laquelle les Chrétiens ont livré leur propre héritage aux écrivains soi-disant philosophes. » (P. 529.) Il montre Venise, placée comme la Pologne et l'Espagne, en sentinelle avancée de la chrétienté contre les barbares; il énumère quelquesunes des gloires du pavillon vénitien, celui de tous « qui, chrétiennement parlant, a laissé les plus honorables souvenirs. » Il rappelle à la fin du xvu' siècle les Hocenigo, les Morosini, dignes rivaux de Sobieski dans cette dernière des croisades, « à laquelle les grandes puissances européennes assist^iient avec une stupide indifférence, toutes fières de se trouver à jamais guéries de {^enthousiasme religieux. » A propos de cette inscription du palais Vendramin : Non nobis^ Domine, sed nomini tuo da aloriam {Psal. cxiii, l),il constate la durée de la noble habitude, dont nous parlions tout à Theure, qu'avaient conservée, pendant tout le xvi* siècle, les souverains et les généraux de Venise de faire honneur de leurs victoires à Marie, et de se faire peindre à genoux devant la sainte Vierge. Après avoir rappelé le grand nombre de saints personnages canonisés par TEglise, parmi Faristocratie vénitienne des premiers siècles, et ces doges Trevisani et Priuli, plaçant la plus fervente piété sur le trône, comme pour consoler Venise chrétienne de la scandaleuse présence de TArétin, il nous cite sur diverses familles illustres de la république des particularités dignes d*6tre i jamais consacrées dans rbistoire catholique ; enfin, comme pour rendre à Venise une dernière justice, à Toccasion de sa déplorable chute, il insiste sur l'attachement el les regrets que lui témoignèrent en ce moment suprême les provinces qu'elle avait conquises et réunies à son empire. Il aurait pu citer la conduite généreuse de Bergame sous le noble Otiolini, celle de Vérone, Trévise et antres villes de terre-ferme ; mais se portant à l'autre extrémité des possessions vénitiennes, il s'est bornée citer textuellement les adieux de la ville de Péraste en Dalmatie, à la glorieuse bannière de Saint-Marc. Cette admirable effusion de piété et de reconnaissance nationale est une noble et digne péroraison du chapitre sur Venise et de cette partie du travail de M. Rio.

(895) Comme s'il entrait dans les vues de la Providence que r Allemagne, patrie de la réforme, devint de nos jours la patrie de la régénération de la acience historique , c'est encore un écrivain allemand et protesiant« M. Léo, professeur à TUniveriité de Halle en Saxe, qnî , dans son Hiitaire det Etati d Italie, 5 vol. in-8», 1830-1834, a été le premier k envisager réléinent catholique de Tbistoire

En lisant celte dernière page de son volume, où il déploie une connaissance si ap* profondie et une appréciation si catholique et si juste de l'histoire de Venise, en les rapprochant de son admirable chapitre sur Savonarole, nous avons presque été tenté de regretter que M. Rio, au lieu de se borner à l'étude des arts, n'eût pas consacré son ftme et son talent à l'histoire politique et religieuse de Venise ou même de l'Italie en fénéral. Ce dernier sujet, le |)lus beau peuttre qu'il y ait au monde, était diffue de son zèle pour la vérité, et de son entnousiasme pour la foi. Nous posséderions alors un travail bien essentiel à notre jeunesse, aujourd'hui réduite à avoir recours aux perfides sopbismes d'un Saint-Marc, à l'hostilité voltairienne d'un Sismondi, pour se 'donner un aperçu d'une histoire plus travestie, plus maltraitée que ne l'a été peut-Atre celle même de la France (895).

Du reste, tout en nous associant de boa cœur à l'enthousiasme et à la sympathie de M. Rio pour Venise, nous devons cependant faire quelques réserves à son admiration exclusive, et nous établirons une distinction plus tranchée qu'il ne Ta faite entre la belle et pieuse Venise des Pisani et des Dandolo, et la Venise savante et opulente des siècles postérieurs. Nous ne croyons pas

Sue l'influence du néo-paganisme des Méicis ait été aussi tardive et aussi faible à Venise qu'il le dit. Cela peut être vrai pour la peinture, et encore partiellement; cela ne l'est certes point pour la sculpture et l'architecture. Les principes de l'architecture chrétienne y ont été répudiés tout aussitôt que dans la reste de l'Italie ; el certes le gouvernement qui permettait à Sansovino d'introduire dans sa fameuse,porte de bronie de Téglise de Saint-Marc le portrait de Tinflime Arétin, avait une bien étrange idée de la liberté religieuse en fait de seai^nre; N'est-ce pas lui aussi qui, sur la Lommy aa pied de la grande tour de Sai!it-Marei m rougit pas de ihire représenter sous la fi^nira de Jupiter et de Vénus les royaumes de uaadie et de Crète, conquis et si glorieusemeol défendus au nom de la foi du Christ? Noos nous souvenons même d'un certain tombeau dr Benedetlo Pesaro à Téglise des Frari, qui date de 1!M3, et où ce guerrier est re* présenté avec la Madone au-dessus de sa tête, et le dieu Mars tout nu à ses cAtés, Nous ne croyons pas avoir jamais rencootré en Italie une profanation d une date aussi reculée. Ce qui est plus grave, et ce aae IL Rio parait avoir perdu de vue , c*est la eoih duite trop souvent irrespectueuse, défiante el couDable du gouvernement vénitien envefs le Saint-Siège, surtout au commeocemeol

d'Italie, à rendre justice au caractère pertœMl é$ quelques souverains pontifes, enfin à BMMitrar o&at ment les réformes irrélisieuses el arbitraires di Joseph II, de Léopold en Toscane, de Tasatted à Naples, avaient fravé le chemin du carbonarisme H de la révolution. Nous' lui devons cet bemmap* malgré ses récentes hostilités contre la liberté di TEglisc en Allemagne.

APPENDICE. — DU YANDALISIIE ET DU CATHOLICISME DANS LART

du XTir siècle» lors du démêlé avec Paul V. 11 ne faut pas oublier que Venise a donné le premier exemple d*un Etat catholique qui déclare un interdit pontitical non avenu; qu'elle s'est constituée juge et interprète suprême de la discipline ecclésiastique ; gu elle a condamné les prêtres qui avaient interrompu l'exercice du culte par obéissance au Pape, à cette affreuse captivité dont les trop fameux Pozzi portent encore la trace (896). Venise est entrée la première, bien avant Louis XIV et Joseph H , dans cette funeste voie où A'ont pas tardé è la suivre tous les gouvernements catholiriues ou soi-disant tels , et il nous est permis de croire que, lorsqu'à la Gn du dernier siècle, le Tout-Puissant a pesé dans son éternelle balance les destinées de Venise, ce crime qui lui a valu si longtemps les applaudissements des faux prophètes, n'a pas peu contribué au sévère arrêt que la justice divine a prononcé contre elle.

Pour en revenir au sujet proprement dit du livre de M. Rio, il nous faut avouer qu'il termine son livre à peu près comme il l'a commencé, sans dire pourquoi : il ne nous donne pas la plus légère indication sur la marche au'il compte suivre dans la continuation ae son ouvrage. Nous voyons cependant qu'il a passé en revue les produits de l'inspiration purement chrétienne dans toutes les écoles de l'Italie , sauf toutefois l'école lombarde. Partout il s'arrête au moment où le paganisme vainqueuri grice & l'aveuglement général, s'empare presque exclusivement du domaine de l'art. Nous pensons qu'après nous avoir présenté, avec tout le cbairme qu'il sait mettre dans de tels récits, les œuvres trop rares de Leonardo da Vinci, et les fresques encore si nombreuses et si célestes de Borgognone à la chartreuse de Pavie, de Luini a Lugano, à Saronno et à la Brera, il nous conduira à rexamen approfondi des maîtres oui sont Jusqu'à présent en possession de 1 admiralion des connaisseurs et des amateurs, à in^portion du deçré auquel ils ont renié les traditions et les inspirations de la religion. Nous suivrons avec le plus vif intérêt M. Rio dans cette nouvelle carrière. Nous ayons hâte de lui voir porter, au nom de la foi et de la poésie chrétienne, un jugement logiaue et sévère sur Raphaël, le Raphaël de la tor^ marina et de la Transfiguration ; sur le Titien, Tintoret, le Corrége, les Carraches, le Dominiquin, etc. 11 sera curieux de voir enfin une appréciation religieuse de la manière dont tous ces peintres païens ont I traité des sujets chrétiens ; quelque chose qui diffère de cette banale admiration que les voyageurs et les auteurs de livres sur l'art s'en vont réuétant les uns aux autres jusqu'à satiété. C'est à M. Rio à nous expli-

(896) Voyei let inscripUons citées par lord Byron, dans les noies du V chant de Ckilde Harold^ti que chacun peul lire encore dans ces hideux cachots.

(897) \on den abicheulich dummen , mit keinen ScntUworUn der Weli genug zu emiedrigenden Ce*

c|uer ce jugement déjà ancien de Goethe, jugement dicté par le mépris classique du christianisme dont ce prétendu grand homme était le coryphée, mais au fond trèsconséquent avec le point de vue paien qui préside à toute l'eslbétique moderne, et qui exprime très-bien la contradiction si u.v grante depuis trois siècles entre la théorie païenne de l'art et son application à des sujets religieux. « Ce qui empêche surtout de jouir, » dit-il à propos des tableaux religieux de la seconde école de Bologne, « ce sont les sujets absurdes des tableaux; il y a de quoi rendre fon...On dirait les monstres issus du mariage des enfants de Dieu avec les filles des hommes. On est attiré par le goût céleste du Guide, par son pinceau qui n'aurait dû être consacre qu'à représenter la perfection; mais on est aussitôt repoussé par les sujets qui lui ont été imposés, sujets si horriblement stupides^ qu'il n'y a pas é^insuites au monde dont on ne dut les flétrir (897). Partout le héros souffre; nulle part il n'agit : jamais d'intérêt préscfut , toujours auelque chose de fantastique et d'attendu du dehors. Ce sont ou des scélérats ou des gens en extase» des criminels ou des fous. Le peintre n'a pour toute ressource que de leur accoler quelque beau garçon tout nu, quelque jolie spectatrice : ses héros ecclésiastiques ne peuvent lui servir que de mannequins, pour faire voir son talent à bien jeter les plis de leurs manteaux. Il n'y a pas une idée humaine dans tout cela. »

Ne croit-on pas lire le fond de la pensée des auteurs et des critiques de presque tous les tableaux de piété que nous avons eu le malheur de voir aux expositions des dernières années , et, ce qui pis est, de retrouver dans nos églises? M. Rio, nous l'espérons, sera aussi franc dans son opinion que GoSthe l'a été dans la sienne , quand il en sera à traiter de cette école bolonaise et des autres écoles païennes qui l'ont précédée. A dire vrai, nous regrettons beaucoup qu'il ait ainsi scindé en deux son travail , et qu'il ne nous ait donné en même temps et sa réhabilitation des peintres vraiment cliré-> tiens et sa sentence de condamnation contre les peintres apostats. Nous croyons que c'eût été dans l'intérêt de son livre autant

2ue dans celui de Tart chrétien dont il veut tre l'interprète. Le lecteur, imbu de ces doctrines, de ces admirations toutes nouvelles, a besoin, ce nous semble, de savoir» sans désemparer, ce qu'il doit penser désormais de ces grands noms qui ont été jus- Îu'à présent l'objet de sa vague idolâtrie, es éloges décernés par l'auteur aux grands f)eintres chrétiens, avant lui rélé^jués parmi ts barbares du moyen âge ^ auraient gagné au contraste immâliat avec le jugement porté sur leurs successeurs. Nous ne con<

gsMUœnden^ Goethe, Vo^aqeen Italie^ Lettre du 49 octobre 1786. C*ett dans ce même ouvrage qu*on volt employer pour la première fois, à ce qu*il nous semble , Texpression de mythologie catholique , si usitée par les grands esprits de ooi jours.

DICTIONNAIRE D'ESTBETIQUE.

naissons rien d«) ()lus frappant que cette juttapositioû des œuvres de Tun et de l'autre système. C*est ainsi qu'à Venise on peut mesurer d'un seul regard la distance qui sépare la pensée pieuse d'un artiste nourri dans les traditions chrétiennes, des efforts de J'aniste moUerne pour diviniser la malière, lorsqu'à l'Académie des beaux-arts on voit 4es groupes de saints du Cima ou de Jean Belin, 6î graves» si doux et si religieux» à côté de la fameuse Assomption du Titien» objei de renlhottsie.sme des cicérone et de leurs «olFenls les Anglais, où les apôtres sont po.sés comme des boxeurs» el où la Vierge semble écraser les nuages de son

f>oids ; ou bien lorsque dans la sacristie de a Sainte on voit le saint Sébastien de Basaïti à côté des fresques de ce même Titien» si vantées» et qui méritent de l'être comme le nec plus ultra du matérialisme ignoble» transporté dans les sujets religieux.

Quoi qu'il en soii» lorsque M. Rio se décidera à nous donner dans un autre volume le fruit de ses recherches et de ses méditations sur l'art du xv!* siècle, nous l'accueillerons aviec Autant de joie que d'affectueuse

sympathie. Nous rengageons , en atteodam, à se mettre lui-même en garde contre Iq séductions de ce siècle, et notamment conin cette magie du coloris vénitien qu'il vttU tant. Nous le remercions ardemment de l'inippréciable présent qu'il a fait dans cefiifment de sa vaste entreprise aux Ikmduki religieux et aux artistes chrétiens. U an la gloire d*avoir posé la première pm d'une esthétique nouvelle parmi nous, à cette science du beau, aussi incoDoaA nom que de tàii dans la France modem.

M. Rio aura contribué par ses récits et » enseignements » à la régénération de fat religieux en France. Et en Tenté» il ot temps que» grftce à ces généreux efforts» fa catholiques apprennent a connaître les |nb trésors que leur ont légués leurs pères; d que, dans le domaine de i*art , comme àm celui de la littérature, des sciences, de 11» toire» ils ne se résignent plus à adopter pw toute instruction les résultats des meiisopii systématiques» des Iftches concessions et as inconséquences gallicanes du xvm' sièdi.

Ch. DB MORTALBIUIIT.

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